Le Dictateur, briser le silence pour faire entendre sa voix

Ce film retrace l’histoire de deux personnages principaux : un modeste petit barbier juif qui vit dans le ghetto et Adenoïd Hynkel, le dictateur et chef d’état de Tomania. Tous les deux (interprétés par l’acteur Charlie Chaplin lui-même) mènent des vies totalement opposées. L’histoire prend une tournure intéressante lorsqu’on s’aperçoit que ce petit barbier ressemble physiquement au dictateur Hynkel…

Faire parler le personnage de Charlot était risqué car il a connu le succès sous le cinéma muet. C’est pourquoi l’acteur a longuement hésité à produire un film parlant. Alors pour « briser le silence », et grâce à son personnage fétiche, Chaplin fera passer ses réflexions sur cette époque difficile que fut la seconde guerre mondiale. Il fera, à juste titre, une comparaison de vie entre ces deux personnages et mettra en scène l’abrutissement de l’idéologie nazie du dictateur Adolf Hitler.

La réception du film a été très mitigée, et dans certains pays comme la France, la Serbie, l’Espagne, l’Amérique latine et bien évidemment l’Allemagne, sa diffusion est tout simplement interdite. Il faudra attendre la fin de la guerre pour que le film trouve son public et devienne un succès populaire et un monument cinématographique. Le Dictateur est aujourd’hui un des films les plus cultes de tous les temps.

1940, The Great Dictator[1]. Sortie du premier film parlant de l’acteur et réalisateur Charlie Chaplin à New York.

Mais il y a une scène qui transcende par-dessus tout le message du film. Cette scène, c’est bien évidemment le discours final[1], dont on vous propose de profiter :

Herr Garbitsch, ministre de l’intérieur et ministre de la propagande prend la parole devant un peuple conquit par l’armée de Hynkel, dictateur de Tomania:

« La victoire vient aux hommes qui la mérite! Aujourd’hui, les mots démocraties, liberté et égalité ne servent qu’à duper les peuples. Aucune nation ne progresse avec ce genre d’idées, elles arrêtent toutes formes d’actions, c’est pourquoi nous avons décidé de les abolir. A l’avenir, nous demandons à tous les citoyens de servir l’état avec l’obéissance la plus aveugle. Nous n’accepterons le refus de la part de personne. Nous retirons les droits de citoyenneté à tous les juifs et aux autres non aryens[2]. Ils sont inférieurs, et comme tels des ennemis de l’état. C’est un devoir pour les vrais aryens de les haïr et de les mépriser. Dorénavant cette nation est annexée à l’empire de Tomenia et le peuple de cette nation devra obéir aux lois tomanienne établies par notre grand chef, le dictateur de Tomenia, le conquérant de l’Osterlish, le futur empereur du monde. »

Et le barbier, qui a été pris pour Hynkel, lance un appel à la paix, en répondant ainsi :

 « Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. […] Dans ce monde, chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche pour nourrir tout le monde. Nous pourrions tous avoir une belle vie libre mais nous avons perdu le chemin. L’avidité a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour finir enfermés. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent néanmoins insatisfaits. Notre savoir nous a rendu cyniques, notre intelligence, inhumains. Nous pensons beaucoup trop et ne ressentons pas assez. Etant trop mécanisés, nous manquons d’humanité. Etant trop cultivés, nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités, la vie n’est plus que violence et tout est perdu.[…] Je dis à tous ceux qui m’entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne pourra périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, ceux qui vous méprisent et font de vous des esclaves, enrégimentent votre vie et vous disent ce qu’il faut faire, penser et ressentir, qui vous dirigent, vous manœuvrent, se servent de vous comme chair à canons et vous traitent comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec des cerveaux-machines et des cœurs-machines. Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur. Vous n’avez pas de haine, seuls ceux qui manquent d’amour et les inhumains haïssent. Soldats ! ne vous battez pas pour l’esclavage, mais pour la liberté !

Il est écrit dans l’Evangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est au dedans de l’homme », pas dans un seul homme ni dans un groupe, mais dans tous les hommes, en vous, vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. […] Alors, battons-nous pour accomplir cette promesse ! Il faut nous battre pour libérer le monde, pour abolir les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l’avidité, la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront vers le bonheur de tous. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous ! »

Le Dictateur est un film de deux heures à découvrir ou à redécouvrir. Une grande leçon d’humanité, qui trouve écho en ces temps difficiles que nous vivons aujourd’hui. Est-ce que l’Histoire se répète ? Quand prendrons-nous conscience des leçons de notre passé ?

Najoua


[1] Titre original du film de Chaplin. Il peut être visionné sur des plateformes comme Netflix et autres sites de cinéma. Sortie en 1945 en Belgique et en France.

[2] Tiré du site Dailymotion : Charlie Chaplin-discours dans le « Le dictateur » -1940 ! de Syl20.

[3] Aryens ou Arya est un terme qui signifie « noble » qui a été utilisé comme autodésignation par les Indo-Iraniens. C’est sous l’Allemagne nazie que ce terme fera surface au début du XXième siècle.

Carnet de voyage: Istanbul, la multiculturelle

A la croisée de la Corne d’Or, du Bosphore et de la mer de Marmara, se trouve Istanbul, l’une des villes les plus touristiques d’Europe. Elle est visitée chaque année par des millions de personnes. Elle est aussi la capitale culturelle et économique de la Turquie. A cheval sur deux continents, l’Europe et l’Asie, antique et moderne, religieuse et laïque, aux influences européennes et du Moyen-Orient, on ne peut que tomber sous le charme de cette ville dont les contradictions lui donnent toute son authenticité. Découverte.

Marquée par la succession de trois empires, Istanbul renferme les vestiges d’une histoire plurimillénaire. Elle a été Byzance, la nouvelle Rome, puis Constantinople, la capitale de l’empire ottoman. Fondée en 330 après J.C. par Constantin, la petite ville connaît un développement rapide. Pendant près de 1000 ans, Constantinople constitue la ville la plus opulente et la plus puissante du monde chrétien. En 1204, pourtant chrétienne, la ville sera dévastée par les croisés.[1] Elle attire aussi la convoitise de ses voisins ottomans qui tenteront à plusieurs reprises de la faire plier alors que ses murailles sont dites imprenables…

1453: prise de Constantinople

Après plusieurs tentatives infructueuses, en 1453, un jeune sultan, Mehmet II change le cours de l’histoire en s’emparant de la ville à la suite d’un siège. Il aura fallu six semaines de bombardements incessants pour la faire plier. Le 29 mai 1453, l’assaut final est donné par les Turcs. Quelques heures plus tard, Mehmet II entre dans la ville conquise et se rend à l’église Sainte-Sophie, dite Haghia Sophia (ou encore Ayasofia en turc). Elle sera rapidement transformée en mosquée. Quatre minarets ont été ajoutés et les icônes ont été recouvertes. En 1934, un décret de Mustafa Kemal transforme la basilique en musée. En 2020, le président actuel Recep Tayyip Erdogan décide de lui redonner le statut de mosquée non sans susciter de nombreuses critiques du monde occidental.

Istanbul, ville touristique

Aujourd’hui, la richesse de son histoire attire les touristes du monde entier. En pleine saison estivale, les rues étroites sont animées à tout moment de la journée, notamment causé par le flot ininterrompu des touristes qui se pressent pour admirer les nombreux monuments : que ce soit la mosquée bleue (ou mosquée Soulayman), Ayasofia (Sainte-Sophie), le palais de Topkapi qui renferme les vestiges de l’empire ottoman, et certains effets personnels du Prophète[2] ou encore la traversée du Bosphore qui sépare deux continents. En 1985, la ville est d’ailleurs classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le Bosphore relie deux continents, l’Europe et l’Asie

Dans les dédales des rues pavées (d’ailleurs loin d’être idéal pour les balades en poussette…) les chats et les chiens errants sont nombreux. Ils sont soignés et vaccinés par la ville, ce qui leur permet de se balader aisément ou de piquer un petit somme sur les terrasses des cafés sans jamais être chassés. L’influence de la religion musulmane se fait ressentir à travers l’appel à la prière qui retentit cinq fois par jour, et la fermeture des sites (Ayasofia et la mosquée bleue) aux heures de prière.

Les artères commerçantes sont grouillantes, l’ambiance y est parfois étouffante et la circulation chaotique où les coups de klaxon et les coups de sang des chauffeurs de taxi sont légion… les restaurants et les commerces d’épices se succèdent, enveloppant les passants d’une infinité d’odeurs, de saveurs et de couleurs.

Les commerces d’épices enveloppent les passants d’une infinité d’odeurs, de saveurs et de couleurs.

Pour les amateurs de shopping, un détour par le Grand Bazar est l’étape incontournable de ce voyage. A l’intérieur, c’est la découverte d’un monde à part : le plus grand centre d’achat au monde est un labyrinthe où se succèdent les commerces d’antiquités et d’artisanat, de lampes, vaisselles, vêtements, tapis, thés, pâtisseries… de quoi vous donner le tournis. La négociation n’est pas une option si vous ne voulez pas y laisser tout votre budget de vacances.

A l’heure du soleil couchant, le paysage est recouvert d’une lueur dorée…

A l’heure du soleil couchant, le paysage dominé par les minarets des mosquées est recouvert d’une lueur dorée lui conférant une atmosphère magique. Sur le pont de Galata, les pêcheurs jettent leur ligne dans les eaux à la recherche des anchois et autres sardines. Ici, la vue d’Istanbul est inoubliable. Les deux mosquées Soulayman et Ayasofia dominent le paysage, au loin la tour Galata surplombe elle aussi l’horizon. Quiconque voyage à Istanbul ne peut rester insensible aux charmes de cette ville tout en contraste, un dépaysement assuré où les trésors se dévoilent à chaque coin de rue. 

H.B.


[1] Chevalier chrétien occidental

[2] Paix et Bénédictions d’Allah sur lui

Une immigration marocaine

Le patrimoine mondial de l’UNESCO a été octroyé à quatre sites miniers wallons dont celui du Grand-Hornu (Mons), celui du Bois-du-Luc (La Louvière), du bois du Cazier (Charleroi) et de Blegny-Mine (Liège) il y a exactement dix ans, ce vendredi 1er juillet 2022.[1] Cette reconnaissance de l’UNESCO nous replonge dans l’histoire de la Belgique et plus particulièrement celle de l’après-guerre. Mais elle nous replonge également, entre autres, dans l’histoire de l’immigration marocaine en Belgique. Les descendants de cette immigration, vieille de plus de 50 ans, les Marocains de Belgique, présentent aujourd’hui d’un point de vue démographique la minorité ethno-culturelle d’origine étrangère la plus importante du pays[2]. Cette histoire, bien trop peu connue mais pourtant fondamentale mériterait sa place dans les livres scolaires. Mais afin de la comprendre et d’en connaître les jalons, replongeons dans l’après-guerre.

Après la deuxième guerre mondiale, la Belgique est dévastée et doit être reconstruite. Elle se lance alors dans une nouvelle bataille : la fameuse « bataille du charbon ». La Belgique est riche en charbon, « l’or noir ». Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrie minière belge est à son apogée mais voit sa population refuser de travailler dans les mines de charbon. Le travail y est trop pénible et surtout très dangereux.

Le patronat se retrouve face à une pénurie de main d’œuvre. Après des tentatives mal accueillies d’envoyer dans les mines des prisonniers de guerre allemands, puis des inciviques[1], la Belgique se tourne alors vers des pays exportateurs de main d’œuvre étrangère poussée par les milieux patronaux. Le gouvernement signe alors des accords avec des pays étrangers dont l’Italie. Ces deux gouvernements signent un protocole le 20 juin 1946 : pour tout travailleur italien qui descendra dans une mine en Belgique, 200 kg de charbon par jour et par tête seront livrés à l’Italie.[2] Cet accord est surnommé « des hommes contre du charbon ».[3]

Mais la catastrophe de Marcinelle le 8 août 1956 et la mort de 262 victimes dont 136 Italiens dans un incendie remettent en cause les accords belgo-italiens. L’Italie décide alors de mettre fin à toute immigration dans les mines européennes.

La convention belgo-marocaine entre en vigueur lors de sa ratification le 17 février 1964

Le Maroc, pays exportateur de main d’œuvre

La Belgique se tourne vers d’autres pays exportateurs de main-d’œuvre hors Europe dont le Maroc. La situation du Maroc est particulière. Une stagnation économique, sociale et politique laisse le pays dans un état de sous-développement, se traduisant entre autres par une production agricole insuffisante et une population croissante générant inactivité et sous-emploi. Cet accord avec la Belgique se veut être un soulagement de la situation sociale du Maroc et un moyen d’expansion économique de la Belgique. Le Maroc pratique alors une politique d’immigration basée sur un concept marchand. L’objectif est alors d’exporter un maximum de travailleurs afin que ceux-ci rapportent un maximum de devises.

Mais il faudra attendre 1962 pour envisager une convention officielle entre les deux pays. Des fonctionnaires seront alors désignés par l’ambassade belge à Rabat pour recruter les candidats sur place au Maroc. Des centres régionaux subventionnés sont mis en place et dont le rôle sera d’octroyer des permis de travail aux travailleurs marocains. Dans un premier temps, une correspondance s’établira dans laquelle on soulignera trois termes : pénurie, urgence et recrutement. Le patronat charbonnier a besoin d’un grand nombre de travailleurs. Cet accord s’axe donc plus sur l’aspect économique en oubliant l’aspect social et culturel de ces nouvelles recrues fraîchement débarquées. Dans un second temps, les autorités belges soumettent un projet de convention et le gouvernement marocain ne cache pas son désir de faciliter l’émigration.

La convention belgo-marocaine entre en vigueur lors de sa ratification le 17 février 1964 mais ne sera publiée dans Le Moniteur belge que bien plus tard, en 1977. Cette convention est valable pour une période d’un an avec la possibilité d’être reconduite chaque année. On voit se dessiner les prémices d’une immigration dont le cadre légal était encore en construction. Durant trois années, de 1962 à 1964, la situation de la Belgique est telle que les autorités belges négligent le principe d’autorisation et régularisent même des Marocains arrivés comme « touristes ».

Mais que deviennent ces candidats travailleurs ? Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Qu’adviendra-t-il d’eux perdus dans l’obscurité de ces mines de charbon ? La suite au prochain épisode…

O.D.


[1]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg

[2]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg

[3]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg


[1]    https://www.rtc.be/video/info/patrimoine/blegny-mine-10-ans-d-inscription-au-patrimoine-mondial-de-l-unesco-_1513103_325.html

[2]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marocains_en_Belgique

Des ruches au coeur de la ville

Hafid Jouhri est travailleur social, employé par la commune de Forest, il allie parfaitement ses deux passions : les abeilles et l’accompagnement des jeunes. Sa passion pour le miel s’est révélée tardivement à lui. C’est lors d’une rencontre fortuite que l’apiculteur découvre le monde des butineuses.

« Je suis travailleur social à la base, mon métier c’est d’accompagner les jeunes dans des activités structurelles qui tournent notamment autour de l’environnement » explique l’apiculteur. Il y a 9 ans, alors qu’il se trouve au potager Wiels, il découvre une ruche installée par un particulier. « Tout de suite, j’ai été attiré. Mais je voyais bien que le bonhomme avait la mine déconfite. En le questionnant, j’apprends que la ruche a été saccagée… Je connais bien les jeunes qui « trainent au potager, des jeunes qui sont en totale opposition. En discutant avec eux, je leur explique le rôle de la ruche, des abeilles… Des abeilles qui sont d’ailleurs évoquées dans le coran… Je touche un point sensible et aiguise leur curiosité. Ils acceptent de rencontrer le monsieur et d’aller à la découverte de ce monde incroyable des abeilles » se souvient Hafid. Les jeunes sont attirés et écoutent attentivement les explications de l’apiculteur mais ils ne sont pas les seuls, Hafid Jouhri boit littéralement ses paroles. Il décide de se former au métier d’apiculteur et depuis près de 10 ans, Hafid a installé une dizaine de ruches à Bruxelles. Son asbl Api Bee propose également des initiations et des visites de la ruche aux écoles, aux associations mais aussi aux particuliers.

Le miel, ce précieux nectar

Les vertus du miel sont connues depuis la nuit des temps. Et pourtant, ce précieux nectar n’est pas prisé pour ses vertus médicinales mais souvent pour sa gourmandise sucrée. « Un miel se compose grosso modo de 78% de sucres (saccharose, fructose…), 2% d’antibiotiques, 18% d’eau et 2% de divers (pollen…). Si vous souhaitez profiter des 2% d’antibiotiques, il ne faut pas chauffer le miel auquel cas les vertus médicinales disparaissent. Le mieux est de manger son miel à la cuillère et ensuite de boire sa tisane par exemple, ou alors, et c’est une tradition prophétique, dans de l’eau tiède mais jamais chaude » révèle Hafid. Par ailleurs, le miel se bonifie au contact d’autres produits. « Le miel et le citron par exemple, si vous souhaitez une boisson énergisante, une cuillère à soupe de miel, le jus d’un demi citron et de  l’eau tiède, le miel devient un antioxydant, une sorte d’ « antivieillissement » au contact de la cannelle, ou encore allié à l’ail ! » confie l’apiculteur qui ajoute « le miel peut aussi être utilisé en cataplasme : le miel sur la peau après une brûlure, c’est très efficace, en 10 secondes, vous ne ressentez plus la douleur, je vous parle d’expérience, contre l’acné aussi. Le miel de châtaignier et de thym sont les plus cicatrisants, tous les miels sont bons pour les voies respiratoires, pour les voies digestives. Même les diabétiques peuvent consommer du miel mais on les orientera vers les miels d’acacia ou de châtaignier car plus riches en fructose ».

L’abeille dans le coran, un miracle

Dans la sourate les abeilles, les versets 68 et 69 ont été étudiés de près par Hafid Jouhri. « Ils contiennent deux miracles à mon sens. Dans le premier verset, Allah s’adresse à l’abeille, dans la traduction en français, on ne peut pas déceler la justesse du propos car en arabe Allah s’adresse à l’abeille en utilisant le pronom féminin. Alors que l’on a découvert que l’abeille était une femelle seulement au 19 siècle… Dans le second verset, Allah parle des ventres de l’abeille… » analyse l’apiculteur. En effet, l’abdomen ou ventre de l’abeille est divisé en six ou sept segments selon la fonction de l’abeille. De même, la forme hexagonale est la meilleure forme possible pour stocker le miel nous apprend l’apiculteur. « Les scientifiques expliquent que s’ils avaient à choisir la meilleure forme pour stocker le miel, la forme hexagonale est la meilleure car elle permet à la fois de stocker et de contenir le miel qui est lourd ».

Api Bee propose des initiations et des visites de la ruche aux écoles, aux associations mais aussi aux particuliers.

Une micro-société

Les abeilles ont leur propre moyen de communication, elles se reconnaissent également et peuvent aussi remplacer une reine qui n’est pas performante. « Elles nous apprennent beaucoup : l’esprit de fraternité, de solidarité, le partage, elles travaillent pour la colonie jusqu’à la mort. Une abeille a 800 km au compteur ! Elles évoluent avec l’âge et changent de poste (nourrice, butineuse…). Pour une cuillère à café de miel, l’abeille va accomplir 5000 voyages ! Et pour un pot, elle devra parcourir la distance de la terre ! Elles sont en quelque sorte nos sentinelles, quand les abeilles vont mal, c’est que ça va mal… » conclut Hafid.

H.B.

Pour en savoir plus

Hafid Jouhri

Api Bee

0487430449

Qu’est-ce que tu fais pour les vacances?

Un temps suspendu, les pieds sur le sable chaud, un regard sur une mer qui appelle à s’y plonger, un corps langoureusement détendu et une sensation de jouissance bien méritée… C’est l’idée même que nous nous faisons des vacances. C’est pourquoi, elles sont très souvent associées à un temps de repos, de farniente… sous le soleil bien évidemment ! Pourtant, à l’origine, les vacances dans l’Histoire n’avaient pas du tout cette évocation d’oisiveté ou d’inaction.

D’après le dictionnaire Larousse, le mot vacance est un nom féminin et désigne le temps pendant lequel une charge, une place, un poste est momentanément dépourvu de titulaire. Par exemple, la vacance d’un siège au Sénat (dans le sens de vacuité). Et dans le sens commun, le mot au pluriel vacances désigne la période d’arrêt légal de travail dans les écoles, les universités, fixée selon un calendrier précis, ainsi que pour les salariés. Aujourd’hui, les vacances symbolisent très souvent la notion de liberté et de « droit à la paresse ». Cependant, l’Histoire nous montre que le mot vacance a eu un sens originel bien défini et n’exprime pas la notion d’inactivité ou de « traîne-savate ».

La petite Histoire des vacances

Dans la tradition chrétienne, Dieu, après avoir achevé la création du monde, se consacra au septième jour au repos. Dans l’Antiquité, les plus fortunés partageaient leur temps entre leur résidence dans la cité et celle bâtie dans la campagne pour fuir les grosses chaleurs de la ville.

Au Moyen-Âge, on désignait cette période (de juillet à octobre) pour se consacrer aux moissons et aux vendanges. Loin d’être un temps de tout repos, l’ordre du jour était au labeur. La majorité de la population y consacrait « ses vacances ». De plus, l’Eglise réglementait les temps libres pour inciter aux recueillements, aux prières et aux pèlerinages religieux.

Au XIXème siècle, l’aristocratie se complaisait dans des résidences secondaires afin d’y passer un temps de repos consacré à leur bien-être, en mer ou en montagne où le climat était plus agréable. Notons qu’à cette époque, les premières revendications syndicales pour une période de vacances annuelles vont émerger. Sous Napoléon III, les fonctionnaires furent les premiers à en bénéficier à la suite d’un décret : les congés payés apparaissent.

Au XXème siècle, le concept de vacances va se propager dans toute l’Europe occidentale.

« Les congés payés sont une innovation… allemande datant du début du 20 ième siècle. Contrairement aux idées reçues, la France n’a pas été en avance sur son temps concernant les congés payés. Avant leur création, des pays comme l’Allemagne, la Pologne, la Norvège ou le Brésil avait déjà instauré cet acquis social dans leur pays ! (…) le nombre de congés payés varie avec le temps mais aussi la géographie. »[1]

Quelques évènements historiques

– En 1900 : en France, les ouvriers du métro parisien (le Métropolitain) seront les premiers à bénéficier d’un congé de 10 jours. En Angleterre, au début, seul les femmes et les mineurs d’âge avaient droit à un congé de 6 jours; ce concept se propagera dans les usines britanniques sous couvert d’accord passés entre les ouvriers et les industriels.

– En 1920 : le secteur automobile belge va instaurer quelques jours de congés aux ouvriers.

– En 1921 : en Allemagne, les ouvriers et les employés obtiennent à leur tour des congés payés.

– En 1925 : en Belgique, le ministre des chemins de fer Edouard Anseele (de 1925 à 1927) attribuera 8 jours de congés aux cheminots.

– En 1936 : la France et la Belgique vont, sous la pression de grèves sauvages, accorder ce fameux droit aux congés payés.

– En 1938 : ce droit est étendu à tous les secteurs de travail.

– En 1947 : le pécule de vacances (qui fut accordé pour la première fois en 1937) sera doublé car insuffisant pour l’ensemble de la population active.

Peu à peu, la notion de vacances va prendre un autre tournant dans la pensée commune de la population. En effet, l’idée de liberté individuelle et de droit à l’oisiveté n’était pas du tout un concept du passé, mais plutôt une notion moderne :

« La loi des congés payés (…) devait instaurer la grandeur et la dignité humaine des travailleurs (…) en donnant une place dans leur vie aux préoccupations intellectuelles, civiques et morales (…), connaitre le monde avec ses beautés naturelles, ses richesses artistiques, ses manifestations diverses du génie humain… » [2]

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Dis-moi ce que tu fais en vacances et je te dirais qui tu es…

Se dorer la pilule au soleil, plonger ses pieds dans l’eau claire, siroter une boisson rafraichissante en contemplant un coucher de soleil, sentir le sable chaud sous nos pieds, ne rien faire et laisser le temps s’écouler comme le sable fin entre nos mains. Tant d’images nous viennent dès que nous pensons aux vacances. Cependant, cette symbolique du « vide »[3] nous interroge sur notre manière de concevoir notre relation entre le travail et le temps de « loisirs ».[4]

D’un point de vue sociologique, pour beaucoup d’entre nous, le vrai repos rime avec ailleurs. Nous recherchons le dépaysement, l’aventure à découvrir dans d’autres destinations. Le délassement au bord d’une plage ou l’aventure dans des activités sportives sont les finalités principales lorsque nous ressentons le besoin de partir afin de retrouver une sensation de liberté ou de couper avec son quotidien.

« Le loisir est un ensemble d’occupations auxquelles l’individu peut s’adonner de plein gré soit pour se détendre, soit pour se divertir, soit pour développer par son information ou sa formation désintéressée, sa participation sociale volontaire ou sa libre capacité créatrice après s’être dégagé de ses obligations professionnelles, familiales et sociales. »[5]

C’est ce que Joffre Dumazedier[6] va appeler les 3 finalités du loisir, les 3D :

– Délassement. Il permet le repos physique suite à une fatigue et au surmenage.

– Divertissement. Il permet de ne pas s’ennuyer à travers des jeux, du sport ou des sorties.

– Développement. Il permet le développement de la personnalité et de participer à l’évolution de la société en se formant à de nouvelles connaissances.

L’écrivain s’interroge sur la relation entre travail et loisir dans un contexte où le progrès nous permet d’avoir du temps à consacrer à autre chose qu’à nos contraintes. Ce temps est précieux, pour Dumazedier. En effet, il permet d’accéder à une culture de la connaissance et du développement intellectuel des individus. « Travailler plus pour gagner plus » est une pensée que Dumazedier réfute fermement. Selon lui, la vie n’est pas une recherche constante de capital : l’équilibre entre le temps contraint (travail) et le temps choisi (loisir) est la clé d’une vie saine et bien remplie.

Le point de vue philosophique

En règle générale, nous attendons avec impatience que nos vacances nous divertissent. Ainsi, remplir le temps libre dépendra de nos objectifs personnels ou de la finalité de nos loisirs.

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être complétement tranquille, sans passion, sans affaires, sans divertissement, sans étude. Il ressent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, sa faiblesse, son vide. Aussitôt surgiront du fond de son cœur la lassitude, la morosité, la tristesse, l’irritabilité, le dépit, le désespoir. »[7]

Selon Pascal[8], l’homme n’aime pas l’ennui ou le vide, il doit, pour sa « survie » occupé son temps. Mais, l’idée de le remplir par une surconsommation de loisirs qui le fera exister « hors de lui », le laissera toujours dans un état d’insatisfaction. Le philosophe constate que l’homme a besoin d’être absorbé, de se divertir pour remplir ce « vide » afin d’éviter de se tourner vers lui-même, de s’oublier, de s’étourdir. Sans distraction, l’homme est accablé. Le philosophe ne condamne pas le loisir, mais condamne la manière dont l’homme en abuse, notamment dans des activités qui ne lui procurent que des plaisirs éphémères.

Finalement, les bienfaits des vacances ne sont plus à redéfinir car nous constatons tous que les vacances sont INDISPENSABLES. Il est nécessaire de savoir vers quelle voie nos cœurs penchent : délassement, divertissement ou développement. Et pourquoi pas les 3 en même temps ?!

Najoua


[1] Tiré de l’article du site coindusalaire.fr, L’histoire des congés payés et comparaison par pays.

Pour en savoir plus :

*Un article de Catherine Ernens dans le site du magazine Moustique.be, à la date de 8 juillet 2019.

*Le site magenealogie.eklablog.com retrace l’historique des vacances scolaires du 17 iéme siècle jusqu’au 20 ième siècle : Petite histoire des vacances scolaires, article de Srose, septembre 2019 dans la rubrique Histoire en vrac.

*Le site de lalibre.be publie un article en janvier 2014 sur le sujet Depuis quand et pourquoi existent les grandes vacances ?

[2] Tiré de l’article du magazine Moustique cité au note 1 de bas de page : Pierre Tilly, professeur à l’UCLouvain, expert en Histoire du syndicalisme. 

[3] D’après le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), vacance vient du latin vacare et désigne un état de ce qui est vide, inoccupé.

[4] D’après le dictionnaire Larousse, loisirs désigne le temps dont on peut disposer librement en dehors de ses occupations habituelles et des contraintes.

[5] Joffre Dumazedier, Vers une civilisation du loisir ? Edition : Seuil, publié en 1972. La première parution de son livre fut en 1962 au Edition : MKF, Paris.

[6] Sociologue français du 20 ième siècle (1915-2002).

[7] Blaise Pascal, Pensées. Numéro 131 (La lassitude).

[8] Philosophe, mathématicien, physicien, théologiens français du 17 ième siècle (1623-1662

Abattage rituel: fin de la saga?

A Bruxelles, la question de l’abattage avec ou sans étourdissement n’est toujours pas tranchée. Si la Flandre et la Wallonie ont décidé d’imposer l’étourdissement avant tout abattage de bovins, à Bruxelles, la question a été repoussée plusieurs fois. La commission de l’Environnement du parlement bruxellois a donc démarré une série d’auditions de différents experts sur la question. Des représentants des communautés juives, musulmanes, les Abattoirs d’Anderlecht, la Fédération des boucheries Halal, des scientifiques ont donc été entendus au cours des quinze jours écoulés.

Les auditions ont pris fin hier mercredi, jour également choisi par le cclc, collectif citoyen pour la liberté de culte pour déposer leur pétition qui a récolté un peu plus de 127 000 signatures. « Il s’agit d’un collectif citoyen qui est né en réaction au débat bruxellois en matière du bien-être animal et de l’abattage rituel. Ce collectif veut faire entendre sa voix dans ce débat. Une pétition a récolté 127074 signatures (certifiée par huissier) dont 80% de Bruxellois, des personnes de confession musulmane, juive, athées, des catholiques. C’est énorme et du jamais vu à Bruxelles. On parle de plus en plus de démocratie participative, c’est un signal que les parlementaires ne peuvent nier » explique Alexis Deswaef, avocat du collectif.

127 074 signatures de citoyens contre l’imposition de l’étourdissement, dont 80 % de Bruxellois

Une question sensible

Après ces auditions, les membres de la commission décideront mercredi prochain de la suite à donner aux débats. Il s’agit clairement d’une question sensible à laquelle les députés bruxellois doivent répondre : l’abattage rituel peut-il se pratiquer sans étourdissement ? En Flandre et en Wallonie, la réponse est non, il est interdit. Les arrêtés d’application sont entrés en vigueur en août dernier. La Cour de Justice de l’Union européenne a d’ailleurs donné raison aux Régions, mais les communautés juives et musulmanes ont porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme(CEDH). Certains textes affirment que les États peuvent interdire l’abattage sans étourdissement mais qu’il peut exister l’exception liée à la pratique religieuse. Pour les deux communautés confessionnelles, il s’agit tout simplement d’une interférence de l’État dans le culte. Un avis partagé par Ahmed El Khanouss, conseiller communal bruxellois. « Je pense qu’avec les auditions et la mobilisation citoyenne, il serait aujourd’hui totalement incompréhensible que les parlementaires votent en faveur de ces propositions. Je connais le contexte qui a permis le vote de ces lois en faveur de l’étourdissement en Wallonie et en Flandre, il n’a rien à voir avec la question du bien-être animal. Ceux-là même qui imposent l’étourdissement s’érigent en défenseurs de la chasse parce qu’elle ferait partie de la tradition mais ils refusent aux musulmans ou aux juifs de pratiquer leur religion. Le bien-être animal a bon dos… Il s’agit de questions religieuses et les politiques n’ont pas à interférer dans ce domaine. »

Plusieurs propositions d’ordonnance

Plusieurs propositions d’ordonnance ont été déposées par Défi, Groen, l’Open Vld, le Vlaams Belang et la NVA dans le but d’interdire l’abattage sans étourdissement. La semaine prochaine, les députés seront donc amenés à se prononcer sur ces textes. Et le débat risque d’être tendu tant la question est sensible et les enjeux importants. « « Plusieurs possibilités sont envisageables après la fin des auditions : passer au vote, certains peuvent aussi demander la suspension de la discussion mais cela n’a pas d’intérêt, ou enfin, certains pourraient demander d’apporter des amendements aux différents textes mais là aussi, je pense qu’il s’agirait avant tout de perdre du temps » explique Jamal Ikazban, chef de groupe PS au parlement bruxellois. « De mon point de vue, il ne sert plus à rien de tourner autour du pot. Il faut aller au vote. Je passe beaucoup de temps à compter les voix et pour l’instant, le scénario est en notre faveur. Mais les indécis sont nombreux et les absences lors du vote pourraient renforcer l’autre camp, ce qui serait délicat. »

50% des boucheries bruxelloises sont halal…

Une question économique

Aux Abattoirs d’Anderlecht, 80% des mises à mort se font selon l’abattage rituel sans étourdissement. La société, entendue lors des auditions, craint une grande diminution de son activité si l’ordonnance est acceptée. Autre acteur du secteur inquiet, la Fédération des boucheries Halal de Belgique. A Bruxelles, 50 % des boucheries bruxelloises sont Halal… Si Bruxelles ne peut plus proposer de la viande halal ou casher, les clients iront ailleurs. Les deux acteurs économiques soulignent par ailleurs la question du circuit court puisque la France et d’autres pays plus éloignés encore comme la Pologne proposent de la viande certifiée halal, les bouchers se tourneront donc vers ces filières. Cela ne fait donc que déplacer le problème… « Les arrêts de la cour constitutionnelle indique qu’il faut pouvoir continuer à garantir aux musulmans et aux juifs de pouvoir s’approvisionner en viande certifiée halal et casher. Mais si en Belgique, ce ne sera plus le cas, il faudra donc aller s’approvisionner à l’étranger. Par ailleurs, on ne peut porter atteinte à un droit constitutionnel si l’on n’a aucune garantie que l’étourdissement diminue la souffrance animale. Or sur la question, il n’y a pas de consensus scientifique. Mais par contre, elle porte atteinte aux musulmans et aux juifs qui peuvent se sentir stigmatisés, discriminés alors que la chasse est toujours autorisée chez nous. On part en croisade pour les deux dernières minutes de vie d’un animal mais on ne s’intéresse pas à toute sa vie, son transport, cela paraît quelque peu hypocrite. Je comprends que ces communautés se sentent alors visées » insiste Alexis Deswaef, avocat du cclc, collectif citoyen pour la liberté de culte.

Le vote en commission le 8 juin

La prochaine séance de la commission est prévue le 8 juin prochain. Au moment du vote, l’attention se portera sur l’ordre des textes. En effet, la commission discute de trois textes sur l’étourdissement avant l’abattage : celui du Vlaams Belangs celui de la N-VA et celui de Défi / Groen / Open VLD… Sans changement d’ordre du jour, celui du Vlaams Belang sera votée en premier. « Cela va poser question. Cela va être un problème en commission. Il est fort possible que défi demande la modification de l’ordre de passage des votes. J’avoue que cela nous fait sourire si le texte du Vlaams Belang devait passer en premier, puisque c’est une proposition qui a toujours été portée par l’extrême droite, cela permettra aussi de leur envoyer un signal clair » sourit Jamal Ikazban. Pour le cclc, les députés bruxellois doivent voter contre le texte. « La demande du collectif n’est pas que le texte soit retiré, ce serait un aveu de faiblesse mais de voter ces propositions de loi, pour envoyer un signal de confiance et d’inclusion » constate Alexis Deswaef qui ajoute « nous sommes tous pour le bien-être animal, la question n’est pas là. Le débat a été volontairement biaisé. Il y a toujours cette dualité : nous contre eux. Par rapport au défi bruxellois, nous pouvons clairement nous passer de ces questions clivantes. » Même son de cloche du côté du cdH Ahmed El Khannouss : « Ces débats n’ont pour seule utilité que de détourner l’attention de l’opinion publique. Ils visent à fragmenter la société bruxelloise, et donne une image des musulmans qui auraient des pratiques barbares, qui couvriraient leurs femmes par des burkini et se promèneraient avec des couteaux entre les dents. Soyons sérieux, c’est rendre service aux extrémistes de tout bord. »

H.B.

Une autre approche des réseaux socionumériques

Aujourd’hui, plus que jamais, les nouvelles technologies amènent leur lot de nouveaux outils socio-techniques qui facilitent nos relations interpersonnelles. On voit alors apparaître de nouveaux modes de communication virtuels comme les plateformes sociales qui se déclinent en fonction de l’attente et de l’objectif de son utilisateur. Ces nouvelles plateformes sociales telles que Twitter, Facebook, Linkedln,… permettent  à la fois d’être producteur et utilisateur de  son contenu médiatique. On pourrait se poser la question de savoir si les codes sociaux existant dans la vie réelle sont transposables aux codes sociaux dans le monde virtuel. Nous pouvons trouver une piste de réponse dans l’approche du sociologue interactionniste Erving Goffman.

Erving Goffman : une approche interactionniste

Erving Goffman (1922-1982) est un sociologue et linguiste d’origine canadienne, associé au courant interactionniste symbolique, selon lequel la société est conçue comme la résultante des multiples interactions entre les individus.[1] E. Gofmann définit les interactions sociales en ces termes : « […] Par interaction (c’est-à-dire l’interaction en face à face), on entend à peu près l’influence réciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu’ils sont en présence physique immédiate les uns des autres : par une interaction, on entend l’ensemble de l’interaction qui se produit en une occasion quelconque quand les membres d’un ensemble donné se trouvent en présence continue les uns des autres, le terme « une rencontre » pouvant aussi convenir.»

Que le spectacle commence…

Usant de métaphores didactiques, Goffman offre une lecture des interactions sociales sous forme d’une mise en scène de soi dans la vie quotidienne qu’il nomme la « théâtralité du quotidien ». Le canadien utilise donc la métaphore théâtrale afin de se représenter les interactions sociales comme une pièce de théâtre où les individus sont en représentation, jouant tout un panel de jeu d’acteur en fonction du contexte dans lequel ils sont conscients des codes sociaux les régissant. Il utilise du vocabulaire théâtral tel que rôle, représentation, façade, coulisses,… Nous serions donc des acteurs amenés à théâtraliser notre quotidien, à adopter des façades adaptées aux différents contextes que nous rencontrons et donc chacun est amené à apprendre les codes régissant ces différentes situations de vie et le consensus spécifique, afin de ne pas perdre la face ou de la faire perdre à autrui. Les acteurs en représentation construisent une définition commune de la situation.[2] Il existe de nombreuses situations similaires dans notre quotidien qui sont dictées par des conventions qui leur sont propres celles par exemple d’un repas de famille, d’un match de foot ou encore d’un entretien d’embauche.

Du réel au virtuel, la mise en scène

Même si Goffman n’est pas contemporain à l’essor et au développement fulgurant des plateformes sociales, on peut aisément retransposer cette grille de lecture à l’utilisation des réseaux sociaux où cette mise en scène de la vie quotidienne mondialement diffusée, se décline à l’infini. Il existe également des normes sociales dans les réseaux socionumériques, aussi bien que dans nos interactions sociales « face à face ». Les usagers de ces plateformes sociales ne se présentent pas de la même façon selon le code social en vigueur dans celle-ci ainsi un profil Facebook ne sera pas présenté de la même façon qu’un profil Linkedln ou twitter,… Les usagers adaptent leur réaction au contexte et interagissent en conséquence. Ils adoptent de ce fait des façades au travers de leur profil ou leur avatar qui correspond aux objectifs de la plate-forme sociale. Ainsi selon le type de plateforme, nous allons mettre en avant tant nos expériences professionnelles, nos loisirs, nos goûts et préférences, notre savoir-faire culinaire,… Les informations mises en avant font partie d’une stratégie afin d’obtenir de ces réseaux les avantages espérés.

Quand la pièce de théâtre tourne au drame…

Goffman appelle cela une « situation de rupture », une remise en question de la réalité commune, causant un malaise général.[3]Cela peut se produire si par exemple l’acteur joue mal son rôle ou alors que des spectateurs ne participent pas comme il est attendu ou encore que le cadre des conventions générales est mal interprété. Par exemple sur les réseaux socionumériques, le comportement inapproprié, des remarques déplacées,… peuvent conduire à l’exclusion  de l’utilisateur. Les réseaux socionumériques n’échappent pas au code social traditionnel. Mais ces codes ne nous ont pas été appris à l’école ou par les parents. Implicitement, inconsciemment peut-être, nous avons appris à nous adapter aux différentes normes sociales des réseaux sociaux. On peut considérer que les réseaux socionumériques sont comme de nouveaux lieux d’apprentissage des codes sociaux qui leur sont propres. Cependant la retransposition du réel au virtuel de la théorie de Goffman n’est pas absolue, selon moi. C’est à mon sens un outil de lecture pertinent et éclairant. Mais les réseaux sociaux possèdent leurs spécificités, leur zone d’ombre et de lumière, leurs algorithmes. Il existe une certaine opacité dans ce face à face virtuel qui peut conduire à des dérives, à des utilisations malsaines,…

O.D.


[1]    https://www.toupie.org/Dictionnaire/Interactionnisme.htm

[2]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman

[3]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman#La_présentation_de_soi

La « Hchouma », son dada!

Zina Hamzaoui est sexologue. Briser les tabous qui entourent la sexualité et l’intime, c’est son combat! La hchouma, un concept qui est pourtant bien ancré au sein des familles de culture arabo-musulmane. 

C’est un vaste chantier auquel a décidé de s’attaquer Zina Hamzaoui. Sage-femme de formation, elle s’est retrouvée face à de nombreuses questions sexuelles de la part des patientes et de leurs conjoints. La jeune femme perçoit qu’il y a une véritable demande et décide de se former et devient sexologue. « Je me suis rendu compte que le sujet était très peu abordé au sein de notre communauté et pourtant il mérite toute notre attention. Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié. Il faut nous questionner par rapport à l’image que nous avons de la sexualité et celle à laquelle les jeunes sont confrontés par exemple. Il y a un décalage énorme en la matière » insiste la sexologue.

Un chiffre interpellant pour poser le débat: 80% des jeunes de 10 ans ont regardé des films à caractère pornographique de manière volontaire ou involontaire. Un chiffre qui date d’il y a 10 ans. Ce chiffre est très certainement plus élevé. A partir de ce contexte, il peut y avoir deux approches. « Soit, on se retrousse les manches et on aborde ces sujets sans complexes et de manière à installer un climat de confiance avec les jeunes, soit on ferme les yeux et on continue de penser que la sexualité, les jeunes ne la découvrent que la nuit de noces » poursuit Zina.  

Commencer tôt 

Pour la sexologue, il faut aborder ces sujets avec les jeunes car de toute façon ils l’aborderont, soit entre eux, soit en surfant sur internet. « Dès tout jeune, il faut leur indiquer que leur intimité doit être préservée que personne ne peut y avoir accès, à l’adolescence, leur expliquer que le fait qu’ils se réveillent en état d’érection le matin, ce n’est pas sale mais c’est d’ordre physiologique. Leur apprendre que le fait de se masturber, de regarder de la pornographie peut impacter plus tard leur vie relationnelle et sexuelle. Combien d’hommes sont devenus addicts et sont incapables par la suite dans leur vie de couple d’avoir une relation saine. L’image qu’ils ont de la sexualité est totalement biaisée, faussée. Dans ces films, la femme est réduite en esclave sexuelle. Ensuite, poser le cadre religieux et leur expliquer pourquoi cette sexualité n’est autorisée que dans le cadre du mariage. Tant que l’adulte n’est pas à l’aise avec la sexualité, cela transparaît forcément sur les enfants! Les parents ont un rôle énorme à jouer » insiste Zina Hamzaoui qui ajoute « les plus jeunes ne parlent pas de sexualité avec leurs parents. Mais c’est une grande faille. Parce qu’ils doivent se sentir suffisamment à l’aise pour que les jours où ils ont ces questions, ils puissent venir les poser.» 

Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié.

Zina Hamzaoui, sexologue

Trop de tabous 

La masturbation, le plaisir féminin, le désir, autant de sujets qui sont passés sous silence et qui peuvent impacter une relation de couple. Un grand morceau de l’éducation sexuelle se fait au quotidien dans la relation entre les parents (souvent les enfants sont confrontés à des parents qui ne montrent aucun signe d’amour, pas de contact physique…), autre gros tabou : la femme qui recherche son plaisir, le fait d’être une femme, religieuse et sexuellement active n’est pas compatible. On est tombé dans un certain extrême. A force de tellement interdire, on inhibe le désir sexuel. On baigne dans des stéréotypes qui desservent finalement l’homme et la femme ». Les tabous au sein des familles de culture arabo-musulmane restent nombreux. Zina Hamzaoui propose donc des ateliers pour les jeunes et moins jeunes pour répondre à ces questions. Souvent, les parents se sentent eux-mêmes démunis face à certaines questions. « En général, on m’attend, et puis quand je suis là, cela questionne, certains sont heureux d’avoir compris la réalité, pour d’autres, cela bouscule leurs croyances » constate Zina. Dans certains milieux, la porte lui reste malheureusement fermée « car mon positionnement dérange ; et ils pensent qu’il est à contre-courant du message religieux alors qu’il n’en est rien ! ». La sexologue insiste « c’est incroyable que tout le monde connaisse le Hadith qui dit que la femme qui se refuse à son mari est maudite par les anges toute la nuit mais tous les hadiths où le prophète explique qu’il faut approcher la femme avec douceur, délicatesse, sont passés sous silence. Il faut rappeler que la sexualité n’est pas uniquement à visée masculine, mais également que le plaisir féminin existe et qu’il n’est pas interdit, loin de là.»

Conseil de famille

La sexologue conseille donc aux parents d’instaurer des conseils de famille pour aborder toutes les questions. Permettre ainsi d’installer un véritable climat de confiance avec les jeunes. Des jeunes qui sont trop souvent influencés par la télévision, internet ou la musique. Ils sont confrontés à la sexualité au quotidien.   « On est dans une génération où la pornographie est installée. L’internet a tout facilité, il faut connaître la réalité des jeunes. On a désacralisé la sexualité. Si les parents n‘évoquent pas ce sujet clairement, il va y avoir des fossés de plus en plus grands entre leur réalité et celles des jeunes. Au bout d’un moment, il faut arrêter de faire l’autruche ! Il y a du boulot. On a une obligation de moyens pas de résultats, la situation est grave » martèle Zina Hamzaoui. 

Un livre pour sensibiliser

Afin d’atteindre une plus large audience, Zina Hamzaoui a publié un livre « Chut, hchouma! ». « Cela fait quelques années que je fais de la thérapie, que j’anime des ateliers et souvent les patients me demandent des livres à conseiller. Mais je me suis rendu compte qu’il n’existait pas de livres récents qui traitaient de cette question. De base, je n’étais pas très attirée par l’écriture mais le confinement m’a aidée à consacrer du temps et je me suis laissée prendre au jeu. Je voulais que le livre soit accessible à tout le monde, et non seulement à un public uniquement universitaire. » Chut, hchouma!, c’est le titre du livre, un titre qui reflète parfaitement les tabous qui entourent le domaine de l’intime. « En choisissant le titre du livre, je m’auto-censurais à chaque fois et au final « chut hchouma! » tombait sous le sens, c’est un titre qui interpelle, qui reflète bien le contenu. Ce n’est clairement pas un livre que l’on prend facilement avec dans le métro mais il a aujourd’hui une place dans les librairies islamiques qui ont décidé de jouer le jeu avec moi et c’est formidable. Je parle d’intimité mais sans tomber dans la vulgarité. Dans une société hypersexualisée, cela est devenu mon cheval de bataille : parler de sexualité sans être vulgaire tout en restant dans la pudeur. » 

H.B.

Zina Hamzaoui a publié un livre pour sensibiliser le public aux questions liées à l’intime et lutter contre les tabous encore trop nombreux

La voix des Palestiniens s’est éteinte

Shireen Abu Akleh, journaliste vedette de la chaîne d’information qatarie a été tuée hier matin. Elle a reçu une balle en pleine tête alors qu’elle se trouvait à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Al Jazeera accuse l’armée israélienne d’avoir tout simplement assassiné la journaliste tandis que la communauté internationale appelle à une enquête « transparente ».

L’émotion est vive en Palestine depuis l’annonce du décès de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh, 51 ans, une des personnalités les plus connues de la chaîne d’information en continu Al Jazeera. Shireen se trouvait à Jénine pour couvrir l’opération militaire israélienne en cours dans le camp de réfugiés. Selon Ali al Samoudi, producteur qui l’accompagnait, les tirs proviennent bien de l’armée israélienne. « Nous allions commencer à filmer l’opération de l’armée israélienne quand tout à coup, ils ont commencé à nous tirer dessus sans nous avoir au préalable demandé de quitter les lieux ou d’arrêter de filmer » explique le producteur qui ajoute : « le premier tir m’a touché et le second a atteint Shireen, il n’y avait aucun Palestinien présent à ce moment-là autour de nous. » Une autre journaliste locale, Shatha Hanaysha, qui se trouvait juste derrière Shireen a précisé à Al-Jazeera qu’il n’y avait eu aucune confrontation entre les journalistes et les soldats israéliens. Elle explique que le groupe de journalistes a été directement pris pour cible.

Une autre version

Côté israélien, c’est une toute autre version qui est livrée. « L’armée mène une enquête sur ces événements et envisage la possibilité que les journalistes ont été atteints par des hommes armés palestiniens » précise un communiqué de l’armée israélienne. Une version également défendue par le Premier ministre israélien Naftali Bennett : « Selon les données dont nous disposons pour le moment, a-t-il déclaré, il y a de fortes chances que des Palestiniens armés, qui ont tiré sauvagement, aient causé la mort malheureuse de la journaliste. Israël a appelé les Palestiniens à mener une analyse et une enquête pathologique conjointe, sur la base de tous les documents et conclusions disponibles. Jusqu’à présent, les Palestiniens ont refusé. » L’ONG israélienne B’Tselem, qui défend les droits de l’homme dans les territoires occupés a publié une vidéo démontrant, selon elle, que  «les tirs palestiniens relayés par l’armée israélienne ne peuvent pas être ceux qui ont tué la journaliste Shireen Abu Akleh». La séquence a été tournée par un chercheur de l’ONG qui démontre que la distance entre les Palestiniens et les journalistes était trop importante tout comme la présence entre eux de nombreux bâtiments et murs. Nuançant la position initiale des forces armées israéliennes, leur chef, le lieutenant-général Aviv Kochavi, a finalement déclaré dans un nouveau communiqué : «A ce stade, nous ne pouvons pas déterminer par quel tir elle a été blessée et nous regrettons sa mort.» 

Une voix qui vibrait

L’émotion suite à son décès est aussi grande que sa popularité. Shireen Abu Akleh a marqué les esprits des Palestiniens et des arabophones qui suivaient ses reportages de terrain qui l’ont rendue célèbre. Cette chrétienne de nationalité américaine et palestinienne avait travaillé à La Voix de la Palestine et Radio Monte-Carlo avant de rejoindre la chaîne qatarie en 1997 où sa couverture du conflit israélo-palestinien a permis de redonner la voix aux Palestiniens, une voix qu’il faut, selon elle, faire entendre. Pour les 25 ans d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh évoquait les difficultés qu’elle rencontrait pour mener à bien sa mission de journaliste. « Il arrive par moment lorsque je dépose ma caméra que les soldats israéliens me fasse comprendre que je filme un lieu interdit ou qu’ils te disent que tu filmes un lieu sécurisé interdit aux caméras, à chaque fois tu te sens ciblé. Je n’oublierais jamais l’ampleur des destructions, ni le sentiment que la mort était proche. J’ai choisi le journalisme pour être proche des gens. Ce n’est pas facile de changer la situation, mais au moins je peux faire entendre cette voix au monde entier, je suis Shireen Abu Akleh. »

Des Palestiniens portent le corps de la journaliste Shireen Abu Akleh, près des bureaux d’Al-Jazira, après que des amis et collègues lui aient rendu un hommage, à Ramallah, le 11 mai 2022. (AP Photo/Nasser Nasser)

De nombreuses condamnations

Les condamnations se sont multipliées au sein de la communauté internationale, des Etats-Unis à l’Union européenne, en passant par l’Unesco. Chacun appelant de leurs vœux une enquête «transparente» et «indépendante» permettant de déterminer les circonstances de son décès. Du côté des Palestiniens, l’annonce par l’armée israélienne d’une enquête suscite scepticisme voire railleries, ces enquêtes ne menant jamais à des sanctions ou des mises en cause du comportement de l’armée d’occupation qui jouit à leurs yeux d’une impunité totale sous le regard et le silence complice de la communauté internationale.

En fin de matinée, une cérémonie officielle est prévue à Ramallah en Cisjordanie, au siège de l’Autorité palestinienne, en présence du président Mahmoud Abbas et des représentants de la presse. Ses funérailles sont prévues vendredi dans une église de Jérusalem, ville où elle a grandit.

Près de 50 journalistes ont été tués par Israël depuis 2000, selon le syndicat des journalistes palestiniens. Ce mercredi, Shireen Abu Akleh est venue rejoindre cette trop longue liste de professionnels de l’information qui ont été empêchés de mener à bien leur mission : porter la voix de ceux qui n’en ont pas. 

H.B.

La vérité, première arme de guerre

Les médias européens ont boycotté les médias russes les accusant de mentir sur le déroulement de la guerre. « Annoncée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’interdiction de diffusion dans l’UE des médias russes RT et Sputnik est entrée en vigueur (…), après publication de la décision des Vingt-Sept au Journal officiel de l’UE. »[1]La Commission européenne cherche-t-elle à nous protéger ou à nous dicter la vision de son monde ? Se demander si la vérité est une arme revient à se demander si la communication de l’information peut être une tactique de guerre. Cette question mérite d’être soulevée et à plus forte raison dans un contexte comme celui d’aujourd’hui, animé par la guerre entre la Russie et l’Ukraine exacerbant les tensions mondiales.

Excès de zèle ou dictature ?

Récemment, les médias européens nous ont montré des images du célèbre fantôme de Kiev qui aurait abattu 6 avions russes le premier jour de l’invasion russe. Ces images proviennent en réalité du célèbre jeu vidéo « digital combat simulator ». [1]

La Russie, de son côté, adopte une autre stratégie mais dont l’objectif n’en demeure pas si différent : contrôler le récit.

« Des députés russes ont adopté, vendredi 4 mars, un texte punissant de lourdes peines de prison toute personne relayant des informations qui discréditent l’armée du pays. »[2]

En outre, le célèbre tireur canadien d’élite, Wali,  considéré comme « le meilleur sniper de la planète » aurait rejoint l’armée ukrainienne et serait abattu par les russes selon des sources russes et chinoises, une information démentie par Wali lui-même.[3]

« Ici Wali qui vous parle. Contrairement aux rumeurs je ne suis pas mort au combat. Je n’étais pas à Marioupol. (…) Ils voulaient peut-être discréditer l’effort des volontaires comme moi ». Se targuer de victoires même si elles sont fausses, une guerre de l’image où tous les moyens sont bons. »

Dès lors, on comprend très vite que cette guerre est avant tout une guerre de contrôle du récit.

Les objectifs de la propagande

Les objectifs de cette propagande sont clairs : dans l’exemple de la guerre Russe-Ukraine, l’Ukraine a intérêt à persuader que sa résistance à la Russie est forte. D’une part pour motiver ses troupes et ses citoyens qui sont aussi des soldats ; pour motiver l’ouest à continuer à offrir des armements solides et le convaincre qu’il sera le cheval gagnant. En effet, si l’Europe présentait une Ukraine faible, elle n’investirait pas autant dans cette guerre puisque la cause serait de toute façon perdue alors que l’investissement se chiffre en milliards d’euros… Et d’autre part, pour inciter des combattants volontaires étrangers à s’allier à la cause ukrainienne. Il faut convaincre de la viabilité de la résistance ukrainienne.

La guerre psychologique

Toute guerre est donc une guerre psychologique dont le secret de la réussite passe d’abord par le contrôle du récit et l’art de la persuasion. Cette dictature de vision est paradoxalement encore plus présente dans nos sociétés contemporaines car nous consommons de plus en plus d’informations via les nombreux réseaux sociaux tels que Facebook, YouTube, Twitter, Google tous pro-ukrainiens et qui se revendiquent être des vecteurs de bonnes informations. Les consommateurs de ces réseaux ne choisissent pas leurs camps mais ils leur sont subtilement imposés. 

Souvenons-nous des mensonges inventés de toutes pièces par le Pentagone et relayés par Nairah cette jeune koweitienne réfugiée de 15 ans accusant, le 14 octobre 1990, Saddam Hussein d’atrocités et de génocides sur des bébés, des mensonges légitimant l’invasion américaine en Irak.[4] En réalité, les propagandes et censures sont des méthodes aussi ancestrales que les guerres elles-mêmes.

En conclusion, le consommateur doit doubler de vigilance et rester prudent quant à sa lecture de l’information. Le développement du sens critique est une nécessité dans la compréhension de l’Histoire car toute vérité à deux sons de cloches et au-delà des pertes humaines, le consommateur est aussi une victime.

Nelm


[1] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/desintox-non-il-n-y-a-pas-de-fantome-de-kiev-pilote-ukrainien-qui-aurait-abattu-a-lui-seul-6-avions-russes_4999728.html

[2] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/desintox-non-il-n-y-a-pas-de-fantome-de-kiev-pilote-ukrainien-qui-aurait-abattu-a-lui-seul-6-avions-russes_4999728.html

[3] https://www.francetvinfo.fr/vrai-ou-fake/vrai-ou-fake-un-sniper-d-elite-canadien-est-mort-a-marioupol_5053258.html

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_couveuses_au_Kowe%C3%AFt


[1] https://www.jeanmarcmorandini.com/article-491516-guerre-en-ukraine-les-medias-russes-rt-et-sputnik-sont-desormais-officiellement-interdits-dans-l-union-europeenne.html