Les Lions de l’Atlas… une histoire de cœur

Bientôt 5 ans que je n’ai pas foulé la terre de mes ancêtres… Non pas que rien ne m’y rattache mais mon gout prononcé pour la découverte de nouveaux horizons m’a fait voyager ces dernières années, vers des contrées inconnues et moins fréquentées.

Les rues bondées que je prenais plaisir à sillonner avec mon amie Najia et les plages surpeuplées où je me suis prélassée ont été le théâtre de mes vacances d’été au Nord du Maroc pendant ma jeunesse.

Aujourd’hui, j’aspire à autre chose : me ressourcer… loin des rues bondées et des plages surpeuplées.

Voilà pourquoi, le besoin d’y retourner ne s’est pas fait sentir depuis plusieurs années… Mais d’ailleurs, ne dit-on pas loin des yeux, loin du cœur ? Et pourtant…

Maroc-Belgique, dimanche 27/11/22

– Maman, moi je suis pour la Belgique et toi, tu es pour qui ?

– On ne choisit pas entre sa mère et son père, voyons

Le match commence… Après la 1ère mi-temps, ma fille me repose la question et ma réponse demeure identique. Cependant, dans mon cœur, aucun doute ne subsiste.

Tout me rattache à la Belgique : naissance, langue, éducation,études, références culturelles, travail… et pourtant, le cœur a ses raisons que la raison ne connait point !

L’engouement autour des performances de l’équipe marocaine a éveillé en moi un patriotisme insoupçonné. A la grande consternation de ma fille qui, en réponse à sa question initiale « tu es pour qui ? », a vu sa mère passer du politiquement correct « On ne choisit pas entre sa mère et son père… » à « Traitresse !» lorsque celle-ci s’indigna du tir au but de Saïss à la 73ème minute !

Maroc-Portugal, samedi 10/12/22

J’étais invitée à passer l’après-midi en bonne compagnie mais j’ai décliné l’invitation à la dernière minute. Match oblige ! Je ne fus pas déçue. Un moment fort en émotions. L’histoire s’écrit : premier pays africain, première nation arabe à concourir pour la demi-finale. Scènes de liesse en Belgique, France, Allemagne, Italie, Espagne, Canada, Palestine, Tunisie, Libye, Mauritanie, Ghana, Qatar… La liste est trop longue.

Au-delà des performances footballistiques que les joueurs ont pu démontrer depuis plusieurs matches, on assiste à une espèce de symbiose, de cohésion, de renforcement des liens qui unissent les Marocains où qu’ils soient dans le monde. Mais pas seulement. L’équipe marocaine a aboli les frontières. Désormais, le drapeau rouge à l’étoile verte réunit les peuples arabes, africains et musulmans à travers le monde. Et même au-delà… D’Elon Musk avec son «🇲🇦🇲🇦 Congrats Morocco !! 🇲🇦🇲🇦» au tweet de Shakira « This time for Africa ! », les réseaux sociaux s’enflamment.

Au-delà du patriotisme, ce n’est pas tant la victoire qui est impressionnante mais leur parcours riche en enseignements. Ils ne se battent pas avec leur corps seulement mais avec leur cœur surtout. Ils y puisent force et  détermination. L’endurance, le mental d’acier, la résistance dont ils font preuve sont prodigieux.

En quelques matches, les Lions de l’Atlas ont redéfini « la croyance en ses rêves ». Se dépasser, se surpasser, croire en l’inatteignable, ne pas se laisser impressionner par « les plus grands » … preuve une fois de plus, que l’être humain est le seul à se mettre des barrières. Une telle conviction ne peut être qu’empreinte de foi… Et le tout, surtout, surtout… avec humilité et simplicité. Ils ont déjà tout gagné.

Après chaque victoire des Lions, on assiste à un cérémonial qui peut paraitre étrange aux yeux des non-initiés que sont les Occidentaux : le baiser du front maternel. Nous avons tous vu Regragui, Ziyech, Hakimi ou encore Boufal courir vers les tribunes pour embrasser leur mère et plus spécifiquement leur tête.

La bénédiction des parents, personnifiée par le baiser du front maternel (et paternel), est un symbole puissant, souverain dans la culture arabo-musulmane, pour le rang élevé attribué aux parents par Dieu.

Les Marocains, croyants, ont besoin de Dieu pour y arriver. La prosternation de remerciement à Dieu sur le terrain, la puissance des invocations du Maghreb au Machrek, le baiser du front maternel… Ne sont-ce pas là des signes pour les croyants ?

Le souffle est suspendu. Ce soir se joue la demi-finale.

Look who we are, we are the dreamers
We make it happen ’cause we believe it
Look who we are, we are the dreamers
We make it happen ’cause we can see it

Regarde qui nous sommes, nous sommes les rêveurs

Nous y parvenons parce que nous y croyons

Regarde qui nous sommes, nous sommes les rêveurs

Nous faisons en sorte que cela se produise parce que nous pouvons le voir

La chanson officielle de la Fifa Coupe du Monde 2022.

Les paroles semblent taillées sur mesure pour les Lions de l’Atlas… Encore un signe ? Cette chanson a battu les records de vue de toutes les chansons de la Coupe du Monde. Elle a été écrite et produite par RedOne : producteur, auteur et compositeur… marocain! Encore un signe ?

Dans tous les cas, la victoire est déjà marocaine…

L.M.

L’Islam, une grande puissance économique

Le dernier prophète ﷺ a dit : « Vous verrez les Musulmans à travers leur bonté, leur affection et leur attachement réciproque, constitués comme un seul corps, quand l’un des membres souffre, il transmet sa fièvre et son insomnie à tout son corps. » [1] Abstraction faite de son sens philosophique, si nous considérions ce conseil précieux comme une hypothèse économique ? Une hypothèse pas plus farfelue que celles posées dans la très grande majorité des théories économiques renommées : « Tous les consommateurs sont rationnels et prennent des décisions en cherchant à maximiser leur propre bien-être sous contrainte budgétaire. » La première hypothèse (celle que nous posons) est orientée vers un altruisme presque mystique et la seconde, celle reprise dans beaucoup de postulats économiques est, quant à elle, orientée vers un égoïsme humain presque naturel. Il parait donc beaucoup plus compliqué à l’homme d’appliquer ce 1er conseil puisqu’il est naturellement tenté d’appliquer la seconde hypothèse. Or, cet article propose une réflexion autour de la naïve question de savoir s’il aurait été possible de faire jaillir une grande puissance économique si les chefs d’état avaient appliqué ce conseil ?

Et oui, avec des si, Paris pourrait être mise dans une bouteille mais l’Histoire des civilisations nous apprend beaucoup de choses et nous permet même de mettre en évidence certaines erreurs. Et c’est bien à la lumière de ces erreurs que les réflexes et les décisions de l’Homme s’adaptent. N’est-ce pas là le propre même de l’intelligence humaine ? S’adapter sur base de son vécu, ses expériences et s’améliorer en ne reproduisant plus les mêmes mésaventures.

Je vous propose de voyager avec moi, le temps de quelques lignes, à travers l’Histoire et de parcourir ensemble certains choix qui ont eu un gros coût dans l’histoire de la civilisation musulmane :

  1. De la naissance à l’indépendance de l’Arabie Saoudite

Vous souvenez-vous de cette époque où l’Islam était un empire, jadis, nommé le grand empire Ottoman ?

Avant 1500, tout allait bien pour cet empire qui partage la même religion et les mêmes valeurs que la future Arabie Saoudite.

« En 1517, la ville sainte de la Mecque étant désormais placée sous contrôle ottoman, Selim se proclame calife et serviteur des villes saintes de l’Islam. »[1]

Mais « l’intérieur de la péninsule connaît une évolution séparée qui mène à l’émergence de la famille Al Saoud . »[2]

C’est précisément la naissance de l’Arabie Saoudite qui nous intéresse, ce visage aujourd’hui emblématique de l’Islam, l’incontournable des musulmans.

En 1700, l’Arabie saoudite était divisée et contrôlée par différentes tribus et familles. La population était constituée majoritairement de nomades et le pays était désertique. Le pétrole n’était pas encore découvert et le pays était très peu intéressant d’un point de vue économique.

En 1744, une alliance nait entre l’émir de Daria, Mohammed Ibn Saoud et l’imam Mohamed Ibn Abdelwahhab (qui donna le nom au wahabisme). Le premier donne son fils à la fille du second. Cette alliance est donc le symbole du mariage entre l’autorité religieuse, le wahabisme et l’autorité politique représentée par Ibn Saoud qui donna son nom à l’Arabie Saoudite qui continue de s’agrandir et de rassembler des territoires.

En 1818, l’Empire ottoman, qui craint cette alliance pour ses territoires, envoie l’Egypte et parvient à stopper la dynastie Ibn Saoud. Mais…le petit fils s’est enfui et s’est caché. Il donnera une descendance qui se vengera et fera renaitre son pouvoir pour conquérir tout l’Etat en 1902.

Nous ne résisterons pas à l’envie d’imaginer quelle serait cette puissance islamique si l’Arabie saoudite et l’empire Ottoman ne faisait qu’un corps.

Il y aurait eu sans doute moins de pertes humaines, moins de perte financière et moins de perte énergétique. 

Au lieu de cela, l’Arabie Saoudite s’est tournée vers les Britanniques pour chercher, contre l’Empire ottoman, une protection militaire, des armes, de l’argent. Et en échange, l’Angleterre peut exploiter les terres de l’Arabie Saoudite à la recherche de pétrole.

L’Arabie tira profit de ce pacte tant et si bien que celui-ci provoqua la chute de l’Empire Ottoman.

En 1920, l’Angleterre, désespérée de ne rien trouver, retire ses troupes de l’Arabie et en 1932, l’Arabie Saoudite proclame son indépendance.

Le destin fut autre pour cet empire qui aurait pu être inégalé dans l’histoire.

La trahison du Maroc 

Poursuivons avec un autre fait de l’histoire :

Celui où le roi du Maroc, Hassan II, a donné un enregistrement à Israël pour casser la stratégie de guerre de certains pays arabo-musulmans unis pour protéger la Palestine contre toute invasion israélienne. Cette fameuse guerre des 6 jours fut soldée par une victoire triomphante d’Israël et un échec total des pays musulmans. La Palestine en sortit encore plus vulnérable et elle en paie les frais encore aujourd’hui.

« Pendant la guerre, qui a pris fin le 10 juin (1967), Israël a saisi la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï à l’Egypte, la Cisjordanie et Jérusalem Est à la Jordanie, et le plateau du Golan à la Syrie. Le roi Hassan II avait secrètement enregistré la réunion de 1965 parce qu’il ne faisait pas confiance à ses invités de la Ligue arabe, a annoncé Yedioth. »[3]

Non seulement, le Maroc n’avait pas répondu à l’appel des pays arabes pour protéger la Palestine, mais de surcroit, il trahit ses frères en enregistrant secrètement cette invitation et en révélant que les pays arabes ne pourraient pas gagner cette guerre car ils n’en avaient pas les moyens financiers et militaires. 

Que serait aujourd’hui la Palestine sans cette trahison ? Un fantasme ?

Le Maroc et l’Algérie 

Sous le règne de Mohamed V, les relations entre ces deux pays, non seulement frères mais aussi voisins sont très bonnes à tel point que le Maroc aide l’Algérie dans son indépendance en fournissant des aides militaires, financières et matérielles. 

Les tensions commencent à apparaitre, sous Hassan II, après l’indépendance d’Algérie qui conteste les tracés frontaliers qui séparent les deux pays.

En 1975, Hassan II organise la Marche verte qui se solde par l’annexion du territoire du Sahara occidental. La guerre du Sahara occidental se déroule entre 1975 et 1991. 

Le 24 août 2021, l’Algérie annonce une nouvelle rupture de ses relations diplomatiques avec le Maroc. Parmi les raisons évoquées, l’Algérie cite le soutien de l’ambassadeur du Maroc à l’ONU au MAK, les déclarations du ministre israélien des Affaires étrangères lors de sa visite au Maroc, le scandale d’espionnage Pegasus et la question du Sahara occidental. Le Maroc répond de façon laconique à cette rupture. Son ministre des Affaires étrangères annonce avoir pris note de la décision unilatérale de l’Algérie, et la qualifie de « complètement injustifiée », mais « attendue – au regard de la logique d’escalade constatée ces dernières semaines. » [4]

Ainsi, l’histoire nous montre que trop de fois, les chefs d’états font passer leurs intérêts individuels au-dessus de leurs principes et leurs valeurs collectifs. S’ils mettaient autant de moyens à des fins philosophiques pour défendre un état au nom des valeurs qui les unissent, l’Islam serait encore aujourd’hui une grande puissance.

Le destin de chaque état est écrit tel que la raison ne peut le comprendre, l’œil ne peut le voir et l’oreille ne peut l’entendre. Bien des évènements dépassent l’entendement humain et pourtant, ils arrivent à se dérouler.

Tant que l’ambition est orientée vers l’égoïsme, l’échec sera au rendez-vous.

Lorsqu’elle sera guidée par des intentions altruistes, la civilisation humaine au sens large sera élevée vers la réussite quelles qu’en soient ses croyances.

Et s’il est plus naturel de chercher à maximiser son bien-être individuel, le souci de l’autre et sa bienveillance permettraient d’avoir un résultat général bien plus grand tant économique (au niveau micro et macro) que spirituel…Mais voilà, pour arriver à ce degré de magnanimité, l’être humain doit avant tout combattre son ego… le travail de toute une vie.

Nelm


[1] https://www.histoire-pour-tous.fr/civilisations/5624-l-empire-ottoman-xive-siecle-1923.html#:~:text=Le%20fondateur%20de%20l’Empire,en%20font%20leur%20propre%20capitale.

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27Arabie_saoudite


[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_entre_l%27Alg%C3%A9rie_et_le_Maroc

[1] [Sahih al-Bukhari 6011]

La sororité entre soeurs musulmanes

La Umma, le refuge de tout croyant, est la force de la civilisation musulmane. Si nous cherchons des citations qui valorisent l’unisson, nous en trouverons certainement des centaines dans toutes les communautés. Pourtant, elles nous enseignent toutes la même chose : ensemble nous sommes plus forts! La communauté musulmane ne fait pas exception. Mais le triste constat est que la solidarité féminine est beaucoup moins valorisée voire dérangeante.  

Savez-vous ce qu’on nomme de manière injurieuse « sorcière » était un groupe de femmes indépendantes ? L’origine des sorcières remonte à l’Antiquité, mais c’est au Moyen-Âge qu’elles se sont structurées et ont constitué une communauté. A cette période, elles se spécialisaient dans les vertus thérapeutiques des plantes et exerçaient le métier de sage-femme. Malheureusement, vers le 15ème siècle, elles ont été pourchassées, tuées et brûlées.  Nous constatons donc qu’un regroupement de femmes est souvent réprimée de manière plus ou moins violente.

Lorsqu’on jette un regard dans notre beau patrimoine musulman, il est difficile de trouver beaucoup de femmes inspirantes.  Souvent, elles sont rattachées à leur statut d’épouse, de fille ou encore de mère. Bien que cela soit très louable, elles sont très peu mises en avant par leur fonction, leur noble caractère, leur savoir où ce qu’elles ont pu apporter au monde. Ce qui en résulte, dans l’inconscient collectif, qu’une femme n’existe qu’à travers l’autre. Au point où si l’une d’entre elles semble suivre un chemin à part, elle se fait immédiatement fustiger par ses semblables.

Mais tout comme nous nous inspirons des grands penseurs musulmans, imprégnons-nous du savoir de Aicha bint Abu Bakr (épouse du prophète SA) , de l’indépendance de Khadija bint Khuwaylid ( épouse du prophète SA ), de la générosité de Mariame fille d’Imran ( Mère du prophète Issa AS) et surtout de l’amour que portait Rabia Al Adawiyya ( mystique et poétesse soufi ) aux autres et au Divin.

Laila El Madyouni

La photo illustrant l’article représente Rabi’a Al Adawiya sur une miniature persane.

Rester, subir, partir, souffrir, la nuance ne tient qu’à un voile…

A l’ère de l’émancipation de la femme et du féminisme, tous les projecteurs sont braqués sur celles qui se mettent en marge de la société, disent-ils. Les projecteurs et les débats télévisés sont axés sur celles qui ont décidé de se couvrir, de préserver une partie de leur corps, délibérément. Elles viendraient balayer les valeurs du féminisme, faisant ainsi l’apologie de la soumission au mâle, figure d’autorité et de toute puissance dans leur culture, paraît-il.        

Mais en y réfléchissant bien, ne serait-ce pas là, la vraie définition du féminisme ? Un féminisme qui permet à la femme de se vêtir comme elle le souhaite, d’avoir le contrôle total de ce qu’elle laissera apparaître aux yeux des autres. Un féminisme qui permet à la femme de marcher librement, fière de son identité et de ses convictions, la tête couverte, parce qu’elle a fait le choix de garder ce secret.

Tout le monde ne l’entend pas de cette manière …

Qu’elle soit née en Occident, installée depuis des générations dans un pays qui l’a vue grandir et évoluer, ils n’en ont que faire. Ce qui leur importe, c’est ce voile qui lui couvre la tête, elle n’est réduite qu’à ce bout de tissu. Victime de son indépendance et de ses choix, elle est marginalisée, mise à l’écart de la société. Parce qu’elle dérange, parce qu’elle veut réfléchir par elle-même et qu’elle ne veut pas se conformer aux « normes occidentales ».         
Mais qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Quelle est la norme, actuellement ? Se dévêtir par obligation, à contre-cœur, pour leur ressembler ? Retirer une partie de son identité pour aller travailler ou pour pouvoir étudier ? C’est ça, la norme ?!

Mais elles n’en veulent pas et refusent de s’y conformer. Pour les plus coriaces d’entre elles, elles vont se rebeller, affronter ceux qui veulent décider de leur corps, comme s’il ne leur appartenait plus, elles vont faire honneur à leurs sœurs. Pour d’autres, une solution de dernier recours viendra s’offrir à elles : l’expatriation.

« Et pourquoi ne pas aller voir ce qui se passe ailleurs ? J’y serais peut-être mieux accueillie ? Comment se comportent-ils avec celles qui me ressemblent ? Aurais-je l’immense privilège de travailler avec ma couronne ?! Le rêve ! »

Mais rapidement, les inquiétudes font surface. Comment survivre à plusieurs kilomètres de ses proches ? Quitter sa terre natale n’est pas chose facile, encore moins ses proches ni ses petites habitudes. L’expatriation, c’est un grand changement.

En fait, c’est comme naître, une seconde fois. Plus rien n’est inné, tout est à apprendre. On se retrouve dépendant de ceux qui peuvent nous aider dans les premières démarches, on essaie de s’accrocher à ceux qui parlent notre langue ou qui nous rappellent nos racines. Ce n’est pas chose facile.   

L’aventure est souvent si belle, faite de rencontres incroyables et d’expériences enrichissantes, mais elle peut aussi devenir un cauchemar. Le manque des proches, le mal du pays, l’envie de repartir. C’est parfois trop dur. Trop dur à supporter, un changement trop brutal. Alors, un dilemme se présente rapidement à nous. Repartir vers ses racines, retrouver sa terre natale, au risque d’y perdre à nouveau son identité, ou rester … avec tout ce que cela implique ?       
Rester, subir, partir, souffrir, la nuance ne tient qu’à un voile.

Nora Abied[1]


[1] Nora Abied est l’auteure du livre « Mon choix, la loi, la liberté, ô patrie, ô mère chérie » (aux Editions Al Hadith). Elle a écrit ce texte pour L’autre Regard.

 



Eric, « l’olivier »

Il y a des êtres comme toi qui ne laissent pas indifférent. Je dois dire que la grandeur de ta petitesse et ton étroitesse d’esprit sont si inspirantes que je me devais de reprendre ma plume pour te destiner ma prose.

Tu as encore une fois brillé lors de ton meeting dimanche dernier au Trocadéro. Pendant que tes partisans scandaient « Macron assassin », tu es resté impassible, tu n’as même pas feint de les rappeler à l’ordre. En réponse au tollé que ta passivité a suscité auprès de la classe politique, tu as répondu par un innocent « Je ne les ai pas entendus… ». Là, on frôle le grotesque, Eric ! A moins que tu n’aies de réels problèmes d’audition comme l’a fait remarquer le président Macron : « Maintenant les prothèses auditives, les lunettes et les prothèses dentaires sont remboursées par la Sécurité Sociale. 10 millions de Françaises et de Français ont eu accès à cela, ça fait partie de mon bilan, c’est un bilan social dont je suis fier. Et j’invite le candidat malentendant à pouvoir s’équiper à moindre frais. »

Je dois bien dire que je me délecte depuis quelques semaines en regardant les media français. Nul besoin de savourer les sketchs de Franjo ou les vannes de Haroun pour se changer les idées… Il suffit de se brancher sur BFM, TF1 et consorts pour suivre la course à la présidentielle « celui qui se fera le plus remarquer ». Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre…

Certains t’adorent, beaucoup te détestent mais une chose est sûre, la plupart adore te détester. En effet, bien que tes propos soient ignobles, indécents et haineux, je continue à écouter tes interventions. Comment cela se fait-il ? Par voyeurisme, comme dirait Naïm dans son stand up : « Zemmour, t’aime ou t’aime pas, tu regardes par voyeurisme… » ?Je n’en suis pas sûre.

Je crois que ta course à la présidentielle se fonde et tire sa force de cette volonté de bousculer le politiquement correct. D’ailleurs, je pense que ton slogan « RECONQUETE ! » qui vise à « reconquérir » la France a d’abord pour vocation de reconquérir le citoyen qui ne croit plus en la politique. A bas la langue de bois, le citoyen n’est pas dupe… et toi non plus.

Alors comment faire ? Comment se démarquer d’une Marine Le Pen qui surfe sur la même vague que toi ? Eh bien, en proposant quelque chose de nouveau… en osant !

Tes interventions sont tellement saisissantes que je me surprends à réécouter l’un ou l’autre passage sur Youtube afin de m’assurer d’avoir bien entendu. C’est donc là qu’est le génie de ta campagne électorale : provoquer pour choquer.

Angle de tir de la politique zemmourienne : choquer pour épater, choquer pour se faire une place, choquer pour se distinguer, choquer pour séduire… choquer pour (re)conquérir.

Choquer pour faire le buzz dans les réseaux sociaux en tant que starlette de téléréalité ou influenceurs… ça on connaissait. Mais pas pour un sujet aussi « sérieux » que la politique. Une nouvelle ère est née.

Toi qui es un féru des grands personnages historiques, ne t’est-il jamais arrivé de te demander ce que l’Histoire retiendra de toi ?

Eh bien, je vais te le dire… Tout d’abord, elle retiendra sans doute cet échange de doigt d’honneur entre toi et une passante lors d’un de tes déplacements à Marseille. La décence me retient de rapporter tes propos qui ont accompagné ce geste éloquent. C’est une question d’éducation… mais ça, tu ne peux pas comprendre.

On est loin de Chirac qui, lors d’un bain de foule à Brégançon en 2001, s’est vu affublé d’un « connard » par un citoyen mécontent auquel il répondit avec tact et brio : « Enchanté, moi c’est Jacques Chirac ! » C’est ce qu’on appelle la classe. Prends-en de la graine…

L’Histoire retiendra également tes nombreuses condamnations pour injures, propos discriminatoires, provocation à la haine raciale et j’en passe. Alors, je t’explique en quelques mots le fonctionnement de la politique. Généralement, c’est après leur mandat que les présidents se font prendre, juger et condamner, pas avant Eric, pas avant… C’est à ça d’ailleurs qu’on reconnait les vrais présidents ! 

En d’autres mots, retiens bien, Eric, que tu n’es qu’un délinquant multirécidiviste briguant la plus haute fonction politique en France. Bienvenue dans la nouvelle ère, l’ère covid… l’ère de tous les possibles ! Moi qui pensais qu’on frôlait le grotesque, après réflexion, je pense qu’on est tombé dans le burlesque.

Que la paix soit sur toi et que le meilleur gagne !

L.M.

P.S :  Si besoin, je peux te communiquer l’adresse d’un prothésiste auditif qui se trouve à Barbès. Je suis sûre que tu y seras bien accueilli…

Lettre ouverte en réponse à la carte blanche de Sammy Mahdi, secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration : « Il faut qu’on se parle »

L’Autre Regard, blog réunissant plusieurs citoyennes belges engagées, a sollicité le journal Le Soir pour la publication de sa lettre ouverte en réponse à la carte blanche[1] du secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration. Malheureusement, le journal n’a pu répondre positivement à cette demande car « actuellement très sollicité pour la publication de courriers et de cartes blanches. » C’est donc vers les réseaux sociaux que se tourne L’Autre Regard.

J’ai ressenti l’émotion qui traverse votre carte blanche. Émotion légitime et fondée. Vos mots sincères et touchants m’ont interpellée à plus d’un égard. Les insultes et messages intolérants dont vous avez été la cible sont inacceptables. Sachez, Monsieur le Secrétaire d’État, que je condamne fermement toutes ces attaques dont vous êtes victime.

Votre lettre mérite amplement que l’on s’y attarde.

Vous commencez votre carte par : « C’est la toute première fois que j’écris une carte blanche en français en tant que Secrétaire d’État. Généralement, j’arrive à atteindre un public large sur les réseaux sociaux avec la traduction automatique, mais aujourd’hui je me dois de m’adresser à un public bien spécifique. » 

Je me demande qui est ce « public bien spécifique » auquel vous faites allusion. N’est-ce pas clivant de s’adresser à une partie de la population qui, apparemment, semble innommable au point où vous ne daignez la citer ? Pour ma part, je m’adresserai à vous et à l’ensemble de mes concitoyens peu importe leur confession, est-il nécessaire de le préciser… ?

Vous rejetez le communautarisme et je vous rejoins sur cette position.

Cette valeur islamique et universelle léguée par votre père dont vous faites allusion dans ce passage « […] j’ai un père musulman, qui m’a toujours appris à ne pas juger sur base de la confession ou la couleur de peau de l’homme mais sur base de ses actes » semble impacter positivement votre état d’esprit. En effet, on ne peut que louer votre refus de faire prévaloir les spécificités d’une communauté sur les autres, quand bien même vous y seriez apparenté.

Relatant les messages (condamnables) qui vous ont été adressés, un en particulier a retenu mon attention : « Il y a les créatifs, qui me traitent de Bounty (blanc à l’intérieur et noir à l’extérieur), pendant que moi je pensais qu’au final on était surtout tous les mêmes à l’intérieur. Le même sang, à une lettre et un + ou – de près. Humain. Peu importe la couleur de peau. »

Les métaphores sont le théâtre de bien des interprétations…

Le « noir à l’extérieur » fait référence, je présume, au physique typé « non européen ». Quant au « blanc à l’intérieur », l’imaginative que je suis pensera plutôt au cœur blanc, pur, animé d’intentions honorables comme celles, que vous avez, de mener « un combat politique pour un monde meilleur […] ». 

En somme, Bounty au cœur blanc, Milky Way au cœur tendre ou encore M&M’s au cœur dur, ne serions-nous pas plutôt identiques à l’extérieur, tous des êtres humains (peu importe notre couleur) et différents à l’intérieur par les valeurs que nous prônons ?

Le monde serait parfait si tous partageaient vos valeurs nobles héritées de votre père. Hélas, ce n’est pas le cas ! A ce propos, je souhaiterais me pencher sur cette fameuse vidéo (de 2009) ressortie une décennie plus tard pour servir de preuve à charge de l’imam, Mohamed Toujgani. On l’entend tenir les propos suivants : « Seigneur, Maître des Mondes, déverse la frayeur dans le cœur des sionistes oppresseurs. […] Seigneur, fais que le sang des martyrs soit une arme sous les pieds des sionistes oppresseurs, et que ce sang soit un feu ardent qui les brûle et un vent qui les fustige. […] Ô Seigneur, démolis-les »

Vous soutenez qu’il en appelle à « brûler les Juifs ». Et pourtant, à aucun moment, l’imam ne prononce le mot « Juifs » mais parle des « sionistes oppresseurs ».

Il est étonnant qu’un homme de votre rang confonde les termes « juif » et « sioniste » et fasse un tel amalgame aussi regrettable qu’incriminant.

Mais le Milky Way que je suis, mettra ça sur le compte de la subtilité de la langue française, qui n’est pas votre langue maternelle… Pour vous éviter un tel dérapage accusateur dans le futur, je vous conseille le Robert & Van Dale.

Cependant, on ne peut nier qu’un tel discours heurte la sensibilité et soit perçu comme violent. D’ailleurs, en 2019, l’imam s’était excusé et avait invoqué « un contexte géopolitique critique ».

Par ailleurs, on apprend dans la presse qu’un jugement a été prononcé le 1er octobre dernier par le tribunal de la famille de Bruxelles reconnaissant à l’imam marocain « qu’il y avait lieu de faire droit à sa demande d’acquisition de la nationalité belge, estimant au contraire qu’il ne représentait pas un danger pour la sûreté nationale et l’ordre public belge. Pour le juge, les accusations de la Sûreté n’étaient pas suffisamment étayées concernant les discours de haine. » Quelques jours plus tard, vous lui retiriez son permis de séjour pour une durée de dix ans invoquant « extrémisme » et « ingérence ».

Les mauvaises langues diront que vous avez balayé d’un revers de main, le fondement même de notre société démocratique, à savoir la séparation des pouvoirs. « Décision infondée, abus de pouvoir… », je les entends d’ici. Quelle mauvaise foi, tout de même ! Fort heureusement, je sais, moi, que vous avez le cœur blanc, comme le Bounty, et que vous menez « un combat politique pour un monde meilleur […] ». J’en conclus donc que vous n’étiez, peut-être, pas au courant de cette décision de justice que vous avez ignorée et supplantée…

Peut-être est-ce cet incident fâcheux qui a provoqué les messages haineux des M&M’s au cœur dur ? Condamnable ! Les gens n’ont plus de conscience…

L.M.

[1] publiée le 14/01/22 sur le site www.lesoir.be  

A toi Eric «l’Olivier»,

Je me souviens lors de ma grossesse, il y a une dizaine d’années, tu as égayé mes insomnies avec tes débats houleux que je prenais plaisir à suivre dans l’émission On n’est pas couché du service public de France 2. A l’époque déjà, ma fille me donnait des petits coups de pieds dans le ventre quand elle entendait tes propos parfois tendancieux ! Elle, qui baignait dans un havre de paix, ne pouvait pas comprendre que tu cherchais à faire le buzz…

Tu as fait ton chemin… De droite, tu es passé à l’extrême-droite et maintenant, je dirais que tu es arrivé à l’extrême-droite-extrême ou alors à la droite-la plus extrêmement-droite.

Tiens, c’est pas mal comme slogan pour ta course (non encore déclarée) à la présidentielle ? Un peu pompeux, je le reconnais mais on peut travailler ça ensemble. Ceci dit, tu n’as pas besoin de moi, je suis sûre que tu es entouré de gens compétents (et d’autres…) qui te concocteront un leitmotiv digne de tes propos…

J’hésite quant au qualificatif à accoler à ‘tes propos’… ? Nauséabonds ? Haineux Racistes ?

Ça, on le sait déjà… tes nombreuses condamnations pour injure et provocation à la haine raciale en témoignent. Et bien, Eric, qu’est-ce qui t’es arrivé pour virer autant ?

Il y a peu tu t’es encore distingué par cette déclaration : «les Musulmans peuvent très bien se détacher de l’Islam et avoir une pratique de leur religion que j’appelle moi, ‘chrétienne’.» Euh… tu peux répéter ?! Je crois que je n’ai pas saisi…

Sinon ta meilleure blague reste quand même ton désir d’interdire à un Français de confession musulmane d’appeler son fils Mohammed. Il faut tout de même souligner que, dans un élan d’ouverture et de tolérance, tu as rectifié qu’il pourrait le donner en 2ème prénom. Tant d’égards et de sollicitude me laissent sans voix !

Bientôt, tu nous imposeras le tajine au jambon. Quoique… s’il est halal, je ne suis pas contre ! T’as vu, c’est ça l’ouverture, Eric !

Fervent admirateur de Bonaparte, tu n’es pas sans savoir que certains penseurs affirment que le code de Napoléon a été inspiré de la doctrine malékite. Toi qui redoutes l’islamisation de la France ! Tu te rends compte, Eric, la charia insidieusement distillée dans le code napoléonien ! C’est le comble de l’ironie !

Ressaisis-toi, Eric, et redonne les lettres de noblesse au nom berbère qui est le tien, « Zemmour », « l’olivier ». Force et sagesse, voilà ce qui caractérise cet arbre majestueux. Entre nous, sans vouloir t’offenser, tu n’as ni l’une ni l’autre…

Là d’où je viens, on m’a appris à tendre la main, même au plus virulent des intolérants… Alors, si tu passes à Bruxelles, je t’invite à prendre un thé à la menthe avec une corne de gazelle… pardon, sans vouloir te heurter, je voulais dire un café avec un paris-brest ou un saint-honoré. Histoire de réhabiliter cette vision, partielle et partiale, que tu as de l’Islam. 

A ce propos, Islam ne signifie pas seulement « soumission » comme tu aimes le scander sur les plateaux de télévision. Islam vient du mot arabe « salam » qui signifie paix. Entrer en Islam, c’est s’abandonner à Dieu pour entrer en paix avec soi et les Autres…

Que la Paix soit sur toi, Eric !

L.M.

P.S : Maintenant que j’y pense, tu peux venir avec Marine… plus on est de fous, plus on rit ! 😉