Qu’est-ce que tu fais pour les vacances?

Un temps suspendu, les pieds sur le sable chaud, un regard sur une mer qui appelle à s’y plonger, un corps langoureusement détendu et une sensation de jouissance bien méritée… C’est l’idée même que nous nous faisons des vacances. C’est pourquoi, elles sont très souvent associées à un temps de repos, de farniente… sous le soleil bien évidemment ! Pourtant, à l’origine, les vacances dans l’Histoire n’avaient pas du tout cette évocation d’oisiveté ou d’inaction.

D’après le dictionnaire Larousse, le mot vacance est un nom féminin et désigne le temps pendant lequel une charge, une place, un poste est momentanément dépourvu de titulaire. Par exemple, la vacance d’un siège au Sénat (dans le sens de vacuité). Et dans le sens commun, le mot au pluriel vacances désigne la période d’arrêt légal de travail dans les écoles, les universités, fixée selon un calendrier précis, ainsi que pour les salariés. Aujourd’hui, les vacances symbolisent très souvent la notion de liberté et de « droit à la paresse ». Cependant, l’Histoire nous montre que le mot vacance a eu un sens originel bien défini et n’exprime pas la notion d’inactivité ou de « traîne-savate ».

La petite Histoire des vacances

Dans la tradition chrétienne, Dieu, après avoir achevé la création du monde, se consacra au septième jour au repos. Dans l’Antiquité, les plus fortunés partageaient leur temps entre leur résidence dans la cité et celle bâtie dans la campagne pour fuir les grosses chaleurs de la ville.

Au Moyen-Âge, on désignait cette période (de juillet à octobre) pour se consacrer aux moissons et aux vendanges. Loin d’être un temps de tout repos, l’ordre du jour était au labeur. La majorité de la population y consacrait « ses vacances ». De plus, l’Eglise réglementait les temps libres pour inciter aux recueillements, aux prières et aux pèlerinages religieux.

Au XIXème siècle, l’aristocratie se complaisait dans des résidences secondaires afin d’y passer un temps de repos consacré à leur bien-être, en mer ou en montagne où le climat était plus agréable. Notons qu’à cette époque, les premières revendications syndicales pour une période de vacances annuelles vont émerger. Sous Napoléon III, les fonctionnaires furent les premiers à en bénéficier à la suite d’un décret : les congés payés apparaissent.

Au XXème siècle, le concept de vacances va se propager dans toute l’Europe occidentale.

« Les congés payés sont une innovation… allemande datant du début du 20 ième siècle. Contrairement aux idées reçues, la France n’a pas été en avance sur son temps concernant les congés payés. Avant leur création, des pays comme l’Allemagne, la Pologne, la Norvège ou le Brésil avait déjà instauré cet acquis social dans leur pays ! (…) le nombre de congés payés varie avec le temps mais aussi la géographie. »[1]

Quelques évènements historiques

– En 1900 : en France, les ouvriers du métro parisien (le Métropolitain) seront les premiers à bénéficier d’un congé de 10 jours. En Angleterre, au début, seul les femmes et les mineurs d’âge avaient droit à un congé de 6 jours; ce concept se propagera dans les usines britanniques sous couvert d’accord passés entre les ouvriers et les industriels.

– En 1920 : le secteur automobile belge va instaurer quelques jours de congés aux ouvriers.

– En 1921 : en Allemagne, les ouvriers et les employés obtiennent à leur tour des congés payés.

– En 1925 : en Belgique, le ministre des chemins de fer Edouard Anseele (de 1925 à 1927) attribuera 8 jours de congés aux cheminots.

– En 1936 : la France et la Belgique vont, sous la pression de grèves sauvages, accorder ce fameux droit aux congés payés.

– En 1938 : ce droit est étendu à tous les secteurs de travail.

– En 1947 : le pécule de vacances (qui fut accordé pour la première fois en 1937) sera doublé car insuffisant pour l’ensemble de la population active.

Peu à peu, la notion de vacances va prendre un autre tournant dans la pensée commune de la population. En effet, l’idée de liberté individuelle et de droit à l’oisiveté n’était pas du tout un concept du passé, mais plutôt une notion moderne :

« La loi des congés payés (…) devait instaurer la grandeur et la dignité humaine des travailleurs (…) en donnant une place dans leur vie aux préoccupations intellectuelles, civiques et morales (…), connaitre le monde avec ses beautés naturelles, ses richesses artistiques, ses manifestations diverses du génie humain… » [2]

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Dis-moi ce que tu fais en vacances et je te dirais qui tu es…

Se dorer la pilule au soleil, plonger ses pieds dans l’eau claire, siroter une boisson rafraichissante en contemplant un coucher de soleil, sentir le sable chaud sous nos pieds, ne rien faire et laisser le temps s’écouler comme le sable fin entre nos mains. Tant d’images nous viennent dès que nous pensons aux vacances. Cependant, cette symbolique du « vide »[3] nous interroge sur notre manière de concevoir notre relation entre le travail et le temps de « loisirs ».[4]

D’un point de vue sociologique, pour beaucoup d’entre nous, le vrai repos rime avec ailleurs. Nous recherchons le dépaysement, l’aventure à découvrir dans d’autres destinations. Le délassement au bord d’une plage ou l’aventure dans des activités sportives sont les finalités principales lorsque nous ressentons le besoin de partir afin de retrouver une sensation de liberté ou de couper avec son quotidien.

« Le loisir est un ensemble d’occupations auxquelles l’individu peut s’adonner de plein gré soit pour se détendre, soit pour se divertir, soit pour développer par son information ou sa formation désintéressée, sa participation sociale volontaire ou sa libre capacité créatrice après s’être dégagé de ses obligations professionnelles, familiales et sociales. »[5]

C’est ce que Joffre Dumazedier[6] va appeler les 3 finalités du loisir, les 3D :

– Délassement. Il permet le repos physique suite à une fatigue et au surmenage.

– Divertissement. Il permet de ne pas s’ennuyer à travers des jeux, du sport ou des sorties.

– Développement. Il permet le développement de la personnalité et de participer à l’évolution de la société en se formant à de nouvelles connaissances.

L’écrivain s’interroge sur la relation entre travail et loisir dans un contexte où le progrès nous permet d’avoir du temps à consacrer à autre chose qu’à nos contraintes. Ce temps est précieux, pour Dumazedier. En effet, il permet d’accéder à une culture de la connaissance et du développement intellectuel des individus. « Travailler plus pour gagner plus » est une pensée que Dumazedier réfute fermement. Selon lui, la vie n’est pas une recherche constante de capital : l’équilibre entre le temps contraint (travail) et le temps choisi (loisir) est la clé d’une vie saine et bien remplie.

Le point de vue philosophique

En règle générale, nous attendons avec impatience que nos vacances nous divertissent. Ainsi, remplir le temps libre dépendra de nos objectifs personnels ou de la finalité de nos loisirs.

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être complétement tranquille, sans passion, sans affaires, sans divertissement, sans étude. Il ressent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, sa faiblesse, son vide. Aussitôt surgiront du fond de son cœur la lassitude, la morosité, la tristesse, l’irritabilité, le dépit, le désespoir. »[7]

Selon Pascal[8], l’homme n’aime pas l’ennui ou le vide, il doit, pour sa « survie » occupé son temps. Mais, l’idée de le remplir par une surconsommation de loisirs qui le fera exister « hors de lui », le laissera toujours dans un état d’insatisfaction. Le philosophe constate que l’homme a besoin d’être absorbé, de se divertir pour remplir ce « vide » afin d’éviter de se tourner vers lui-même, de s’oublier, de s’étourdir. Sans distraction, l’homme est accablé. Le philosophe ne condamne pas le loisir, mais condamne la manière dont l’homme en abuse, notamment dans des activités qui ne lui procurent que des plaisirs éphémères.

Finalement, les bienfaits des vacances ne sont plus à redéfinir car nous constatons tous que les vacances sont INDISPENSABLES. Il est nécessaire de savoir vers quelle voie nos cœurs penchent : délassement, divertissement ou développement. Et pourquoi pas les 3 en même temps ?!

Najoua


[1] Tiré de l’article du site coindusalaire.fr, L’histoire des congés payés et comparaison par pays.

Pour en savoir plus :

*Un article de Catherine Ernens dans le site du magazine Moustique.be, à la date de 8 juillet 2019.

*Le site magenealogie.eklablog.com retrace l’historique des vacances scolaires du 17 iéme siècle jusqu’au 20 ième siècle : Petite histoire des vacances scolaires, article de Srose, septembre 2019 dans la rubrique Histoire en vrac.

*Le site de lalibre.be publie un article en janvier 2014 sur le sujet Depuis quand et pourquoi existent les grandes vacances ?

[2] Tiré de l’article du magazine Moustique cité au note 1 de bas de page : Pierre Tilly, professeur à l’UCLouvain, expert en Histoire du syndicalisme. 

[3] D’après le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), vacance vient du latin vacare et désigne un état de ce qui est vide, inoccupé.

[4] D’après le dictionnaire Larousse, loisirs désigne le temps dont on peut disposer librement en dehors de ses occupations habituelles et des contraintes.

[5] Joffre Dumazedier, Vers une civilisation du loisir ? Edition : Seuil, publié en 1972. La première parution de son livre fut en 1962 au Edition : MKF, Paris.

[6] Sociologue français du 20 ième siècle (1915-2002).

[7] Blaise Pascal, Pensées. Numéro 131 (La lassitude).

[8] Philosophe, mathématicien, physicien, théologiens français du 17 ième siècle (1623-1662

Abattage rituel: fin de la saga?

A Bruxelles, la question de l’abattage avec ou sans étourdissement n’est toujours pas tranchée. Si la Flandre et la Wallonie ont décidé d’imposer l’étourdissement avant tout abattage de bovins, à Bruxelles, la question a été repoussée plusieurs fois. La commission de l’Environnement du parlement bruxellois a donc démarré une série d’auditions de différents experts sur la question. Des représentants des communautés juives, musulmanes, les Abattoirs d’Anderlecht, la Fédération des boucheries Halal, des scientifiques ont donc été entendus au cours des quinze jours écoulés.

Les auditions ont pris fin hier mercredi, jour également choisi par le cclc, collectif citoyen pour la liberté de culte pour déposer leur pétition qui a récolté un peu plus de 127 000 signatures. « Il s’agit d’un collectif citoyen qui est né en réaction au débat bruxellois en matière du bien-être animal et de l’abattage rituel. Ce collectif veut faire entendre sa voix dans ce débat. Une pétition a récolté 127074 signatures (certifiée par huissier) dont 80% de Bruxellois, des personnes de confession musulmane, juive, athées, des catholiques. C’est énorme et du jamais vu à Bruxelles. On parle de plus en plus de démocratie participative, c’est un signal que les parlementaires ne peuvent nier » explique Alexis Deswaef, avocat du collectif.

127 074 signatures de citoyens contre l’imposition de l’étourdissement, dont 80 % de Bruxellois

Une question sensible

Après ces auditions, les membres de la commission décideront mercredi prochain de la suite à donner aux débats. Il s’agit clairement d’une question sensible à laquelle les députés bruxellois doivent répondre : l’abattage rituel peut-il se pratiquer sans étourdissement ? En Flandre et en Wallonie, la réponse est non, il est interdit. Les arrêtés d’application sont entrés en vigueur en août dernier. La Cour de Justice de l’Union européenne a d’ailleurs donné raison aux Régions, mais les communautés juives et musulmanes ont porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme(CEDH). Certains textes affirment que les États peuvent interdire l’abattage sans étourdissement mais qu’il peut exister l’exception liée à la pratique religieuse. Pour les deux communautés confessionnelles, il s’agit tout simplement d’une interférence de l’État dans le culte. Un avis partagé par Ahmed El Khanouss, conseiller communal bruxellois. « Je pense qu’avec les auditions et la mobilisation citoyenne, il serait aujourd’hui totalement incompréhensible que les parlementaires votent en faveur de ces propositions. Je connais le contexte qui a permis le vote de ces lois en faveur de l’étourdissement en Wallonie et en Flandre, il n’a rien à voir avec la question du bien-être animal. Ceux-là même qui imposent l’étourdissement s’érigent en défenseurs de la chasse parce qu’elle ferait partie de la tradition mais ils refusent aux musulmans ou aux juifs de pratiquer leur religion. Le bien-être animal a bon dos… Il s’agit de questions religieuses et les politiques n’ont pas à interférer dans ce domaine. »

Plusieurs propositions d’ordonnance

Plusieurs propositions d’ordonnance ont été déposées par Défi, Groen, l’Open Vld, le Vlaams Belang et la NVA dans le but d’interdire l’abattage sans étourdissement. La semaine prochaine, les députés seront donc amenés à se prononcer sur ces textes. Et le débat risque d’être tendu tant la question est sensible et les enjeux importants. « « Plusieurs possibilités sont envisageables après la fin des auditions : passer au vote, certains peuvent aussi demander la suspension de la discussion mais cela n’a pas d’intérêt, ou enfin, certains pourraient demander d’apporter des amendements aux différents textes mais là aussi, je pense qu’il s’agirait avant tout de perdre du temps » explique Jamal Ikazban, chef de groupe PS au parlement bruxellois. « De mon point de vue, il ne sert plus à rien de tourner autour du pot. Il faut aller au vote. Je passe beaucoup de temps à compter les voix et pour l’instant, le scénario est en notre faveur. Mais les indécis sont nombreux et les absences lors du vote pourraient renforcer l’autre camp, ce qui serait délicat. »

50% des boucheries bruxelloises sont halal…

Une question économique

Aux Abattoirs d’Anderlecht, 80% des mises à mort se font selon l’abattage rituel sans étourdissement. La société, entendue lors des auditions, craint une grande diminution de son activité si l’ordonnance est acceptée. Autre acteur du secteur inquiet, la Fédération des boucheries Halal de Belgique. A Bruxelles, 50 % des boucheries bruxelloises sont Halal… Si Bruxelles ne peut plus proposer de la viande halal ou casher, les clients iront ailleurs. Les deux acteurs économiques soulignent par ailleurs la question du circuit court puisque la France et d’autres pays plus éloignés encore comme la Pologne proposent de la viande certifiée halal, les bouchers se tourneront donc vers ces filières. Cela ne fait donc que déplacer le problème… « Les arrêts de la cour constitutionnelle indique qu’il faut pouvoir continuer à garantir aux musulmans et aux juifs de pouvoir s’approvisionner en viande certifiée halal et casher. Mais si en Belgique, ce ne sera plus le cas, il faudra donc aller s’approvisionner à l’étranger. Par ailleurs, on ne peut porter atteinte à un droit constitutionnel si l’on n’a aucune garantie que l’étourdissement diminue la souffrance animale. Or sur la question, il n’y a pas de consensus scientifique. Mais par contre, elle porte atteinte aux musulmans et aux juifs qui peuvent se sentir stigmatisés, discriminés alors que la chasse est toujours autorisée chez nous. On part en croisade pour les deux dernières minutes de vie d’un animal mais on ne s’intéresse pas à toute sa vie, son transport, cela paraît quelque peu hypocrite. Je comprends que ces communautés se sentent alors visées » insiste Alexis Deswaef, avocat du cclc, collectif citoyen pour la liberté de culte.

Le vote en commission le 8 juin

La prochaine séance de la commission est prévue le 8 juin prochain. Au moment du vote, l’attention se portera sur l’ordre des textes. En effet, la commission discute de trois textes sur l’étourdissement avant l’abattage : celui du Vlaams Belangs celui de la N-VA et celui de Défi / Groen / Open VLD… Sans changement d’ordre du jour, celui du Vlaams Belang sera votée en premier. « Cela va poser question. Cela va être un problème en commission. Il est fort possible que défi demande la modification de l’ordre de passage des votes. J’avoue que cela nous fait sourire si le texte du Vlaams Belang devait passer en premier, puisque c’est une proposition qui a toujours été portée par l’extrême droite, cela permettra aussi de leur envoyer un signal clair » sourit Jamal Ikazban. Pour le cclc, les députés bruxellois doivent voter contre le texte. « La demande du collectif n’est pas que le texte soit retiré, ce serait un aveu de faiblesse mais de voter ces propositions de loi, pour envoyer un signal de confiance et d’inclusion » constate Alexis Deswaef qui ajoute « nous sommes tous pour le bien-être animal, la question n’est pas là. Le débat a été volontairement biaisé. Il y a toujours cette dualité : nous contre eux. Par rapport au défi bruxellois, nous pouvons clairement nous passer de ces questions clivantes. » Même son de cloche du côté du cdH Ahmed El Khannouss : « Ces débats n’ont pour seule utilité que de détourner l’attention de l’opinion publique. Ils visent à fragmenter la société bruxelloise, et donne une image des musulmans qui auraient des pratiques barbares, qui couvriraient leurs femmes par des burkini et se promèneraient avec des couteaux entre les dents. Soyons sérieux, c’est rendre service aux extrémistes de tout bord. »

H.B.

Une autre approche des réseaux socionumériques

Aujourd’hui, plus que jamais, les nouvelles technologies amènent leur lot de nouveaux outils socio-techniques qui facilitent nos relations interpersonnelles. On voit alors apparaître de nouveaux modes de communication virtuels comme les plateformes sociales qui se déclinent en fonction de l’attente et de l’objectif de son utilisateur. Ces nouvelles plateformes sociales telles que Twitter, Facebook, Linkedln,… permettent  à la fois d’être producteur et utilisateur de  son contenu médiatique. On pourrait se poser la question de savoir si les codes sociaux existant dans la vie réelle sont transposables aux codes sociaux dans le monde virtuel. Nous pouvons trouver une piste de réponse dans l’approche du sociologue interactionniste Erving Goffman.

Erving Goffman : une approche interactionniste

Erving Goffman (1922-1982) est un sociologue et linguiste d’origine canadienne, associé au courant interactionniste symbolique, selon lequel la société est conçue comme la résultante des multiples interactions entre les individus.[1] E. Gofmann définit les interactions sociales en ces termes : « […] Par interaction (c’est-à-dire l’interaction en face à face), on entend à peu près l’influence réciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu’ils sont en présence physique immédiate les uns des autres : par une interaction, on entend l’ensemble de l’interaction qui se produit en une occasion quelconque quand les membres d’un ensemble donné se trouvent en présence continue les uns des autres, le terme « une rencontre » pouvant aussi convenir.»

Que le spectacle commence…

Usant de métaphores didactiques, Goffman offre une lecture des interactions sociales sous forme d’une mise en scène de soi dans la vie quotidienne qu’il nomme la « théâtralité du quotidien ». Le canadien utilise donc la métaphore théâtrale afin de se représenter les interactions sociales comme une pièce de théâtre où les individus sont en représentation, jouant tout un panel de jeu d’acteur en fonction du contexte dans lequel ils sont conscients des codes sociaux les régissant. Il utilise du vocabulaire théâtral tel que rôle, représentation, façade, coulisses,… Nous serions donc des acteurs amenés à théâtraliser notre quotidien, à adopter des façades adaptées aux différents contextes que nous rencontrons et donc chacun est amené à apprendre les codes régissant ces différentes situations de vie et le consensus spécifique, afin de ne pas perdre la face ou de la faire perdre à autrui. Les acteurs en représentation construisent une définition commune de la situation.[2] Il existe de nombreuses situations similaires dans notre quotidien qui sont dictées par des conventions qui leur sont propres celles par exemple d’un repas de famille, d’un match de foot ou encore d’un entretien d’embauche.

Du réel au virtuel, la mise en scène

Même si Goffman n’est pas contemporain à l’essor et au développement fulgurant des plateformes sociales, on peut aisément retransposer cette grille de lecture à l’utilisation des réseaux sociaux où cette mise en scène de la vie quotidienne mondialement diffusée, se décline à l’infini. Il existe également des normes sociales dans les réseaux socionumériques, aussi bien que dans nos interactions sociales « face à face ». Les usagers de ces plateformes sociales ne se présentent pas de la même façon selon le code social en vigueur dans celle-ci ainsi un profil Facebook ne sera pas présenté de la même façon qu’un profil Linkedln ou twitter,… Les usagers adaptent leur réaction au contexte et interagissent en conséquence. Ils adoptent de ce fait des façades au travers de leur profil ou leur avatar qui correspond aux objectifs de la plate-forme sociale. Ainsi selon le type de plateforme, nous allons mettre en avant tant nos expériences professionnelles, nos loisirs, nos goûts et préférences, notre savoir-faire culinaire,… Les informations mises en avant font partie d’une stratégie afin d’obtenir de ces réseaux les avantages espérés.

Quand la pièce de théâtre tourne au drame…

Goffman appelle cela une « situation de rupture », une remise en question de la réalité commune, causant un malaise général.[3]Cela peut se produire si par exemple l’acteur joue mal son rôle ou alors que des spectateurs ne participent pas comme il est attendu ou encore que le cadre des conventions générales est mal interprété. Par exemple sur les réseaux socionumériques, le comportement inapproprié, des remarques déplacées,… peuvent conduire à l’exclusion  de l’utilisateur. Les réseaux socionumériques n’échappent pas au code social traditionnel. Mais ces codes ne nous ont pas été appris à l’école ou par les parents. Implicitement, inconsciemment peut-être, nous avons appris à nous adapter aux différentes normes sociales des réseaux sociaux. On peut considérer que les réseaux socionumériques sont comme de nouveaux lieux d’apprentissage des codes sociaux qui leur sont propres. Cependant la retransposition du réel au virtuel de la théorie de Goffman n’est pas absolue, selon moi. C’est à mon sens un outil de lecture pertinent et éclairant. Mais les réseaux sociaux possèdent leurs spécificités, leur zone d’ombre et de lumière, leurs algorithmes. Il existe une certaine opacité dans ce face à face virtuel qui peut conduire à des dérives, à des utilisations malsaines,…

O.D.


[1]    https://www.toupie.org/Dictionnaire/Interactionnisme.htm

[2]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman

[3]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman#La_présentation_de_soi

La « Hchouma », son dada!

Zina Hamzaoui est sexologue. Briser les tabous qui entourent la sexualité et l’intime, c’est son combat! La hchouma, un concept qui est pourtant bien ancré au sein des familles de culture arabo-musulmane. 

C’est un vaste chantier auquel a décidé de s’attaquer Zina Hamzaoui. Sage-femme de formation, elle s’est retrouvée face à de nombreuses questions sexuelles de la part des patientes et de leurs conjoints. La jeune femme perçoit qu’il y a une véritable demande et décide de se former et devient sexologue. « Je me suis rendu compte que le sujet était très peu abordé au sein de notre communauté et pourtant il mérite toute notre attention. Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié. Il faut nous questionner par rapport à l’image que nous avons de la sexualité et celle à laquelle les jeunes sont confrontés par exemple. Il y a un décalage énorme en la matière » insiste la sexologue.

Un chiffre interpellant pour poser le débat: 80% des jeunes de 10 ans ont regardé des films à caractère pornographique de manière volontaire ou involontaire. Un chiffre qui date d’il y a 10 ans. Ce chiffre est très certainement plus élevé. A partir de ce contexte, il peut y avoir deux approches. « Soit, on se retrousse les manches et on aborde ces sujets sans complexes et de manière à installer un climat de confiance avec les jeunes, soit on ferme les yeux et on continue de penser que la sexualité, les jeunes ne la découvrent que la nuit de noces » poursuit Zina.  

Commencer tôt 

Pour la sexologue, il faut aborder ces sujets avec les jeunes car de toute façon ils l’aborderont, soit entre eux, soit en surfant sur internet. « Dès tout jeune, il faut leur indiquer que leur intimité doit être préservée que personne ne peut y avoir accès, à l’adolescence, leur expliquer que le fait qu’ils se réveillent en état d’érection le matin, ce n’est pas sale mais c’est d’ordre physiologique. Leur apprendre que le fait de se masturber, de regarder de la pornographie peut impacter plus tard leur vie relationnelle et sexuelle. Combien d’hommes sont devenus addicts et sont incapables par la suite dans leur vie de couple d’avoir une relation saine. L’image qu’ils ont de la sexualité est totalement biaisée, faussée. Dans ces films, la femme est réduite en esclave sexuelle. Ensuite, poser le cadre religieux et leur expliquer pourquoi cette sexualité n’est autorisée que dans le cadre du mariage. Tant que l’adulte n’est pas à l’aise avec la sexualité, cela transparaît forcément sur les enfants! Les parents ont un rôle énorme à jouer » insiste Zina Hamzaoui qui ajoute « les plus jeunes ne parlent pas de sexualité avec leurs parents. Mais c’est une grande faille. Parce qu’ils doivent se sentir suffisamment à l’aise pour que les jours où ils ont ces questions, ils puissent venir les poser.» 

Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié.

Zina Hamzaoui, sexologue

Trop de tabous 

La masturbation, le plaisir féminin, le désir, autant de sujets qui sont passés sous silence et qui peuvent impacter une relation de couple. Un grand morceau de l’éducation sexuelle se fait au quotidien dans la relation entre les parents (souvent les enfants sont confrontés à des parents qui ne montrent aucun signe d’amour, pas de contact physique…), autre gros tabou : la femme qui recherche son plaisir, le fait d’être une femme, religieuse et sexuellement active n’est pas compatible. On est tombé dans un certain extrême. A force de tellement interdire, on inhibe le désir sexuel. On baigne dans des stéréotypes qui desservent finalement l’homme et la femme ». Les tabous au sein des familles de culture arabo-musulmane restent nombreux. Zina Hamzaoui propose donc des ateliers pour les jeunes et moins jeunes pour répondre à ces questions. Souvent, les parents se sentent eux-mêmes démunis face à certaines questions. « En général, on m’attend, et puis quand je suis là, cela questionne, certains sont heureux d’avoir compris la réalité, pour d’autres, cela bouscule leurs croyances » constate Zina. Dans certains milieux, la porte lui reste malheureusement fermée « car mon positionnement dérange ; et ils pensent qu’il est à contre-courant du message religieux alors qu’il n’en est rien ! ». La sexologue insiste « c’est incroyable que tout le monde connaisse le Hadith qui dit que la femme qui se refuse à son mari est maudite par les anges toute la nuit mais tous les hadiths où le prophète explique qu’il faut approcher la femme avec douceur, délicatesse, sont passés sous silence. Il faut rappeler que la sexualité n’est pas uniquement à visée masculine, mais également que le plaisir féminin existe et qu’il n’est pas interdit, loin de là.»

Conseil de famille

La sexologue conseille donc aux parents d’instaurer des conseils de famille pour aborder toutes les questions. Permettre ainsi d’installer un véritable climat de confiance avec les jeunes. Des jeunes qui sont trop souvent influencés par la télévision, internet ou la musique. Ils sont confrontés à la sexualité au quotidien.   « On est dans une génération où la pornographie est installée. L’internet a tout facilité, il faut connaître la réalité des jeunes. On a désacralisé la sexualité. Si les parents n‘évoquent pas ce sujet clairement, il va y avoir des fossés de plus en plus grands entre leur réalité et celles des jeunes. Au bout d’un moment, il faut arrêter de faire l’autruche ! Il y a du boulot. On a une obligation de moyens pas de résultats, la situation est grave » martèle Zina Hamzaoui. 

Un livre pour sensibiliser

Afin d’atteindre une plus large audience, Zina Hamzaoui a publié un livre « Chut, hchouma! ». « Cela fait quelques années que je fais de la thérapie, que j’anime des ateliers et souvent les patients me demandent des livres à conseiller. Mais je me suis rendu compte qu’il n’existait pas de livres récents qui traitaient de cette question. De base, je n’étais pas très attirée par l’écriture mais le confinement m’a aidée à consacrer du temps et je me suis laissée prendre au jeu. Je voulais que le livre soit accessible à tout le monde, et non seulement à un public uniquement universitaire. » Chut, hchouma!, c’est le titre du livre, un titre qui reflète parfaitement les tabous qui entourent le domaine de l’intime. « En choisissant le titre du livre, je m’auto-censurais à chaque fois et au final « chut hchouma! » tombait sous le sens, c’est un titre qui interpelle, qui reflète bien le contenu. Ce n’est clairement pas un livre que l’on prend facilement avec dans le métro mais il a aujourd’hui une place dans les librairies islamiques qui ont décidé de jouer le jeu avec moi et c’est formidable. Je parle d’intimité mais sans tomber dans la vulgarité. Dans une société hypersexualisée, cela est devenu mon cheval de bataille : parler de sexualité sans être vulgaire tout en restant dans la pudeur. » 

H.B.

Zina Hamzaoui a publié un livre pour sensibiliser le public aux questions liées à l’intime et lutter contre les tabous encore trop nombreux

La voix des Palestiniens s’est éteinte

Shireen Abu Akleh, journaliste vedette de la chaîne d’information qatarie a été tuée hier matin. Elle a reçu une balle en pleine tête alors qu’elle se trouvait à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Al Jazeera accuse l’armée israélienne d’avoir tout simplement assassiné la journaliste tandis que la communauté internationale appelle à une enquête « transparente ».

L’émotion est vive en Palestine depuis l’annonce du décès de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh, 51 ans, une des personnalités les plus connues de la chaîne d’information en continu Al Jazeera. Shireen se trouvait à Jénine pour couvrir l’opération militaire israélienne en cours dans le camp de réfugiés. Selon Ali al Samoudi, producteur qui l’accompagnait, les tirs proviennent bien de l’armée israélienne. « Nous allions commencer à filmer l’opération de l’armée israélienne quand tout à coup, ils ont commencé à nous tirer dessus sans nous avoir au préalable demandé de quitter les lieux ou d’arrêter de filmer » explique le producteur qui ajoute : « le premier tir m’a touché et le second a atteint Shireen, il n’y avait aucun Palestinien présent à ce moment-là autour de nous. » Une autre journaliste locale, Shatha Hanaysha, qui se trouvait juste derrière Shireen a précisé à Al-Jazeera qu’il n’y avait eu aucune confrontation entre les journalistes et les soldats israéliens. Elle explique que le groupe de journalistes a été directement pris pour cible.

Une autre version

Côté israélien, c’est une toute autre version qui est livrée. « L’armée mène une enquête sur ces événements et envisage la possibilité que les journalistes ont été atteints par des hommes armés palestiniens » précise un communiqué de l’armée israélienne. Une version également défendue par le Premier ministre israélien Naftali Bennett : « Selon les données dont nous disposons pour le moment, a-t-il déclaré, il y a de fortes chances que des Palestiniens armés, qui ont tiré sauvagement, aient causé la mort malheureuse de la journaliste. Israël a appelé les Palestiniens à mener une analyse et une enquête pathologique conjointe, sur la base de tous les documents et conclusions disponibles. Jusqu’à présent, les Palestiniens ont refusé. » L’ONG israélienne B’Tselem, qui défend les droits de l’homme dans les territoires occupés a publié une vidéo démontrant, selon elle, que  «les tirs palestiniens relayés par l’armée israélienne ne peuvent pas être ceux qui ont tué la journaliste Shireen Abu Akleh». La séquence a été tournée par un chercheur de l’ONG qui démontre que la distance entre les Palestiniens et les journalistes était trop importante tout comme la présence entre eux de nombreux bâtiments et murs. Nuançant la position initiale des forces armées israéliennes, leur chef, le lieutenant-général Aviv Kochavi, a finalement déclaré dans un nouveau communiqué : «A ce stade, nous ne pouvons pas déterminer par quel tir elle a été blessée et nous regrettons sa mort.» 

Une voix qui vibrait

L’émotion suite à son décès est aussi grande que sa popularité. Shireen Abu Akleh a marqué les esprits des Palestiniens et des arabophones qui suivaient ses reportages de terrain qui l’ont rendue célèbre. Cette chrétienne de nationalité américaine et palestinienne avait travaillé à La Voix de la Palestine et Radio Monte-Carlo avant de rejoindre la chaîne qatarie en 1997 où sa couverture du conflit israélo-palestinien a permis de redonner la voix aux Palestiniens, une voix qu’il faut, selon elle, faire entendre. Pour les 25 ans d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh évoquait les difficultés qu’elle rencontrait pour mener à bien sa mission de journaliste. « Il arrive par moment lorsque je dépose ma caméra que les soldats israéliens me fasse comprendre que je filme un lieu interdit ou qu’ils te disent que tu filmes un lieu sécurisé interdit aux caméras, à chaque fois tu te sens ciblé. Je n’oublierais jamais l’ampleur des destructions, ni le sentiment que la mort était proche. J’ai choisi le journalisme pour être proche des gens. Ce n’est pas facile de changer la situation, mais au moins je peux faire entendre cette voix au monde entier, je suis Shireen Abu Akleh. »

Des Palestiniens portent le corps de la journaliste Shireen Abu Akleh, près des bureaux d’Al-Jazira, après que des amis et collègues lui aient rendu un hommage, à Ramallah, le 11 mai 2022. (AP Photo/Nasser Nasser)

De nombreuses condamnations

Les condamnations se sont multipliées au sein de la communauté internationale, des Etats-Unis à l’Union européenne, en passant par l’Unesco. Chacun appelant de leurs vœux une enquête «transparente» et «indépendante» permettant de déterminer les circonstances de son décès. Du côté des Palestiniens, l’annonce par l’armée israélienne d’une enquête suscite scepticisme voire railleries, ces enquêtes ne menant jamais à des sanctions ou des mises en cause du comportement de l’armée d’occupation qui jouit à leurs yeux d’une impunité totale sous le regard et le silence complice de la communauté internationale.

En fin de matinée, une cérémonie officielle est prévue à Ramallah en Cisjordanie, au siège de l’Autorité palestinienne, en présence du président Mahmoud Abbas et des représentants de la presse. Ses funérailles sont prévues vendredi dans une église de Jérusalem, ville où elle a grandit.

Près de 50 journalistes ont été tués par Israël depuis 2000, selon le syndicat des journalistes palestiniens. Ce mercredi, Shireen Abu Akleh est venue rejoindre cette trop longue liste de professionnels de l’information qui ont été empêchés de mener à bien leur mission : porter la voix de ceux qui n’en ont pas. 

H.B.

La vérité, première arme de guerre

Les médias européens ont boycotté les médias russes les accusant de mentir sur le déroulement de la guerre. « Annoncée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’interdiction de diffusion dans l’UE des médias russes RT et Sputnik est entrée en vigueur (…), après publication de la décision des Vingt-Sept au Journal officiel de l’UE. »[1]La Commission européenne cherche-t-elle à nous protéger ou à nous dicter la vision de son monde ? Se demander si la vérité est une arme revient à se demander si la communication de l’information peut être une tactique de guerre. Cette question mérite d’être soulevée et à plus forte raison dans un contexte comme celui d’aujourd’hui, animé par la guerre entre la Russie et l’Ukraine exacerbant les tensions mondiales.

Excès de zèle ou dictature ?

Récemment, les médias européens nous ont montré des images du célèbre fantôme de Kiev qui aurait abattu 6 avions russes le premier jour de l’invasion russe. Ces images proviennent en réalité du célèbre jeu vidéo « digital combat simulator ». [1]

La Russie, de son côté, adopte une autre stratégie mais dont l’objectif n’en demeure pas si différent : contrôler le récit.

« Des députés russes ont adopté, vendredi 4 mars, un texte punissant de lourdes peines de prison toute personne relayant des informations qui discréditent l’armée du pays. »[2]

En outre, le célèbre tireur canadien d’élite, Wali,  considéré comme « le meilleur sniper de la planète » aurait rejoint l’armée ukrainienne et serait abattu par les russes selon des sources russes et chinoises, une information démentie par Wali lui-même.[3]

« Ici Wali qui vous parle. Contrairement aux rumeurs je ne suis pas mort au combat. Je n’étais pas à Marioupol. (…) Ils voulaient peut-être discréditer l’effort des volontaires comme moi ». Se targuer de victoires même si elles sont fausses, une guerre de l’image où tous les moyens sont bons. »

Dès lors, on comprend très vite que cette guerre est avant tout une guerre de contrôle du récit.

Les objectifs de la propagande

Les objectifs de cette propagande sont clairs : dans l’exemple de la guerre Russe-Ukraine, l’Ukraine a intérêt à persuader que sa résistance à la Russie est forte. D’une part pour motiver ses troupes et ses citoyens qui sont aussi des soldats ; pour motiver l’ouest à continuer à offrir des armements solides et le convaincre qu’il sera le cheval gagnant. En effet, si l’Europe présentait une Ukraine faible, elle n’investirait pas autant dans cette guerre puisque la cause serait de toute façon perdue alors que l’investissement se chiffre en milliards d’euros… Et d’autre part, pour inciter des combattants volontaires étrangers à s’allier à la cause ukrainienne. Il faut convaincre de la viabilité de la résistance ukrainienne.

La guerre psychologique

Toute guerre est donc une guerre psychologique dont le secret de la réussite passe d’abord par le contrôle du récit et l’art de la persuasion. Cette dictature de vision est paradoxalement encore plus présente dans nos sociétés contemporaines car nous consommons de plus en plus d’informations via les nombreux réseaux sociaux tels que Facebook, YouTube, Twitter, Google tous pro-ukrainiens et qui se revendiquent être des vecteurs de bonnes informations. Les consommateurs de ces réseaux ne choisissent pas leurs camps mais ils leur sont subtilement imposés. 

Souvenons-nous des mensonges inventés de toutes pièces par le Pentagone et relayés par Nairah cette jeune koweitienne réfugiée de 15 ans accusant, le 14 octobre 1990, Saddam Hussein d’atrocités et de génocides sur des bébés, des mensonges légitimant l’invasion américaine en Irak.[4] En réalité, les propagandes et censures sont des méthodes aussi ancestrales que les guerres elles-mêmes.

En conclusion, le consommateur doit doubler de vigilance et rester prudent quant à sa lecture de l’information. Le développement du sens critique est une nécessité dans la compréhension de l’Histoire car toute vérité à deux sons de cloches et au-delà des pertes humaines, le consommateur est aussi une victime.

Nelm


[1] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/desintox-non-il-n-y-a-pas-de-fantome-de-kiev-pilote-ukrainien-qui-aurait-abattu-a-lui-seul-6-avions-russes_4999728.html

[2] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/desintox-non-il-n-y-a-pas-de-fantome-de-kiev-pilote-ukrainien-qui-aurait-abattu-a-lui-seul-6-avions-russes_4999728.html

[3] https://www.francetvinfo.fr/vrai-ou-fake/vrai-ou-fake-un-sniper-d-elite-canadien-est-mort-a-marioupol_5053258.html

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_couveuses_au_Kowe%C3%AFt


[1] https://www.jeanmarcmorandini.com/article-491516-guerre-en-ukraine-les-medias-russes-rt-et-sputnik-sont-desormais-officiellement-interdits-dans-l-union-europeenne.html

Les dangers de la course aux « likes »

Facebook, Insta, TikTok, Snapchat, Twitter… on ne compte plus le temps passé sur nos réseaux à commenter les photos de vacances de nos amis, à modifier et perfectionner sa photo de profil. Un tweet par-ci, un like par-là, un selfie sur Insta… Cette consommation excessive de réseaux est devenue une véritable addiction pour la plupart des gens.  Mais quelles en sont les conséquences sur notre santé mentale et celle des plus jeunes et des plus vulnérables?

Le « like » (j’aime) est apparu il y a un peu plus de dix ans sur le réseau social Facebook. Aujourd’hui, on le retrouve sur presque toutes les plateformes telles que Insta, Youtube, LinkedIn,… Cela permet une interaction entre les abonnés et développe également le sentiment de ne pas se sentir seul. En effet, on se retrouve face à une communauté « d’amis » avec qui l’on partage nos photos de vacances, des adresses incontournables, des lieux instagrammables…

Souvent, on « like » les statuts de nos amis dans le but d’être « liké » à notre tour. Plus on accumule de pouces bleus, plus on se sent exister aux yeux des autres. Cela augmente la confiance et l’estime de soi. Alors, on parfait le contenu à poster dans les moindres détails afin d’avoir davantage de j’aime. 

Sur cette lancée, certains iront même plus loin et sentiront le besoin d’exhiber leur corps, leurs biens matériels, leurs plats gastronomiques, pour enfin exister et récompenser ce côté narcissique!

Mais attention, l’image renvoyée aux autres n’est pas toujours le reflet de la réalité. Celle-ci est parfaitement choisie voire manipulée ou retouchée. 

D’après Michael Stora, psychanalyste, interrogé par la Croix , « la dimension du ‘like’ est très perverse : de petites décharges de dopamine sont libérées dans le cerveau lorsqu’on reçoit un like ce qui va encourager à poster beaucoup plus… »   

Mais quand le like se fait attendre, il peut créer une véritable angoisse qui, à son tour, va créer une paranoïa. « Je ne suis pas assez jolie sur cette photo peut-être ? » « Mon commentaire n’est pas pris au sérieux » « J’aurais peut-être dû mettre un filtre? »

Recevoir des commentaires négatifs ou tout simplement le non intérêt d’autrui peut devenir source de frustration. Ainsi, une personne fragile est susceptible de sombrer dans des dépressions profondes et se renfermer dans une bulle.

Parfaire son image à l’aide de filtres…

Finies les rides, les cernes, les imperfections qui nuisent à notre image. Actuellement, il est possible de rectifier son apparence en quelques clics sur de multiples applications et ainsi obtenir un grain de peau plus lisse, des yeux moins fatigués ou des dents blanchies. 

Vous avez l’embarras du choix : le nez affiné, les lèvres pulpeuses, les joues rosées, et j’en passe… Tout est mis en place pour cacher le moindre petit défaut apparent. 

D’après Sabrina 17 ans : « Perso, je ne me trouve pas laide mais c’est vrai que quand je dois poster une photo de moi sur les réseaux, je préfère mettre un filtre. C’est comme ça! Je dirais que c’est dans les normes. Tout le monde le fait, même ceux qui ont zéro complexe! »

Quant à Sarah 21 ans : « Je n’ai aucune photo de moi sans filtre dans mon téléphone depuis des années. Et pour quelle raison? Là, je suis un vrai canon, pas besoin d’être maquillée et tout est parfait! »

Un impact sur les plus vulnérables

Il faut savoir que l’utilisation à répétition des filtres peut avoir un impact psychologique sur les jeunes. En effet, il y a un décalage entre la réalité et l’image sans défaut affichée sur son smartphone. Alors, s’enchaine une consommation excessive de filtres qui va forcément engendrer des complexes de plus en plus lourds qui poussent le jeune à tout mettre en œuvre pour ressembler le plus possible à son Avatar. Cette obsession de vouloir véhiculer une image parfaite de soi avec comme résultat davantage de « likes » va créer des troubles psychologiques chez les personnes vulnérables.

Les jeunes adolescents sont dans une période difficile de leur vie. Beaucoup ressentent des complexes, sont mal dans leur peau ou ressentent un manque d’estime de soi… A force de se voir ou de voir les autres sans aucun défaut physique, ils finissent par rejeter leur image naturelle : on appelle cela le DYSMORPHISME. 

En réponse à ce malaise de plus en plus fréquent, les jeunes (les jeunes filles plus particulièrement), vont franchir la ligne rouge en se tournant vers la chirurgie esthétique afin d’assouvir ce désir de visage parfait et d’améliorer leur physique selon les normes de beauté imposées par les filtres. Malheureusement, à force de chercher la perfection, ils deviennent d’éternels insatisfaits. Plus aucune limite ne peut les freiner et ils tombent dans un cercle vicieux sans issue.

Instagram et Snapchat sont d’ailleurs les réseaux sociaux qui exercent le pire impact sur la santé mentale et le bien-être des adolescents, selon une étude menée par l’association caritative dédiée à la santé publique Royal Socialty for Public Health (RSPH) auprès de 1479 jeunes âgés de 14 à 24 ans, faisant part de leur anxiété, de leur solitude, voir de leur dépression. 

L’hypersexualisation précoce

Ces dernières années, nous remarquons que de plus en plus de jeunes enfants sont accros au numérique et aux réseaux sociaux. Ceux-ci ont accès à du contenu non adapté à leur jeune âge tels que de la pornographie, certaines propagandes ou aux influenceurs qui vendent du rêve aux jeunes générations. Le risque serait qu’ils tombent entre les griffes de prédateurs pédophiles mais aussi qu’ils finissent par vénérer ces pseudos influenceurs qui exhibent leur nudité ou leurs biens matériels sans aucun tabou. Cette façon d’agir est aussi une méthode marketing pour vendre davantage de produits et ainsi gagner des sommes exorbitantes sans le moindre effort.

Beaucoup de jeunes filles dans la précarité et souvent issues de quartiers populaires sont fascinées par la beauté mais aussi le train de vie de ces influenceurs. Pour pouvoir se payer de beaux sacs ou de la chirurgie esthétique, elles se tournent vers la prostitution qui permet de se faire énormément d’argent en très peu de temps. 

Quant aux jeunes garçons, eux, vont dealer de plus en plus et ainsi être aux commandes de gros bolides, porter des montres luxueuses, etc.

Ce phénomène touche de plus en plus de jeunes qui n’arrivent plus à discerner le vrai du faux et sont ainsi hypnotisés par l’illusion des réseaux sociaux! Ils rêvent d’avoir la même vie que leurs idoles qui sirotent toute l’année leurs cocktails au bord d’une piscine sous un soleil de plomb…

Mais derrière cette image idyllique, se cache une réalité bien différente…

Bondyblog a interrogé Samy qui est éducateur dans une cité de Montreuil, en France. Il suit de près l’évolution du phénomène et l’explique par un sentiment de frustration dans les quartiers : « Les garçons comme les filles ont grandi dans des tours HLM en voyant leur mère faire des ménages et leur père trimer au chantier. Ils veulent faire de l’argent facilement à l’heure où on est imprégné par les marques, le luxe et les voyages. » D’après lui, les jeunes sont en perte d’identité dans une société où tout se consomme, y compris le sexe. Les raisons sont multiples, entre décrochage scolaire, appât du gain, etc. » 

Les ados et les plus jeunes qui sont confrontés tous les jours à des modèles virtuels de beauté tentent de reproduire les mêmes faits et gestes que leurs idoles en publiant des photos ou des vidéos provocantes. Nous pouvons aujourd’hui observer de jeunes filles d’à peine 7-8 ans se déhancher de façon vulgaire sur TikTok. Elles mettent en scène leur corps d’enfant, souvent maquillées et vêtues de tenues trop légères pour leur jeune âge, dans des positions d’adultes et laissant apparaitre leurs formes. Tout est fait pour mettre en valeur ce qui attire les hommes chez une femme.

Ce qui pose un véritable problème d’hypersexualisation précoce et engendre bien entendu de la pédopornographie numérique. Ce phénomène touche beaucoup plus les jeunes filles et malheureusement l’hypersexualisation va contribuer aux violences faites aux femmes. De plus, l’attitude de ces jeunes et l’exposition à outrance de leur nudité va accroitre leurs complexes et ainsi les rendre sensibles aux regards des autres.

A l’inverse, recevoir trop de compliments va gonfler leur égo et créer des personnages narcissiques. Pour contrer cela, aujourd’hui, est né un mouvement de femmes dans le monde défendant le « no make up ». L’idée est d’apprendre à s’aimer au naturel et de cette façon elles revendiquent ne plus vouloir subir cette pression sociale.

Ce mouvement pourrait aider beaucoup de jeunes filles à s’accepter telles quelles et enfin sortir de leur souffrance due à leurs complexes souvent accentués par les réseaux sociaux.

Le like bientôt masqué sur Instagram… 

L’application a annoncé récemment que l’affichage des likes ne serait plus public tout comme le compteur de vues des vidéos postées. L’objectif est ainsi de permettre d’enlever la pression du nombre de likes qu’un message peut recevoir.

«  Une décision qui devenait plus que nécessaire » souligne auprès de L’Express Michael Stora, psychiatre spécialiste d’Internet et des mondes numériques. « Car au-delà du simple clic, ce processus de « likes » peut devenir dangereux pour la santé mentale des utilisateurs les plus fragiles. » 

Il faut absolument une prise de conscience collective. Les parents sont responsables de leurs enfants et doivent impérativement être vigilants quant à l’utilisation excessive des réseaux sociaux mais aussi du contenu visité et partagé afin de détecter à temps les dérives qui peuvent avoir lieu et éviter des conséquences pouvant être désastreuses : cyber-harcèlement, hypersexualisation précoce, pédo-criminalité,…

                                                                                                                                                                             I.S

Pour en savoir plus

Ukraine, des réfugiés qui nous ressemblent

La Russie a lancé ce jeudi 24 février une invasion de l’Ukraine, entrant dans le pays en divers endroits, à l’est, au sud et au nord et en bombardant les principales villes du pays, dont la capitale Kiev. A ce jour, on dénombre plus de 677 000 réfugiés accueillis par les quatre pays voisins mais de nombreux pays européens ont d’ores et déjà annoncé leur souhait d’accueillir ceux qui fuient le conflit. La couverture médiatique de cette guerre interpelle et notamment le choix de certains mots utilisés par des journalistes pourtant chevronnés… 

L’Ukraine, plus « civilisée »

Vendredi 25 février, Charlie D’Agata, un journaliste de la chaîne américaine CBS a suscité un tollé après avoir suggéré que l’Ukraine est plus « civilisée » que des pays du Moyen-Orient comme l’Afghanistan et l’Irak. Le journaliste, pourtant chevronné, et qui effectuait un reportage depuis la capitale Kiev, a déclaré que l’Ukraine « n’est pas un endroit, avec tout le respect que je lui dois, comme l’Irak ou l’Afghanistan, qui a vu des conflits faire rage pendant des décennies. » « C’est une ville relativement civilisée, relativement européenne – je dois aussi choisir ces mots avec soin – où vous ne vous attendriez pas à cela ou n’espériez pas que cela se produise. » 

credit:YouTube / CBS News 

Immédiatement, la séquence a été reprise et est devenue virale sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes qualifiant les propos d’« honteux », tandis que certains espéraient que  » lorsque des problèmes plus urgents seront résolus et que l’agression de la Russie sera neutralisée, nous pourrons commencer à nous demander pourquoi la guerre, la mort et la souffrance sont considérées comme normales pour certains êtres humains et pas pour d’autres « . 

Mea culpa 

Devant l’ampleur de la réaction suscitée, le journaliste a regretté ses propos. Il affirme :
 » J’ai parlé d’une manière que je regrette, et j’en suis désolé. » Il ajoute qu’il souhaitait à travers ses propos faire comprendre que l’Ukraine n’avait pas connu  » cette ampleur de la guerre  » ces dernières années, contrairement à d’autres pays. « De toute façon, vous ne devriez jamais comparer les conflits, chacun est unique… J’ai utilisé un mauvais choix de mots et je m’excuse pour toute offense que j’ai pu causer. » 

Un mauvais choix de mots qui n’en est pas un 

Le journaliste de CBS a parlé de mauvais choix de mots, pourtant en tant que journaliste le choix des mots fait partie des qualités professionnelles indispensables pour exercer ce métier. Donc ce n’était pas uniquement une erreur banale, elle montre tout simplement encore une fois la persistance, chez certains, de clichés durablement ancrés et qui affirment que certaines vies ont plus de valeur que d’autres. Dans ce cas-ci, des vies ukrainiennes au détriment de vies syriennes, iraquiennes, palestiniennes ou yéménites et cela est tout simplement inacceptable et doit être condamné à l’échelle mondiale. 

Hiérarchisation des vies humaines ? 

En Angleterre, sur BBC News, un correspondant, David Sakvarelidze s’est dit touché personnellement : « C’est très émouvant pour moi parce que je vois des Européens aux yeux bleus et aux cheveux blonds être tués » ajoutant du crédit à la thèse qui affirme que seuls les « blancs » méritent davantage de sympathie face à l’adversité. En France, d’autres propos similaires ont été entendus sur des chaînes de grande audience. C’est le cas de la chaîne d’info en continu BFM TV où le journaliste Philippe Corbé déclare : «C’est pas des départs en vacances. Ce sont des gens qui fuient la guerre. » « On parle pas de Syriens qui fuient les bombardements du régime syrien, on parle d’Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures, et qui essayent juste de sauver leur vie quoi. » Tandis que le président français de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, Jean-Louis Bourlanges s’est réjoui de cette nouvelle vague migratoire : « On aura une immigration de grande qualité dont on pourra tirer profit. »

crédit: instagram/Les répliques

Mais néanmoins, la critique ne s’adresse pas uniquement aux médias occidentaux, les médias arabes ne sont pas en reste à l’image d’Al Jazeera English. Un présentateur de la chaîne qatari, Peter Dobbie, a déclaré : « Ce qui est fascinant chez ces gens, c’est la façon dont ils sont habillés ; ce sont des gens prospères de la classe moyenne qui ne sont évidemment pas des réfugiés. Ce ne sont pas des gens qui essayent de fuir des régions d’Afrique du Nord. Ils ressemblent à n’importe quelle famille européenne à côté de laquelle vous vivriez. » La chaîne a aussitôt présenté des excuses sur Twitter, écrivant : « Un présentateur @AJEnglish a fait des comparaisons injustes entre les Ukrainiens fuyant la guerre et les réfugiés de la région MENA. Les commentaires du présentateur étaient insensibles et irresponsables. Nous nous excusons auprès de notre public dans le monde entier et le manquement au professionnalisme est en train d’être traité. » Même si ces propos n’ont pas soulevé une vague d’indignation comme celle provoquée par les dires du journaliste de CBS News, ils interpellent à plus d’un titre. 

Crédit : Twitter / @AlJazeera 

Certains accueillis, d’autres refoulés 

Alors que les pays voisins de l’Ukraine sont mobilisés pour accueillir les réfugiés qui fuient en masse leur pays, les témoignages qui nous parviennent font état d’un travail extraordinaire fourni par la Pologne et la Hongrie notamment. Ce n’est pourtant pas l’avis des réfugiés africains, arabes ou indiens qui ont été refoulés aux frontières sur base de leur couleur de peau. Les autorités polonaises et hongroises ont démenti mais les faits sont bien réels. Triés également au départ de l’Ukraine, de nombreux ressortissants ont donc dû effectuer à pied les 40 kilomètres qui séparent Lviv de la frontière polonaise avant de se voir à nouveau refouler sur place… Chez nous, le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi, a déclaré que « la Belgique ne comptera pas le nombre de réfugiés ukrainiens qu’elle accueillera ». Si l’on se réjouit d’une telle solidarité, nous aurions aimé entendre le même enthousiasme quant à l’accueil des autres réfugiés alors que les pays européens se disputaient sur le nombre de réfugiés syriens qu’ils consentaient à laisser franchir leur frontière… Une hiérarchisation des vies humaines incroyable au 21ème siècle !

H.B.

L’islam est-il compatible avec le féminisme?

EN 2017, le féminisme fait partie des termes les plus recherchés sur le net. Un regain d’intérêt important suite notamment à la couverture médiatique de la Women’s March à Washington le 20 janvier 2017. Au lendemain de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les femmes sont descendues dans les rues de la capitale américaine et un peu partout dans le  monde, notamment à Bruxelles, pour défendre leurs droits, entre les manifestations contre le sexisme et l’avalanche d’accusations d’agressions sexuelles.

La femme… définie comme manipulatrice, tentatrice, celle qui use de ses atouts pour parvenir à ses fins. Pauvre Ève pécheresse, rendue fautive d’avoir cédé à la tentation invitant Adam à l’imiter. Maligne, la femme a su faire profil bas, a su rester dans l’ombre à scruter et étudier les moindres faits et gestes de l’homme, puis elle décide de sortir des fourrés d’un seul coup et de plaquer l’homme à terre. Une image qui pourrait paraître désuète pourtant elle résiste à travers les siècles. Toutefois, nombreuses qui ont tenté à chaque fois de redonner ses lettres de noblesse et sa place à la femme. Ève, Simone de Beauvoir, Coco Chanel, Margaret Thatcher, Rabia al Adawiya, Marie Curie, Zaynab Nefzaouia… loin d’être une liste exhaustive, étaient toutes sur la même longueur d’ondes. Des mouvements d’idées psychologiques alors naissent et viennent promouvoir l’égalité homme-femme.

Un peu d’histoire

Si dans la tradition judéo chrétienne, la femme est considérée comme coupable du péché originel, le Coran, lui, attribue la responsabilité au couple, contrairement à ce que dit le récit biblique, la femme ne porte pas la culpabilité originelle en elle. L’islam est venu apporter les moyens et outiller les droits octroyés aux femmes. Mais aujourd’hui, au nom de l’islam, la femme est infériorisée, opprimée, soumise. Le message divin n’a pourtant rien d’ambigu : il conjugue la libération spirituelle et sociale des hommes et des femmes de façon égalitaire.

D’où vient dans ce cas cette confusion ?

La position traditionnelle et la lecture misogyne ont infantilisé la femme : l’interprétation patriarcale, la vision exclusivement masculine des textes priment malheureusement depuis des siècles. Les revendications du féminisme occidental et la lecture misogyne de certains textes mènent à confusion et à ne plus réellement savoir quelle cause plaidée.

Un livre, d’une femme engagée, Souad Mossadi, s’est penché sur toutes ces questions relatives aux femmes. Elle apporte de la lumière à ce sujet si tumultueux. Son message est clair, le combat du féminisme occidental ne s’accorde pas à celui de l’islam, il est différent. Le droit de la femme musulmane a été destitué par l’homme, c’est l’une des revendications des  féministes musulmanes. Un droit, un statut élevé que Le Seigneur a octroyé à celles-ci sans avoir dû mener un quelconque combat. Souad Mossadi, dans son livre : « La femme et ses histoires » retrace le parcours de vie de la femme musulmane des XXème et XXIème siècle ainsi que l’histoire du féminisme islamique en terre d’islam et en occident. Elle revient pour « L’Autre Regard » sur son parcours qui l’a mené à la rédaction de cet ouvrage.

Quelle a été la motivation de rédiger votre livre? Quel est le message que vous souhaitez transmettre à travers celui-ci?

Pendant au moins deux ans je n’ai fait que lire et prendre des notes, j’ai ainsi pu lire des dizaines de livres et remplir plusieurs carnets de notes. Ce n’est qu’alors que j’ai commencé à écrire peu à peu tout en continuant mes recherches et mes lectures, j’ai d’abord écrit le chapitre sur le féminisme qui ne devait représenter qu’une très brève préface avant de rentrer dans le vif du sujet mais les informations étaient tellement nombreuses et le sujet si important que j’ai décidé d’en faire le premier chapitre, étant donné que beaucoup de personnes parlent du féminisme mais n’en connaissent pas la véritable histoire et tout ce que cela implique, j’ai voulu retracer le parcours des différentes vagues féministes en Occident et dans le monde arabo-musulman afin d’éclaircir la question et de constater tous ses acquis aussi bien que ses dérives.

D’après vous, est-il possible d’allier vie familiale et vie professionnelle tout en étant sereine?

Dans ce livre que j’ai voulu divisé en quatre chapitres, après avoir tenté de clarifier les questions féministes, j’aborde dans le deuxième chapitre qui est certes le plus long la vie d’une femme dans ses diverses facettes et ses multiples responsabilités depuis sa plus tendre enfance à sa vie adulte qu’elle soit étudiante, célibataire ou épouse, sœur ou belle- sœur, mère ou grand- mère dans la sphère privée sans oublier son rôle dans la sphère publique dans les domaines professionnel, social et politique. Ainsi, le plus grand défi pour la femme est de parvenir à un équilibre entre toutes ses obligations. C’est pourquoi, je me suis attardée sur la conciliation entre ces dernières afin que la femme puisse parvenir à un réel épanouissement.

A la page 275 du livre, on peut notamment lire : « l’islam préconise toujours la voie du juste milieu. Donc, même si le travail peut occuper une grande place dans nos vies de femmes, il ne faut pas non plus en faire le seul objectif de son existence. Le travail doit demeurer une des sphères de notre vie qui peut nous aider à nous épanouir, mais ce n’est pas la seule. »

Le fruit de votre travail est basé sur des recherches très approfondies sans avoir négligé de prendre en compte le contexte.

Cet ouvrage tente d’apporter des réponses aux questions que se posent la plupart des femmes et se basent sur des données scientifiques, historiques, sociologiques, psychologiques mais toujours en accord avec notre corpus religieux avec la volonté ferme de ne jamais entrer en contradiction avec le Coran, parole de notre Seigneur ni les hadiths prophétiques authentiques. Au contraire, par la grâce d’Allah, notre belle religion confirme à chaque fois les données profanes sur lesquelles nous nous sommes appuyées. Le but essentiel de ce livre est de fournir à nos soeurs des sources d’épanouissement, de leur rappeler que la paix du coeur ne se trouve que dans la foi et la proximité d’Allah, que le vrai bonheur est d’ordre spirituel et qu’au final cela a un impact positif sur nos soucis du quotidien.

A la page 32 du livre : « si le voile est vu en Occident comme un symbole de soumission des femmes, en Orient, la pornographie, la prostitution et l’absence de respect pour les femmes dans les médias occidentaux sont vivement critiqués… »

Est-il réellement possible qu’aujourd’hui la femme musulmane puisse jouir de ses droits? Pouvez-vous nous donner un exemple?

J’achève mon livre sur l’histoire de deux femmes exemplaires et sublimes, qui sont une source d’inspiration pour toute femme à la recherche du bonheur, leur vie auprès de notre cher Prophète est un modèle pour nous. A travers l’histoire de Khadija et ‘Aisha, j’ai voulu illustrer tous les concepts que j’ai abordés tout au long du livre et qui peuvent sembler parfois trop abstraits en montrant leur dévouement, leur courage, leur patience, leur confiance inébranlable et leur amour du Prophète et du Créateur malgré les dures épreuves et les difficultés qu’elles vivaient.

Enfin, à la page 513 : « Lorsque nous étudions sa vie, nous sommes subjugués par sa parfaite maîtrise de la jurisprudence, du hadith, de l’exégèse, de la loi islamique, de la poésie, de la généalogie, de la médecine, et de l’histoire. L’Imam AL-Zuhri dit à son sujet: ”Si on rassemblait la science de Aïcha avec la science de toutes les autres femmes, sans aucun doute Aïcha serait meilleure”

Une évolution impressionnante

Pour conclure, force de constater que l’évolution de la situation des femmes musulmanes depuis plusieurs décennies est réellement impressionnante. Indéniablement, elles ont contribué à l’enrichissement de la théologie musulmane jusqu’à son apogée, certaines ont même atteint un très haut niveau d’érudition à l’échelle internationale. Alors pourquoi ce silence ? Pourquoi la femme doit être reléguée au second plan, pourquoi devoir s’effacer jusqu’à devenir invisible ?

Les lectures sclérosées des textes sacrés et coutumes aberrantes qui les accompagnent, ont fortement contribué à la marginalisation de la femme et plus largement à la décadence du monde arabo-musulman. Nul doute que l’un des plus importants défis aujourd’hui c’est de mettre en lumière et sous les projecteurs ces femmes savantes, militantes, influentes… Et de permettre la renaissance de la pensée de la femme avec un grand « F », et ce en toute liberté.

Rêve utopique pour certains, possible pour d’autres, du moins ne jamais craindre l’utopie. Comme disait Dom Helder Camara : « Quand on rêve seul, ce n’est encore qu’un rêve, quand on rêve à plusieurs, c’est déjà une réalité. »

Hana

Pour en savoir plus:

Souad Mossadi, « La Femme et ses Histoires, à la recherche du bonheur aux sources de la foi », aux Editions Al Hadith

Un jeune sur trois est victime d’harcèlement

Insultes, moqueries, violences physiques et psychiques, chantage, rumeurs, rejets, incitation à la haine… Voici les sévices psychologiques que certains jeunes font subir à d’autres quotidiennement. Aujourd’hui, en Europe, les études concluent que 15% des jeunes scolarisés seraient concernés par ce phénomène. En Wallonie-Bruxelles, 35 % des jeunes seraient victimes de harcèlement et souvent, cela passe sous silence. Mais comment peut-on expliquer ce phénomène ? Quelles en sont les conséquences ? Que peuvent mettre en place les parents ainsi que l’établissement scolaire ? 

Quand peut-on parler d’harcèlement?

La plupart des chercheurs s’accordent à dire que le harcèlement se définit par 3 caractéristiques :

  • Une conduite inadaptée d’un élève ou un groupe d’élèves envers l’autre dans le but de nuire.
  • La répétition des faits dans la durée.
  • Le déséquilibre des forces (dominant/dominé).

Le harcèlement scolaire peut avoir lieu en classe, au réfectoire, à la récréation et souvent peut se poursuivre en dehors des murs de l’établissement. 

Par exemple, vers le chemin du retour à la maison, dans les moyens de transports ou via les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter…). Un seul élève peut être l’auteur du harcèlement mais parfois il peut s’agir d’un groupe de jeunes qui s’acharnent sans relâche sur la victime. Le phénomène débute déjà à l’école maternelle mais est beaucoup plus fréquent en primaire et secondaire. Souvent, le harcèlement qui a lieu à l’école se poursuit de façon virtuelle. Il s’agit de la propagation numérique des faits.

« L’omniprésence des réseaux sociaux fait planer l’ombre du harcèlement hors du temps scolaire, jusqu’au domicile. »

François Joliet

Le cyber-harcèlement

96% des 12/18 ans utilisent internet en Belgique. Aujourd’hui, les réseaux sociaux occupent une grande place dans la vie de nos ados ainsi que des gens de tout âge. Internet est un outil formidable qui a permis la réalisation de choses qui n’étaient pas envisageables dans le passé mais à condition de l’utiliser à bon escient !

Malheureusement, à l’ère des réseaux sociaux, le cyber-harcèlement existe bel et bien et il va souvent de pair avec le harcèlement scolaire. En effet, certains jeunes subissent un déferlement de propos haineux et de moqueries au quotidien à la suite de la publication d’une photo, d’un article ou même d’un sujet déjà abordé sur les bancs de l’école. Le but de l’auteur étant d’offenser, d’intimider ou de menacer sa victime. 

Ce qui est spécifique au cyber-harcèlement, c’est que l’auteur se sent surpuissant derrière son écran. Par conséquent, l’auteur ose davantage et n’a pas de limite qui le freinerait.

Dans l’affaire du meurtre d’Alisha, 14 ans, lundi 8 mars à Argenteuil, une photo intime de la victime avait été partagée sur le groupe Snapchat de la classe. Suite à cela, sont nés des tensions entre la victime et ses camarades. Quelques jours plus tard, Alisha a été retrouvée morte dans la Seine avec de nombreux hématomes au visage et dans le dos…

L’influence de la pornographie

Aliya, 13 ans, dit se sentir « moche ». Un jeune homme s’intéresse à elle sur les réseaux. Après quelques conversations, une complicité naît et elle commence à éprouver des sentiments pour lui. Il lui demande d’envoyer une photo d’elle nue. Elle refuse mais il insiste et lui dit que si elle ne l’envoie pas, ce serait fini entre eux ! Elle finit par céder…  Les demandes sont quotidiennes, parfois plusieurs fois par jour. Il la menace d’afficher ses photos si elle arrête ! La gamine pleure, se renferme sur elle-même, n’a plus goût à rien. Elle n’ose pas parler, parce qu’elle sait qu’il ne fallait pas envoyer la première photo. Elle a cédé. C’est sa faute, pense-t-elle. À bout de souffle, elle se scarifie à l’école et s’évanouit…

Véronique Agrapart, sexologue, interrogée par le Huffington post explique :  » C’est devenu courant de demander des photos de ‘nude’ aux jeunes filles. Au secondaire, mais aussi au primaire. Les garçons disent : « Si on sort ensemble, tu dois m’envoyer des photos de toi nue, sinon tu ne me fais pas confiance…Il faut replacer les notions d’émotion, de pudeur, de confiance auprès de cette jeune population qui est influencée par les vidéos pornographiques qu’ils trouvent en moins de dix secondes sur Internet. L’accès au porno à cet âge est dévastateur ! S’ils n’avaient pas accès au porno de la sorte, ils n’inventeraient pas de telles mises en scène  »

Les dommages engendrés sont désastreux

Dépression profonde, suicide, meurtres sont des faits relatés tous les jours par les médias. Les victimes subissent un véritable calvaire et sont généralement silencieuses car elles craignent les représailles. La victime traine des pieds pour aller à l’école. Ses résultats scolaires chutent ! L’enfant souffre en silence à en perdre l’appétit, à en devenir insomniaque. Il se plaint régulièrement de maux de ventre et se replie sur lui-même. 61% des victimes auraient même eu des idées suicidaires. 

« Tony Jean, 19 ans, raconte avoir commencé à être harcelé dans les vestiaires du collège. Je me suis aussi fait voler trois téléphones en l’espace d’un an. Le médecin qui lui a diagnostiqué une dépression lui fournit un traitement médicamenteux. Mais le traitement ne fonctionne pas et le jeune homme tombe dans l’alcool, la drogue et abuse des médicaments. Un jour, il fait une tentative de suicide… »

Quant à Nora, elle était chez un ami, lorsqu’elle a senti qu’il était arrivé quelque chose à Marion 13 ans. Elle rentre précipitamment chez elle, et découvre sa fille pendue… Elle a laissé une lettre destinée à ses camarades de classe où elle racontait les insultes qu’elle subissait. 

« On a découvert que la veille de sa mort, elle avait été prise à partie par tout un groupe durant le cours… Durant toute l’après-midi, ils n’ont eu de cesse de l’appeler, de la harceler, de lui faire des menaces de mort dans la cour. On lui a dit : « Si tu reviens demain, t’es morte ! », on lui a dit : « Va te pendre ! »  Et les adultes en qui elle avait confiance ont laissé faire ».

« Thomas, 17 ans, victime d’homophobie, s’est donné la mort en se pendant avec ses lacets de chaussures. C’est son grand frère qui a fait la macabre découverte. L’adolescent était victime de harcèlement. »

« Dinah, une adolescente de 14 ans, s’est pendue après avoir été harcelée à l’école pendant plusieurs années. »

Que faire?

Les parents doivent impérativement communiquer tous les jours avec leurs enfants. Essayer de comprendre pourquoi leur enfant adopte cette attitude. Qu’est-ce qui provoque ce changement de comportement soudain ? Mener une enquête auprès de l’établissement scolaire et des proches de la victime (frères/sœurs/ami.e.s). Surveiller la fréquence d’utilisation d’internet chez les mineurs ainsi que le contenu des sites visités car le harcèlement existe sur les réseaux sociaux mais aussi la pédocriminalité et la pornographie ! Les parents se doivent d’être très vigilants quant à l’utilisation excessive d’internet par leurs jeunes enfants et leurs ados.  Se poser des questions si son enfant perd beaucoup trop souvent ses affaires personnels et électroniques, s’il demande trop d’argent, il pourrait être victime de racket.

Une fois le harcèlement détecté, prendre contact avec les responsables de l’école.  Sur les réseaux sociaux, bloquer la ou les personnes toxiques et ne pas répondre à leurs provocations.  Encadrer son enfant et le soutenir dans cette épreuve difficile surtout à un âge ou leurs émotions et leur sensibilité est fragile. Un âge où les jeunes se construisent et sont rapidement déstabilisés. 

Actuellement, les écoles ont mis en place des cellules psychologiques avec des professionnels pour lutter contre ce phénomène qui gangrène les établissements scolaires et peut s’avérer très grave si les choses ne sont pas prises en main à temps.

Dans certaines classes du secondaire, le titulaire crée un groupe WhatsApp dans lequel les élèves peuvent échanger des informations concernant certains cours lors d’une absence, ou pour avoir davantage d’informations sur un devoir ou une leçon.

Les professeurs se doivent d’être vigilants et surveiller le contenu des échanges et veiller à ce qu’il n’y ait pas de dérives car cela pourrait passer inaperçu. 

Que faire si mon enfant est responsable de cyber-harcèlement?

  • Essayer de comprendre son comportement. Ensuite, l’aider à prendre conscience des faits.
  • Si le dialogue s’avère difficile, consulter des professionnels.
  • Si le harcèlement a lieu à l’école, rentrer en contact avec le centre PMS ou le titulaire/direction. 
  • S’il a lieu sur les réseaux sociaux, contrôler le temps passé devant son écran ainsi que le contenu des échanges avec ses camarades.
  • Appliquer des sanctions non violentes et adaptées et lui demander de s’excuser auprès de la victime.

Enfin, il convient de rappeler que le harcèlement est interdit et est puni par la loi. Les victimes et leurs familles peuvent donc porter plainte. Le code pénal, article 442 bis, prévoit une peine d’emprisonnement ou une amende. Pour un mineur, certaines sanctions peuvent être décidées par le Tribunal de la Jeunesse afin de lui faire comprendre la gravité des actes commis et de le responsabiliser par rapport à ceux-ci. Exemples de sanctions : des travaux d’intérêt général, une réparation des dommages, etc.

La fédération Wallonie-Bruxelles a lancé plusieurs numéros verts d’écoute et d’assistance pour les parents d’élèves touchés par le harcèlement scolaire.

I.S.

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