Pour le devoir de mémoire

Amie lectrice, ami lecteur, que la paix soit sur vous !

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion de lire le roman Les matins de Jénine de Susan Abulhawa qui retrace le déracinement d’une famille palestinienne, sur quatre générations, meurtrie et prise au piège par le conflit israélo-palestinien. Ma « consœur de calame[1] », H.B., a trouvé les mots justes pour relater ce récit historique dans un article poignant que je vous invite à découvrir.

J’ai choisi de m’attarder sur un autre aspect du livre.

« Un arbre n’est la propriété de personne, poursuivit-il. Il peut t’appartenir à titre temporaire, comme tu peux lui appartenir Nous venons de la terre, nous lui donnons notre amour et notre travail et, en retour, elle nous nourrit. Quand nous mourons, nous retournons à la terre. D’une certaine manière, c’est elle qui nous possède. »

Extrait « Les Matins de Jénine »

On dit que les gens qui vivent près de la terre ont un rapport aux relations humaines authentique : sens du partage, de l’hospitalité, de l’accueil… non altéré ou dénaturé par de quelconques us protocolaires dont nous avons le secret dans nos contrées où la surconsommation est reine.

Et c’est eux que nous appelons « pauvres »…! Mais pauvres de quoi ?! Pauvres de ne pas posséder d’objets inutiles ? Pauvres de ne pas être victimes de surabondance ? Pauvres de ne pas s’encombrer des diktats des apparences ?

A l’image de ces personnes vivant près des terres, les personnages du roman de Susan Abulhawa ont compris l’essentiel : le détachement et le sens des valeurs.

Le minimalisme leur a permis de cerner la richesse de ces petits moments de bonheur à saisir au quotidien ;

L’épreuve leur a révélé l’éphémérité de la vie ;

La détresse leur a offert un lien privilégié avec l’Unique ;

Le dénuement leur a enseigné la force d’âme.

L’épreuve, la détresse, le dénuement, … auraient-ils donc pour rôle de nous emmener dans les abysses de notre être pour faire jaillir les richesses enfouies en nous que l’on ne soupçonne guère ?

Voilà ce qu’est parvenue à faire Susan Abulhawa de ce livre intimiste, écrit avec finesse, pudeur et poésie : amener le lecteur à sonder l’intensité profonde de ses émotions, de ses sentiments et explorer les tréfonds du sens des valeurs. Juste grandiose !

Un livre puissant qui décrit à la fois la beauté de ce roman et l’effroi qu’il raconte.

Un livre qui ne laisse pas indifférent et qui nous interpelle au moment de tourner la dernière page… :

  • « Vas-tu me ranger dans ta bibliothèque et faire comme si de rien n’était, en somme comme fait le monde entier depuis 1948 ? »
  • « Non, répondis-je. Ma modeste contribution sera un article dans le blog ‘L’Autre Regard’. »

Pour des Hommes et des Femmes qui inspirent le respect,

Pour redonner la parole à ceux qui ne l’ont plus,

Pour la dignité et les droits humains bafoués,

Pour crier à l’injustice stridente dont nous sommes spectateurs,

Pour un peuple à genoux qui garde la tête haute,

Pour le devoir de mémoire.

L.M.


[1] Calame : roseau taillé en pointe dont on se sert pour l’écriture.  

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