La plus noble conquête de l’homme

« La plus noble conquête de l’homme » désigne le cheval. Il est, de tous les animaux, celui qui a sans doute le plus influencé l’histoire et les progrès de l’humanité.

Dès l’Antiquité, le cheval a été domestiqué par l’homme qui l’utilise dans de nombreuses activités : agriculture, transport, nourriture, guerre et sport. La domestication du cheval a permis le développement du commerce et la naissance de civilisations sur de grandes étendues. Un vaste vocabulaire spécialisé s’est développé pour décrire les concepts liés au cheval : leurs races, leurs comportements, leurs morphologies, leurs locomotions et leurs élevages. Des métiers sont liés à leurs entretiens, à leurs commerces et à leurs activités sportives. C’est à travers les arts islamiques, que nous découvrons cette passion du cheval équestre.

La petite histoire du cheval en Arabie

Les tribus désertiques de la péninsule arabique, les Bédouins ont élevé une race de cheval particulière : le pur-sang arabe. Cette race a accompagné l’expansion de l’Islam et a gagné d’autres régions à l’occasion de guerres et d’échanges commerciaux. Dans ces conditions désertiques difficiles, le cheval arabe a évolué avec sa grande capacité pulmonaire et son incroyable endurance.

Pur-sang arabe domestiqué par les bédouins préislamiques[2]

Le climat rigoureux a obligé les nomades à partager la nourriture et l’eau, et parfois même leurs tentes avec leurs chevaux. Ainsi, ils ont développé une affinité étroite avec l’animal.

Au fil des siècles, les tribus bédouines ont maintenu avec zèle la pureté de la race. En raison de leurs ressources limitées, les pratiques d’élevage étaient extrêmement sélectives. De telles pratiques, qui ont finalement aidé le cheval à devenir une possession prisée dans le monde entier, ont conduit à la belle race athlétique que nous connaissons aujourd’hui, qui est marquée par un profil en courbes distinctif : de grands yeux lustrés et larges sur un front large, des petites oreilles courbées et des grandes narines.

En arabe, le terme « Furûsiyya » désigne les disciplines scientifiques et techniques se rapportant au cheval dans son sens général. Forgé dès la seconde moitié du VIIIème siècle sous le règne des califes abbassides, ce vocable recouvre l’équitation et le dressage, l’hippologie, l’art vétérinaire, la technologie militaire, la formation du cavalier et du fantassin, la chasse et les sports d’adresse. A ces pratiques s’ajoute un code de vertus chevaleresques. Cet ensemble témoigne de la passion que les Arabes nourrissent pour le cheval depuis l’Antiquité.

« L’air du Paradis est celui qui souffle entre les oreilles d’un cheval. » d’après une sagesse arabe.

De plus on retrouve des représentations de chevaux et de cavaliers qui foisonnent dans les manuscrits et les miniatures, mais aussi sur les céramiques, les métaux, les textiles. Ces figurations, dans lesquelles le harnachement du cheval et l’équipement du cavalier sont détaillés avec soin, transcrivent une réalité qui dépasse la nécessité fonctionnelle pour faire de ces éléments des chefs d’œuvres de l’art décoratif. Les essais et les commentaires d’œuvres rédigés par des historiens, des historiens de l’art, des conservateurs de musées et de bibliothèques apportent un éclairage nouveau et riche sur la relation de l’homme avec sa « plus belle conquête ».

Manuscrit d’hippiatrie arabe daté de 1670, vraisemblablement d’origine égyptienne, détaillant les noms des parties du corps du cheval[3]

De nos jours, le cheval est utilisé principalement pour le loisir et le sport (sauf dans certaines régions du monde où son utilisation est restée la même : pour l’agriculture et le transport. Mais, de nouvelles utilisations ont vu le jour en Europe ces dernières années : la police à cheval, le ramassage de bois (débardage) et l’équithérapie.

L’éveil relationnel par le cheval

Ambre Guerbouz[1] est une jeune femme qui a, dès son plus jeune âge, eu une grande histoire d’amour avec le cheval. Ses parents ont pu l’inscrire en poney club, et ainsi assouvir sa passion. Mais, cela ne s’est pas passé comme elle l’espérait :

« Au poney club, ça ne sait pas bien passé parce que j’arrivais et le cheval était déjà tout prêt, sellé, brossé. C’était vraiment une « usine à poney ». La séance se déroulait ainsi : on monte, on descend et on rentre. Ce n’était pas du tout ce que je recherchais, le relationnel avec le cheval n’existait pas. »

Après cette expérience difficile, Ambre s’inscrit dans une ASBL à Virginal en tant que bénévole et développe son approche relationnelle avec les chevaux en s’occupant d’eux, en les nourrissant, en les brossant. Parallèlement, elle obtient tous ces diplômes (diplômée d’une école d’équitation belge).

Son désir d’avoir son propre cheval grandissait sans cesse. Et finalement, avec beaucoup de patience, Ambre est l’heureuse propriétaire d’une jument appelée India depuis 8 ans.

Le projet de Ambre est d’ouvrir le monde équestre à la communauté musulmane, notamment aux femmes. En effet, le monde autour du cheval est un monde fermé et trop rigide dans ses codes vestimentaires et ses préjugés (ouvert seulement aux initiés). D’ailleurs sa conversion à l’Islam lui a valu quelques résistances face aux autres cavaliers et propriétaires qui considéraient qu’elle n’avait pas sa place dans ce monde.

Pour commencer, Ambre ouvre un groupe sur le réseau Facebook pour mettre en place son projet et ainsi se faire connaitre auprès de la communauté. Elle ne fut pas surprise de constater que la communauté musulmane a peu répondu à l’offre. Quelques curieux ou des séances pour les enfants seulement ; et peu de femmes pour elle-même. 

Répondant à leurs inquiétudes, Ambre démystifie la pratique du cheval. En effet, monter sur le cheval n’est pas une priorité, et reste à évaluer en fonction de l’avancement des cours. Ce qui est différent si le but est de faire de l’équitation sportive. Mais, c’est plutôt de la mise en confiance qu’elle travaille, et India, sa jument est docile : sa douceur, sa sensibilité est un atout pour ce genre d’exercices.

De plus, l’environnement est loin des habitats, la piste se trouve dans une nature agréable, et les codes vestimentaires ne doivent pas être un frein pour l’équicoaching. Ambre, elle-même, arrive avec sa longue robe ou un long pull et son voile.

Ambre a conscience de cette grande difficulté et espère que la communauté féminine s’ouvrira à cette approche originale pour prendre confiance et ainsi développer le potentiel en elle.

Travailler sur sa peur de l’échec, sur le regard qu’on porte à soi, sur la gestion des émotions, sur le jugement des autres, sur cette tendance à remettre les projets à demain, sur le fait de ne pas s’autoriser à penser à soi… Une forme « d’éducation positive » dont le thérapeute est un cheval…

Najoua

Pour en savoir plus:

Ambre GUERBOUZ

GSM :0486 37 28 50

                                                                                                                                  Najoua


[1] J’ai interviewé Ambre Guerbouz le mercredi 29 juin 2022.

[2] Image tirée du site Muslim-mine.com

[3]Image tirée du site wikipedia.org : le cheval oriental.

L’homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle

Retrouvez notre sélection de livres. L’objectif? Vous donnez l’envie de renouer avec la lecture en choisissant pour vous des livres de qualité qui éveilleront ce « petit quelque chose » en vous.

On apprécie un livre généralement pour deux raisons, la forme et le fond. « L’homme qui voulait être heureux » ne se lira pas pour la plume de l’auteur, sa prose ou son style. C’est un livre qui se veut accessible tant par sa syntaxe que par ses dialogues. Vous devinez donc sans peine que c’est bien sur le fond qu’il vaut la peine d’être lu.

Mais avant de vous en dévoiler les secrets, attardons-nous sur l’auteur…

Laurent Gounelle grandit dans un milieu scientifique et a une éducation assez stricte. Diplômé en sciences économiques, il travaille plusieurs années dans les finances. Il change de poste très souvent en espérant trouver enfin qui il est. Cette quête de lui-même va l’amener à rencontrer un sage lors d’un de ses voyages. Bien qu’il n’en fasse jamais mention explicitement, on devine aisément que c’est un épisode majeur de sa propre vie qu’il nous relate dans ce livre.

En vacances à Bali, il décide, quelques jours avant son départ, de rencontrer un maitre spirituel… juste par curiosité. Ce qu’il découvre changera à jamais sa vision des choses, sa vision du monde et aussi, et surtout, sa vision de lui-même.

Histoire universelle qui parle de vous, de nous… qui nous fait réfléchir sur des questions existentielles.

Riche en enseignements, on en retiendra au moins un seul : 

« Nous sommes ce que nous pensons.

Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde. » Bouddha

Le genre de livre qui inscrit un sourire rêveur et délicat au coin des lèvres lorsque vous tournez la dernière page…

L.M.

Une immigration marocaine

Le patrimoine mondial de l’UNESCO a été octroyé à quatre sites miniers wallons dont celui du Grand-Hornu (Mons), celui du Bois-du-Luc (La Louvière), du bois du Cazier (Charleroi) et de Blegny-Mine (Liège) il y a exactement dix ans, ce vendredi 1er juillet 2022.[1] Cette reconnaissance de l’UNESCO nous replonge dans l’histoire de la Belgique et plus particulièrement celle de l’après-guerre. Mais elle nous replonge également, entre autres, dans l’histoire de l’immigration marocaine en Belgique. Les descendants de cette immigration, vieille de plus de 50 ans, les Marocains de Belgique, présentent aujourd’hui d’un point de vue démographique la minorité ethno-culturelle d’origine étrangère la plus importante du pays[2]. Cette histoire, bien trop peu connue mais pourtant fondamentale mériterait sa place dans les livres scolaires. Mais afin de la comprendre et d’en connaître les jalons, replongeons dans l’après-guerre.

Après la deuxième guerre mondiale, la Belgique est dévastée et doit être reconstruite. Elle se lance alors dans une nouvelle bataille : la fameuse « bataille du charbon ». La Belgique est riche en charbon, « l’or noir ». Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrie minière belge est à son apogée mais voit sa population refuser de travailler dans les mines de charbon. Le travail y est trop pénible et surtout très dangereux.

Le patronat se retrouve face à une pénurie de main d’œuvre. Après des tentatives mal accueillies d’envoyer dans les mines des prisonniers de guerre allemands, puis des inciviques[1], la Belgique se tourne alors vers des pays exportateurs de main d’œuvre étrangère poussée par les milieux patronaux. Le gouvernement signe alors des accords avec des pays étrangers dont l’Italie. Ces deux gouvernements signent un protocole le 20 juin 1946 : pour tout travailleur italien qui descendra dans une mine en Belgique, 200 kg de charbon par jour et par tête seront livrés à l’Italie.[2] Cet accord est surnommé « des hommes contre du charbon ».[3]

Mais la catastrophe de Marcinelle le 8 août 1956 et la mort de 262 victimes dont 136 Italiens dans un incendie remettent en cause les accords belgo-italiens. L’Italie décide alors de mettre fin à toute immigration dans les mines européennes.

La convention belgo-marocaine entre en vigueur lors de sa ratification le 17 février 1964

Le Maroc, pays exportateur de main d’œuvre

La Belgique se tourne vers d’autres pays exportateurs de main-d’œuvre hors Europe dont le Maroc. La situation du Maroc est particulière. Une stagnation économique, sociale et politique laisse le pays dans un état de sous-développement, se traduisant entre autres par une production agricole insuffisante et une population croissante générant inactivité et sous-emploi. Cet accord avec la Belgique se veut être un soulagement de la situation sociale du Maroc et un moyen d’expansion économique de la Belgique. Le Maroc pratique alors une politique d’immigration basée sur un concept marchand. L’objectif est alors d’exporter un maximum de travailleurs afin que ceux-ci rapportent un maximum de devises.

Mais il faudra attendre 1962 pour envisager une convention officielle entre les deux pays. Des fonctionnaires seront alors désignés par l’ambassade belge à Rabat pour recruter les candidats sur place au Maroc. Des centres régionaux subventionnés sont mis en place et dont le rôle sera d’octroyer des permis de travail aux travailleurs marocains. Dans un premier temps, une correspondance s’établira dans laquelle on soulignera trois termes : pénurie, urgence et recrutement. Le patronat charbonnier a besoin d’un grand nombre de travailleurs. Cet accord s’axe donc plus sur l’aspect économique en oubliant l’aspect social et culturel de ces nouvelles recrues fraîchement débarquées. Dans un second temps, les autorités belges soumettent un projet de convention et le gouvernement marocain ne cache pas son désir de faciliter l’émigration.

La convention belgo-marocaine entre en vigueur lors de sa ratification le 17 février 1964 mais ne sera publiée dans Le Moniteur belge que bien plus tard, en 1977. Cette convention est valable pour une période d’un an avec la possibilité d’être reconduite chaque année. On voit se dessiner les prémices d’une immigration dont le cadre légal était encore en construction. Durant trois années, de 1962 à 1964, la situation de la Belgique est telle que les autorités belges négligent le principe d’autorisation et régularisent même des Marocains arrivés comme « touristes ».

Mais que deviennent ces candidats travailleurs ? Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Qu’adviendra-t-il d’eux perdus dans l’obscurité de ces mines de charbon ? La suite au prochain épisode…

O.D.


[1]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg

[2]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg

[3]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg


[1]    https://www.rtc.be/video/info/patrimoine/blegny-mine-10-ans-d-inscription-au-patrimoine-mondial-de-l-unesco-_1513103_325.html

[2]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marocains_en_Belgique

Des ruches au coeur de la ville

Hafid Jouhri est travailleur social, employé par la commune de Forest, il allie parfaitement ses deux passions : les abeilles et l’accompagnement des jeunes. Sa passion pour le miel s’est révélée tardivement à lui. C’est lors d’une rencontre fortuite que l’apiculteur découvre le monde des butineuses.

« Je suis travailleur social à la base, mon métier c’est d’accompagner les jeunes dans des activités structurelles qui tournent notamment autour de l’environnement » explique l’apiculteur. Il y a 9 ans, alors qu’il se trouve au potager Wiels, il découvre une ruche installée par un particulier. « Tout de suite, j’ai été attiré. Mais je voyais bien que le bonhomme avait la mine déconfite. En le questionnant, j’apprends que la ruche a été saccagée… Je connais bien les jeunes qui « trainent au potager, des jeunes qui sont en totale opposition. En discutant avec eux, je leur explique le rôle de la ruche, des abeilles… Des abeilles qui sont d’ailleurs évoquées dans le coran… Je touche un point sensible et aiguise leur curiosité. Ils acceptent de rencontrer le monsieur et d’aller à la découverte de ce monde incroyable des abeilles » se souvient Hafid. Les jeunes sont attirés et écoutent attentivement les explications de l’apiculteur mais ils ne sont pas les seuls, Hafid Jouhri boit littéralement ses paroles. Il décide de se former au métier d’apiculteur et depuis près de 10 ans, Hafid a installé une dizaine de ruches à Bruxelles. Son asbl Api Bee propose également des initiations et des visites de la ruche aux écoles, aux associations mais aussi aux particuliers.

Le miel, ce précieux nectar

Les vertus du miel sont connues depuis la nuit des temps. Et pourtant, ce précieux nectar n’est pas prisé pour ses vertus médicinales mais souvent pour sa gourmandise sucrée. « Un miel se compose grosso modo de 78% de sucres (saccharose, fructose…), 2% d’antibiotiques, 18% d’eau et 2% de divers (pollen…). Si vous souhaitez profiter des 2% d’antibiotiques, il ne faut pas chauffer le miel auquel cas les vertus médicinales disparaissent. Le mieux est de manger son miel à la cuillère et ensuite de boire sa tisane par exemple, ou alors, et c’est une tradition prophétique, dans de l’eau tiède mais jamais chaude » révèle Hafid. Par ailleurs, le miel se bonifie au contact d’autres produits. « Le miel et le citron par exemple, si vous souhaitez une boisson énergisante, une cuillère à soupe de miel, le jus d’un demi citron et de  l’eau tiède, le miel devient un antioxydant, une sorte d’ « antivieillissement » au contact de la cannelle, ou encore allié à l’ail ! » confie l’apiculteur qui ajoute « le miel peut aussi être utilisé en cataplasme : le miel sur la peau après une brûlure, c’est très efficace, en 10 secondes, vous ne ressentez plus la douleur, je vous parle d’expérience, contre l’acné aussi. Le miel de châtaignier et de thym sont les plus cicatrisants, tous les miels sont bons pour les voies respiratoires, pour les voies digestives. Même les diabétiques peuvent consommer du miel mais on les orientera vers les miels d’acacia ou de châtaignier car plus riches en fructose ».

L’abeille dans le coran, un miracle

Dans la sourate les abeilles, les versets 68 et 69 ont été étudiés de près par Hafid Jouhri. « Ils contiennent deux miracles à mon sens. Dans le premier verset, Allah s’adresse à l’abeille, dans la traduction en français, on ne peut pas déceler la justesse du propos car en arabe Allah s’adresse à l’abeille en utilisant le pronom féminin. Alors que l’on a découvert que l’abeille était une femelle seulement au 19 siècle… Dans le second verset, Allah parle des ventres de l’abeille… » analyse l’apiculteur. En effet, l’abdomen ou ventre de l’abeille est divisé en six ou sept segments selon la fonction de l’abeille. De même, la forme hexagonale est la meilleure forme possible pour stocker le miel nous apprend l’apiculteur. « Les scientifiques expliquent que s’ils avaient à choisir la meilleure forme pour stocker le miel, la forme hexagonale est la meilleure car elle permet à la fois de stocker et de contenir le miel qui est lourd ».

Api Bee propose des initiations et des visites de la ruche aux écoles, aux associations mais aussi aux particuliers.

Une micro-société

Les abeilles ont leur propre moyen de communication, elles se reconnaissent également et peuvent aussi remplacer une reine qui n’est pas performante. « Elles nous apprennent beaucoup : l’esprit de fraternité, de solidarité, le partage, elles travaillent pour la colonie jusqu’à la mort. Une abeille a 800 km au compteur ! Elles évoluent avec l’âge et changent de poste (nourrice, butineuse…). Pour une cuillère à café de miel, l’abeille va accomplir 5000 voyages ! Et pour un pot, elle devra parcourir la distance de la terre ! Elles sont en quelque sorte nos sentinelles, quand les abeilles vont mal, c’est que ça va mal… » conclut Hafid.

H.B.

Pour en savoir plus

Hafid Jouhri

Api Bee

0487430449

Qu’est-ce que tu fais pour les vacances?

Un temps suspendu, les pieds sur le sable chaud, un regard sur une mer qui appelle à s’y plonger, un corps langoureusement détendu et une sensation de jouissance bien méritée… C’est l’idée même que nous nous faisons des vacances. C’est pourquoi, elles sont très souvent associées à un temps de repos, de farniente… sous le soleil bien évidemment ! Pourtant, à l’origine, les vacances dans l’Histoire n’avaient pas du tout cette évocation d’oisiveté ou d’inaction.

D’après le dictionnaire Larousse, le mot vacance est un nom féminin et désigne le temps pendant lequel une charge, une place, un poste est momentanément dépourvu de titulaire. Par exemple, la vacance d’un siège au Sénat (dans le sens de vacuité). Et dans le sens commun, le mot au pluriel vacances désigne la période d’arrêt légal de travail dans les écoles, les universités, fixée selon un calendrier précis, ainsi que pour les salariés. Aujourd’hui, les vacances symbolisent très souvent la notion de liberté et de « droit à la paresse ». Cependant, l’Histoire nous montre que le mot vacance a eu un sens originel bien défini et n’exprime pas la notion d’inactivité ou de « traîne-savate ».

La petite Histoire des vacances

Dans la tradition chrétienne, Dieu, après avoir achevé la création du monde, se consacra au septième jour au repos. Dans l’Antiquité, les plus fortunés partageaient leur temps entre leur résidence dans la cité et celle bâtie dans la campagne pour fuir les grosses chaleurs de la ville.

Au Moyen-Âge, on désignait cette période (de juillet à octobre) pour se consacrer aux moissons et aux vendanges. Loin d’être un temps de tout repos, l’ordre du jour était au labeur. La majorité de la population y consacrait « ses vacances ». De plus, l’Eglise réglementait les temps libres pour inciter aux recueillements, aux prières et aux pèlerinages religieux.

Au XIXème siècle, l’aristocratie se complaisait dans des résidences secondaires afin d’y passer un temps de repos consacré à leur bien-être, en mer ou en montagne où le climat était plus agréable. Notons qu’à cette époque, les premières revendications syndicales pour une période de vacances annuelles vont émerger. Sous Napoléon III, les fonctionnaires furent les premiers à en bénéficier à la suite d’un décret : les congés payés apparaissent.

Au XXème siècle, le concept de vacances va se propager dans toute l’Europe occidentale.

« Les congés payés sont une innovation… allemande datant du début du 20 ième siècle. Contrairement aux idées reçues, la France n’a pas été en avance sur son temps concernant les congés payés. Avant leur création, des pays comme l’Allemagne, la Pologne, la Norvège ou le Brésil avait déjà instauré cet acquis social dans leur pays ! (…) le nombre de congés payés varie avec le temps mais aussi la géographie. »[1]

Quelques évènements historiques

– En 1900 : en France, les ouvriers du métro parisien (le Métropolitain) seront les premiers à bénéficier d’un congé de 10 jours. En Angleterre, au début, seul les femmes et les mineurs d’âge avaient droit à un congé de 6 jours; ce concept se propagera dans les usines britanniques sous couvert d’accord passés entre les ouvriers et les industriels.

– En 1920 : le secteur automobile belge va instaurer quelques jours de congés aux ouvriers.

– En 1921 : en Allemagne, les ouvriers et les employés obtiennent à leur tour des congés payés.

– En 1925 : en Belgique, le ministre des chemins de fer Edouard Anseele (de 1925 à 1927) attribuera 8 jours de congés aux cheminots.

– En 1936 : la France et la Belgique vont, sous la pression de grèves sauvages, accorder ce fameux droit aux congés payés.

– En 1938 : ce droit est étendu à tous les secteurs de travail.

– En 1947 : le pécule de vacances (qui fut accordé pour la première fois en 1937) sera doublé car insuffisant pour l’ensemble de la population active.

Peu à peu, la notion de vacances va prendre un autre tournant dans la pensée commune de la population. En effet, l’idée de liberté individuelle et de droit à l’oisiveté n’était pas du tout un concept du passé, mais plutôt une notion moderne :

« La loi des congés payés (…) devait instaurer la grandeur et la dignité humaine des travailleurs (…) en donnant une place dans leur vie aux préoccupations intellectuelles, civiques et morales (…), connaitre le monde avec ses beautés naturelles, ses richesses artistiques, ses manifestations diverses du génie humain… » [2]

Photo de Jou00e3o Vu00edtor Heinrichs sur Pexels.com

Dis-moi ce que tu fais en vacances et je te dirais qui tu es…

Se dorer la pilule au soleil, plonger ses pieds dans l’eau claire, siroter une boisson rafraichissante en contemplant un coucher de soleil, sentir le sable chaud sous nos pieds, ne rien faire et laisser le temps s’écouler comme le sable fin entre nos mains. Tant d’images nous viennent dès que nous pensons aux vacances. Cependant, cette symbolique du « vide »[3] nous interroge sur notre manière de concevoir notre relation entre le travail et le temps de « loisirs ».[4]

D’un point de vue sociologique, pour beaucoup d’entre nous, le vrai repos rime avec ailleurs. Nous recherchons le dépaysement, l’aventure à découvrir dans d’autres destinations. Le délassement au bord d’une plage ou l’aventure dans des activités sportives sont les finalités principales lorsque nous ressentons le besoin de partir afin de retrouver une sensation de liberté ou de couper avec son quotidien.

« Le loisir est un ensemble d’occupations auxquelles l’individu peut s’adonner de plein gré soit pour se détendre, soit pour se divertir, soit pour développer par son information ou sa formation désintéressée, sa participation sociale volontaire ou sa libre capacité créatrice après s’être dégagé de ses obligations professionnelles, familiales et sociales. »[5]

C’est ce que Joffre Dumazedier[6] va appeler les 3 finalités du loisir, les 3D :

– Délassement. Il permet le repos physique suite à une fatigue et au surmenage.

– Divertissement. Il permet de ne pas s’ennuyer à travers des jeux, du sport ou des sorties.

– Développement. Il permet le développement de la personnalité et de participer à l’évolution de la société en se formant à de nouvelles connaissances.

L’écrivain s’interroge sur la relation entre travail et loisir dans un contexte où le progrès nous permet d’avoir du temps à consacrer à autre chose qu’à nos contraintes. Ce temps est précieux, pour Dumazedier. En effet, il permet d’accéder à une culture de la connaissance et du développement intellectuel des individus. « Travailler plus pour gagner plus » est une pensée que Dumazedier réfute fermement. Selon lui, la vie n’est pas une recherche constante de capital : l’équilibre entre le temps contraint (travail) et le temps choisi (loisir) est la clé d’une vie saine et bien remplie.

Le point de vue philosophique

En règle générale, nous attendons avec impatience que nos vacances nous divertissent. Ainsi, remplir le temps libre dépendra de nos objectifs personnels ou de la finalité de nos loisirs.

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être complétement tranquille, sans passion, sans affaires, sans divertissement, sans étude. Il ressent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, sa faiblesse, son vide. Aussitôt surgiront du fond de son cœur la lassitude, la morosité, la tristesse, l’irritabilité, le dépit, le désespoir. »[7]

Selon Pascal[8], l’homme n’aime pas l’ennui ou le vide, il doit, pour sa « survie » occupé son temps. Mais, l’idée de le remplir par une surconsommation de loisirs qui le fera exister « hors de lui », le laissera toujours dans un état d’insatisfaction. Le philosophe constate que l’homme a besoin d’être absorbé, de se divertir pour remplir ce « vide » afin d’éviter de se tourner vers lui-même, de s’oublier, de s’étourdir. Sans distraction, l’homme est accablé. Le philosophe ne condamne pas le loisir, mais condamne la manière dont l’homme en abuse, notamment dans des activités qui ne lui procurent que des plaisirs éphémères.

Finalement, les bienfaits des vacances ne sont plus à redéfinir car nous constatons tous que les vacances sont INDISPENSABLES. Il est nécessaire de savoir vers quelle voie nos cœurs penchent : délassement, divertissement ou développement. Et pourquoi pas les 3 en même temps ?!

Najoua


[1] Tiré de l’article du site coindusalaire.fr, L’histoire des congés payés et comparaison par pays.

Pour en savoir plus :

*Un article de Catherine Ernens dans le site du magazine Moustique.be, à la date de 8 juillet 2019.

*Le site magenealogie.eklablog.com retrace l’historique des vacances scolaires du 17 iéme siècle jusqu’au 20 ième siècle : Petite histoire des vacances scolaires, article de Srose, septembre 2019 dans la rubrique Histoire en vrac.

*Le site de lalibre.be publie un article en janvier 2014 sur le sujet Depuis quand et pourquoi existent les grandes vacances ?

[2] Tiré de l’article du magazine Moustique cité au note 1 de bas de page : Pierre Tilly, professeur à l’UCLouvain, expert en Histoire du syndicalisme. 

[3] D’après le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), vacance vient du latin vacare et désigne un état de ce qui est vide, inoccupé.

[4] D’après le dictionnaire Larousse, loisirs désigne le temps dont on peut disposer librement en dehors de ses occupations habituelles et des contraintes.

[5] Joffre Dumazedier, Vers une civilisation du loisir ? Edition : Seuil, publié en 1972. La première parution de son livre fut en 1962 au Edition : MKF, Paris.

[6] Sociologue français du 20 ième siècle (1915-2002).

[7] Blaise Pascal, Pensées. Numéro 131 (La lassitude).

[8] Philosophe, mathématicien, physicien, théologiens français du 17 ième siècle (1623-1662

Hajj 2022: la mort annoncée des agences?

Après deux ans de suspension du Hajj suite à l’épidémie de coronavirus, l’Arabie Saoudite avait annoncé qu’elle autoriserait la venue d’un million de musulmans à travers le monde, afin de participer au grand pèlerinage de la Mecque. Pèlerinage qui débutera le 8 juillet prochain. En Belgique, le quota de pèlerins annoncé, mais sans aucune certitude, était en moyenne de 1000 personnes.

Selon le site Motawif : « La saison du Hajj reprend avec beaucoup de précautions après le Covid-19. Le Hajj de cette année sera limité en nombre de pèlerins afin de garantir la sécurité de tous. »

Suite à cette annonce, les personnes inscrites sur les listes des agences agréées découvrent les tarifs approximatifs du voyage avec des prix à la hausse comparés aux années précédentes. Mais également, les conditions d’entrée sur le territoire saoudien : 

  • Être âgé de moins de 65 ans
  • Présenter un schéma vaccinal complet 
  • Présenter un test PCR négatif de moins de 72h

Pour l’édition du « HAJJ 2022 », les autorités saoudiennes se sont montrées imprécises et confuses concernant l’organisation et les décisions à venir pour les pèlerins venant d’Europe et d’Amérique,… L’incompréhension et l’inquiétude se fait sentir auprès des agences… Les informations transmises arrivant au compte-goutte et sans aucune affirmation, ont mis les responsables des agences de voyage dans une situation complexe. Compte rendu de cette situation inédite et non rassurante, certains, dont Tayba Travel située à Bruxelles, ont pris la lourde décision de suspendre leur programme du Hajj 22.

Une annonce à trois semaines du départ…

A trois semaine du départ, alors que les voyageurs sont toujours dans le flou, les autorités saoudiennes annoncent brutalement le lundi 6 juin, l’ouverture électronique de l’édition du Hajj 2022 pour les pèlerins européens, américains et australiens à travers le site : www.motawif.com.sa

Cette annonce est un coup de massue, non seulement pour les agences mais aussi pour les pèlerins prêts à effectuer « le Grand Voyage de leur vie ». 

En effet, les agences agréées ne peuvent plus fournir de visas aux voyageurs qui doivent désormais passer par cette plateforme qui, elle, procédera dorénavant par tirage au sort électronique des candidats.

Après la mise en ligne du site Motawif, les différents tarifs ont été annoncé vendredi 10 juin en fin d’après-midi. Actuellement, il existe 3 packages pour la Belgique pour un séjour de 15 jours : 

  • Le Silver Hospitality Package : 3915 euros/personne
  • Le Golden Hospitality Package : 4090 euros/personne
  • Le Platinum Hospitality Package : 7207 euros/personne 

Les prix affichés incluent uniquement le visa, les nuitées à la Mecque dans un hôtel 5 étoiles situé à une distance de 2,4 km de la mosquée. Il y a entre autres, les visites et nuitées à Mina, Muzdalifa et Arafat en demi-pension. 

Ne sont pas compris dans les tarifs : le vol, les nuitées à Médine, les visites des lieux historiques ainsi que le transfert vers la ville de la Mecque.

Selon Motawif :  « Des prix supplémentaires seront applicables et payables par le client sur place s’il souhaite bénéficier des services de transport après le Hajj »

Motawif assure aussi que : « Trois chefs par groupe se relaieront pour assurer un soutien 24 heures sur 24  avec l’accompagnement d’une autre équipe . Le tout pour assurer aux fidèles un Hajj confortable et réussi  » 

Le tirage au sort qui sélectionnera les pèlerins a eu lieu ces lundi 13 et mardi 14 juin. Les voyageurs sélectionnés devrons effectuer le versement du montant total de leur séjour sous 48h via leur carte de banque, visa ou mastercard. Si celui-ci n’est pas effectué dans les délais, le candidat risque de perdre sa place. 

Quel impact pour les agences et les futurs pèlerins? 

Les agences qui souffrent de la crise Covid depuis 3 ans, se retrouvent à devoir rembourser la totalité des acomptes payés par les pèlerins pour l’édition 2022 ainsi que ceux inscrits depuis l’avant Covid et qui n’ont pu s’y rendre suite à la crise sanitaire. Quant aux agences qui ont déjà versé des cautions aux hôtels ainsi qu’aux prestataires sur place, celles-ci auront, bien évidemment, plus de difficultés à rembourser leurs clients. 

Aujourd’hui, les agences compteront vraisemblablement sur la Omra pour survivre, mais cela ne sera pas forcément facile car désormais tout le monde peut se procurer un visa en ligne et organiser son voyage à sa guise. Il aurait été plus judicieux de la part des autorités saoudiennes de convoquer les principaux concernés afin d’éviter toute catastrophe économique. 

Trop peu d’informations

Le Hajj étant le cinquième pilier de l’islam, chaque musulman qui a les moyens financiers et les capacités physiques, est tenu d’effectuer ce voyage au moins une fois dans sa vie.  Aujourd’hui, les pèlerins sont contraints de passer par cette nouvelle plateforme qui procède par loterie sans tenir compte de plusieurs points, notamment les pèlerins dépendants d’autrui tels que les personnes à mobilité réduite, les femmes veuves ou célibataires,… Les délais sont aussi beaucoup trop courts pour s’organiser. Cela génère beaucoup d’inquiétudes et de doutes. A deux semaines du grand départ, tout n’est absolument pas transparent, il manque beaucoup d’informations et de détails sur le déroulement du séjour sur place. Selon le responsable de l’agence Tawhid située à Bruxelles, il serait plus raisonnable d’attendre avant de s’engager dans cette aventure qui pourrait bouleverser les personnes qui préfèrent l’encadrement et les services offerts par les agences. En effet, les pèlerins risquent d’être livrés à eux-mêmes en cas de problème sur place ou de rapatriement d’urgence. 

Si l’Arabie saoudite s’est permise de lancer ce Hajj « nouvelle génération » cette année c’est pour une raison bien précise. Le nombre de pèlerins étant limité, cela faciliterait la gestion des données et de l’organisation sur place. Néanmoins, les autorités saoudiennes pourront apprendre de leur expérience et améliorer divers points afin d’accueillir confortablement les pèlerins les années à venir… 

Mais pour quelle raison l’Arabie Saoudite prend cette décision ?

Le pèlerinage à la Mecque est la seconde source de revenus du Royaume saoudien après le pétrole. Il génère jusqu’à 18 milliards de dollars chaque année. 

C’est un véritable commerce lucratif pour le pays mais aussi pour certaines sociétés privées dont les sociétés qui gèrent le séjour à Mina, les agences de voyage etc… Chaque année, le consulat saoudien délivre gratuitement des milliers de visas « Hajj » aux agences de voyages accréditées par le ministère et qui, elles, les revendent aux pèlerins à des prix parfois exorbitants. Aujourd’hui, l’état saoudien a décidé d’avoir une main mise sur l’organisation du hajj afin de contrôler les abus mais aussi d’avoir le monopole du marché. Finalement, les prestations affichées sur la plateforme mise en ligne ce 10 juin, sont tout aussi onéreuses que celles proposées par les différentes agences de voyage. Cette stratégie viserait à remplir davantage les caisses de l’état étant donné qu’il n’y aurait plus d’intermédiaires. 

Le prince Mohammed Ben Salman a lancé en 2016 le plan « Vision 2030 » afin de diversifier l’économie du pays et ainsi préparer le royaume à l’après pétrole. 

L’Arabie Saoudite prévoit d’augmenter le nombre de pèlerins qui passera de 9 millions à 30 millions d’ici 2030 pour le Hajj mais aussi la Omra qui a lieu durant toute l’année. Soit une recette de 90 milliards de dollars par an. En 2012, le nombre de pèlerins dépassait les trois millions de personnes. L’état ne cesse d’investir des sommes colossales pour agrandir la mosquée sacrée et construire de plus en plus d’hôtels luxueux tout autour afin d’être apte à accueillir davantage de monde. Cependant, la plupart des pèlerins voyagent de pays en voie de développement.

Avec une loterie en ligne dans certains pays, et davantage de taxes imposées par l’état saoudien, le Hajj devient un voyage presque inaccessible vu les contraintes et la hausse des prix années après années. Certains regretteront aussi amèrement le temps des agences qui mettaient tout en œuvre pour le bien-être et l’intérêt des pèlerins.La plateforme Motawif sera-t-elle une alternative aux agences spécialisées? Seul l’avenir nous le dira… Désormais, une nouvelle ère commence, celle de l’après COVID…

                                                                                                                                                         I.S

Pour en savoir plus :

L’inflation: l’ennemi à abattre

Le taux d’inflation dans la zone euro a battu un nouveau record en mai, à 8,1 % sur un an, a annoncé Eurostat mardi. Ces chiffres sont les plus élevés enregistrés par l’office européen de statistiques depuis le début de la publication de l’indicateur en janvier 1997.  La guerre en Ukraine entraîne avec elle une flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation qui se répercute directement sur le portefeuille des ménages. Décryptage.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, commençons par donner une définition de ce qu’est l’inflation :« L’inflation est la perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix accompagnée par une baisse des taux. Il s’agit d’un phénomène persistant qui fait entre autres monter l’ensemble des prix, et auquel se superposent des variations sectorielles des prix. » Ces derniers mois, l’inflation s’est constatée au niveau mondial par une hausse généralisée des prix. Les prix des matières premières augmentent mais aussi celui du pétrole. Les marchés boursiers sont baissiers et ont subi une perte de plus de 20% tant au niveau européen qu’américain.

Quel est le contexte ?

La crise Covid a été marquée par une impression massive de la monnaie par les banques centrales mondiales. Cette augmentation de la masse monétaire avait pour but de relancer l’économie mondiale qui était au ralenti voire à l’arrêt suite aux mesures strictes de confinement.  Prenons l’exemple d’un restaurant qui a dû fermer suite aux nombreux lock down.

Leurs charges fixes (loyers, coûts d’électricité, abonnements…) courraient toujours malgré que leurs revenus étaient (presque) nuls. Pour aider ces entreprises, les états ont décidé de leur octroyer des aides financières mensuelles pour éviter que ces sociétés ne ferment.

Les états empruntaient cet « argent » auprès des banques centrales dont l’une des missions est la création de masse monétaire. Ces emprunts se faisaient avec des taux d’intérêts négatifs. Ce qui veut dire qu’au terme de la date fixée du remboursement de l’emprunt, l’état remettra moins que ce qu’il a emprunté.

Mais dès l’amélioration de la situation, les gens ont commencé de nouveau à « dépenser » leur argent en consommant. Pour rester toujours dans notre exemple de restauration, la demande des consommateurs a augmenté, les restaurateurs devaient augmenter leur offre afin de répondre à cette hausse de demande, certains devaient donc engager plus de personnel ce qui a eu une répercussion sur le taux de chômage. En parallèle, les sociétés avaient plus de moyens pour investir (soit dans l’immobilier, soit dans les actions ou dans les obligations)…

En effet, la demande devenant de plus en plus forte, le taux de chômage diminue car les entreprises ont besoin d’engager pour faire face à cette demande croissante, les gens consomment, les investissements augmentent et on rentre dans une spirale telle que l’offre n’arrive pas à combler la demande.

Ainsi, on assiste à une relance économique et les marchés boursiers vont très bien ou même trop bien puisque on voit apparaître des bulles spéculatives.

À ce phénomène s’ajoute la guerre russo-ukrainienne qui a eu pour conséquence d’aggraver la situation et d’augmenter encore plus les prix des matières premières telles que le blé, l’huile ou le pétrole. Le pouvoir d’achat diminue ce qui accentue l’inflation.

Pour freiner cette croissance économique qui accentue le phénomène d’inflation, les théories plaident en faveur de mesures désinflationnistes.

L’économie mondiale est en danger et les banques centrales doivent désormais intervenir et casser cette spirale infernale en augmentant les taux d’intérêt pour désinciter à l’investissement, casser les bulles spéculatives et diminuer la consommation directe des individus.

En fait, elles doivent « réparer » ce qu’elles ont créé. Ceci explique pourquoi Jérôme Pawel, président de la Fed (la réserve fédérale américaine) revoit régulièrement les taux d’intérêt : l’objectif ultime est la désinflation.

Quel est le risque ?

Si l’inflation n’est pas cassée, on risque d’assister à une récession économique, à une baisse de l’euro ce qui est mauvais pour les exportations européennes, à des augmentations de plus en plus folles des matières premières, à des faillites de sociétés, à des faillites des états (car la charge sur leur emprunt devient trop importante et sont déclarés incapables de pouvoir rembourser leur emprunt), à une augmentation trop élevée et trop rapide du chômage, à des grèves de la faim et des manifestations de plus en plus nombreuses.

Les retraites, le salarié et les épargnants subissent totalement l’inflation

Qui sont les plus impactés ?

Les retraités, le salarié (fonctionnaire), la personne qui épargne (soit dans des livrets ou des obligations) sont les personnes qui ont une rente « fixe » et n’ont quasi aucune marge de négociation sur leur revenu. Ils subissent totalement l’inflation.

A contrario, l’indépendant peut revoir ses prix et les faire augmenter. En fait, pour lui, l’inflation est une réelle occasion de renégocier son salaire (s’il travaille en société) ou une occasion pour faire monter ses prix de vente de biens ou services.

Que faut-il donc faire ?

  • Être prudent dans ses investissements sur les marchés boursiers ;
  • Éviter d’acheter des obligations qui sont des dettes des états ;
  • Éliminer ses consommations inutiles ;
  • Rester sur le dollar tant que la BCE n’a pas pris de mesures désinflationnistes ;
  • Rester sur l’or et les matières précieuses ;
  • Éviter de laisser de gros montants (> 100 000€) sur son compte car c’est l’inflation qui se servira en premier.

Nelm

Abattage rituel: fin de la saga?

A Bruxelles, la question de l’abattage avec ou sans étourdissement n’est toujours pas tranchée. Si la Flandre et la Wallonie ont décidé d’imposer l’étourdissement avant tout abattage de bovins, à Bruxelles, la question a été repoussée plusieurs fois. La commission de l’Environnement du parlement bruxellois a donc démarré une série d’auditions de différents experts sur la question. Des représentants des communautés juives, musulmanes, les Abattoirs d’Anderlecht, la Fédération des boucheries Halal, des scientifiques ont donc été entendus au cours des quinze jours écoulés.

Les auditions ont pris fin hier mercredi, jour également choisi par le cclc, collectif citoyen pour la liberté de culte pour déposer leur pétition qui a récolté un peu plus de 127 000 signatures. « Il s’agit d’un collectif citoyen qui est né en réaction au débat bruxellois en matière du bien-être animal et de l’abattage rituel. Ce collectif veut faire entendre sa voix dans ce débat. Une pétition a récolté 127074 signatures (certifiée par huissier) dont 80% de Bruxellois, des personnes de confession musulmane, juive, athées, des catholiques. C’est énorme et du jamais vu à Bruxelles. On parle de plus en plus de démocratie participative, c’est un signal que les parlementaires ne peuvent nier » explique Alexis Deswaef, avocat du collectif.

127 074 signatures de citoyens contre l’imposition de l’étourdissement, dont 80 % de Bruxellois

Une question sensible

Après ces auditions, les membres de la commission décideront mercredi prochain de la suite à donner aux débats. Il s’agit clairement d’une question sensible à laquelle les députés bruxellois doivent répondre : l’abattage rituel peut-il se pratiquer sans étourdissement ? En Flandre et en Wallonie, la réponse est non, il est interdit. Les arrêtés d’application sont entrés en vigueur en août dernier. La Cour de Justice de l’Union européenne a d’ailleurs donné raison aux Régions, mais les communautés juives et musulmanes ont porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme(CEDH). Certains textes affirment que les États peuvent interdire l’abattage sans étourdissement mais qu’il peut exister l’exception liée à la pratique religieuse. Pour les deux communautés confessionnelles, il s’agit tout simplement d’une interférence de l’État dans le culte. Un avis partagé par Ahmed El Khanouss, conseiller communal bruxellois. « Je pense qu’avec les auditions et la mobilisation citoyenne, il serait aujourd’hui totalement incompréhensible que les parlementaires votent en faveur de ces propositions. Je connais le contexte qui a permis le vote de ces lois en faveur de l’étourdissement en Wallonie et en Flandre, il n’a rien à voir avec la question du bien-être animal. Ceux-là même qui imposent l’étourdissement s’érigent en défenseurs de la chasse parce qu’elle ferait partie de la tradition mais ils refusent aux musulmans ou aux juifs de pratiquer leur religion. Le bien-être animal a bon dos… Il s’agit de questions religieuses et les politiques n’ont pas à interférer dans ce domaine. »

Plusieurs propositions d’ordonnance

Plusieurs propositions d’ordonnance ont été déposées par Défi, Groen, l’Open Vld, le Vlaams Belang et la NVA dans le but d’interdire l’abattage sans étourdissement. La semaine prochaine, les députés seront donc amenés à se prononcer sur ces textes. Et le débat risque d’être tendu tant la question est sensible et les enjeux importants. « « Plusieurs possibilités sont envisageables après la fin des auditions : passer au vote, certains peuvent aussi demander la suspension de la discussion mais cela n’a pas d’intérêt, ou enfin, certains pourraient demander d’apporter des amendements aux différents textes mais là aussi, je pense qu’il s’agirait avant tout de perdre du temps » explique Jamal Ikazban, chef de groupe PS au parlement bruxellois. « De mon point de vue, il ne sert plus à rien de tourner autour du pot. Il faut aller au vote. Je passe beaucoup de temps à compter les voix et pour l’instant, le scénario est en notre faveur. Mais les indécis sont nombreux et les absences lors du vote pourraient renforcer l’autre camp, ce qui serait délicat. »

50% des boucheries bruxelloises sont halal…

Une question économique

Aux Abattoirs d’Anderlecht, 80% des mises à mort se font selon l’abattage rituel sans étourdissement. La société, entendue lors des auditions, craint une grande diminution de son activité si l’ordonnance est acceptée. Autre acteur du secteur inquiet, la Fédération des boucheries Halal de Belgique. A Bruxelles, 50 % des boucheries bruxelloises sont Halal… Si Bruxelles ne peut plus proposer de la viande halal ou casher, les clients iront ailleurs. Les deux acteurs économiques soulignent par ailleurs la question du circuit court puisque la France et d’autres pays plus éloignés encore comme la Pologne proposent de la viande certifiée halal, les bouchers se tourneront donc vers ces filières. Cela ne fait donc que déplacer le problème… « Les arrêts de la cour constitutionnelle indique qu’il faut pouvoir continuer à garantir aux musulmans et aux juifs de pouvoir s’approvisionner en viande certifiée halal et casher. Mais si en Belgique, ce ne sera plus le cas, il faudra donc aller s’approvisionner à l’étranger. Par ailleurs, on ne peut porter atteinte à un droit constitutionnel si l’on n’a aucune garantie que l’étourdissement diminue la souffrance animale. Or sur la question, il n’y a pas de consensus scientifique. Mais par contre, elle porte atteinte aux musulmans et aux juifs qui peuvent se sentir stigmatisés, discriminés alors que la chasse est toujours autorisée chez nous. On part en croisade pour les deux dernières minutes de vie d’un animal mais on ne s’intéresse pas à toute sa vie, son transport, cela paraît quelque peu hypocrite. Je comprends que ces communautés se sentent alors visées » insiste Alexis Deswaef, avocat du cclc, collectif citoyen pour la liberté de culte.

Le vote en commission le 8 juin

La prochaine séance de la commission est prévue le 8 juin prochain. Au moment du vote, l’attention se portera sur l’ordre des textes. En effet, la commission discute de trois textes sur l’étourdissement avant l’abattage : celui du Vlaams Belangs celui de la N-VA et celui de Défi / Groen / Open VLD… Sans changement d’ordre du jour, celui du Vlaams Belang sera votée en premier. « Cela va poser question. Cela va être un problème en commission. Il est fort possible que défi demande la modification de l’ordre de passage des votes. J’avoue que cela nous fait sourire si le texte du Vlaams Belang devait passer en premier, puisque c’est une proposition qui a toujours été portée par l’extrême droite, cela permettra aussi de leur envoyer un signal clair » sourit Jamal Ikazban. Pour le cclc, les députés bruxellois doivent voter contre le texte. « La demande du collectif n’est pas que le texte soit retiré, ce serait un aveu de faiblesse mais de voter ces propositions de loi, pour envoyer un signal de confiance et d’inclusion » constate Alexis Deswaef qui ajoute « nous sommes tous pour le bien-être animal, la question n’est pas là. Le débat a été volontairement biaisé. Il y a toujours cette dualité : nous contre eux. Par rapport au défi bruxellois, nous pouvons clairement nous passer de ces questions clivantes. » Même son de cloche du côté du cdH Ahmed El Khannouss : « Ces débats n’ont pour seule utilité que de détourner l’attention de l’opinion publique. Ils visent à fragmenter la société bruxelloise, et donne une image des musulmans qui auraient des pratiques barbares, qui couvriraient leurs femmes par des burkini et se promèneraient avec des couteaux entre les dents. Soyons sérieux, c’est rendre service aux extrémistes de tout bord. »

H.B.

Une autre approche des réseaux socionumériques

Aujourd’hui, plus que jamais, les nouvelles technologies amènent leur lot de nouveaux outils socio-techniques qui facilitent nos relations interpersonnelles. On voit alors apparaître de nouveaux modes de communication virtuels comme les plateformes sociales qui se déclinent en fonction de l’attente et de l’objectif de son utilisateur. Ces nouvelles plateformes sociales telles que Twitter, Facebook, Linkedln,… permettent  à la fois d’être producteur et utilisateur de  son contenu médiatique. On pourrait se poser la question de savoir si les codes sociaux existant dans la vie réelle sont transposables aux codes sociaux dans le monde virtuel. Nous pouvons trouver une piste de réponse dans l’approche du sociologue interactionniste Erving Goffman.

Erving Goffman : une approche interactionniste

Erving Goffman (1922-1982) est un sociologue et linguiste d’origine canadienne, associé au courant interactionniste symbolique, selon lequel la société est conçue comme la résultante des multiples interactions entre les individus.[1] E. Gofmann définit les interactions sociales en ces termes : « […] Par interaction (c’est-à-dire l’interaction en face à face), on entend à peu près l’influence réciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu’ils sont en présence physique immédiate les uns des autres : par une interaction, on entend l’ensemble de l’interaction qui se produit en une occasion quelconque quand les membres d’un ensemble donné se trouvent en présence continue les uns des autres, le terme « une rencontre » pouvant aussi convenir.»

Que le spectacle commence…

Usant de métaphores didactiques, Goffman offre une lecture des interactions sociales sous forme d’une mise en scène de soi dans la vie quotidienne qu’il nomme la « théâtralité du quotidien ». Le canadien utilise donc la métaphore théâtrale afin de se représenter les interactions sociales comme une pièce de théâtre où les individus sont en représentation, jouant tout un panel de jeu d’acteur en fonction du contexte dans lequel ils sont conscients des codes sociaux les régissant. Il utilise du vocabulaire théâtral tel que rôle, représentation, façade, coulisses,… Nous serions donc des acteurs amenés à théâtraliser notre quotidien, à adopter des façades adaptées aux différents contextes que nous rencontrons et donc chacun est amené à apprendre les codes régissant ces différentes situations de vie et le consensus spécifique, afin de ne pas perdre la face ou de la faire perdre à autrui. Les acteurs en représentation construisent une définition commune de la situation.[2] Il existe de nombreuses situations similaires dans notre quotidien qui sont dictées par des conventions qui leur sont propres celles par exemple d’un repas de famille, d’un match de foot ou encore d’un entretien d’embauche.

Du réel au virtuel, la mise en scène

Même si Goffman n’est pas contemporain à l’essor et au développement fulgurant des plateformes sociales, on peut aisément retransposer cette grille de lecture à l’utilisation des réseaux sociaux où cette mise en scène de la vie quotidienne mondialement diffusée, se décline à l’infini. Il existe également des normes sociales dans les réseaux socionumériques, aussi bien que dans nos interactions sociales « face à face ». Les usagers de ces plateformes sociales ne se présentent pas de la même façon selon le code social en vigueur dans celle-ci ainsi un profil Facebook ne sera pas présenté de la même façon qu’un profil Linkedln ou twitter,… Les usagers adaptent leur réaction au contexte et interagissent en conséquence. Ils adoptent de ce fait des façades au travers de leur profil ou leur avatar qui correspond aux objectifs de la plate-forme sociale. Ainsi selon le type de plateforme, nous allons mettre en avant tant nos expériences professionnelles, nos loisirs, nos goûts et préférences, notre savoir-faire culinaire,… Les informations mises en avant font partie d’une stratégie afin d’obtenir de ces réseaux les avantages espérés.

Quand la pièce de théâtre tourne au drame…

Goffman appelle cela une « situation de rupture », une remise en question de la réalité commune, causant un malaise général.[3]Cela peut se produire si par exemple l’acteur joue mal son rôle ou alors que des spectateurs ne participent pas comme il est attendu ou encore que le cadre des conventions générales est mal interprété. Par exemple sur les réseaux socionumériques, le comportement inapproprié, des remarques déplacées,… peuvent conduire à l’exclusion  de l’utilisateur. Les réseaux socionumériques n’échappent pas au code social traditionnel. Mais ces codes ne nous ont pas été appris à l’école ou par les parents. Implicitement, inconsciemment peut-être, nous avons appris à nous adapter aux différentes normes sociales des réseaux sociaux. On peut considérer que les réseaux socionumériques sont comme de nouveaux lieux d’apprentissage des codes sociaux qui leur sont propres. Cependant la retransposition du réel au virtuel de la théorie de Goffman n’est pas absolue, selon moi. C’est à mon sens un outil de lecture pertinent et éclairant. Mais les réseaux sociaux possèdent leurs spécificités, leur zone d’ombre et de lumière, leurs algorithmes. Il existe une certaine opacité dans ce face à face virtuel qui peut conduire à des dérives, à des utilisations malsaines,…

O.D.


[1]    https://www.toupie.org/Dictionnaire/Interactionnisme.htm

[2]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman

[3]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman#La_présentation_de_soi

La « Hchouma », son dada!

Zina Hamzaoui est sexologue. Briser les tabous qui entourent la sexualité et l’intime, c’est son combat! La hchouma, un concept qui est pourtant bien ancré au sein des familles de culture arabo-musulmane. 

C’est un vaste chantier auquel a décidé de s’attaquer Zina Hamzaoui. Sage-femme de formation, elle s’est retrouvée face à de nombreuses questions sexuelles de la part des patientes et de leurs conjoints. La jeune femme perçoit qu’il y a une véritable demande et décide de se former et devient sexologue. « Je me suis rendu compte que le sujet était très peu abordé au sein de notre communauté et pourtant il mérite toute notre attention. Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié. Il faut nous questionner par rapport à l’image que nous avons de la sexualité et celle à laquelle les jeunes sont confrontés par exemple. Il y a un décalage énorme en la matière » insiste la sexologue.

Un chiffre interpellant pour poser le débat: 80% des jeunes de 10 ans ont regardé des films à caractère pornographique de manière volontaire ou involontaire. Un chiffre qui date d’il y a 10 ans. Ce chiffre est très certainement plus élevé. A partir de ce contexte, il peut y avoir deux approches. « Soit, on se retrousse les manches et on aborde ces sujets sans complexes et de manière à installer un climat de confiance avec les jeunes, soit on ferme les yeux et on continue de penser que la sexualité, les jeunes ne la découvrent que la nuit de noces » poursuit Zina.  

Commencer tôt 

Pour la sexologue, il faut aborder ces sujets avec les jeunes car de toute façon ils l’aborderont, soit entre eux, soit en surfant sur internet. « Dès tout jeune, il faut leur indiquer que leur intimité doit être préservée que personne ne peut y avoir accès, à l’adolescence, leur expliquer que le fait qu’ils se réveillent en état d’érection le matin, ce n’est pas sale mais c’est d’ordre physiologique. Leur apprendre que le fait de se masturber, de regarder de la pornographie peut impacter plus tard leur vie relationnelle et sexuelle. Combien d’hommes sont devenus addicts et sont incapables par la suite dans leur vie de couple d’avoir une relation saine. L’image qu’ils ont de la sexualité est totalement biaisée, faussée. Dans ces films, la femme est réduite en esclave sexuelle. Ensuite, poser le cadre religieux et leur expliquer pourquoi cette sexualité n’est autorisée que dans le cadre du mariage. Tant que l’adulte n’est pas à l’aise avec la sexualité, cela transparaît forcément sur les enfants! Les parents ont un rôle énorme à jouer » insiste Zina Hamzaoui qui ajoute « les plus jeunes ne parlent pas de sexualité avec leurs parents. Mais c’est une grande faille. Parce qu’ils doivent se sentir suffisamment à l’aise pour que les jours où ils ont ces questions, ils puissent venir les poser.» 

Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié.

Zina Hamzaoui, sexologue

Trop de tabous 

La masturbation, le plaisir féminin, le désir, autant de sujets qui sont passés sous silence et qui peuvent impacter une relation de couple. Un grand morceau de l’éducation sexuelle se fait au quotidien dans la relation entre les parents (souvent les enfants sont confrontés à des parents qui ne montrent aucun signe d’amour, pas de contact physique…), autre gros tabou : la femme qui recherche son plaisir, le fait d’être une femme, religieuse et sexuellement active n’est pas compatible. On est tombé dans un certain extrême. A force de tellement interdire, on inhibe le désir sexuel. On baigne dans des stéréotypes qui desservent finalement l’homme et la femme ». Les tabous au sein des familles de culture arabo-musulmane restent nombreux. Zina Hamzaoui propose donc des ateliers pour les jeunes et moins jeunes pour répondre à ces questions. Souvent, les parents se sentent eux-mêmes démunis face à certaines questions. « En général, on m’attend, et puis quand je suis là, cela questionne, certains sont heureux d’avoir compris la réalité, pour d’autres, cela bouscule leurs croyances » constate Zina. Dans certains milieux, la porte lui reste malheureusement fermée « car mon positionnement dérange ; et ils pensent qu’il est à contre-courant du message religieux alors qu’il n’en est rien ! ». La sexologue insiste « c’est incroyable que tout le monde connaisse le Hadith qui dit que la femme qui se refuse à son mari est maudite par les anges toute la nuit mais tous les hadiths où le prophète explique qu’il faut approcher la femme avec douceur, délicatesse, sont passés sous silence. Il faut rappeler que la sexualité n’est pas uniquement à visée masculine, mais également que le plaisir féminin existe et qu’il n’est pas interdit, loin de là.»

Conseil de famille

La sexologue conseille donc aux parents d’instaurer des conseils de famille pour aborder toutes les questions. Permettre ainsi d’installer un véritable climat de confiance avec les jeunes. Des jeunes qui sont trop souvent influencés par la télévision, internet ou la musique. Ils sont confrontés à la sexualité au quotidien.   « On est dans une génération où la pornographie est installée. L’internet a tout facilité, il faut connaître la réalité des jeunes. On a désacralisé la sexualité. Si les parents n‘évoquent pas ce sujet clairement, il va y avoir des fossés de plus en plus grands entre leur réalité et celles des jeunes. Au bout d’un moment, il faut arrêter de faire l’autruche ! Il y a du boulot. On a une obligation de moyens pas de résultats, la situation est grave » martèle Zina Hamzaoui. 

Un livre pour sensibiliser

Afin d’atteindre une plus large audience, Zina Hamzaoui a publié un livre « Chut, hchouma! ». « Cela fait quelques années que je fais de la thérapie, que j’anime des ateliers et souvent les patients me demandent des livres à conseiller. Mais je me suis rendu compte qu’il n’existait pas de livres récents qui traitaient de cette question. De base, je n’étais pas très attirée par l’écriture mais le confinement m’a aidée à consacrer du temps et je me suis laissée prendre au jeu. Je voulais que le livre soit accessible à tout le monde, et non seulement à un public uniquement universitaire. » Chut, hchouma!, c’est le titre du livre, un titre qui reflète parfaitement les tabous qui entourent le domaine de l’intime. « En choisissant le titre du livre, je m’auto-censurais à chaque fois et au final « chut hchouma! » tombait sous le sens, c’est un titre qui interpelle, qui reflète bien le contenu. Ce n’est clairement pas un livre que l’on prend facilement avec dans le métro mais il a aujourd’hui une place dans les librairies islamiques qui ont décidé de jouer le jeu avec moi et c’est formidable. Je parle d’intimité mais sans tomber dans la vulgarité. Dans une société hypersexualisée, cela est devenu mon cheval de bataille : parler de sexualité sans être vulgaire tout en restant dans la pudeur. » 

H.B.

Zina Hamzaoui a publié un livre pour sensibiliser le public aux questions liées à l’intime et lutter contre les tabous encore trop nombreux