Les yeux tournés vers la lune

Les yeux tournés vers la lune, la communauté musulmane attend l’annonce du jeûne de mois de Ramadan. Mais pourquoi ? Que vont-ils y voir ? En quoi cet astre reflétant la lumière rayonnante du soleil, à la lumière douce et diffuse veillant sur le monde endormi, est-il en lien avec le jeûne des croyants musulmans du monde entier ? Doit-on y voir une symbolique ? Une métaphore ? Voici quelques éléments de réponse plutôt terre à terre et moins ésotériques.

La prescription du jeûne en Islam

L’Islam compte 5 piliers fondamentaux pour tout croyant :

  1.  le témoignage de la foi
  2.  la prière
  3.  l’aumône légale
  4.  le jeûne du mois de Ramadan
  5.  le pèlerinage dans la ville sainte de la Mecque.

Le jeûne du mois de Ramadan a été prescrit à tout musulman ayant atteint la puberté, sain de corps et d’esprit. C’est un mois de recueillement et de repentir pour le croyant. Un rendez-vous tant attendu…

Comme il est écrit dans le noble Coran :

«Ô vous qui croyez! Il vous est prescrit le jeûne tout comme il fut prescrit à ceux qui vous ont précédés ; puissiez-vous pieusement craindre !»

s.2,v.183

Ce pilier a une dimension communautaire et spirituelle importante. A travers le monde, peu importe notre couleur de peau ou nos origines, tous les musulmans partageant la même foi jeûnent le même mois, le mois béni de Ramadan. Ils attendent avec joie et impatience d’accueillir ce mois si particulier.

Le mois de Ramadan

Le mois de Ramadan est l’un des 12 mois de l’année hégirienne, le neuvième mois.

  • Muharram
  • Safar
  • Rabi’ al-awwal
  • Rabi’ al-thani
  • Jumada al-awwal
  • Jumada al-thani
  • Rajab
  • Cha’bane
  • Ramadan
  • Shawwal
  • Dhu al-Qi’dah
  • Dhu al-Hijjah 

Le calendrier hégirien n’a pas connu ses débuts avec la naissance du prophète Mohammed (sws) comme le calendrier chrétien avec la naissance de Jésus (as) mais bien avec un voyage hautement symbolique qu’est l’hégire, al hijra. Ce voyage marque donc le début du calendrier hégirien.

Un voyage physique et symbolique : l’hégire

L’Islam ayant connu ses débuts dans un contexte hostile à cette nouvelle religion, une émigration a été octroyée aux premiers musulmans de l’Islam par Dieu (swt) qui verra alors débuter une nouvelle période de la révélation coranique : la période médinoise. Effectivement, l’hégire est le voyage qu’a effectué notre cher prophète Mohammed (sws) de la ville sainte de la Mecque vers la ville sainte de Médine, en l’an 622 H.

L’Islam qui était encore marginalisé et attaqué de toutes parts a pu alors construire une véritable société basée sur la loi divine.

Dans le ciel étoilé, la lune

Le calendrier hégirien est un calendrier lunaire. Ce sont les cycles successifs de la lune qui définissent la succession de mois. Un cycle lunaire est dû à la variation de la surface de la lune qui est éclairée par le soleil durant une lunaison. Lors de son cycle, la lune n’a pas le même aspect, suivant l’évolution du nouveau croissant lunaire à la pleine lune pour revenir à un nouveau croissant lunaire.

Comme il est cité dans le noble Coran :

« Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes – Dis : « Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le Hadj [pèlerinage]. […] »

s.2, v.189

Cela a comme conséquence que le mois et l’année lunaire ne sont pas équivalents au mois et à l’année basés sur le soleil.

Les mois lunaires ne comptent que 29 à 30 jours contrairement aux mois solaires comptant 28 à 31 jours. Le début et la fin du mois lunaire sont donc déterminés par la vision du croissant de lune.

Une année lunaire compte dès lors 354 à 355 jours et l’année solaire compte 365 jours, sur douze mois. Il existe une différence d’approximativement 11 jours entre ces deux calendriers qui explique leur non-synchronicité. De ce fait, le jeûne du mois de Ramadan ne débute pas tous les ans au même moment. Il recule d’une dizaine de jours chaque année.

Une observation nocturne

Aujourd’hui, nous sommes actuellement en l’année 1443 à la fin du mois de Cha’bane et nous sommes donc à la porte du mois de Ramadan, durant lequel le jeûne est prescrit.

Comment savoir quand débute le jeûne du mois de Ramadan alors ?

Il n’existe pas de position unique sur la manière de pouvoir déterminer l’apparition d’un nouveau mois lunaire.

Mais la position la plus majoritairement admise et celle appliquée et recommandée par notre prophète Mohamed (sws) est l’observation visuelle de l’apparition du jeune croissant de lune marquant le début d’un nouveau mois lunaire, par deux témoins de bonne foi.

La vue du nouveau croissant de lune est le signe du début de tout mois lunaire dont entre autres le début du jeûne du mois de Ramadan pour les musulmans et la fin de ce mois survient à la vue du nouveau croissant de lune du mois de Chawwâl. On peut dès lors comprendre pourquoi ce croissant de lune est tant attendu et que son observation est si minutieuse.

Le prophète Mohammed (sws) a dit:

« Jeûnez dès que vous voyez la nouvelle lune (de Ramadan) et rompez le jeûne dès que vous voyez la nouvelle lune (de Chawwâl) et si elle ne vous apparaît pas, finissez les trente jours du mois. »

(Tirmidhî, Ibn Mâdja, Ahmed et al-Dârimî).

La venue du mois de Ramadan

Comme vous l’avez compris, avant même l’arrivée du mois de Ramadan, la communauté musulmane, les yeux tournés vers la lune et le cœur soumis est dans l’attente impatiente de l’observation dans la nuit étoilée du jeune croissant de lune annonçant le début du 9ème mois lunaire de l’année hégirienne 1443.

O.D.

Eric, « l’olivier »

Il y a des êtres comme toi qui ne laissent pas indifférent. Je dois dire que la grandeur de ta petitesse et ton étroitesse d’esprit sont si inspirantes que je me devais de reprendre ma plume pour te destiner ma prose.

Tu as encore une fois brillé lors de ton meeting dimanche dernier au Trocadéro. Pendant que tes partisans scandaient « Macron assassin », tu es resté impassible, tu n’as même pas feint de les rappeler à l’ordre. En réponse au tollé que ta passivité a suscité auprès de la classe politique, tu as répondu par un innocent « Je ne les ai pas entendus… ». Là, on frôle le grotesque, Eric ! A moins que tu n’aies de réels problèmes d’audition comme l’a fait remarquer le président Macron : « Maintenant les prothèses auditives, les lunettes et les prothèses dentaires sont remboursées par la Sécurité Sociale. 10 millions de Françaises et de Français ont eu accès à cela, ça fait partie de mon bilan, c’est un bilan social dont je suis fier. Et j’invite le candidat malentendant à pouvoir s’équiper à moindre frais. »

Je dois bien dire que je me délecte depuis quelques semaines en regardant les media français. Nul besoin de savourer les sketchs de Franjo ou les vannes de Haroun pour se changer les idées… Il suffit de se brancher sur BFM, TF1 et consorts pour suivre la course à la présidentielle « celui qui se fera le plus remarquer ». Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre…

Certains t’adorent, beaucoup te détestent mais une chose est sûre, la plupart adore te détester. En effet, bien que tes propos soient ignobles, indécents et haineux, je continue à écouter tes interventions. Comment cela se fait-il ? Par voyeurisme, comme dirait Naïm dans son stand up : « Zemmour, t’aime ou t’aime pas, tu regardes par voyeurisme… » ?Je n’en suis pas sûre.

Je crois que ta course à la présidentielle se fonde et tire sa force de cette volonté de bousculer le politiquement correct. D’ailleurs, je pense que ton slogan « RECONQUETE ! » qui vise à « reconquérir » la France a d’abord pour vocation de reconquérir le citoyen qui ne croit plus en la politique. A bas la langue de bois, le citoyen n’est pas dupe… et toi non plus.

Alors comment faire ? Comment se démarquer d’une Marine Le Pen qui surfe sur la même vague que toi ? Eh bien, en proposant quelque chose de nouveau… en osant !

Tes interventions sont tellement saisissantes que je me surprends à réécouter l’un ou l’autre passage sur Youtube afin de m’assurer d’avoir bien entendu. C’est donc là qu’est le génie de ta campagne électorale : provoquer pour choquer.

Angle de tir de la politique zemmourienne : choquer pour épater, choquer pour se faire une place, choquer pour se distinguer, choquer pour séduire… choquer pour (re)conquérir.

Choquer pour faire le buzz dans les réseaux sociaux en tant que starlette de téléréalité ou influenceurs… ça on connaissait. Mais pas pour un sujet aussi « sérieux » que la politique. Une nouvelle ère est née.

Toi qui es un féru des grands personnages historiques, ne t’est-il jamais arrivé de te demander ce que l’Histoire retiendra de toi ?

Eh bien, je vais te le dire… Tout d’abord, elle retiendra sans doute cet échange de doigt d’honneur entre toi et une passante lors d’un de tes déplacements à Marseille. La décence me retient de rapporter tes propos qui ont accompagné ce geste éloquent. C’est une question d’éducation… mais ça, tu ne peux pas comprendre.

On est loin de Chirac qui, lors d’un bain de foule à Brégançon en 2001, s’est vu affublé d’un « connard » par un citoyen mécontent auquel il répondit avec tact et brio : « Enchanté, moi c’est Jacques Chirac ! » C’est ce qu’on appelle la classe. Prends-en de la graine…

L’Histoire retiendra également tes nombreuses condamnations pour injures, propos discriminatoires, provocation à la haine raciale et j’en passe. Alors, je t’explique en quelques mots le fonctionnement de la politique. Généralement, c’est après leur mandat que les présidents se font prendre, juger et condamner, pas avant Eric, pas avant… C’est à ça d’ailleurs qu’on reconnait les vrais présidents ! 

En d’autres mots, retiens bien, Eric, que tu n’es qu’un délinquant multirécidiviste briguant la plus haute fonction politique en France. Bienvenue dans la nouvelle ère, l’ère covid… l’ère de tous les possibles ! Moi qui pensais qu’on frôlait le grotesque, après réflexion, je pense qu’on est tombé dans le burlesque.

Que la paix soit sur toi et que le meilleur gagne !

L.M.

P.S :  Si besoin, je peux te communiquer l’adresse d’un prothésiste auditif qui se trouve à Barbès. Je suis sûre que tu y seras bien accueilli…

D’Ifantras à Bruxelles, le voyage d’une vie

De la hauteur de ce mont d’Ifantras,

La lune est très blanche, très ronde, très pleine, on pourrait presque la toucher.

Du haut du mont de toutes les désillusions.

Du haut du mont de toutes les consécrations.

Je serai là debout, coulant dans vos veines.

Certains d’entre les tiens décident après une longue période de famine de se diriger vers Tanger la Belle, la mariée du Chamal, la nomme-t-on, dans le but ultime de construire un meilleur avenir.

D’autres comme toi Mohammed Mrabet, feront partie de la première génération de l’exil, de l’émigration, de la séparation.

Tu fais partie de ces premiers marocains à tenter, juste pour un temps, le meilleur en Europe.

Par l’intermédiaire de conventions, la Belgique vous offre un passeport et vous invite à venir combler le manque de main d’œuvre dans les différents secteurs.

Loin de douter qu’à ton arrivée, tu seras considéré comme une simple force de travail.

Tu tournes les talons laissant derrière toi une épouse et tes dix enfants, tu les quittes, tu les aimes, ton cœur se serre, te fait mal, mais tu ne pleures pas parce qu’un homme ça ne pleure pas.

En 1956 débute la première vague d’immigration des Marocains vers la Belgique

Tu te diriges vers l’inconnu, un pays étranger, une langue étrangère, tu vas y travailler dur, ne connaissant qu’un jour de repos et ne connaissant pas les certificats médicaux, afin de nourrir ceux que tu as laissés derrière toi…

Tu laisses ton épouse seule au milieu de ses beaux-frères à titre de tuteur.

Elle se retrouve seule dans un monde rude, cruel, de la maltraitance déguisée sous couvert d’éducation, mais dans une terre qui va malgré tout lui inculquer de profondes valeurs.

Tamaanant s’est mariée avec toi alors qu’elle n’était âgée que de douze ans, toi de seize.

À cet âge-là, elle a été privée d’accéder à son être le plus profond, à cette petite fille qu’elle était.

Un an après votre union elle se retrouve orpheline.

Toi, Mohamed, son époux tu incarneras désormais ses parents perdus.

Désormais, il fallait repartir de zéro, mais c’est toujours la même rengaine, personne ne repart jamais de zéro, pas même les Arabes qui l’on pourtant inventé.

Après des années de séparation, Roméo vient récupérer sa dulcinée, tu as reçu l’autorisation de faire un regroupement familial, les changements sont si soudains.

Comme ces grandes vagues que vous alliez traverser, tu es là, Tamaanant, forte protégeant chacun de tes dix enfants, tu es sur pilote automatique, en mode char d’assaut, vos regards se croisent, ils sont chargés de non-dits.

Des sentiments mitigés, l’inquiétude, de la peur mêlée à de la joie.

Un long voyage vous attend, il est planifié, étudié dans les moindres détails, Cordoba, Bilbao, Madrid…

Mais un voyage tant attendu.

De train en train, de gare en gare, des correspondances à ne surtout pas manquer.

Votre avant-dernier arrêt était celui d’Austerlitz à Paris.

Enfin vous arrivez sur cette terre fraiche et si verte.

Le paysage est si différent, il fait froid, vous avez du mal à vous y faire.

Tu te rends compte, Tamaanant, que tu es à un monde de tes espoirs, mais tu gardes la tête haute, tu te réconfortes, il ne s’agit que d’un laps de temps.

Les maisons ont un toit, elles sont alignées et collées les unes aux autres.

Votre habitation est étroite, vous vous retrouvez dans des petites pièces… quel contraste par rapport aux étendues auxquelles tu étais habituée.

Peu de lumière, ce soleil qui avait l’habitude de vous chauffer, de vous bruler la peau, là soudainement, il se montre timide, il se cache derrière ce haut building d’en face.

Tu te retiens pour ne pas pleurer, parce qu’une maman ça ne pleure pas.

Tu as choisi de vivre une vie monotone, d’être cette brave épouse obéissante au foyer, perpétuant la tradition de préparer son pain de ses propres mains.

Chaque dimanche, tu étais sommée aves tes filles de déplumer une dizaine de poulets que ton époux avait ramenée de la ferme.

De préparer ton beurre à partir du lait fraichement sorti des mamelles de la vache.

Les années ont passé, tu as traversé des moments difficiles mais tu es restée là debout à prendre soins des tiens en gardant toujours et encore à l’esprit un retour au pays en repoussant la date au moment de la retraite de ton époux.

Le Maroc, le pays d’origine et le pays du retour triomphant pour celui qui y a vécu, ou survécu, ce pays ne vous lâchera jamais, il sera là en vous, impossible de l’oublier.

Le Maroc émigre avec vous, il vous suit, il vous guide, il vous colle à la peau, mais cela n’était que chimère et petit à petit le fantasme du retour s’évapore, se heurte à la dure réalité que le hiatus des deux générations est consommé.

Tu saisis que tes racines sont et le seront toujours au pays et que celle de tes enfants sont dans ce pays qui n’était que transitoire, en Belgique.

Mohammed, c’est clair à la retraite tu retournes dans cette patrie si chère à ton cœur.

Pendant ce temps, toi et tes amis émigrés recherchez des repères, une manière de préserver votre identité, la religion est la seule chose que vous avez pu emporter avec vous.

Vous êtes musulmans avant d’être marocains, avant d’être immigrés, l’Islam est votre refuge c’est lui qui donne le calme, qui sécurise, celui qui apporte la paix.

Pour cela, toi et un groupe d’amis vous vous donnez comme mission de construire votre refuge qui s’appellera « Masjid Salam ».

Vous prenez soin de choisir un bâtiment à proximité de la gare du midi.

Vous investissez votre salaire, vous essayez de récolter des fonds tous les vendredis traversant les rangées des prieurs qui jettent un par un de la monnaie dans les plis de votre abaya.

Vos fils se marient, vous connaissez les débuts d’une famille dispersée, toi et ton époux, vous vous consolez en vous disant que c’est la vie.

Vous faites des enfants, vous leurs offrez tout ce que vous pouvez, puis un jour ils s’en vont… C’est à peine s’ils se souviennent de vous.

Si vous étiez au village, ils seraient là tous présents autour de vous, sous vos yeux, mais là vous êtes dans un pays impitoyable, un pays qui séparent en prônant l’individualisme.

Vous vous réconfortez avec ce célèbre adage « le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre ».

Tamaanant, tes joues si douces tu veillais à les embaumer de cette crème blanche contenue dans un gros pot bleu, ta peau était aussi soyeuse que celle d’un bébé.

Tu enduisais tes long cheveux noir d’huile, tu les séparais d’une raie délicatement puis tu les tressais.

Tes petites rides étaient le livre de ta vie que tu n’as jamais pu nous raconter.

L’histoire de ta vie qui s’est dessinée juste au coin de tes petits yeux bruns.

Ce pli sur ton front représentait les traces de tes nombreuses inquiétudes, d’attentes de cet imminent retour, loin de t’imaginer que ton Créateur te rappellera à lui pour ne plus jamais revenir.

Tu t’en es allée jeune, belle et pleine de valeurs.

Tu es resté, Mohammed, le bel homme aux yeux bleus aussi beau que dans ta jeunesse, ta barbe si blanche qu’on croirait du coton fraichement récolté.

La retraite est passée, elle a laissé un goût amer, comme une maladie incurable qui n’a laissé que de l’ennui, pour te rassurer, tu fais appel à ta foi et à ton amour profond pour l’Islam.

Tu finis par te résigner, tu avais pourtant tout préparé, tu as construit là-bas au pays, une maison aussi grande que ton cœur, toi Mohammed Mrabet qui pensait y vieillir entouré des tiens, cela n’était qu’illusion.

Une illusion qui t’a fait perdre tout espoir du retour au pays….

Écrire afin que cela résonne dans les esprits comme un hommage, à une mémoire où les moindres mots écrits pèsent.

Je suis la petite fille porteuse d’histoires, de mémoires, de secrets.

J’ai hérité ce bagage dès ma vie utérine.

Vos ressentis, vos lourdes expériences, votre courage et votre Amour demeurent à jamais en moi.

A votre image, je saisis d’où me viens cette force de lutter contre vents et marées.

Merci

Hana

Les dangers de la course aux « likes »

Facebook, Insta, TikTok, Snapchat, Twitter… on ne compte plus le temps passé sur nos réseaux à commenter les photos de vacances de nos amis, à modifier et perfectionner sa photo de profil. Un tweet par-ci, un like par-là, un selfie sur Insta… Cette consommation excessive de réseaux est devenue une véritable addiction pour la plupart des gens.  Mais quelles en sont les conséquences sur notre santé mentale et celle des plus jeunes et des plus vulnérables?

Le « like » (j’aime) est apparu il y a un peu plus de dix ans sur le réseau social Facebook. Aujourd’hui, on le retrouve sur presque toutes les plateformes telles que Insta, Youtube, LinkedIn,… Cela permet une interaction entre les abonnés et développe également le sentiment de ne pas se sentir seul. En effet, on se retrouve face à une communauté « d’amis » avec qui l’on partage nos photos de vacances, des adresses incontournables, des lieux instagrammables…

Souvent, on « like » les statuts de nos amis dans le but d’être « liké » à notre tour. Plus on accumule de pouces bleus, plus on se sent exister aux yeux des autres. Cela augmente la confiance et l’estime de soi. Alors, on parfait le contenu à poster dans les moindres détails afin d’avoir davantage de j’aime. 

Sur cette lancée, certains iront même plus loin et sentiront le besoin d’exhiber leur corps, leurs biens matériels, leurs plats gastronomiques, pour enfin exister et récompenser ce côté narcissique!

Mais attention, l’image renvoyée aux autres n’est pas toujours le reflet de la réalité. Celle-ci est parfaitement choisie voire manipulée ou retouchée. 

D’après Michael Stora, psychanalyste, interrogé par la Croix , « la dimension du ‘like’ est très perverse : de petites décharges de dopamine sont libérées dans le cerveau lorsqu’on reçoit un like ce qui va encourager à poster beaucoup plus… »   

Mais quand le like se fait attendre, il peut créer une véritable angoisse qui, à son tour, va créer une paranoïa. « Je ne suis pas assez jolie sur cette photo peut-être ? » « Mon commentaire n’est pas pris au sérieux » « J’aurais peut-être dû mettre un filtre? »

Recevoir des commentaires négatifs ou tout simplement le non intérêt d’autrui peut devenir source de frustration. Ainsi, une personne fragile est susceptible de sombrer dans des dépressions profondes et se renfermer dans une bulle.

Parfaire son image à l’aide de filtres…

Finies les rides, les cernes, les imperfections qui nuisent à notre image. Actuellement, il est possible de rectifier son apparence en quelques clics sur de multiples applications et ainsi obtenir un grain de peau plus lisse, des yeux moins fatigués ou des dents blanchies. 

Vous avez l’embarras du choix : le nez affiné, les lèvres pulpeuses, les joues rosées, et j’en passe… Tout est mis en place pour cacher le moindre petit défaut apparent. 

D’après Sabrina 17 ans : « Perso, je ne me trouve pas laide mais c’est vrai que quand je dois poster une photo de moi sur les réseaux, je préfère mettre un filtre. C’est comme ça! Je dirais que c’est dans les normes. Tout le monde le fait, même ceux qui ont zéro complexe! »

Quant à Sarah 21 ans : « Je n’ai aucune photo de moi sans filtre dans mon téléphone depuis des années. Et pour quelle raison? Là, je suis un vrai canon, pas besoin d’être maquillée et tout est parfait! »

Un impact sur les plus vulnérables

Il faut savoir que l’utilisation à répétition des filtres peut avoir un impact psychologique sur les jeunes. En effet, il y a un décalage entre la réalité et l’image sans défaut affichée sur son smartphone. Alors, s’enchaine une consommation excessive de filtres qui va forcément engendrer des complexes de plus en plus lourds qui poussent le jeune à tout mettre en œuvre pour ressembler le plus possible à son Avatar. Cette obsession de vouloir véhiculer une image parfaite de soi avec comme résultat davantage de « likes » va créer des troubles psychologiques chez les personnes vulnérables.

Les jeunes adolescents sont dans une période difficile de leur vie. Beaucoup ressentent des complexes, sont mal dans leur peau ou ressentent un manque d’estime de soi… A force de se voir ou de voir les autres sans aucun défaut physique, ils finissent par rejeter leur image naturelle : on appelle cela le DYSMORPHISME. 

En réponse à ce malaise de plus en plus fréquent, les jeunes (les jeunes filles plus particulièrement), vont franchir la ligne rouge en se tournant vers la chirurgie esthétique afin d’assouvir ce désir de visage parfait et d’améliorer leur physique selon les normes de beauté imposées par les filtres. Malheureusement, à force de chercher la perfection, ils deviennent d’éternels insatisfaits. Plus aucune limite ne peut les freiner et ils tombent dans un cercle vicieux sans issue.

Instagram et Snapchat sont d’ailleurs les réseaux sociaux qui exercent le pire impact sur la santé mentale et le bien-être des adolescents, selon une étude menée par l’association caritative dédiée à la santé publique Royal Socialty for Public Health (RSPH) auprès de 1479 jeunes âgés de 14 à 24 ans, faisant part de leur anxiété, de leur solitude, voir de leur dépression. 

L’hypersexualisation précoce

Ces dernières années, nous remarquons que de plus en plus de jeunes enfants sont accros au numérique et aux réseaux sociaux. Ceux-ci ont accès à du contenu non adapté à leur jeune âge tels que de la pornographie, certaines propagandes ou aux influenceurs qui vendent du rêve aux jeunes générations. Le risque serait qu’ils tombent entre les griffes de prédateurs pédophiles mais aussi qu’ils finissent par vénérer ces pseudos influenceurs qui exhibent leur nudité ou leurs biens matériels sans aucun tabou. Cette façon d’agir est aussi une méthode marketing pour vendre davantage de produits et ainsi gagner des sommes exorbitantes sans le moindre effort.

Beaucoup de jeunes filles dans la précarité et souvent issues de quartiers populaires sont fascinées par la beauté mais aussi le train de vie de ces influenceurs. Pour pouvoir se payer de beaux sacs ou de la chirurgie esthétique, elles se tournent vers la prostitution qui permet de se faire énormément d’argent en très peu de temps. 

Quant aux jeunes garçons, eux, vont dealer de plus en plus et ainsi être aux commandes de gros bolides, porter des montres luxueuses, etc.

Ce phénomène touche de plus en plus de jeunes qui n’arrivent plus à discerner le vrai du faux et sont ainsi hypnotisés par l’illusion des réseaux sociaux! Ils rêvent d’avoir la même vie que leurs idoles qui sirotent toute l’année leurs cocktails au bord d’une piscine sous un soleil de plomb…

Mais derrière cette image idyllique, se cache une réalité bien différente…

Bondyblog a interrogé Samy qui est éducateur dans une cité de Montreuil, en France. Il suit de près l’évolution du phénomène et l’explique par un sentiment de frustration dans les quartiers : « Les garçons comme les filles ont grandi dans des tours HLM en voyant leur mère faire des ménages et leur père trimer au chantier. Ils veulent faire de l’argent facilement à l’heure où on est imprégné par les marques, le luxe et les voyages. » D’après lui, les jeunes sont en perte d’identité dans une société où tout se consomme, y compris le sexe. Les raisons sont multiples, entre décrochage scolaire, appât du gain, etc. » 

Les ados et les plus jeunes qui sont confrontés tous les jours à des modèles virtuels de beauté tentent de reproduire les mêmes faits et gestes que leurs idoles en publiant des photos ou des vidéos provocantes. Nous pouvons aujourd’hui observer de jeunes filles d’à peine 7-8 ans se déhancher de façon vulgaire sur TikTok. Elles mettent en scène leur corps d’enfant, souvent maquillées et vêtues de tenues trop légères pour leur jeune âge, dans des positions d’adultes et laissant apparaitre leurs formes. Tout est fait pour mettre en valeur ce qui attire les hommes chez une femme.

Ce qui pose un véritable problème d’hypersexualisation précoce et engendre bien entendu de la pédopornographie numérique. Ce phénomène touche beaucoup plus les jeunes filles et malheureusement l’hypersexualisation va contribuer aux violences faites aux femmes. De plus, l’attitude de ces jeunes et l’exposition à outrance de leur nudité va accroitre leurs complexes et ainsi les rendre sensibles aux regards des autres.

A l’inverse, recevoir trop de compliments va gonfler leur égo et créer des personnages narcissiques. Pour contrer cela, aujourd’hui, est né un mouvement de femmes dans le monde défendant le « no make up ». L’idée est d’apprendre à s’aimer au naturel et de cette façon elles revendiquent ne plus vouloir subir cette pression sociale.

Ce mouvement pourrait aider beaucoup de jeunes filles à s’accepter telles quelles et enfin sortir de leur souffrance due à leurs complexes souvent accentués par les réseaux sociaux.

Le like bientôt masqué sur Instagram… 

L’application a annoncé récemment que l’affichage des likes ne serait plus public tout comme le compteur de vues des vidéos postées. L’objectif est ainsi de permettre d’enlever la pression du nombre de likes qu’un message peut recevoir.

«  Une décision qui devenait plus que nécessaire » souligne auprès de L’Express Michael Stora, psychiatre spécialiste d’Internet et des mondes numériques. « Car au-delà du simple clic, ce processus de « likes » peut devenir dangereux pour la santé mentale des utilisateurs les plus fragiles. » 

Il faut absolument une prise de conscience collective. Les parents sont responsables de leurs enfants et doivent impérativement être vigilants quant à l’utilisation excessive des réseaux sociaux mais aussi du contenu visité et partagé afin de détecter à temps les dérives qui peuvent avoir lieu et éviter des conséquences pouvant être désastreuses : cyber-harcèlement, hypersexualisation précoce, pédo-criminalité,…

                                                                                                                                                                             I.S

Pour en savoir plus

Jamais sans mes fils, le combat d’une mère pour revoir ses enfants

Le 20 juillet 2017… c’est la dernière fois que Naziha Mahmoudi voit ses enfants Nohe et Ibrahim, date à laquelle elle les envoie en vacances à Dubaï chez leur père. Un voyage sans retour, leur père décidera de ne jamais les laisser rentrer. 1695 jours… soit quatre ans et demi de souffrance, de larmes, de combat pour que justice lui soit rendue ainsi qu’à ses enfants.

Naziha Mahmoudi n’a que 19 ans lorsqu’elle rencontre celui qui deviendra bien plus tard son mari, Youssef. « A cette époque-là, je ne me voyais pas me marier aussi jeune, donc nos chemins se sont séparés. Quatre ans plus tard, nous sommes amenés à nous recroiser lors d’évènements associatifs et nous nous marions à la fin de l’année 2005. L’année suivante, il ouvre un restaurant et il fait la connaissance d’un chef qui lui parle de Dubaï. » Très vite, Youssef désire tenter l’aventure dans ce nouvel eldorado, mais de manière assez précipitée. « A ce moment-là, je n’ai absolument pas l’envie de partir m’exiler à l’étranger. Je suis en fin de grossesse de mon premier fils, Nohe. Un an auparavant, j’avais fait une fausse couche qui a été assez éprouvante psychologiquement et je vivais cette nouvelle grossesse dans l’angoisse la plus totale. Mon fils naît finalement en bonne santé le 11 février 2009. En mai, Youssef décide de partir à Dubaï pour 20 jours, mais il ne reviendra finalement jamais… mon fils est alors âgé de 3 mois, et il est hospitalisé. Donc la dernière chose dont j’ai envie à ce moment-là, c’est de tenter l’aventure à l’étranger. Il souffre du syndrome d’apnées obstructives du nourrisson et de reflux. Chaque jour, j’ai la peur au ventre qu’il parte d’une mort subite du nourrisson, il restera sous monitoring jusqu’à ses 6 mois. Mes débuts d’expatriée sont donc ponctués d’allers-retours entre Bruxelles et Dubaï. Lorsque je reviens à Bruxelles, j’entends parler de dettes qu’il aurait laissées derrière lui, notamment plusieurs fournisseurs de son restaurant, je comprends très vite les raisons de son insistance pour partir à Dubaï, son départ était une sorte de fuite. »

La dernière fois que leur mère les voit, Nohe et Ibrahim sont âgés de 8 et 6 ans

Une nouvelle vie démarre

Quelques mois plus tard et à contrecœur, Naziha le rejoint pour de bon. « C’était véritablement une déchirure pour moi, cela m’a été imposé. Vivre à Dubaï n’était clairement pas mon choix… Il est parti pour un court séjour mais il n’est pas revenu,  j’ai dû gérer un appartement seule, régler toutes les démarches avant de pouvoir quitter la Belgique définitivement. J’ai laissé derrière moi mes parents âgés et ma maman avec beaucoup de problèmes de santé, ainsi que toute ma famille et mes amies, tous mes repères. Une fois sur place, la solitude rythmait mon quotidien. Je sortais très peu et passais mes journées à m’occuper de mon bébé. Cela a duré au moins deux, trois années, avant de pouvoir m’habituer à cette nouvelle vie. Youssef passe lui énormément de temps à lancer ses affaires, je le vois de moins en moins au point de ne plus le croiser que deux à trois heures dans la semaine… mes 3 dernières années à Dubaï, il quitte carrément le domicile conjugal et dort « au bureau », d’après ses dires. »

Tant bien que mal, Naziha se concentre sur l’éducation de ses enfants sur qui elle reporte toute son attention et son énergie. Son deuxième fils Ibrahim naît le 25 juillet 2011. « Il a refusé que j’accouche à Bruxelles, je donne donc naissance à Ibrahim à Dubaï seule, sans ma famille, heureusement ma belle-mère viendra m’épauler pendant un mois. »

En décembre 2016, Youssef lui fait part de son envie de partir « quelques jours » au Maroc. « C’est comme si le même scénario recommençait : il me dit qu’il part pour 20 jours qui se transformeront en 6 mois… Je me retrouve seule à Dubaï à devoir tout gérer et je me sens dans une totale insécurité parce que j’apprends qu’on le recherche de nouveau pour une histoire de dettes. J’ai très peur des représailles sur mes enfants ou moi, je me sens complètement livrée à moi-même. Parallèlement, je n’ai que très peu de nouvelles de lui, il m’appelle à raison d’une fois par mois et je ne comprends absolument pas ce qui se passe. Au bout de 4 mois, en avril 2017, il désire revoir ses enfants, je le rejoins donc au Maroc 2 semaines, et je me rends compte qu’il loge dans un hôtel 5 étoiles et qu’il ne se prive de rien, les vacances sont magnifiques… et il fait comprendre aux enfants que la vie au Maroc est superbe, mais je m’oppose à cette idée ; une fois mais pas deux. Je ne veux pas qu’il laisse des gens lésés derrière lui dans chaque pays où il met les pieds et à chaque fois fuir ses responsabilités. » Naziha rentre à Dubaï, les enfants reprennent le chemin de l’école mais elle reste sans nouvelles de Youssef pendant plus d’un mois. Il finira par rentrer à Dubaï mi-mai, sans prévenir, soit au bout de 6 longs mois d’absence. « Et là, la coupe est pleine, j’ai vécu cette longue absence sans aucune explication de sa part, j’entends qu’il a de gros problèmes avec plusieurs personnes, notamment ses employés, on ne partage plus aucun principe, ni valeur et je parle de divorce. A ce moment-là, il comprend ma position et propose qu’on fasse cela à l’amiable. Nous nous projetons pour la suite et parlons même d’inscrire les enfants à l’Ecole Européenne de Bruxelles. Il décide de partir pour l’Arabie Saoudite, et moi je rentre à Bruxelles avec mes enfants. Il me donne le numéro d’une avocate pour la procédure de divorce à l’amiable, mais dans mon malheur, ce sont les vacances judiciaires, je n’ai donc aucun rendez-vous avec cette avocate avant le mois de septembre. Il insiste en me demandant de lui envoyer les enfants pendant un mois, du 20 juillet au 28 août 2017. Il m’envoie déjà un colis à Bruxelles avec des cadeaux et vêtements qu’ils devront porter le jour de l’Aïd à Bruxelles qui était prévu cette année-là le 1er septembre. Il y a également dans le colis l’acte de naissance d’Ibrahim pour que je puisse faire toutes mes démarches administratives à Bruxelles. Il me rassure sur plusieurs points et finalement, j’accepte, car pour moi, même si un couple décide de divorcer, aucun des parents n’a le droit de priver l’autre de voir ses enfants. »


Depuis 8 mois, Naziha est sans nouvelles de ses deux fils

Un départ sans retour

Naziha n’est pas totalement rassurée, elle ne préfère pas les envoyer tant qu’aucun cadre juridique n’est défini mais le père de ses enfants lui promet qu’ils seront de retour très vite, un billet d’avion aller/retour est même réservé. « Le 20 juillet 2017, ils prennent donc le vol et ce sera la dernière fois que je les verrai. Ibrahim, mon petit dernier, a fait une crise de larmes à l’aéroport et refusait de partir. Mais n’ayant qu’une parole, j’ai dû le laisser partir dans cet état, en respectant ma promesse vis-à-vis de leur père. Au début, je les ai au téléphone tous les jours. Leur père m’envoie même des photos des enfants avec des manteaux, des bonnets parce qu’il désire leur acheter, tout ce qu’il faut pour leur prochain hiver en Belgique, afin de m’alléger les frais… Il me promet qu’il fera tout pour qu’on soit bien. Que même si nous n’avons pas réussi notre mariage, il fera tout pour que nos enfants soient heureux, qu’on le fera ensemble main dans la main, afin qu’ils soient préservés psychologiquement… mais c’était un leurre, il souhaitait m’amadouer pour que je ne me doute pas un seul instant de ce qu’il tramait. A quelques jours de leur retour, il prétexte que les enfants doivent subir une opération des dents pour repousser de deux jours la date du retour. J’accepte parce que deux jours, cela me semble raisonnable. Mais la veille de l’opération, je n’arrive pas à les joindre. Le jour J, non plus. Sans nouvelles, j’appelle le cabinet dentaire à Dubaï qui m’informe que les enfants ont été reçus en consultation mais qu’aucune opération n’est prévue… A ce moment-là, je comprends que je ne les reverrai plus et j’ai le sentiment de tomber du haut d’un immeuble… c’est le trou noir, la violence du choc est terrible, c’est comme si on m’arrachait le cœur… »

Le début d’un long combat

Très vite, Naziha porte plainte pour enlèvement d’enfants. Un premier jugement statue en sa faveur et lui donne la garde exclusive et l’hébergement des enfants en Belgique. « Après l’annonce du verdict belge, de son côté, il saisit aussi les tribunaux émiratis en prétextant un  abandon d’enfants et obtient lui aussi la garde et la répudiation, sans qu’aucun droit à la défense ne m’ait été octroyé. Mon avocate et moi n’apprendront cela que bien plus tard, aucun recours en appel n’a donc pu être introduit. Mais internationalement, c’est le jugement de la première juridiction saisie qui compte, c’est donc le jugement en ma faveur qui prime. Malheureusement, Dubaï n’a pas ratifié la Convention de La Haye, qui aurait permis très vite le retour des enfants. De plus, les juridictions émiraties n’ont fait aucune enquête sociale pour vérifier ses dires et voir si j’étais ou non encore sur le territoire et ont donc supposé que je refusais de me rendre à la convocation. Très vite, il demande aussi une interdiction de sortie du territoire des enfants sans son autorisation et celle-ci lui est accordée. » Aujourd’hui, quatre ans et demi plus tard et après de nombreuses audiences, dont les jugements sont tous en sa faveur, Naziha n’a toujours pas pu revoir ses enfants. Quatre ans et demi sans voir leur visage, sans les toucher, sans les voir grandir… « Près de 20 audiences qui le condamnent toutes. Un mandat d’arrêt international a été émis le 11/09/2018. Il a, à chaque fois, fait appel des décisions de justice qui rallonge la procédure. Aujourd’hui, la dernière étape, c’est la Chambre des Mises en Accusations qui décidera ou non du renvoi de l’affaire en correctionnel. Si c’est le cas et qu’il est déclaré coupable, il risque une lourde peine de prison et Dubaï devra alors appliquer le jugement belge. »

Cette année 2022 est la dernière que je veux passer sans eux, cela n’a que trop duré, leur absence est chaque jour plus insupportable

Naziha Mahmoudi

La dernière année sans eux

Mais l’audience a été reportée trois fois déjà… « C’est très dur physiquement et émotionnellement, ce sont à chaque fois des déceptions qu’il faut surmonter. Mais cette année, j’ai décidé de médiatiser mon histoire pour peut-être essayer de débloquer la situation, pour qu’on puisse m’indiquer des personnes clés qui pourraient m’aider à me défendre à Dubaï et à faire au moins valoir mon droit de visite là-bas, avant d’autres étapes. Cette année 2022 sera aussi la dernière année que je veux passer sans voir mes enfants, leur absence n’a que trop duré, elle devient chaque jour de plus en plus insupportable et il faut que cela cesse. Mon seul souhait est qu’ils ne soient pas trop impactés psychologiquement, que mon absence et toutes les conséquences qui en ont découlé ne les affecteront pas plus tard dans leur vie d’adulte. » Nohe et Ibrahim sont aujourd’hui âgés respectivement de 13 ans et 11 ans. « Ils ont besoin de leur maman.  Je les ai quittés enfant, aujourd’hui ils entrent dans l’adolescence… D’avoir perdu définitivement autant de moments précieux de leur vie m’est insupportable, mais je garde espoir que cette année sera l’année des retrouvailles !»

H.B.

Ukraine, des réfugiés qui nous ressemblent

La Russie a lancé ce jeudi 24 février une invasion de l’Ukraine, entrant dans le pays en divers endroits, à l’est, au sud et au nord et en bombardant les principales villes du pays, dont la capitale Kiev. A ce jour, on dénombre plus de 677 000 réfugiés accueillis par les quatre pays voisins mais de nombreux pays européens ont d’ores et déjà annoncé leur souhait d’accueillir ceux qui fuient le conflit. La couverture médiatique de cette guerre interpelle et notamment le choix de certains mots utilisés par des journalistes pourtant chevronnés… 

L’Ukraine, plus « civilisée »

Vendredi 25 février, Charlie D’Agata, un journaliste de la chaîne américaine CBS a suscité un tollé après avoir suggéré que l’Ukraine est plus « civilisée » que des pays du Moyen-Orient comme l’Afghanistan et l’Irak. Le journaliste, pourtant chevronné, et qui effectuait un reportage depuis la capitale Kiev, a déclaré que l’Ukraine « n’est pas un endroit, avec tout le respect que je lui dois, comme l’Irak ou l’Afghanistan, qui a vu des conflits faire rage pendant des décennies. » « C’est une ville relativement civilisée, relativement européenne – je dois aussi choisir ces mots avec soin – où vous ne vous attendriez pas à cela ou n’espériez pas que cela se produise. » 

credit:YouTube / CBS News 

Immédiatement, la séquence a été reprise et est devenue virale sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes qualifiant les propos d’« honteux », tandis que certains espéraient que  » lorsque des problèmes plus urgents seront résolus et que l’agression de la Russie sera neutralisée, nous pourrons commencer à nous demander pourquoi la guerre, la mort et la souffrance sont considérées comme normales pour certains êtres humains et pas pour d’autres « . 

Mea culpa 

Devant l’ampleur de la réaction suscitée, le journaliste a regretté ses propos. Il affirme :
 » J’ai parlé d’une manière que je regrette, et j’en suis désolé. » Il ajoute qu’il souhaitait à travers ses propos faire comprendre que l’Ukraine n’avait pas connu  » cette ampleur de la guerre  » ces dernières années, contrairement à d’autres pays. « De toute façon, vous ne devriez jamais comparer les conflits, chacun est unique… J’ai utilisé un mauvais choix de mots et je m’excuse pour toute offense que j’ai pu causer. » 

Un mauvais choix de mots qui n’en est pas un 

Le journaliste de CBS a parlé de mauvais choix de mots, pourtant en tant que journaliste le choix des mots fait partie des qualités professionnelles indispensables pour exercer ce métier. Donc ce n’était pas uniquement une erreur banale, elle montre tout simplement encore une fois la persistance, chez certains, de clichés durablement ancrés et qui affirment que certaines vies ont plus de valeur que d’autres. Dans ce cas-ci, des vies ukrainiennes au détriment de vies syriennes, iraquiennes, palestiniennes ou yéménites et cela est tout simplement inacceptable et doit être condamné à l’échelle mondiale. 

Hiérarchisation des vies humaines ? 

En Angleterre, sur BBC News, un correspondant, David Sakvarelidze s’est dit touché personnellement : « C’est très émouvant pour moi parce que je vois des Européens aux yeux bleus et aux cheveux blonds être tués » ajoutant du crédit à la thèse qui affirme que seuls les « blancs » méritent davantage de sympathie face à l’adversité. En France, d’autres propos similaires ont été entendus sur des chaînes de grande audience. C’est le cas de la chaîne d’info en continu BFM TV où le journaliste Philippe Corbé déclare : «C’est pas des départs en vacances. Ce sont des gens qui fuient la guerre. » « On parle pas de Syriens qui fuient les bombardements du régime syrien, on parle d’Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures, et qui essayent juste de sauver leur vie quoi. » Tandis que le président français de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, Jean-Louis Bourlanges s’est réjoui de cette nouvelle vague migratoire : « On aura une immigration de grande qualité dont on pourra tirer profit. »

crédit: instagram/Les répliques

Mais néanmoins, la critique ne s’adresse pas uniquement aux médias occidentaux, les médias arabes ne sont pas en reste à l’image d’Al Jazeera English. Un présentateur de la chaîne qatari, Peter Dobbie, a déclaré : « Ce qui est fascinant chez ces gens, c’est la façon dont ils sont habillés ; ce sont des gens prospères de la classe moyenne qui ne sont évidemment pas des réfugiés. Ce ne sont pas des gens qui essayent de fuir des régions d’Afrique du Nord. Ils ressemblent à n’importe quelle famille européenne à côté de laquelle vous vivriez. » La chaîne a aussitôt présenté des excuses sur Twitter, écrivant : « Un présentateur @AJEnglish a fait des comparaisons injustes entre les Ukrainiens fuyant la guerre et les réfugiés de la région MENA. Les commentaires du présentateur étaient insensibles et irresponsables. Nous nous excusons auprès de notre public dans le monde entier et le manquement au professionnalisme est en train d’être traité. » Même si ces propos n’ont pas soulevé une vague d’indignation comme celle provoquée par les dires du journaliste de CBS News, ils interpellent à plus d’un titre. 

Crédit : Twitter / @AlJazeera 

Certains accueillis, d’autres refoulés 

Alors que les pays voisins de l’Ukraine sont mobilisés pour accueillir les réfugiés qui fuient en masse leur pays, les témoignages qui nous parviennent font état d’un travail extraordinaire fourni par la Pologne et la Hongrie notamment. Ce n’est pourtant pas l’avis des réfugiés africains, arabes ou indiens qui ont été refoulés aux frontières sur base de leur couleur de peau. Les autorités polonaises et hongroises ont démenti mais les faits sont bien réels. Triés également au départ de l’Ukraine, de nombreux ressortissants ont donc dû effectuer à pied les 40 kilomètres qui séparent Lviv de la frontière polonaise avant de se voir à nouveau refouler sur place… Chez nous, le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi, a déclaré que « la Belgique ne comptera pas le nombre de réfugiés ukrainiens qu’elle accueillera ». Si l’on se réjouit d’une telle solidarité, nous aurions aimé entendre le même enthousiasme quant à l’accueil des autres réfugiés alors que les pays européens se disputaient sur le nombre de réfugiés syriens qu’ils consentaient à laisser franchir leur frontière… Une hiérarchisation des vies humaines incroyable au 21ème siècle !

H.B.

Au-delà des mots, la sacralité de la Maison de Dieu

Il existe un lieu et un moment pendant lequel toute l’humanité peut se reconnecter à l’héritage d’Ibrahim (Paix sur lui), prendre du recul sur sa vie, réviser sa façon de penser et d’agir en toute quiétude, de prendre conscience de qui nous sommes.

Au cœur du Sacré

Alors que presque partout dans le monde, l’humanité est déchirée par des conflits; dans ce lieu sacré qu’est la Maison de la Mecque, Al-Ka’ba,[1] chacun peut trouver un lieu de paix, une bulle de miséricorde.

C’est au cœur de ce lieu sacré que tout croyant ressent la toute Grandeur de Dieu, la Toute Puissance du Maitre des Mondes. Ce lieu, nous renvoie à une histoire commune, à travers la prophétie d’Ibrahim (Paix sur lui), l’origine du culte monothéiste. C’est la première Maison offerte à l’humanité pour nous rappeler que nous sommes une seule et même famille humaine.

L’importance d’un lieu ou objet sacré est nécessaire car celui-ci a une réelle efficacité du fait qu’il contribue à nourrir la foi. Ainsi, le sacré implique la reconnaissance de l’être transcendant comme une réalité et de l’univers comme le fruit d’une Essence Créatrice Toute Puissante. En quelques mots, le lieu (ou objet) sacré assure la médiation entre l’Homme et le Divin. Dès lors, l’union de la parole et du geste constitue l’essence du sacré, mais aussi un profond engagement envers Dieu : le servir uniquement, réaliser sa vocation de vicaire (khalifa)[2] et honorer son dépôt (al-amanah)[3].

« Je réponds à Ton appel, mon Dieu, oui, j’y réponds ! »

Le pèlerinage, un des piliers de l’Islam permet de se découvrir, d’avoir une connaissance profonde de soi, de se nourrir spirituellement comme on cultiverait un jardin privé. Le voyage de toute une vie qui prend alors sens et trouve une harmonie dans son rapport à soi, aux autres, à l’univers et au Créateur de toute chose. Ce cheminement personnel se vit en collectivité, au milieu des Hommes, dans une communauté unique – au-delà de toutes appartenances ethniques ou culturelles – dirigée vers un même point, vers une direction originelle, vers le même destin.

La Ka’ba.Derrière cet objet sacré, cet édifice, impressionnant, fascinant, se cache la grandeur du Créateur. Il nous rappelle qu’Il est le Puissant, le Maitre, le Grand, l’Unique. « Seigneur ! Nous sommes faibles et nous sommes soumis ! » Voilà ce que nos cœurs battent à la chamade au rythme de nos pas autour de Sa Maison. Cet aveu salutaire est le message d’un retour vers Lui. Notre regard agit comme un aimant vers cette Maison, attiré inlassablement, au point que son image s’inscrit sur nos rétines. Chaque battement de nos cœurs répond à l’appel du Divin.

Ainsi, l’héritage de nos Prophètes et Messagers résonne en nous et anime de leurs passages passés ce lieu béni, et ce jusqu’à la fin des temps.

Toute personne ayant visité ce lieu sacré, restera à jamais marquée dans son cœur par le désir ardent un jour d’y retourner…

« Cette connexion a fait s’incliner vers la Ka’ba les cœurs des mondes, elle a distillé de l’amour pour elle dans les âmes ainsi qu’un profond désir de la voir. Elle est le lieu de rendez-vous de ceux qui aiment Allah, et jamais leur soif n’est assouvie. A chaque visite de la Ka’ba, le désir de la revoir se fait plus fort, la soif n’est pas étanchée et la distance n’y change rien. »[4]   

                                                                                                                      Najoua


[1] La Ka’ba est la Maison d’Allah, elle se situe au centre de la Mosquée sacrée (al-Masjid al-haram). Il s’agit d’une maison cubique composée d’un toit et de murs asymétriques : la longueur du mur comportant la porte est de 11,68 m.

[2] Lieutenant, successeur. L’homme est appelé dans le Coran le Khalifa ou lieutenant de Dieu sur Terre.

[3] En tant que Khalifa, l’homme a reçu une charge ou amana dont il doit s’acquitter.

[4] Tiré du livre de Mahmud al-Dawsari, Tout savoir sur la Ka’ba. Editions al-hadith, 2015. Extrait p.31/32

Les matins de Jénine, pour ne pas oublier

Les matins de Jénine, un livre écrit par la palestinienne Susan Abulhawa et qui nous plonge au cœur du conflit israélo-palestinien. Le roman raconte l’histoire de la jeune Amal et de sa famille sur quatre générations, c’est le coup de cœur de notre rédaction.

C’est un livre vrai, fort, où il n’y a pas de filtre au niveau des émotions, elles sont là, puissantes et nous emportent littéralement avec elles.

Je n’ai pas aimé ce livre, parce qu’il m’a fait perdre espoir en l’humanité, je n’ai pas aimé ce livre parce qu’il a fait naître en moi des émotions que je n’aime pas : la colère, le désespoir, la haine parfois, même si je ne pense pas connaître véritablement ce qu’est ce sentiment. Je n’ai donc pas aimé ce livre parce qu’il a révélé mon impuissance face à toutes les injustices de ce monde et celle des Palestiniens en particulier. Je n’ai pas aimé ce livre parce que même après avoir achevé sa lecture, ma vie n’a pas changé, facteur révélateur encore une fois de mon impuissance. Je n’ai pas aimé ce livre mais je l’ai incarné à travers Amal et son histoire, celle de tant d’autres familles palestiniennes qui ont leur patrie dans leur sang, dans leurs veines… Ils se dressent tous contre cette injustice depuis tant d’années et dans l’indifférence générale, cette injustice qu’Allah s’est interdite à lui-même, c’est dire combien nous devons nous aussi dénoncer cela au minimum. Mais vous l’aurez compris, je l’ai aimé ce livre, mais tellement… car c’est la première fois que je vis profondément, intensément le conflit israélo-palestinien.

Susan Abulhawa est une ancienne réfugiée palestinienne au Koweït. Les camps de réfugiés, elle les a connus et a su nous transmettre, à travers Les matins de Jénine, cet héritage palestinien, l’héritage de la mémoire pour ne pas oublier qu’aujourd’hui encore des générations entières ont vécu et vivent encore dans l’espoir de retourner sur les terres desquelles on les a chassé. Finalement, j’ai retrouvé l’espoir en l’humanité grâce à Youssef, car, Al Hamdoulilah, du plus profond des ténèbres, il peut toujours jaillir une lumière…

Un livre qui doit figurer dans  votre bibliothèque !

H.B.

Pour en savoir plus:

Les matins de Jénine, Susan Abulhawa, aux éditions Pocket, 2009.

Pour le devoir de mémoire

Amie lectrice, ami lecteur, que la paix soit sur vous !

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion de lire le roman Les matins de Jénine de Susan Abulhawa qui retrace le déracinement d’une famille palestinienne, sur quatre générations, meurtrie et prise au piège par le conflit israélo-palestinien. Ma « consœur de calame[1] », H.B., a trouvé les mots justes pour relater ce récit historique dans un article poignant que je vous invite à découvrir.

J’ai choisi de m’attarder sur un autre aspect du livre.

« Un arbre n’est la propriété de personne, poursuivit-il. Il peut t’appartenir à titre temporaire, comme tu peux lui appartenir Nous venons de la terre, nous lui donnons notre amour et notre travail et, en retour, elle nous nourrit. Quand nous mourons, nous retournons à la terre. D’une certaine manière, c’est elle qui nous possède. »

Extrait « Les Matins de Jénine »

On dit que les gens qui vivent près de la terre ont un rapport aux relations humaines authentique : sens du partage, de l’hospitalité, de l’accueil… non altéré ou dénaturé par de quelconques us protocolaires dont nous avons le secret dans nos contrées où la surconsommation est reine.

Et c’est eux que nous appelons « pauvres »…! Mais pauvres de quoi ?! Pauvres de ne pas posséder d’objets inutiles ? Pauvres de ne pas être victimes de surabondance ? Pauvres de ne pas s’encombrer des diktats des apparences ?

A l’image de ces personnes vivant près des terres, les personnages du roman de Susan Abulhawa ont compris l’essentiel : le détachement et le sens des valeurs.

Le minimalisme leur a permis de cerner la richesse de ces petits moments de bonheur à saisir au quotidien ;

L’épreuve leur a révélé l’éphémérité de la vie ;

La détresse leur a offert un lien privilégié avec l’Unique ;

Le dénuement leur a enseigné la force d’âme.

L’épreuve, la détresse, le dénuement, … auraient-ils donc pour rôle de nous emmener dans les abysses de notre être pour faire jaillir les richesses enfouies en nous que l’on ne soupçonne guère ?

Voilà ce qu’est parvenue à faire Susan Abulhawa de ce livre intimiste, écrit avec finesse, pudeur et poésie : amener le lecteur à sonder l’intensité profonde de ses émotions, de ses sentiments et explorer les tréfonds du sens des valeurs. Juste grandiose !

Un livre puissant qui décrit à la fois la beauté de ce roman et l’effroi qu’il raconte.

Un livre qui ne laisse pas indifférent et qui nous interpelle au moment de tourner la dernière page… :

  • « Vas-tu me ranger dans ta bibliothèque et faire comme si de rien n’était, en somme comme fait le monde entier depuis 1948 ? »
  • « Non, répondis-je. Ma modeste contribution sera un article dans le blog ‘L’Autre Regard’. »

Pour des Hommes et des Femmes qui inspirent le respect,

Pour redonner la parole à ceux qui ne l’ont plus,

Pour la dignité et les droits humains bafoués,

Pour crier à l’injustice stridente dont nous sommes spectateurs,

Pour un peuple à genoux qui garde la tête haute,

Pour le devoir de mémoire.

L.M.


[1] Calame : roseau taillé en pointe dont on se sert pour l’écriture.  

La covid 19 s’est invitée dans nos vies sans y être conviée…

Les kilomètres, les frontières, les ethnies, les cultures, les religions… toutes ces choses, qui trop souvent nous séparent, ne font pas peur à ce virus microscopique aux effets macroscopiques. Soudainement, nous avons été confinés entre nos murs à voir le monde par nos vitraux.

A nos fenêtres, à voir le monde à l’arrêt, comme figé, la nature sans l’homme a pris un souffle nouveau et nous avons pris le temps de la regarder et de nous rendre compte combien est doux l’air caressant nos visages, apaisant le bruit du vent dans les feuilles des arbres, les animaux s’invitant un peu plus loin dans les villes endormies, soulagées de l’absence des hommes.

A nos télévisions, écrans… à l’affut de l’information, obnubilés par la gestion de cette crise sanitaire mondiale sans précédent. Les médias sont devenus rois. Ils donnent la cadence saccadée par des données scientifiques, statistiques…

Saturation, omniprésence d’informations sur cette pandémie anxiogène, souffle coupé, suspendu : l’ère covid a commencé.

La science est devenue le nouveau dogme, le nouveau paradigme et les chiffres, les statistiques, les prévisions, les moyennes, les variables… leur chef de culte nous assaillant, sans toujours tout comprendre, de leur langage « prophétique ».

Vivre au rythme des mesures sanitaires tentant d’éviter la saturation de soins de santé, esquiver un ennemi invisible, le combat est inégal.

Mais nous luttons et continuons de vivre à l’affut du moindre changement de ces restrictions, mesures sanitaires qui, parfois, ont un relent liberticide.

Elle nous a obligés à nous réinventer, à nous repenser, à changer les représentations de nos relations sociales, à trouver des moyens détournés, à nous regarder autrement, à nous aimer autrement, à communiquer autrement mais toujours avec cette force de vivre malgré tout.

Aller prier à la mosquée transformée en un échiquier géant, une place occupée, une autre vide. Les croyants, un tapis de prière à la main, la foi au cœur et une résilience à toute épreuve s’y présentent jusqu’à ce que le quota soit atteint. Échec et mat, on ne rentre plus.

Soucieux de nos proches, nous prions que ce virus ne s’invite pas auprès de nos anciens… Connectés, rester informés, tout en restant prudents, nous nous rendons bien compte combien l’homme est un être social malgré cette distanciation sociale tant souhaitée. Nous avons besoin de la présence des autres dans nos vies. Les personnes isolées, personnes précarisées, les sans-papiers, les personnes handicapées… les oubliés.

Et dans ce flot d’informations, l’humain garde le lien social si fragilisé. Les nouvelles nous parviennent et des invocations nous sont demandées pour le rétablissement ou  la mort d’un proche. Nous pleurons, enterrons nos morts contraints par les mesures sanitaires, les fermetures de frontières. Respecter la dernière volonté de ces premiers immigrés qui ont gardé encore vivace à l’esprit le mythe du retour dans leur terre natale, dilemme moral. Et nous voyons la triste expansion du cimetière musulman d’Evere et les rapatriements conditionnés par l’ouverture des frontières.

École à distance, une nouvelle ère scolaire du numérique est arrivée mais nous ne sommes pas tous égaux : « fracture numérique ». École bienveillante, enseignants résistants, élèves résilients, à travers les écrans, tributaires du matériel informatique, du réseau internet… l’année scolaire s’écoule.

Les inégalités se creusent, de nouvelles voient le jour.

Cette crise sanitaire n’est pas qu’un problème de santé publique mais un phénomène social à part entière. Les conséquences sont globales : inégalités sociales, augmentation de la paupérisation, altération du lien social, détresse psychologique… Du microscopique au macroscopique, de l’individu à la collectivité, du national au mondial.

En chacun de nous, cette épreuve a laissé son empreinte, mais a aussi marqué nos sociétés, peut-être est-ce l’occasion de s’interroger et de repenser sérieusement, profondément, notre modèle de société à l’aube de l’ère post-covid.

O.D.