Vers un effondrement des grandes puissances mondiales : le nouvel ordre mondial 

Selon l’OCDE, la Chine, l’atelier du monde, serait la première puissance mondiale suivie de l’Inde qui verra sa population se multiplier par 8 en 2060 par rapport à celle de 2011. Les Etats-Unis seraient en 3ème position. Quant à la zone euro, la part de son PIB mondial passerait de 17% en 2011 à 9% en 2060, soit une baisse de 47% ! Cette perte de vitesse des pays européens serait due à une augmentation de dépenses publiques et dettes publiques et à une population vieillissante. Quelle sera la cause de cette chute ?  La question est d’autant plus pertinente que nous savons que toute grande puissance dans le passé a connu sa fin : les puissances romaine, grecque, française, perse, arabe, britannique, andalouse et d’autres… toutes ont vu leur déclin. Qui osera défier l’oncle Sam et le renversera de son trône?

Lors de notre dernier article, nous avions conclu en nous posant quelques questions sur l’ordre mondial des grandes puissances et son évolution.

Nous avions dressé un état des lieux et nous avions constaté que le système du monde est de plus en plus fragile et que sa sécurité est fortement menacée.

Ces dernières années ont été traversées par plus d’évènements marquant l’histoire avec un grand H que celles des dernières décennies tant est si bien que nous assistons à des prémices de changements du leadership mondial.

Alors que les pays occidentaux, plus particulièrement les Etats-Unis et l’Europe, dominaient le monde, aujourd’hui, ces derniers sont littéralement méprisés par des pays qui auparavant étaient regardés de haut. Serait-ce la fin d’une série où les Américains étaient les acteurs principaux se faisant passer pour des héros ? Pas très braves, plutôt narcissiques, et souvent vaniteux… ces acteurs « héroïques » sont à la fois les producteurs et scénaristes d’épisodes de guerres où l’on comprend très vite que les méchants sont en réalité des victimes parmi tant d’autres…

Souvenons-nous de l’exécution de Saddam Hussein jugé par les USA et l’Europe comme « terroriste et complice d’Al Qaida ». Cette accusation fortement remise en cause et condamnée est née juste après qu’il ait demandé d’être payé pour le pétrole irakien par une autre monnaie que le dollar et qu’il ait invité d’autres chefs d’Etat détenteur de pétrole à faire de même. La puissance américaine s’est sentie menacée et ce n’était ni la première ni la dernière fois.[1]

Des exemples d’« interventions militaires » sous de faux prétextes des Occidentaux ne manquent pas dans l’histoire des films d’horreur américains où l’avidité et la cupidité sont les moteurs clés de leurs crimes et où les plus grandes pertes sont davantage humaines : Haïti, guerre du Vietnam, d’Iran, du Brésil, d’Irak, du Venezuela, la tentative d’assassinat du président Turc Erdogan…

Aujourd’hui, les Occidentaux ont en face un adversaire qui ne faiblit pas devant les menaces américaines et européennes. La Russie connait son adversaire et semble savoir quand et où donner les meilleurs coups pour défendre des valeurs chères à sa patrie et des principes qu’elle a toujours défendus et qu’elle a inscrits noir sur blanc dans des traités pensant que les Occidentaux ont une parole d’honneur.

Déterminée, la Russie balade ses rivaux et s’amuse à leur retourner leurs propres sanctions leur rappelant froidement (au sens propre comme au sens figuré) qu’ils n’ont pas à s’immiscer dans ses affaires « familiales ».

Elle dénigre les Occidentaux en créant des alliances avec d’autres rivaux tels que la Chine et elle met à terre leurs marchés financiers dans sa globalité. La Russie semble avoir contribué à la récession économique européenne et américaine.

Mais c’est alors que nous assistons à d’autres phénomènes curieux venant d’autres horizons…

Un nouveau vent souffle d’ailleurs…

  • La Chine constate l’affaiblissement des Etats-Unis qui semble être à l’image de son dirigeant actuel. Comme la Russie pour l’Ukraine, elle n’a jamais caché ses ambitions de « récupérer Taiwan » très défendue par les USA. Osera-t-elle franchir le pas comme la Russie et risquer de mettre à mal son essor économique croissant qu’elle a connu ces dernières décennies ? (Bien que ces derniers temps, la crise ne l’a pas épargnée non plus)[2] ;
  • L’Arabie Saoudite devient de plus en plus forte[3] et décline sans compromis les demandes des Etats-Unis de plafonner les prix du pétrole.[4] Elle a contribué au rachat de la dette américaine bénéficiant de taux d’intérêts intéressants. Aujourd’hui, comme le pétrole se fait de plus en plus rare et reste toujours un besoin pour l’énergie mondiale, l’économie saoudienne est en plein essor. Ainsi l’OPEC, dans son ensemble, refuse les nombreuses doléances des Etats-Unis.
  • La Turquie entretient de « bons » rapports avec la Russie, au détriment des Occidentaux et des Américains…[5]
  • Israël a voté contre les sanctions contre la Russie[6]

Devant une Amérique qui auparavant était vue comme un leader mondial, aujourd’hui les chefs d’états n’ont pas peur de montrer leurs oppositions.

Alors que l’Europe fut, jadis, au sommet avec les USA notamment grâce aux trente glorieuses (1945-1975), aujourd’hui, elles sont vues comme les grandes pleureuses.

Si toutes les puissances ont vu une fin, pourquoi l’Occident en serait-il épargné ? Si nous ne pouvons pas encore constater la fin de leur hégémonie, nous pouvons franchement parler d’un affaiblissement important de ces puissances. Par qui, par quoi seraient-elles remplacées ? Quelles seront les ambitions de ces futures puissances ?

Qui seront les grands gagnants et les grands perdants des dernières crises ? Avons-nous de bons candidats pressentis au poste tant convoité ?  

Selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), en 2060, la Chine, l’atelier du monde, serait la première puissance mondiale suivi de l’Inde. Les Etats-Unis seraient en 3ième position.[7]

Quels seraient les facteurs contribuant à la montée de ces futures puissances ?

  • Pour la Chine, le facteur favorisant sa montée serait l’avancée en innovation technologique qu’elle fait et ses exports de productions vers le monde entier. Il fut une période où le monde riait des produits chinois. Personne ne se doutait que la Chine était en train de bâtir un empire.

Il faut néanmoins souligner que sa démographie constituée de personnes âgées pourrait poser un frein au maintien de sa croissance économique. L’OCDE ne prévoit aucune évolution de PIB chinois entre 2030 et 2060.

  • A l’inverse, l’Inde aurait comme atout majeur une main d’œuvre croissante, un taux de natalité toujours élevé et donc une propension importante de population active dans le marché de l’emploi. Grâce à ces paramètres, l’Inde aura un PIB multiplié par 8 entre 2011 et 2060 et pèsera 18% de la part mondiale en 2060 (contre 7% en 2011).

Comme le montre l’OCDE, en 2060, presque 50% (46%) du PIB mondial serait détenu par l’Inde et la Chine.

  • Pour les mêmes raisons démographiques, les pays en voie de développement d’Afrique ainsi que l’Arabie Saoudite voleront une part importante du PIB mondial à l’Europe et aux USA qui verront leurs dépenses publiques et dettes augmenter.

L’Amérique reste à la pointe des technologies et des recherches. Nul doute qu’elle peut encore reprendre à tout moment le contrôle de ces tendances. Ne l’a-t-elle pas déjà prouvé dans le passé, à maintes reprises, en éliminant tout obstacle sur son passage ? Si l’OCDE ne fait que spéculer (sous certaines conditions) sur un hypothétique ordre mondial en 2030 et en 2060, le commun des mortels est forcé de constater des faits qui contribuent à un changement dans ce sens.

L’Histoire est cyclique : des puissances s’éteignent pour que d’autres naissent…

Nelm


[1]https://www.lorientlejour.com/article/324042/Saddam_Hussein_est_une_menace__-_pour_les_E-U%252C_estime_Bush_-.html

[2] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/08/19/entre-la-chine-et-taiwan-un-potentiel-conflit-difficile-a-predire_6138462_4355770.html

[3] https://www.eiu.com/n/saudi-arabia-set-to-be-the-worlds-fastest-growing-major-economy/

[4] https://www.foxbusiness.com/economy/opec-refuses-increase-oil-output-us-release-reserves

[5] https://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/turquie-et-russie-des-ennemis-tres-amis-1732645

[6] https://www.lefigaro.fr/flash-actu/ukraine-israel-ne-permettra-pas-le-contournement-des-sanctions-contre-la-russie-20220314

[7] https://www.oecd-ilibrary.org/fr/economics/data/perspectives-economiques-de-l-ocde-statistiques-et-projections/perspectives-macro-economiques-a-long-terme-scenario-de-reference-no-109-edition-2021_e303b14b-fr?parentId=http%3A%2F%2Finstance.metastore.ingenta.com%2Fcontent%2Fcollection%2Feo-data-fr

« On ne peut pas changer les gens, on peut juste leur montrer un chemin puis leur donner envie de l’emprunter »

Cette phrase est extraite du roman de Laurent Gounelle: « Les Dieux voyagent toujours incognito ». Ce roman s’inscrit dans la mouvance du développement personnel dont l’auteur nous livre les secrets à travers une aventure hors du commun, celle d’Alan Grenmor. Ce jeune personnage, qui pense avoir raté sa vie, décide d’en finir avec son existence et s’apprête à sauter de la Tour Eiffel lorsqu’un inconnu le convainc de faire marche arrière. Il lui propose un pacte : lui sauver la vie en échange de son engagement à faire tout ce qu’il lui demandera.

Ce roman bien ficelé nous tient en haleine et explore avec finesse les tréfonds de l’âme humaine. Il met en évidence deux personnalités diamétralement opposées : Alan, jeune homme manquant cruellement de confiance en lui et spectateur de sa vie face à Igor, personnage charismatique et haut en couleurs.

Ce « petit traité de psychologie » où s’entremêlent introspection, affirmation de soi et relations sociales, fera le bonheur de ceux et celles qui ont un sens aigu des rapports humains.

Toutefois, une réflexion sous-jacente est à mener quant à la toute-puissance des théories du développement personnel qui abondent dans le paysage littéraire et médiatique ces dernières années. Le culte de la performance tant prônée par cette idéologie ne se fait-il pas parfois au détriment de l’Autre ? S’affirmer, dépasser ses peurs, prendre sa vie en main, améliorer ses compétences pour se sentir mieux professionnellement et personnellement… oui, mais à quel prix ? Qu’en est-il de ces techniques de management qui ne sont rien d’autre que des techniques de manipulation qui visent à obtenir quelque chose de son prochain ?  Reste au lecteur le choix de cueillir les plus belles fleurs du développement personnel…

Parsemés de réflexions philosophiques, les livres de Laurent Gounelle ont cette particularité de laisser le lecteur songeur et comme je l’ai déjà dit, de dessiner un sourire délicat au coin des lèvres une fois la dernière page tournée…

L.M.

La sororité entre soeurs musulmanes

La Umma, le refuge de tout croyant, est la force de la civilisation musulmane. Si nous cherchons des citations qui valorisent l’unisson, nous en trouverons certainement des centaines dans toutes les communautés. Pourtant, elles nous enseignent toutes la même chose : ensemble nous sommes plus forts! La communauté musulmane ne fait pas exception. Mais le triste constat est que la solidarité féminine est beaucoup moins valorisée voire dérangeante.  

Savez-vous ce qu’on nomme de manière injurieuse « sorcière » était un groupe de femmes indépendantes ? L’origine des sorcières remonte à l’Antiquité, mais c’est au Moyen-Âge qu’elles se sont structurées et ont constitué une communauté. A cette période, elles se spécialisaient dans les vertus thérapeutiques des plantes et exerçaient le métier de sage-femme. Malheureusement, vers le 15ème siècle, elles ont été pourchassées, tuées et brûlées.  Nous constatons donc qu’un regroupement de femmes est souvent réprimée de manière plus ou moins violente.

Lorsqu’on jette un regard dans notre beau patrimoine musulman, il est difficile de trouver beaucoup de femmes inspirantes.  Souvent, elles sont rattachées à leur statut d’épouse, de fille ou encore de mère. Bien que cela soit très louable, elles sont très peu mises en avant par leur fonction, leur noble caractère, leur savoir où ce qu’elles ont pu apporter au monde. Ce qui en résulte, dans l’inconscient collectif, qu’une femme n’existe qu’à travers l’autre. Au point où si l’une d’entre elles semble suivre un chemin à part, elle se fait immédiatement fustiger par ses semblables.

Mais tout comme nous nous inspirons des grands penseurs musulmans, imprégnons-nous du savoir de Aicha bint Abu Bakr (épouse du prophète SA) , de l’indépendance de Khadija bint Khuwaylid ( épouse du prophète SA ), de la générosité de Mariame fille d’Imran ( Mère du prophète Issa AS) et surtout de l’amour que portait Rabia Al Adawiyya ( mystique et poétesse soufi ) aux autres et au Divin.

Laila El Madyouni

La photo illustrant l’article représente Rabi’a Al Adawiya sur une miniature persane.

Rester, subir, partir, souffrir, la nuance ne tient qu’à un voile…

A l’ère de l’émancipation de la femme et du féminisme, tous les projecteurs sont braqués sur celles qui se mettent en marge de la société, disent-ils. Les projecteurs et les débats télévisés sont axés sur celles qui ont décidé de se couvrir, de préserver une partie de leur corps, délibérément. Elles viendraient balayer les valeurs du féminisme, faisant ainsi l’apologie de la soumission au mâle, figure d’autorité et de toute puissance dans leur culture, paraît-il.        

Mais en y réfléchissant bien, ne serait-ce pas là, la vraie définition du féminisme ? Un féminisme qui permet à la femme de se vêtir comme elle le souhaite, d’avoir le contrôle total de ce qu’elle laissera apparaître aux yeux des autres. Un féminisme qui permet à la femme de marcher librement, fière de son identité et de ses convictions, la tête couverte, parce qu’elle a fait le choix de garder ce secret.

Tout le monde ne l’entend pas de cette manière …

Qu’elle soit née en Occident, installée depuis des générations dans un pays qui l’a vue grandir et évoluer, ils n’en ont que faire. Ce qui leur importe, c’est ce voile qui lui couvre la tête, elle n’est réduite qu’à ce bout de tissu. Victime de son indépendance et de ses choix, elle est marginalisée, mise à l’écart de la société. Parce qu’elle dérange, parce qu’elle veut réfléchir par elle-même et qu’elle ne veut pas se conformer aux « normes occidentales ».         
Mais qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Quelle est la norme, actuellement ? Se dévêtir par obligation, à contre-cœur, pour leur ressembler ? Retirer une partie de son identité pour aller travailler ou pour pouvoir étudier ? C’est ça, la norme ?!

Mais elles n’en veulent pas et refusent de s’y conformer. Pour les plus coriaces d’entre elles, elles vont se rebeller, affronter ceux qui veulent décider de leur corps, comme s’il ne leur appartenait plus, elles vont faire honneur à leurs sœurs. Pour d’autres, une solution de dernier recours viendra s’offrir à elles : l’expatriation.

« Et pourquoi ne pas aller voir ce qui se passe ailleurs ? J’y serais peut-être mieux accueillie ? Comment se comportent-ils avec celles qui me ressemblent ? Aurais-je l’immense privilège de travailler avec ma couronne ?! Le rêve ! »

Mais rapidement, les inquiétudes font surface. Comment survivre à plusieurs kilomètres de ses proches ? Quitter sa terre natale n’est pas chose facile, encore moins ses proches ni ses petites habitudes. L’expatriation, c’est un grand changement.

En fait, c’est comme naître, une seconde fois. Plus rien n’est inné, tout est à apprendre. On se retrouve dépendant de ceux qui peuvent nous aider dans les premières démarches, on essaie de s’accrocher à ceux qui parlent notre langue ou qui nous rappellent nos racines. Ce n’est pas chose facile.   

L’aventure est souvent si belle, faite de rencontres incroyables et d’expériences enrichissantes, mais elle peut aussi devenir un cauchemar. Le manque des proches, le mal du pays, l’envie de repartir. C’est parfois trop dur. Trop dur à supporter, un changement trop brutal. Alors, un dilemme se présente rapidement à nous. Repartir vers ses racines, retrouver sa terre natale, au risque d’y perdre à nouveau son identité, ou rester … avec tout ce que cela implique ?       
Rester, subir, partir, souffrir, la nuance ne tient qu’à un voile.

Nora Abied[1]


[1] Nora Abied est l’auteure du livre « Mon choix, la loi, la liberté, ô patrie, ô mère chérie » (aux Editions Al Hadith). Elle a écrit ce texte pour L’autre Regard.

 



Pousse la porte de la connaissance…

A chaque rentrée, la joie mélangée à l’angoisse vient, dès la veille, habiter chez cet être innocent. Chez certains, le compte à rebours a débuté bien avant.
L’inconnu est arrivé à accaparer toute son attention, mais tout doucement, il comprend que le mystère, s’avère une énigme sans prétention.

L’apprivoisement remplace délicatement l’appréhension. Il reconnaît que le monde de la connaissance, le conduira vers la clairvoyance et il apprendra à dominer son insouciance.

Afin qu’il puisse atteindre le phare qui l’appelle, il devra se battre pour ne pas laisser les faux visionnaires l’envoler vers le superficiel. Un moment donné, il réalisera, que quand la brume s’éparpille, il peut observer le ciel.Que voilà, ce petit être favorisé par la conquête de son tout nouveau cartable, sa belle tenue, préparée depuis plusieurs semaines, la jouissance qui se lit dans ses yeux à la vue de sa nouvelle paire de chaussures, il sera impeccable. Le sourire qui se dessine sur son visage.

Ensuite, ou probablement le jour même, il entendra que d’autres enfants, vivants dans des contrées oubliées, eux aussi, partent à la recherche de ces clés qui ouvrent les portes de la félicité. Parmi eux, ils marcheront sans être chaussés, équipés seulement d’un simple carton pour insérer le peu de ce qu’ils possèdent. Et d’autres encore, devront contourner des chemins avec prudence, de peur de rencontrer une sentinelle.

N’en déplaise, ces conquérants lutteront pour accéder au monde de la découverte et deviendront, par La grâce de Dieu, de victorieux maillons de la réussite, et cela, même au milieu du désert.

L’univers qui sépare tous ces petits êtres, ne les empêche pas de se diriger vers le dessein. Cependant, il ne pourra l’accomplir avec succès que si, durant leur parcours, on leur apprend que la finalité est d’être reconnaissant envers Celui qui leur a offert tous ces bienfaits, ces facultés et la volonté de grimper dans le monde de la connaissance.

Et si Dieu le veut, pour être prêts demain.
Nous souhaitons à tous ces petits êtres, une belle entrée pour passer une année aventurière.

amiaa

Majd Mashharawi, le savoir comme arme

Lorsque vous naissez et grandissez sur une terre occupée, vivez sous blocus, privés de certains droits élémentaires, vos espoirs et vos aspirations sont un peu plus intenses, un peu plus incarnés. Quand la moindre prétention à une vie meilleure prend la forme d’une lutte acharnée, soit vous vous épuisez, soit vous persistez. Majd Mashharawi quant à elle, est de celles qui persistent. « Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense » disait Charles Baudelaire. Portrait d’une jeune Palestinienne qui se bat pour améliorer la vie de ses concitoyens.

Majd Mashharawi obtient son bac en 2010, elle sait alors qu’elle fera un métier qui lui permettra d’aider son peuple. Cette fille de Gaza, brillante étudiante, se voit offrir une bourse  par une université de Berlin. Faute d’obtenir les autorisations nécessaires pour pouvoir quitter la prison à ciel ouvert qu’est son enclave, elle s’inscrit à l’université islamique de Gaza, option génie civil.

En 2016, son diplôme en poche, elle est déterminée à prendre à bras le corps l’un des problèmes majeurs de Gaza, la crise du logement. Les guerres successives ont laissé des milliers de maisons détruites, tout ou en partie. Les bombardements de 2014 auraient détruit environ 18.000 maisons, laissant 100.000 personnes à la rue.

A Gaza, depuis le blocus de 2007, les manques sont importants, en particulier les matériaux de construction comme le ciment, le sable, le gravier, empêchant toute reconstruction.

Mais comment fabriquer des briques sans matières premières ? De quels matériaux disponibles sur place peut-on se servir pour  reconstruire ? Ces questions, Majd aidée de sa collègue Rawan Abdullatif, se les pose pendant des mois.

Des idées et de la niaque

Majd trouve d’abord un atelier qui lui permet de mener des expériences, et après pas moins de 150 essais plus ou moins fructueux, Majd Mashharawi trouve le mélange gagnant. Sa brique alternative sera fabriquée non pas à partir de ciment et de gravier, mais de cendres et de…gravats !

Aidée d’une poignée de jeunes qui croient en son projet, elle se rend sur les ruines et les décombres de Gaza, récolte puis valorise ces déchets qui n’étaient jusque là que des polluants.

Et ça marche ! La brique est légère car alvéolée, économique, résistante, et écologique. Son nom est tout trouvé, elle s’appellera Green Cake.

La brique est légère car alvéolée, économique, résistante, et écologique. Son nom est tout trouvé, elle s’appellera Green Cake.

Récompensée

Après l’avoir présentée à ses compatriotes sous la forme d’un mur témoin, Majd voit les demandes affluer. A ce jour des milliers de logements ont pu être reconstruits grâce au Green Cake, qui remportera plusieurs prix et concours, dont le Japan-Gaza Innovation Challenge.

La première fois de sa vie où elle est autorisée à quitter Gaza, elle s’envole d’ailleurs pour le Japon, où elle est invitée par des ingénieurs japonais à venir perfectionner sa brique.

Elle sera profondément marquée par ce voyage, et subjuguée par un détail qui n’a rien d’anecdotique là d’où elle vient : l’éclairage public.

Un nouveau défi

Il n’en faut pas plus pour lancer cette infatigable petit bout de femme dans un second défi. Celui d’offrir une solution viable à la pénurie chronique d’électricité dans la bande de Gaza. La principale centrale électrique ayant été bombardée, les habitants ne disposent en moyenne que de quatre heures de courant par jour, les hôpitaux dix.  

A Gaza l’on fait beaucoup de choses à la lueur d’une bougie. Les enfants y étudient le soir dans la pénombre. Une personne devant suivre un traitement qui nécessite un appareil électrique, devra donc se rendre tous les jours à l’hôpital, car les heures où le courant est disponible sont aléatoires. Majd est révoltée par toute cette misère, ces souffrances.

« En Palestine », dit-elle, « nous avons 300 jours de soleil par an. L’énergie solaire est simple, abordable, disponible pour tous »

« Ils disaient que c’était impossible, mais dans mon dictionnaire il n’y a pas ce mot »

Majd Mashharawi

Après s’être envolée pour les États-Unis afin de se former à la gestion d’entreprise, cette battante crée SunBox. Un kit solaire capable de fonctionner hors réseau.  Les composants sont importés de Chine et du Canada et sont adaptés pour répondre aux besoins locaux. Il est composé d’un panneau solaire, de capteurs et de batteries. On l’installe sur le toit. Il produit chaque jour de quoi alimenter quatre lampes, une télévision, une connexion internet, un petit réfrigérateur, un lave linge.

Un kit solaire coûte 350 dollars. Trop cher pour beaucoup de familles. Alors elle lance une campagne de financement participatif, fait appel à des investisseurs, et parvient à lever pas moins de 380 000 dollars de fonds. Grâce à ces fonds, sa start-up propose aux familles d’étaler le coût du kit solaire, ou leur offre une subvention  pouvant aller jusqu’à 100 % du prix selon leurs revenus. Deux familles se partagent souvent une installation, pour en alléger le coût. 65 000 autres ont pu bénéficier du kit solaire.

SunBox emploie à présent 35 personnes. Rien n’a découragé cette battante qui a toujours le sourire. Ni les processus compliqués pour obtenir les autorisations d’importer les composants depuis l’étranger. Ni les pourparlers avec l’armée, les responsables palestiniens et israéliens, ni les préjugés et la misogynie parfois…

Avec ses collaborateurs , elle équipe de nombreux camps de réfugiés. L’usine de dessalement de l’eau de Gaza fait appel à elle, afin d’augmenter sa production et offrir aux habitants une eau propre et fraîche.

Continuer à œuvrer pour sa terre

Majd poursuit ses projets et rêve de nouveaux challenges.  Elle souhaiterait équiper d’autres camps de réfugiés, au Liban et en Jordanie. Elle participe également à un projet pilote pour fournir l’énergie solaire à des mosquées de Djeddah et de Ryadh. En 2018, elle sera élue « entrepreneuse la plus créative ».

Majd est aussi de ces personnes qui ont une vision à long terme. Ainsi, parlant de son envie d’étendre SunBox à la Cisjordanie elle dit : « En Cisjordanie ils ont l’électricité, mais ils dépendent beaucoup d’Israël. Si nous voulons créer un pays nous devons être autonomes. »

Celle qui explique avoir toujours voulu voyager, ressentant enfant que Gaza était trop petit pour elle, a pu aujourd’hui découvrir beaucoup de pays. Elle raconte combien chaque sortie de l’enclave est compliquée à obtenir, souvent purement et simplement interdite. Pourtant Majd continue à découvrir le monde, mais assure qu’elle ne voudrait vivre nulle part ailleurs qu’à Gaza.

Hayat Belhaj

Le Dictateur, briser le silence pour faire entendre sa voix

Ce film retrace l’histoire de deux personnages principaux : un modeste petit barbier juif qui vit dans le ghetto et Adenoïd Hynkel, le dictateur et chef d’état de Tomania. Tous les deux (interprétés par l’acteur Charlie Chaplin lui-même) mènent des vies totalement opposées. L’histoire prend une tournure intéressante lorsqu’on s’aperçoit que ce petit barbier ressemble physiquement au dictateur Hynkel…

Faire parler le personnage de Charlot était risqué car il a connu le succès sous le cinéma muet. C’est pourquoi l’acteur a longuement hésité à produire un film parlant. Alors pour « briser le silence », et grâce à son personnage fétiche, Chaplin fera passer ses réflexions sur cette époque difficile que fut la seconde guerre mondiale. Il fera, à juste titre, une comparaison de vie entre ces deux personnages et mettra en scène l’abrutissement de l’idéologie nazie du dictateur Adolf Hitler.

La réception du film a été très mitigée, et dans certains pays comme la France, la Serbie, l’Espagne, l’Amérique latine et bien évidemment l’Allemagne, sa diffusion est tout simplement interdite. Il faudra attendre la fin de la guerre pour que le film trouve son public et devienne un succès populaire et un monument cinématographique. Le Dictateur est aujourd’hui un des films les plus cultes de tous les temps.

1940, The Great Dictator[1]. Sortie du premier film parlant de l’acteur et réalisateur Charlie Chaplin à New York.

Mais il y a une scène qui transcende par-dessus tout le message du film. Cette scène, c’est bien évidemment le discours final[1], dont on vous propose de profiter :

Herr Garbitsch, ministre de l’intérieur et ministre de la propagande prend la parole devant un peuple conquit par l’armée de Hynkel, dictateur de Tomania:

« La victoire vient aux hommes qui la mérite! Aujourd’hui, les mots démocraties, liberté et égalité ne servent qu’à duper les peuples. Aucune nation ne progresse avec ce genre d’idées, elles arrêtent toutes formes d’actions, c’est pourquoi nous avons décidé de les abolir. A l’avenir, nous demandons à tous les citoyens de servir l’état avec l’obéissance la plus aveugle. Nous n’accepterons le refus de la part de personne. Nous retirons les droits de citoyenneté à tous les juifs et aux autres non aryens[2]. Ils sont inférieurs, et comme tels des ennemis de l’état. C’est un devoir pour les vrais aryens de les haïr et de les mépriser. Dorénavant cette nation est annexée à l’empire de Tomenia et le peuple de cette nation devra obéir aux lois tomanienne établies par notre grand chef, le dictateur de Tomenia, le conquérant de l’Osterlish, le futur empereur du monde. »

Et le barbier, qui a été pris pour Hynkel, lance un appel à la paix, en répondant ainsi :

 « Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. […] Dans ce monde, chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche pour nourrir tout le monde. Nous pourrions tous avoir une belle vie libre mais nous avons perdu le chemin. L’avidité a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour finir enfermés. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent néanmoins insatisfaits. Notre savoir nous a rendu cyniques, notre intelligence, inhumains. Nous pensons beaucoup trop et ne ressentons pas assez. Etant trop mécanisés, nous manquons d’humanité. Etant trop cultivés, nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités, la vie n’est plus que violence et tout est perdu.[…] Je dis à tous ceux qui m’entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne pourra périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, ceux qui vous méprisent et font de vous des esclaves, enrégimentent votre vie et vous disent ce qu’il faut faire, penser et ressentir, qui vous dirigent, vous manœuvrent, se servent de vous comme chair à canons et vous traitent comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec des cerveaux-machines et des cœurs-machines. Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur. Vous n’avez pas de haine, seuls ceux qui manquent d’amour et les inhumains haïssent. Soldats ! ne vous battez pas pour l’esclavage, mais pour la liberté !

Il est écrit dans l’Evangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est au dedans de l’homme », pas dans un seul homme ni dans un groupe, mais dans tous les hommes, en vous, vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. […] Alors, battons-nous pour accomplir cette promesse ! Il faut nous battre pour libérer le monde, pour abolir les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l’avidité, la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront vers le bonheur de tous. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous ! »

Le Dictateur est un film de deux heures à découvrir ou à redécouvrir. Une grande leçon d’humanité, qui trouve écho en ces temps difficiles que nous vivons aujourd’hui. Est-ce que l’Histoire se répète ? Quand prendrons-nous conscience des leçons de notre passé ?

Najoua


[1] Titre original du film de Chaplin. Il peut être visionné sur des plateformes comme Netflix et autres sites de cinéma. Sortie en 1945 en Belgique et en France.

[2] Tiré du site Dailymotion : Charlie Chaplin-discours dans le « Le dictateur » -1940 ! de Syl20.

[3] Aryens ou Arya est un terme qui signifie « noble » qui a été utilisé comme autodésignation par les Indo-Iraniens. C’est sous l’Allemagne nazie que ce terme fera surface au début du XXième siècle.

Youssef Ibn Tashafin, grand dirigeant du Maghreb

Non seulement grand chef de guerre mais aussi fondateur de la ville ocre de Marrakech, Youssef Ibn Tashafin permettra l’expansion de la foi islamique dans toute sa contrée. Il a régné sur un immense empire : le Maroc, l’ouest de l’Algérie, la Mauritanie, le Sénégal, l’Espagne, le Portugal. Il aura marqué l’histoire de l’islam mais aussi celle du Maghreb et du monde musulman. Portrait

Youssef Ibn Tashafin As-Senhaji est né entre 1006 et 1009 dans le grand Sahara. Il est le premier Sultan de la grande dynastie des Almoravides. Originaire d’un groupe de tribus berbères nomades sahariennes qui se déplaçaient entre le Sénégal et le Sud du Maroc. Ces tribus faisaient parties du grand groupe des Senhajas qui se sont convertis à l’islam au IXe siècle.  Après avoir effectué le grand pèlerinage à la Mecque, le chef d’une des tribus, nommé Yahya Ibn Ibrahim, prend conscience des erreurs commises au niveau des croyances et pratiques religieuses. Il décide alors de retourner dans son pays accompagné d’un savant en sciences religieuses nommé Abdallah Ibn Yasser afin de leur enseigner les règles de l’islam et fonde ainsi le mouvement des Mourabitounes (Almoravides en français), qui est une confédération de tribus mais aussi une confrérie religieuse reprenant les principes du rite malékite.

Abdallah Ibn Yasser est un prédicateur rigoureux qui impose aux nomades le respect des règles de l’islam mais ceux-ci trouvent ces obligations insupportables. Après plusieurs années de prédication, il les abandonne et crée le « Ribat », un couvent religieux et militaire strict où sont formés des moines-soldats. Après la mort de Yahya, c’est son frère Abu Bakr Ibn Omar qui reprendra les rênes. Youssef a déjà plus de trente ans lorsqu’il rejoint le mouvement des Mourabitounes. 

Zayneb Al Nafzawiya, « Reine de Marrakech »

Zayneb Al Nafzawiya, l’épouse de Youssef Ibn Tashafin, avec qui il aura deux enfants, est la femme la plus célèbre du Maroc. Youssef est son quatrième époux. Zayneb est originaire d’une région près de la vallée de l’Ourika. Issue d’une famille instruite, elle reçut un apprentissage important dès son plus jeune âge. Quand le souverain s’installe à Marrakech, il n’est qu’au début de ses conquêtes. Zayneb sera une excellente conseillère politique, une stratège qui assistera son époux. Elle est tellement éloquente et experte en négociations politiques qu’on la surnomme « la magicienne ». Elle gouverne en l’absence de son époux et dessine les plans de la ville rouge. C’est à partir des plans de son épouse, qu’Ibn Tashafin fait construire la ville. Construction de mosquées, madrassas, et plantation de la palmeraie auront lieu durant son règne. Son influence change aussi les mœurs du Maroc. En effet, elle permet aux femmes de se mettre au-devant de la scène et ainsi participer à la vie politique.

Le mausolée d’Ibn Tashafin se trouve actuellement à Marrakech non loin de la mosquée Koutoubia

L’Andalousie

Une fois installé dans la ville impériale de Marrakech, Youssef continue ses campagnes vers le nord et fait tomber : Fès, Tanger, Tlemcen, Sebta, Oran, Alger avec  pour objectif de combattre l’injustice. Al Mutamid, prince ommeyyade, qui règne en Andalousie fait appel à Youssef car il est sous la menace d’Alphonse de Castille.  Selon le livre de Shawki Abu Khalil, les deux troupes adverses campent à Badajoz. « Ibn Tashafin donne le choix au roi Alphonse entre trois options : se convertir à l’islam, payer le tribut pour les musulmans ou s’apprêter au combat,… »

Celui-ci choisit de combattre. Youssef grand stratège militaire parvient à vaincre les armées croisées de Zallaqa (Sagrajas) et arrête ainsi la Reconquista. Sa gloire est reconnue jusqu’en Orient où Al-Ghazali fait ses éloges auprès du calife abbasside de Bagdad qui le nommera « Amir Al Mueminin » (prince des croyants) et défenseur de la foi. Ibn Tashafin mènera ensuite une campagne contre les dirigeants en Andalousie et rétablira ainsi l’ordre et la réunification du territoire. Il s’empare des villes de Grenade, Almeria, et Badajoz et avance jusqu’à Lisbonne. Seule la ville de Valence lui résistera.

Youssef Ibn Tashafin aura régné sur un immense empire de 4 millions de mètres carré qui s’étend du Tage jusqu’au Sénégal, à cheval entre l’Afrique et l’Europe et dont la capitale était Marrakech. Il aura joué un grand rôle dans l’expansion de l’islam. Il aura répandu le rite malékite dans tout le Maghreb et aura créé un système monétaire unifié jusqu’au nord de l’Europe. Son fils Ali reprendra le flambeau après sa mort mais son empire sera très vite remplacé par un autre empire berbère nommé : Al Mohaddes (1147-1269).

Le mausolée d’Ibn Tashafin se trouve actuellement à Marrakech non loin de la mosquée Koutoubia.

                                                                                                                                                 I.Senh

Bibliographie : 

Chute de l’euro, vers un effondrement de la zone euro?

Ce mois-ci a été marqué par la fragilisation de l’euro face au dollar. L’euro est à parité avec le dollar ! Notre devise a perdu 14% de sa valeur en un an par rapport au dollar et arrive à un niveau historique jamais atteint depuis 20 ans (décembre 2002). Si l’euro cède à cette parité, les marchés européens y seront très sensibles et nous assisterons à un phénomène de panique sur les marchés boursiers. A quoi est due cette chute ? Que révèle-t-elle ? Quelles en sont les conséquences ? Peut-elle se poursuivre ? Et jusqu’où ? 

Penchons-nous tout d’abord sur quelques causes de cette baisse. Il y en a plusieurs parmi lesquelles : la crise covid qui a fragilisé tous les pays sans exception, une inflation très élevée, ensuite, la guerre ukrénio-russe, enfin la fuite des capitaux : on sait que les entreprises, les ménages, les investisseurs vont diriger leur argent vers la monnaie qui leur rapporte plus. Une personne qui possède un compte qui donne la possibilité de convertir son argent vers différents taux de change va sélectionner la monnaie qui rémunérera le plus et donc celle qui est la plus forte. Le dollar s’est souvent révélé être la monnaie de refuge et c’est encore plus vrai dans le contexte actuel.

Alors que la Fed (Réserve fédérale américaine) a réagi contre l’inflation du dollar en augmentant les taux d’intérêt dès mars dernier, la BCE (Banque centrale européenne), quant à elle, a mis du temps et n’a commencé à le faire qu’en juillet, une première pour l’Europe depuis 2011. Fortement critiquée, Christine Lagarde, la présidente de la BCE n’a pas rapidement réagi en augmentant les taux d’intérêt car elle était confrontée à un dilemme délicat : si elle n’augmente pas les taux d’intérêt, l’inflation continue d’augmenter en Europe;  ce scénario nous ramène fatalement à une baisse économique européenne. Si elle augmente les taux d’intérêt, l’euro va, certes, augmenter et gagner de la valeur par rapport au dollar. Les ménages et entreprises préfèreront épargner leur argent. Donc, la consommation, les investissements et les marchés boursiers européens diminueront.  Dans les deux scénarios, on a un ralentissement de l’économie.

Mais alors pourquoi Christine Lagarde a mis du temps à augmenter les taux d’intérêt et à continuer à laisser l’euro baisser ?

Parce que lorsque l’euro baisse, l’Europe devient plus compétitive pour ses biens exportés ce qui est bon pour le PIB européen. Par exemple, la Belgique vendrait plus de médicaments aux Etats-Unis qui peuvent acheter plus avec un dollar plus fort. Donc, l’Europe devient plus compétitive mais cette compétitivité n’est non seulement pas immédiate mais les fruits de cette stratégie mettront quelques années à se voir sur la croissance européenne. Ils ne compensent pas les inconvénients liés aux importations européennes qui subissent l’effet inverse puisqu’un euro vaut moins qu’avant et donc l’Europe peut moins importer qu’avant. Nous avons vu lors de la crise Covid à quel point l’Europe était dépendante des importations mondiales (dont les produits chinois[1], les matériaux d’automobiles, les produits technologiques…).

Est-ce pour autant la seule raison qui dissuade Christine Lagarde d’élever les taux d’intérêt ?

Et non ce n’est pas la seule raison. Le plus gros danger dans l’augmentation des taux d’intérêt est en réalité de voir la dette de chaque pays augmenter. Quel est le rapport ? Imaginez que vous avez un emprunt avec votre banque (pour votre maison ou votre entreprise par exemple). Si votre banquier vous annonce qu’il va rehausser le taux de votre emprunt, vous ne serez pas content car vous payerez une charge plus grosse liée à votre emprunt. Votre capital diminuera : vous consommerez, dépenserez, investirez moins. En somme, vous serez moins riche ! C’est exactement dans cette situation que serait chaque pays européen dans le cas d’une augmentation des taux d’intérêt par la BCE. La Belgique verra sa dette augmenter, les Belges consommeront moins, épargneront moins, investiront moins et l’économie et le PIB[2] belge iront mal. Ce même raisonnement peut-être appliquer à un niveau plus haut : la zone euro.

Bien que les dangers de l’augmentation des taux d’intérêt soient clairs à l’échelle individuelle (ménage et entreprise), à l’échelle économique (pays) et à l’échelle macroéconomique (zone euro), la présidente de la BCE ne fait que gagner du temps en grapillant des semaines et des jours avant de passer aux hausses en pesant le pour et le contre de sa décision. Quoiqu’il en soit, elle ne peut pas laisser l’euro chuter en dessous de 1 dollar sans réagir et laisser la devise européenne mourir.

Quelles sont les conséquences de cette chute ?

  • La première conséquence d’un euro faible est l’« inflation importée » : les importations coutent plus chères qu’avant ce qui accentue l’inflation déjà existante mettant à mal toute l’économie et on rentre dans une spirale inflationniste ;
  • Un ralentissement de toutes les croissances européennes et une diminution de tous les PIB des pays de la zone euro : nous avons vu dans les deux scénarios précédents que l’Europe devait passer par une récession économique[3]. La différence est que dans le premier cas, on retarderait cette récession. Un reset économique semble donc être un passage inéluctable pour la zone euro.
  • La perte de confiance des ménages et chefs d’entreprise[4] en cette monnaie.  Les consommateurs voient leur pouvoir d’achat diminuer. Ce phénomène se manifeste aussi par une augmentation généralisée des protestations et manifestations en Europe.[5] L’euro n’a pas perdu de valeur que face au dollar mais aussi face aux autres monnaies : le franc suisse, le yen et même face au rouble malgré toutes les vaines tentatives de l’Union européenne de casser l’économie russe. D’ailleurs, certaines grandes figures comme Ray Dalio n’ont pas hésité à parier quelques milliards de dollars contre la chute de l’euro[6].
  • La dette des pays européens augmente (si les taux d’intérêt montent). Cette dette croissante fragilise encore plus la zone euro et compromet les pactes du traité de Maastricht et donc l’Union européenne.
  • La dernière et non la moindre des conséquences est la remise en question de la zone euro. On a longtemps parlé du Brexit et il s’est concrétisé. L’Angleterre est sortie de la zone euro. Aujourd’hui, les économistes et politiciens parlent de plus en plus de la sortie de la France (Frexit), de l’Italie[7] et même de l’Allemagne [8] de la zone euro. Cette crise, contrairement à celle de 2008 où les pays « bons élèves » comme la France et l’Allemagne ont pu sauver la Grèce et la maintenir en zone euro, a mis en évidence que même les meilleurs pays de la zone euro tels que l’Allemagne ne sont plus capables d’assumer les mauvaises politiques des autres pays ou de sauver les pays en graves difficultés comme l’Italie actuellement.

Grace à la zone euro, l’Europe pouvait rivaliser contre les autres puissances mondiales telles que les Etats-Unis et la Chine. Sommes-nous en train d’assister à une dislocation de la zone euro ?  Si elle n’existe plus, assisterions-nous à un nouveau remaniement de l’ordre mondial ? La Chine est-elle en train de profiter de la situation pour monter au-devant de la scène ?

Ce qui est certain, c’est que si la zone euro veut continuer à exister à long terme, en tant que grande puissance mondiale, elle a intérêt à être compétitive en matière d’exportations et à dépendre beaucoup moins des importations mondiales.  Elle doit donc se recentrer sur sa production en interne et stimuler l’innovation et la recherche en développement.  S’il n’y a pas de dislocation de la zone euro, à court terme, il est clair que ces questions soulèvent le débat sur le plan politique et économique.

Nelm


[1] https://www.bfmtv.com/economie/covid-19-comment-les-exportations-chinoises-ont-encore-accru-leur-part-du-marche-mondial_AN-202010190159.html

[2] Produit Intérieur Brut= production économique d’un pays.

[3] Une récession économique est un ralentissement de la croissance économique sur deux trimestres consécutifs.

[4] https://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/26/zone-euro-la-confiance-au-plus-bas_1160611_3234.html

[5] https://fr.euronews.com/2021/11/20/covid-19-les-manifestations-se-multiplient-a-travers-l-europe

[6] https://www.cnbc.com/2022/06/17/dalio-is-right-to-short-europe-strategist-says-the-pain-will-go-on.html

[7] https://euroweeklynews.com/2021/02/06/italy-or-france-next-to-leave-the-eu-warns-frexit-campaigner/

[8] https://fr.businessam.be/stiglitz-sortie-de-lallemagne-zone-euro/

Carnet de voyage: Istanbul, la multiculturelle

A la croisée de la Corne d’Or, du Bosphore et de la mer de Marmara, se trouve Istanbul, l’une des villes les plus touristiques d’Europe. Elle est visitée chaque année par des millions de personnes. Elle est aussi la capitale culturelle et économique de la Turquie. A cheval sur deux continents, l’Europe et l’Asie, antique et moderne, religieuse et laïque, aux influences européennes et du Moyen-Orient, on ne peut que tomber sous le charme de cette ville dont les contradictions lui donnent toute son authenticité. Découverte.

Marquée par la succession de trois empires, Istanbul renferme les vestiges d’une histoire plurimillénaire. Elle a été Byzance, la nouvelle Rome, puis Constantinople, la capitale de l’empire ottoman. Fondée en 330 après J.C. par Constantin, la petite ville connaît un développement rapide. Pendant près de 1000 ans, Constantinople constitue la ville la plus opulente et la plus puissante du monde chrétien. En 1204, pourtant chrétienne, la ville sera dévastée par les croisés.[1] Elle attire aussi la convoitise de ses voisins ottomans qui tenteront à plusieurs reprises de la faire plier alors que ses murailles sont dites imprenables…

1453: prise de Constantinople

Après plusieurs tentatives infructueuses, en 1453, un jeune sultan, Mehmet II change le cours de l’histoire en s’emparant de la ville à la suite d’un siège. Il aura fallu six semaines de bombardements incessants pour la faire plier. Le 29 mai 1453, l’assaut final est donné par les Turcs. Quelques heures plus tard, Mehmet II entre dans la ville conquise et se rend à l’église Sainte-Sophie, dite Haghia Sophia (ou encore Ayasofia en turc). Elle sera rapidement transformée en mosquée. Quatre minarets ont été ajoutés et les icônes ont été recouvertes. En 1934, un décret de Mustafa Kemal transforme la basilique en musée. En 2020, le président actuel Recep Tayyip Erdogan décide de lui redonner le statut de mosquée non sans susciter de nombreuses critiques du monde occidental.

Istanbul, ville touristique

Aujourd’hui, la richesse de son histoire attire les touristes du monde entier. En pleine saison estivale, les rues étroites sont animées à tout moment de la journée, notamment causé par le flot ininterrompu des touristes qui se pressent pour admirer les nombreux monuments : que ce soit la mosquée bleue (ou mosquée Soulayman), Ayasofia (Sainte-Sophie), le palais de Topkapi qui renferme les vestiges de l’empire ottoman, et certains effets personnels du Prophète[2] ou encore la traversée du Bosphore qui sépare deux continents. En 1985, la ville est d’ailleurs classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le Bosphore relie deux continents, l’Europe et l’Asie

Dans les dédales des rues pavées (d’ailleurs loin d’être idéal pour les balades en poussette…) les chats et les chiens errants sont nombreux. Ils sont soignés et vaccinés par la ville, ce qui leur permet de se balader aisément ou de piquer un petit somme sur les terrasses des cafés sans jamais être chassés. L’influence de la religion musulmane se fait ressentir à travers l’appel à la prière qui retentit cinq fois par jour, et la fermeture des sites (Ayasofia et la mosquée bleue) aux heures de prière.

Les artères commerçantes sont grouillantes, l’ambiance y est parfois étouffante et la circulation chaotique où les coups de klaxon et les coups de sang des chauffeurs de taxi sont légion… les restaurants et les commerces d’épices se succèdent, enveloppant les passants d’une infinité d’odeurs, de saveurs et de couleurs.

Les commerces d’épices enveloppent les passants d’une infinité d’odeurs, de saveurs et de couleurs.

Pour les amateurs de shopping, un détour par le Grand Bazar est l’étape incontournable de ce voyage. A l’intérieur, c’est la découverte d’un monde à part : le plus grand centre d’achat au monde est un labyrinthe où se succèdent les commerces d’antiquités et d’artisanat, de lampes, vaisselles, vêtements, tapis, thés, pâtisseries… de quoi vous donner le tournis. La négociation n’est pas une option si vous ne voulez pas y laisser tout votre budget de vacances.

A l’heure du soleil couchant, le paysage est recouvert d’une lueur dorée…

A l’heure du soleil couchant, le paysage dominé par les minarets des mosquées est recouvert d’une lueur dorée lui conférant une atmosphère magique. Sur le pont de Galata, les pêcheurs jettent leur ligne dans les eaux à la recherche des anchois et autres sardines. Ici, la vue d’Istanbul est inoubliable. Les deux mosquées Soulayman et Ayasofia dominent le paysage, au loin la tour Galata surplombe elle aussi l’horizon. Quiconque voyage à Istanbul ne peut rester insensible aux charmes de cette ville tout en contraste, un dépaysement assuré où les trésors se dévoilent à chaque coin de rue. 

H.B.


[1] Chevalier chrétien occidental

[2] Paix et Bénédictions d’Allah sur lui