Comment sera le monde en 2050?

En général, nous avons tous, au moins une fois dans notre vie, réfléchi à ce que sera notre avenir, à ce que nous ferons dans un an ou à ce que nous serons dans une décennie. Mais de là à savoir ce qu’il adviendra de notre monde dans 40 ans, j’avoue que je n’y ai jamais réfléchi. De ce fait, j’ai décidé de prendre ce temps, de me poser et d’entamer quelques recherches.

Je me penche dans un premier temps vers le transhumanisme, je m’aperçois que les idées développées par quelques-uns sont déjà d’actualité. Ce mouvement prônant une nouvelle religion sans Dieu, me donne froid dans le dos, jusqu’à des palpitations cardiaques…

Une des phrases du physicien Freeman Dyson me marque particulièrement : « L’humanité me semble être un magique commencement mais n’aura pas le dernier mot. Nous n’acceptons pas les aspects indésirables de notre condition humaine, nous reconnaissons l’absurdité qu’il y a à se contenter d’accepter humblement les limites dites « naturelles » de nos vies, nous prévoyons que la vie s’étendra au-delà des confins de la terre pour habiter le cosmos.

Pendant que certains projets se travaillent et se concrétisent en amont, on détourne l’homme, on l’occupe à des faits saugrenus. 

Les super bactéries sont reines

C’est tout de même une drôle d’époque que nous venons de traverser. Une période dans laquelle l’homme a été lobotomisé en le poussant encore et encore à l’individualisme :  la distanciation physique, dénoncer son voisin s’il a de la visite, éviter une trop forte densité d’occupants au même endroit, ne sortir qu’avec le sacro-saint masque !  

Tout se dit, se contredit, s’affirme, s’infirme.

Stratégie : diviser pour mieux régner

L’individualisme aura ainsi une place prépondérante dans les années qui arrivent, les êtres humains ne seront plus que des coquilles vides, chacun dans sa bulle, c’est indéniablement l’appauvrissement dans tous les sens du terme. Toutes les croyances religieuses seront impactées, plus qu’une poignée de personnes restera croyante. S’en prendre aux religions, c’est toucher à l’identité de chaque être humain, c’est le couper très souvent de ses racines (je vous renvoie au livre Les identités meurtrières d’Amin Maalouf). 

Sans réellement nous en apercevoir, nous sommes pris dans l’étau d’une nouvelle langue. Une langue qui, par confiscation des mots ou altération et inversion de leur sens, impose insidieusement une pensée prédigérée et exclusive, à la manière de la novlangue de George Orwell dans 1984.

Nous approchons d’une façon spectaculaire de la fin d’une civilisation ET non la fin de l’humanité !

Dérèglement climatique

Certaines régions deviendront inhabitables et nous connaitrons un flux migratoire humain et animal important et déconcertant. Françoise Vimeux, climatologue, évoque « une autre manière de vivre ». « Cela serait un changement brutal, mais ce ne serait pas la fin du monde. La vie a déjà survécu à des catastrophes, l’humanité survivra aussi. » Jour après jour, le changement climatique devient violent et  entraîne à travers toute la planète de gigantesques ravages : inondations, grêle, tornades et températures d’une magnitude inédite. Simple scénario de films catastrophes ? Pas forcément !

Une nouvelle approche pluridisciplinaire

Face à cette évolution et au présage des prochains scénarios, la collapsologie fait son apparition. Il s’agit d’une approche pluridisciplinaire qui s’intéresse à l’effondrement possible de notre civilisation.

Une des méthodes m’a interpellée face à ce défi majeur qui est de savoir comment vivre sur une planète surpeuplée ? Une des étapes primordiales serait de recréer à tout prix les liens tout comme le prophète Mohamed sws a fait dans le but d’apaiser la société, en instaurant une fois entré à Médine un nouvel état, celui d’un vivre-ensemble et permettant ainsi une coexistence pacifique entre les différentes composantes d’une société qui était alors complexe.

2050 sera un nouveau visage de l’humanité avec toute sa complexité comme à chaque période de transitions, l’homme est en perpétuelle évolution, reste à ce qu’il ait un cadre et des limites, un futur qui donne plus de sens en tout cas !

Un scenario, finalement et pas si effrayant que ça  !

La chose sur laquelle je n’ai aucun doute c’est qu’en 2050, si je suis vivante, j’aurais atteint l’âge d’un siècle moins trente ans !

Elakrouchi Hana

Traque aux arnaques des influenceurs sur les réseaux

Drop shipping, cryptomonnaie, paris sportifs, fausses promotions, contrefaçons… Bienvenue dans le monde du e-commerce avec ses avantages mais aussi ses failles ! Beaucoup d’influenceurs, issus pour la majorité de la télé-réalité, sont mêlés à des business permettant aux boutiques en ligne de prospérer très rapidement grâce à leur popularité sur les réseaux.

Depuis quelques semaines, le rappeur Booba tire la sonnette d’alarme contre des pratiques frauduleuses de certains de ces influenceurs qu’il surnomme « influvoleurs » et appelle ainsi la justice à réagir contre ce phénomène en vogue. 

En effet, une querelle est née sur les réseaux sociaux entre le rappeur Booba et Magali Berdah, créatrice et patronne de l’agence « Shauna Events » qui gère les contrats publicitaires de la plupart de ces influenceurs ciblés par Booba. 

Après avoir lancé l’hashtag #influvoleurs, Booba ouvre une boîte mail où il recueille les témoignages des personnes victimes de ces arnaques. Une plainte a aussi été déposée à l’encontre de Magali Berdah qu’il surnomme « la reine de la futilité », pour pratique frauduleuses et escroquerie en bande organisée. 

Quant à Magali, elle a indiqué mener une action en justice contre Booba pour « harcèlement en ligne ». Interrogé par le journal Libération, Booba a dénoncé plusieurs exemples d’escroquerie:  « Il y a des enjeux financiers, des gros sous ! Les influenceurs font de l’argent tellement vite qu’ils n’ont plus aucune notion de la réalité… » « Cette histoire ce n’est pas un clash, c’est une demande de justice pour toutes les victimes… »

Comprendre ce qu’est le drop shipping et l’impact des influenceurs sur les consommateurs…

D’après définitions-marketing.com, le drop shipping est une forme de e-commerce par laquelle le site vendeur ne possède pas de stocks et fait livrer son client directement par son fournisseur sans que le client ne le sache au préalable. 

Depuis peu, ce système de vente a explosé sur les réseaux sociaux grâce à la collaboration des marques avec des influenceurs qui vantent les mérites d’un produit auprès de leur communauté sur Instagram, Snapchat, Tik Tok…

Le but des influenceurs est d’acquérir davantage de followers afin de générer plus d’argent. En effet, plus tu as de followers, plus le produit à promouvoir sera vu et plus l’influenceur pourra négocier son cachet. 

Le but des influenceurs est d’acquérir davantage de followers afin de générer plus d’argent. Crédit: George Milton

Quant à la marque qui met en avant ces produits, c’est une réelle opportunité pour elle car celle-ci sera propulsée sur le devant de la scène et cela lui permettra de générer plus de profits. 

Néanmoins, il faut savoir que la plupart de ces produits bas de gamme sont vendus parfois vingt fois plus cher que leur véritable valeur et sont souvent achetés par de jeunes fans naïfs, qui sont tellement fascinés par ces influenceurs, qu’ils seraient prêts à mettre n’importe quel prix pour ressembler à leurs idoles si parfaites. Ceux-ci profitent de la crédulité des plus jeunes pour s’en mettre plein les poches. D’ailleurs, une des stratégies marketing qu’adoptent certains influenceurs, est de créer une proximité avec leurs fans en partageant leur quotidien, leurs réussites, parfois leurs peines,… Ils créent un climat de confiance entre eux et cette communauté si proche et si abstraite à la fois. Ils les tutoient, les remercient du soutien qu’ils leur apportent au quotidien, les nomment mes amours, mes chéris… Ils les font voyager via leurs stories, à travers le monde, la gastronomie, la mode, leur vie familiale, tout en y glissant subtilement des publicités de produits miracles testés et approuvés. Suivi de cela, un code promo négocié spécialement pour leurs abonnés chéris ! 

Pour la star des réseaux sociaux, Nabilla Benattia qui cumule près de 7,6 millions de followers, certaines marques paient jusqu’à 6000 euros pour une courte vidéo publicitaire. Ce qui lui rapporterait un salaire mensuel proche des 400 000 euros juste pour des placements de produits.   

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes rêvent d’avoir le même train de vie que ces pseudos-influenceurs qui sont devenus une véritable source d’inspiration. Les réseaux sociaux ont un impact considérable sur la jeunesse qui sont en décrochage scolaire notamment à cause de ce monde d’illusions exposé en permanence. En effet, certains se disent mais pourquoi faire des études pour ensuite travailler dur alors que je peux me faire de l’argent facilement ? Être influenceur ne nécessite aucun talent particulier finalement ? On fait quelques placements de produits au bord d’une piscine tout en sirotant un bon cocktail et on vit un rêve éveillé… Malheureusement, les jeunes se retrouvent piégés par cette fausse réalité. 

Il y a notamment l’image du corps parfait qui est véhiculé sans cesse et qui forcément incite les jeunes à avoir recours à la chirurgie esthétique. 

Résultat ? Abandon précoce de la scolarité, recours à la prostitution, injection de Botox illicite dont les conséquences sont désastreuses… 

Paris sportifs, les jeunes, cibles principales des influenceurs 

On retrouve les paris sportifs sur toutes les plateformes d’internet. Leur présence accrue sur les réseaux sociaux montre que la cible numéro 1 sont les jeunes. Selon les données de l’ANJ, neuf parieurs sur dix sont des hommes et un sur trois a entre 18 et 24 ans.

Les sites des paris sportifs ont bien évidemment recours à des personnalités ayant une certaine réputation sur les réseaux pour inciter les jeunes à parier gratuitement dans un premier temps, mais ceci mène vite à une dépendance. 

Beaucoup d’influenceurs s’affichent en grosse Berline, montre Rolex au poignet. Ils annoncent des rendements garantis et des gains considérables, des feux d’artifice dans leur vie… Certains influenceurs sans scrupule, sont même prêts à véhiculer des mensonges sur des pronostics gagnants en échange de rémunération. Évidemment, tout ce bing bling n’est que tentation pour les plus jeunes qui rêvent de cette vie fabuleuse ! 

Il faut bien prendre en compte les choses néfastes que peuvent amener ces paris sportifs car malheureusement beaucoup tombent dans une addiction et se retrouvent surendettés. Quant aux mineurs, les parents se retrouvent à devoir rembourser des dettes colossales. Ce fléau va jusqu’à détruire des vies, des familles entières…

Selon le psychiatre Guillaume Hecquet, interrogé par Huffingtonpost.fr : “Généralement, l’addict vient pendant une crise, au moment de ce qu’on appelle, la révélation du jeu, après une période plus ou moins longue de clandestinité. Souvent, les proches viennent de découvrir ses dettes.” 

“Le jeu d’argent est l’une des addictions les plus suicidogènes. Le nombre de tentatives de suicide est 15 fois supérieur à celui de la population normale.”

Dans une vidéo, le youtubeur Riles tire la sonnette d’alarme auprès des jeunes et dénonce l’immense responsabilité des influenceurs et de certaines personnalités publiques qui en font la pub. 

Il ne s’agit pas dans cet article de faire l’amalgame et de pointer du doigt tous les commerces en ligne. Mais dans un monde où les réseaux sociaux ont pris une place importante dans nos vies, où il est difficile de distinguer le vrai du faux, il est essentiel de rappeler aux jeunes mais aussi aux adultes de prendre de la distance avec les contenus véhiculés quotidiennement sur nos écrans ainsi que l’image que les influenceurs nous transmettent via leurs réseaux… 

Il serait plus sage de réfléchir à deux fois avant d’effectuer une transaction en ligne pour un produit dont les mérites sont vendus par des « influenceurs » …

Plus d’infos sur : 

https://www.rtbf.be/article/paris-sportifs-tout-est-bon-pour-attirer-les-jeunes-meme-tiktok-11039828

https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/complement-d-enquete/complement-d-enquete-clash-fric-et-politique-le-vrai-business-des-influenceurs_5323603.html

I.Senh

Peut-on encore vivre sereinement en France en tant que musulman ?

« Liberté, égalité, fraternité », ces mots définissent les trois valeurs fondamentales de la société française aujourd’hui, et la vie démocratique de manière générale. La liberté ou le droit de vivre librement, libre de toute oppression ou restrictions infondées de la part des autorités, est une valeur fondamentale des sociétés démocratiques. Il en va de même pour l’égalité. Il ne s’agit pas uniquement de traiter d’égal à égal les personnes et de les respecter, mais aussi d’être égal devant la loi. La fraternité (« frère » est la racine du mot) est l’idée d’une solidarité ou d’un partenariat où nous construisons ensemble la société sûre, libre et juste dans laquelle nous désirons vivre. Mais ces valeurs semblent parfois ne pas être appliquées quand il s’agit des musulmans… Analyse. 

Si cette devise a trouvé son origine en France, les valeurs prônées n’étaient pas nouvelles. L’idée est en fait très ancienne. De plus, les valeurs de liberté, égalité, fraternité forment un système de croyances qui a finalement conduit aux traités relatifs à la protection des droits humains que nous connaissons aujourd’hui, tels que la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par les Nations unies en 1948. 

Le prix d’une lutte populaire[3]

Ces valeurs sont nées d’une lutte, lorsque le peuple a cherché à se libérer du joug de la monarchie oppressive pendant la Révolution française. Si le sens littéraire de la devise parle pour lui-même, elle a été vue comme une sorte de « fourre-tout » qui intègre les droits fondamentaux et les libertés des citoyens français (et principalement ceux des hommes, la femme étant reléguée au second plan et n’avait aucune légitimité dans ses droits civiques). Il s’agissait d’un coup dur pour le pouvoir de la monarchie et du clergé.

Ainsi tous les êtres humains sont égaux devant Dieu, et aucun ne devrait se voir priver de droits dont jouissent les autres. Ceci dit, l’Histoire nous révèlent les excès, les dérives et les abus de ces deux mondes (monarchie et clergé). La fraternité laisse aussi suggérer l’importance du sentiment d’appartenir à une lutte commune chez les Français, unis par leurs croyances et leur nationalité.

La devise française aujourd’hui : valeurs obsolètes ?

« Liberté, égalité, fraternité » est toujours la devise de la République française. Mais, aujourd’hui, quel sens à cette devise pour les hommes ? Elle signifie encore de nos jours la même lutte contre les inégalités, les divisions et abus de pouvoir qu’à l’époque de la révolution. Les mots sont les mêmes mais la signification change. On observe notamment que la fraternité a pris un nouveau sens : il ne s’agit pas uniquement d’un attachement au pays, mais aussi à des relations de la vie de tous les jours.

Et comme la France est devenue beaucoup plus mixte depuis l’époque où cette devise a vu le jour, l’égalité est la valeur qui a sans doute subi le changement de sens le plus important.

Et ce parce que les inégalités persistent dans de trop nombreux domaines : inégalités économiques, géographiques, raciales, religieuses. Ce changement de sens suit le cours de l’histoire de la France. Le colonialisme, les deux guerres mondiales, la montée des organisations extrémistes, souvent ancrées dans une forme d’identité religieuse ou culturelle, ont contribué au changement d’interprétation de la devise et de son application. 

Et donc quel avenir pour elle ? 

Il est difficile de savoir. Ceci étant dit, la culture française est bien plus complexe qu’à l’époque. Cela a conduit à une certaine révision de l’interprétation de la devise. Les changements culturels et démographiques influencent aussi la façon dont la devise est comprise. Il est vrai qu’elle reste très importante aux yeux des Français et représente une source de fierté car elle englobe les valeurs d’une France moderne et diverse. Mais les personnes lui prêtent des sens différents. Beaucoup pensent que les valeurs d’égalité, liberté et fraternité s’appliquent dans leur véritable forme à tous les individus.

Aujourd’hui, en France, nous remarquons un climat politique et social alarmant. En effet, le journal indépendant Le Mediaécrit : « s’allier avec l’extrême-droite ou reprendre ses idées ne constituent plus un interdit. (…) Plusieurs lois liberticides organisent une société autoritaire de surveillance et de contrôle (…) ces lois stigmatisent une partie de la population en raison de sa religion[5], d’autres en ciblent en raison de leur activité militante. »[6]

Ce jeu de déstabilisation que certains politiciens et médias aiment à jouer, est le résultat de ce déferlement de « haine » sur une communauté, dont le but ultime est de vivre selon les principes et les valeurs divines auxquels la République française fait écho. 

« Une année 2021 très difficile pour les musulmans en France. C’est le constat de l’European Islamofobia Report qui réunit plusieurs instituts et experts analysant l’évolution de l’islamophobie au sein de 31 pays. »[7]

Dans le dernier rapport publié par les 37 militants et experts de cette organisation, la France est pointée du doigt pour, entre autres, sa loi anti-séparatisme notamment pour « son caractère liberticide et répressif ». Le rapport cite surtout l’augmentation des actes islamophobes dans le pays en 2021.

L’incertitude économique pourrait bien perdurer et cela pourrait renforcer l’importance donnée à l’identité individuelle (montée des groupes extrémistes) si le peuple ne se lève pas contre les injustices, cela contribuera sans doute à créer un fossé entre le sens donné à cette devise pendant la révolution et le sens qu’on lui donnera à l’avenir…

Najoua

[2] Devise de la France, formulé par Maximilien de Robespierre lors d’un discours, au 18 ieme siècle, et inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789.

[3] Image akg-images. Révolution française 1792-97.

[4] Site defenseurdesdroits.fr

[5] Pour en savoir plus, un article du magazine Musulmans en France sur le site musulmansenfrance.fr sur la loi « séparatisme ».

[6] Lemediatv.fr- article « le 12 juin, marchons contre l’extrême-droite et pour nos libertés », 8 juin 2021.

[7] Article tiré du site algeria-watch.org, publié sous le titre « Peut-on encore vivre sereinement en France en tant que musulman ? » écrit par la journaliste Soraya Amiri le 22 septembre 2022.  

L’Exécutif des Musulmans de Belgique, privé de reconnaissance mais laquelle? 

Il y a quelques semaines, le vice-premier ministre et ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open VLD) a procédé au retrait de la reconnaissance de l’Exécutif des Musulmans de Belgique. Une reconnaissance officielle donc, de l’État. Mais sur le terrain, les musulmans eux-mêmes ne semblent jamais avoir totalement reconnu cet organisme censé les représenter. Retour sur les origines de cet organe contesté.

Alors que les premiers immigrés (en provenance principalement du Maroc) ont foulé le sol belge dès 1956, ce n’est que près de 20 ans plus tard, en 1974 que le culte islamique est officiellement reconnu en Belgique, devenant ainsi le  premier pays européen l’inscrire dans la loi. Au départ, l’État belge fait du Centre islamique son principal interlocuteur en raison notamment des considérations diplomatiques mais très vite se pose la question de la représentativité des musulmans belges. A la fin des années 80, le Commissariat royal à la politique des immigrés lance alors l’idée d’une procédure électorale. 

Une première élection refusée

Organisées sous la houlette du Centre islamique, ces premières élections, pour constituer un Conseil supérieur des musulmans, n’aboutiront pas. Le gouvernement refuse de reconnaître le Centre comme interlocuteur. « En avril 1990, 30 000 musulmans étaient inscrits sur les listes électorales tenues par les mosquées et le Conseil devait être installé en mai 1990. Plusieurs démarches furent effectuées par le gouvernement et par le Commissariat royal pour tenter d’arrêter ce processus. Faisant valoir qu’ils n’avaient nullement mandaté le Centre islamique et culturel, ils annoncèrent que la Belgique ne se considérerait pas liée par les résultats du scrutin. Le nouvel imam-directeur du CIC, Sameer Ar Radhi, estimait quant à lui que l’élection relevait uniquement du domaine religieux, et ne concernait en aucune manière le gouvernement, puisque la Constitution belge interdit à l’État d’intervenir dans les affaires religieuses » explique Caroline Sagesser, islamologue, dans un article publié pour le Cairn.info.

L’Exécutif : un manque de reconnaissance dès le départ

Le gouvernement reprend alors la main et constitue un Conseil supérieur des sages mais les mosquées refusent de lui accorder leur confiance. « Le problème fut sorti de l’impasse par la constitution en 1998 d’une Assemblée de 68 membres, dont trois quart étaient élus et un quart coopté, et qui fut chargée de désigner en son sein un Exécutif des Musulmans. La composition de cet Exécutif était conçue pour refléter les différentes nationalités d’origine présentes dans le pays » analyse Caroline Sagesser. Son rôle devait être transitoire: préparer la création d’une instance représentative et consensuelle. Elle émet principalement des avis concernant les différentes questions relatives à la communauté islamique : l’enseignement de la religion islamique, représentation dans les prisons et les hôpitaux… Mais la principale critique formulée à l’égard de cet exécutif concerne ses membres et l’absence d’autorité religieuse : ni savants (docteurs de la loi, théologiens), ni imams ne sont élus au sein de l’organisme. « Cette critique à l’égard du manque de compétence religieuse de l’organe représentatif restera vive au sein du tissu associatif musulman jusqu’à aujourd’hui. Elle demeure l’une des raisons de la méfiance exprimée par les mosquées à l’égard de l’actuel Exécutif des Musulmans » pointe l’islamologue. 

L’Exécutif des Musulmans est né

L’assemblée des 68 membres propose alors au ministre de la Justice une liste de candidats composée de 17 élus : 7 Marocains, 4 Turcs, 3 personnes appartenant à une autre nationalité et 3 convertis. Un seul membre est refusé suite à un avis défavorable de la Sûreté de l’État. Un contrôle de sécurité avait été opéré pour éviter que l’organisme soit infiltré par des radicaux, la crainte concernait d’éventuels liens avec le GIA. L’Assemblée refusa de présenter un autre candidat et la composition de l’Exécutif fut donc limitée à 16 personnes. Le nouvel Exécutif prend officiellement ses fonctions le 1er juin 1999. « Le traitement de l’islam est doublement spécifique. D’une part, c’est le seul culte dont l’organe représentatif découle d’une élection au suffrage universel des fidèles. D’autre part, la procédure appliquée à partir de la fin des années 1990 fut largement influencée par des motifs sécuritaires, ce qui conduisit à avoir vis-à-vis de l’islam des exigences qu’aucun autre culte ne s’était vu imposer. La définition stricte des conditions de participation à l’élection et d’éligibilité à l’organe chef de culte islamique (y compris une condition de connaissance linguistique et une condition de diplôme) pouvait déjà être considérée comme une marque d’ingérence de la part des pouvoirs publics. L’une des conditions d’éligibilité consistait en la signature d’une déclaration d’allégeance à la Constitution belge. Par ailleurs, la procédure de screening des candidats à l’Exécutif constituait elle aussi une forme d’ingérence dans l’organisation du culte islamique. »

De nombreuses dissensions

Très vite, l’Exécutif fut confronté à des tensions tant externes qu’internes. En janvier 2001, l’Assemblée émit un vote de défiance à l’égard de l’Exécutif dont elle réclama et obtint la démission. Une nouvelle équipe prit le relais mais là encore des tensions apparurent. C’est sous le mandat de Laurette Onkelinckx, alors ministre de la Justice en 2005, qu’eurent lieu de nouvelles élections. Par la suite, l’exécutif sera secoué par plusieurs crises, et les démissions seront nombreuses à la suite de votes de défiance de l’assemblée. In fine, l’organisme n’a jamais totalement reçu le soutien ni des politiques, ni des musulmans qu’il est censé représenté. Un organe critiqué, dont le rôle reste flou pour de nombreux fidèles. Si le ministre de la Justice a officiellement retiré sa reconnaissance à l’Exécutif en ce début d’année,  les musulmans l’ont-ils un jour reconnu ?

H.B.

Vers un effondrement des grandes puissances mondiales : le nouvel ordre mondial 

Selon l’OCDE, la Chine, l’atelier du monde, serait la première puissance mondiale suivie de l’Inde qui verra sa population se multiplier par 8 en 2060 par rapport à celle de 2011. Les Etats-Unis seraient en 3ème position. Quant à la zone euro, la part de son PIB mondial passerait de 17% en 2011 à 9% en 2060, soit une baisse de 47% ! Cette perte de vitesse des pays européens serait due à une augmentation de dépenses publiques et dettes publiques et à une population vieillissante. Quelle sera la cause de cette chute ?  La question est d’autant plus pertinente que nous savons que toute grande puissance dans le passé a connu sa fin : les puissances romaine, grecque, française, perse, arabe, britannique, andalouse et d’autres… toutes ont vu leur déclin. Qui osera défier l’oncle Sam et le renversera de son trône?

Lors de notre dernier article, nous avions conclu en nous posant quelques questions sur l’ordre mondial des grandes puissances et son évolution.

Nous avions dressé un état des lieux et nous avions constaté que le système du monde est de plus en plus fragile et que sa sécurité est fortement menacée.

Ces dernières années ont été traversées par plus d’évènements marquant l’histoire avec un grand H que celles des dernières décennies tant est si bien que nous assistons à des prémices de changements du leadership mondial.

Alors que les pays occidentaux, plus particulièrement les Etats-Unis et l’Europe, dominaient le monde, aujourd’hui, ces derniers sont littéralement méprisés par des pays qui auparavant étaient regardés de haut. Serait-ce la fin d’une série où les Américains étaient les acteurs principaux se faisant passer pour des héros ? Pas très braves, plutôt narcissiques, et souvent vaniteux… ces acteurs « héroïques » sont à la fois les producteurs et scénaristes d’épisodes de guerres où l’on comprend très vite que les méchants sont en réalité des victimes parmi tant d’autres…

Souvenons-nous de l’exécution de Saddam Hussein jugé par les USA et l’Europe comme « terroriste et complice d’Al Qaida ». Cette accusation fortement remise en cause et condamnée est née juste après qu’il ait demandé d’être payé pour le pétrole irakien par une autre monnaie que le dollar et qu’il ait invité d’autres chefs d’Etat détenteur de pétrole à faire de même. La puissance américaine s’est sentie menacée et ce n’était ni la première ni la dernière fois.[1]

Des exemples d’« interventions militaires » sous de faux prétextes des Occidentaux ne manquent pas dans l’histoire des films d’horreur américains où l’avidité et la cupidité sont les moteurs clés de leurs crimes et où les plus grandes pertes sont davantage humaines : Haïti, guerre du Vietnam, d’Iran, du Brésil, d’Irak, du Venezuela, la tentative d’assassinat du président Turc Erdogan…

Aujourd’hui, les Occidentaux ont en face un adversaire qui ne faiblit pas devant les menaces américaines et européennes. La Russie connait son adversaire et semble savoir quand et où donner les meilleurs coups pour défendre des valeurs chères à sa patrie et des principes qu’elle a toujours défendus et qu’elle a inscrits noir sur blanc dans des traités pensant que les Occidentaux ont une parole d’honneur.

Déterminée, la Russie balade ses rivaux et s’amuse à leur retourner leurs propres sanctions leur rappelant froidement (au sens propre comme au sens figuré) qu’ils n’ont pas à s’immiscer dans ses affaires « familiales ».

Elle dénigre les Occidentaux en créant des alliances avec d’autres rivaux tels que la Chine et elle met à terre leurs marchés financiers dans sa globalité. La Russie semble avoir contribué à la récession économique européenne et américaine.

Mais c’est alors que nous assistons à d’autres phénomènes curieux venant d’autres horizons…

Un nouveau vent souffle d’ailleurs…

  • La Chine constate l’affaiblissement des Etats-Unis qui semble être à l’image de son dirigeant actuel. Comme la Russie pour l’Ukraine, elle n’a jamais caché ses ambitions de « récupérer Taiwan » très défendue par les USA. Osera-t-elle franchir le pas comme la Russie et risquer de mettre à mal son essor économique croissant qu’elle a connu ces dernières décennies ? (Bien que ces derniers temps, la crise ne l’a pas épargnée non plus)[2] ;
  • L’Arabie Saoudite devient de plus en plus forte[3] et décline sans compromis les demandes des Etats-Unis de plafonner les prix du pétrole.[4] Elle a contribué au rachat de la dette américaine bénéficiant de taux d’intérêts intéressants. Aujourd’hui, comme le pétrole se fait de plus en plus rare et reste toujours un besoin pour l’énergie mondiale, l’économie saoudienne est en plein essor. Ainsi l’OPEC, dans son ensemble, refuse les nombreuses doléances des Etats-Unis.
  • La Turquie entretient de « bons » rapports avec la Russie, au détriment des Occidentaux et des Américains…[5]
  • Israël a voté contre les sanctions contre la Russie[6]

Devant une Amérique qui auparavant était vue comme un leader mondial, aujourd’hui les chefs d’états n’ont pas peur de montrer leurs oppositions.

Alors que l’Europe fut, jadis, au sommet avec les USA notamment grâce aux trente glorieuses (1945-1975), aujourd’hui, elles sont vues comme les grandes pleureuses.

Si toutes les puissances ont vu une fin, pourquoi l’Occident en serait-il épargné ? Si nous ne pouvons pas encore constater la fin de leur hégémonie, nous pouvons franchement parler d’un affaiblissement important de ces puissances. Par qui, par quoi seraient-elles remplacées ? Quelles seront les ambitions de ces futures puissances ?

Qui seront les grands gagnants et les grands perdants des dernières crises ? Avons-nous de bons candidats pressentis au poste tant convoité ?  

Selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), en 2060, la Chine, l’atelier du monde, serait la première puissance mondiale suivi de l’Inde. Les Etats-Unis seraient en 3ième position.[7]

Quels seraient les facteurs contribuant à la montée de ces futures puissances ?

  • Pour la Chine, le facteur favorisant sa montée serait l’avancée en innovation technologique qu’elle fait et ses exports de productions vers le monde entier. Il fut une période où le monde riait des produits chinois. Personne ne se doutait que la Chine était en train de bâtir un empire.

Il faut néanmoins souligner que sa démographie constituée de personnes âgées pourrait poser un frein au maintien de sa croissance économique. L’OCDE ne prévoit aucune évolution de PIB chinois entre 2030 et 2060.

  • A l’inverse, l’Inde aurait comme atout majeur une main d’œuvre croissante, un taux de natalité toujours élevé et donc une propension importante de population active dans le marché de l’emploi. Grâce à ces paramètres, l’Inde aura un PIB multiplié par 8 entre 2011 et 2060 et pèsera 18% de la part mondiale en 2060 (contre 7% en 2011).

Comme le montre l’OCDE, en 2060, presque 50% (46%) du PIB mondial serait détenu par l’Inde et la Chine.

  • Pour les mêmes raisons démographiques, les pays en voie de développement d’Afrique ainsi que l’Arabie Saoudite voleront une part importante du PIB mondial à l’Europe et aux USA qui verront leurs dépenses publiques et dettes augmenter.

L’Amérique reste à la pointe des technologies et des recherches. Nul doute qu’elle peut encore reprendre à tout moment le contrôle de ces tendances. Ne l’a-t-elle pas déjà prouvé dans le passé, à maintes reprises, en éliminant tout obstacle sur son passage ? Si l’OCDE ne fait que spéculer (sous certaines conditions) sur un hypothétique ordre mondial en 2030 et en 2060, le commun des mortels est forcé de constater des faits qui contribuent à un changement dans ce sens.

L’Histoire est cyclique : des puissances s’éteignent pour que d’autres naissent…

Nelm


[1]https://www.lorientlejour.com/article/324042/Saddam_Hussein_est_une_menace__-_pour_les_E-U%252C_estime_Bush_-.html

[2] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/08/19/entre-la-chine-et-taiwan-un-potentiel-conflit-difficile-a-predire_6138462_4355770.html

[3] https://www.eiu.com/n/saudi-arabia-set-to-be-the-worlds-fastest-growing-major-economy/

[4] https://www.foxbusiness.com/economy/opec-refuses-increase-oil-output-us-release-reserves

[5] https://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/turquie-et-russie-des-ennemis-tres-amis-1732645

[6] https://www.lefigaro.fr/flash-actu/ukraine-israel-ne-permettra-pas-le-contournement-des-sanctions-contre-la-russie-20220314

[7] https://www.oecd-ilibrary.org/fr/economics/data/perspectives-economiques-de-l-ocde-statistiques-et-projections/perspectives-macro-economiques-a-long-terme-scenario-de-reference-no-109-edition-2021_e303b14b-fr?parentId=http%3A%2F%2Finstance.metastore.ingenta.com%2Fcontent%2Fcollection%2Feo-data-fr

« On ne peut pas changer les gens, on peut juste leur montrer un chemin puis leur donner envie de l’emprunter »

Cette phrase est extraite du roman de Laurent Gounelle: « Les Dieux voyagent toujours incognito ». Ce roman s’inscrit dans la mouvance du développement personnel dont l’auteur nous livre les secrets à travers une aventure hors du commun, celle d’Alan Grenmor. Ce jeune personnage, qui pense avoir raté sa vie, décide d’en finir avec son existence et s’apprête à sauter de la Tour Eiffel lorsqu’un inconnu le convainc de faire marche arrière. Il lui propose un pacte : lui sauver la vie en échange de son engagement à faire tout ce qu’il lui demandera.

Ce roman bien ficelé nous tient en haleine et explore avec finesse les tréfonds de l’âme humaine. Il met en évidence deux personnalités diamétralement opposées : Alan, jeune homme manquant cruellement de confiance en lui et spectateur de sa vie face à Igor, personnage charismatique et haut en couleurs.

Ce « petit traité de psychologie » où s’entremêlent introspection, affirmation de soi et relations sociales, fera le bonheur de ceux et celles qui ont un sens aigu des rapports humains.

Toutefois, une réflexion sous-jacente est à mener quant à la toute-puissance des théories du développement personnel qui abondent dans le paysage littéraire et médiatique ces dernières années. Le culte de la performance tant prônée par cette idéologie ne se fait-il pas parfois au détriment de l’Autre ? S’affirmer, dépasser ses peurs, prendre sa vie en main, améliorer ses compétences pour se sentir mieux professionnellement et personnellement… oui, mais à quel prix ? Qu’en est-il de ces techniques de management qui ne sont rien d’autre que des techniques de manipulation qui visent à obtenir quelque chose de son prochain ?  Reste au lecteur le choix de cueillir les plus belles fleurs du développement personnel…

Parsemés de réflexions philosophiques, les livres de Laurent Gounelle ont cette particularité de laisser le lecteur songeur et comme je l’ai déjà dit, de dessiner un sourire délicat au coin des lèvres une fois la dernière page tournée…

L.M.

La sororité entre soeurs musulmanes

La Umma, le refuge de tout croyant, est la force de la civilisation musulmane. Si nous cherchons des citations qui valorisent l’unisson, nous en trouverons certainement des centaines dans toutes les communautés. Pourtant, elles nous enseignent toutes la même chose : ensemble nous sommes plus forts! La communauté musulmane ne fait pas exception. Mais le triste constat est que la solidarité féminine est beaucoup moins valorisée voire dérangeante.  

Savez-vous ce qu’on nomme de manière injurieuse « sorcière » était un groupe de femmes indépendantes ? L’origine des sorcières remonte à l’Antiquité, mais c’est au Moyen-Âge qu’elles se sont structurées et ont constitué une communauté. A cette période, elles se spécialisaient dans les vertus thérapeutiques des plantes et exerçaient le métier de sage-femme. Malheureusement, vers le 15ème siècle, elles ont été pourchassées, tuées et brûlées.  Nous constatons donc qu’un regroupement de femmes est souvent réprimée de manière plus ou moins violente.

Lorsqu’on jette un regard dans notre beau patrimoine musulman, il est difficile de trouver beaucoup de femmes inspirantes.  Souvent, elles sont rattachées à leur statut d’épouse, de fille ou encore de mère. Bien que cela soit très louable, elles sont très peu mises en avant par leur fonction, leur noble caractère, leur savoir où ce qu’elles ont pu apporter au monde. Ce qui en résulte, dans l’inconscient collectif, qu’une femme n’existe qu’à travers l’autre. Au point où si l’une d’entre elles semble suivre un chemin à part, elle se fait immédiatement fustiger par ses semblables.

Mais tout comme nous nous inspirons des grands penseurs musulmans, imprégnons-nous du savoir de Aicha bint Abu Bakr (épouse du prophète SA) , de l’indépendance de Khadija bint Khuwaylid ( épouse du prophète SA ), de la générosité de Mariame fille d’Imran ( Mère du prophète Issa AS) et surtout de l’amour que portait Rabia Al Adawiyya ( mystique et poétesse soufi ) aux autres et au Divin.

Laila El Madyouni

La photo illustrant l’article représente Rabi’a Al Adawiya sur une miniature persane.

Rester, subir, partir, souffrir, la nuance ne tient qu’à un voile…

A l’ère de l’émancipation de la femme et du féminisme, tous les projecteurs sont braqués sur celles qui se mettent en marge de la société, disent-ils. Les projecteurs et les débats télévisés sont axés sur celles qui ont décidé de se couvrir, de préserver une partie de leur corps, délibérément. Elles viendraient balayer les valeurs du féminisme, faisant ainsi l’apologie de la soumission au mâle, figure d’autorité et de toute puissance dans leur culture, paraît-il.        

Mais en y réfléchissant bien, ne serait-ce pas là, la vraie définition du féminisme ? Un féminisme qui permet à la femme de se vêtir comme elle le souhaite, d’avoir le contrôle total de ce qu’elle laissera apparaître aux yeux des autres. Un féminisme qui permet à la femme de marcher librement, fière de son identité et de ses convictions, la tête couverte, parce qu’elle a fait le choix de garder ce secret.

Tout le monde ne l’entend pas de cette manière …

Qu’elle soit née en Occident, installée depuis des générations dans un pays qui l’a vue grandir et évoluer, ils n’en ont que faire. Ce qui leur importe, c’est ce voile qui lui couvre la tête, elle n’est réduite qu’à ce bout de tissu. Victime de son indépendance et de ses choix, elle est marginalisée, mise à l’écart de la société. Parce qu’elle dérange, parce qu’elle veut réfléchir par elle-même et qu’elle ne veut pas se conformer aux « normes occidentales ».         
Mais qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Quelle est la norme, actuellement ? Se dévêtir par obligation, à contre-cœur, pour leur ressembler ? Retirer une partie de son identité pour aller travailler ou pour pouvoir étudier ? C’est ça, la norme ?!

Mais elles n’en veulent pas et refusent de s’y conformer. Pour les plus coriaces d’entre elles, elles vont se rebeller, affronter ceux qui veulent décider de leur corps, comme s’il ne leur appartenait plus, elles vont faire honneur à leurs sœurs. Pour d’autres, une solution de dernier recours viendra s’offrir à elles : l’expatriation.

« Et pourquoi ne pas aller voir ce qui se passe ailleurs ? J’y serais peut-être mieux accueillie ? Comment se comportent-ils avec celles qui me ressemblent ? Aurais-je l’immense privilège de travailler avec ma couronne ?! Le rêve ! »

Mais rapidement, les inquiétudes font surface. Comment survivre à plusieurs kilomètres de ses proches ? Quitter sa terre natale n’est pas chose facile, encore moins ses proches ni ses petites habitudes. L’expatriation, c’est un grand changement.

En fait, c’est comme naître, une seconde fois. Plus rien n’est inné, tout est à apprendre. On se retrouve dépendant de ceux qui peuvent nous aider dans les premières démarches, on essaie de s’accrocher à ceux qui parlent notre langue ou qui nous rappellent nos racines. Ce n’est pas chose facile.   

L’aventure est souvent si belle, faite de rencontres incroyables et d’expériences enrichissantes, mais elle peut aussi devenir un cauchemar. Le manque des proches, le mal du pays, l’envie de repartir. C’est parfois trop dur. Trop dur à supporter, un changement trop brutal. Alors, un dilemme se présente rapidement à nous. Repartir vers ses racines, retrouver sa terre natale, au risque d’y perdre à nouveau son identité, ou rester … avec tout ce que cela implique ?       
Rester, subir, partir, souffrir, la nuance ne tient qu’à un voile.

Nora Abied[1]


[1] Nora Abied est l’auteure du livre « Mon choix, la loi, la liberté, ô patrie, ô mère chérie » (aux Editions Al Hadith). Elle a écrit ce texte pour L’autre Regard.

 



Pousse la porte de la connaissance…

A chaque rentrée, la joie mélangée à l’angoisse vient, dès la veille, habiter chez cet être innocent. Chez certains, le compte à rebours a débuté bien avant.
L’inconnu est arrivé à accaparer toute son attention, mais tout doucement, il comprend que le mystère, s’avère une énigme sans prétention.

L’apprivoisement remplace délicatement l’appréhension. Il reconnaît que le monde de la connaissance, le conduira vers la clairvoyance et il apprendra à dominer son insouciance.

Afin qu’il puisse atteindre le phare qui l’appelle, il devra se battre pour ne pas laisser les faux visionnaires l’envoler vers le superficiel. Un moment donné, il réalisera, que quand la brume s’éparpille, il peut observer le ciel.Que voilà, ce petit être favorisé par la conquête de son tout nouveau cartable, sa belle tenue, préparée depuis plusieurs semaines, la jouissance qui se lit dans ses yeux à la vue de sa nouvelle paire de chaussures, il sera impeccable. Le sourire qui se dessine sur son visage.

Ensuite, ou probablement le jour même, il entendra que d’autres enfants, vivants dans des contrées oubliées, eux aussi, partent à la recherche de ces clés qui ouvrent les portes de la félicité. Parmi eux, ils marcheront sans être chaussés, équipés seulement d’un simple carton pour insérer le peu de ce qu’ils possèdent. Et d’autres encore, devront contourner des chemins avec prudence, de peur de rencontrer une sentinelle.

N’en déplaise, ces conquérants lutteront pour accéder au monde de la découverte et deviendront, par La grâce de Dieu, de victorieux maillons de la réussite, et cela, même au milieu du désert.

L’univers qui sépare tous ces petits êtres, ne les empêche pas de se diriger vers le dessein. Cependant, il ne pourra l’accomplir avec succès que si, durant leur parcours, on leur apprend que la finalité est d’être reconnaissant envers Celui qui leur a offert tous ces bienfaits, ces facultés et la volonté de grimper dans le monde de la connaissance.

Et si Dieu le veut, pour être prêts demain.
Nous souhaitons à tous ces petits êtres, une belle entrée pour passer une année aventurière.

amiaa

Majd Mashharawi, le savoir comme arme

Lorsque vous naissez et grandissez sur une terre occupée, vivez sous blocus, privés de certains droits élémentaires, vos espoirs et vos aspirations sont un peu plus intenses, un peu plus incarnés. Quand la moindre prétention à une vie meilleure prend la forme d’une lutte acharnée, soit vous vous épuisez, soit vous persistez. Majd Mashharawi quant à elle, est de celles qui persistent. « Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense » disait Charles Baudelaire. Portrait d’une jeune Palestinienne qui se bat pour améliorer la vie de ses concitoyens.

Majd Mashharawi obtient son bac en 2010, elle sait alors qu’elle fera un métier qui lui permettra d’aider son peuple. Cette fille de Gaza, brillante étudiante, se voit offrir une bourse  par une université de Berlin. Faute d’obtenir les autorisations nécessaires pour pouvoir quitter la prison à ciel ouvert qu’est son enclave, elle s’inscrit à l’université islamique de Gaza, option génie civil.

En 2016, son diplôme en poche, elle est déterminée à prendre à bras le corps l’un des problèmes majeurs de Gaza, la crise du logement. Les guerres successives ont laissé des milliers de maisons détruites, tout ou en partie. Les bombardements de 2014 auraient détruit environ 18.000 maisons, laissant 100.000 personnes à la rue.

A Gaza, depuis le blocus de 2007, les manques sont importants, en particulier les matériaux de construction comme le ciment, le sable, le gravier, empêchant toute reconstruction.

Mais comment fabriquer des briques sans matières premières ? De quels matériaux disponibles sur place peut-on se servir pour  reconstruire ? Ces questions, Majd aidée de sa collègue Rawan Abdullatif, se les pose pendant des mois.

Des idées et de la niaque

Majd trouve d’abord un atelier qui lui permet de mener des expériences, et après pas moins de 150 essais plus ou moins fructueux, Majd Mashharawi trouve le mélange gagnant. Sa brique alternative sera fabriquée non pas à partir de ciment et de gravier, mais de cendres et de…gravats !

Aidée d’une poignée de jeunes qui croient en son projet, elle se rend sur les ruines et les décombres de Gaza, récolte puis valorise ces déchets qui n’étaient jusque là que des polluants.

Et ça marche ! La brique est légère car alvéolée, économique, résistante, et écologique. Son nom est tout trouvé, elle s’appellera Green Cake.

La brique est légère car alvéolée, économique, résistante, et écologique. Son nom est tout trouvé, elle s’appellera Green Cake.

Récompensée

Après l’avoir présentée à ses compatriotes sous la forme d’un mur témoin, Majd voit les demandes affluer. A ce jour des milliers de logements ont pu être reconstruits grâce au Green Cake, qui remportera plusieurs prix et concours, dont le Japan-Gaza Innovation Challenge.

La première fois de sa vie où elle est autorisée à quitter Gaza, elle s’envole d’ailleurs pour le Japon, où elle est invitée par des ingénieurs japonais à venir perfectionner sa brique.

Elle sera profondément marquée par ce voyage, et subjuguée par un détail qui n’a rien d’anecdotique là d’où elle vient : l’éclairage public.

Un nouveau défi

Il n’en faut pas plus pour lancer cette infatigable petit bout de femme dans un second défi. Celui d’offrir une solution viable à la pénurie chronique d’électricité dans la bande de Gaza. La principale centrale électrique ayant été bombardée, les habitants ne disposent en moyenne que de quatre heures de courant par jour, les hôpitaux dix.  

A Gaza l’on fait beaucoup de choses à la lueur d’une bougie. Les enfants y étudient le soir dans la pénombre. Une personne devant suivre un traitement qui nécessite un appareil électrique, devra donc se rendre tous les jours à l’hôpital, car les heures où le courant est disponible sont aléatoires. Majd est révoltée par toute cette misère, ces souffrances.

« En Palestine », dit-elle, « nous avons 300 jours de soleil par an. L’énergie solaire est simple, abordable, disponible pour tous »

« Ils disaient que c’était impossible, mais dans mon dictionnaire il n’y a pas ce mot »

Majd Mashharawi

Après s’être envolée pour les États-Unis afin de se former à la gestion d’entreprise, cette battante crée SunBox. Un kit solaire capable de fonctionner hors réseau.  Les composants sont importés de Chine et du Canada et sont adaptés pour répondre aux besoins locaux. Il est composé d’un panneau solaire, de capteurs et de batteries. On l’installe sur le toit. Il produit chaque jour de quoi alimenter quatre lampes, une télévision, une connexion internet, un petit réfrigérateur, un lave linge.

Un kit solaire coûte 350 dollars. Trop cher pour beaucoup de familles. Alors elle lance une campagne de financement participatif, fait appel à des investisseurs, et parvient à lever pas moins de 380 000 dollars de fonds. Grâce à ces fonds, sa start-up propose aux familles d’étaler le coût du kit solaire, ou leur offre une subvention  pouvant aller jusqu’à 100 % du prix selon leurs revenus. Deux familles se partagent souvent une installation, pour en alléger le coût. 65 000 autres ont pu bénéficier du kit solaire.

SunBox emploie à présent 35 personnes. Rien n’a découragé cette battante qui a toujours le sourire. Ni les processus compliqués pour obtenir les autorisations d’importer les composants depuis l’étranger. Ni les pourparlers avec l’armée, les responsables palestiniens et israéliens, ni les préjugés et la misogynie parfois…

Avec ses collaborateurs , elle équipe de nombreux camps de réfugiés. L’usine de dessalement de l’eau de Gaza fait appel à elle, afin d’augmenter sa production et offrir aux habitants une eau propre et fraîche.

Continuer à œuvrer pour sa terre

Majd poursuit ses projets et rêve de nouveaux challenges.  Elle souhaiterait équiper d’autres camps de réfugiés, au Liban et en Jordanie. Elle participe également à un projet pilote pour fournir l’énergie solaire à des mosquées de Djeddah et de Ryadh. En 2018, elle sera élue « entrepreneuse la plus créative ».

Majd est aussi de ces personnes qui ont une vision à long terme. Ainsi, parlant de son envie d’étendre SunBox à la Cisjordanie elle dit : « En Cisjordanie ils ont l’électricité, mais ils dépendent beaucoup d’Israël. Si nous voulons créer un pays nous devons être autonomes. »

Celle qui explique avoir toujours voulu voyager, ressentant enfant que Gaza était trop petit pour elle, a pu aujourd’hui découvrir beaucoup de pays. Elle raconte combien chaque sortie de l’enclave est compliquée à obtenir, souvent purement et simplement interdite. Pourtant Majd continue à découvrir le monde, mais assure qu’elle ne voudrait vivre nulle part ailleurs qu’à Gaza.

Hayat Belhaj