La « Hchouma », son dada!

Zina Hamzaoui est sexologue. Briser les tabous qui entourent la sexualité et l’intime, c’est son combat! La hchouma, un concept qui est pourtant bien ancré au sein des familles de culture arabo-musulmane. 

C’est un vaste chantier auquel a décidé de s’attaquer Zina Hamzaoui. Sage-femme de formation, elle s’est retrouvée face à de nombreuses questions sexuelles de la part des patientes et de leurs conjoints. La jeune femme perçoit qu’il y a une véritable demande et décide de se former et devient sexologue. « Je me suis rendu compte que le sujet était très peu abordé au sein de notre communauté et pourtant il mérite toute notre attention. Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié. Il faut nous questionner par rapport à l’image que nous avons de la sexualité et celle à laquelle les jeunes sont confrontés par exemple. Il y a un décalage énorme en la matière » insiste la sexologue.

Un chiffre interpellant pour poser le débat: 80% des jeunes de 10 ans ont regardé des films à caractère pornographique de manière volontaire ou involontaire. Un chiffre qui date d’il y a 10 ans. Ce chiffre est très certainement plus élevé. A partir de ce contexte, il peut y avoir deux approches. « Soit, on se retrousse les manches et on aborde ces sujets sans complexes et de manière à installer un climat de confiance avec les jeunes, soit on ferme les yeux et on continue de penser que la sexualité, les jeunes ne la découvrent que la nuit de noces » poursuit Zina.  

Commencer tôt 

Pour la sexologue, il faut aborder ces sujets avec les jeunes car de toute façon ils l’aborderont, soit entre eux, soit en surfant sur internet. « Dès tout jeune, il faut leur indiquer que leur intimité doit être préservée que personne ne peut y avoir accès, à l’adolescence, leur expliquer que le fait qu’ils se réveillent en état d’érection le matin, ce n’est pas sale mais c’est d’ordre physiologique. Leur apprendre que le fait de se masturber, de regarder de la pornographie peut impacter plus tard leur vie relationnelle et sexuelle. Combien d’hommes sont devenus addicts et sont incapables par la suite dans leur vie de couple d’avoir une relation saine. L’image qu’ils ont de la sexualité est totalement biaisée, faussée. Dans ces films, la femme est réduite en esclave sexuelle. Ensuite, poser le cadre religieux et leur expliquer pourquoi cette sexualité n’est autorisée que dans le cadre du mariage. Tant que l’adulte n’est pas à l’aise avec la sexualité, cela transparaît forcément sur les enfants! Les parents ont un rôle énorme à jouer » insiste Zina Hamzaoui qui ajoute « les plus jeunes ne parlent pas de sexualité avec leurs parents. Mais c’est une grande faille. Parce qu’ils doivent se sentir suffisamment à l’aise pour que les jours où ils ont ces questions, ils puissent venir les poser.» 

Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié.

Zina Hamzaoui, sexologue

Trop de tabous 

La masturbation, le plaisir féminin, le désir, autant de sujets qui sont passés sous silence et qui peuvent impacter une relation de couple. Un grand morceau de l’éducation sexuelle se fait au quotidien dans la relation entre les parents (souvent les enfants sont confrontés à des parents qui ne montrent aucun signe d’amour, pas de contact physique…), autre gros tabou : la femme qui recherche son plaisir, le fait d’être une femme, religieuse et sexuellement active n’est pas compatible. On est tombé dans un certain extrême. A force de tellement interdire, on inhibe le désir sexuel. On baigne dans des stéréotypes qui desservent finalement l’homme et la femme ». Les tabous au sein des familles de culture arabo-musulmane restent nombreux. Zina Hamzaoui propose donc des ateliers pour les jeunes et moins jeunes pour répondre à ces questions. Souvent, les parents se sentent eux-mêmes démunis face à certaines questions. « En général, on m’attend, et puis quand je suis là, cela questionne, certains sont heureux d’avoir compris la réalité, pour d’autres, cela bouscule leurs croyances » constate Zina. Dans certains milieux, la porte lui reste malheureusement fermée « car mon positionnement dérange ; et ils pensent qu’il est à contre-courant du message religieux alors qu’il n’en est rien ! ». La sexologue insiste « c’est incroyable que tout le monde connaisse le Hadith qui dit que la femme qui se refuse à son mari est maudite par les anges toute la nuit mais tous les hadiths où le prophète explique qu’il faut approcher la femme avec douceur, délicatesse, sont passés sous silence. Il faut rappeler que la sexualité n’est pas uniquement à visée masculine, mais également que le plaisir féminin existe et qu’il n’est pas interdit, loin de là.»

Conseil de famille

La sexologue conseille donc aux parents d’instaurer des conseils de famille pour aborder toutes les questions. Permettre ainsi d’installer un véritable climat de confiance avec les jeunes. Des jeunes qui sont trop souvent influencés par la télévision, internet ou la musique. Ils sont confrontés à la sexualité au quotidien.   « On est dans une génération où la pornographie est installée. L’internet a tout facilité, il faut connaître la réalité des jeunes. On a désacralisé la sexualité. Si les parents n‘évoquent pas ce sujet clairement, il va y avoir des fossés de plus en plus grands entre leur réalité et celles des jeunes. Au bout d’un moment, il faut arrêter de faire l’autruche ! Il y a du boulot. On a une obligation de moyens pas de résultats, la situation est grave » martèle Zina Hamzaoui. 

Un livre pour sensibiliser

Afin d’atteindre une plus large audience, Zina Hamzaoui a publié un livre « Chut, hchouma! ». « Cela fait quelques années que je fais de la thérapie, que j’anime des ateliers et souvent les patients me demandent des livres à conseiller. Mais je me suis rendu compte qu’il n’existait pas de livres récents qui traitaient de cette question. De base, je n’étais pas très attirée par l’écriture mais le confinement m’a aidée à consacrer du temps et je me suis laissée prendre au jeu. Je voulais que le livre soit accessible à tout le monde, et non seulement à un public uniquement universitaire. » Chut, hchouma!, c’est le titre du livre, un titre qui reflète parfaitement les tabous qui entourent le domaine de l’intime. « En choisissant le titre du livre, je m’auto-censurais à chaque fois et au final « chut hchouma! » tombait sous le sens, c’est un titre qui interpelle, qui reflète bien le contenu. Ce n’est clairement pas un livre que l’on prend facilement avec dans le métro mais il a aujourd’hui une place dans les librairies islamiques qui ont décidé de jouer le jeu avec moi et c’est formidable. Je parle d’intimité mais sans tomber dans la vulgarité. Dans une société hypersexualisée, cela est devenu mon cheval de bataille : parler de sexualité sans être vulgaire tout en restant dans la pudeur. » 

H.B.

Zina Hamzaoui a publié un livre pour sensibiliser le public aux questions liées à l’intime et lutter contre les tabous encore trop nombreux

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