L’islam est-il compatible avec le féminisme?

EN 2017, le féminisme fait partie des termes les plus recherchés sur le net. Un regain d’intérêt important suite notamment à la couverture médiatique de la Women’s March à Washington le 20 janvier 2017. Au lendemain de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les femmes sont descendues dans les rues de la capitale américaine et un peu partout dans le  monde, notamment à Bruxelles, pour défendre leurs droits, entre les manifestations contre le sexisme et l’avalanche d’accusations d’agressions sexuelles.

La femme… définie comme manipulatrice, tentatrice, celle qui use de ses atouts pour parvenir à ses fins. Pauvre Ève pécheresse, rendue fautive d’avoir cédé à la tentation invitant Adam à l’imiter. Maligne, la femme a su faire profil bas, a su rester dans l’ombre à scruter et étudier les moindres faits et gestes de l’homme, puis elle décide de sortir des fourrés d’un seul coup et de plaquer l’homme à terre. Une image qui pourrait paraître désuète pourtant elle résiste à travers les siècles. Toutefois, nombreuses qui ont tenté à chaque fois de redonner ses lettres de noblesse et sa place à la femme. Ève, Simone de Beauvoir, Coco Chanel, Margaret Thatcher, Rabia al Adawiya, Marie Curie, Zaynab Nefzaouia… loin d’être une liste exhaustive, étaient toutes sur la même longueur d’ondes. Des mouvements d’idées psychologiques alors naissent et viennent promouvoir l’égalité homme-femme.

Un peu d’histoire

Si dans la tradition judéo chrétienne, la femme est considérée comme coupable du péché originel, le Coran, lui, attribue la responsabilité au couple, contrairement à ce que dit le récit biblique, la femme ne porte pas la culpabilité originelle en elle. L’islam est venu apporter les moyens et outiller les droits octroyés aux femmes. Mais aujourd’hui, au nom de l’islam, la femme est infériorisée, opprimée, soumise. Le message divin n’a pourtant rien d’ambigu : il conjugue la libération spirituelle et sociale des hommes et des femmes de façon égalitaire.

D’où vient dans ce cas cette confusion ?

La position traditionnelle et la lecture misogyne ont infantilisé la femme : l’interprétation patriarcale, la vision exclusivement masculine des textes priment malheureusement depuis des siècles. Les revendications du féminisme occidental et la lecture misogyne de certains textes mènent à confusion et à ne plus réellement savoir quelle cause plaidée.

Un livre, d’une femme engagée, Souad Mossadi, s’est penché sur toutes ces questions relatives aux femmes. Elle apporte de la lumière à ce sujet si tumultueux. Son message est clair, le combat du féminisme occidental ne s’accorde pas à celui de l’islam, il est différent. Le droit de la femme musulmane a été destitué par l’homme, c’est l’une des revendications des  féministes musulmanes. Un droit, un statut élevé que Le Seigneur a octroyé à celles-ci sans avoir dû mener un quelconque combat. Souad Mossadi, dans son livre : « La femme et ses histoires » retrace le parcours de vie de la femme musulmane des XXème et XXIème siècle ainsi que l’histoire du féminisme islamique en terre d’islam et en occident. Elle revient pour « L’Autre Regard » sur son parcours qui l’a mené à la rédaction de cet ouvrage.

Quelle a été la motivation de rédiger votre livre? Quel est le message que vous souhaitez transmettre à travers celui-ci?

Pendant au moins deux ans je n’ai fait que lire et prendre des notes, j’ai ainsi pu lire des dizaines de livres et remplir plusieurs carnets de notes. Ce n’est qu’alors que j’ai commencé à écrire peu à peu tout en continuant mes recherches et mes lectures, j’ai d’abord écrit le chapitre sur le féminisme qui ne devait représenter qu’une très brève préface avant de rentrer dans le vif du sujet mais les informations étaient tellement nombreuses et le sujet si important que j’ai décidé d’en faire le premier chapitre, étant donné que beaucoup de personnes parlent du féminisme mais n’en connaissent pas la véritable histoire et tout ce que cela implique, j’ai voulu retracer le parcours des différentes vagues féministes en Occident et dans le monde arabo-musulman afin d’éclaircir la question et de constater tous ses acquis aussi bien que ses dérives.

D’après vous, est-il possible d’allier vie familiale et vie professionnelle tout en étant sereine?

Dans ce livre que j’ai voulu divisé en quatre chapitres, après avoir tenté de clarifier les questions féministes, j’aborde dans le deuxième chapitre qui est certes le plus long la vie d’une femme dans ses diverses facettes et ses multiples responsabilités depuis sa plus tendre enfance à sa vie adulte qu’elle soit étudiante, célibataire ou épouse, sœur ou belle- sœur, mère ou grand- mère dans la sphère privée sans oublier son rôle dans la sphère publique dans les domaines professionnel, social et politique. Ainsi, le plus grand défi pour la femme est de parvenir à un équilibre entre toutes ses obligations. C’est pourquoi, je me suis attardée sur la conciliation entre ces dernières afin que la femme puisse parvenir à un réel épanouissement.

A la page 275 du livre, on peut notamment lire : « l’islam préconise toujours la voie du juste milieu. Donc, même si le travail peut occuper une grande place dans nos vies de femmes, il ne faut pas non plus en faire le seul objectif de son existence. Le travail doit demeurer une des sphères de notre vie qui peut nous aider à nous épanouir, mais ce n’est pas la seule. »

Le fruit de votre travail est basé sur des recherches très approfondies sans avoir négligé de prendre en compte le contexte.

Cet ouvrage tente d’apporter des réponses aux questions que se posent la plupart des femmes et se basent sur des données scientifiques, historiques, sociologiques, psychologiques mais toujours en accord avec notre corpus religieux avec la volonté ferme de ne jamais entrer en contradiction avec le Coran, parole de notre Seigneur ni les hadiths prophétiques authentiques. Au contraire, par la grâce d’Allah, notre belle religion confirme à chaque fois les données profanes sur lesquelles nous nous sommes appuyées. Le but essentiel de ce livre est de fournir à nos soeurs des sources d’épanouissement, de leur rappeler que la paix du coeur ne se trouve que dans la foi et la proximité d’Allah, que le vrai bonheur est d’ordre spirituel et qu’au final cela a un impact positif sur nos soucis du quotidien.

A la page 32 du livre : « si le voile est vu en Occident comme un symbole de soumission des femmes, en Orient, la pornographie, la prostitution et l’absence de respect pour les femmes dans les médias occidentaux sont vivement critiqués… »

Est-il réellement possible qu’aujourd’hui la femme musulmane puisse jouir de ses droits? Pouvez-vous nous donner un exemple?

J’achève mon livre sur l’histoire de deux femmes exemplaires et sublimes, qui sont une source d’inspiration pour toute femme à la recherche du bonheur, leur vie auprès de notre cher Prophète est un modèle pour nous. A travers l’histoire de Khadija et ‘Aisha, j’ai voulu illustrer tous les concepts que j’ai abordés tout au long du livre et qui peuvent sembler parfois trop abstraits en montrant leur dévouement, leur courage, leur patience, leur confiance inébranlable et leur amour du Prophète et du Créateur malgré les dures épreuves et les difficultés qu’elles vivaient.

Enfin, à la page 513 : « Lorsque nous étudions sa vie, nous sommes subjugués par sa parfaite maîtrise de la jurisprudence, du hadith, de l’exégèse, de la loi islamique, de la poésie, de la généalogie, de la médecine, et de l’histoire. L’Imam AL-Zuhri dit à son sujet: ”Si on rassemblait la science de Aïcha avec la science de toutes les autres femmes, sans aucun doute Aïcha serait meilleure”

Une évolution impressionnante

Pour conclure, force de constater que l’évolution de la situation des femmes musulmanes depuis plusieurs décennies est réellement impressionnante. Indéniablement, elles ont contribué à l’enrichissement de la théologie musulmane jusqu’à son apogée, certaines ont même atteint un très haut niveau d’érudition à l’échelle internationale. Alors pourquoi ce silence ? Pourquoi la femme doit être reléguée au second plan, pourquoi devoir s’effacer jusqu’à devenir invisible ?

Les lectures sclérosées des textes sacrés et coutumes aberrantes qui les accompagnent, ont fortement contribué à la marginalisation de la femme et plus largement à la décadence du monde arabo-musulman. Nul doute que l’un des plus importants défis aujourd’hui c’est de mettre en lumière et sous les projecteurs ces femmes savantes, militantes, influentes… Et de permettre la renaissance de la pensée de la femme avec un grand « F », et ce en toute liberté.

Rêve utopique pour certains, possible pour d’autres, du moins ne jamais craindre l’utopie. Comme disait Dom Helder Camara : « Quand on rêve seul, ce n’est encore qu’un rêve, quand on rêve à plusieurs, c’est déjà une réalité. »

Hana

Pour en savoir plus:

Souad Mossadi, « La Femme et ses Histoires, à la recherche du bonheur aux sources de la foi », aux Editions Al Hadith

Un jeune sur trois est victime d’harcèlement

Insultes, moqueries, violences physiques et psychiques, chantage, rumeurs, rejets, incitation à la haine… Voici les sévices psychologiques que certains jeunes font subir à d’autres quotidiennement. Aujourd’hui, en Europe, les études concluent que 15% des jeunes scolarisés seraient concernés par ce phénomène. En Wallonie-Bruxelles, 35 % des jeunes seraient victimes de harcèlement et souvent, cela passe sous silence. Mais comment peut-on expliquer ce phénomène ? Quelles en sont les conséquences ? Que peuvent mettre en place les parents ainsi que l’établissement scolaire ? 

Quand peut-on parler d’harcèlement?

La plupart des chercheurs s’accordent à dire que le harcèlement se définit par 3 caractéristiques :

  • Une conduite inadaptée d’un élève ou un groupe d’élèves envers l’autre dans le but de nuire.
  • La répétition des faits dans la durée.
  • Le déséquilibre des forces (dominant/dominé).

Le harcèlement scolaire peut avoir lieu en classe, au réfectoire, à la récréation et souvent peut se poursuivre en dehors des murs de l’établissement. 

Par exemple, vers le chemin du retour à la maison, dans les moyens de transports ou via les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter…). Un seul élève peut être l’auteur du harcèlement mais parfois il peut s’agir d’un groupe de jeunes qui s’acharnent sans relâche sur la victime. Le phénomène débute déjà à l’école maternelle mais est beaucoup plus fréquent en primaire et secondaire. Souvent, le harcèlement qui a lieu à l’école se poursuit de façon virtuelle. Il s’agit de la propagation numérique des faits.

« L’omniprésence des réseaux sociaux fait planer l’ombre du harcèlement hors du temps scolaire, jusqu’au domicile. »

François Joliet

Le cyber-harcèlement

96% des 12/18 ans utilisent internet en Belgique. Aujourd’hui, les réseaux sociaux occupent une grande place dans la vie de nos ados ainsi que des gens de tout âge. Internet est un outil formidable qui a permis la réalisation de choses qui n’étaient pas envisageables dans le passé mais à condition de l’utiliser à bon escient !

Malheureusement, à l’ère des réseaux sociaux, le cyber-harcèlement existe bel et bien et il va souvent de pair avec le harcèlement scolaire. En effet, certains jeunes subissent un déferlement de propos haineux et de moqueries au quotidien à la suite de la publication d’une photo, d’un article ou même d’un sujet déjà abordé sur les bancs de l’école. Le but de l’auteur étant d’offenser, d’intimider ou de menacer sa victime. 

Ce qui est spécifique au cyber-harcèlement, c’est que l’auteur se sent surpuissant derrière son écran. Par conséquent, l’auteur ose davantage et n’a pas de limite qui le freinerait.

Dans l’affaire du meurtre d’Alisha, 14 ans, lundi 8 mars à Argenteuil, une photo intime de la victime avait été partagée sur le groupe Snapchat de la classe. Suite à cela, sont nés des tensions entre la victime et ses camarades. Quelques jours plus tard, Alisha a été retrouvée morte dans la Seine avec de nombreux hématomes au visage et dans le dos…

L’influence de la pornographie

Aliya, 13 ans, dit se sentir « moche ». Un jeune homme s’intéresse à elle sur les réseaux. Après quelques conversations, une complicité naît et elle commence à éprouver des sentiments pour lui. Il lui demande d’envoyer une photo d’elle nue. Elle refuse mais il insiste et lui dit que si elle ne l’envoie pas, ce serait fini entre eux ! Elle finit par céder…  Les demandes sont quotidiennes, parfois plusieurs fois par jour. Il la menace d’afficher ses photos si elle arrête ! La gamine pleure, se renferme sur elle-même, n’a plus goût à rien. Elle n’ose pas parler, parce qu’elle sait qu’il ne fallait pas envoyer la première photo. Elle a cédé. C’est sa faute, pense-t-elle. À bout de souffle, elle se scarifie à l’école et s’évanouit…

Véronique Agrapart, sexologue, interrogée par le Huffington post explique :  » C’est devenu courant de demander des photos de ‘nude’ aux jeunes filles. Au secondaire, mais aussi au primaire. Les garçons disent : « Si on sort ensemble, tu dois m’envoyer des photos de toi nue, sinon tu ne me fais pas confiance…Il faut replacer les notions d’émotion, de pudeur, de confiance auprès de cette jeune population qui est influencée par les vidéos pornographiques qu’ils trouvent en moins de dix secondes sur Internet. L’accès au porno à cet âge est dévastateur ! S’ils n’avaient pas accès au porno de la sorte, ils n’inventeraient pas de telles mises en scène  »

Les dommages engendrés sont désastreux

Dépression profonde, suicide, meurtres sont des faits relatés tous les jours par les médias. Les victimes subissent un véritable calvaire et sont généralement silencieuses car elles craignent les représailles. La victime traine des pieds pour aller à l’école. Ses résultats scolaires chutent ! L’enfant souffre en silence à en perdre l’appétit, à en devenir insomniaque. Il se plaint régulièrement de maux de ventre et se replie sur lui-même. 61% des victimes auraient même eu des idées suicidaires. 

« Tony Jean, 19 ans, raconte avoir commencé à être harcelé dans les vestiaires du collège. Je me suis aussi fait voler trois téléphones en l’espace d’un an. Le médecin qui lui a diagnostiqué une dépression lui fournit un traitement médicamenteux. Mais le traitement ne fonctionne pas et le jeune homme tombe dans l’alcool, la drogue et abuse des médicaments. Un jour, il fait une tentative de suicide… »

Quant à Nora, elle était chez un ami, lorsqu’elle a senti qu’il était arrivé quelque chose à Marion 13 ans. Elle rentre précipitamment chez elle, et découvre sa fille pendue… Elle a laissé une lettre destinée à ses camarades de classe où elle racontait les insultes qu’elle subissait. 

« On a découvert que la veille de sa mort, elle avait été prise à partie par tout un groupe durant le cours… Durant toute l’après-midi, ils n’ont eu de cesse de l’appeler, de la harceler, de lui faire des menaces de mort dans la cour. On lui a dit : « Si tu reviens demain, t’es morte ! », on lui a dit : « Va te pendre ! »  Et les adultes en qui elle avait confiance ont laissé faire ».

« Thomas, 17 ans, victime d’homophobie, s’est donné la mort en se pendant avec ses lacets de chaussures. C’est son grand frère qui a fait la macabre découverte. L’adolescent était victime de harcèlement. »

« Dinah, une adolescente de 14 ans, s’est pendue après avoir été harcelée à l’école pendant plusieurs années. »

Que faire?

Les parents doivent impérativement communiquer tous les jours avec leurs enfants. Essayer de comprendre pourquoi leur enfant adopte cette attitude. Qu’est-ce qui provoque ce changement de comportement soudain ? Mener une enquête auprès de l’établissement scolaire et des proches de la victime (frères/sœurs/ami.e.s). Surveiller la fréquence d’utilisation d’internet chez les mineurs ainsi que le contenu des sites visités car le harcèlement existe sur les réseaux sociaux mais aussi la pédocriminalité et la pornographie ! Les parents se doivent d’être très vigilants quant à l’utilisation excessive d’internet par leurs jeunes enfants et leurs ados.  Se poser des questions si son enfant perd beaucoup trop souvent ses affaires personnels et électroniques, s’il demande trop d’argent, il pourrait être victime de racket.

Une fois le harcèlement détecté, prendre contact avec les responsables de l’école.  Sur les réseaux sociaux, bloquer la ou les personnes toxiques et ne pas répondre à leurs provocations.  Encadrer son enfant et le soutenir dans cette épreuve difficile surtout à un âge ou leurs émotions et leur sensibilité est fragile. Un âge où les jeunes se construisent et sont rapidement déstabilisés. 

Actuellement, les écoles ont mis en place des cellules psychologiques avec des professionnels pour lutter contre ce phénomène qui gangrène les établissements scolaires et peut s’avérer très grave si les choses ne sont pas prises en main à temps.

Dans certaines classes du secondaire, le titulaire crée un groupe WhatsApp dans lequel les élèves peuvent échanger des informations concernant certains cours lors d’une absence, ou pour avoir davantage d’informations sur un devoir ou une leçon.

Les professeurs se doivent d’être vigilants et surveiller le contenu des échanges et veiller à ce qu’il n’y ait pas de dérives car cela pourrait passer inaperçu. 

Que faire si mon enfant est responsable de cyber-harcèlement?

  • Essayer de comprendre son comportement. Ensuite, l’aider à prendre conscience des faits.
  • Si le dialogue s’avère difficile, consulter des professionnels.
  • Si le harcèlement a lieu à l’école, rentrer en contact avec le centre PMS ou le titulaire/direction. 
  • S’il a lieu sur les réseaux sociaux, contrôler le temps passé devant son écran ainsi que le contenu des échanges avec ses camarades.
  • Appliquer des sanctions non violentes et adaptées et lui demander de s’excuser auprès de la victime.

Enfin, il convient de rappeler que le harcèlement est interdit et est puni par la loi. Les victimes et leurs familles peuvent donc porter plainte. Le code pénal, article 442 bis, prévoit une peine d’emprisonnement ou une amende. Pour un mineur, certaines sanctions peuvent être décidées par le Tribunal de la Jeunesse afin de lui faire comprendre la gravité des actes commis et de le responsabiliser par rapport à ceux-ci. Exemples de sanctions : des travaux d’intérêt général, une réparation des dommages, etc.

La fédération Wallonie-Bruxelles a lancé plusieurs numéros verts d’écoute et d’assistance pour les parents d’élèves touchés par le harcèlement scolaire.

I.S.

Pour en savoir plus:

Lettre ouverte en réponse à la carte blanche de Sammy Mahdi, secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration : « Il faut qu’on se parle »

L’Autre Regard, blog réunissant plusieurs citoyennes belges engagées, a sollicité le journal Le Soir pour la publication de sa lettre ouverte en réponse à la carte blanche[1] du secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration. Malheureusement, le journal n’a pu répondre positivement à cette demande car « actuellement très sollicité pour la publication de courriers et de cartes blanches. » C’est donc vers les réseaux sociaux que se tourne L’Autre Regard.

J’ai ressenti l’émotion qui traverse votre carte blanche. Émotion légitime et fondée. Vos mots sincères et touchants m’ont interpellée à plus d’un égard. Les insultes et messages intolérants dont vous avez été la cible sont inacceptables. Sachez, Monsieur le Secrétaire d’État, que je condamne fermement toutes ces attaques dont vous êtes victime.

Votre lettre mérite amplement que l’on s’y attarde.

Vous commencez votre carte par : « C’est la toute première fois que j’écris une carte blanche en français en tant que Secrétaire d’État. Généralement, j’arrive à atteindre un public large sur les réseaux sociaux avec la traduction automatique, mais aujourd’hui je me dois de m’adresser à un public bien spécifique. » 

Je me demande qui est ce « public bien spécifique » auquel vous faites allusion. N’est-ce pas clivant de s’adresser à une partie de la population qui, apparemment, semble innommable au point où vous ne daignez la citer ? Pour ma part, je m’adresserai à vous et à l’ensemble de mes concitoyens peu importe leur confession, est-il nécessaire de le préciser… ?

Vous rejetez le communautarisme et je vous rejoins sur cette position.

Cette valeur islamique et universelle léguée par votre père dont vous faites allusion dans ce passage « […] j’ai un père musulman, qui m’a toujours appris à ne pas juger sur base de la confession ou la couleur de peau de l’homme mais sur base de ses actes » semble impacter positivement votre état d’esprit. En effet, on ne peut que louer votre refus de faire prévaloir les spécificités d’une communauté sur les autres, quand bien même vous y seriez apparenté.

Relatant les messages (condamnables) qui vous ont été adressés, un en particulier a retenu mon attention : « Il y a les créatifs, qui me traitent de Bounty (blanc à l’intérieur et noir à l’extérieur), pendant que moi je pensais qu’au final on était surtout tous les mêmes à l’intérieur. Le même sang, à une lettre et un + ou – de près. Humain. Peu importe la couleur de peau. »

Les métaphores sont le théâtre de bien des interprétations…

Le « noir à l’extérieur » fait référence, je présume, au physique typé « non européen ». Quant au « blanc à l’intérieur », l’imaginative que je suis pensera plutôt au cœur blanc, pur, animé d’intentions honorables comme celles, que vous avez, de mener « un combat politique pour un monde meilleur […] ». 

En somme, Bounty au cœur blanc, Milky Way au cœur tendre ou encore M&M’s au cœur dur, ne serions-nous pas plutôt identiques à l’extérieur, tous des êtres humains (peu importe notre couleur) et différents à l’intérieur par les valeurs que nous prônons ?

Le monde serait parfait si tous partageaient vos valeurs nobles héritées de votre père. Hélas, ce n’est pas le cas ! A ce propos, je souhaiterais me pencher sur cette fameuse vidéo (de 2009) ressortie une décennie plus tard pour servir de preuve à charge de l’imam, Mohamed Toujgani. On l’entend tenir les propos suivants : « Seigneur, Maître des Mondes, déverse la frayeur dans le cœur des sionistes oppresseurs. […] Seigneur, fais que le sang des martyrs soit une arme sous les pieds des sionistes oppresseurs, et que ce sang soit un feu ardent qui les brûle et un vent qui les fustige. […] Ô Seigneur, démolis-les »

Vous soutenez qu’il en appelle à « brûler les Juifs ». Et pourtant, à aucun moment, l’imam ne prononce le mot « Juifs » mais parle des « sionistes oppresseurs ».

Il est étonnant qu’un homme de votre rang confonde les termes « juif » et « sioniste » et fasse un tel amalgame aussi regrettable qu’incriminant.

Mais le Milky Way que je suis, mettra ça sur le compte de la subtilité de la langue française, qui n’est pas votre langue maternelle… Pour vous éviter un tel dérapage accusateur dans le futur, je vous conseille le Robert & Van Dale.

Cependant, on ne peut nier qu’un tel discours heurte la sensibilité et soit perçu comme violent. D’ailleurs, en 2019, l’imam s’était excusé et avait invoqué « un contexte géopolitique critique ».

Par ailleurs, on apprend dans la presse qu’un jugement a été prononcé le 1er octobre dernier par le tribunal de la famille de Bruxelles reconnaissant à l’imam marocain « qu’il y avait lieu de faire droit à sa demande d’acquisition de la nationalité belge, estimant au contraire qu’il ne représentait pas un danger pour la sûreté nationale et l’ordre public belge. Pour le juge, les accusations de la Sûreté n’étaient pas suffisamment étayées concernant les discours de haine. » Quelques jours plus tard, vous lui retiriez son permis de séjour pour une durée de dix ans invoquant « extrémisme » et « ingérence ».

Les mauvaises langues diront que vous avez balayé d’un revers de main, le fondement même de notre société démocratique, à savoir la séparation des pouvoirs. « Décision infondée, abus de pouvoir… », je les entends d’ici. Quelle mauvaise foi, tout de même ! Fort heureusement, je sais, moi, que vous avez le cœur blanc, comme le Bounty, et que vous menez « un combat politique pour un monde meilleur […] ». J’en conclus donc que vous n’étiez, peut-être, pas au courant de cette décision de justice que vous avez ignorée et supplantée…

Peut-être est-ce cet incident fâcheux qui a provoqué les messages haineux des M&M’s au cœur dur ? Condamnable ! Les gens n’ont plus de conscience…

L.M.

[1] publiée le 14/01/22 sur le site www.lesoir.be  

« J’ai toujours oeuvré pour le dialogue… », l’imam Toujgani répond à Sammy Mahdi

La communauté musulmane belge a appris hier, jeudi, par la presse que le titre de séjour de l’imam Mohamed Toujgani, président des imams de Belgique, et ancien imam fraîchement retraité de la mosquée Al Khalil ne pourra désormais plus mettre les pieds en Belgique. Actuellement à l’étranger, Mohamed Toujgani se dit abasourdi et réfute catégoriquement les accusations du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration

Le théologien Mohamed Toujgani est une figure connue à Bruxelles et plus généralement en Belgique. Il a officié comme imam pendant de nombreuses années au sein de la mosquée Al Khalil située à Molenbeek-Saint-Jean. Au fil des années, le prédicateur s’installe dans le paysage religieux belge et devient notamment président de la Ligue des Imams de Belgique (LIB). Et à ce titre, le retrait du permis de séjour de cette figure a étonné à plus d’un titre au sein de la communauté  musulmane belge. Très vite, une pétition est lancée en ligne en soutien à l’imam mais surtout pour demander des réponses au Secrétaire d’État. Parmi les questions : « Si des propos haineux ont été tenus par lui, pourquoi n’a-t-il pas fait l’objet de poursuites judiciaires ? ». La pétition va plus loin et estime que « depuis les attentats de Bruxelles qui ont atteint la communauté musulmane en plein cœur, l’argument de « menace à la sécurité nationale » sert de cache-sexe à l’islamophobie d’État. Pourquoi, lorsqu’il s’agit de musulmans, les courroies de la justice se referment pour laisser place à des voix sans issue de défense possible, comme le retrait de permis de séjour ? ». De son côté, la mosquée Al Khalil a réagi via un communiqué de presse et « s’étonne des raisons qui ont poussé monsieur Mahdi à prendre cette décision. Aucun contact n’ayant jamais été établi avec monsieur Toujgani pour s’enquérir d’une quelconque dérive liée à des sermons ». Mais la décision n’est pas nouvelle, elle remonte au 12 octobre dernier et fait suite à un rapport de la Sûreté de l’État qui mentionnait « des signes d’un grave danger pour la sécurité nationale ».

La Belgique est mon pays, elle fait partie de mon identité, j’y ai vécu davantage que le Maroc…

Mohamed Toujgani, imam

L’imam dénonce une injustice

Le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration a rapidement réagi à l’information et s’est félicité notamment via communiqué de presse et sur les réseaux sociaux. Il s’est aussi exprimé jeudi après-midi devant le parlement : « ces rapports demeurent confidentiels, mais je peux vous dire que ces menaces concernent l’extrémisme et l’ingérence » a précisé Sammy Mahdi. « Par le passé, nous avons donné trop de marge de manœuvre aux prédicateurs radicaux. Avec cette décision, nous faisons la différence et donnons un signal clair : nous ne tolérerons pas ceux qui divisent et menacent notre sécurité nationale. » Des accusations que réfutent totalement Mohamed Toujgani. Contacté, il a accepté de nous répondre et dénonce une véritable injustice. « Je rappelle que je vis en Belgique depuis 40 ans, durant toutes ces années, l’ensemble de mon travail a été de soutenir le vivre-ensemble et le dialogue interreligieux. Chaque fois que des tensions apparaissaient au sein de la société bruxelloise ou belge, nous étions en première ligne pour alerter les parents et calmer les esprits des jeunes. Et cette position que je défends est largement documentée. Lors des attentats de Bruxelles, nous avons été frappés en plein cœur et encore une fois, nous étions présents. J’avais d’ailleurs à cette occasion donner un prêche contre le terrorisme. La Belgique fait partie de mon identité, il s’agit de mon pays, j’y ai vécu davantage que le Maroc, mon deuxième pays. C’est pourquoi, je récuse et rejette totalement cette accusation qui n’a aucun fondement. »

Excursion commune de responsables de mosquées et de prêtres à l’abbaye de Tongerlo, à la mosquée Ibn Thabite et à la Maison d’Abraham, en 2008.

Une menace pour personne

«  Les musulmans de Belgique et de France me connaissent parfaitement, j’ai sillonné de nombreuses mosquées. Ils ont entendu mes discours, et c’est pour cela qu’aujourd’hui ils me soutiennent même si je n’ai rien demandé, c’est à leur propre initiative et je les en remercie et je demande à Dieu de les récompenser. Mais il est clair qu’ils ne peuvent rester silencieux devant une telle injustice car c’est une injustice flagrante. Qu’on demande à toutes ces personnes si je constitue une menace pour qui que ce soit ou pour la sécurité nationale. 

Mais encore une fois, ils me connaissent et savent que je ne suis une menace pour personne, que je n’ai jamais été un danger pour la sécurité nationale et leur témoignage est important car il joue en ma faveur et témoigne encore une fois de mon travail en faveur de la tolérance et du respect de chacun. » Et parmi les soutiens de première ligne, le conseiller communal molenbeekois CDH Ahmed El Khannouss. Un soutien vivement critiqué.

Ahmed El Khannouss condamné par la classe politique

Le conseiller communal a vivement réagi. Sur les réseaux sociaux, l’élu dénonce «  une décision unilatérale inique et totalement injustifiée ! On lui reproche des propos tenus il y a 10 ans ! Propos où il utilisa des termes crus. » Un soutien qui ne passe pas auprès de la classe politique. Le président du MR Georges-Louis Bouchez a dénoncé « une banalisation de l’antisémitisme inacceptable » tandis que la députée fédérale Catherine Fonck, également CDH, a assuré « je ne partage en rien la position d’Ahmed El Khannouss ». Le conseiller a reçu une notification du conseil de déontologie du CDH qui doit étudier son message posté sur les réseaux sociaux. Mais Ahmed El Khannouss persiste et signe. « C’est un soutien qui va au-delà des réseaux sociaux. Il y a une erreur qui a été commise et elle doit être réparée rapidement. Le secrétaire d’État à l’Asile et à la migration Samy Mahdi évoque trois éléments : le premier concerne une vidéo qui date d’il y a 13 ans dans laquelle il aurait appelé à brûler les juifs ce qui est totalement faux. Il évoque les oppresseurs sionistes. Ces propos sont durs et à l’époque je lui avait déjà fait remarquer, il s’en était excusé. Les instances juives avaient étudié la possibilité de porter l’affaire en justice mais il n’y avait pas d’éléments probants et l’affaire en était restée là. Ensuite, le secrétaire d’État parle d’une possible collusion avec les frères musulmans et les autorités marocaines, ce qui est totalement contradictoire… ce qui prouve que ces éléments sont totalement fallacieux. » Concernant la notification du comité de déontologie, Ahmed El Khannouss se dit totalement serein.  « Cette notification du comité de déontologie du CDH  ne m’impressionne nullement. Mes positions sont totalement assumées et je ne dirais pas le contraire. Ce qui m’intéresse c’est que justice soit faite. On ne peut tolérer qu’une telle injustice soit commise à l’encontre de l’imam Toujgani ou de n’importe quelle autre personne en Belgique. »

Entre les mains de la justice

Mohamed Toujgani s’étonne surtout qu’il n’ait jamais été informé des décisions qui avaient été prises à son encontre. « J’ai demandé une attestation de résidence, et là j’ai été informé que j’avais été radié de la commune. J’ai alors pensé qu’il s’agissait d’une erreur. J’ai donc pris contact avec un avocat pour essayer de comprendre où se situait le problème mais c’est à ce moment-là que l’avocat m’a informé que le problème ne se situait pas uniquement au niveau de mon lieu de résidence mais que mon permis de séjour m’avait été tout simplement retiré. J’ai demandé qui était l’autorité qui avait pris cette décision et il s’est avéré qu’elle provenait de l’Office des étrangers et qu’elle était bien officielle. J’ai chargé mon avocat de prendre les mesures légales pour casser cette décision. Avant mes propres démarches, je n’ai jamais reçu aucune notification pour me prévenir des différentes décisions qui avaient été prises à mon encontre. La moindre des choses est d’informer le principal intéressé et de me permettre également de pouvoir me défendre et de répondre aux accusations qui ont été portées à mon encontre. Cette décision est arrivée soudainement et m’a totalement surpris. Je la ressens comme des représailles à mon égard. Mais je m’en remets à Dieu. » L’imam a décidé de faire appel de cette décision : « bien évidemment, je n’en resterais pas là et je me tourne vers les tribunaux. J’estime que cette décision me prive de mes libertés et droits fondamentaux. Cette décision m’a causé beaucoup de problèmes : elle m’a séparé et éloigné de mes enfants et petits-enfants, elle m’a séparé des personnes que je côtoie et avec qui j’échange beaucoup, elle m’a éloigné de la mosquée. Je considère cela comme une injustice profonde et une privation de mes droits fondamentaux. Où sont les droits de l’Homme ? Ne suis-je pas un être humain (qui a ses droits) ? Par conséquent, j’ai porté plainte afin de casser cette décision et de lever cette injustice. Je rappelle à Mr Sammy Mahdi, que ce sont des jours d’épreuves pour l’humain que je suis, mais je n’ai rien de personnel vis-à-vis de sa personne, et je m’en réfère à la justice pour asseoir mes droits»

Enfin, le théologien souhaite adresser un message à la communauté musulmane belge : « Je les remercie encore une fois et les appelle à rester unis, solidaires et à s’entraider dans les bonnes œuvres. Et s’ils décident de me soutenir pour que mes droits soient rétablis, j’en appelle à ce qu’ils le fassent dans le respect de la loi et de manière calme et pacifique. »

Son avocat a annoncé son intention de s’opposer à la décision pour des raisons de force majeure. 

H.B.

Les métaverses, un monde futuriste pour nous rapprocher ou nous disperser?

Le 28 octobre 2021, le géant Facebook change son nom en META. Marc Zuckerberg, propriétaire de Facebook, Instagram, WhatsApp et de la société de réalité virtuelle Oculus, ne cherche pas uniquement à contrôler notre consommation en termes de publicités et faire de nous un produit. Aujourd’hui, il annonce qu’il a l’intention de régir et contrôler tous les aspects de notre vie : notre relation au travail, à l’école et à l’université, nos loisirs (du cinéma en passant par le sport aux jeux …), en monétisant tous ces aspects aux moindres détails. Les métaverses, qu’est-ce que c’est ? Un monde futuriste ? Est-ce un projet lointain ou proche ? A quel avenir faut-il s’attendre ? Pourquoi en parle-t-on maintenant ? Faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir ? Quel futur pour nos enfants ? Quels bénéfices pouvons-nous en tirer ? Ce sont à toutes ces questions auxquelles nous allons tenter de répondre !

Qu’est-ce qu’un métavers ?

Le métavers trouve son étymologie dans la langue grecque : Méta qui se traduit par « au-delà » et Vers pour l’« univers », Au-delà de l’univers. Ce terme métavers fut utilisé pour la première fois par Neal Stephenson dans son livre Snow Crash en 1992. Pour citer Neal Stephenson« le métavers est une invention de ma part, qui m’est venue à l’esprit quand j’ai réalisé que les mots existants (comme « réalité virtuelle« ) étaient trop maladroits pour être utilisés. »[1] Selon Wikipédia, un métavers (de l’anglais metaverse, contraction de meta universe, c’est-à-dire méta-universest un monde virtuel fictif. Le terme est régulièrement utilisé pour décrire une future version d’Internet où des espaces virtuels, persistants et partagés sont accessibles via interaction 3D.  Une définition différente considère « le métavers » comme l’ensemble des mondes virtuels connectés à Internet, lesquels sont perçus en réalité augmentée. On comprend donc que le métavers inclut la notion d’intelligence artificielle, d’un mode virtuel avec du gaming, des rencontres et l’utilisation d’une monnaie virtuelle. 

Immersion sensorielle et olfactive

Le métavers fait appel au moins à deux sens jusqu’aux cinq permettant ainsi une immersion sensorielle et olfactive. On entrevoit dans cet univers, un monde où des milliers voire des millions de gamers peuvent interagir et jouer ensemble, dans une même plateforme ; il est possible d’essayer des vêtements dans la boutique de notre choix grâce à notre avatar, une figure virtuelle personnelle, personnalisée et personnalisable qui possède toutes nos caractéristiques et nos mensurations permettant ainsi de représenter son utilisateur au mieux conformément à la réalité ; l’école et les formations peuvent se donner à distance tout en contrôlant la présence des étudiants : le métavers connecté à l’étudiant permettrait au formateur de vérifier que la personne suit bien le cours grâce à ses mimiques, son comportement comme dans un cours en présentiel ; il est possible de combiner le jeu et la pratique de sport ; il n’est pas vraiment possible d’utiliser la monnaie telle que nous la connaissons ; …

Le métavers, un monde futuriste ?

En réalité, les métavers existent depuis déjà une décennie. Par exemple, on le retrouve dans les sensations fournies par le casque Oculus (créé en 2010 par Marc Zuckerberg).

Alors pourquoi entendons-nous plus parler de métavers aujourd’hui ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène :

  1. Facebook a changé de nom et le monde cherche à en connaître les (vraies) intentions.
  2. Aujourd’hui, il y a une réalité telle que la technologie avance. Cependant, cette avancée ne concerne pas uniquement les métavers. On peut prendre comme exemple l’annonce d’Apple qui entreprend de créer une voiture 100% autonome. « Selon plusieurs informations récentes, le géant aurait effectué des avancées décisives dans son « Projet Titan ». Il aurait notamment mis au point l’essentiel de son processeur. Il viserait désormais 2025 pour le lancement de son Apple Car, qui éviterait toute interaction humaine. Mais les défis restent nombreux. »[2]
  3. Enfin, la raison principale et non des moindres est que la dernière pièce du gros puzzle est enfin accessible : La BLOCKCHAIN ; elle rend ainsi l’environnement du métavers plus interactif.

Qu’est-ce que la blockchain et pourquoi est-elle importante dans le métavers ?

La blockchain est un écosystème, « une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. »[3] Ainsi, la blockchain assure une transparence parfaite de toutes les transactions numériques échangées (dans les jeux par exemple, dans les achats) ; elle permet de créer un monde ouvert à tout le monde : les frontières géographiques n’ont pas d’importance ; elle permet de créer un monde virtuel sans aucune discrimination ; elle confère au métavers une notion de rareté et d’unicité.

Quel avenir nous promet le métavers ?

Il ne s’agit pas de donner une réponse claire et franche à cette question. Et en réalité, il n’est pas certain d’en trouver car la réponse est fortement nuancée. Au même titre, on peut se poser la question suivante : Quel avenir nous a promis la technologie d’internet ? Il faudrait donc faire un bilan pour répondre à cette question mais nous nous accorderons tous sur le fait qu’Internet a apporté son lot de bénéfices et d’inconvénients. Internet fut et est source de joie et plaisirs comme certains peuvent dire qu’il est source de malheurs. Néanmoins, la question est de se demander ce que chacun est capable d’en tirer de bien.

Métavers, quel danger ?

Le danger indéniable à ce projet est d’accroitre en l’homme la consommation générale : les joueurs actuels seront des plus grands joueurs puisqu’ils seront (mieux) rémunérés; mais aussi l’isolement : le métavers prône un monde où il n’est pas nécessaire de se voir physiquement ; la dépression ; une consommation moins écologique puisque les métavers utilisent la blockchain qui elle-même coûte énormément en termes d’énergie; une plus grande distraction ; une plus grande « perte de temps » ; une perte de contrôle éducationnelle : un enfant peut plus facilement sombrer dans les occupations des métavers et perdre le contrôle de ses envies. Les parents doivent être encore plus vigilants que pour l’utilisation simple d’internet. Ils doivent être encore plus attentifs à la diminution de la concentration ;[4] et enfin, une augmentation du temps d’écran ; …

Métavers, quel bénéfice?

A côté de ce danger, nous pouvons reconnaitre certains avantages tels que :

  • Une amélioration dans la qualité des jeux qui deviendraient bien plus interactifs et immersifs ;
  • Une amélioration dans l’accessibilité de l’enseignement : en effet, dans les pays du tiers monde, les personnes qui ne peuvent pas s’octroyer des études au sein des établissements classiques pourront suivre des formations plus accessibles ;
  • Une réduction du fossé éducationnel entre riches et pauvres ;
  • Une immersion et une meilleure pratique linguistique : les utilisateurs des métavers seront amenés à choisir une ou plusieurs langue(s) commune(s) partagée(s) par tous pour discuter ;
  • Un meilleur échange interculturel ;
  • Une génération mieux formée ce qui permettrait une plus grande avancée technologique et donc une accélération dans le progrèsà un cercle vertueux …

Enfin, on peut ainsi conclure que comme pour toute chose, il est possible de tirer des bienfaits comme il est possible d’en faire un mauvais usage. L’essentiel est d’être conscient du danger potentiel et d’en exploiter au mieux les ressources du projet. La technologie d’internet en est un bon exemple. A l’image de l’utilisation d’un couteau qui permet à son utilisateur de couper la viande pour se nourrir ou de tuer avec, les métavers promettraient de belles avancées tout comme ils annoncent de grands dangers. La remise en question de l’utilisateur est primordiale et est toute aussi importante que la remise en question du projet métavers en tant que produit. Il faut donc s’octroyer un temps de préparation pour accueillir le métavers.

Nelm


[1] https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/09291016.2019.1620487


[2] https://blockchainfrance.net/decouvrir-la-blockchain/c-est-quoi-la-blockchain/

[3] https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/comment-apple-avance-a-grand-pas-vers-une-voiture-electrique-et-100-autonome-1365949

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tavers#cite_ref-4

Zaha Hadid, une architecte en avance sur son temps

Son style se caractérise par des courbes, des angles aigus, des plans superposés qui donnent à ses créations complexité et légèreté et c’est d’ailleurs pour cela que sa carrière a mis un certain temps à débuter parce que ses projets originaux et novateurs sont jugés difficile à construire. Portrait

Zaha Hadid est née le 31 octobre 1950 à Bagdad en Irak, dans une famille sunnite de la classe supérieure. Son père, Muhammad Al Hajj Hussayn Hadid était un riche industriel de Mossoul. Il était l’un des fondateurs du groupe politique de la gauche libérale entre 1930 et 1940, il a été le co-fondateur du parti national démocrate en Irak.  Sa mère Wajiha Al-Sabunji était une artiste originaire de Mossoul.

Dans les années 1960, son père l’envoie avec ses deux frères en Europe où elle est en pensionnat en Angleterre et en Suisse. Par la suite, elle s’installe au Liban où elle étudie 

les mathématiques, avant de déménager à Londres pour étudier l’architecture. A la sortie de ses études, elle travaille avec ses anciens professeurs et devient leur associée en 1977.

Elle rencontre Peter Rice, l’ingénieur qui l’a aidée et encouragée à une période où ses œuvres semblent difficiles à construire. 

En 1980, elle crée sa propre agence à Londres. Durant ces années, elle enseigne également dans les plus prestigieuses institutions internationales. 

Toutefois en 1993, elle parvient à réaliser son premier bâtiment : la caserne des pompiers de l’entreprise Vitra en Allemagne. L’ouvrage révèle déjà le style déconstructiviste de l’architecte. Sa créativité l’a poussée à s’éloigner des schémas architecturaux classiques.

Les années suivantes, elle enchaîne les constructions dans de nombreux pays du globe.

En 2004, elle reçoit le prix Pritzker et c’est la première femme à l’obtenir. C’est une reconnaissance qui couronne l’une des plus grandes architectes du déconstructivisme, un mouvement qui refuse la rationalité et l’ordre linéaire. Elle est la deuxième architecte à bénéficier de cet honneur après Frank Gerhy.

La même année, elle reçoit un titre honorifique de l’université américaine de Beyrouth. 

Elle est classée par le magazine Forbes au 69ème rang des femmes les plus puissantes du monde.

En 2012, elle est désignée pour la construction du stade olympique national de Tokyo mais son projet est très critiqué. Plusieurs architectes japonais le désapprouvent et ces réactions pouvant éventuellement venir du dépit de voir une femme étrangère remporter ce concours.

Ses structures sont souvent irrégulières et courbées reposent sur une impression de dynamisme et de mouvement. Elle avait la volonté de marier son architecture à l’environnement qui l’entoure et utilise également différents matériaux comme le verre, le plastique, le titane ou encore l’acier. 

Elle a pu réaliser une vingtaine d’œuvres d’art. 

En 2016, Zaha Hadid réalise la dernière œuvre architecturale de son vivant : Le Havenhuis du port d’Anvers en Belgique. Recouvert de verre, le bâtiment est à l’image de sa carrière, innovant et spectaculaire !

Zaha Hadid est décédée à Miami le 31 mars 2016 à l’âge de 66 ans des suites d’une crise cardiaque. 

Toutefois, même après sa mort, son entreprise continue d’être l’un des principaux points de référence du panorama architectural actuel. 

                Samira Boufous

Célébrer son anniversaire?

Aujourd’hui, peut-être hier ou demain, on t’annonce l’ajout d’une année à entamer.

A nouveau durant trois cent soixante-cinq jours,

Tu as fait des pas qui se sont rapprochés tous, de ta première destinée.

L’endroit où tu ne pourras plus marcher et isolé jusqu’au Jour Dernier.

Pour l’instant, espérons que tu devras encore parcourir un long sentier. 

Il sera peut-être muni d’épines et parfois fleuri d’une allée apaisée. 

Et pour chaque voie empruntée, tu t’es levé sans difficulté. 

Mais as-tu cru que c’est une habilité dont tu es le concepteur et que tu as établie ?

Toi, qui n’es que faiblesse et te dissipes dans le sommeil aussitôt que ton esprit veut s’évanouir.

Ne vois-tu pas le lever et le coucher de cet astre qui apparaît ou se retire selon le commandement divin et qu’aucune créature n’arrivera à inverser l’est par l’ouest, ni le nord par le sud ?

Avoir une telle pensée est à l’image de ce navire qui navigue sans guide, sans voilier, et par-dessus tout, construit sur base de papiers mâchés. Voilà l’image de l’esprit d’un sot qui croit pouvoir marcher sur l’eau. 

Sache que tout, sans exception, ce qui est visible et invisible, connu ou inconnu, peu importe… toute créature est sous l’unique volonté divine. Rien ne peut être sans Sa permission. Ni un clin d’œil, ni un souffle, ni une poussière qui traverse le désert, ni la goutte d’eau au milieu des océans, ni l’étoile au milieu de la galaxie et tout ce qu’Il englobe car Il est Allah, L’Unique Seigneur des mondes. كن فيكون._ 

Alors si, al hamedulilah, tu te rends compte que tu continues à faire des pas, remercie Le Très Haut de te les avoir accordés et implore-Le que ceux-ci te conduiront vers une belle destinée.

Tes prières seront tes stations pour que tu puisses te retrouver avec ton Aimé. Ces rencontres qui réjouissent ton cœur à chaque appel adressé à Sa Grandeur pour que ton âme se purifie, te confier à Lui pour exprimer tes regrets où ton front est magnétisé au sol, où la honte nous pulvérise de peur tout en recherchant refuge auprès de Sa Miséricorde afin d’obtenir et ressentir Sa douceur.

Combien de stations as-tu ratées au cours des trois cent soixante-cinq jours ?

Recherche perpétuellement Sa Compagnie, utilise comme boussole Son Livre et comme parfait guide, le Prophète Mohammedﷺ, celui qui l’a transmis.

Pour lors, célébrer son anniversaire, n’est pas allumer des bougies plantées dans un gâteau et ensuite souffler. Par contre, annoncer son anniversaire, est plutôt l’occasion de méditer et de veiller à illuminer sa foi pour espérer que le jour arrivé, soit la célébration de son entrée au paradis pour l’éternité. 

Qu’Allah nous pardonne, nous accorde une longue vie sous Son obéissance et une fin pour un début de merveilles. Amin.

ℒamiaaℳ

Fuir ou rester? Le dilemme de Waad El Kateab

La guerre n’a ni couleur, ni religion, ni ethnie, ni terre. Elle s’installe, s’éternise sur les territoires et ces habitants n’ont de but que de survivre et de se maintenir en vie quoi qu’il arrive ; quitte à s’exiler loin de chez eux pour aspirer à un avenir meilleur pour eux et leurs familles. Fuir la guerre, la famine, le siège, la dictature ou rester en sursis, pour une vie de résistance en côtoyant la mort à chaque instant, voilà le dilemme d’un exilé.

2015. Première grande crise migratoire du XXIe siècle, où des centaines de milliers de familles syriennes fuyaient leur pays dévasté par la guerre civile, via la Turquie afin de trouver refuge en Europe. Six ans après, des Syriens sont cette fois-ci bloqués aux frontières de la Biélorussie et de la Pologne, pris au piège comme des pions d’un échiquier sur fond de rivalités politiques. Refoulés des deux côtés, des hommes et des femmes ainsi que des enfants se retrouvent bloqués le long de la frontière forestière des deux pays. Rares sont les images et les informations réelles car les journalistes et les ONG n’ont pas accès à cette zone frontalière. C’est à croire que le « jeu » perdurera jusqu’à ce qu’un camp fasse « échec et mat ». Un duel entre intérêt économique et intérêt politique ! Mais où est l’intérêt humain, la dignité ?

Une crise humanitaire avant tout

Le problème est devenu un tas de poussière qu’on voudrait cacher sous le tapis ; alors que des pays durcissent le ton en projetant de construire un mur, d’autres encore veulent ignorer l’urgence du problème. Cette crise migratoire est une crise humanitaire, elle va de la responsabilité de tous les pays du monde et pas seulement de l’Europe. Nous sommes en 2021 et la question des réfugiés n’est plus le sujet numéro un dans l’opinion publique de l’Europe, plus préoccupée par la reprise économique et sociale après la crise du covid (crise dont nous ne sommes pas encore sortis). Il faut parfois des drames humains pour remettre autour de la table les politiques sur la crise migratoire.

A la question du traitement de l’information des médias européens sur le conflit syrien, certains médias ne distinguent pas l’affrontement qui dure depuis plus de 10 ans et le voient comme une affaire de terrorisme ; et parfois (quand la Syrie devient un sujet d’élection) on montre un pays devenu plus calme et plus ouvert aux changements, et les Européens ne comprennent pas pourquoi les réfugiés ne retournent pas dans leur pays.

Pour ne pas oublier

Pour ceux et celles qui se demandent pourquoi ils viennent en Europe, voici la réponse en 1h35 de film. « Pour SAMA, journal d’une mère syrienne »[1] est un reportage pour que la guerre en Syrie ne devienne pas un conflit oublié. Ce documentaire est dédié à SAMA, la petite fille de la journaliste Waad Al Kateab, un message d’amour et un cri de détresse lancé au reste du monde. Un témoignage intime sans être voyeuriste, pour sauvegarder la mémoire d’un conflit vécu de l’intérieur, au quotidien. Un témoignage au monde entier des horreurs d’une guerre civile dont l’Occident et sa population ne semblent pas prendre conscience, comme dans tant d’autres hostilités.

Les images tremblent. Au détour d’un couloir, une déflagration, la panique et la poussière qui rend l’air irrespirable. Dans le sous-sol de l’hôpital où travaille Hamza, le mari de Waad, des blessés s’entassent… « SAMA, tu es ce qui nous est arrivé de plus beau. Mais quelle vie ai-je à t’offrir, toi qui n’as rien demandé à personne ? » s’interroge Waad en contemplant sa petite fille de quelques mois. Du rire aux larmes, des petits bonheurs aux grandes terreurs, Waad Al Kateab a filmé pendant 5 ans, l’espoir né à Alep avant que le chaos ne s’empare de la ville assiégée. Pour son enfant, qui sourit entre ses bras et sursaute au fracas des tirs, la jeune femme saisit un monde solidaire aux abois, où chacun se débat pour sa survie mais aussi pour celles des autres. Waad témoigne de l’horreur ordinaire : « Jamais nous n’aurions imaginé que le monde puisse permettre cela ! ».[2]

Ce reportage est un condensé de notre humanité, dans tout ce qu’elle a de pire et de meilleur. Et peu importe le nom que les partis politiques leur donnent : refugiés ou migrants, il serait intéressant de se questionner à propos de notre accueil. C’est pourquoi, ce documentaire s’adresse d’une part, à nous, pour changer le regard que nous portons sur les réfugiés et d’autre part, aux décideurs et aux personnes qui ont du pouvoir, à ceux qui peuvent faire la différence…

Najoua


[1]  Pour SAMA, journal d’une mère syrienne. Sortie en juillet 2019 aux États-Unis, puis en Europe en octobre 2019, il reçut divers récompenses et prix dont l’Œil d’Or du meilleur documentaire au festival de Cannes en 2019. Documentaire de Waad Al Kateab et Edward Watts.

[2] Tiré du site www.arte.tv, documentaire diffusé le mardi 9 novembre 2021 à 20h25.

Quand l’islam s’invite dans une maison juive

Qui n’a pas entendu parler de ces belles âmes charitables qui invitent chez elles des réfugiés, venus de loin, très loin, qui ont traversé des périples horribles ? Des récits à nous glacer le sang. Des récits qui nous rappellent notre confort, la chance d’être nés dans un pays avec des droits… J’ai fait de très belles rencontres d’hébergeuses qui accueillent chez elles des personnes ayant traversé, au risque de leur vie, la mer, la misère, la torture, côtoyé la mort, pour arriver en Europe, avec l’espoir d’un avenir meilleur. Ces personnes sont appelées nos amis ou les invités afin de donner un côté plus humain, moins stigmatisant. Je vous livre aujourd’hui une de mes plus belles rencontres. Celle de Karine qui accueille Abdallah. Karine est juive et Abdallah musulman. 

Il arrive que des hébergeurs et hébergeuses n’ouvrent leur porte que le temps d’une nuit ou deux. Ce qui est déjà formidable. Ils permettent à nos amis d’être à l’abri du froid, de la pluie, de la faim et du danger de la police. Ils leur permettent également de prendre une douche, avoir du wifi pour contacter leurs proches, laver leurs vêtements, se confier s’ils le désirent. Ensuite retour au parc ou dans une autre famille d’accueil. 

D’autres accueillent à plus long terme, créant des liens, leur confiant les clés, … et considèrent leur invité comme un membre de la famille. J’ai eu le bonheur de rencontrer ce genre d’hébergeuses. Que vous dire … ? Un don de soi, un partage qui est rare. 

J’ai fait la connaissance de Karine via une autre hébergeuse. Il faudra des mois avant qu’elle ne me confie qu’elle est juive. Après avoir perçu ‘mon ouverture d’esprit et la tolérance’. 

Abdellah, lui, a directement montré sa religiosité. Dans les paroles mais aussi et surtout dans les actes. Malgré les épreuves, il tient fermement à sa foi. Ou plutôt grâce à sa foi, il surmonte les épreuves. Manger halal est une condition sine qua non. Il va jusqu’à lire les étiquettes sur les paquets de biscuits et autres. Il jeûne les lundi et jeudi, le mois de Ramadan, lit le Coran, prie la nuit, ses prières quotidiennes, va à la mosquée, … Dans sa recherche d’emploi, il n’a qu’une seule exigence : faire sa prière à l’heure. Karine me confie qu’il connaît le Coran par cœur et que ses connaissances sont bien maîtrisées. Elle a plusieurs fois tenté de le déstabiliser ou lui poser une colle mais en vain. Il maîtrise. Et elle adore leurs échanges. Il lui explique les similitudes entre les deux religions, les 3 même, lui parle des différents prophètes, …

Une lumière sur le visage

Elle ne comprend pas sa colère contre les caricatures … après tout, ce ne sont que des dessins. Avec émotion, il lui raconte combien le Prophète, pbsl, est sacré, bien plus que notre propre personne. Avec pudeur, elle le comprend maintenant.  Abdallah a une lumière sur son visage qui est très impressionnante. Des paroles douces, qui plaisent à Allah. Et un sourire qui ne le quitte pas. Il marque les petits et les grands.  Karine est folle d’inquiétude pour lui. Elle en a eu des invités mais lui, ce n’est pas pareil, me confie-t- elle. Elle a dépensé des sommes énormes pour sa demande d’asile, pour l’aider à passer en Angleterre, payer les avocats, chaussures, vêtements, pour acheter un scooter, le lancer dans les livraisons Uber, … 

Des cours de Coran donnés dans une maison juive

Elle me confie que Abdellah a un amour pour le Coran tellement immense qu’elle le voit bien l’enseigner. Et il apprécie beaucoup les enfants.  Je lui propose donc un petit job qui allie les deux : il a quelques fois donné des cours de Noraniya[i] à mes enfants ainsi que la correction des sourates. La première fois, ils y sont allés avec des pieds de plombs. Ils sont ressortis de là sous le charme. Eux parlent français, lui l’anglais. Et malgré cela, il a su leur parler, avec le cœur. Ils m’ont dit combien il était doux, attentionné et qu’il ne faisait que sourire… Quand ils se trompaient, il les encourageait, les félicitait. Il n’a aucun revenu mais a refusé que je lui donne des sous…Il le fait pour Allah. Pas possible pour lui de faire payer le Coran.   Karine lui a beaucoup apporté et continue de le faire. Elle s’est parfois arraché les cheveux pour lui. Mais pour rien au monde elle ne le lâcherait. Il fait partie de sa famille maintenant.  Abdallah a permis, avec douceur, patience et fermeté, à cette hébergeuse de comprendre plein de choses, d’éclairer des zones d’ombre, d’instaurer un respect… de faire entrer l’Islam dans une maison juive.  

Fatima J.


[i] La méthode Nourania (القاعدة النورانية) ou al Qaeda Nourania est un système d’apprentissage de la langue arabe aux moyens du Quran. … En résumé, cette méthode offre à l’apprenant un moyen efficace d’apprendre l’alphabet arabe, sa prononciation correcte et les règles du tajwid du Quran par la même occasion.

La onzième heure

Nous vivons une période inédite, une période de changement, une période de transition accompagnée d’incertitudes, d’imprévisibilité, de perte de repères. Nous éprouvons de multiples émotions, une fragilité qui a bouleversé nos styles de vie. Au niveau mondial, cette expérience nous a transformés, elle nous a démontré que nous sommes tous logés à la même enseigne face à de tels bouleversements. Forcés de marquer l’arrêt, voilà une occasion propice pour se reconnecter à soi-même. Dans son ouvrage, « La onzième heure », Martin Lings (Abu Bakr Siraj al Din) érudit anglais musulman, nous donne quelques pistes de réflexion concrètes sur la façon d’aborder le monde moderne.

La onzième heure ?

Lorsque l’individu arrive à la fin d’un travail, on le qualifie péjorativement « d’ouvrier de la onzième heure ». Les travailleurs prestaient de six heures du matin à dix-huit heures et, sur ces douze heures de travail, certains se permettaient de terminer une heure plus tôt tandis que d’autres s’autorisaient à ne venir travailler qu’à la dernière heure pour toucher le même salaire. La onzième heure prend ses origines dans une histoire racontée dans l’évangile:

« Voici en effet à quoi le règne des cieux est semblable: un maître de maison qui
était sorti de bon matin embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord
avec les ouvriers pour un denier par jour et les envoya dans sa vigne. Il sortit
vers la troisième heure, en vit d’autres qui étaient sur la place sans rien faire et
leur dit:  Allez dans la vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.  Ils y
allèrent. Il sortit encore vers la sixième, puis vers la neuvième heure et il fit de
même. Vers la onzième heure, il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient
là et leur dit: Pourquoi êtes-vous restés ici toute la journée sans rien faire? Ils lui répondirent:  C’est que personne ne nous a embauchés. Allez dans la vigne, vous aussi, leur dit-il. Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant: Appelle les ouvriers et paie-leur leur salaire, en allant des derniers aux premiers. Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent ensuite, pensant recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. En le recevant, ils se mirent à maugréer contre le maître de maison et dirent: Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur! Il répondit à l’un d’eux: Mon ami, je ne te fais pas de tort ; ne t’es-tu pas mis d’accord avec moi pour un denier?  Prends ce qui est à toi et va-t’en.  Je veux donner à celui qui est le dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux? Ou bien verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon? C’est ainsi que les derniers seront premiers et les premiers derniers. 
»

Confiance et honnêteté

Après lecture de cette histoire, nous constatons premièrement que ces ouvriers de la onzième heure ne se préoccupent absolument pas de leur salaire. Ils ignorent ce qu’ils vont gagner. Il ne leur est même pas annoncé, contrairement aux ouvriers de la troisième heure, à qui l’on précise seulement un salaire juste. Mais ils se mettent tout de même au travail. Ils sont désintéressés. Ils font entièrement confiance au propriétaire, ils le croient sur parole. Ils auront la bonne surprise de recevoir bien plus qu’espéré,… dix fois plus. Deuxièmement, ces ouvriers reconnaissent humblement que personne n’a voulu d’eux. Ils ne cherchent pas à se mettre faussement en avant, ils ne cherchent pas à cacher leur faiblesse. Devant le propriétaire, ils sont sans fraude. Qui peut juger du poids de l’épuisement des uns? Qui peut juger de l’investissement des autres?

Vers la douzième heure

Selon Martin Lings, notre époque correspond à « la onzième heure », qui précède immédiatement cette « douzième heure ». Concrètement, dans notre époque plus que jamais, tout s’achète, tout se mérite. Dans notre société, la justice veut que chacun reçoive en proportion de ce qu’il a fait, dans une relation donnant-donnant. Ce sont désormais les producteurs et commerçants qui dominent notre monde. Dans cette perspective, la grâce de Dieu peut nous paraître injuste, parce qu’elle ne se fonde pas sur notre propre conception de la justice. Mais la miséricorde divine est bien présente aujourd’hui.

Dans la tradition tibétaine, tous s’accordent à annoncer que la douzième heure marquera la conclusion non pas de « la fin des temps » ni de
« l’Age de fer » ou encore de « l’Age sombre » mais bien de l’un des grands
cycles des quatre Âges de l’histoire de l’humanité. Cet âge sombre (période actuelle) doit être inévitablement succédé par un nouvel « Age d’or » . Dans ce cadre Martin Lings analyse les aspects négatifs du monde moderne puis les aspects positifs qui sont la contrepartie Miséricordieuse.

A retenir

Voici quelques mots d’ordre pour vous prémunir et vivre cette transition en toute confiance :

  • Dédramatiser car ce à quoi l’on résiste persiste,
  • Se responsabiliser car ce à quoi l’on fait face s’efface,
  • Lâcher prise car ce à qui nous affecte nous infecte,
  • S’exprimer car ce à que l’on réprime s’imprime,
  • S’enraciner car ce que l’on fuit nous poursuit
  • Rayonner car ce qui émane de nous revient à tous les coups,[1]
  • Enfin, apprenons à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide…  

Hana


[1] https://m.facebook.com/276796229032963/photos/les-7-cl%C3%A9s-de-la-lib%C3%A9ration-int%C3%A9rieure1%C3%A8re-cl%C3%A9-sexprimer-ce-que-lon-r%C3%A9prime-simp/1045352548843990/, consultée le lundi 20 décembre