Qu’est-ce que tu fais pour les vacances?

Un temps suspendu, les pieds sur le sable chaud, un regard sur une mer qui appelle à s’y plonger, un corps langoureusement détendu et une sensation de jouissance bien méritée… C’est l’idée même que nous nous faisons des vacances. C’est pourquoi, elles sont très souvent associées à un temps de repos, de farniente… sous le soleil bien évidemment ! Pourtant, à l’origine, les vacances dans l’Histoire n’avaient pas du tout cette évocation d’oisiveté ou d’inaction.

D’après le dictionnaire Larousse, le mot vacance est un nom féminin et désigne le temps pendant lequel une charge, une place, un poste est momentanément dépourvu de titulaire. Par exemple, la vacance d’un siège au Sénat (dans le sens de vacuité). Et dans le sens commun, le mot au pluriel vacances désigne la période d’arrêt légal de travail dans les écoles, les universités, fixée selon un calendrier précis, ainsi que pour les salariés. Aujourd’hui, les vacances symbolisent très souvent la notion de liberté et de « droit à la paresse ». Cependant, l’Histoire nous montre que le mot vacance a eu un sens originel bien défini et n’exprime pas la notion d’inactivité ou de « traîne-savate ».

La petite Histoire des vacances

Dans la tradition chrétienne, Dieu, après avoir achevé la création du monde, se consacra au septième jour au repos. Dans l’Antiquité, les plus fortunés partageaient leur temps entre leur résidence dans la cité et celle bâtie dans la campagne pour fuir les grosses chaleurs de la ville.

Au Moyen-Âge, on désignait cette période (de juillet à octobre) pour se consacrer aux moissons et aux vendanges. Loin d’être un temps de tout repos, l’ordre du jour était au labeur. La majorité de la population y consacrait « ses vacances ». De plus, l’Eglise réglementait les temps libres pour inciter aux recueillements, aux prières et aux pèlerinages religieux.

Au XIXème siècle, l’aristocratie se complaisait dans des résidences secondaires afin d’y passer un temps de repos consacré à leur bien-être, en mer ou en montagne où le climat était plus agréable. Notons qu’à cette époque, les premières revendications syndicales pour une période de vacances annuelles vont émerger. Sous Napoléon III, les fonctionnaires furent les premiers à en bénéficier à la suite d’un décret : les congés payés apparaissent.

Au XXème siècle, le concept de vacances va se propager dans toute l’Europe occidentale.

« Les congés payés sont une innovation… allemande datant du début du 20 ième siècle. Contrairement aux idées reçues, la France n’a pas été en avance sur son temps concernant les congés payés. Avant leur création, des pays comme l’Allemagne, la Pologne, la Norvège ou le Brésil avait déjà instauré cet acquis social dans leur pays ! (…) le nombre de congés payés varie avec le temps mais aussi la géographie. »[1]

Quelques évènements historiques

– En 1900 : en France, les ouvriers du métro parisien (le Métropolitain) seront les premiers à bénéficier d’un congé de 10 jours. En Angleterre, au début, seul les femmes et les mineurs d’âge avaient droit à un congé de 6 jours; ce concept se propagera dans les usines britanniques sous couvert d’accord passés entre les ouvriers et les industriels.

– En 1920 : le secteur automobile belge va instaurer quelques jours de congés aux ouvriers.

– En 1921 : en Allemagne, les ouvriers et les employés obtiennent à leur tour des congés payés.

– En 1925 : en Belgique, le ministre des chemins de fer Edouard Anseele (de 1925 à 1927) attribuera 8 jours de congés aux cheminots.

– En 1936 : la France et la Belgique vont, sous la pression de grèves sauvages, accorder ce fameux droit aux congés payés.

– En 1938 : ce droit est étendu à tous les secteurs de travail.

– En 1947 : le pécule de vacances (qui fut accordé pour la première fois en 1937) sera doublé car insuffisant pour l’ensemble de la population active.

Peu à peu, la notion de vacances va prendre un autre tournant dans la pensée commune de la population. En effet, l’idée de liberté individuelle et de droit à l’oisiveté n’était pas du tout un concept du passé, mais plutôt une notion moderne :

« La loi des congés payés (…) devait instaurer la grandeur et la dignité humaine des travailleurs (…) en donnant une place dans leur vie aux préoccupations intellectuelles, civiques et morales (…), connaitre le monde avec ses beautés naturelles, ses richesses artistiques, ses manifestations diverses du génie humain… » [2]

Photo de Jou00e3o Vu00edtor Heinrichs sur Pexels.com

Dis-moi ce que tu fais en vacances et je te dirais qui tu es…

Se dorer la pilule au soleil, plonger ses pieds dans l’eau claire, siroter une boisson rafraichissante en contemplant un coucher de soleil, sentir le sable chaud sous nos pieds, ne rien faire et laisser le temps s’écouler comme le sable fin entre nos mains. Tant d’images nous viennent dès que nous pensons aux vacances. Cependant, cette symbolique du « vide »[3] nous interroge sur notre manière de concevoir notre relation entre le travail et le temps de « loisirs ».[4]

D’un point de vue sociologique, pour beaucoup d’entre nous, le vrai repos rime avec ailleurs. Nous recherchons le dépaysement, l’aventure à découvrir dans d’autres destinations. Le délassement au bord d’une plage ou l’aventure dans des activités sportives sont les finalités principales lorsque nous ressentons le besoin de partir afin de retrouver une sensation de liberté ou de couper avec son quotidien.

« Le loisir est un ensemble d’occupations auxquelles l’individu peut s’adonner de plein gré soit pour se détendre, soit pour se divertir, soit pour développer par son information ou sa formation désintéressée, sa participation sociale volontaire ou sa libre capacité créatrice après s’être dégagé de ses obligations professionnelles, familiales et sociales. »[5]

C’est ce que Joffre Dumazedier[6] va appeler les 3 finalités du loisir, les 3D :

– Délassement. Il permet le repos physique suite à une fatigue et au surmenage.

– Divertissement. Il permet de ne pas s’ennuyer à travers des jeux, du sport ou des sorties.

– Développement. Il permet le développement de la personnalité et de participer à l’évolution de la société en se formant à de nouvelles connaissances.

L’écrivain s’interroge sur la relation entre travail et loisir dans un contexte où le progrès nous permet d’avoir du temps à consacrer à autre chose qu’à nos contraintes. Ce temps est précieux, pour Dumazedier. En effet, il permet d’accéder à une culture de la connaissance et du développement intellectuel des individus. « Travailler plus pour gagner plus » est une pensée que Dumazedier réfute fermement. Selon lui, la vie n’est pas une recherche constante de capital : l’équilibre entre le temps contraint (travail) et le temps choisi (loisir) est la clé d’une vie saine et bien remplie.

Le point de vue philosophique

En règle générale, nous attendons avec impatience que nos vacances nous divertissent. Ainsi, remplir le temps libre dépendra de nos objectifs personnels ou de la finalité de nos loisirs.

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être complétement tranquille, sans passion, sans affaires, sans divertissement, sans étude. Il ressent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, sa faiblesse, son vide. Aussitôt surgiront du fond de son cœur la lassitude, la morosité, la tristesse, l’irritabilité, le dépit, le désespoir. »[7]

Selon Pascal[8], l’homme n’aime pas l’ennui ou le vide, il doit, pour sa « survie » occupé son temps. Mais, l’idée de le remplir par une surconsommation de loisirs qui le fera exister « hors de lui », le laissera toujours dans un état d’insatisfaction. Le philosophe constate que l’homme a besoin d’être absorbé, de se divertir pour remplir ce « vide » afin d’éviter de se tourner vers lui-même, de s’oublier, de s’étourdir. Sans distraction, l’homme est accablé. Le philosophe ne condamne pas le loisir, mais condamne la manière dont l’homme en abuse, notamment dans des activités qui ne lui procurent que des plaisirs éphémères.

Finalement, les bienfaits des vacances ne sont plus à redéfinir car nous constatons tous que les vacances sont INDISPENSABLES. Il est nécessaire de savoir vers quelle voie nos cœurs penchent : délassement, divertissement ou développement. Et pourquoi pas les 3 en même temps ?!

Najoua


[1] Tiré de l’article du site coindusalaire.fr, L’histoire des congés payés et comparaison par pays.

Pour en savoir plus :

*Un article de Catherine Ernens dans le site du magazine Moustique.be, à la date de 8 juillet 2019.

*Le site magenealogie.eklablog.com retrace l’historique des vacances scolaires du 17 iéme siècle jusqu’au 20 ième siècle : Petite histoire des vacances scolaires, article de Srose, septembre 2019 dans la rubrique Histoire en vrac.

*Le site de lalibre.be publie un article en janvier 2014 sur le sujet Depuis quand et pourquoi existent les grandes vacances ?

[2] Tiré de l’article du magazine Moustique cité au note 1 de bas de page : Pierre Tilly, professeur à l’UCLouvain, expert en Histoire du syndicalisme. 

[3] D’après le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), vacance vient du latin vacare et désigne un état de ce qui est vide, inoccupé.

[4] D’après le dictionnaire Larousse, loisirs désigne le temps dont on peut disposer librement en dehors de ses occupations habituelles et des contraintes.

[5] Joffre Dumazedier, Vers une civilisation du loisir ? Edition : Seuil, publié en 1972. La première parution de son livre fut en 1962 au Edition : MKF, Paris.

[6] Sociologue français du 20 ième siècle (1915-2002).

[7] Blaise Pascal, Pensées. Numéro 131 (La lassitude).

[8] Philosophe, mathématicien, physicien, théologiens français du 17 ième siècle (1623-1662

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