Ukraine, des réfugiés qui nous ressemblent

La Russie a lancé ce jeudi 24 février une invasion de l’Ukraine, entrant dans le pays en divers endroits, à l’est, au sud et au nord et en bombardant les principales villes du pays, dont la capitale Kiev. A ce jour, on dénombre plus de 677 000 réfugiés accueillis par les quatre pays voisins mais de nombreux pays européens ont d’ores et déjà annoncé leur souhait d’accueillir ceux qui fuient le conflit. La couverture médiatique de cette guerre interpelle et notamment le choix de certains mots utilisés par des journalistes pourtant chevronnés… 

L’Ukraine, plus « civilisée »

Vendredi 25 février, Charlie D’Agata, un journaliste de la chaîne américaine CBS a suscité un tollé après avoir suggéré que l’Ukraine est plus « civilisée » que des pays du Moyen-Orient comme l’Afghanistan et l’Irak. Le journaliste, pourtant chevronné, et qui effectuait un reportage depuis la capitale Kiev, a déclaré que l’Ukraine « n’est pas un endroit, avec tout le respect que je lui dois, comme l’Irak ou l’Afghanistan, qui a vu des conflits faire rage pendant des décennies. » « C’est une ville relativement civilisée, relativement européenne – je dois aussi choisir ces mots avec soin – où vous ne vous attendriez pas à cela ou n’espériez pas que cela se produise. » 

credit:YouTube / CBS News 

Immédiatement, la séquence a été reprise et est devenue virale sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes qualifiant les propos d’« honteux », tandis que certains espéraient que  » lorsque des problèmes plus urgents seront résolus et que l’agression de la Russie sera neutralisée, nous pourrons commencer à nous demander pourquoi la guerre, la mort et la souffrance sont considérées comme normales pour certains êtres humains et pas pour d’autres « . 

Mea culpa 

Devant l’ampleur de la réaction suscitée, le journaliste a regretté ses propos. Il affirme :
 » J’ai parlé d’une manière que je regrette, et j’en suis désolé. » Il ajoute qu’il souhaitait à travers ses propos faire comprendre que l’Ukraine n’avait pas connu  » cette ampleur de la guerre  » ces dernières années, contrairement à d’autres pays. « De toute façon, vous ne devriez jamais comparer les conflits, chacun est unique… J’ai utilisé un mauvais choix de mots et je m’excuse pour toute offense que j’ai pu causer. » 

Un mauvais choix de mots qui n’en est pas un 

Le journaliste de CBS a parlé de mauvais choix de mots, pourtant en tant que journaliste le choix des mots fait partie des qualités professionnelles indispensables pour exercer ce métier. Donc ce n’était pas uniquement une erreur banale, elle montre tout simplement encore une fois la persistance, chez certains, de clichés durablement ancrés et qui affirment que certaines vies ont plus de valeur que d’autres. Dans ce cas-ci, des vies ukrainiennes au détriment de vies syriennes, iraquiennes, palestiniennes ou yéménites et cela est tout simplement inacceptable et doit être condamné à l’échelle mondiale. 

Hiérarchisation des vies humaines ? 

En Angleterre, sur BBC News, un correspondant, David Sakvarelidze s’est dit touché personnellement : « C’est très émouvant pour moi parce que je vois des Européens aux yeux bleus et aux cheveux blonds être tués » ajoutant du crédit à la thèse qui affirme que seuls les « blancs » méritent davantage de sympathie face à l’adversité. En France, d’autres propos similaires ont été entendus sur des chaînes de grande audience. C’est le cas de la chaîne d’info en continu BFM TV où le journaliste Philippe Corbé déclare : «C’est pas des départs en vacances. Ce sont des gens qui fuient la guerre. » « On parle pas de Syriens qui fuient les bombardements du régime syrien, on parle d’Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures, et qui essayent juste de sauver leur vie quoi. » Tandis que le président français de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, Jean-Louis Bourlanges s’est réjoui de cette nouvelle vague migratoire : « On aura une immigration de grande qualité dont on pourra tirer profit. »

crédit: instagram/Les répliques

Mais néanmoins, la critique ne s’adresse pas uniquement aux médias occidentaux, les médias arabes ne sont pas en reste à l’image d’Al Jazeera English. Un présentateur de la chaîne qatari, Peter Dobbie, a déclaré : « Ce qui est fascinant chez ces gens, c’est la façon dont ils sont habillés ; ce sont des gens prospères de la classe moyenne qui ne sont évidemment pas des réfugiés. Ce ne sont pas des gens qui essayent de fuir des régions d’Afrique du Nord. Ils ressemblent à n’importe quelle famille européenne à côté de laquelle vous vivriez. » La chaîne a aussitôt présenté des excuses sur Twitter, écrivant : « Un présentateur @AJEnglish a fait des comparaisons injustes entre les Ukrainiens fuyant la guerre et les réfugiés de la région MENA. Les commentaires du présentateur étaient insensibles et irresponsables. Nous nous excusons auprès de notre public dans le monde entier et le manquement au professionnalisme est en train d’être traité. » Même si ces propos n’ont pas soulevé une vague d’indignation comme celle provoquée par les dires du journaliste de CBS News, ils interpellent à plus d’un titre. 

Crédit : Twitter / @AlJazeera 

Certains accueillis, d’autres refoulés 

Alors que les pays voisins de l’Ukraine sont mobilisés pour accueillir les réfugiés qui fuient en masse leur pays, les témoignages qui nous parviennent font état d’un travail extraordinaire fourni par la Pologne et la Hongrie notamment. Ce n’est pourtant pas l’avis des réfugiés africains, arabes ou indiens qui ont été refoulés aux frontières sur base de leur couleur de peau. Les autorités polonaises et hongroises ont démenti mais les faits sont bien réels. Triés également au départ de l’Ukraine, de nombreux ressortissants ont donc dû effectuer à pied les 40 kilomètres qui séparent Lviv de la frontière polonaise avant de se voir à nouveau refouler sur place… Chez nous, le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi, a déclaré que « la Belgique ne comptera pas le nombre de réfugiés ukrainiens qu’elle accueillera ». Si l’on se réjouit d’une telle solidarité, nous aurions aimé entendre le même enthousiasme quant à l’accueil des autres réfugiés alors que les pays européens se disputaient sur le nombre de réfugiés syriens qu’ils consentaient à laisser franchir leur frontière… Une hiérarchisation des vies humaines incroyable au 21ème siècle !

H.B.

Au-delà des mots, la sacralité de la Maison de Dieu

Il existe un lieu et un moment pendant lequel toute l’humanité peut se reconnecter à l’héritage d’Ibrahim (Paix sur lui), prendre du recul sur sa vie, réviser sa façon de penser et d’agir en toute quiétude, de prendre conscience de qui nous sommes.

Au cœur du Sacré

Alors que presque partout dans le monde, l’humanité est déchirée par des conflits; dans ce lieu sacré qu’est la Maison de la Mecque, Al-Ka’ba,[1] chacun peut trouver un lieu de paix, une bulle de miséricorde.

C’est au cœur de ce lieu sacré que tout croyant ressent la toute Grandeur de Dieu, la Toute Puissance du Maitre des Mondes. Ce lieu, nous renvoie à une histoire commune, à travers la prophétie d’Ibrahim (Paix sur lui), l’origine du culte monothéiste. C’est la première Maison offerte à l’humanité pour nous rappeler que nous sommes une seule et même famille humaine.

L’importance d’un lieu ou objet sacré est nécessaire car celui-ci a une réelle efficacité du fait qu’il contribue à nourrir la foi. Ainsi, le sacré implique la reconnaissance de l’être transcendant comme une réalité et de l’univers comme le fruit d’une Essence Créatrice Toute Puissante. En quelques mots, le lieu (ou objet) sacré assure la médiation entre l’Homme et le Divin. Dès lors, l’union de la parole et du geste constitue l’essence du sacré, mais aussi un profond engagement envers Dieu : le servir uniquement, réaliser sa vocation de vicaire (khalifa)[2] et honorer son dépôt (al-amanah)[3].

« Je réponds à Ton appel, mon Dieu, oui, j’y réponds ! »

Le pèlerinage, un des piliers de l’Islam permet de se découvrir, d’avoir une connaissance profonde de soi, de se nourrir spirituellement comme on cultiverait un jardin privé. Le voyage de toute une vie qui prend alors sens et trouve une harmonie dans son rapport à soi, aux autres, à l’univers et au Créateur de toute chose. Ce cheminement personnel se vit en collectivité, au milieu des Hommes, dans une communauté unique – au-delà de toutes appartenances ethniques ou culturelles – dirigée vers un même point, vers une direction originelle, vers le même destin.

La Ka’ba.Derrière cet objet sacré, cet édifice, impressionnant, fascinant, se cache la grandeur du Créateur. Il nous rappelle qu’Il est le Puissant, le Maitre, le Grand, l’Unique. « Seigneur ! Nous sommes faibles et nous sommes soumis ! » Voilà ce que nos cœurs battent à la chamade au rythme de nos pas autour de Sa Maison. Cet aveu salutaire est le message d’un retour vers Lui. Notre regard agit comme un aimant vers cette Maison, attiré inlassablement, au point que son image s’inscrit sur nos rétines. Chaque battement de nos cœurs répond à l’appel du Divin.

Ainsi, l’héritage de nos Prophètes et Messagers résonne en nous et anime de leurs passages passés ce lieu béni, et ce jusqu’à la fin des temps.

Toute personne ayant visité ce lieu sacré, restera à jamais marquée dans son cœur par le désir ardent un jour d’y retourner…

« Cette connexion a fait s’incliner vers la Ka’ba les cœurs des mondes, elle a distillé de l’amour pour elle dans les âmes ainsi qu’un profond désir de la voir. Elle est le lieu de rendez-vous de ceux qui aiment Allah, et jamais leur soif n’est assouvie. A chaque visite de la Ka’ba, le désir de la revoir se fait plus fort, la soif n’est pas étanchée et la distance n’y change rien. »[4]   

                                                                                                                      Najoua


[1] La Ka’ba est la Maison d’Allah, elle se situe au centre de la Mosquée sacrée (al-Masjid al-haram). Il s’agit d’une maison cubique composée d’un toit et de murs asymétriques : la longueur du mur comportant la porte est de 11,68 m.

[2] Lieutenant, successeur. L’homme est appelé dans le Coran le Khalifa ou lieutenant de Dieu sur Terre.

[3] En tant que Khalifa, l’homme a reçu une charge ou amana dont il doit s’acquitter.

[4] Tiré du livre de Mahmud al-Dawsari, Tout savoir sur la Ka’ba. Editions al-hadith, 2015. Extrait p.31/32

Les matins de Jénine, pour ne pas oublier

Les matins de Jénine, un livre écrit par la palestinienne Susan Abulhawa et qui nous plonge au cœur du conflit israélo-palestinien. Le roman raconte l’histoire de la jeune Amal et de sa famille sur quatre générations, c’est le coup de cœur de notre rédaction.

C’est un livre vrai, fort, où il n’y a pas de filtre au niveau des émotions, elles sont là, puissantes et nous emportent littéralement avec elles.

Je n’ai pas aimé ce livre, parce qu’il m’a fait perdre espoir en l’humanité, je n’ai pas aimé ce livre parce qu’il a fait naître en moi des émotions que je n’aime pas : la colère, le désespoir, la haine parfois, même si je ne pense pas connaître véritablement ce qu’est ce sentiment. Je n’ai donc pas aimé ce livre parce qu’il a révélé mon impuissance face à toutes les injustices de ce monde et celle des Palestiniens en particulier. Je n’ai pas aimé ce livre parce que même après avoir achevé sa lecture, ma vie n’a pas changé, facteur révélateur encore une fois de mon impuissance. Je n’ai pas aimé ce livre mais je l’ai incarné à travers Amal et son histoire, celle de tant d’autres familles palestiniennes qui ont leur patrie dans leur sang, dans leurs veines… Ils se dressent tous contre cette injustice depuis tant d’années et dans l’indifférence générale, cette injustice qu’Allah s’est interdite à lui-même, c’est dire combien nous devons nous aussi dénoncer cela au minimum. Mais vous l’aurez compris, je l’ai aimé ce livre, mais tellement… car c’est la première fois que je vis profondément, intensément le conflit israélo-palestinien.

Susan Abulhawa est une ancienne réfugiée palestinienne au Koweït. Les camps de réfugiés, elle les a connus et a su nous transmettre, à travers Les matins de Jénine, cet héritage palestinien, l’héritage de la mémoire pour ne pas oublier qu’aujourd’hui encore des générations entières ont vécu et vivent encore dans l’espoir de retourner sur les terres desquelles on les a chassé. Finalement, j’ai retrouvé l’espoir en l’humanité grâce à Youssef, car, Al Hamdoulilah, du plus profond des ténèbres, il peut toujours jaillir une lumière…

Un livre qui doit figurer dans  votre bibliothèque !

H.B.

Pour en savoir plus:

Les matins de Jénine, Susan Abulhawa, aux éditions Pocket, 2009.

Pour le devoir de mémoire

Amie lectrice, ami lecteur, que la paix soit sur vous !

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion de lire le roman Les matins de Jénine de Susan Abulhawa qui retrace le déracinement d’une famille palestinienne, sur quatre générations, meurtrie et prise au piège par le conflit israélo-palestinien. Ma « consœur de calame[1] », H.B., a trouvé les mots justes pour relater ce récit historique dans un article poignant que je vous invite à découvrir.

J’ai choisi de m’attarder sur un autre aspect du livre.

« Un arbre n’est la propriété de personne, poursuivit-il. Il peut t’appartenir à titre temporaire, comme tu peux lui appartenir Nous venons de la terre, nous lui donnons notre amour et notre travail et, en retour, elle nous nourrit. Quand nous mourons, nous retournons à la terre. D’une certaine manière, c’est elle qui nous possède. »

Extrait « Les Matins de Jénine »

On dit que les gens qui vivent près de la terre ont un rapport aux relations humaines authentique : sens du partage, de l’hospitalité, de l’accueil… non altéré ou dénaturé par de quelconques us protocolaires dont nous avons le secret dans nos contrées où la surconsommation est reine.

Et c’est eux que nous appelons « pauvres »…! Mais pauvres de quoi ?! Pauvres de ne pas posséder d’objets inutiles ? Pauvres de ne pas être victimes de surabondance ? Pauvres de ne pas s’encombrer des diktats des apparences ?

A l’image de ces personnes vivant près des terres, les personnages du roman de Susan Abulhawa ont compris l’essentiel : le détachement et le sens des valeurs.

Le minimalisme leur a permis de cerner la richesse de ces petits moments de bonheur à saisir au quotidien ;

L’épreuve leur a révélé l’éphémérité de la vie ;

La détresse leur a offert un lien privilégié avec l’Unique ;

Le dénuement leur a enseigné la force d’âme.

L’épreuve, la détresse, le dénuement, … auraient-ils donc pour rôle de nous emmener dans les abysses de notre être pour faire jaillir les richesses enfouies en nous que l’on ne soupçonne guère ?

Voilà ce qu’est parvenue à faire Susan Abulhawa de ce livre intimiste, écrit avec finesse, pudeur et poésie : amener le lecteur à sonder l’intensité profonde de ses émotions, de ses sentiments et explorer les tréfonds du sens des valeurs. Juste grandiose !

Un livre puissant qui décrit à la fois la beauté de ce roman et l’effroi qu’il raconte.

Un livre qui ne laisse pas indifférent et qui nous interpelle au moment de tourner la dernière page… :

  • « Vas-tu me ranger dans ta bibliothèque et faire comme si de rien n’était, en somme comme fait le monde entier depuis 1948 ? »
  • « Non, répondis-je. Ma modeste contribution sera un article dans le blog ‘L’Autre Regard’. »

Pour des Hommes et des Femmes qui inspirent le respect,

Pour redonner la parole à ceux qui ne l’ont plus,

Pour la dignité et les droits humains bafoués,

Pour crier à l’injustice stridente dont nous sommes spectateurs,

Pour un peuple à genoux qui garde la tête haute,

Pour le devoir de mémoire.

L.M.


[1] Calame : roseau taillé en pointe dont on se sert pour l’écriture.  

La covid 19 s’est invitée dans nos vies sans y être conviée…

Les kilomètres, les frontières, les ethnies, les cultures, les religions… toutes ces choses, qui trop souvent nous séparent, ne font pas peur à ce virus microscopique aux effets macroscopiques. Soudainement, nous avons été confinés entre nos murs à voir le monde par nos vitraux.

A nos fenêtres, à voir le monde à l’arrêt, comme figé, la nature sans l’homme a pris un souffle nouveau et nous avons pris le temps de la regarder et de nous rendre compte combien est doux l’air caressant nos visages, apaisant le bruit du vent dans les feuilles des arbres, les animaux s’invitant un peu plus loin dans les villes endormies, soulagées de l’absence des hommes.

A nos télévisions, écrans… à l’affut de l’information, obnubilés par la gestion de cette crise sanitaire mondiale sans précédent. Les médias sont devenus rois. Ils donnent la cadence saccadée par des données scientifiques, statistiques…

Saturation, omniprésence d’informations sur cette pandémie anxiogène, souffle coupé, suspendu : l’ère covid a commencé.

La science est devenue le nouveau dogme, le nouveau paradigme et les chiffres, les statistiques, les prévisions, les moyennes, les variables… leur chef de culte nous assaillant, sans toujours tout comprendre, de leur langage « prophétique ».

Vivre au rythme des mesures sanitaires tentant d’éviter la saturation de soins de santé, esquiver un ennemi invisible, le combat est inégal.

Mais nous luttons et continuons de vivre à l’affut du moindre changement de ces restrictions, mesures sanitaires qui, parfois, ont un relent liberticide.

Elle nous a obligés à nous réinventer, à nous repenser, à changer les représentations de nos relations sociales, à trouver des moyens détournés, à nous regarder autrement, à nous aimer autrement, à communiquer autrement mais toujours avec cette force de vivre malgré tout.

Aller prier à la mosquée transformée en un échiquier géant, une place occupée, une autre vide. Les croyants, un tapis de prière à la main, la foi au cœur et une résilience à toute épreuve s’y présentent jusqu’à ce que le quota soit atteint. Échec et mat, on ne rentre plus.

Soucieux de nos proches, nous prions que ce virus ne s’invite pas auprès de nos anciens… Connectés, rester informés, tout en restant prudents, nous nous rendons bien compte combien l’homme est un être social malgré cette distanciation sociale tant souhaitée. Nous avons besoin de la présence des autres dans nos vies. Les personnes isolées, personnes précarisées, les sans-papiers, les personnes handicapées… les oubliés.

Et dans ce flot d’informations, l’humain garde le lien social si fragilisé. Les nouvelles nous parviennent et des invocations nous sont demandées pour le rétablissement ou  la mort d’un proche. Nous pleurons, enterrons nos morts contraints par les mesures sanitaires, les fermetures de frontières. Respecter la dernière volonté de ces premiers immigrés qui ont gardé encore vivace à l’esprit le mythe du retour dans leur terre natale, dilemme moral. Et nous voyons la triste expansion du cimetière musulman d’Evere et les rapatriements conditionnés par l’ouverture des frontières.

École à distance, une nouvelle ère scolaire du numérique est arrivée mais nous ne sommes pas tous égaux : « fracture numérique ». École bienveillante, enseignants résistants, élèves résilients, à travers les écrans, tributaires du matériel informatique, du réseau internet… l’année scolaire s’écoule.

Les inégalités se creusent, de nouvelles voient le jour.

Cette crise sanitaire n’est pas qu’un problème de santé publique mais un phénomène social à part entière. Les conséquences sont globales : inégalités sociales, augmentation de la paupérisation, altération du lien social, détresse psychologique… Du microscopique au macroscopique, de l’individu à la collectivité, du national au mondial.

En chacun de nous, cette épreuve a laissé son empreinte, mais a aussi marqué nos sociétés, peut-être est-ce l’occasion de s’interroger et de repenser sérieusement, profondément, notre modèle de société à l’aube de l’ère post-covid.

O.D.

L’islam est-il compatible avec le féminisme?

EN 2017, le féminisme fait partie des termes les plus recherchés sur le net. Un regain d’intérêt important suite notamment à la couverture médiatique de la Women’s March à Washington le 20 janvier 2017. Au lendemain de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les femmes sont descendues dans les rues de la capitale américaine et un peu partout dans le  monde, notamment à Bruxelles, pour défendre leurs droits, entre les manifestations contre le sexisme et l’avalanche d’accusations d’agressions sexuelles.

La femme… définie comme manipulatrice, tentatrice, celle qui use de ses atouts pour parvenir à ses fins. Pauvre Ève pécheresse, rendue fautive d’avoir cédé à la tentation invitant Adam à l’imiter. Maligne, la femme a su faire profil bas, a su rester dans l’ombre à scruter et étudier les moindres faits et gestes de l’homme, puis elle décide de sortir des fourrés d’un seul coup et de plaquer l’homme à terre. Une image qui pourrait paraître désuète pourtant elle résiste à travers les siècles. Toutefois, nombreuses qui ont tenté à chaque fois de redonner ses lettres de noblesse et sa place à la femme. Ève, Simone de Beauvoir, Coco Chanel, Margaret Thatcher, Rabia al Adawiya, Marie Curie, Zaynab Nefzaouia… loin d’être une liste exhaustive, étaient toutes sur la même longueur d’ondes. Des mouvements d’idées psychologiques alors naissent et viennent promouvoir l’égalité homme-femme.

Un peu d’histoire

Si dans la tradition judéo chrétienne, la femme est considérée comme coupable du péché originel, le Coran, lui, attribue la responsabilité au couple, contrairement à ce que dit le récit biblique, la femme ne porte pas la culpabilité originelle en elle. L’islam est venu apporter les moyens et outiller les droits octroyés aux femmes. Mais aujourd’hui, au nom de l’islam, la femme est infériorisée, opprimée, soumise. Le message divin n’a pourtant rien d’ambigu : il conjugue la libération spirituelle et sociale des hommes et des femmes de façon égalitaire.

D’où vient dans ce cas cette confusion ?

La position traditionnelle et la lecture misogyne ont infantilisé la femme : l’interprétation patriarcale, la vision exclusivement masculine des textes priment malheureusement depuis des siècles. Les revendications du féminisme occidental et la lecture misogyne de certains textes mènent à confusion et à ne plus réellement savoir quelle cause plaidée.

Un livre, d’une femme engagée, Souad Mossadi, s’est penché sur toutes ces questions relatives aux femmes. Elle apporte de la lumière à ce sujet si tumultueux. Son message est clair, le combat du féminisme occidental ne s’accorde pas à celui de l’islam, il est différent. Le droit de la femme musulmane a été destitué par l’homme, c’est l’une des revendications des  féministes musulmanes. Un droit, un statut élevé que Le Seigneur a octroyé à celles-ci sans avoir dû mener un quelconque combat. Souad Mossadi, dans son livre : « La femme et ses histoires » retrace le parcours de vie de la femme musulmane des XXème et XXIème siècle ainsi que l’histoire du féminisme islamique en terre d’islam et en occident. Elle revient pour « L’Autre Regard » sur son parcours qui l’a mené à la rédaction de cet ouvrage.

Quelle a été la motivation de rédiger votre livre? Quel est le message que vous souhaitez transmettre à travers celui-ci?

Pendant au moins deux ans je n’ai fait que lire et prendre des notes, j’ai ainsi pu lire des dizaines de livres et remplir plusieurs carnets de notes. Ce n’est qu’alors que j’ai commencé à écrire peu à peu tout en continuant mes recherches et mes lectures, j’ai d’abord écrit le chapitre sur le féminisme qui ne devait représenter qu’une très brève préface avant de rentrer dans le vif du sujet mais les informations étaient tellement nombreuses et le sujet si important que j’ai décidé d’en faire le premier chapitre, étant donné que beaucoup de personnes parlent du féminisme mais n’en connaissent pas la véritable histoire et tout ce que cela implique, j’ai voulu retracer le parcours des différentes vagues féministes en Occident et dans le monde arabo-musulman afin d’éclaircir la question et de constater tous ses acquis aussi bien que ses dérives.

D’après vous, est-il possible d’allier vie familiale et vie professionnelle tout en étant sereine?

Dans ce livre que j’ai voulu divisé en quatre chapitres, après avoir tenté de clarifier les questions féministes, j’aborde dans le deuxième chapitre qui est certes le plus long la vie d’une femme dans ses diverses facettes et ses multiples responsabilités depuis sa plus tendre enfance à sa vie adulte qu’elle soit étudiante, célibataire ou épouse, sœur ou belle- sœur, mère ou grand- mère dans la sphère privée sans oublier son rôle dans la sphère publique dans les domaines professionnel, social et politique. Ainsi, le plus grand défi pour la femme est de parvenir à un équilibre entre toutes ses obligations. C’est pourquoi, je me suis attardée sur la conciliation entre ces dernières afin que la femme puisse parvenir à un réel épanouissement.

A la page 275 du livre, on peut notamment lire : « l’islam préconise toujours la voie du juste milieu. Donc, même si le travail peut occuper une grande place dans nos vies de femmes, il ne faut pas non plus en faire le seul objectif de son existence. Le travail doit demeurer une des sphères de notre vie qui peut nous aider à nous épanouir, mais ce n’est pas la seule. »

Le fruit de votre travail est basé sur des recherches très approfondies sans avoir négligé de prendre en compte le contexte.

Cet ouvrage tente d’apporter des réponses aux questions que se posent la plupart des femmes et se basent sur des données scientifiques, historiques, sociologiques, psychologiques mais toujours en accord avec notre corpus religieux avec la volonté ferme de ne jamais entrer en contradiction avec le Coran, parole de notre Seigneur ni les hadiths prophétiques authentiques. Au contraire, par la grâce d’Allah, notre belle religion confirme à chaque fois les données profanes sur lesquelles nous nous sommes appuyées. Le but essentiel de ce livre est de fournir à nos soeurs des sources d’épanouissement, de leur rappeler que la paix du coeur ne se trouve que dans la foi et la proximité d’Allah, que le vrai bonheur est d’ordre spirituel et qu’au final cela a un impact positif sur nos soucis du quotidien.

A la page 32 du livre : « si le voile est vu en Occident comme un symbole de soumission des femmes, en Orient, la pornographie, la prostitution et l’absence de respect pour les femmes dans les médias occidentaux sont vivement critiqués… »

Est-il réellement possible qu’aujourd’hui la femme musulmane puisse jouir de ses droits? Pouvez-vous nous donner un exemple?

J’achève mon livre sur l’histoire de deux femmes exemplaires et sublimes, qui sont une source d’inspiration pour toute femme à la recherche du bonheur, leur vie auprès de notre cher Prophète est un modèle pour nous. A travers l’histoire de Khadija et ‘Aisha, j’ai voulu illustrer tous les concepts que j’ai abordés tout au long du livre et qui peuvent sembler parfois trop abstraits en montrant leur dévouement, leur courage, leur patience, leur confiance inébranlable et leur amour du Prophète et du Créateur malgré les dures épreuves et les difficultés qu’elles vivaient.

Enfin, à la page 513 : « Lorsque nous étudions sa vie, nous sommes subjugués par sa parfaite maîtrise de la jurisprudence, du hadith, de l’exégèse, de la loi islamique, de la poésie, de la généalogie, de la médecine, et de l’histoire. L’Imam AL-Zuhri dit à son sujet: ”Si on rassemblait la science de Aïcha avec la science de toutes les autres femmes, sans aucun doute Aïcha serait meilleure”

Une évolution impressionnante

Pour conclure, force de constater que l’évolution de la situation des femmes musulmanes depuis plusieurs décennies est réellement impressionnante. Indéniablement, elles ont contribué à l’enrichissement de la théologie musulmane jusqu’à son apogée, certaines ont même atteint un très haut niveau d’érudition à l’échelle internationale. Alors pourquoi ce silence ? Pourquoi la femme doit être reléguée au second plan, pourquoi devoir s’effacer jusqu’à devenir invisible ?

Les lectures sclérosées des textes sacrés et coutumes aberrantes qui les accompagnent, ont fortement contribué à la marginalisation de la femme et plus largement à la décadence du monde arabo-musulman. Nul doute que l’un des plus importants défis aujourd’hui c’est de mettre en lumière et sous les projecteurs ces femmes savantes, militantes, influentes… Et de permettre la renaissance de la pensée de la femme avec un grand « F », et ce en toute liberté.

Rêve utopique pour certains, possible pour d’autres, du moins ne jamais craindre l’utopie. Comme disait Dom Helder Camara : « Quand on rêve seul, ce n’est encore qu’un rêve, quand on rêve à plusieurs, c’est déjà une réalité. »

Hana

Pour en savoir plus:

Souad Mossadi, « La Femme et ses Histoires, à la recherche du bonheur aux sources de la foi », aux Editions Al Hadith

Un jeune sur trois est victime d’harcèlement

Insultes, moqueries, violences physiques et psychiques, chantage, rumeurs, rejets, incitation à la haine… Voici les sévices psychologiques que certains jeunes font subir à d’autres quotidiennement. Aujourd’hui, en Europe, les études concluent que 15% des jeunes scolarisés seraient concernés par ce phénomène. En Wallonie-Bruxelles, 35 % des jeunes seraient victimes de harcèlement et souvent, cela passe sous silence. Mais comment peut-on expliquer ce phénomène ? Quelles en sont les conséquences ? Que peuvent mettre en place les parents ainsi que l’établissement scolaire ? 

Quand peut-on parler d’harcèlement?

La plupart des chercheurs s’accordent à dire que le harcèlement se définit par 3 caractéristiques :

  • Une conduite inadaptée d’un élève ou un groupe d’élèves envers l’autre dans le but de nuire.
  • La répétition des faits dans la durée.
  • Le déséquilibre des forces (dominant/dominé).

Le harcèlement scolaire peut avoir lieu en classe, au réfectoire, à la récréation et souvent peut se poursuivre en dehors des murs de l’établissement. 

Par exemple, vers le chemin du retour à la maison, dans les moyens de transports ou via les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter…). Un seul élève peut être l’auteur du harcèlement mais parfois il peut s’agir d’un groupe de jeunes qui s’acharnent sans relâche sur la victime. Le phénomène débute déjà à l’école maternelle mais est beaucoup plus fréquent en primaire et secondaire. Souvent, le harcèlement qui a lieu à l’école se poursuit de façon virtuelle. Il s’agit de la propagation numérique des faits.

« L’omniprésence des réseaux sociaux fait planer l’ombre du harcèlement hors du temps scolaire, jusqu’au domicile. »

François Joliet

Le cyber-harcèlement

96% des 12/18 ans utilisent internet en Belgique. Aujourd’hui, les réseaux sociaux occupent une grande place dans la vie de nos ados ainsi que des gens de tout âge. Internet est un outil formidable qui a permis la réalisation de choses qui n’étaient pas envisageables dans le passé mais à condition de l’utiliser à bon escient !

Malheureusement, à l’ère des réseaux sociaux, le cyber-harcèlement existe bel et bien et il va souvent de pair avec le harcèlement scolaire. En effet, certains jeunes subissent un déferlement de propos haineux et de moqueries au quotidien à la suite de la publication d’une photo, d’un article ou même d’un sujet déjà abordé sur les bancs de l’école. Le but de l’auteur étant d’offenser, d’intimider ou de menacer sa victime. 

Ce qui est spécifique au cyber-harcèlement, c’est que l’auteur se sent surpuissant derrière son écran. Par conséquent, l’auteur ose davantage et n’a pas de limite qui le freinerait.

Dans l’affaire du meurtre d’Alisha, 14 ans, lundi 8 mars à Argenteuil, une photo intime de la victime avait été partagée sur le groupe Snapchat de la classe. Suite à cela, sont nés des tensions entre la victime et ses camarades. Quelques jours plus tard, Alisha a été retrouvée morte dans la Seine avec de nombreux hématomes au visage et dans le dos…

L’influence de la pornographie

Aliya, 13 ans, dit se sentir « moche ». Un jeune homme s’intéresse à elle sur les réseaux. Après quelques conversations, une complicité naît et elle commence à éprouver des sentiments pour lui. Il lui demande d’envoyer une photo d’elle nue. Elle refuse mais il insiste et lui dit que si elle ne l’envoie pas, ce serait fini entre eux ! Elle finit par céder…  Les demandes sont quotidiennes, parfois plusieurs fois par jour. Il la menace d’afficher ses photos si elle arrête ! La gamine pleure, se renferme sur elle-même, n’a plus goût à rien. Elle n’ose pas parler, parce qu’elle sait qu’il ne fallait pas envoyer la première photo. Elle a cédé. C’est sa faute, pense-t-elle. À bout de souffle, elle se scarifie à l’école et s’évanouit…

Véronique Agrapart, sexologue, interrogée par le Huffington post explique :  » C’est devenu courant de demander des photos de ‘nude’ aux jeunes filles. Au secondaire, mais aussi au primaire. Les garçons disent : « Si on sort ensemble, tu dois m’envoyer des photos de toi nue, sinon tu ne me fais pas confiance…Il faut replacer les notions d’émotion, de pudeur, de confiance auprès de cette jeune population qui est influencée par les vidéos pornographiques qu’ils trouvent en moins de dix secondes sur Internet. L’accès au porno à cet âge est dévastateur ! S’ils n’avaient pas accès au porno de la sorte, ils n’inventeraient pas de telles mises en scène  »

Les dommages engendrés sont désastreux

Dépression profonde, suicide, meurtres sont des faits relatés tous les jours par les médias. Les victimes subissent un véritable calvaire et sont généralement silencieuses car elles craignent les représailles. La victime traine des pieds pour aller à l’école. Ses résultats scolaires chutent ! L’enfant souffre en silence à en perdre l’appétit, à en devenir insomniaque. Il se plaint régulièrement de maux de ventre et se replie sur lui-même. 61% des victimes auraient même eu des idées suicidaires. 

« Tony Jean, 19 ans, raconte avoir commencé à être harcelé dans les vestiaires du collège. Je me suis aussi fait voler trois téléphones en l’espace d’un an. Le médecin qui lui a diagnostiqué une dépression lui fournit un traitement médicamenteux. Mais le traitement ne fonctionne pas et le jeune homme tombe dans l’alcool, la drogue et abuse des médicaments. Un jour, il fait une tentative de suicide… »

Quant à Nora, elle était chez un ami, lorsqu’elle a senti qu’il était arrivé quelque chose à Marion 13 ans. Elle rentre précipitamment chez elle, et découvre sa fille pendue… Elle a laissé une lettre destinée à ses camarades de classe où elle racontait les insultes qu’elle subissait. 

« On a découvert que la veille de sa mort, elle avait été prise à partie par tout un groupe durant le cours… Durant toute l’après-midi, ils n’ont eu de cesse de l’appeler, de la harceler, de lui faire des menaces de mort dans la cour. On lui a dit : « Si tu reviens demain, t’es morte ! », on lui a dit : « Va te pendre ! »  Et les adultes en qui elle avait confiance ont laissé faire ».

« Thomas, 17 ans, victime d’homophobie, s’est donné la mort en se pendant avec ses lacets de chaussures. C’est son grand frère qui a fait la macabre découverte. L’adolescent était victime de harcèlement. »

« Dinah, une adolescente de 14 ans, s’est pendue après avoir été harcelée à l’école pendant plusieurs années. »

Que faire?

Les parents doivent impérativement communiquer tous les jours avec leurs enfants. Essayer de comprendre pourquoi leur enfant adopte cette attitude. Qu’est-ce qui provoque ce changement de comportement soudain ? Mener une enquête auprès de l’établissement scolaire et des proches de la victime (frères/sœurs/ami.e.s). Surveiller la fréquence d’utilisation d’internet chez les mineurs ainsi que le contenu des sites visités car le harcèlement existe sur les réseaux sociaux mais aussi la pédocriminalité et la pornographie ! Les parents se doivent d’être très vigilants quant à l’utilisation excessive d’internet par leurs jeunes enfants et leurs ados.  Se poser des questions si son enfant perd beaucoup trop souvent ses affaires personnels et électroniques, s’il demande trop d’argent, il pourrait être victime de racket.

Une fois le harcèlement détecté, prendre contact avec les responsables de l’école.  Sur les réseaux sociaux, bloquer la ou les personnes toxiques et ne pas répondre à leurs provocations.  Encadrer son enfant et le soutenir dans cette épreuve difficile surtout à un âge ou leurs émotions et leur sensibilité est fragile. Un âge où les jeunes se construisent et sont rapidement déstabilisés. 

Actuellement, les écoles ont mis en place des cellules psychologiques avec des professionnels pour lutter contre ce phénomène qui gangrène les établissements scolaires et peut s’avérer très grave si les choses ne sont pas prises en main à temps.

Dans certaines classes du secondaire, le titulaire crée un groupe WhatsApp dans lequel les élèves peuvent échanger des informations concernant certains cours lors d’une absence, ou pour avoir davantage d’informations sur un devoir ou une leçon.

Les professeurs se doivent d’être vigilants et surveiller le contenu des échanges et veiller à ce qu’il n’y ait pas de dérives car cela pourrait passer inaperçu. 

Que faire si mon enfant est responsable de cyber-harcèlement?

  • Essayer de comprendre son comportement. Ensuite, l’aider à prendre conscience des faits.
  • Si le dialogue s’avère difficile, consulter des professionnels.
  • Si le harcèlement a lieu à l’école, rentrer en contact avec le centre PMS ou le titulaire/direction. 
  • S’il a lieu sur les réseaux sociaux, contrôler le temps passé devant son écran ainsi que le contenu des échanges avec ses camarades.
  • Appliquer des sanctions non violentes et adaptées et lui demander de s’excuser auprès de la victime.

Enfin, il convient de rappeler que le harcèlement est interdit et est puni par la loi. Les victimes et leurs familles peuvent donc porter plainte. Le code pénal, article 442 bis, prévoit une peine d’emprisonnement ou une amende. Pour un mineur, certaines sanctions peuvent être décidées par le Tribunal de la Jeunesse afin de lui faire comprendre la gravité des actes commis et de le responsabiliser par rapport à ceux-ci. Exemples de sanctions : des travaux d’intérêt général, une réparation des dommages, etc.

La fédération Wallonie-Bruxelles a lancé plusieurs numéros verts d’écoute et d’assistance pour les parents d’élèves touchés par le harcèlement scolaire.

I.S.

Pour en savoir plus:

Lettre ouverte en réponse à la carte blanche de Sammy Mahdi, secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration : « Il faut qu’on se parle »

L’Autre Regard, blog réunissant plusieurs citoyennes belges engagées, a sollicité le journal Le Soir pour la publication de sa lettre ouverte en réponse à la carte blanche[1] du secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration. Malheureusement, le journal n’a pu répondre positivement à cette demande car « actuellement très sollicité pour la publication de courriers et de cartes blanches. » C’est donc vers les réseaux sociaux que se tourne L’Autre Regard.

J’ai ressenti l’émotion qui traverse votre carte blanche. Émotion légitime et fondée. Vos mots sincères et touchants m’ont interpellée à plus d’un égard. Les insultes et messages intolérants dont vous avez été la cible sont inacceptables. Sachez, Monsieur le Secrétaire d’État, que je condamne fermement toutes ces attaques dont vous êtes victime.

Votre lettre mérite amplement que l’on s’y attarde.

Vous commencez votre carte par : « C’est la toute première fois que j’écris une carte blanche en français en tant que Secrétaire d’État. Généralement, j’arrive à atteindre un public large sur les réseaux sociaux avec la traduction automatique, mais aujourd’hui je me dois de m’adresser à un public bien spécifique. » 

Je me demande qui est ce « public bien spécifique » auquel vous faites allusion. N’est-ce pas clivant de s’adresser à une partie de la population qui, apparemment, semble innommable au point où vous ne daignez la citer ? Pour ma part, je m’adresserai à vous et à l’ensemble de mes concitoyens peu importe leur confession, est-il nécessaire de le préciser… ?

Vous rejetez le communautarisme et je vous rejoins sur cette position.

Cette valeur islamique et universelle léguée par votre père dont vous faites allusion dans ce passage « […] j’ai un père musulman, qui m’a toujours appris à ne pas juger sur base de la confession ou la couleur de peau de l’homme mais sur base de ses actes » semble impacter positivement votre état d’esprit. En effet, on ne peut que louer votre refus de faire prévaloir les spécificités d’une communauté sur les autres, quand bien même vous y seriez apparenté.

Relatant les messages (condamnables) qui vous ont été adressés, un en particulier a retenu mon attention : « Il y a les créatifs, qui me traitent de Bounty (blanc à l’intérieur et noir à l’extérieur), pendant que moi je pensais qu’au final on était surtout tous les mêmes à l’intérieur. Le même sang, à une lettre et un + ou – de près. Humain. Peu importe la couleur de peau. »

Les métaphores sont le théâtre de bien des interprétations…

Le « noir à l’extérieur » fait référence, je présume, au physique typé « non européen ». Quant au « blanc à l’intérieur », l’imaginative que je suis pensera plutôt au cœur blanc, pur, animé d’intentions honorables comme celles, que vous avez, de mener « un combat politique pour un monde meilleur […] ». 

En somme, Bounty au cœur blanc, Milky Way au cœur tendre ou encore M&M’s au cœur dur, ne serions-nous pas plutôt identiques à l’extérieur, tous des êtres humains (peu importe notre couleur) et différents à l’intérieur par les valeurs que nous prônons ?

Le monde serait parfait si tous partageaient vos valeurs nobles héritées de votre père. Hélas, ce n’est pas le cas ! A ce propos, je souhaiterais me pencher sur cette fameuse vidéo (de 2009) ressortie une décennie plus tard pour servir de preuve à charge de l’imam, Mohamed Toujgani. On l’entend tenir les propos suivants : « Seigneur, Maître des Mondes, déverse la frayeur dans le cœur des sionistes oppresseurs. […] Seigneur, fais que le sang des martyrs soit une arme sous les pieds des sionistes oppresseurs, et que ce sang soit un feu ardent qui les brûle et un vent qui les fustige. […] Ô Seigneur, démolis-les »

Vous soutenez qu’il en appelle à « brûler les Juifs ». Et pourtant, à aucun moment, l’imam ne prononce le mot « Juifs » mais parle des « sionistes oppresseurs ».

Il est étonnant qu’un homme de votre rang confonde les termes « juif » et « sioniste » et fasse un tel amalgame aussi regrettable qu’incriminant.

Mais le Milky Way que je suis, mettra ça sur le compte de la subtilité de la langue française, qui n’est pas votre langue maternelle… Pour vous éviter un tel dérapage accusateur dans le futur, je vous conseille le Robert & Van Dale.

Cependant, on ne peut nier qu’un tel discours heurte la sensibilité et soit perçu comme violent. D’ailleurs, en 2019, l’imam s’était excusé et avait invoqué « un contexte géopolitique critique ».

Par ailleurs, on apprend dans la presse qu’un jugement a été prononcé le 1er octobre dernier par le tribunal de la famille de Bruxelles reconnaissant à l’imam marocain « qu’il y avait lieu de faire droit à sa demande d’acquisition de la nationalité belge, estimant au contraire qu’il ne représentait pas un danger pour la sûreté nationale et l’ordre public belge. Pour le juge, les accusations de la Sûreté n’étaient pas suffisamment étayées concernant les discours de haine. » Quelques jours plus tard, vous lui retiriez son permis de séjour pour une durée de dix ans invoquant « extrémisme » et « ingérence ».

Les mauvaises langues diront que vous avez balayé d’un revers de main, le fondement même de notre société démocratique, à savoir la séparation des pouvoirs. « Décision infondée, abus de pouvoir… », je les entends d’ici. Quelle mauvaise foi, tout de même ! Fort heureusement, je sais, moi, que vous avez le cœur blanc, comme le Bounty, et que vous menez « un combat politique pour un monde meilleur […] ». J’en conclus donc que vous n’étiez, peut-être, pas au courant de cette décision de justice que vous avez ignorée et supplantée…

Peut-être est-ce cet incident fâcheux qui a provoqué les messages haineux des M&M’s au cœur dur ? Condamnable ! Les gens n’ont plus de conscience…

L.M.

[1] publiée le 14/01/22 sur le site www.lesoir.be  

« J’ai toujours oeuvré pour le dialogue… », l’imam Toujgani répond à Sammy Mahdi

La communauté musulmane belge a appris hier, jeudi, par la presse que le titre de séjour de l’imam Mohamed Toujgani, président des imams de Belgique, et ancien imam fraîchement retraité de la mosquée Al Khalil ne pourra désormais plus mettre les pieds en Belgique. Actuellement à l’étranger, Mohamed Toujgani se dit abasourdi et réfute catégoriquement les accusations du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration

Le théologien Mohamed Toujgani est une figure connue à Bruxelles et plus généralement en Belgique. Il a officié comme imam pendant de nombreuses années au sein de la mosquée Al Khalil située à Molenbeek-Saint-Jean. Au fil des années, le prédicateur s’installe dans le paysage religieux belge et devient notamment président de la Ligue des Imams de Belgique (LIB). Et à ce titre, le retrait du permis de séjour de cette figure a étonné à plus d’un titre au sein de la communauté  musulmane belge. Très vite, une pétition est lancée en ligne en soutien à l’imam mais surtout pour demander des réponses au Secrétaire d’État. Parmi les questions : « Si des propos haineux ont été tenus par lui, pourquoi n’a-t-il pas fait l’objet de poursuites judiciaires ? ». La pétition va plus loin et estime que « depuis les attentats de Bruxelles qui ont atteint la communauté musulmane en plein cœur, l’argument de « menace à la sécurité nationale » sert de cache-sexe à l’islamophobie d’État. Pourquoi, lorsqu’il s’agit de musulmans, les courroies de la justice se referment pour laisser place à des voix sans issue de défense possible, comme le retrait de permis de séjour ? ». De son côté, la mosquée Al Khalil a réagi via un communiqué de presse et « s’étonne des raisons qui ont poussé monsieur Mahdi à prendre cette décision. Aucun contact n’ayant jamais été établi avec monsieur Toujgani pour s’enquérir d’une quelconque dérive liée à des sermons ». Mais la décision n’est pas nouvelle, elle remonte au 12 octobre dernier et fait suite à un rapport de la Sûreté de l’État qui mentionnait « des signes d’un grave danger pour la sécurité nationale ».

La Belgique est mon pays, elle fait partie de mon identité, j’y ai vécu davantage que le Maroc…

Mohamed Toujgani, imam

L’imam dénonce une injustice

Le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration a rapidement réagi à l’information et s’est félicité notamment via communiqué de presse et sur les réseaux sociaux. Il s’est aussi exprimé jeudi après-midi devant le parlement : « ces rapports demeurent confidentiels, mais je peux vous dire que ces menaces concernent l’extrémisme et l’ingérence » a précisé Sammy Mahdi. « Par le passé, nous avons donné trop de marge de manœuvre aux prédicateurs radicaux. Avec cette décision, nous faisons la différence et donnons un signal clair : nous ne tolérerons pas ceux qui divisent et menacent notre sécurité nationale. » Des accusations que réfutent totalement Mohamed Toujgani. Contacté, il a accepté de nous répondre et dénonce une véritable injustice. « Je rappelle que je vis en Belgique depuis 40 ans, durant toutes ces années, l’ensemble de mon travail a été de soutenir le vivre-ensemble et le dialogue interreligieux. Chaque fois que des tensions apparaissaient au sein de la société bruxelloise ou belge, nous étions en première ligne pour alerter les parents et calmer les esprits des jeunes. Et cette position que je défends est largement documentée. Lors des attentats de Bruxelles, nous avons été frappés en plein cœur et encore une fois, nous étions présents. J’avais d’ailleurs à cette occasion donner un prêche contre le terrorisme. La Belgique fait partie de mon identité, il s’agit de mon pays, j’y ai vécu davantage que le Maroc, mon deuxième pays. C’est pourquoi, je récuse et rejette totalement cette accusation qui n’a aucun fondement. »

Excursion commune de responsables de mosquées et de prêtres à l’abbaye de Tongerlo, à la mosquée Ibn Thabite et à la Maison d’Abraham, en 2008.

Une menace pour personne

«  Les musulmans de Belgique et de France me connaissent parfaitement, j’ai sillonné de nombreuses mosquées. Ils ont entendu mes discours, et c’est pour cela qu’aujourd’hui ils me soutiennent même si je n’ai rien demandé, c’est à leur propre initiative et je les en remercie et je demande à Dieu de les récompenser. Mais il est clair qu’ils ne peuvent rester silencieux devant une telle injustice car c’est une injustice flagrante. Qu’on demande à toutes ces personnes si je constitue une menace pour qui que ce soit ou pour la sécurité nationale. 

Mais encore une fois, ils me connaissent et savent que je ne suis une menace pour personne, que je n’ai jamais été un danger pour la sécurité nationale et leur témoignage est important car il joue en ma faveur et témoigne encore une fois de mon travail en faveur de la tolérance et du respect de chacun. » Et parmi les soutiens de première ligne, le conseiller communal molenbeekois CDH Ahmed El Khannouss. Un soutien vivement critiqué.

Ahmed El Khannouss condamné par la classe politique

Le conseiller communal a vivement réagi. Sur les réseaux sociaux, l’élu dénonce «  une décision unilatérale inique et totalement injustifiée ! On lui reproche des propos tenus il y a 10 ans ! Propos où il utilisa des termes crus. » Un soutien qui ne passe pas auprès de la classe politique. Le président du MR Georges-Louis Bouchez a dénoncé « une banalisation de l’antisémitisme inacceptable » tandis que la députée fédérale Catherine Fonck, également CDH, a assuré « je ne partage en rien la position d’Ahmed El Khannouss ». Le conseiller a reçu une notification du conseil de déontologie du CDH qui doit étudier son message posté sur les réseaux sociaux. Mais Ahmed El Khannouss persiste et signe. « C’est un soutien qui va au-delà des réseaux sociaux. Il y a une erreur qui a été commise et elle doit être réparée rapidement. Le secrétaire d’État à l’Asile et à la migration Samy Mahdi évoque trois éléments : le premier concerne une vidéo qui date d’il y a 13 ans dans laquelle il aurait appelé à brûler les juifs ce qui est totalement faux. Il évoque les oppresseurs sionistes. Ces propos sont durs et à l’époque je lui avait déjà fait remarquer, il s’en était excusé. Les instances juives avaient étudié la possibilité de porter l’affaire en justice mais il n’y avait pas d’éléments probants et l’affaire en était restée là. Ensuite, le secrétaire d’État parle d’une possible collusion avec les frères musulmans et les autorités marocaines, ce qui est totalement contradictoire… ce qui prouve que ces éléments sont totalement fallacieux. » Concernant la notification du comité de déontologie, Ahmed El Khannouss se dit totalement serein.  « Cette notification du comité de déontologie du CDH  ne m’impressionne nullement. Mes positions sont totalement assumées et je ne dirais pas le contraire. Ce qui m’intéresse c’est que justice soit faite. On ne peut tolérer qu’une telle injustice soit commise à l’encontre de l’imam Toujgani ou de n’importe quelle autre personne en Belgique. »

Entre les mains de la justice

Mohamed Toujgani s’étonne surtout qu’il n’ait jamais été informé des décisions qui avaient été prises à son encontre. « J’ai demandé une attestation de résidence, et là j’ai été informé que j’avais été radié de la commune. J’ai alors pensé qu’il s’agissait d’une erreur. J’ai donc pris contact avec un avocat pour essayer de comprendre où se situait le problème mais c’est à ce moment-là que l’avocat m’a informé que le problème ne se situait pas uniquement au niveau de mon lieu de résidence mais que mon permis de séjour m’avait été tout simplement retiré. J’ai demandé qui était l’autorité qui avait pris cette décision et il s’est avéré qu’elle provenait de l’Office des étrangers et qu’elle était bien officielle. J’ai chargé mon avocat de prendre les mesures légales pour casser cette décision. Avant mes propres démarches, je n’ai jamais reçu aucune notification pour me prévenir des différentes décisions qui avaient été prises à mon encontre. La moindre des choses est d’informer le principal intéressé et de me permettre également de pouvoir me défendre et de répondre aux accusations qui ont été portées à mon encontre. Cette décision est arrivée soudainement et m’a totalement surpris. Je la ressens comme des représailles à mon égard. Mais je m’en remets à Dieu. » L’imam a décidé de faire appel de cette décision : « bien évidemment, je n’en resterais pas là et je me tourne vers les tribunaux. J’estime que cette décision me prive de mes libertés et droits fondamentaux. Cette décision m’a causé beaucoup de problèmes : elle m’a séparé et éloigné de mes enfants et petits-enfants, elle m’a séparé des personnes que je côtoie et avec qui j’échange beaucoup, elle m’a éloigné de la mosquée. Je considère cela comme une injustice profonde et une privation de mes droits fondamentaux. Où sont les droits de l’Homme ? Ne suis-je pas un être humain (qui a ses droits) ? Par conséquent, j’ai porté plainte afin de casser cette décision et de lever cette injustice. Je rappelle à Mr Sammy Mahdi, que ce sont des jours d’épreuves pour l’humain que je suis, mais je n’ai rien de personnel vis-à-vis de sa personne, et je m’en réfère à la justice pour asseoir mes droits»

Enfin, le théologien souhaite adresser un message à la communauté musulmane belge : « Je les remercie encore une fois et les appelle à rester unis, solidaires et à s’entraider dans les bonnes œuvres. Et s’ils décident de me soutenir pour que mes droits soient rétablis, j’en appelle à ce qu’ils le fassent dans le respect de la loi et de manière calme et pacifique. »

Son avocat a annoncé son intention de s’opposer à la décision pour des raisons de force majeure. 

H.B.

Les métaverses, un monde futuriste pour nous rapprocher ou nous disperser?

Le 28 octobre 2021, le géant Facebook change son nom en META. Marc Zuckerberg, propriétaire de Facebook, Instagram, WhatsApp et de la société de réalité virtuelle Oculus, ne cherche pas uniquement à contrôler notre consommation en termes de publicités et faire de nous un produit. Aujourd’hui, il annonce qu’il a l’intention de régir et contrôler tous les aspects de notre vie : notre relation au travail, à l’école et à l’université, nos loisirs (du cinéma en passant par le sport aux jeux …), en monétisant tous ces aspects aux moindres détails. Les métaverses, qu’est-ce que c’est ? Un monde futuriste ? Est-ce un projet lointain ou proche ? A quel avenir faut-il s’attendre ? Pourquoi en parle-t-on maintenant ? Faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir ? Quel futur pour nos enfants ? Quels bénéfices pouvons-nous en tirer ? Ce sont à toutes ces questions auxquelles nous allons tenter de répondre !

Qu’est-ce qu’un métavers ?

Le métavers trouve son étymologie dans la langue grecque : Méta qui se traduit par « au-delà » et Vers pour l’« univers », Au-delà de l’univers. Ce terme métavers fut utilisé pour la première fois par Neal Stephenson dans son livre Snow Crash en 1992. Pour citer Neal Stephenson« le métavers est une invention de ma part, qui m’est venue à l’esprit quand j’ai réalisé que les mots existants (comme « réalité virtuelle« ) étaient trop maladroits pour être utilisés. »[1] Selon Wikipédia, un métavers (de l’anglais metaverse, contraction de meta universe, c’est-à-dire méta-universest un monde virtuel fictif. Le terme est régulièrement utilisé pour décrire une future version d’Internet où des espaces virtuels, persistants et partagés sont accessibles via interaction 3D.  Une définition différente considère « le métavers » comme l’ensemble des mondes virtuels connectés à Internet, lesquels sont perçus en réalité augmentée. On comprend donc que le métavers inclut la notion d’intelligence artificielle, d’un mode virtuel avec du gaming, des rencontres et l’utilisation d’une monnaie virtuelle. 

Immersion sensorielle et olfactive

Le métavers fait appel au moins à deux sens jusqu’aux cinq permettant ainsi une immersion sensorielle et olfactive. On entrevoit dans cet univers, un monde où des milliers voire des millions de gamers peuvent interagir et jouer ensemble, dans une même plateforme ; il est possible d’essayer des vêtements dans la boutique de notre choix grâce à notre avatar, une figure virtuelle personnelle, personnalisée et personnalisable qui possède toutes nos caractéristiques et nos mensurations permettant ainsi de représenter son utilisateur au mieux conformément à la réalité ; l’école et les formations peuvent se donner à distance tout en contrôlant la présence des étudiants : le métavers connecté à l’étudiant permettrait au formateur de vérifier que la personne suit bien le cours grâce à ses mimiques, son comportement comme dans un cours en présentiel ; il est possible de combiner le jeu et la pratique de sport ; il n’est pas vraiment possible d’utiliser la monnaie telle que nous la connaissons ; …

Le métavers, un monde futuriste ?

En réalité, les métavers existent depuis déjà une décennie. Par exemple, on le retrouve dans les sensations fournies par le casque Oculus (créé en 2010 par Marc Zuckerberg).

Alors pourquoi entendons-nous plus parler de métavers aujourd’hui ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène :

  1. Facebook a changé de nom et le monde cherche à en connaître les (vraies) intentions.
  2. Aujourd’hui, il y a une réalité telle que la technologie avance. Cependant, cette avancée ne concerne pas uniquement les métavers. On peut prendre comme exemple l’annonce d’Apple qui entreprend de créer une voiture 100% autonome. « Selon plusieurs informations récentes, le géant aurait effectué des avancées décisives dans son « Projet Titan ». Il aurait notamment mis au point l’essentiel de son processeur. Il viserait désormais 2025 pour le lancement de son Apple Car, qui éviterait toute interaction humaine. Mais les défis restent nombreux. »[2]
  3. Enfin, la raison principale et non des moindres est que la dernière pièce du gros puzzle est enfin accessible : La BLOCKCHAIN ; elle rend ainsi l’environnement du métavers plus interactif.

Qu’est-ce que la blockchain et pourquoi est-elle importante dans le métavers ?

La blockchain est un écosystème, « une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. »[3] Ainsi, la blockchain assure une transparence parfaite de toutes les transactions numériques échangées (dans les jeux par exemple, dans les achats) ; elle permet de créer un monde ouvert à tout le monde : les frontières géographiques n’ont pas d’importance ; elle permet de créer un monde virtuel sans aucune discrimination ; elle confère au métavers une notion de rareté et d’unicité.

Quel avenir nous promet le métavers ?

Il ne s’agit pas de donner une réponse claire et franche à cette question. Et en réalité, il n’est pas certain d’en trouver car la réponse est fortement nuancée. Au même titre, on peut se poser la question suivante : Quel avenir nous a promis la technologie d’internet ? Il faudrait donc faire un bilan pour répondre à cette question mais nous nous accorderons tous sur le fait qu’Internet a apporté son lot de bénéfices et d’inconvénients. Internet fut et est source de joie et plaisirs comme certains peuvent dire qu’il est source de malheurs. Néanmoins, la question est de se demander ce que chacun est capable d’en tirer de bien.

Métavers, quel danger ?

Le danger indéniable à ce projet est d’accroitre en l’homme la consommation générale : les joueurs actuels seront des plus grands joueurs puisqu’ils seront (mieux) rémunérés; mais aussi l’isolement : le métavers prône un monde où il n’est pas nécessaire de se voir physiquement ; la dépression ; une consommation moins écologique puisque les métavers utilisent la blockchain qui elle-même coûte énormément en termes d’énergie; une plus grande distraction ; une plus grande « perte de temps » ; une perte de contrôle éducationnelle : un enfant peut plus facilement sombrer dans les occupations des métavers et perdre le contrôle de ses envies. Les parents doivent être encore plus vigilants que pour l’utilisation simple d’internet. Ils doivent être encore plus attentifs à la diminution de la concentration ;[4] et enfin, une augmentation du temps d’écran ; …

Métavers, quel bénéfice?

A côté de ce danger, nous pouvons reconnaitre certains avantages tels que :

  • Une amélioration dans la qualité des jeux qui deviendraient bien plus interactifs et immersifs ;
  • Une amélioration dans l’accessibilité de l’enseignement : en effet, dans les pays du tiers monde, les personnes qui ne peuvent pas s’octroyer des études au sein des établissements classiques pourront suivre des formations plus accessibles ;
  • Une réduction du fossé éducationnel entre riches et pauvres ;
  • Une immersion et une meilleure pratique linguistique : les utilisateurs des métavers seront amenés à choisir une ou plusieurs langue(s) commune(s) partagée(s) par tous pour discuter ;
  • Un meilleur échange interculturel ;
  • Une génération mieux formée ce qui permettrait une plus grande avancée technologique et donc une accélération dans le progrèsà un cercle vertueux …

Enfin, on peut ainsi conclure que comme pour toute chose, il est possible de tirer des bienfaits comme il est possible d’en faire un mauvais usage. L’essentiel est d’être conscient du danger potentiel et d’en exploiter au mieux les ressources du projet. La technologie d’internet en est un bon exemple. A l’image de l’utilisation d’un couteau qui permet à son utilisateur de couper la viande pour se nourrir ou de tuer avec, les métavers promettraient de belles avancées tout comme ils annoncent de grands dangers. La remise en question de l’utilisateur est primordiale et est toute aussi importante que la remise en question du projet métavers en tant que produit. Il faut donc s’octroyer un temps de préparation pour accueillir le métavers.

Nelm


[1] https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/09291016.2019.1620487


[2] https://blockchainfrance.net/decouvrir-la-blockchain/c-est-quoi-la-blockchain/

[3] https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/comment-apple-avance-a-grand-pas-vers-une-voiture-electrique-et-100-autonome-1365949

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tavers#cite_ref-4