Ces dernières heures, je lis, j’écoute, je regarde… et mon cœur s’étonne, s’interroge.
Tout cela pour un jour.
Un simple jour.
L’Arabie saoudite annonce mercredi.
La Belgique annonce jeudi.
Et soudain, nos écrans deviennent des tribunaux.
On accuse. On ridiculise. On soupçonne. On s’enflamme.
À la veille du mois qui doit éteindre nos colères.
Je ne comprends pas.
Nous parlons d’un mois où nous allons retenir notre faim, notre soif, nos désirs les plus profonds…
mais nous ne savons pas retenir un commentaire.
Nous parlons d’un mois de miséricorde…
mais nos mots manquent de douceur.
Nous parlons d’un mois d’unité…
mais nous cherchons la fracture.
La Belgique a la chance d’avoir une instance islamique, un cadre reconnu, une structure. Chaque pays observe selon ses critères, ses savants, son contexte. Cela n’a rien d’exceptionnel. Cela a toujours existé.
Pourquoi transformer une différence normale en déchirure collective ?
Ce qui me trouble encore davantage, c’est notre mémoire sélective.
Quand l’Arabie saoudite est critiquée pour ses choix politiques, pour ses positions envers les femmes, pour son silence face au génocide en Palestine, ou ailleurs… beaucoup prennent leurs distances.
Mais lorsqu’il s’agit de l’annonce d’un croissant lunaire, certains voudraient que tout le monde s’aligne aveuglément.
Sommes-nous guidés par la foi… ou par l’émotion du moment ?
Le Ramadan n’est pas un drapeau.
Le Ramadan n’est pas un camp à choisir.
Le Ramadan est un miroir.
Un miroir qui révèle nos impatiences.
Nos susceptibilités.
Nos ego.
Et peut-être que cette polémique est déjà un test.
Car pendant que nous débattons sur la date, des cœurs se préparent dans le silence. Des mains se lèvent la nuit. Des larmes coulent en secret. Des âmes demandent pardon. Pendant que certains s’affrontent sur un calendrier, d’autres supplient Allah de les transformer.
Voilà le vrai Ramadan.
Commencer mercredi ou jeudi ne changera rien à la valeur de ton jeûne.
Mais commencer avec un cœur durci changera tout.
J’entends aussi cette inquiétude : “Et si nous nous trompions dans le calcul des dix derniers jours ? Et si nous manquions Laylat al-Qadr à cause d’un décalage d’un jour ?”
Mais comment pouvons-nous penser qu’Allah, dans Son infinie justice, laisserait une âme sincère passer à côté de Sa miséricorde pour une divergence d’observation lunaire ? Les dix dernières nuits ne sont pas un piège tendu aux croyants. Elles sont une porte ouverte. Une porte immense. Une porte de miséricorde.
Laylat al-Qadr n’est pas une date que l’on attrape avec un chronomètre. C’est une nuit que l’on cherche avec le cœur. Et celui qui se lève avec sincérité, qui invoque avec humilité, qui pleure avec vérité, ne sera jamais lésé par Allah — qu’il ait commencé mercredi ou jeudi.
Ce qui pourrait vraiment nous faire manquer ces nuits bénies, ce n’est pas un jour d’écart.
C’est un cœur distrait.
C’est une intention affaiblie.
C’est une énergie gaspillée dans des débats au lieu d’être investie dans l’adoration.
Allah n’est pas injuste.
Et Sa miséricorde ne dépend pas de nos fuseaux horaires.
Nous oublions que le but n’est pas d’avoir raison.
Le but est d’être purifié.
Nous oublions que le Ramadan est une invitation à descendre en nous-mêmes, pas à monter sur une tribune virtuelle.
Nous oublions que nos paroles pèsent. Que nos intentions nous façonnent.
Quelle tristesse d’entrer dans un mois de lumière en entretenant l’ombre.
Quelle tristesse de perdre notre énergie dans une agitation qui ne nous élève pas.
Peut-être devrions-nous nous poser une seule question, en toute honnêteté :
Si ce Ramadan était mon dernier… est-ce vraiment ainsi que je voudrais l’accueillir ?
Le véritable danger n’est pas de jeûner un jour plus tôt ou plus tard.
Le véritable danger est de laisser nos cœurs se fissurer pour quelque chose d’aussi fragile.
Chaque pays suit ses autorités. Chaque communauté suit son cadre. Et Allah regarde bien plus loin que nos calendriers.
Il regarde nos cœurs.
Alors apaisons-les.
Pardonnons-nous.
Laissons tomber ces querelles minuscules face à l’immensité de ce mois béni.
Car le véritable danger n’est pas de commencer mercredi ou jeudi.
Le véritable danger, c’est de commencer le Ramadan avec un cœur rempli de colère au lieu d’un cœur rempli de lumière.
H. L.
