Aid al fitr, entre joie et amertume

Dans quelques jours, le mois béni de Ramadan reconnu comme « Le Sultan des onze mois » arrivera à sa fin pour laisser place à un jour de joie. En effet, le compte à rebours a été lancé cette semaine. Plus que quelques jours pour profiter davantage de chaque prière et multiplier les requêtes. Le premier jour du mois de Shawwal, correspondant au jour de l’Aid al fitr, des millions de musulmans à travers la planète célébreront la fête de la rupture du jeûne nommée Aid al fitr ou Aid al seghir (petite fête).

Cependant, un sentiment de tristesse envahit le cœur des croyants qui veillent des nuits entières à l’adoration du Maître des mondes. A la fin de ce mois unique, le croyant assidu et endurant ressent certes une légère fatigue physique mais néanmoins il retient surtout le temps et les efforts fournis au quotidien, la maîtrise de soi dans des moments difficiles. Il ressent une quiétude et un apaisement procuré par la lecture du coran. Une illumination de son cœur par le Dhikr qui lui apporte cette sérénité et cette paix intérieure. 

Sajid 24 ans : « J’ai l’impression que ce mois est passé en une fraction de seconde. Il me manque déjà alors qu’il n’est pas encore fini. Le Ramadan me permet d’être proche de ma famille et d’être au service des nécessiteux. J’ai l’impression que ma vie prend un tournant positif durant ce mois pas comme les autres… »

Le Ramadan, qui est le mois du pardon et de la charité, est un mois qui n’a effectivement pas d’égal. Le coran y a été révélé pour la première fois à notre Bien-Aimé Mohamed que la paix soit sur lui. Le ressenti et l’émotion des croyants durant ce mois est indescriptible. Quant à l’approche des derniers jours, un sentiment étrange nous envahit. Un sentiment de tristesse… En effet, le mois du coran et du repentir nous quitte tout doucement…Lui, qui a contribué à cette proximité et ce lien particulier avec l’Eternel. Lui, qui a permis la guérison de nos âmes malades prises par l’amour de ce bas-monde. Chaque musulman, ressent un pincement au cœur lors de son départ.

D’ailleurs, Ibn Rajab dit à ce sujet :

« Comment les larmes du croyant ne couleraient-elles pas en raison du départ du Ramadan alors qu’il ne sait pas s’il vivra assez pour le voir revenir? »

Quand a lieu la fête de l’Aid al fitr 2022?

Le calendrier hégirien étant un calendrier lunaire de 12 mois, l’Aid al fitr a lieu le premier jour du 10e mois qui est le mois de Shawwal. Chaque mois qui commence par l’observation du croissant de lune dure soit 29 ou 30 jours. Cette observation se fait à l’œil nu ou via des appareils sophistiqués. L’apparition de la lune peut être estimée selon des calculs astronomiques avant d’être confirmée officiellement par ce que l’on appelle la nuit du doute.

Théoriquement, l’Aid al fitr 2022 aura lieu le lundi 02 mai, mais la date officielle sera déterminée lors de l’observation de la nouvelle lune et sera communiquée par les instances religieuses de notre pays. 

Invocation a prononcé lors de l’apparition du croissante de lune :

« Allah est le Plus Grand! O Seigneur! Apporte nous avec cette nouvelle lune la sécurité et la foi, le salut et l’islam ainsi que la réussite dans tout ce que Tu aimes et que Tu agrées. Notre Seigneur et ton Seigneur est Allah. »

Que symbolise cette fête pour les croyants?

Les musulmans célèbrent deux fêtes durant l’année : Aid al fitr et Aid al adha (fête du sacrifice). Le prophète sws a dit : « Toute nation a ses festivités et voilà les vôtres  » en indiquant que les deux « Aid » sont les fêtes spécifiques aux musulmans. 

Ces jours de fêtes symbolisent l’adoration, la joie, la fraternité, la solidarité,…

L’Aid est vécu entre traditions et obligations religieuses et permet ainsi aux musulmans de se rapprocher d’Allah Azawajel. Durant cette journée, les musulmans portant leurs plus beaux vêtements se rendent à la mosquée pour effectuer la prière de l’Aid, visitent leurs proches, échangent des cadeaux, partagent un repas en famille ou entre voisins,… Une journée pleine d’amour et de partage!

Règles et bienséances à respecter

Pour commencer, le musulman s’acquitte de la Zakat al fitr qui est l’aumône obligatoire destinée aux plus démunis. Cela doit se faire avant la prière de l’Aid. Selon les instances représentatives du culte musulman, cette aumône est l’équivalent de 7 euros par personne. C’est le responsable ou le tuteur de chaque famille qui s’en acquitte pour chaque membre de sa famille, enfants et bébés compris, afin de purifier le jeûne. La Zakât al fitr permet ainsi aux nécessiteux de passer la fête dans la joie et la paix en leur épargnant de tendre la main ce jour-là.

Le jour de l’Aid, le croyant effectue le « Ghusl » qui est le bain rituel avant de se rendre à la mosquée. Il mange quelques dattes avant de quitter son domicile car il est strictement interdit de jeûner le jour de l’Aid. Le Prophète sws ne sortait jamais de sa demeure sans avoir mangé un nombre impair de dattes.

On rapporte que Said Ibn Jubayr a dit : 

« Trois choses sont sunnah le jour de l’Aid : marcher vers le lieu de prière, prendre le bain rituel et manger quelque chose avant de sortir »

Une des plus grandes pratiques du Bien-Aimé Mohamed sws était de réciter le Takbir tout le long du chemin vers la maison de Dieu et ce jusqu’à l’arrivée de l’imam. Arrivé à la mosquée, aucune prière surérogatoire n’est à pratiquer ni avant, ni après la Salat al Aid. En ce jour de fête, tout le monde se rend à la mosquée, notamment les femmes et les enfants. Ensuite, les croyants s’embrassent et se félicitent mutuellement. 

D’apres Jubayr Ibn Nusayr : 

« Au temps du prophète sws, lorsque les gens se rencontraient le jour de l’Aid, ils disaient : Taqaballa Allahu minna wa minkoum » qui signifie « Qu’Allah agréé nos bonnes actions et les vôtres »

Enfin, après la prière, le croyant emprunte un autre chemin que celui emprunté à l’aller afin de retrouver les siens pour passer un moment convivial, de partage autour d’une table bien garnie.

Qu’Allah accorde à chacun d’entre nous Ses faveurs, Sa Guidance, Son agrément. Qu’Il pardonne nos péchés et nous accorde une belle fin. O Allah, place nous durant ce mois parmi ceux qui se repentent, fais de nous durant ce mois tes serviteurs assidus et fais de nous durant ce mois tes adorateurs dévots.

« ” Dis : Certes ma prière, mes actes d’adoration, ma vie et ma mort sont à Dieu, Seigneur des mondes. Il n’a point d’associés.”

I.S

Les dix dernières nuits, le cadeau ultime

Hier soir, nous sommes entrés officiellement dans les dix dernières nuits de ce mois béni de Ramadan. Un top départ pour un sprint final d’intenses efforts à fournir à l’image de notre bien aimé (pbsl[1]). Mais comment profiter pleinement de ces dix dernières nuits dans notre société occidentale où tout semble aller trop vite ?

D’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agréé, le prophète (pbsl) a dit : « Celui qui jeûne le mois de Ramadan avec foi et dans l’espoir d’obtenir la rétribution d’Allah, tous ses péchés passés lui seront pardonnés. Et celui qui veille Laylat Al-Qadr (La Nuit du Destin) (en prière) avec foi et dans l’espoir d’obtenir la rétribution d’Allah, tous ses péchés passés lui seront pardonnés. »

Les dix dernières nuits sont donc arrivées et avec elles un nombre incalculable de bienfaits et de bénédictions. Après 20 jours, le jeûne est devenu une habitude, le corps ne ressent ni la soif ni la faim, mais si la fatigue se fait plus intense, un dernier effort reste à fournir pour profiter pleinement de ces bénédictions.

La retraite spirituelle, al itikhaf

D’après Boukhari et Mouslim, selon Aïcha, qu’Allah l’agréé, le prophète (pbsl) faisait l’itikhaf les 10 derniers jours de Ramadan et cela, jusqu’à sa mort. Un moyen pour lui et les croyants de se détacher et de se soustraire aux activités mondaines et de se consacrer pleinement à un retour à l’essentiel. Aujourd’hui, en Belgique, et dans la société occidentale, il devient difficile de se couper entièrement de cette vie pour s’isoler à la mosquée. Plusieurs éléments peuvent entraver cet objectif de retraite : la vie de famille, l’absence de mosquée ouvertes toute la nuit, le travail,… mais alors comment néanmoins profiter pleinement de ces moments rares et privilégiés ?

Le sens profond de cette retraite est de permettre à son cœur et son esprit de se détacher de toute autre préoccupation que Dieu

Une retraite avant tout intérieure

S’il n’est pas aisé de se couper totalement de son environnement, il convient de nous rappeler que la retraite est avant tout intérieure. Le sens profond de cette retraite est de permettre à son cœur et son esprit de se détacher de toute autre préoccupation que Dieu et d’orienter tout son être vers la recherche de Sa satisfaction. L’intention et la volonté de se détacher de cet environnement sonore, physique, visuel qui agresse au quotidien nos sens et notre être intérieur est une manière concrète de revivifier le sens profond de la retraite spirituelle. Le Prophète (pbsl) nous apprend que parmi les catégories de gens qui se retrouveront sous le trône d’Allah le jour de la résurrection se trouvent ceux dont les cœurs sont attachés aux mosquées. Les cœurs et non les corps… votre cœur peut se trouver à la mosquée mais votre corps à votre domicile. Parmi les privilèges accordés à sa seule communauté est que la terre toute entière est un lieu de prière, ne nous sommes donc pas cantonnés à un lieu, une bénédiction énorme dont il est d’autant plus nécessaire de profiter lors de ces dix dernières nuits.

Des distractions qui parfois nous font tomber dans une insouciance qui mène à l’oubli, l’oubli de Sa présence

Un exercice, une autodiscipline

Se créer son propre cocon intérieur pour s’exercer à se détacher de toutes les préoccupations futiles qui empêchent notre être de revenir à l’essentiel (les réseaux sociaux, les longues heures de shopping, les interminables soirées au café, la famille,…). Des distractions qui parfois nous font tomber dans une insouciance qui mène à l’oubli, l’oubli de Sa présence. Certes le Messager d’Allah (pbsl) redoublait d’effort lors de cette dernière décade du Ramadan, notamment parce qu’elle comporte ce trésor, cette nuit du destin, au cours de laquelle Dieu décrète pour chaque âme, pour l’année à venir, son espérance, sa subsistance… Mais si l’on observe de plus près la vie de Mohammad (pbsl), il est un fait que toute sa vie était une retraite intérieure, toute son existence, son cœur, son âme, son esprit était entièrement voué au Maître de l’univers, à la recherche de sa proximité. Un enseignement que l’on se doit d’acquérir. Cette rupture qui est une aspiration qui doit habiter le cœur et l’esprit de tout croyant est en réalité un moyen de s’exercer à vivre toute notre vie durant dans cet état de retraite spirituelle vis-à-vis de notre environnement qui nous « happe » au quotidien. Cette période représente finalement un moment idéal et propice pour exercer notre cœur à la recherche de l’excellence, la quête ultime.

H.B.

[1] que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui

Je suis venu te libérer de tes chaînes…

Me voici, que déjà ta porte est grande ouverte pour m’accueillir. Dans un élan de ferveur tu m’ouvres tes bras en me remerciant d’être, enfin arrivé. Tu me fais entrer chez toi le cœur léger et plein d’espoir. L’espoir que je t’apporte ce en quoi tu aspires : la faveur d’être un serviteur agréé et dont le Maître sera satisfait.

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Je m’infiltre dans ton quotidien et ta maison devient la mienne pour le temps de mon séjour. Et c’est avec joie et reconnaissance que tu (ré) apprends à me connaitre. Au début, nos entretiens restent distants mais toujours sur la même longueur d’onde tu m’abordes pour mieux me connaitre. Alors timidement, tu t’ouvres à moi : tes peurs, tes doutes, tes difficultés, tes craintes, tes aspirations, tes espérances, tes invocations, tes demandes, tes prières, …Tu m’en fais part à chaque instant.

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Au fur et à mesure de notre contact, tu me semble troublé, énervé par moment. Pourquoi ? Espérais-tu que cela se passe dans le calme le plus inerte ? Ma démarche n’est pas de te mettre en déroute mais plutôt de te bousculer pour te faire sortir de ton sommeil.

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Le monde, dans lequel tu vis, devient bancal et s’apprête à s’effondrer à tout moment. Ton existence est fragile et tes forces s’amenuisent. Tu comprends que cela va être difficile. Pourtant, tu fais semblant que tout va se passer calmement et rien ne changera, juste prendre son « mal » en patience et attendre. Attendre la libération ! Et je suis là, à tes cotés !

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Ton corps décline jour après jour. Il crie, il hurle même, et toi tu fais la sourde oreille. Vu de l’extérieur, ton attitude est presque inquiétante. Mais, à l’intérieur, il se passe quelque chose : une étincelle se dresse. T’appesantir sur ton sort, tu y refuses. Alors tu te bats. Parfois, le corps réagit en soubresaut pour te faire comprendre que c’est dur de maintenir ce cap et qu’il faudra songer à changer de méthode. Mais non! Inlassablement, tu es fixé sur ton objectif car tu sens que tu es sur la bonne voie. Et je te regarde ! Ta lutte est légitime et honorable !

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Longues sont les lamentations de ton corps, mais tu réalises que quelque chose de subtil, de doux, de chaud commence à réagir au fond de ton cœur. On aurait dit une secousse, un tremblement ! Alors, tu ne plies pas et continues à faire émerger cette aurore en toi. Et je t’observe ! J’attends ce réveil, ce printemps !

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Tu commences à comprendre que cette douleur a un sens. Tu réalises que tu as besoin de changer et d’offrir à ton cœur un renouveau. Tu aspires à mieux être en phase avec Le Tout Rayonnant d’Amour. Tu sens Sa proximité et pour tout l’or du monde tu ne veux pas la perdre. C’est l’aube qui se lève en toi ! Une renaissance, une vie sans joug !

Je suis venu te libérer de tes chaines.

L’heure du départ approche, et voilà que tu te sens mélancolique. Me voir partir est un déchirement, car ma présence t’encourageait à sortir de ta torpeur. Enfin, tu brilles ! Enfin, tu vis ! Enfin, tu as brisé tes chaines !

                                                                                                                      Najoua

Un cadeau pour le coeur

Il disparaît plus vite qu’il n’est apparu. Comme un faisceau lumineux,  des étincelles éblouissantes, mais seules des poussières ornées laissent leurs empreintes pour ceux qui tentent de les rattraper. Et pourtant le trésor dépasse certes l’imaginaire.

C’est l’heure qui a déjà sonné pour la course pour obtenir les bienfaits,  chaque fraction est une valeur titanesque, où ni l’horizon,  ni la hauteur des cieux peuvent tracer la dimension. 

Laisse ce cœur être heureux,  être le plus joyeux,  laisse cette âme se reposer, ressentir la tranquillité et la douceur qui l’enveloppe pour être bercée.

Ce mois n’est pas pour rester figé, mais pour être animé, pour réveiller davantage cet amour qui appelle sans cesse Son Aimé.

Allah pardonne nous et accorde nous tous les bienfaits de ce mois merveilleux. Vivons ce mois,  vivons-le et nous goûterons peut-être un avant goût du paradis. Qu’Allah nous l’accorde. Amin

ℒamiaaℳ

Les yeux tournés vers la lune

Les yeux tournés vers la lune, la communauté musulmane attend l’annonce du jeûne de mois de Ramadan. Mais pourquoi ? Que vont-ils y voir ? En quoi cet astre reflétant la lumière rayonnante du soleil, à la lumière douce et diffuse veillant sur le monde endormi, est-il en lien avec le jeûne des croyants musulmans du monde entier ? Doit-on y voir une symbolique ? Une métaphore ? Voici quelques éléments de réponse plutôt terre à terre et moins ésotériques.

La prescription du jeûne en Islam

L’Islam compte 5 piliers fondamentaux pour tout croyant :

  1.  le témoignage de la foi
  2.  la prière
  3.  l’aumône légale
  4.  le jeûne du mois de Ramadan
  5.  le pèlerinage dans la ville sainte de la Mecque.

Le jeûne du mois de Ramadan a été prescrit à tout musulman ayant atteint la puberté, sain de corps et d’esprit. C’est un mois de recueillement et de repentir pour le croyant. Un rendez-vous tant attendu…

Comme il est écrit dans le noble Coran :

«Ô vous qui croyez! Il vous est prescrit le jeûne tout comme il fut prescrit à ceux qui vous ont précédés ; puissiez-vous pieusement craindre !»

s.2,v.183

Ce pilier a une dimension communautaire et spirituelle importante. A travers le monde, peu importe notre couleur de peau ou nos origines, tous les musulmans partageant la même foi jeûnent le même mois, le mois béni de Ramadan. Ils attendent avec joie et impatience d’accueillir ce mois si particulier.

Le mois de Ramadan

Le mois de Ramadan est l’un des 12 mois de l’année hégirienne, le neuvième mois.

  • Muharram
  • Safar
  • Rabi’ al-awwal
  • Rabi’ al-thani
  • Jumada al-awwal
  • Jumada al-thani
  • Rajab
  • Cha’bane
  • Ramadan
  • Shawwal
  • Dhu al-Qi’dah
  • Dhu al-Hijjah 

Le calendrier hégirien n’a pas connu ses débuts avec la naissance du prophète Mohammed (sws) comme le calendrier chrétien avec la naissance de Jésus (as) mais bien avec un voyage hautement symbolique qu’est l’hégire, al hijra. Ce voyage marque donc le début du calendrier hégirien.

Un voyage physique et symbolique : l’hégire

L’Islam ayant connu ses débuts dans un contexte hostile à cette nouvelle religion, une émigration a été octroyée aux premiers musulmans de l’Islam par Dieu (swt) qui verra alors débuter une nouvelle période de la révélation coranique : la période médinoise. Effectivement, l’hégire est le voyage qu’a effectué notre cher prophète Mohammed (sws) de la ville sainte de la Mecque vers la ville sainte de Médine, en l’an 622 H.

L’Islam qui était encore marginalisé et attaqué de toutes parts a pu alors construire une véritable société basée sur la loi divine.

Dans le ciel étoilé, la lune

Le calendrier hégirien est un calendrier lunaire. Ce sont les cycles successifs de la lune qui définissent la succession de mois. Un cycle lunaire est dû à la variation de la surface de la lune qui est éclairée par le soleil durant une lunaison. Lors de son cycle, la lune n’a pas le même aspect, suivant l’évolution du nouveau croissant lunaire à la pleine lune pour revenir à un nouveau croissant lunaire.

Comme il est cité dans le noble Coran :

« Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes – Dis : « Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le Hadj [pèlerinage]. […] »

s.2, v.189

Cela a comme conséquence que le mois et l’année lunaire ne sont pas équivalents au mois et à l’année basés sur le soleil.

Les mois lunaires ne comptent que 29 à 30 jours contrairement aux mois solaires comptant 28 à 31 jours. Le début et la fin du mois lunaire sont donc déterminés par la vision du croissant de lune.

Une année lunaire compte dès lors 354 à 355 jours et l’année solaire compte 365 jours, sur douze mois. Il existe une différence d’approximativement 11 jours entre ces deux calendriers qui explique leur non-synchronicité. De ce fait, le jeûne du mois de Ramadan ne débute pas tous les ans au même moment. Il recule d’une dizaine de jours chaque année.

Une observation nocturne

Aujourd’hui, nous sommes actuellement en l’année 1443 à la fin du mois de Cha’bane et nous sommes donc à la porte du mois de Ramadan, durant lequel le jeûne est prescrit.

Comment savoir quand débute le jeûne du mois de Ramadan alors ?

Il n’existe pas de position unique sur la manière de pouvoir déterminer l’apparition d’un nouveau mois lunaire.

Mais la position la plus majoritairement admise et celle appliquée et recommandée par notre prophète Mohamed (sws) est l’observation visuelle de l’apparition du jeune croissant de lune marquant le début d’un nouveau mois lunaire, par deux témoins de bonne foi.

La vue du nouveau croissant de lune est le signe du début de tout mois lunaire dont entre autres le début du jeûne du mois de Ramadan pour les musulmans et la fin de ce mois survient à la vue du nouveau croissant de lune du mois de Chawwâl. On peut dès lors comprendre pourquoi ce croissant de lune est tant attendu et que son observation est si minutieuse.

Le prophète Mohammed (sws) a dit:

« Jeûnez dès que vous voyez la nouvelle lune (de Ramadan) et rompez le jeûne dès que vous voyez la nouvelle lune (de Chawwâl) et si elle ne vous apparaît pas, finissez les trente jours du mois. »

(Tirmidhî, Ibn Mâdja, Ahmed et al-Dârimî).

La venue du mois de Ramadan

Comme vous l’avez compris, avant même l’arrivée du mois de Ramadan, la communauté musulmane, les yeux tournés vers la lune et le cœur soumis est dans l’attente impatiente de l’observation dans la nuit étoilée du jeune croissant de lune annonçant le début du 9ème mois lunaire de l’année hégirienne 1443.

O.D.

Eric, « l’olivier »

Il y a des êtres comme toi qui ne laissent pas indifférent. Je dois dire que la grandeur de ta petitesse et ton étroitesse d’esprit sont si inspirantes que je me devais de reprendre ma plume pour te destiner ma prose.

Tu as encore une fois brillé lors de ton meeting dimanche dernier au Trocadéro. Pendant que tes partisans scandaient « Macron assassin », tu es resté impassible, tu n’as même pas feint de les rappeler à l’ordre. En réponse au tollé que ta passivité a suscité auprès de la classe politique, tu as répondu par un innocent « Je ne les ai pas entendus… ». Là, on frôle le grotesque, Eric ! A moins que tu n’aies de réels problèmes d’audition comme l’a fait remarquer le président Macron : « Maintenant les prothèses auditives, les lunettes et les prothèses dentaires sont remboursées par la Sécurité Sociale. 10 millions de Françaises et de Français ont eu accès à cela, ça fait partie de mon bilan, c’est un bilan social dont je suis fier. Et j’invite le candidat malentendant à pouvoir s’équiper à moindre frais. »

Je dois bien dire que je me délecte depuis quelques semaines en regardant les media français. Nul besoin de savourer les sketchs de Franjo ou les vannes de Haroun pour se changer les idées… Il suffit de se brancher sur BFM, TF1 et consorts pour suivre la course à la présidentielle « celui qui se fera le plus remarquer ». Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre…

Certains t’adorent, beaucoup te détestent mais une chose est sûre, la plupart adore te détester. En effet, bien que tes propos soient ignobles, indécents et haineux, je continue à écouter tes interventions. Comment cela se fait-il ? Par voyeurisme, comme dirait Naïm dans son stand up : « Zemmour, t’aime ou t’aime pas, tu regardes par voyeurisme… » ?Je n’en suis pas sûre.

Je crois que ta course à la présidentielle se fonde et tire sa force de cette volonté de bousculer le politiquement correct. D’ailleurs, je pense que ton slogan « RECONQUETE ! » qui vise à « reconquérir » la France a d’abord pour vocation de reconquérir le citoyen qui ne croit plus en la politique. A bas la langue de bois, le citoyen n’est pas dupe… et toi non plus.

Alors comment faire ? Comment se démarquer d’une Marine Le Pen qui surfe sur la même vague que toi ? Eh bien, en proposant quelque chose de nouveau… en osant !

Tes interventions sont tellement saisissantes que je me surprends à réécouter l’un ou l’autre passage sur Youtube afin de m’assurer d’avoir bien entendu. C’est donc là qu’est le génie de ta campagne électorale : provoquer pour choquer.

Angle de tir de la politique zemmourienne : choquer pour épater, choquer pour se faire une place, choquer pour se distinguer, choquer pour séduire… choquer pour (re)conquérir.

Choquer pour faire le buzz dans les réseaux sociaux en tant que starlette de téléréalité ou influenceurs… ça on connaissait. Mais pas pour un sujet aussi « sérieux » que la politique. Une nouvelle ère est née.

Toi qui es un féru des grands personnages historiques, ne t’est-il jamais arrivé de te demander ce que l’Histoire retiendra de toi ?

Eh bien, je vais te le dire… Tout d’abord, elle retiendra sans doute cet échange de doigt d’honneur entre toi et une passante lors d’un de tes déplacements à Marseille. La décence me retient de rapporter tes propos qui ont accompagné ce geste éloquent. C’est une question d’éducation… mais ça, tu ne peux pas comprendre.

On est loin de Chirac qui, lors d’un bain de foule à Brégançon en 2001, s’est vu affublé d’un « connard » par un citoyen mécontent auquel il répondit avec tact et brio : « Enchanté, moi c’est Jacques Chirac ! » C’est ce qu’on appelle la classe. Prends-en de la graine…

L’Histoire retiendra également tes nombreuses condamnations pour injures, propos discriminatoires, provocation à la haine raciale et j’en passe. Alors, je t’explique en quelques mots le fonctionnement de la politique. Généralement, c’est après leur mandat que les présidents se font prendre, juger et condamner, pas avant Eric, pas avant… C’est à ça d’ailleurs qu’on reconnait les vrais présidents ! 

En d’autres mots, retiens bien, Eric, que tu n’es qu’un délinquant multirécidiviste briguant la plus haute fonction politique en France. Bienvenue dans la nouvelle ère, l’ère covid… l’ère de tous les possibles ! Moi qui pensais qu’on frôlait le grotesque, après réflexion, je pense qu’on est tombé dans le burlesque.

Que la paix soit sur toi et que le meilleur gagne !

L.M.

P.S :  Si besoin, je peux te communiquer l’adresse d’un prothésiste auditif qui se trouve à Barbès. Je suis sûre que tu y seras bien accueilli…

D’Ifantras à Bruxelles, le voyage d’une vie

De la hauteur de ce mont d’Ifantras,

La lune est très blanche, très ronde, très pleine, on pourrait presque la toucher.

Du haut du mont de toutes les désillusions.

Du haut du mont de toutes les consécrations.

Je serai là debout, coulant dans vos veines.

Certains d’entre les tiens décident après une longue période de famine de se diriger vers Tanger la Belle, la mariée du Chamal, la nomme-t-on, dans le but ultime de construire un meilleur avenir.

D’autres comme toi Mohammed Mrabet, feront partie de la première génération de l’exil, de l’émigration, de la séparation.

Tu fais partie de ces premiers marocains à tenter, juste pour un temps, le meilleur en Europe.

Par l’intermédiaire de conventions, la Belgique vous offre un passeport et vous invite à venir combler le manque de main d’œuvre dans les différents secteurs.

Loin de douter qu’à ton arrivée, tu seras considéré comme une simple force de travail.

Tu tournes les talons laissant derrière toi une épouse et tes dix enfants, tu les quittes, tu les aimes, ton cœur se serre, te fait mal, mais tu ne pleures pas parce qu’un homme ça ne pleure pas.

En 1956 débute la première vague d’immigration des Marocains vers la Belgique

Tu te diriges vers l’inconnu, un pays étranger, une langue étrangère, tu vas y travailler dur, ne connaissant qu’un jour de repos et ne connaissant pas les certificats médicaux, afin de nourrir ceux que tu as laissés derrière toi…

Tu laisses ton épouse seule au milieu de ses beaux-frères à titre de tuteur.

Elle se retrouve seule dans un monde rude, cruel, de la maltraitance déguisée sous couvert d’éducation, mais dans une terre qui va malgré tout lui inculquer de profondes valeurs.

Tamaanant s’est mariée avec toi alors qu’elle n’était âgée que de douze ans, toi de seize.

À cet âge-là, elle a été privée d’accéder à son être le plus profond, à cette petite fille qu’elle était.

Un an après votre union elle se retrouve orpheline.

Toi, Mohamed, son époux tu incarneras désormais ses parents perdus.

Désormais, il fallait repartir de zéro, mais c’est toujours la même rengaine, personne ne repart jamais de zéro, pas même les Arabes qui l’on pourtant inventé.

Après des années de séparation, Roméo vient récupérer sa dulcinée, tu as reçu l’autorisation de faire un regroupement familial, les changements sont si soudains.

Comme ces grandes vagues que vous alliez traverser, tu es là, Tamaanant, forte protégeant chacun de tes dix enfants, tu es sur pilote automatique, en mode char d’assaut, vos regards se croisent, ils sont chargés de non-dits.

Des sentiments mitigés, l’inquiétude, de la peur mêlée à de la joie.

Un long voyage vous attend, il est planifié, étudié dans les moindres détails, Cordoba, Bilbao, Madrid…

Mais un voyage tant attendu.

De train en train, de gare en gare, des correspondances à ne surtout pas manquer.

Votre avant-dernier arrêt était celui d’Austerlitz à Paris.

Enfin vous arrivez sur cette terre fraiche et si verte.

Le paysage est si différent, il fait froid, vous avez du mal à vous y faire.

Tu te rends compte, Tamaanant, que tu es à un monde de tes espoirs, mais tu gardes la tête haute, tu te réconfortes, il ne s’agit que d’un laps de temps.

Les maisons ont un toit, elles sont alignées et collées les unes aux autres.

Votre habitation est étroite, vous vous retrouvez dans des petites pièces… quel contraste par rapport aux étendues auxquelles tu étais habituée.

Peu de lumière, ce soleil qui avait l’habitude de vous chauffer, de vous bruler la peau, là soudainement, il se montre timide, il se cache derrière ce haut building d’en face.

Tu te retiens pour ne pas pleurer, parce qu’une maman ça ne pleure pas.

Tu as choisi de vivre une vie monotone, d’être cette brave épouse obéissante au foyer, perpétuant la tradition de préparer son pain de ses propres mains.

Chaque dimanche, tu étais sommée aves tes filles de déplumer une dizaine de poulets que ton époux avait ramenée de la ferme.

De préparer ton beurre à partir du lait fraichement sorti des mamelles de la vache.

Les années ont passé, tu as traversé des moments difficiles mais tu es restée là debout à prendre soins des tiens en gardant toujours et encore à l’esprit un retour au pays en repoussant la date au moment de la retraite de ton époux.

Le Maroc, le pays d’origine et le pays du retour triomphant pour celui qui y a vécu, ou survécu, ce pays ne vous lâchera jamais, il sera là en vous, impossible de l’oublier.

Le Maroc émigre avec vous, il vous suit, il vous guide, il vous colle à la peau, mais cela n’était que chimère et petit à petit le fantasme du retour s’évapore, se heurte à la dure réalité que le hiatus des deux générations est consommé.

Tu saisis que tes racines sont et le seront toujours au pays et que celle de tes enfants sont dans ce pays qui n’était que transitoire, en Belgique.

Mohammed, c’est clair à la retraite tu retournes dans cette patrie si chère à ton cœur.

Pendant ce temps, toi et tes amis émigrés recherchez des repères, une manière de préserver votre identité, la religion est la seule chose que vous avez pu emporter avec vous.

Vous êtes musulmans avant d’être marocains, avant d’être immigrés, l’Islam est votre refuge c’est lui qui donne le calme, qui sécurise, celui qui apporte la paix.

Pour cela, toi et un groupe d’amis vous vous donnez comme mission de construire votre refuge qui s’appellera « Masjid Salam ».

Vous prenez soin de choisir un bâtiment à proximité de la gare du midi.

Vous investissez votre salaire, vous essayez de récolter des fonds tous les vendredis traversant les rangées des prieurs qui jettent un par un de la monnaie dans les plis de votre abaya.

Vos fils se marient, vous connaissez les débuts d’une famille dispersée, toi et ton époux, vous vous consolez en vous disant que c’est la vie.

Vous faites des enfants, vous leurs offrez tout ce que vous pouvez, puis un jour ils s’en vont… C’est à peine s’ils se souviennent de vous.

Si vous étiez au village, ils seraient là tous présents autour de vous, sous vos yeux, mais là vous êtes dans un pays impitoyable, un pays qui séparent en prônant l’individualisme.

Vous vous réconfortez avec ce célèbre adage « le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre ».

Tamaanant, tes joues si douces tu veillais à les embaumer de cette crème blanche contenue dans un gros pot bleu, ta peau était aussi soyeuse que celle d’un bébé.

Tu enduisais tes long cheveux noir d’huile, tu les séparais d’une raie délicatement puis tu les tressais.

Tes petites rides étaient le livre de ta vie que tu n’as jamais pu nous raconter.

L’histoire de ta vie qui s’est dessinée juste au coin de tes petits yeux bruns.

Ce pli sur ton front représentait les traces de tes nombreuses inquiétudes, d’attentes de cet imminent retour, loin de t’imaginer que ton Créateur te rappellera à lui pour ne plus jamais revenir.

Tu t’en es allée jeune, belle et pleine de valeurs.

Tu es resté, Mohammed, le bel homme aux yeux bleus aussi beau que dans ta jeunesse, ta barbe si blanche qu’on croirait du coton fraichement récolté.

La retraite est passée, elle a laissé un goût amer, comme une maladie incurable qui n’a laissé que de l’ennui, pour te rassurer, tu fais appel à ta foi et à ton amour profond pour l’Islam.

Tu finis par te résigner, tu avais pourtant tout préparé, tu as construit là-bas au pays, une maison aussi grande que ton cœur, toi Mohammed Mrabet qui pensait y vieillir entouré des tiens, cela n’était qu’illusion.

Une illusion qui t’a fait perdre tout espoir du retour au pays….

Écrire afin que cela résonne dans les esprits comme un hommage, à une mémoire où les moindres mots écrits pèsent.

Je suis la petite fille porteuse d’histoires, de mémoires, de secrets.

J’ai hérité ce bagage dès ma vie utérine.

Vos ressentis, vos lourdes expériences, votre courage et votre Amour demeurent à jamais en moi.

A votre image, je saisis d’où me viens cette force de lutter contre vents et marées.

Merci

Hana

Les dangers de la course aux « likes »

Facebook, Insta, TikTok, Snapchat, Twitter… on ne compte plus le temps passé sur nos réseaux à commenter les photos de vacances de nos amis, à modifier et perfectionner sa photo de profil. Un tweet par-ci, un like par-là, un selfie sur Insta… Cette consommation excessive de réseaux est devenue une véritable addiction pour la plupart des gens.  Mais quelles en sont les conséquences sur notre santé mentale et celle des plus jeunes et des plus vulnérables?

Le « like » (j’aime) est apparu il y a un peu plus de dix ans sur le réseau social Facebook. Aujourd’hui, on le retrouve sur presque toutes les plateformes telles que Insta, Youtube, LinkedIn,… Cela permet une interaction entre les abonnés et développe également le sentiment de ne pas se sentir seul. En effet, on se retrouve face à une communauté « d’amis » avec qui l’on partage nos photos de vacances, des adresses incontournables, des lieux instagrammables…

Souvent, on « like » les statuts de nos amis dans le but d’être « liké » à notre tour. Plus on accumule de pouces bleus, plus on se sent exister aux yeux des autres. Cela augmente la confiance et l’estime de soi. Alors, on parfait le contenu à poster dans les moindres détails afin d’avoir davantage de j’aime. 

Sur cette lancée, certains iront même plus loin et sentiront le besoin d’exhiber leur corps, leurs biens matériels, leurs plats gastronomiques, pour enfin exister et récompenser ce côté narcissique!

Mais attention, l’image renvoyée aux autres n’est pas toujours le reflet de la réalité. Celle-ci est parfaitement choisie voire manipulée ou retouchée. 

D’après Michael Stora, psychanalyste, interrogé par la Croix , « la dimension du ‘like’ est très perverse : de petites décharges de dopamine sont libérées dans le cerveau lorsqu’on reçoit un like ce qui va encourager à poster beaucoup plus… »   

Mais quand le like se fait attendre, il peut créer une véritable angoisse qui, à son tour, va créer une paranoïa. « Je ne suis pas assez jolie sur cette photo peut-être ? » « Mon commentaire n’est pas pris au sérieux » « J’aurais peut-être dû mettre un filtre? »

Recevoir des commentaires négatifs ou tout simplement le non intérêt d’autrui peut devenir source de frustration. Ainsi, une personne fragile est susceptible de sombrer dans des dépressions profondes et se renfermer dans une bulle.

Parfaire son image à l’aide de filtres…

Finies les rides, les cernes, les imperfections qui nuisent à notre image. Actuellement, il est possible de rectifier son apparence en quelques clics sur de multiples applications et ainsi obtenir un grain de peau plus lisse, des yeux moins fatigués ou des dents blanchies. 

Vous avez l’embarras du choix : le nez affiné, les lèvres pulpeuses, les joues rosées, et j’en passe… Tout est mis en place pour cacher le moindre petit défaut apparent. 

D’après Sabrina 17 ans : « Perso, je ne me trouve pas laide mais c’est vrai que quand je dois poster une photo de moi sur les réseaux, je préfère mettre un filtre. C’est comme ça! Je dirais que c’est dans les normes. Tout le monde le fait, même ceux qui ont zéro complexe! »

Quant à Sarah 21 ans : « Je n’ai aucune photo de moi sans filtre dans mon téléphone depuis des années. Et pour quelle raison? Là, je suis un vrai canon, pas besoin d’être maquillée et tout est parfait! »

Un impact sur les plus vulnérables

Il faut savoir que l’utilisation à répétition des filtres peut avoir un impact psychologique sur les jeunes. En effet, il y a un décalage entre la réalité et l’image sans défaut affichée sur son smartphone. Alors, s’enchaine une consommation excessive de filtres qui va forcément engendrer des complexes de plus en plus lourds qui poussent le jeune à tout mettre en œuvre pour ressembler le plus possible à son Avatar. Cette obsession de vouloir véhiculer une image parfaite de soi avec comme résultat davantage de « likes » va créer des troubles psychologiques chez les personnes vulnérables.

Les jeunes adolescents sont dans une période difficile de leur vie. Beaucoup ressentent des complexes, sont mal dans leur peau ou ressentent un manque d’estime de soi… A force de se voir ou de voir les autres sans aucun défaut physique, ils finissent par rejeter leur image naturelle : on appelle cela le DYSMORPHISME. 

En réponse à ce malaise de plus en plus fréquent, les jeunes (les jeunes filles plus particulièrement), vont franchir la ligne rouge en se tournant vers la chirurgie esthétique afin d’assouvir ce désir de visage parfait et d’améliorer leur physique selon les normes de beauté imposées par les filtres. Malheureusement, à force de chercher la perfection, ils deviennent d’éternels insatisfaits. Plus aucune limite ne peut les freiner et ils tombent dans un cercle vicieux sans issue.

Instagram et Snapchat sont d’ailleurs les réseaux sociaux qui exercent le pire impact sur la santé mentale et le bien-être des adolescents, selon une étude menée par l’association caritative dédiée à la santé publique Royal Socialty for Public Health (RSPH) auprès de 1479 jeunes âgés de 14 à 24 ans, faisant part de leur anxiété, de leur solitude, voir de leur dépression. 

L’hypersexualisation précoce

Ces dernières années, nous remarquons que de plus en plus de jeunes enfants sont accros au numérique et aux réseaux sociaux. Ceux-ci ont accès à du contenu non adapté à leur jeune âge tels que de la pornographie, certaines propagandes ou aux influenceurs qui vendent du rêve aux jeunes générations. Le risque serait qu’ils tombent entre les griffes de prédateurs pédophiles mais aussi qu’ils finissent par vénérer ces pseudos influenceurs qui exhibent leur nudité ou leurs biens matériels sans aucun tabou. Cette façon d’agir est aussi une méthode marketing pour vendre davantage de produits et ainsi gagner des sommes exorbitantes sans le moindre effort.

Beaucoup de jeunes filles dans la précarité et souvent issues de quartiers populaires sont fascinées par la beauté mais aussi le train de vie de ces influenceurs. Pour pouvoir se payer de beaux sacs ou de la chirurgie esthétique, elles se tournent vers la prostitution qui permet de se faire énormément d’argent en très peu de temps. 

Quant aux jeunes garçons, eux, vont dealer de plus en plus et ainsi être aux commandes de gros bolides, porter des montres luxueuses, etc.

Ce phénomène touche de plus en plus de jeunes qui n’arrivent plus à discerner le vrai du faux et sont ainsi hypnotisés par l’illusion des réseaux sociaux! Ils rêvent d’avoir la même vie que leurs idoles qui sirotent toute l’année leurs cocktails au bord d’une piscine sous un soleil de plomb…

Mais derrière cette image idyllique, se cache une réalité bien différente…

Bondyblog a interrogé Samy qui est éducateur dans une cité de Montreuil, en France. Il suit de près l’évolution du phénomène et l’explique par un sentiment de frustration dans les quartiers : « Les garçons comme les filles ont grandi dans des tours HLM en voyant leur mère faire des ménages et leur père trimer au chantier. Ils veulent faire de l’argent facilement à l’heure où on est imprégné par les marques, le luxe et les voyages. » D’après lui, les jeunes sont en perte d’identité dans une société où tout se consomme, y compris le sexe. Les raisons sont multiples, entre décrochage scolaire, appât du gain, etc. » 

Les ados et les plus jeunes qui sont confrontés tous les jours à des modèles virtuels de beauté tentent de reproduire les mêmes faits et gestes que leurs idoles en publiant des photos ou des vidéos provocantes. Nous pouvons aujourd’hui observer de jeunes filles d’à peine 7-8 ans se déhancher de façon vulgaire sur TikTok. Elles mettent en scène leur corps d’enfant, souvent maquillées et vêtues de tenues trop légères pour leur jeune âge, dans des positions d’adultes et laissant apparaitre leurs formes. Tout est fait pour mettre en valeur ce qui attire les hommes chez une femme.

Ce qui pose un véritable problème d’hypersexualisation précoce et engendre bien entendu de la pédopornographie numérique. Ce phénomène touche beaucoup plus les jeunes filles et malheureusement l’hypersexualisation va contribuer aux violences faites aux femmes. De plus, l’attitude de ces jeunes et l’exposition à outrance de leur nudité va accroitre leurs complexes et ainsi les rendre sensibles aux regards des autres.

A l’inverse, recevoir trop de compliments va gonfler leur égo et créer des personnages narcissiques. Pour contrer cela, aujourd’hui, est né un mouvement de femmes dans le monde défendant le « no make up ». L’idée est d’apprendre à s’aimer au naturel et de cette façon elles revendiquent ne plus vouloir subir cette pression sociale.

Ce mouvement pourrait aider beaucoup de jeunes filles à s’accepter telles quelles et enfin sortir de leur souffrance due à leurs complexes souvent accentués par les réseaux sociaux.

Le like bientôt masqué sur Instagram… 

L’application a annoncé récemment que l’affichage des likes ne serait plus public tout comme le compteur de vues des vidéos postées. L’objectif est ainsi de permettre d’enlever la pression du nombre de likes qu’un message peut recevoir.

«  Une décision qui devenait plus que nécessaire » souligne auprès de L’Express Michael Stora, psychiatre spécialiste d’Internet et des mondes numériques. « Car au-delà du simple clic, ce processus de « likes » peut devenir dangereux pour la santé mentale des utilisateurs les plus fragiles. » 

Il faut absolument une prise de conscience collective. Les parents sont responsables de leurs enfants et doivent impérativement être vigilants quant à l’utilisation excessive des réseaux sociaux mais aussi du contenu visité et partagé afin de détecter à temps les dérives qui peuvent avoir lieu et éviter des conséquences pouvant être désastreuses : cyber-harcèlement, hypersexualisation précoce, pédo-criminalité,…

                                                                                                                                                                             I.S

Pour en savoir plus

Jamais sans mes fils, le combat d’une mère pour revoir ses enfants

Le 20 juillet 2017… c’est la dernière fois que Naziha Mahmoudi voit ses enfants Nohe et Ibrahim, date à laquelle elle les envoie en vacances à Dubaï chez leur père. Un voyage sans retour, leur père décidera de ne jamais les laisser rentrer. 1695 jours… soit quatre ans et demi de souffrance, de larmes, de combat pour que justice lui soit rendue ainsi qu’à ses enfants.

Naziha Mahmoudi n’a que 19 ans lorsqu’elle rencontre celui qui deviendra bien plus tard son mari, Youssef. « A cette époque-là, je ne me voyais pas me marier aussi jeune, donc nos chemins se sont séparés. Quatre ans plus tard, nous sommes amenés à nous recroiser lors d’évènements associatifs et nous nous marions à la fin de l’année 2005. L’année suivante, il ouvre un restaurant et il fait la connaissance d’un chef qui lui parle de Dubaï. » Très vite, Youssef désire tenter l’aventure dans ce nouvel eldorado, mais de manière assez précipitée. « A ce moment-là, je n’ai absolument pas l’envie de partir m’exiler à l’étranger. Je suis en fin de grossesse de mon premier fils, Nohe. Un an auparavant, j’avais fait une fausse couche qui a été assez éprouvante psychologiquement et je vivais cette nouvelle grossesse dans l’angoisse la plus totale. Mon fils naît finalement en bonne santé le 11 février 2009. En mai, Youssef décide de partir à Dubaï pour 20 jours, mais il ne reviendra finalement jamais… mon fils est alors âgé de 3 mois, et il est hospitalisé. Donc la dernière chose dont j’ai envie à ce moment-là, c’est de tenter l’aventure à l’étranger. Il souffre du syndrome d’apnées obstructives du nourrisson et de reflux. Chaque jour, j’ai la peur au ventre qu’il parte d’une mort subite du nourrisson, il restera sous monitoring jusqu’à ses 6 mois. Mes débuts d’expatriée sont donc ponctués d’allers-retours entre Bruxelles et Dubaï. Lorsque je reviens à Bruxelles, j’entends parler de dettes qu’il aurait laissées derrière lui, notamment plusieurs fournisseurs de son restaurant, je comprends très vite les raisons de son insistance pour partir à Dubaï, son départ était une sorte de fuite. »

La dernière fois que leur mère les voit, Nohe et Ibrahim sont âgés de 8 et 6 ans

Une nouvelle vie démarre

Quelques mois plus tard et à contrecœur, Naziha le rejoint pour de bon. « C’était véritablement une déchirure pour moi, cela m’a été imposé. Vivre à Dubaï n’était clairement pas mon choix… Il est parti pour un court séjour mais il n’est pas revenu,  j’ai dû gérer un appartement seule, régler toutes les démarches avant de pouvoir quitter la Belgique définitivement. J’ai laissé derrière moi mes parents âgés et ma maman avec beaucoup de problèmes de santé, ainsi que toute ma famille et mes amies, tous mes repères. Une fois sur place, la solitude rythmait mon quotidien. Je sortais très peu et passais mes journées à m’occuper de mon bébé. Cela a duré au moins deux, trois années, avant de pouvoir m’habituer à cette nouvelle vie. Youssef passe lui énormément de temps à lancer ses affaires, je le vois de moins en moins au point de ne plus le croiser que deux à trois heures dans la semaine… mes 3 dernières années à Dubaï, il quitte carrément le domicile conjugal et dort « au bureau », d’après ses dires. »

Tant bien que mal, Naziha se concentre sur l’éducation de ses enfants sur qui elle reporte toute son attention et son énergie. Son deuxième fils Ibrahim naît le 25 juillet 2011. « Il a refusé que j’accouche à Bruxelles, je donne donc naissance à Ibrahim à Dubaï seule, sans ma famille, heureusement ma belle-mère viendra m’épauler pendant un mois. »

En décembre 2016, Youssef lui fait part de son envie de partir « quelques jours » au Maroc. « C’est comme si le même scénario recommençait : il me dit qu’il part pour 20 jours qui se transformeront en 6 mois… Je me retrouve seule à Dubaï à devoir tout gérer et je me sens dans une totale insécurité parce que j’apprends qu’on le recherche de nouveau pour une histoire de dettes. J’ai très peur des représailles sur mes enfants ou moi, je me sens complètement livrée à moi-même. Parallèlement, je n’ai que très peu de nouvelles de lui, il m’appelle à raison d’une fois par mois et je ne comprends absolument pas ce qui se passe. Au bout de 4 mois, en avril 2017, il désire revoir ses enfants, je le rejoins donc au Maroc 2 semaines, et je me rends compte qu’il loge dans un hôtel 5 étoiles et qu’il ne se prive de rien, les vacances sont magnifiques… et il fait comprendre aux enfants que la vie au Maroc est superbe, mais je m’oppose à cette idée ; une fois mais pas deux. Je ne veux pas qu’il laisse des gens lésés derrière lui dans chaque pays où il met les pieds et à chaque fois fuir ses responsabilités. » Naziha rentre à Dubaï, les enfants reprennent le chemin de l’école mais elle reste sans nouvelles de Youssef pendant plus d’un mois. Il finira par rentrer à Dubaï mi-mai, sans prévenir, soit au bout de 6 longs mois d’absence. « Et là, la coupe est pleine, j’ai vécu cette longue absence sans aucune explication de sa part, j’entends qu’il a de gros problèmes avec plusieurs personnes, notamment ses employés, on ne partage plus aucun principe, ni valeur et je parle de divorce. A ce moment-là, il comprend ma position et propose qu’on fasse cela à l’amiable. Nous nous projetons pour la suite et parlons même d’inscrire les enfants à l’Ecole Européenne de Bruxelles. Il décide de partir pour l’Arabie Saoudite, et moi je rentre à Bruxelles avec mes enfants. Il me donne le numéro d’une avocate pour la procédure de divorce à l’amiable, mais dans mon malheur, ce sont les vacances judiciaires, je n’ai donc aucun rendez-vous avec cette avocate avant le mois de septembre. Il insiste en me demandant de lui envoyer les enfants pendant un mois, du 20 juillet au 28 août 2017. Il m’envoie déjà un colis à Bruxelles avec des cadeaux et vêtements qu’ils devront porter le jour de l’Aïd à Bruxelles qui était prévu cette année-là le 1er septembre. Il y a également dans le colis l’acte de naissance d’Ibrahim pour que je puisse faire toutes mes démarches administratives à Bruxelles. Il me rassure sur plusieurs points et finalement, j’accepte, car pour moi, même si un couple décide de divorcer, aucun des parents n’a le droit de priver l’autre de voir ses enfants. »


Depuis 8 mois, Naziha est sans nouvelles de ses deux fils

Un départ sans retour

Naziha n’est pas totalement rassurée, elle ne préfère pas les envoyer tant qu’aucun cadre juridique n’est défini mais le père de ses enfants lui promet qu’ils seront de retour très vite, un billet d’avion aller/retour est même réservé. « Le 20 juillet 2017, ils prennent donc le vol et ce sera la dernière fois que je les verrai. Ibrahim, mon petit dernier, a fait une crise de larmes à l’aéroport et refusait de partir. Mais n’ayant qu’une parole, j’ai dû le laisser partir dans cet état, en respectant ma promesse vis-à-vis de leur père. Au début, je les ai au téléphone tous les jours. Leur père m’envoie même des photos des enfants avec des manteaux, des bonnets parce qu’il désire leur acheter, tout ce qu’il faut pour leur prochain hiver en Belgique, afin de m’alléger les frais… Il me promet qu’il fera tout pour qu’on soit bien. Que même si nous n’avons pas réussi notre mariage, il fera tout pour que nos enfants soient heureux, qu’on le fera ensemble main dans la main, afin qu’ils soient préservés psychologiquement… mais c’était un leurre, il souhaitait m’amadouer pour que je ne me doute pas un seul instant de ce qu’il tramait. A quelques jours de leur retour, il prétexte que les enfants doivent subir une opération des dents pour repousser de deux jours la date du retour. J’accepte parce que deux jours, cela me semble raisonnable. Mais la veille de l’opération, je n’arrive pas à les joindre. Le jour J, non plus. Sans nouvelles, j’appelle le cabinet dentaire à Dubaï qui m’informe que les enfants ont été reçus en consultation mais qu’aucune opération n’est prévue… A ce moment-là, je comprends que je ne les reverrai plus et j’ai le sentiment de tomber du haut d’un immeuble… c’est le trou noir, la violence du choc est terrible, c’est comme si on m’arrachait le cœur… »

Le début d’un long combat

Très vite, Naziha porte plainte pour enlèvement d’enfants. Un premier jugement statue en sa faveur et lui donne la garde exclusive et l’hébergement des enfants en Belgique. « Après l’annonce du verdict belge, de son côté, il saisit aussi les tribunaux émiratis en prétextant un  abandon d’enfants et obtient lui aussi la garde et la répudiation, sans qu’aucun droit à la défense ne m’ait été octroyé. Mon avocate et moi n’apprendront cela que bien plus tard, aucun recours en appel n’a donc pu être introduit. Mais internationalement, c’est le jugement de la première juridiction saisie qui compte, c’est donc le jugement en ma faveur qui prime. Malheureusement, Dubaï n’a pas ratifié la Convention de La Haye, qui aurait permis très vite le retour des enfants. De plus, les juridictions émiraties n’ont fait aucune enquête sociale pour vérifier ses dires et voir si j’étais ou non encore sur le territoire et ont donc supposé que je refusais de me rendre à la convocation. Très vite, il demande aussi une interdiction de sortie du territoire des enfants sans son autorisation et celle-ci lui est accordée. » Aujourd’hui, quatre ans et demi plus tard et après de nombreuses audiences, dont les jugements sont tous en sa faveur, Naziha n’a toujours pas pu revoir ses enfants. Quatre ans et demi sans voir leur visage, sans les toucher, sans les voir grandir… « Près de 20 audiences qui le condamnent toutes. Un mandat d’arrêt international a été émis le 11/09/2018. Il a, à chaque fois, fait appel des décisions de justice qui rallonge la procédure. Aujourd’hui, la dernière étape, c’est la Chambre des Mises en Accusations qui décidera ou non du renvoi de l’affaire en correctionnel. Si c’est le cas et qu’il est déclaré coupable, il risque une lourde peine de prison et Dubaï devra alors appliquer le jugement belge. »

Cette année 2022 est la dernière que je veux passer sans eux, cela n’a que trop duré, leur absence est chaque jour plus insupportable

Naziha Mahmoudi

La dernière année sans eux

Mais l’audience a été reportée trois fois déjà… « C’est très dur physiquement et émotionnellement, ce sont à chaque fois des déceptions qu’il faut surmonter. Mais cette année, j’ai décidé de médiatiser mon histoire pour peut-être essayer de débloquer la situation, pour qu’on puisse m’indiquer des personnes clés qui pourraient m’aider à me défendre à Dubaï et à faire au moins valoir mon droit de visite là-bas, avant d’autres étapes. Cette année 2022 sera aussi la dernière année que je veux passer sans voir mes enfants, leur absence n’a que trop duré, elle devient chaque jour de plus en plus insupportable et il faut que cela cesse. Mon seul souhait est qu’ils ne soient pas trop impactés psychologiquement, que mon absence et toutes les conséquences qui en ont découlé ne les affecteront pas plus tard dans leur vie d’adulte. » Nohe et Ibrahim sont aujourd’hui âgés respectivement de 13 ans et 11 ans. « Ils ont besoin de leur maman.  Je les ai quittés enfant, aujourd’hui ils entrent dans l’adolescence… D’avoir perdu définitivement autant de moments précieux de leur vie m’est insupportable, mais je garde espoir que cette année sera l’année des retrouvailles !»

H.B.

Ukraine, des réfugiés qui nous ressemblent

La Russie a lancé ce jeudi 24 février une invasion de l’Ukraine, entrant dans le pays en divers endroits, à l’est, au sud et au nord et en bombardant les principales villes du pays, dont la capitale Kiev. A ce jour, on dénombre plus de 677 000 réfugiés accueillis par les quatre pays voisins mais de nombreux pays européens ont d’ores et déjà annoncé leur souhait d’accueillir ceux qui fuient le conflit. La couverture médiatique de cette guerre interpelle et notamment le choix de certains mots utilisés par des journalistes pourtant chevronnés… 

L’Ukraine, plus « civilisée »

Vendredi 25 février, Charlie D’Agata, un journaliste de la chaîne américaine CBS a suscité un tollé après avoir suggéré que l’Ukraine est plus « civilisée » que des pays du Moyen-Orient comme l’Afghanistan et l’Irak. Le journaliste, pourtant chevronné, et qui effectuait un reportage depuis la capitale Kiev, a déclaré que l’Ukraine « n’est pas un endroit, avec tout le respect que je lui dois, comme l’Irak ou l’Afghanistan, qui a vu des conflits faire rage pendant des décennies. » « C’est une ville relativement civilisée, relativement européenne – je dois aussi choisir ces mots avec soin – où vous ne vous attendriez pas à cela ou n’espériez pas que cela se produise. » 

credit:YouTube / CBS News 

Immédiatement, la séquence a été reprise et est devenue virale sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes qualifiant les propos d’« honteux », tandis que certains espéraient que  » lorsque des problèmes plus urgents seront résolus et que l’agression de la Russie sera neutralisée, nous pourrons commencer à nous demander pourquoi la guerre, la mort et la souffrance sont considérées comme normales pour certains êtres humains et pas pour d’autres « . 

Mea culpa 

Devant l’ampleur de la réaction suscitée, le journaliste a regretté ses propos. Il affirme :
 » J’ai parlé d’une manière que je regrette, et j’en suis désolé. » Il ajoute qu’il souhaitait à travers ses propos faire comprendre que l’Ukraine n’avait pas connu  » cette ampleur de la guerre  » ces dernières années, contrairement à d’autres pays. « De toute façon, vous ne devriez jamais comparer les conflits, chacun est unique… J’ai utilisé un mauvais choix de mots et je m’excuse pour toute offense que j’ai pu causer. » 

Un mauvais choix de mots qui n’en est pas un 

Le journaliste de CBS a parlé de mauvais choix de mots, pourtant en tant que journaliste le choix des mots fait partie des qualités professionnelles indispensables pour exercer ce métier. Donc ce n’était pas uniquement une erreur banale, elle montre tout simplement encore une fois la persistance, chez certains, de clichés durablement ancrés et qui affirment que certaines vies ont plus de valeur que d’autres. Dans ce cas-ci, des vies ukrainiennes au détriment de vies syriennes, iraquiennes, palestiniennes ou yéménites et cela est tout simplement inacceptable et doit être condamné à l’échelle mondiale. 

Hiérarchisation des vies humaines ? 

En Angleterre, sur BBC News, un correspondant, David Sakvarelidze s’est dit touché personnellement : « C’est très émouvant pour moi parce que je vois des Européens aux yeux bleus et aux cheveux blonds être tués » ajoutant du crédit à la thèse qui affirme que seuls les « blancs » méritent davantage de sympathie face à l’adversité. En France, d’autres propos similaires ont été entendus sur des chaînes de grande audience. C’est le cas de la chaîne d’info en continu BFM TV où le journaliste Philippe Corbé déclare : «C’est pas des départs en vacances. Ce sont des gens qui fuient la guerre. » « On parle pas de Syriens qui fuient les bombardements du régime syrien, on parle d’Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures, et qui essayent juste de sauver leur vie quoi. » Tandis que le président français de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, Jean-Louis Bourlanges s’est réjoui de cette nouvelle vague migratoire : « On aura une immigration de grande qualité dont on pourra tirer profit. »

crédit: instagram/Les répliques

Mais néanmoins, la critique ne s’adresse pas uniquement aux médias occidentaux, les médias arabes ne sont pas en reste à l’image d’Al Jazeera English. Un présentateur de la chaîne qatari, Peter Dobbie, a déclaré : « Ce qui est fascinant chez ces gens, c’est la façon dont ils sont habillés ; ce sont des gens prospères de la classe moyenne qui ne sont évidemment pas des réfugiés. Ce ne sont pas des gens qui essayent de fuir des régions d’Afrique du Nord. Ils ressemblent à n’importe quelle famille européenne à côté de laquelle vous vivriez. » La chaîne a aussitôt présenté des excuses sur Twitter, écrivant : « Un présentateur @AJEnglish a fait des comparaisons injustes entre les Ukrainiens fuyant la guerre et les réfugiés de la région MENA. Les commentaires du présentateur étaient insensibles et irresponsables. Nous nous excusons auprès de notre public dans le monde entier et le manquement au professionnalisme est en train d’être traité. » Même si ces propos n’ont pas soulevé une vague d’indignation comme celle provoquée par les dires du journaliste de CBS News, ils interpellent à plus d’un titre. 

Crédit : Twitter / @AlJazeera 

Certains accueillis, d’autres refoulés 

Alors que les pays voisins de l’Ukraine sont mobilisés pour accueillir les réfugiés qui fuient en masse leur pays, les témoignages qui nous parviennent font état d’un travail extraordinaire fourni par la Pologne et la Hongrie notamment. Ce n’est pourtant pas l’avis des réfugiés africains, arabes ou indiens qui ont été refoulés aux frontières sur base de leur couleur de peau. Les autorités polonaises et hongroises ont démenti mais les faits sont bien réels. Triés également au départ de l’Ukraine, de nombreux ressortissants ont donc dû effectuer à pied les 40 kilomètres qui séparent Lviv de la frontière polonaise avant de se voir à nouveau refouler sur place… Chez nous, le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi, a déclaré que « la Belgique ne comptera pas le nombre de réfugiés ukrainiens qu’elle accueillera ». Si l’on se réjouit d’une telle solidarité, nous aurions aimé entendre le même enthousiasme quant à l’accueil des autres réfugiés alors que les pays européens se disputaient sur le nombre de réfugiés syriens qu’ils consentaient à laisser franchir leur frontière… Une hiérarchisation des vies humaines incroyable au 21ème siècle !

H.B.