Le Dictateur, briser le silence pour faire entendre sa voix

Ce film retrace l’histoire de deux personnages principaux : un modeste petit barbier juif qui vit dans le ghetto et Adenoïd Hynkel, le dictateur et chef d’état de Tomania. Tous les deux (interprétés par l’acteur Charlie Chaplin lui-même) mènent des vies totalement opposées. L’histoire prend une tournure intéressante lorsqu’on s’aperçoit que ce petit barbier ressemble physiquement au dictateur Hynkel…

Faire parler le personnage de Charlot était risqué car il a connu le succès sous le cinéma muet. C’est pourquoi l’acteur a longuement hésité à produire un film parlant. Alors pour « briser le silence », et grâce à son personnage fétiche, Chaplin fera passer ses réflexions sur cette époque difficile que fut la seconde guerre mondiale. Il fera, à juste titre, une comparaison de vie entre ces deux personnages et mettra en scène l’abrutissement de l’idéologie nazie du dictateur Adolf Hitler.

La réception du film a été très mitigée, et dans certains pays comme la France, la Serbie, l’Espagne, l’Amérique latine et bien évidemment l’Allemagne, sa diffusion est tout simplement interdite. Il faudra attendre la fin de la guerre pour que le film trouve son public et devienne un succès populaire et un monument cinématographique. Le Dictateur est aujourd’hui un des films les plus cultes de tous les temps.

1940, The Great Dictator[1]. Sortie du premier film parlant de l’acteur et réalisateur Charlie Chaplin à New York.

Mais il y a une scène qui transcende par-dessus tout le message du film. Cette scène, c’est bien évidemment le discours final[1], dont on vous propose de profiter :

Herr Garbitsch, ministre de l’intérieur et ministre de la propagande prend la parole devant un peuple conquit par l’armée de Hynkel, dictateur de Tomania:

« La victoire vient aux hommes qui la mérite! Aujourd’hui, les mots démocraties, liberté et égalité ne servent qu’à duper les peuples. Aucune nation ne progresse avec ce genre d’idées, elles arrêtent toutes formes d’actions, c’est pourquoi nous avons décidé de les abolir. A l’avenir, nous demandons à tous les citoyens de servir l’état avec l’obéissance la plus aveugle. Nous n’accepterons le refus de la part de personne. Nous retirons les droits de citoyenneté à tous les juifs et aux autres non aryens[2]. Ils sont inférieurs, et comme tels des ennemis de l’état. C’est un devoir pour les vrais aryens de les haïr et de les mépriser. Dorénavant cette nation est annexée à l’empire de Tomenia et le peuple de cette nation devra obéir aux lois tomanienne établies par notre grand chef, le dictateur de Tomenia, le conquérant de l’Osterlish, le futur empereur du monde. »

Et le barbier, qui a été pris pour Hynkel, lance un appel à la paix, en répondant ainsi :

 « Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. […] Dans ce monde, chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche pour nourrir tout le monde. Nous pourrions tous avoir une belle vie libre mais nous avons perdu le chemin. L’avidité a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour finir enfermés. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent néanmoins insatisfaits. Notre savoir nous a rendu cyniques, notre intelligence, inhumains. Nous pensons beaucoup trop et ne ressentons pas assez. Etant trop mécanisés, nous manquons d’humanité. Etant trop cultivés, nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités, la vie n’est plus que violence et tout est perdu.[…] Je dis à tous ceux qui m’entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne pourra périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, ceux qui vous méprisent et font de vous des esclaves, enrégimentent votre vie et vous disent ce qu’il faut faire, penser et ressentir, qui vous dirigent, vous manœuvrent, se servent de vous comme chair à canons et vous traitent comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec des cerveaux-machines et des cœurs-machines. Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur. Vous n’avez pas de haine, seuls ceux qui manquent d’amour et les inhumains haïssent. Soldats ! ne vous battez pas pour l’esclavage, mais pour la liberté !

Il est écrit dans l’Evangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est au dedans de l’homme », pas dans un seul homme ni dans un groupe, mais dans tous les hommes, en vous, vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. […] Alors, battons-nous pour accomplir cette promesse ! Il faut nous battre pour libérer le monde, pour abolir les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l’avidité, la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront vers le bonheur de tous. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous ! »

Le Dictateur est un film de deux heures à découvrir ou à redécouvrir. Une grande leçon d’humanité, qui trouve écho en ces temps difficiles que nous vivons aujourd’hui. Est-ce que l’Histoire se répète ? Quand prendrons-nous conscience des leçons de notre passé ?

Najoua


[1] Titre original du film de Chaplin. Il peut être visionné sur des plateformes comme Netflix et autres sites de cinéma. Sortie en 1945 en Belgique et en France.

[2] Tiré du site Dailymotion : Charlie Chaplin-discours dans le « Le dictateur » -1940 ! de Syl20.

[3] Aryens ou Arya est un terme qui signifie « noble » qui a été utilisé comme autodésignation par les Indo-Iraniens. C’est sous l’Allemagne nazie que ce terme fera surface au début du XXième siècle.

Youssef Ibn Tashafin, grand dirigeant du Maghreb

Non seulement grand chef de guerre mais aussi fondateur de la ville ocre de Marrakech, Youssef Ibn Tashafin permettra l’expansion de la foi islamique dans toute sa contrée. Il a régné sur un immense empire : le Maroc, l’ouest de l’Algérie, la Mauritanie, le Sénégal, l’Espagne, le Portugal. Il aura marqué l’histoire de l’islam mais aussi celle du Maghreb et du monde musulman. Portrait

Youssef Ibn Tashafin As-Senhaji est né entre 1006 et 1009 dans le grand Sahara. Il est le premier Sultan de la grande dynastie des Almoravides. Originaire d’un groupe de tribus berbères nomades sahariennes qui se déplaçaient entre le Sénégal et le Sud du Maroc. Ces tribus faisaient parties du grand groupe des Senhajas qui se sont convertis à l’islam au IXe siècle.  Après avoir effectué le grand pèlerinage à la Mecque, le chef d’une des tribus, nommé Yahya Ibn Ibrahim, prend conscience des erreurs commises au niveau des croyances et pratiques religieuses. Il décide alors de retourner dans son pays accompagné d’un savant en sciences religieuses nommé Abdallah Ibn Yasser afin de leur enseigner les règles de l’islam et fonde ainsi le mouvement des Mourabitounes (Almoravides en français), qui est une confédération de tribus mais aussi une confrérie religieuse reprenant les principes du rite malékite.

Abdallah Ibn Yasser est un prédicateur rigoureux qui impose aux nomades le respect des règles de l’islam mais ceux-ci trouvent ces obligations insupportables. Après plusieurs années de prédication, il les abandonne et crée le « Ribat », un couvent religieux et militaire strict où sont formés des moines-soldats. Après la mort de Yahya, c’est son frère Abu Bakr Ibn Omar qui reprendra les rênes. Youssef a déjà plus de trente ans lorsqu’il rejoint le mouvement des Mourabitounes. 

Zayneb Al Nafzawiya, « Reine de Marrakech »

Zayneb Al Nafzawiya, l’épouse de Youssef Ibn Tashafin, avec qui il aura deux enfants, est la femme la plus célèbre du Maroc. Youssef est son quatrième époux. Zayneb est originaire d’une région près de la vallée de l’Ourika. Issue d’une famille instruite, elle reçut un apprentissage important dès son plus jeune âge. Quand le souverain s’installe à Marrakech, il n’est qu’au début de ses conquêtes. Zayneb sera une excellente conseillère politique, une stratège qui assistera son époux. Elle est tellement éloquente et experte en négociations politiques qu’on la surnomme « la magicienne ». Elle gouverne en l’absence de son époux et dessine les plans de la ville rouge. C’est à partir des plans de son épouse, qu’Ibn Tashafin fait construire la ville. Construction de mosquées, madrassas, et plantation de la palmeraie auront lieu durant son règne. Son influence change aussi les mœurs du Maroc. En effet, elle permet aux femmes de se mettre au-devant de la scène et ainsi participer à la vie politique.

Le mausolée d’Ibn Tashafin se trouve actuellement à Marrakech non loin de la mosquée Koutoubia

L’Andalousie

Une fois installé dans la ville impériale de Marrakech, Youssef continue ses campagnes vers le nord et fait tomber : Fès, Tanger, Tlemcen, Sebta, Oran, Alger avec  pour objectif de combattre l’injustice. Al Mutamid, prince ommeyyade, qui règne en Andalousie fait appel à Youssef car il est sous la menace d’Alphonse de Castille.  Selon le livre de Shawki Abu Khalil, les deux troupes adverses campent à Badajoz. « Ibn Tashafin donne le choix au roi Alphonse entre trois options : se convertir à l’islam, payer le tribut pour les musulmans ou s’apprêter au combat,… »

Celui-ci choisit de combattre. Youssef grand stratège militaire parvient à vaincre les armées croisées de Zallaqa (Sagrajas) et arrête ainsi la Reconquista. Sa gloire est reconnue jusqu’en Orient où Al-Ghazali fait ses éloges auprès du calife abbasside de Bagdad qui le nommera « Amir Al Mueminin » (prince des croyants) et défenseur de la foi. Ibn Tashafin mènera ensuite une campagne contre les dirigeants en Andalousie et rétablira ainsi l’ordre et la réunification du territoire. Il s’empare des villes de Grenade, Almeria, et Badajoz et avance jusqu’à Lisbonne. Seule la ville de Valence lui résistera.

Youssef Ibn Tashafin aura régné sur un immense empire de 4 millions de mètres carré qui s’étend du Tage jusqu’au Sénégal, à cheval entre l’Afrique et l’Europe et dont la capitale était Marrakech. Il aura joué un grand rôle dans l’expansion de l’islam. Il aura répandu le rite malékite dans tout le Maghreb et aura créé un système monétaire unifié jusqu’au nord de l’Europe. Son fils Ali reprendra le flambeau après sa mort mais son empire sera très vite remplacé par un autre empire berbère nommé : Al Mohaddes (1147-1269).

Le mausolée d’Ibn Tashafin se trouve actuellement à Marrakech non loin de la mosquée Koutoubia.

                                                                                                                                                 I.Senh

Bibliographie : 

Chute de l’euro, vers un effondrement de la zone euro?

Ce mois-ci a été marqué par la fragilisation de l’euro face au dollar. L’euro est à parité avec le dollar ! Notre devise a perdu 14% de sa valeur en un an par rapport au dollar et arrive à un niveau historique jamais atteint depuis 20 ans (décembre 2002). Si l’euro cède à cette parité, les marchés européens y seront très sensibles et nous assisterons à un phénomène de panique sur les marchés boursiers. A quoi est due cette chute ? Que révèle-t-elle ? Quelles en sont les conséquences ? Peut-elle se poursuivre ? Et jusqu’où ? 

Penchons-nous tout d’abord sur quelques causes de cette baisse. Il y en a plusieurs parmi lesquelles : la crise covid qui a fragilisé tous les pays sans exception, une inflation très élevée, ensuite, la guerre ukrénio-russe, enfin la fuite des capitaux : on sait que les entreprises, les ménages, les investisseurs vont diriger leur argent vers la monnaie qui leur rapporte plus. Une personne qui possède un compte qui donne la possibilité de convertir son argent vers différents taux de change va sélectionner la monnaie qui rémunérera le plus et donc celle qui est la plus forte. Le dollar s’est souvent révélé être la monnaie de refuge et c’est encore plus vrai dans le contexte actuel.

Alors que la Fed (Réserve fédérale américaine) a réagi contre l’inflation du dollar en augmentant les taux d’intérêt dès mars dernier, la BCE (Banque centrale européenne), quant à elle, a mis du temps et n’a commencé à le faire qu’en juillet, une première pour l’Europe depuis 2011. Fortement critiquée, Christine Lagarde, la présidente de la BCE n’a pas rapidement réagi en augmentant les taux d’intérêt car elle était confrontée à un dilemme délicat : si elle n’augmente pas les taux d’intérêt, l’inflation continue d’augmenter en Europe;  ce scénario nous ramène fatalement à une baisse économique européenne. Si elle augmente les taux d’intérêt, l’euro va, certes, augmenter et gagner de la valeur par rapport au dollar. Les ménages et entreprises préfèreront épargner leur argent. Donc, la consommation, les investissements et les marchés boursiers européens diminueront.  Dans les deux scénarios, on a un ralentissement de l’économie.

Mais alors pourquoi Christine Lagarde a mis du temps à augmenter les taux d’intérêt et à continuer à laisser l’euro baisser ?

Parce que lorsque l’euro baisse, l’Europe devient plus compétitive pour ses biens exportés ce qui est bon pour le PIB européen. Par exemple, la Belgique vendrait plus de médicaments aux Etats-Unis qui peuvent acheter plus avec un dollar plus fort. Donc, l’Europe devient plus compétitive mais cette compétitivité n’est non seulement pas immédiate mais les fruits de cette stratégie mettront quelques années à se voir sur la croissance européenne. Ils ne compensent pas les inconvénients liés aux importations européennes qui subissent l’effet inverse puisqu’un euro vaut moins qu’avant et donc l’Europe peut moins importer qu’avant. Nous avons vu lors de la crise Covid à quel point l’Europe était dépendante des importations mondiales (dont les produits chinois[1], les matériaux d’automobiles, les produits technologiques…).

Est-ce pour autant la seule raison qui dissuade Christine Lagarde d’élever les taux d’intérêt ?

Et non ce n’est pas la seule raison. Le plus gros danger dans l’augmentation des taux d’intérêt est en réalité de voir la dette de chaque pays augmenter. Quel est le rapport ? Imaginez que vous avez un emprunt avec votre banque (pour votre maison ou votre entreprise par exemple). Si votre banquier vous annonce qu’il va rehausser le taux de votre emprunt, vous ne serez pas content car vous payerez une charge plus grosse liée à votre emprunt. Votre capital diminuera : vous consommerez, dépenserez, investirez moins. En somme, vous serez moins riche ! C’est exactement dans cette situation que serait chaque pays européen dans le cas d’une augmentation des taux d’intérêt par la BCE. La Belgique verra sa dette augmenter, les Belges consommeront moins, épargneront moins, investiront moins et l’économie et le PIB[2] belge iront mal. Ce même raisonnement peut-être appliquer à un niveau plus haut : la zone euro.

Bien que les dangers de l’augmentation des taux d’intérêt soient clairs à l’échelle individuelle (ménage et entreprise), à l’échelle économique (pays) et à l’échelle macroéconomique (zone euro), la présidente de la BCE ne fait que gagner du temps en grapillant des semaines et des jours avant de passer aux hausses en pesant le pour et le contre de sa décision. Quoiqu’il en soit, elle ne peut pas laisser l’euro chuter en dessous de 1 dollar sans réagir et laisser la devise européenne mourir.

Quelles sont les conséquences de cette chute ?

  • La première conséquence d’un euro faible est l’« inflation importée » : les importations coutent plus chères qu’avant ce qui accentue l’inflation déjà existante mettant à mal toute l’économie et on rentre dans une spirale inflationniste ;
  • Un ralentissement de toutes les croissances européennes et une diminution de tous les PIB des pays de la zone euro : nous avons vu dans les deux scénarios précédents que l’Europe devait passer par une récession économique[3]. La différence est que dans le premier cas, on retarderait cette récession. Un reset économique semble donc être un passage inéluctable pour la zone euro.
  • La perte de confiance des ménages et chefs d’entreprise[4] en cette monnaie.  Les consommateurs voient leur pouvoir d’achat diminuer. Ce phénomène se manifeste aussi par une augmentation généralisée des protestations et manifestations en Europe.[5] L’euro n’a pas perdu de valeur que face au dollar mais aussi face aux autres monnaies : le franc suisse, le yen et même face au rouble malgré toutes les vaines tentatives de l’Union européenne de casser l’économie russe. D’ailleurs, certaines grandes figures comme Ray Dalio n’ont pas hésité à parier quelques milliards de dollars contre la chute de l’euro[6].
  • La dette des pays européens augmente (si les taux d’intérêt montent). Cette dette croissante fragilise encore plus la zone euro et compromet les pactes du traité de Maastricht et donc l’Union européenne.
  • La dernière et non la moindre des conséquences est la remise en question de la zone euro. On a longtemps parlé du Brexit et il s’est concrétisé. L’Angleterre est sortie de la zone euro. Aujourd’hui, les économistes et politiciens parlent de plus en plus de la sortie de la France (Frexit), de l’Italie[7] et même de l’Allemagne [8] de la zone euro. Cette crise, contrairement à celle de 2008 où les pays « bons élèves » comme la France et l’Allemagne ont pu sauver la Grèce et la maintenir en zone euro, a mis en évidence que même les meilleurs pays de la zone euro tels que l’Allemagne ne sont plus capables d’assumer les mauvaises politiques des autres pays ou de sauver les pays en graves difficultés comme l’Italie actuellement.

Grace à la zone euro, l’Europe pouvait rivaliser contre les autres puissances mondiales telles que les Etats-Unis et la Chine. Sommes-nous en train d’assister à une dislocation de la zone euro ?  Si elle n’existe plus, assisterions-nous à un nouveau remaniement de l’ordre mondial ? La Chine est-elle en train de profiter de la situation pour monter au-devant de la scène ?

Ce qui est certain, c’est que si la zone euro veut continuer à exister à long terme, en tant que grande puissance mondiale, elle a intérêt à être compétitive en matière d’exportations et à dépendre beaucoup moins des importations mondiales.  Elle doit donc se recentrer sur sa production en interne et stimuler l’innovation et la recherche en développement.  S’il n’y a pas de dislocation de la zone euro, à court terme, il est clair que ces questions soulèvent le débat sur le plan politique et économique.

Nelm


[1] https://www.bfmtv.com/economie/covid-19-comment-les-exportations-chinoises-ont-encore-accru-leur-part-du-marche-mondial_AN-202010190159.html

[2] Produit Intérieur Brut= production économique d’un pays.

[3] Une récession économique est un ralentissement de la croissance économique sur deux trimestres consécutifs.

[4] https://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/26/zone-euro-la-confiance-au-plus-bas_1160611_3234.html

[5] https://fr.euronews.com/2021/11/20/covid-19-les-manifestations-se-multiplient-a-travers-l-europe

[6] https://www.cnbc.com/2022/06/17/dalio-is-right-to-short-europe-strategist-says-the-pain-will-go-on.html

[7] https://euroweeklynews.com/2021/02/06/italy-or-france-next-to-leave-the-eu-warns-frexit-campaigner/

[8] https://fr.businessam.be/stiglitz-sortie-de-lallemagne-zone-euro/

Carnet de voyage: Istanbul, la multiculturelle

A la croisée de la Corne d’Or, du Bosphore et de la mer de Marmara, se trouve Istanbul, l’une des villes les plus touristiques d’Europe. Elle est visitée chaque année par des millions de personnes. Elle est aussi la capitale culturelle et économique de la Turquie. A cheval sur deux continents, l’Europe et l’Asie, antique et moderne, religieuse et laïque, aux influences européennes et du Moyen-Orient, on ne peut que tomber sous le charme de cette ville dont les contradictions lui donnent toute son authenticité. Découverte.

Marquée par la succession de trois empires, Istanbul renferme les vestiges d’une histoire plurimillénaire. Elle a été Byzance, la nouvelle Rome, puis Constantinople, la capitale de l’empire ottoman. Fondée en 330 après J.C. par Constantin, la petite ville connaît un développement rapide. Pendant près de 1000 ans, Constantinople constitue la ville la plus opulente et la plus puissante du monde chrétien. En 1204, pourtant chrétienne, la ville sera dévastée par les croisés.[1] Elle attire aussi la convoitise de ses voisins ottomans qui tenteront à plusieurs reprises de la faire plier alors que ses murailles sont dites imprenables…

1453: prise de Constantinople

Après plusieurs tentatives infructueuses, en 1453, un jeune sultan, Mehmet II change le cours de l’histoire en s’emparant de la ville à la suite d’un siège. Il aura fallu six semaines de bombardements incessants pour la faire plier. Le 29 mai 1453, l’assaut final est donné par les Turcs. Quelques heures plus tard, Mehmet II entre dans la ville conquise et se rend à l’église Sainte-Sophie, dite Haghia Sophia (ou encore Ayasofia en turc). Elle sera rapidement transformée en mosquée. Quatre minarets ont été ajoutés et les icônes ont été recouvertes. En 1934, un décret de Mustafa Kemal transforme la basilique en musée. En 2020, le président actuel Recep Tayyip Erdogan décide de lui redonner le statut de mosquée non sans susciter de nombreuses critiques du monde occidental.

Istanbul, ville touristique

Aujourd’hui, la richesse de son histoire attire les touristes du monde entier. En pleine saison estivale, les rues étroites sont animées à tout moment de la journée, notamment causé par le flot ininterrompu des touristes qui se pressent pour admirer les nombreux monuments : que ce soit la mosquée bleue (ou mosquée Soulayman), Ayasofia (Sainte-Sophie), le palais de Topkapi qui renferme les vestiges de l’empire ottoman, et certains effets personnels du Prophète[2] ou encore la traversée du Bosphore qui sépare deux continents. En 1985, la ville est d’ailleurs classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le Bosphore relie deux continents, l’Europe et l’Asie

Dans les dédales des rues pavées (d’ailleurs loin d’être idéal pour les balades en poussette…) les chats et les chiens errants sont nombreux. Ils sont soignés et vaccinés par la ville, ce qui leur permet de se balader aisément ou de piquer un petit somme sur les terrasses des cafés sans jamais être chassés. L’influence de la religion musulmane se fait ressentir à travers l’appel à la prière qui retentit cinq fois par jour, et la fermeture des sites (Ayasofia et la mosquée bleue) aux heures de prière.

Les artères commerçantes sont grouillantes, l’ambiance y est parfois étouffante et la circulation chaotique où les coups de klaxon et les coups de sang des chauffeurs de taxi sont légion… les restaurants et les commerces d’épices se succèdent, enveloppant les passants d’une infinité d’odeurs, de saveurs et de couleurs.

Les commerces d’épices enveloppent les passants d’une infinité d’odeurs, de saveurs et de couleurs.

Pour les amateurs de shopping, un détour par le Grand Bazar est l’étape incontournable de ce voyage. A l’intérieur, c’est la découverte d’un monde à part : le plus grand centre d’achat au monde est un labyrinthe où se succèdent les commerces d’antiquités et d’artisanat, de lampes, vaisselles, vêtements, tapis, thés, pâtisseries… de quoi vous donner le tournis. La négociation n’est pas une option si vous ne voulez pas y laisser tout votre budget de vacances.

A l’heure du soleil couchant, le paysage est recouvert d’une lueur dorée…

A l’heure du soleil couchant, le paysage dominé par les minarets des mosquées est recouvert d’une lueur dorée lui conférant une atmosphère magique. Sur le pont de Galata, les pêcheurs jettent leur ligne dans les eaux à la recherche des anchois et autres sardines. Ici, la vue d’Istanbul est inoubliable. Les deux mosquées Soulayman et Ayasofia dominent le paysage, au loin la tour Galata surplombe elle aussi l’horizon. Quiconque voyage à Istanbul ne peut rester insensible aux charmes de cette ville tout en contraste, un dépaysement assuré où les trésors se dévoilent à chaque coin de rue. 

H.B.


[1] Chevalier chrétien occidental

[2] Paix et Bénédictions d’Allah sur lui

La plus noble conquête de l’homme

« La plus noble conquête de l’homme » désigne le cheval. Il est, de tous les animaux, celui qui a sans doute le plus influencé l’histoire et les progrès de l’humanité.

Dès l’Antiquité, le cheval a été domestiqué par l’homme qui l’utilise dans de nombreuses activités : agriculture, transport, nourriture, guerre et sport. La domestication du cheval a permis le développement du commerce et la naissance de civilisations sur de grandes étendues. Un vaste vocabulaire spécialisé s’est développé pour décrire les concepts liés au cheval : leurs races, leurs comportements, leurs morphologies, leurs locomotions et leurs élevages. Des métiers sont liés à leurs entretiens, à leurs commerces et à leurs activités sportives. C’est à travers les arts islamiques, que nous découvrons cette passion du cheval équestre.

La petite histoire du cheval en Arabie

Les tribus désertiques de la péninsule arabique, les Bédouins ont élevé une race de cheval particulière : le pur-sang arabe. Cette race a accompagné l’expansion de l’Islam et a gagné d’autres régions à l’occasion de guerres et d’échanges commerciaux. Dans ces conditions désertiques difficiles, le cheval arabe a évolué avec sa grande capacité pulmonaire et son incroyable endurance.

Pur-sang arabe domestiqué par les bédouins préislamiques[2]

Le climat rigoureux a obligé les nomades à partager la nourriture et l’eau, et parfois même leurs tentes avec leurs chevaux. Ainsi, ils ont développé une affinité étroite avec l’animal.

Au fil des siècles, les tribus bédouines ont maintenu avec zèle la pureté de la race. En raison de leurs ressources limitées, les pratiques d’élevage étaient extrêmement sélectives. De telles pratiques, qui ont finalement aidé le cheval à devenir une possession prisée dans le monde entier, ont conduit à la belle race athlétique que nous connaissons aujourd’hui, qui est marquée par un profil en courbes distinctif : de grands yeux lustrés et larges sur un front large, des petites oreilles courbées et des grandes narines.

En arabe, le terme « Furûsiyya » désigne les disciplines scientifiques et techniques se rapportant au cheval dans son sens général. Forgé dès la seconde moitié du VIIIème siècle sous le règne des califes abbassides, ce vocable recouvre l’équitation et le dressage, l’hippologie, l’art vétérinaire, la technologie militaire, la formation du cavalier et du fantassin, la chasse et les sports d’adresse. A ces pratiques s’ajoute un code de vertus chevaleresques. Cet ensemble témoigne de la passion que les Arabes nourrissent pour le cheval depuis l’Antiquité.

« L’air du Paradis est celui qui souffle entre les oreilles d’un cheval. » d’après une sagesse arabe.

De plus on retrouve des représentations de chevaux et de cavaliers qui foisonnent dans les manuscrits et les miniatures, mais aussi sur les céramiques, les métaux, les textiles. Ces figurations, dans lesquelles le harnachement du cheval et l’équipement du cavalier sont détaillés avec soin, transcrivent une réalité qui dépasse la nécessité fonctionnelle pour faire de ces éléments des chefs d’œuvres de l’art décoratif. Les essais et les commentaires d’œuvres rédigés par des historiens, des historiens de l’art, des conservateurs de musées et de bibliothèques apportent un éclairage nouveau et riche sur la relation de l’homme avec sa « plus belle conquête ».

Manuscrit d’hippiatrie arabe daté de 1670, vraisemblablement d’origine égyptienne, détaillant les noms des parties du corps du cheval[3]

De nos jours, le cheval est utilisé principalement pour le loisir et le sport (sauf dans certaines régions du monde où son utilisation est restée la même : pour l’agriculture et le transport. Mais, de nouvelles utilisations ont vu le jour en Europe ces dernières années : la police à cheval, le ramassage de bois (débardage) et l’équithérapie.

L’éveil relationnel par le cheval

Ambre Guerbouz[1] est une jeune femme qui a, dès son plus jeune âge, eu une grande histoire d’amour avec le cheval. Ses parents ont pu l’inscrire en poney club, et ainsi assouvir sa passion. Mais, cela ne s’est pas passé comme elle l’espérait :

« Au poney club, ça ne sait pas bien passé parce que j’arrivais et le cheval était déjà tout prêt, sellé, brossé. C’était vraiment une « usine à poney ». La séance se déroulait ainsi : on monte, on descend et on rentre. Ce n’était pas du tout ce que je recherchais, le relationnel avec le cheval n’existait pas. »

Après cette expérience difficile, Ambre s’inscrit dans une ASBL à Virginal en tant que bénévole et développe son approche relationnelle avec les chevaux en s’occupant d’eux, en les nourrissant, en les brossant. Parallèlement, elle obtient tous ces diplômes (diplômée d’une école d’équitation belge).

Son désir d’avoir son propre cheval grandissait sans cesse. Et finalement, avec beaucoup de patience, Ambre est l’heureuse propriétaire d’une jument appelée India depuis 8 ans.

Le projet de Ambre est d’ouvrir le monde équestre à la communauté musulmane, notamment aux femmes. En effet, le monde autour du cheval est un monde fermé et trop rigide dans ses codes vestimentaires et ses préjugés (ouvert seulement aux initiés). D’ailleurs sa conversion à l’Islam lui a valu quelques résistances face aux autres cavaliers et propriétaires qui considéraient qu’elle n’avait pas sa place dans ce monde.

Pour commencer, Ambre ouvre un groupe sur le réseau Facebook pour mettre en place son projet et ainsi se faire connaitre auprès de la communauté. Elle ne fut pas surprise de constater que la communauté musulmane a peu répondu à l’offre. Quelques curieux ou des séances pour les enfants seulement ; et peu de femmes pour elle-même. 

Répondant à leurs inquiétudes, Ambre démystifie la pratique du cheval. En effet, monter sur le cheval n’est pas une priorité, et reste à évaluer en fonction de l’avancement des cours. Ce qui est différent si le but est de faire de l’équitation sportive. Mais, c’est plutôt de la mise en confiance qu’elle travaille, et India, sa jument est docile : sa douceur, sa sensibilité est un atout pour ce genre d’exercices.

De plus, l’environnement est loin des habitats, la piste se trouve dans une nature agréable, et les codes vestimentaires ne doivent pas être un frein pour l’équicoaching. Ambre, elle-même, arrive avec sa longue robe ou un long pull et son voile.

Ambre a conscience de cette grande difficulté et espère que la communauté féminine s’ouvrira à cette approche originale pour prendre confiance et ainsi développer le potentiel en elle.

Travailler sur sa peur de l’échec, sur le regard qu’on porte à soi, sur la gestion des émotions, sur le jugement des autres, sur cette tendance à remettre les projets à demain, sur le fait de ne pas s’autoriser à penser à soi… Une forme « d’éducation positive » dont le thérapeute est un cheval…

Najoua

Pour en savoir plus:

Ambre GUERBOUZ

GSM :0486 37 28 50

                                                                                                                                  Najoua


[1] J’ai interviewé Ambre Guerbouz le mercredi 29 juin 2022.

[2] Image tirée du site Muslim-mine.com

[3]Image tirée du site wikipedia.org : le cheval oriental.

L’homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle

Retrouvez notre sélection de livres. L’objectif? Vous donnez l’envie de renouer avec la lecture en choisissant pour vous des livres de qualité qui éveilleront ce « petit quelque chose » en vous.

On apprécie un livre généralement pour deux raisons, la forme et le fond. « L’homme qui voulait être heureux » ne se lira pas pour la plume de l’auteur, sa prose ou son style. C’est un livre qui se veut accessible tant par sa syntaxe que par ses dialogues. Vous devinez donc sans peine que c’est bien sur le fond qu’il vaut la peine d’être lu.

Mais avant de vous en dévoiler les secrets, attardons-nous sur l’auteur…

Laurent Gounelle grandit dans un milieu scientifique et a une éducation assez stricte. Diplômé en sciences économiques, il travaille plusieurs années dans les finances. Il change de poste très souvent en espérant trouver enfin qui il est. Cette quête de lui-même va l’amener à rencontrer un sage lors d’un de ses voyages. Bien qu’il n’en fasse jamais mention explicitement, on devine aisément que c’est un épisode majeur de sa propre vie qu’il nous relate dans ce livre.

En vacances à Bali, il décide, quelques jours avant son départ, de rencontrer un maitre spirituel… juste par curiosité. Ce qu’il découvre changera à jamais sa vision des choses, sa vision du monde et aussi, et surtout, sa vision de lui-même.

Histoire universelle qui parle de vous, de nous… qui nous fait réfléchir sur des questions existentielles.

Riche en enseignements, on en retiendra au moins un seul : 

« Nous sommes ce que nous pensons.

Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde. » Bouddha

Le genre de livre qui inscrit un sourire rêveur et délicat au coin des lèvres lorsque vous tournez la dernière page…

L.M.

Une immigration marocaine

Le patrimoine mondial de l’UNESCO a été octroyé à quatre sites miniers wallons dont celui du Grand-Hornu (Mons), celui du Bois-du-Luc (La Louvière), du bois du Cazier (Charleroi) et de Blegny-Mine (Liège) il y a exactement dix ans, ce vendredi 1er juillet 2022.[1] Cette reconnaissance de l’UNESCO nous replonge dans l’histoire de la Belgique et plus particulièrement celle de l’après-guerre. Mais elle nous replonge également, entre autres, dans l’histoire de l’immigration marocaine en Belgique. Les descendants de cette immigration, vieille de plus de 50 ans, les Marocains de Belgique, présentent aujourd’hui d’un point de vue démographique la minorité ethno-culturelle d’origine étrangère la plus importante du pays[2]. Cette histoire, bien trop peu connue mais pourtant fondamentale mériterait sa place dans les livres scolaires. Mais afin de la comprendre et d’en connaître les jalons, replongeons dans l’après-guerre.

Après la deuxième guerre mondiale, la Belgique est dévastée et doit être reconstruite. Elle se lance alors dans une nouvelle bataille : la fameuse « bataille du charbon ». La Belgique est riche en charbon, « l’or noir ». Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrie minière belge est à son apogée mais voit sa population refuser de travailler dans les mines de charbon. Le travail y est trop pénible et surtout très dangereux.

Le patronat se retrouve face à une pénurie de main d’œuvre. Après des tentatives mal accueillies d’envoyer dans les mines des prisonniers de guerre allemands, puis des inciviques[1], la Belgique se tourne alors vers des pays exportateurs de main d’œuvre étrangère poussée par les milieux patronaux. Le gouvernement signe alors des accords avec des pays étrangers dont l’Italie. Ces deux gouvernements signent un protocole le 20 juin 1946 : pour tout travailleur italien qui descendra dans une mine en Belgique, 200 kg de charbon par jour et par tête seront livrés à l’Italie.[2] Cet accord est surnommé « des hommes contre du charbon ».[3]

Mais la catastrophe de Marcinelle le 8 août 1956 et la mort de 262 victimes dont 136 Italiens dans un incendie remettent en cause les accords belgo-italiens. L’Italie décide alors de mettre fin à toute immigration dans les mines européennes.

La convention belgo-marocaine entre en vigueur lors de sa ratification le 17 février 1964

Le Maroc, pays exportateur de main d’œuvre

La Belgique se tourne vers d’autres pays exportateurs de main-d’œuvre hors Europe dont le Maroc. La situation du Maroc est particulière. Une stagnation économique, sociale et politique laisse le pays dans un état de sous-développement, se traduisant entre autres par une production agricole insuffisante et une population croissante générant inactivité et sous-emploi. Cet accord avec la Belgique se veut être un soulagement de la situation sociale du Maroc et un moyen d’expansion économique de la Belgique. Le Maroc pratique alors une politique d’immigration basée sur un concept marchand. L’objectif est alors d’exporter un maximum de travailleurs afin que ceux-ci rapportent un maximum de devises.

Mais il faudra attendre 1962 pour envisager une convention officielle entre les deux pays. Des fonctionnaires seront alors désignés par l’ambassade belge à Rabat pour recruter les candidats sur place au Maroc. Des centres régionaux subventionnés sont mis en place et dont le rôle sera d’octroyer des permis de travail aux travailleurs marocains. Dans un premier temps, une correspondance s’établira dans laquelle on soulignera trois termes : pénurie, urgence et recrutement. Le patronat charbonnier a besoin d’un grand nombre de travailleurs. Cet accord s’axe donc plus sur l’aspect économique en oubliant l’aspect social et culturel de ces nouvelles recrues fraîchement débarquées. Dans un second temps, les autorités belges soumettent un projet de convention et le gouvernement marocain ne cache pas son désir de faciliter l’émigration.

La convention belgo-marocaine entre en vigueur lors de sa ratification le 17 février 1964 mais ne sera publiée dans Le Moniteur belge que bien plus tard, en 1977. Cette convention est valable pour une période d’un an avec la possibilité d’être reconduite chaque année. On voit se dessiner les prémices d’une immigration dont le cadre légal était encore en construction. Durant trois années, de 1962 à 1964, la situation de la Belgique est telle que les autorités belges négligent le principe d’autorisation et régularisent même des Marocains arrivés comme « touristes ».

Mais que deviennent ces candidats travailleurs ? Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Qu’adviendra-t-il d’eux perdus dans l’obscurité de ces mines de charbon ? La suite au prochain épisode…

O.D.


[1]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg

[2]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg

[3]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg


[1]    https://www.rtc.be/video/info/patrimoine/blegny-mine-10-ans-d-inscription-au-patrimoine-mondial-de-l-unesco-_1513103_325.html

[2]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marocains_en_Belgique

Des ruches au coeur de la ville

Hafid Jouhri est travailleur social, employé par la commune de Forest, il allie parfaitement ses deux passions : les abeilles et l’accompagnement des jeunes. Sa passion pour le miel s’est révélée tardivement à lui. C’est lors d’une rencontre fortuite que l’apiculteur découvre le monde des butineuses.

« Je suis travailleur social à la base, mon métier c’est d’accompagner les jeunes dans des activités structurelles qui tournent notamment autour de l’environnement » explique l’apiculteur. Il y a 9 ans, alors qu’il se trouve au potager Wiels, il découvre une ruche installée par un particulier. « Tout de suite, j’ai été attiré. Mais je voyais bien que le bonhomme avait la mine déconfite. En le questionnant, j’apprends que la ruche a été saccagée… Je connais bien les jeunes qui « trainent au potager, des jeunes qui sont en totale opposition. En discutant avec eux, je leur explique le rôle de la ruche, des abeilles… Des abeilles qui sont d’ailleurs évoquées dans le coran… Je touche un point sensible et aiguise leur curiosité. Ils acceptent de rencontrer le monsieur et d’aller à la découverte de ce monde incroyable des abeilles » se souvient Hafid. Les jeunes sont attirés et écoutent attentivement les explications de l’apiculteur mais ils ne sont pas les seuls, Hafid Jouhri boit littéralement ses paroles. Il décide de se former au métier d’apiculteur et depuis près de 10 ans, Hafid a installé une dizaine de ruches à Bruxelles. Son asbl Api Bee propose également des initiations et des visites de la ruche aux écoles, aux associations mais aussi aux particuliers.

Le miel, ce précieux nectar

Les vertus du miel sont connues depuis la nuit des temps. Et pourtant, ce précieux nectar n’est pas prisé pour ses vertus médicinales mais souvent pour sa gourmandise sucrée. « Un miel se compose grosso modo de 78% de sucres (saccharose, fructose…), 2% d’antibiotiques, 18% d’eau et 2% de divers (pollen…). Si vous souhaitez profiter des 2% d’antibiotiques, il ne faut pas chauffer le miel auquel cas les vertus médicinales disparaissent. Le mieux est de manger son miel à la cuillère et ensuite de boire sa tisane par exemple, ou alors, et c’est une tradition prophétique, dans de l’eau tiède mais jamais chaude » révèle Hafid. Par ailleurs, le miel se bonifie au contact d’autres produits. « Le miel et le citron par exemple, si vous souhaitez une boisson énergisante, une cuillère à soupe de miel, le jus d’un demi citron et de  l’eau tiède, le miel devient un antioxydant, une sorte d’ « antivieillissement » au contact de la cannelle, ou encore allié à l’ail ! » confie l’apiculteur qui ajoute « le miel peut aussi être utilisé en cataplasme : le miel sur la peau après une brûlure, c’est très efficace, en 10 secondes, vous ne ressentez plus la douleur, je vous parle d’expérience, contre l’acné aussi. Le miel de châtaignier et de thym sont les plus cicatrisants, tous les miels sont bons pour les voies respiratoires, pour les voies digestives. Même les diabétiques peuvent consommer du miel mais on les orientera vers les miels d’acacia ou de châtaignier car plus riches en fructose ».

L’abeille dans le coran, un miracle

Dans la sourate les abeilles, les versets 68 et 69 ont été étudiés de près par Hafid Jouhri. « Ils contiennent deux miracles à mon sens. Dans le premier verset, Allah s’adresse à l’abeille, dans la traduction en français, on ne peut pas déceler la justesse du propos car en arabe Allah s’adresse à l’abeille en utilisant le pronom féminin. Alors que l’on a découvert que l’abeille était une femelle seulement au 19 siècle… Dans le second verset, Allah parle des ventres de l’abeille… » analyse l’apiculteur. En effet, l’abdomen ou ventre de l’abeille est divisé en six ou sept segments selon la fonction de l’abeille. De même, la forme hexagonale est la meilleure forme possible pour stocker le miel nous apprend l’apiculteur. « Les scientifiques expliquent que s’ils avaient à choisir la meilleure forme pour stocker le miel, la forme hexagonale est la meilleure car elle permet à la fois de stocker et de contenir le miel qui est lourd ».

Api Bee propose des initiations et des visites de la ruche aux écoles, aux associations mais aussi aux particuliers.

Une micro-société

Les abeilles ont leur propre moyen de communication, elles se reconnaissent également et peuvent aussi remplacer une reine qui n’est pas performante. « Elles nous apprennent beaucoup : l’esprit de fraternité, de solidarité, le partage, elles travaillent pour la colonie jusqu’à la mort. Une abeille a 800 km au compteur ! Elles évoluent avec l’âge et changent de poste (nourrice, butineuse…). Pour une cuillère à café de miel, l’abeille va accomplir 5000 voyages ! Et pour un pot, elle devra parcourir la distance de la terre ! Elles sont en quelque sorte nos sentinelles, quand les abeilles vont mal, c’est que ça va mal… » conclut Hafid.

H.B.

Pour en savoir plus

Hafid Jouhri

Api Bee

0487430449

Qu’est-ce que tu fais pour les vacances?

Un temps suspendu, les pieds sur le sable chaud, un regard sur une mer qui appelle à s’y plonger, un corps langoureusement détendu et une sensation de jouissance bien méritée… C’est l’idée même que nous nous faisons des vacances. C’est pourquoi, elles sont très souvent associées à un temps de repos, de farniente… sous le soleil bien évidemment ! Pourtant, à l’origine, les vacances dans l’Histoire n’avaient pas du tout cette évocation d’oisiveté ou d’inaction.

D’après le dictionnaire Larousse, le mot vacance est un nom féminin et désigne le temps pendant lequel une charge, une place, un poste est momentanément dépourvu de titulaire. Par exemple, la vacance d’un siège au Sénat (dans le sens de vacuité). Et dans le sens commun, le mot au pluriel vacances désigne la période d’arrêt légal de travail dans les écoles, les universités, fixée selon un calendrier précis, ainsi que pour les salariés. Aujourd’hui, les vacances symbolisent très souvent la notion de liberté et de « droit à la paresse ». Cependant, l’Histoire nous montre que le mot vacance a eu un sens originel bien défini et n’exprime pas la notion d’inactivité ou de « traîne-savate ».

La petite Histoire des vacances

Dans la tradition chrétienne, Dieu, après avoir achevé la création du monde, se consacra au septième jour au repos. Dans l’Antiquité, les plus fortunés partageaient leur temps entre leur résidence dans la cité et celle bâtie dans la campagne pour fuir les grosses chaleurs de la ville.

Au Moyen-Âge, on désignait cette période (de juillet à octobre) pour se consacrer aux moissons et aux vendanges. Loin d’être un temps de tout repos, l’ordre du jour était au labeur. La majorité de la population y consacrait « ses vacances ». De plus, l’Eglise réglementait les temps libres pour inciter aux recueillements, aux prières et aux pèlerinages religieux.

Au XIXème siècle, l’aristocratie se complaisait dans des résidences secondaires afin d’y passer un temps de repos consacré à leur bien-être, en mer ou en montagne où le climat était plus agréable. Notons qu’à cette époque, les premières revendications syndicales pour une période de vacances annuelles vont émerger. Sous Napoléon III, les fonctionnaires furent les premiers à en bénéficier à la suite d’un décret : les congés payés apparaissent.

Au XXème siècle, le concept de vacances va se propager dans toute l’Europe occidentale.

« Les congés payés sont une innovation… allemande datant du début du 20 ième siècle. Contrairement aux idées reçues, la France n’a pas été en avance sur son temps concernant les congés payés. Avant leur création, des pays comme l’Allemagne, la Pologne, la Norvège ou le Brésil avait déjà instauré cet acquis social dans leur pays ! (…) le nombre de congés payés varie avec le temps mais aussi la géographie. »[1]

Quelques évènements historiques

– En 1900 : en France, les ouvriers du métro parisien (le Métropolitain) seront les premiers à bénéficier d’un congé de 10 jours. En Angleterre, au début, seul les femmes et les mineurs d’âge avaient droit à un congé de 6 jours; ce concept se propagera dans les usines britanniques sous couvert d’accord passés entre les ouvriers et les industriels.

– En 1920 : le secteur automobile belge va instaurer quelques jours de congés aux ouvriers.

– En 1921 : en Allemagne, les ouvriers et les employés obtiennent à leur tour des congés payés.

– En 1925 : en Belgique, le ministre des chemins de fer Edouard Anseele (de 1925 à 1927) attribuera 8 jours de congés aux cheminots.

– En 1936 : la France et la Belgique vont, sous la pression de grèves sauvages, accorder ce fameux droit aux congés payés.

– En 1938 : ce droit est étendu à tous les secteurs de travail.

– En 1947 : le pécule de vacances (qui fut accordé pour la première fois en 1937) sera doublé car insuffisant pour l’ensemble de la population active.

Peu à peu, la notion de vacances va prendre un autre tournant dans la pensée commune de la population. En effet, l’idée de liberté individuelle et de droit à l’oisiveté n’était pas du tout un concept du passé, mais plutôt une notion moderne :

« La loi des congés payés (…) devait instaurer la grandeur et la dignité humaine des travailleurs (…) en donnant une place dans leur vie aux préoccupations intellectuelles, civiques et morales (…), connaitre le monde avec ses beautés naturelles, ses richesses artistiques, ses manifestations diverses du génie humain… » [2]

Photo de Jou00e3o Vu00edtor Heinrichs sur Pexels.com

Dis-moi ce que tu fais en vacances et je te dirais qui tu es…

Se dorer la pilule au soleil, plonger ses pieds dans l’eau claire, siroter une boisson rafraichissante en contemplant un coucher de soleil, sentir le sable chaud sous nos pieds, ne rien faire et laisser le temps s’écouler comme le sable fin entre nos mains. Tant d’images nous viennent dès que nous pensons aux vacances. Cependant, cette symbolique du « vide »[3] nous interroge sur notre manière de concevoir notre relation entre le travail et le temps de « loisirs ».[4]

D’un point de vue sociologique, pour beaucoup d’entre nous, le vrai repos rime avec ailleurs. Nous recherchons le dépaysement, l’aventure à découvrir dans d’autres destinations. Le délassement au bord d’une plage ou l’aventure dans des activités sportives sont les finalités principales lorsque nous ressentons le besoin de partir afin de retrouver une sensation de liberté ou de couper avec son quotidien.

« Le loisir est un ensemble d’occupations auxquelles l’individu peut s’adonner de plein gré soit pour se détendre, soit pour se divertir, soit pour développer par son information ou sa formation désintéressée, sa participation sociale volontaire ou sa libre capacité créatrice après s’être dégagé de ses obligations professionnelles, familiales et sociales. »[5]

C’est ce que Joffre Dumazedier[6] va appeler les 3 finalités du loisir, les 3D :

– Délassement. Il permet le repos physique suite à une fatigue et au surmenage.

– Divertissement. Il permet de ne pas s’ennuyer à travers des jeux, du sport ou des sorties.

– Développement. Il permet le développement de la personnalité et de participer à l’évolution de la société en se formant à de nouvelles connaissances.

L’écrivain s’interroge sur la relation entre travail et loisir dans un contexte où le progrès nous permet d’avoir du temps à consacrer à autre chose qu’à nos contraintes. Ce temps est précieux, pour Dumazedier. En effet, il permet d’accéder à une culture de la connaissance et du développement intellectuel des individus. « Travailler plus pour gagner plus » est une pensée que Dumazedier réfute fermement. Selon lui, la vie n’est pas une recherche constante de capital : l’équilibre entre le temps contraint (travail) et le temps choisi (loisir) est la clé d’une vie saine et bien remplie.

Le point de vue philosophique

En règle générale, nous attendons avec impatience que nos vacances nous divertissent. Ainsi, remplir le temps libre dépendra de nos objectifs personnels ou de la finalité de nos loisirs.

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être complétement tranquille, sans passion, sans affaires, sans divertissement, sans étude. Il ressent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, sa faiblesse, son vide. Aussitôt surgiront du fond de son cœur la lassitude, la morosité, la tristesse, l’irritabilité, le dépit, le désespoir. »[7]

Selon Pascal[8], l’homme n’aime pas l’ennui ou le vide, il doit, pour sa « survie » occupé son temps. Mais, l’idée de le remplir par une surconsommation de loisirs qui le fera exister « hors de lui », le laissera toujours dans un état d’insatisfaction. Le philosophe constate que l’homme a besoin d’être absorbé, de se divertir pour remplir ce « vide » afin d’éviter de se tourner vers lui-même, de s’oublier, de s’étourdir. Sans distraction, l’homme est accablé. Le philosophe ne condamne pas le loisir, mais condamne la manière dont l’homme en abuse, notamment dans des activités qui ne lui procurent que des plaisirs éphémères.

Finalement, les bienfaits des vacances ne sont plus à redéfinir car nous constatons tous que les vacances sont INDISPENSABLES. Il est nécessaire de savoir vers quelle voie nos cœurs penchent : délassement, divertissement ou développement. Et pourquoi pas les 3 en même temps ?!

Najoua


[1] Tiré de l’article du site coindusalaire.fr, L’histoire des congés payés et comparaison par pays.

Pour en savoir plus :

*Un article de Catherine Ernens dans le site du magazine Moustique.be, à la date de 8 juillet 2019.

*Le site magenealogie.eklablog.com retrace l’historique des vacances scolaires du 17 iéme siècle jusqu’au 20 ième siècle : Petite histoire des vacances scolaires, article de Srose, septembre 2019 dans la rubrique Histoire en vrac.

*Le site de lalibre.be publie un article en janvier 2014 sur le sujet Depuis quand et pourquoi existent les grandes vacances ?

[2] Tiré de l’article du magazine Moustique cité au note 1 de bas de page : Pierre Tilly, professeur à l’UCLouvain, expert en Histoire du syndicalisme. 

[3] D’après le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), vacance vient du latin vacare et désigne un état de ce qui est vide, inoccupé.

[4] D’après le dictionnaire Larousse, loisirs désigne le temps dont on peut disposer librement en dehors de ses occupations habituelles et des contraintes.

[5] Joffre Dumazedier, Vers une civilisation du loisir ? Edition : Seuil, publié en 1972. La première parution de son livre fut en 1962 au Edition : MKF, Paris.

[6] Sociologue français du 20 ième siècle (1915-2002).

[7] Blaise Pascal, Pensées. Numéro 131 (La lassitude).

[8] Philosophe, mathématicien, physicien, théologiens français du 17 ième siècle (1623-1662

Hajj 2022: la mort annoncée des agences?

Après deux ans de suspension du Hajj suite à l’épidémie de coronavirus, l’Arabie Saoudite avait annoncé qu’elle autoriserait la venue d’un million de musulmans à travers le monde, afin de participer au grand pèlerinage de la Mecque. Pèlerinage qui débutera le 8 juillet prochain. En Belgique, le quota de pèlerins annoncé, mais sans aucune certitude, était en moyenne de 1000 personnes.

Selon le site Motawif : « La saison du Hajj reprend avec beaucoup de précautions après le Covid-19. Le Hajj de cette année sera limité en nombre de pèlerins afin de garantir la sécurité de tous. »

Suite à cette annonce, les personnes inscrites sur les listes des agences agréées découvrent les tarifs approximatifs du voyage avec des prix à la hausse comparés aux années précédentes. Mais également, les conditions d’entrée sur le territoire saoudien : 

  • Être âgé de moins de 65 ans
  • Présenter un schéma vaccinal complet 
  • Présenter un test PCR négatif de moins de 72h

Pour l’édition du « HAJJ 2022 », les autorités saoudiennes se sont montrées imprécises et confuses concernant l’organisation et les décisions à venir pour les pèlerins venant d’Europe et d’Amérique,… L’incompréhension et l’inquiétude se fait sentir auprès des agences… Les informations transmises arrivant au compte-goutte et sans aucune affirmation, ont mis les responsables des agences de voyage dans une situation complexe. Compte rendu de cette situation inédite et non rassurante, certains, dont Tayba Travel située à Bruxelles, ont pris la lourde décision de suspendre leur programme du Hajj 22.

Une annonce à trois semaines du départ…

A trois semaine du départ, alors que les voyageurs sont toujours dans le flou, les autorités saoudiennes annoncent brutalement le lundi 6 juin, l’ouverture électronique de l’édition du Hajj 2022 pour les pèlerins européens, américains et australiens à travers le site : www.motawif.com.sa

Cette annonce est un coup de massue, non seulement pour les agences mais aussi pour les pèlerins prêts à effectuer « le Grand Voyage de leur vie ». 

En effet, les agences agréées ne peuvent plus fournir de visas aux voyageurs qui doivent désormais passer par cette plateforme qui, elle, procédera dorénavant par tirage au sort électronique des candidats.

Après la mise en ligne du site Motawif, les différents tarifs ont été annoncé vendredi 10 juin en fin d’après-midi. Actuellement, il existe 3 packages pour la Belgique pour un séjour de 15 jours : 

  • Le Silver Hospitality Package : 3915 euros/personne
  • Le Golden Hospitality Package : 4090 euros/personne
  • Le Platinum Hospitality Package : 7207 euros/personne 

Les prix affichés incluent uniquement le visa, les nuitées à la Mecque dans un hôtel 5 étoiles situé à une distance de 2,4 km de la mosquée. Il y a entre autres, les visites et nuitées à Mina, Muzdalifa et Arafat en demi-pension. 

Ne sont pas compris dans les tarifs : le vol, les nuitées à Médine, les visites des lieux historiques ainsi que le transfert vers la ville de la Mecque.

Selon Motawif :  « Des prix supplémentaires seront applicables et payables par le client sur place s’il souhaite bénéficier des services de transport après le Hajj »

Motawif assure aussi que : « Trois chefs par groupe se relaieront pour assurer un soutien 24 heures sur 24  avec l’accompagnement d’une autre équipe . Le tout pour assurer aux fidèles un Hajj confortable et réussi  » 

Le tirage au sort qui sélectionnera les pèlerins a eu lieu ces lundi 13 et mardi 14 juin. Les voyageurs sélectionnés devrons effectuer le versement du montant total de leur séjour sous 48h via leur carte de banque, visa ou mastercard. Si celui-ci n’est pas effectué dans les délais, le candidat risque de perdre sa place. 

Quel impact pour les agences et les futurs pèlerins? 

Les agences qui souffrent de la crise Covid depuis 3 ans, se retrouvent à devoir rembourser la totalité des acomptes payés par les pèlerins pour l’édition 2022 ainsi que ceux inscrits depuis l’avant Covid et qui n’ont pu s’y rendre suite à la crise sanitaire. Quant aux agences qui ont déjà versé des cautions aux hôtels ainsi qu’aux prestataires sur place, celles-ci auront, bien évidemment, plus de difficultés à rembourser leurs clients. 

Aujourd’hui, les agences compteront vraisemblablement sur la Omra pour survivre, mais cela ne sera pas forcément facile car désormais tout le monde peut se procurer un visa en ligne et organiser son voyage à sa guise. Il aurait été plus judicieux de la part des autorités saoudiennes de convoquer les principaux concernés afin d’éviter toute catastrophe économique. 

Trop peu d’informations

Le Hajj étant le cinquième pilier de l’islam, chaque musulman qui a les moyens financiers et les capacités physiques, est tenu d’effectuer ce voyage au moins une fois dans sa vie.  Aujourd’hui, les pèlerins sont contraints de passer par cette nouvelle plateforme qui procède par loterie sans tenir compte de plusieurs points, notamment les pèlerins dépendants d’autrui tels que les personnes à mobilité réduite, les femmes veuves ou célibataires,… Les délais sont aussi beaucoup trop courts pour s’organiser. Cela génère beaucoup d’inquiétudes et de doutes. A deux semaines du grand départ, tout n’est absolument pas transparent, il manque beaucoup d’informations et de détails sur le déroulement du séjour sur place. Selon le responsable de l’agence Tawhid située à Bruxelles, il serait plus raisonnable d’attendre avant de s’engager dans cette aventure qui pourrait bouleverser les personnes qui préfèrent l’encadrement et les services offerts par les agences. En effet, les pèlerins risquent d’être livrés à eux-mêmes en cas de problème sur place ou de rapatriement d’urgence. 

Si l’Arabie saoudite s’est permise de lancer ce Hajj « nouvelle génération » cette année c’est pour une raison bien précise. Le nombre de pèlerins étant limité, cela faciliterait la gestion des données et de l’organisation sur place. Néanmoins, les autorités saoudiennes pourront apprendre de leur expérience et améliorer divers points afin d’accueillir confortablement les pèlerins les années à venir… 

Mais pour quelle raison l’Arabie Saoudite prend cette décision ?

Le pèlerinage à la Mecque est la seconde source de revenus du Royaume saoudien après le pétrole. Il génère jusqu’à 18 milliards de dollars chaque année. 

C’est un véritable commerce lucratif pour le pays mais aussi pour certaines sociétés privées dont les sociétés qui gèrent le séjour à Mina, les agences de voyage etc… Chaque année, le consulat saoudien délivre gratuitement des milliers de visas « Hajj » aux agences de voyages accréditées par le ministère et qui, elles, les revendent aux pèlerins à des prix parfois exorbitants. Aujourd’hui, l’état saoudien a décidé d’avoir une main mise sur l’organisation du hajj afin de contrôler les abus mais aussi d’avoir le monopole du marché. Finalement, les prestations affichées sur la plateforme mise en ligne ce 10 juin, sont tout aussi onéreuses que celles proposées par les différentes agences de voyage. Cette stratégie viserait à remplir davantage les caisses de l’état étant donné qu’il n’y aurait plus d’intermédiaires. 

Le prince Mohammed Ben Salman a lancé en 2016 le plan « Vision 2030 » afin de diversifier l’économie du pays et ainsi préparer le royaume à l’après pétrole. 

L’Arabie Saoudite prévoit d’augmenter le nombre de pèlerins qui passera de 9 millions à 30 millions d’ici 2030 pour le Hajj mais aussi la Omra qui a lieu durant toute l’année. Soit une recette de 90 milliards de dollars par an. En 2012, le nombre de pèlerins dépassait les trois millions de personnes. L’état ne cesse d’investir des sommes colossales pour agrandir la mosquée sacrée et construire de plus en plus d’hôtels luxueux tout autour afin d’être apte à accueillir davantage de monde. Cependant, la plupart des pèlerins voyagent de pays en voie de développement.

Avec une loterie en ligne dans certains pays, et davantage de taxes imposées par l’état saoudien, le Hajj devient un voyage presque inaccessible vu les contraintes et la hausse des prix années après années. Certains regretteront aussi amèrement le temps des agences qui mettaient tout en œuvre pour le bien-être et l’intérêt des pèlerins.La plateforme Motawif sera-t-elle une alternative aux agences spécialisées? Seul l’avenir nous le dira… Désormais, une nouvelle ère commence, celle de l’après COVID…

                                                                                                                                                         I.S

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