L’esprit du défi

Prendre des risques, sortir de sa zone de confort, se dépasser, aller au-delà de ses limites. Tous ces mots contribuent à donner une définition précise de l’expression « se lancer un défi ! ». C’est l’idée de parier avec nous-même que nous sommes capables de faire quelque chose d’inédit et de particulièrement difficile. Il suffit de plonger dans les réseaux sociaux pour voir tout un florilège de « challenges » : des plus loufoques aux plus sérieux, en passant par ceux qui changent des vies.

Nous allons nous intéresser à un challenge particulier, à une période particulière.

« HadjByCycle » de Nabil Ennasri [1]

Paris – La Mecque : près de 6 000 km en 2 mois, 50 étapes en 65 jours, moyenne de 120 km par étape, plus de 12 pays traversés. Tout cela à vélo !

Vraisemblablement, Nabil Ennasri n’est pas le premier dans le monde à relever ce défi de voyager à vélo vers la Mecque. D’autres musulmans de divers pays l’ont fait.

Tiré du compte Twitter de Nabil Ennasri.

Préparé depuis plusieurs années, Nabil Ennasri accompli une étape importante et chère à son cœur. En effet, l’écrivain est particulièrement engagé à la sauvegarde de notre planète et surtout à réveiller l’esprit de la communauté musulmane à ce sujet. D’ailleurs, l’écologie est un concept qui a toute sa place dans la pratique religieuse de l’islam, les textes scripturaires (Coran et la tradition prophétique) nous ont transmis cette valeur oubliée.

Les grands objectifs qui sont visés par Nabil Ennasri sont les suivants :

  • Mobiliser la conscience musulmane sur cet enjeu crucial de sauvegarder l’habitabilité de notre terre.
  • Renouer avec la tradition des anciens dont le voyage pour le Hadj se faisait à pied ou à dos de monture.
  • Rendre hommage à son père, et à travers lui, à tous les premiers immigrés.

Sur ce dernier point, l’auteur nous explique que la génération des primo-arrivants est en train de nous quitter, marquant ainsi la fin d’un cycle dans notre histoire. Héritiers de cette grande famille immigrante, nous devons écrire notre histoire et se lancer dans « un nouveau cycle » de réforme intérieure et collective.

Parti le 22 avril 2023 de Paris, Nabil Ennasri est enfin arrivé à destination le 17 juin à la ville sainte de Médine. Défi réussi !

Cependant, au-delà de ce succès, il me semble intéressant de comprendre l’intérêt et les avantages de se challenger [2].

Le défi, un moteur de vie

Se lancer des défis, c’est apprendre à mieux se connaître, à croire en ses capacités, à développer sa force mentale, c’est aussi se créer des souvenirs, des expériences de vie qui font grandir et ouvrent des voies. Le tout est d’oser sortir de sa zone de confort, et « d’aller voir derrière le mur » en quelque sorte.

Il est clair que nous ne sommes pas tous de grands aventuriers, et marcher sur les pas de personnages inspirants qui ont défié les lois physiques de la terre, nécessite des capacités et une préparation longue et intense. Ceci dit, il existe des défis plus ou moins grands qui nous apportent des bénéfices personnels : apprendre une nouvelle langue, prendre la parole en public, changer ses pratiques en mobilité, s’éloigner des réseaux sociaux… Bref, secouer ses habitudes et oser des choses nouvelles qui vont nous mettre au défi de nous surpasser. L’idée est de nous stimuler, de permettre d’évoluer, de se mobiliser (intellectuellement, physiquement, émotionnellement). Être en état d’éveil !

« Lorsqu’on se place dans une situation de vulnérabilité, lorsqu’on tente de dépasser nos limites, on se retrouve seul face à son défi, mais surtout face à soi-même. L’atteinte du défi devient alors secondaire, mais les sacrifices que l’on est prêt à faire pour l’atteindre sont primordiaux. On est alors dans un état d’éveil extrême, prêt à affronter n’importe quelle situation. On se surprend alors à se découvrir des qualités insoupçonnées, des ressources intérieures dont on ignorait l’existence. » [3]

L’exploit de Nabil Ennasri va plus loin que le simple fait de se défier soi-même. En effet, l’immobilisme et la fatalité gangrènent nos esprits et nos cœurs. On entend souvent autour de nous, « quoi qu’on fasse ça ne change rien à la situation ». Mais est-ce que l’islam ne prône pas l’idée de mouvement, d’éveil d’état d’esprit ? Sommes-nous fossilisés sur nos acquis, nos habitudes ? N’y a-t-il pas, au contraire, matière à réfléchir pour changer notre manière de vivre, notre manière de concevoir la vie, de « planter sa propre graine » ?

Renoncer à agir, se décourager face aux difficultés, s’avouer vaincu sont des attitudes relativement courantes aujourd’hui. Dans le Coran, Dieu nous demande d’agir constamment, de se fixer des objectifs, de persévérer dans l’action, de s’armer de patience :

« Et qu’en vérité, l’homme n’obtient que le fruit de ses efforts. »

Coran 53, verset 39.

Najoua

[1] Français, auteur du livre « Les 7 défis capitaux », essayiste, politologue, acteur engagé dans le tissu associatif musulman. Réseaux sociaux : #HadjByCycle #ParisLaMecqueEnVelo

[2] Terme anglais qui signifie : défier

[3] Tiré de l’article « Pourquoi avons-nous besoin de défis ? » de Cynthia Brunet, dans le magazine Noovo.ca, publié 22 mai 2019.

Faut-il interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ?

Victime de harcèlement scolaire qui se poursuivait sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois, Lindsay, jeune collégienne de 13 ans, décide de mettre fin à ses jours le 12 mai dernier. La tragique nouvelle fait froid dans le dos et me laisse perplexe…

Chaque année, des faits similaires de cyberharcèlement menant au suicide sont tristement révélés par la presse laissant tout parent au regard hagard se murmurer intérieurement : « Elle aurait pu être ma fille/il aurait pu être mon fils… ».

Le cas de Lindsay me questionne particulièrement, jusqu’à aujourd’hui, un mois après les faits, où je décide de coucher sur papier les idées qui me tenaillent. 

Généralement, les parents dont l’enfant, victime de harcèlement, commet l’irréparable témoignent souvent, avec regrets, que leur enfant n’a jamais dénoncé les faits. 

« Je ne savais pas. Pourquoi ne s’est-il/elle pas confié.e? Je n’ai rien vu venir. Il/elle souffrait en silence. Je n’ai pas été capable de détecter que quelque chose n’allait pas. »

Le cas de Lindsay s’en différencie grandement dans le sens où la jeune fille a dénoncé les faits au directeur de l’école et à la conseillère principale d’éducation. Avec l’aide de sa mère, elle a même alerté la police, le ministère de l’Éducation nationale et le Président de la République sur le harcèlement scolaire qu’elle subissait. Mais en vain…

Hier, les parents ayant perdu un enfant dans ces tragiques circonstances se mobilisaient dans les écoles, dans les médias pour encourager les jeunes victimes de harcèlement à en parler, à demander de l’aide, à dénoncer les faits. Aujourd’hui, Lindsay l’a entendu. Elle a crié au secours. Mais, quant à elle, personne ne l’a entendue.

Les parents ont déposé plainte contre la direction du collège où était scolarisée leur fille, l’académie de Lille, les policiers en charge de l’enquête et… Facebook.

Ce n’est pas la première fois que ce dernier se retrouve sous les feux des projecteurs pour pareil cas. Il est évident que les réseaux sociaux ont révolutionné notre manière de communiquer et d’interagir avec les autres. Ils occupent une place prépondérante dans la vie de beaucoup d’individus. Cependant, l’utilisation précoce de ces plateformes par un public très jeune suscite inquiétudes et préoccupations. On pourrait dès lors légitimement se poser la question suivante : faut-il interdire l’accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ?

Tout d’abord, cette interdiction permettrait de protéger la vie privée des jeunes utilisateurs – pas toujours conscients – des risques et des conséquences à long terme que peut engendrer le partage de leurs données à caractère personnel, et permettrait également de leur accorder le temps nécessaire pour développer une compréhension plus affûtée des enjeux que cela représente.

De plus, l’utilisation précoce des réseaux sociaux peut avoir des conséquences néfastes sur la santé mentale des adolescents dont le cerveau est en développement. En pleine construction identitaire, les adolescents, particulièrement vulnérables au regard de l’autre et aux pressions sociales, sont facilement influençables. D’ailleurs, beaucoup sont prêts à tout pour décrocher un maximum de pouces bleus.

Par ailleurs, la comparaison constante avec les autres sur les réseaux sociaux entraine des sentiments d’insécurité et de dépréciation de soi chez les jeunes.

Et je ne parlerai pas davantage du harcèlement ou de l’exposition des adolescents à des contenus inappropriés (violence, pornographie…).

Pour revenir à ma problématique : « Faut-il interdire l’accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ? », il est évident qu’elle n’est même pas « formulable » sachant que 87 % des jeunes (11-12 ans) en France utilisent régulièrement au moins un réseau social, alors que l’âge minimum requis pour s’inscrire est de 13 ans.

Il est plus que temps de mettre l’accent sur l’éducation et la sensibilisation aux dangers des réseaux sociaux et ce, dès le plus jeune âge. Attendre l’entrée en secondaire ou au collège (en France) est trop tard. Le rôle nous incombe, à nous parents, mais pas seulement. Le législateur a un rôle prépondérant à cet égard.

C’est pourquoi, il faudrait soumettre à Pap Ndiaye, Ministre de l’Education nationale, d’organiser une activité de sensibilisation, dès la maternelle, aux dangers du cyberharcèlement et des réseaux sociaux. 

Mais non, que dis-je ! Ce n’est pas possible, il ne peut pas être sur tous les fronts. Il est bien trop occupé à mettre en place son programme contre les stéréotypes de genre dont l’objectif sera de combattre, dès le plus jeune âge, les idées reçues : un garçon a le droit de jouer à la poupée et une fille peut taper dans un ballon ! 

N’est-ce pas là le plus important… ? 

L.M.

Chaos dans les écoles: À quand le réveil?

La fin de l’année scolaire approche à grand pas.

Notons que pour la plupart des établissements scolaires elle fut assez tumultueuse et marquée par de nombreux défis.

Heures perdues, matières écartées toute l’année, examens supprimés… En cause, la pénurie de professeurs, entraînant des changements de programmes et des ajustements de dernière minute.

En dépit de ces difficultés, certaines écoles ont trouvé des moyens créatifs de pallier le manque de professeurs en utilisant des outils en ligne,

Cependant, cette fin d’année académique n’a pas été seulement marquée par des défis liés à la gestion des enseignements scolaires.

La naissance de nouveaux débats a également soulevé certaines questions sur les rôles réels de l’école et de l’enseignement dans notre société actuelle.

Une de ces idées est celle de la diversité avec pour célèbre adage « Chaque être humain a le droit de contrôler son corps et sa sexualité. » . En effet, des bibliothèques pour enfants ont proposé des séances de lecture par des drag-queens et sensibiliser les jeunes à la tolérance, la diversité incitant des mineurs à se remettre en question, indirectement, au sujet de leur appartenance sexuelle.

Cette initiative a fait l’objet de débats, de controverses et de critiques de la part de certains groupes qui estiment que cela va à l’encontre des valeurs familiales traditionnelles.

En effet, le monde dans lequel nous vivons est de plus en plus diversifié et il est nécessaire que nous sensibilisions les jeunes générations.

Face à ces bouleversements sociétaux, nous devons nous demander si le rôle de l’enseignement est encore rempli ou si nous entrons dans une nouvelle ère.

En effet, les objectifs de l’école ont bien changé et ne consistent plus seulement à fournir des connaissances mais également à préparer les élèves à leur vie future, mais en réalité quel futur ?

Les parents doivent impérativement être préparés à ces changements importants en encourageant leurs enfants à être curieux, à explorer leur créativité et à développer leurs compétences sociales et émotionnelles, tout en les accompagnant !

L’apprentissage ne se limite plus au cadre scolaire et les parents peuvent jouer un rôle clé dans l’éducation de leurs enfants.

Cette fin d’année académique a mis en évidence l’importance sur l’implication du parent dans la vie de leurs enfants et il est grand temps de regarder vers l’avenir et de se préparer aux défis qui nous attendent.

Les outils qui sont à notre disposition sont le dialogue entre parents et enfants, ce qui peut aider à résoudre les problèmes dans leurs relations et favoriser ainsi l’estime de l’enfant,

Renouer avec la nature est également essentiel pour la santé mentale et physique. Le temps passé dans la nature peut aider à réduire le stress et l’anxiété, stimuler la créativité et encourager l’activité physique. Il peut également aider à développer un plus grand respect pour l’environnement naturel.

Enfin, l’étude de nos fondements religieux qui vont fournir les règles et les valeurs d’une vie solide.

En étudiant les textes religieux, nous pouvons apprendre les pratiques et les rituels qui peuvent améliorer notre vie et nous aider à mieux comprendre notre place dans le monde. L’étude peut également aider à trouver une communauté où nous pouvons partager nos croyances et trouver un soutien dans les moments difficiles.

En fin de compte, le dialogue familial, la connexion avec la nature et l’étude des fondements religieux sont des éléments clés pour une vie équilibrée et heureuse. Chacun doit être pris en compte dans la recherche d’un mode de vie sain et satisfaisant.

Hana Elakrouchi

Mon jardin…

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

« Le moment n’est-il pas venu pour ceux qui ont cru, que leurs cœurs s’humilient à l’évocation d’Allah et devant ce qui est descendu de la vérité [le Coran] ? Et de ne point être pareils à ceux qui ont reçu le Livre avant eux. Ceux-ci trouvèrent le temps assez long et leurs cœurs s’endurcirent, et beaucoup d’entre eux sont pervers. » Surat Al Hadid verset 16.

Cette semaine, le soleil étant de la partie, je me suis consacrée à m’occuper de mon jardin.

Comme chaque fois, je me suis étonnée de constater à quel point cela demande du travail, du temps et des soins, de maintenir la pelouse verte qui embellira mon foyer et les jolies fleurs colorées qui réjouiront ma vue.

Les mauvaises herbes quant à elles, poussent sans aucun effort de ma part. J’ai beau lutter contre elles et les combattre avec tous les moyens mis à ma disposition, elles semblent avoir une énergie vitale à toute épreuve. Que je tourne le dos un moment, que je relâche la bataille un instant et elles envahissent tout.

Je possède un autre jardin que celui de ma maison. Ce jardin-là réside dans ma poitrine, je le nomme mon cœur. J’en suis la gardienne désignée, l’indéniable gestionnaire. Plus que cela, j’en suis la dépositaire, on me l’a prêté, et malheur à moi, demain à son sujet je serai interrogée.

Tu peux être croyant et pourtant sentir ta foi se flétrir dans ton cœur comme une fleur laissée sans soins.

Combien de fois j’ai senti que je n’avais plus ce feu intérieur qui me réchauffe et qui me pousse vers le bon comportement et les belles vertus ?

C’est parce que j’ai laissé ma foi se faner.

Négligente, je ne l’ai pas abreuvée par la lecture du Coran…

Fatiguée, je ne l’ai pas fertilisé par l’évocation abondante du nom d’Allah ‘azza wa jal…

Alors ma foi, comme la belle orchidée rare, s’est recroquevillée sur elle-même, elle s’est faite toute petite, toute desséchée.

Et devant son manque de vigueur, les mauvaises herbes de l’insouciance et du péché ont eu la place pour proliférer.

Que faire dans ces moments, quand je sens mon cœur se serrer, pauvre écrin vide ou presque, coquille désertée ?

Fragile et menacée par les vents, la fleur de ma foi baisse la tête. Dans les profondeurs de mon cœur cependant sa racine résiste et s’accroche. Consciente de sa vulnérabilité, vers son Créateur elle aspire et elle s’entête.

Ce verset-là ne s’adresse pas aux négateurs, il s’adresse à tous ceux comme moi qui aiment Allah, et espèrent en Lui. Et qui malgré cela se sentent parfois comme des imposteurs, de belles images à l’extérieur et un champ de ruines à l’intérieur.

Allah nous appelle une fois encore, à nous hisser ver Lui, à sauver notre peau.

Avec sa douceur inégalable, Il nous interpelle, n’est-il pas venu le moment pour toi ? En excellent pédagogue Il nous questionne, puis nous laisse devant cette question ouverte.

Fais ton choix Mon serviteur. Et sache que si seulement tu le veux, tu peux revenir vers Moi. Moi qui fais tomber la pluie sur vos jardins terrestres et sur les jardins de vos cœurs, et qui les fais vivre à nouveau, alors qu’ils étaient morts.

Hayat

Quand la beauté s’éveille à travers la parole

La parole est propre à chaque individu, et bien qu’elle passe souvent inaperçue, elle est essentielle à la communication entre les êtres humains. Elle possède de nombreux pouvoirs : elle peut séduire, manipuler, enchanter, renforcer, encourager, guérir mais aussi blesser ou humilier…

Et l’Histoire recèle des pépites de grands orateurs qui ont marqué les esprits et les cœurs. L’exemple de Winston Churchill, premier ministre, s’exprimant pour la première fois devant la Chambre britannique : « Je n’ai rien d’autre à vous offrir que du sang et de la peine, des larmes et de la sueur », ou Martin Luther King qui galvanise son combat pour les droits civiques : « Je fais un rêve. Je fais un rêve où mes quatre enfants pourront un jour vivre dans un pays où ils ne seront pas jugés sur leur couleur de peau, mais sur leur personnalité ».

Qu’est ce qui fait que des discours d’orateurs nous marquent, au point que parfois ils changent notre vision de saisir le monde ? Quel est donc, ce point commun entre tous ces personnages inspirants ?

Le talent de bien parler, de persuader, de convaincre, l’art de s’exprimer : c’est ce qu’on appelle l’éloquence !

Le « pouvoir » du langage

Selon Aristote, grand philosophe grec de l’Antiquité, l’homme est un animal doué de langage. Au sens large, le langage humain peut être défini comme un ensemble de systèmes qui associent des mots selon des règles grammaticales précises, en tenant compte de la faculté de raisonner, de nommer les choses et de communiquer avec les autres. Cependant, des linguistes comme Ferdinand de Saussure [1] donnent plus de précisions dans la définition en faisant une distinction entre les mots langage, langue et parole. D’une part, le langage est une capacité universelle dont disposent à l’état latent tous les êtres humains. D’autre part, la langue est un outil, un système de communication conventionnel partagé par un groupe de personnes (même culture ou aire géographique), acquise par chaque être humain après un apprentissage qui commence dès la naissance. Et enfin, la parole est la mise en œuvre par un individu de la langue qu’il a acquise ; elle prend en compte l’accent, l’intonation, le rythme, ainsi que son lexique, son style et les expressions qu’il utilise.

L’art de l’éloquence

Le langage est un bon indicateur du niveau de développement d’une civilisation : plus il est riche, plus la société est développée ; mais plus il est pauvre, plus il signe le déclin d’une société. Si on analyse brièvement l’exemple de la langue française, on remarque qu’elle est une passerelle entre plusieurs civilisations. En effet, elle fut enrichie par les traductions et l’intermédiation de la langue arabe qui lui a permis d’assimiler l’héritage grec, oriental et asiatique. La langue française a pu enfin redonner place à sa dimension humaniste pour s’enrichir au contact de peuples qu’elle a rencontré. À travers d’autres langues, les valeurs se contaminent mutuellement. C’est cela l’essence de la langue : elle véhicule des valeurs et fait des ponts entre les cultures :

«  (…)La diversité et la langue de partage passent par des repères communs, des croisements reconnus et des intérêts communs. La diversité dans le partage est un dialogue (…) »[2]

De plus, pour Quintilien [3] l’éloquence est l’art de bien parler, de bien construire ses discours, mais aussi de maîtriser la voix et ses modulations, son expressivité, ainsi que celle de son visage et de son corps. Adrien Rivierre, spécialiste de la prise de la parole en public écrit :

« (…)Les gestes confèrent à la parole une résonance plus forte et durable dans l’esprit de l’audience. Ils permettent de lui donner vie, de maintenir l’attention de l’audience et de faciliter la compréhension des messages transmis. » [4]

Finalement, l’éloquence est la capacité à traiter une information et à la transmettre à un public de manière claire et facile à digérer. Plus l’auditoire sera en mesure de comprendre, plus on paraît éloquent et plus les arguments semblent solides.

Le poids des mots, la force des idées

C’est sous cette maxime que la plateforme PUBLIQ, lance en 2021 son premier concours national d’éloquence. En Belgique, il n’existait aucun concours d’art oratoire dédié aux jeunes et à portée nationale, contrairement à la France.

« (…)Cette absence pouvait être expliquée par le fait que notre pays est divisé en plusieurs communautés linguistiques, ce qui rendait une compétition d’art oratoire ouverte à tous, compliquée. Au lieu de voir ce constat comme un problème, nous le considérons comme une opportunité. Une opportunité de motiver chaque jeune Belge autour d’un objectif commun. Une opportunité de faire concourir côte à côte francophones et néerlandophones. Une opportunité de faire briller ensemble deux de nos langues nationales, et de rapprocher les jeunes de tout le pays dans des temps où l’unité est plus que primordiale. » [5]

Ainsi, cette pratique combine 2 compétences : l’éloquence (facilité à bien s’exprimer) et la rhétorique (ensemble des techniques qui mènent à la persuasion). Si l’éloquence se définit comme l’art de bien parler, et la rhétorique comme un ensemble de procédés permettant cette maîtrise de la parole ; il y a toutefois une grande différence entre eux. En effet, l’éloquence est surtout un talent ou un don naturel, la rhétorique est un fruit de l’étude ou un art ; l’une trace la méthode, l’autre la suit ; l’une enseigne les moyens, l’autre les emploie. Elles diffèrent l’une de l’autre comme la théorie diffère de la pratique [6].

La parole et ce qu’elle renferme de beau confèrent à la langue une dimension artistique. Elle est un outil de transmission et de partage de valeurs. C’est pourquoi Publiq s’est associé au Parlement Bruxellois pour y accueillir le projet ; un lieu symbolique de débats et de démocratie. Tous les sujets de discussions proposés traitent du vivre-ensemble et de la citoyenneté : rapprocher les jeunes et la politique. Aucun style oratoire n’est privilégié et ceci afin d’encourager toute forme d’expression que cela soit en français ou en néerlandais. Le concours est gratuit, complètement organisé par des jeunes et s’adresse à tous les jeunes belges.

Publiq écrit sur son site :

« Rassembler les jeunes derrière la prise de parole, c’est le challenge qu’on a entrepris de relever ! »

Najoua

[1] Fondateur des sciences du langage au début du 20 ième siècle. Site maxicours.com ; « les pouvoirs de la parole ».

[2] La diversité culturelle est un dialogue, de l’auteur Driss Khrouz, dans la revue internationale et stratégique, 2008/3 numéro 7, p.69-70, Iris Editions.

[3] Orateur et pédagogue latin du 1ier siècle apr.-C. auteur d’un grand manuel de rhétorique « l’institution oratoire ».

[4] Tiré de son livre « Prendre la parole pour marquer les esprits » aux éditions Marabout, 2018.

[5] Tiré de l’ebook de la plateforme publiqcontest.com

[6] Pour en savoir plus : Site bvil.sorbonne-universite.fr ; cours élémentaire de rhétorique et d’éloquence (5ième Edition 2017)

Hajj 2023 : les inscriptions sont lancées 

Depuis le 4 mai dernier, les musulmans belges peuvent réserver leur forfait pour le hajj 2023 via la plateforme en ligne Nusuk Hajj qui remplace au pied levé Motawif qui avait suscité de nombreuses critiques. Une volonté de repartir sur de nouvelles bases ? Cette année, l’Arabie saoudite a décidé de déléguer l’accompagnement des pèlerins à des guides officiels, parmi les guides retenus : l’agence bruxelloise Tawhid Travel et l’agence anversoise Trekvogel. 

C’est donc via la plateforme en ligne Nusuk Hajj que les candidats européens au pèlerinage peuvent réserver leur forfait. Des forfaits compris, pour la plupart, entre 8000 et 13500 euros. Néanmoins, un nouveau forfait a été mis en ligne durant ces dernières heures au prix de 2655 euros. Un tarif qui ne comprend que les prestations liées à Arafat, Mina et Muzdalifa. Les vols et les hôtels ne sont pas inclus dans ce tarif. Pour ce pack, c’est l’agence Tawhid Travel qui a été choisie pour accompagner les pèlerins qui auront sélectionné ce forfait lors de leur inscription sur Nusuk. Pour ce qui est des autres forfaits, ils comprennent la réservation des billets d’avion, les logements (y compris la restauration) ainsi que la désignation d’un guide touristique qui se chargera des pèlerins tout au long du séjour. Des guides accrédités par les autorités saoudiennes. 

Nusuk Hajj remplace Motawif

Nusuk est la seule plateforme approuvée par le ministère saoudien du Hajj et de la Omra pour l’organisation du Hajj 2023 pour l’Europe, les Etats-Unis et le Canada. Si officiellement, il s’agit de faciliter le hajj pour les pèlerins de ces pays, officieusement, il s’agirait pour l’Arabie saoudite de mettre la main totalement sur cette manne financière que représente le hajj qui rapporte chaque année des milliards d’euros au royaume. L’Arabie saoudite tente donc de diversifier ses revenus puisque les entrées liées au pétrole ne sont pas suffisantes. 

Nusuk Hajj propose des forfaits compris, pour la plupart, entre 8000 et 13500 euros.

Des guides rémunérés par la plateforme

Le forfait comprend également la rémunération des guides reconnus par Nusuk. Une rémunération assez importante selon le professeur Shaqeel Siddiq qui a publié une vidéo en ligne sur le sujet. « Ils proposent de payer les guides généreusement afin qu’ils s’occupent de la gestion d’un groupe de minimum 45 pèlerins. Les autorités saoudiennes ont constaté que l’an dernier l’organisation du hajj sans les agences de voyage a été très compliquée, ils se sont tirés une balle dans le pied. Ils devaient gérer les Européens individuellement, ce qui a été très difficile. Ils ont regretté amèrement et ont donc décidé de changer leur stratégie. » 

Premières inscriptions et premières polémiques

En France, plusieurs ont dénoncé les agissements de certaines agences de voyage qui demandent aux pèlerins de payer un acompte compris entre 500 et 1000 euros pour les frais d’accompagnement des pèlerins. Or les guides sont déjà rémunérés par la plateforme Nusuk. Beaucoup y voient de l’abus voire de la tromperie et n’ont pas hésité à le dénoncer, c’est le cas du site al kanz.org : «  Faudrait-il payer aussi en plus les hôtels qui, comme les guides, sont déjà inclus dans le forfait ? » questionne le fondateur du site. 

En 2022, la Mecque a ouvert ses portes à près de 900 000 pèlerins, une baisse de 64 % comparée à 2019, dernière année avant la fermeture des frontières en raison de la pandémie de covid. Outre les quotas imposés par le royaume saoudien, le lancement de la plateforme en ligne Motawif a découragé de nombreux pèlerins à tenter l’expérience qui semblait plus que risquée. 

De droite à gauche, les familles politiques décryptées

Dans les numéros précédents, nous nous sommes attachés à expliquer le fonctionnement de l’Etat belge, ainsi que l’organisation des élections dans notre pays. Ce nouvel article, et le suivant, visent à éclaircir le positionnement et les combats des différentes formations politiques qui coexistent chez nous. Dans ce troisième et avant-dernier article, nous détaillerons les idées et luttes de quatre familles politiques qui se positionnent à l’extrême-gauche, le centre-gauche et le centre.

Et pour commencer, qu’est-ce que la droite, la gauche en politique ?

Nous tentons ci-dessous une explication simplifiée. Toutefois, il faut garder à l’esprit que les discours de droite et de gauche tendent ces dernières années à se fondre les uns dans les autres, au gré des ambitions et des intérêts électoraux des partis, au point où il devient parfois difficile de faire une nette différence entre un programme de gauche et un autre de droite.

Pour schématiser, nous dirons que la droite encourage la liberté d’entreprendre, et l’initiative personnelle. Elle soutient le libéralisme économique et défend les entreprises et les indépendants. La droite ne porte pas de jugement moral sur l’enrichissement des individus et la propriété privée. Elle estime aussi qu’il faut juger chacun selon son mérite. Pour la droite, l’Etat ne devrait pas interférer dans l’économie. La droite met en avant d’autres valeurs comme l’identité nationale, le conservatisme et la tradition. L’ordre, l’autorité, la sécurité, sont autant de principes fondamentaux des partis de droite.

À gauche, les valeurs maîtresses sont le progrès, l’égalité, la solidarité, la tolérance. La gauche estime qu’il faut considérer chacun selon ses besoins et non selon son mérite contrairement à la droite. On défend l’égalité sociale et économique des citoyens. On estime que l’état doit veiller à fournir aux individus les mêmes chances au départ. La gauche affiche un progressisme nettement plus marqué au niveau des mœurs.

Certaines valeurs sont communes aux deux tendances, comme les valeurs de liberté, de justice et de travail, même si leurs sens peuvent varier selon l’un ou l’autre.

crédit: Miriam Hamjan

Les partis politiques se positionnent sur un éventail qui va de la gauche radicale jusqu’à l’extrême-droite, en passant par le centre. 

1- Les anticapitalistes, ou communistes  

Idéologie : communisme, égalitarisme Place sur l’éventail politique : à l’extrême-gauche

Quelles sont leurs idées ?

· Mouvement politique né dans l’entre-deux-guerres

· L’état doit s’occuper de répartir les richesses produites, par le biais de la taxation de la spéculation, et l’imposition des grandes fortunes

· L’intérêt de la collectivité avant l’intérêt de l’individu

· Abolition de la société des classes

· Rétablir les entreprises publiques et les services publics (contraire de la privatisation)

· Éviter les délocalisations

· Priorité à la défense des travailleurs salariés

· Augmentation du revenu minimum, des pensions

· Favorables aux droits des immigrés

· Le capitalisme est en partie responsable du réchauffement climatique

· La prévention par les mesures sociales est la clé face aux problèmes de sécurité. Opposés aux discours sécuritaires

· Questions de société : favorables aux droits des homosexuels, au droit à l’euthanasie et à l’avortement

· Positionnement par rapport à l’Europe : souhaitent plus de pouvoir pour les populations. Les décisions européennes sont trop influencées par le lobbying économique et financier des grandes entreprises. Veulent des règles européennes pour préserver les droits sociaux des citoyens

2- Les socialistes :

Idéologie : social-démocratie Place sur l’éventail politique : centre-gauche

Quelles sont leurs idées ?

· Issus historiquement des associations ouvrières, les partis socialistes sont attachés aux valeurs d’égalité et de justice sociale. A gauche sur l’éventail politique, l’intérêt collectif prime sur l’intérêt individuel

· Défendre avant tout les classes défavorisées

· L’état doit réguler l’économie et les marchés financiers, afin que la croissance économique profite aussi aux plus défavorisés

· Progressistes sur les questions de société et des mœurs

· Favorables au multiculturalisme et aux droits des immigrés. Positionnement plus nuancé du côté des socialistes flamands

· Favorables à l’Europe mais jugent celle-ci trop libérale et orientée vers les marchés

· Préoccupés par les questions environnementales, mais les mesures prises ne doivent pas pénaliser les plus pauvres

· La sécurité doit passer par la prévention et la répression

3- Les écologistes:

Ecolo / Groen

Idéologie : écologie politique Place sur l’éventail politique : centre-gauche

Quelles sont leurs idées ?

· C’est un mouvement politique plutôt jeune (années 1970)

· Les enjeux environnementaux sont déterminants et doivent être inclus dans les choix politiques

· Protéger le climat et l’environnement, préserver les ressources, veiller au développement durable

· L’économie doit être régulée au niveau mondial, elle doit respecter les écosystèmes et la qualité de vie. Elle ne doit pas vouloir créer de la richesse à n’importe quel prix

· Soutiennent une couverture sociale forte

· Politique d’immigration ouverte

· Progressistes sur les questions de société (euthanasie, avortement, égalité hommes/ femmes)

· Prudents sur les questions éthiques liées au génie génétique

· La sécurité doit passer par la prévention et la répression

· L’Europe a toute sa place dans la lutte pour l’environnement, car c’est en prenant des mesures au niveau européen que l’impact sera efficace

4- Les chrétiens-démocrates

Les Engagés / CD & V

Idéologie : démocratie-chrétienne Place sur l’éventail politique : centre

Quelles sont leurs idées ?

· Ce mouvement politique est ancien en Belgique (né en 1867).

· Défendent des valeurs humanistes qui trouvent leur ancrage dans la tradition chrétienne

· Veulent défendre les intérêts de toutes les classes de la société (salariés, patrons, indépendants,…) 

·       L’économie doit prospérer dans une perspective humaniste, se mettre au service de l’humain

· Les indépendants, patrons et PME doivent être soutenus car ils dynamisent l’économie 

· baisse des charges sur les entreprises

· Plaident pour des politiques sociales de solidarité afin de soutenir les populations les plus défavorisées

· Amélioration de la vie des familles

· Plutôt conservateurs sur les questions de société et de mœurs. Attachés à la famille dans sa conception traditionnelle

· Préservation d’un réseau libre d’enseignement

· Position tolérante au sujet de l’immigration pour le parti francophone Les Engagés, plus stricte pour le parti flamand CD & V

· La sécurité passe par plus de présence policière et de prévention. Les peines doivent être appliquées avec plus d’intransigeance

· Les partis orange sont pro- européens. L’Europe doit mieux prendre en compte l’aspect social et environnemental. Elle doit viser à réduire l’endettement notamment par la rigueur budgétaire.

Nous avons passé en revue une bonne moitié des familles politiques belges. Rendez-vous au prochain article, pour continuer notre exploration vers la droite de l’éventail politique.

Hayat Belhaj

Source : les couleurs politiques en Belgique. Culture et santé

La foi

Un monde qui paraît mort, le gouffre d’ombres stériles et de lueurs spectrales, le vent polaire souffle très fort, et les arbres grondent

Courbés et malmenés, malgré tout, ils arrivent à résister

Le monde se lamentait, le soleil paraît timide

Prisonnier de la nuit, on le croyait pourtant vaincu !

Mais au fond des cœurs, une lumière divine s’abrite

Nullement agitée, par ce qui se passe

Sereine, elle attend, la fin de l’ouragan.

L’écorce de l’arbre la protégeait, elle demeurait confiante ;

La foi.

Quand l’épreuve surgit, te mutilant de ses coups

Ne sois pas affolé, lève tes mains vers le Divin, reste prosterné

Tu te réfugies ainsi dans les bras de ton Créateur

Rien ne t’arrivera, sois en convaincu !

Sans la foi, tu ne peux l’affronter, il te faut le secours de Dieu !

N’essaie pas par toi-même, car tu cours à ta perte et ce serait dangereux

Mais laisse-la agir, abandonne-toi à Lui et attends patiemment

La victoire tu l’auras, si tu restes confiant.

“Nulle pierre ne peut être polie sans friction, nul homme ne peut parfaire son expérience sans épreuve.”

Confucius

Ainsi est la foi quand elle brille, elle dépasse le cadre d’une expérience personnelle

Elle débute par le toi, prend racine dans ton cœur et s’étend vers tous les pans de la société. Débutant de l’individuel afin de bâtir le collectif !

La paix, l’apaisement, lumière

Seule la Liillaha ilalah te donnera la force de te libérer de leur servitude

Seule la Liillaha ilalah a servi à proclamer la révolte contre les tyrans de la terre.

Seule La Liillaha ilalah a été un appel universel

Seule La Liillaha ilalah annonçait la naissance d’une société nouvelle et équilibrée

Triste de constater que la foi aujourd’hui n’érige plus notre comportement dans nos sociétés, il ne s’agit plus que d’une foi « géographique » ou « héréditaire », un héritage comme on aurait hérité d’une terre ou d’une maison,

Une foi endormie, dépourvue d’influence et de dynamisme

L’homme s’est avili par l’amour de ce bas monde et parce qu’il éprouve de l’aversion pour la mort.

Ne crois surtout pas que la foi s’invente, ou se consomme dans un séminaire, non elle est bien inscrite dans ta nature, capable de soulever des montagnes,

Tu as la faculté du discernement, de par cette foi tu aspires à ressentir ta dignité et préserver ton identité, tu aspires à éprouver le sentiment que ton existence a un but et que tu es doté d’une mission de vie,

Dans ce cas ne t’inquiète pas Ô toi ! Dieu est de ton côté !

Il est cet abri sûr, ouvert et permanent

Qui te dit d’y entrer, d’y entrer maintenant.

Hana Elakrouchi

Une guerre entre le Yuan et le dollar désormais déclarée

Depuis quelques mois, nous assistons à la chute du dollar. Les économistes avaient prédit une récession comme nous n’en avions jamais vu. Pourtant les marchés n’ont pas l’air d’en pâtir. Mieux que cela, ils se reprennent. Le Yuan, quant à lui, prend de plus en plus de force dans un monde qui cherche à se «dédollariser ».

Le climat qui se dessinait depuis mars 2022 commençait à donner raison à ces analyses pessimistes. En effet, de crise en crise, nous avons assisté à

· Une invasion russe en Ukraine ;

· Une avalanche de sanctions européennes contre la Russie qui n’a fait qu’affaiblir l’économie européenne ;

· Une exportation massive d’aide militaire de l’Europe vers l’Ukraine ;

· Une augmentation du prix du pétrole ;

· Une inflation bien installée tant au niveau européen qu’américain et qui fut difficile à combattre ;

· Une explosion des dettes publiques européennes et une charge de la dette croissante…

· Un dollar qui ne finit pas de s’engouffrer ;

· Et récemment, une cascade de faillites de banques (américaines) démontrant une crise de liquidité des banques (et non de solvabilité comme ce fut le cas en 2008, nous y reviendrons plus loin) ;

Et paradoxalement, les marchés boursiers se portent plus ou moins bien :

· Le Cac 40 vient d’atteindre un nouveau record jamais atteint, soit 7514.16 points ;

· Meta ne finit pas de monter et trace son chemin faisait fi de tout ce qui se passe autour ;

· Apple récupère lentement mais sûrement ;

· Le Bitcoin, quant à lui, monte tranquillement aussi.

Deux situations opposées qui laissent tous les acteurs financiers perplexes et sceptiques. Les investisseurs courageux investissent en restant sur leurs gardes.

Pourquoi les marchés donnent tort aux analystes ?

En général, il est plutôt logique de voir les marchés financiers monter lorsque le dollar s’affaiblit. Inversement, les marchés descendent lorsque le dollar monte comme nous l’avons vu dans l’article « Chute de l’euro, vers un effondrement de la zone euro ». On peut donc se poser la question de savoir ce qui affaiblit le dollar.

La chute du dollar

La chute du dollar peut s’expliquer par deux phénomènes importants qui marquent le contexte actuel :

1. Le sauvetage du quoi qu’il en coûte du secteur bancaire américain

Jusqu’ici, la Fed a mené une campagne de lutte contre l’inflation en augmentant les taux d’intérêt ce qui avait pour conséquence de faire augmenter le dollar. Les marchés financiers américains faiblissaient.

La FED a dû interrompre ce processus (d’augmentation des taux d’intérêt) lorsque la Silicon Valley Bank (SVB) a surpris les marchés et s’écroule suite à une crise de liquidité.

Que veut dire « crise de liquidité » ?

La SVB a beaucoup investi dans des obligations à plus de 10 ans. Or, comme la Fed augmentait les taux d’intérêt dans le cadre de sa lutte contre l’inflation, les investisseurs de la SVB, principalement des start-up, ont vu une urgence à vendre leurs investissements (en obligations).

Lorsque la courbe des taux d’intérêt long terme croise la courbe des taux d’intérêt court terme, cela signifie que les investisseurs ont une meilleure rentabilité en investissant dans des actifs court terme que long terme parce que:

· Une obligation court terme à 1 an offre un meilleur rendement qu’une obligation long terme 10 ans par exemple ;

· La détention de ses obligations est plus courte  l’argent des investisseurs est bloqué pour une durée moins longue (1an pour les obligations court termes contre 10 ans pour les obligations long termes).

La vente massive de tous ces investisseurs a donc provoqué une crise de liquidité chez SVB qui n’avait pas assez de capital disponible pour rendre l’argent à ces investisseurs.

Pour rembourser ces derniers, la SVB aurait dû vendre les actifs à perte. Elle avait assez de liquidité pour payer quelques investisseurs mais pas tous. Ainsi, un phénomène de panique a entraîné la chute de la SVB.

Cette panique, se propageant très vite, peut entraîner très rapidement la chute d’autres banques et ce, jusqu’en Europe puisque l’augmentation des taux d’intérêt se poursuit aussi en Europe. La Fed a tiré des conclusions de sa précédente expérience lors de la crise des subprimes qui a entraîné la crise du secteur, par effet de “contagion. »

Elle a, ainsi, immédiatement, arrêté d’augmenter les taux d’intérêt. Elle a promis d’aider les banques en ne mettant plus de garanties plafonnées sur les dépôts des clients dans le secteur bancaire en cas de faillite. Ce qui veut dire qu’en cas de faillite de la banque, si le client à 500 000 dollars sur son compte, il peut récupérer la totalité de son argent et non plus plafonné à 250 000, comme ce fut le cas.

Mais comment ? La Fed va réimprimer de la monnaie pour sauver toutes les banques qui en ont besoin pour éviter de reproduire la crise 2008. La Fed s’aventure dans un nouvel épisode de réimpression monétaire, celle-là même qui est à l’origine de cette inflation tant combattue.

Le danger est que lorsque l’inflation s’aggrave, la situation peut dégénérer vers une hyperinflation.

La Fed a voulu éteindre un incendie et devait choisir entre la peste et le choléra.

2. L’alliance des BRICS qui se renforce :

Les BRICS représentent 40% de la population mondiale et 25% du PIB mondial qui pourrait passer à 40% en 2025 selon une étude américaine de Goldman Sachs [1].

Les BRICS comptent le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud.

L’Algérie, l’Argentine et l’Iran ont dernièrement déposé des demandes d’adhésion. L’Arabie saoudite, l’Egypte et la Turquie ont également émis leur intérêt pour cette adhésion.

Ces pays partagent une idée commune :

“Les tentatives de l’Occident d’imposer sa volonté à tous les autres, d’imposer ses prétendues règles sur lesquelles il veut établir et maintenir un ordre pro-occidental sont totalement futiles et absolument sans espoir », selon le ministre russe des affaires étrangères, Sergey Lavrov.

Ainsi, les BRICS ont clairement et ouvertement décidé de donner le coup de massue :

· L’Arabie saoudite ainsi que les Emirates Unis œuvrent activement pour vendre leur pétrole et hydrocarbures en Yuan ;

· Dans l’exploitation de ces champs gaziers, l’Iran semble aussi vouloir se « dédollariser »

· Depuis 2014, la Russie avait déjà mené des initiatives pour sortir complètement le dollar et l’euro de ses transactions financières ;

· La chine et le Brésil collaborent entre eux en monnaie locale.

Le Yuan gagne du terrain au détriment du dollar qui faiblit et s’écroule.

L’union de ces deux phénomènes : chute du dollar à cause de l’inflation mal maîtrisée et de la gestion de la crise du secteur bancaire d’une part et d’autre part, le renforcement des alliances du BRICS- fragilise très fortement le dollar.

Des affaiblissements du dollar ont déjà été constatés dans le passé. Mais est-ce pour autant la fin d’une nouvelle monnaie ?

Le Dollar se reprendra-t-il pour laisser place à cette récession tant attendue ?

Les USA ont toujours su rebondir dans ce type de crise. Ils restent forts et s’adaptent au contexte. Toutes les situations où le dollar fut menacé par des initiatives de « dédollarisation » ont été résolues par l’éradication des menaces et des sources de leurs maux, à la racine, en éliminant les chefs d’Etat et en créant des guerres entre deux pays…

Peu seront étonnés d’entendre un coup d’État les prochains mois ou années…

Sauf que cette fois-ci, les BRICS pourraient se montrer plus soudés que jamais face aux menaces et attaques américaines contre l’un des Etats membres.

Nelm

[1] https://www.rediff.com/money/2004/nov/10guest1.htm

Il s’en va…

Tel un ami, il est arrivé apportant avec lui paix, sérénité, spiritualité… Nombreux sont ceux qui ont retrouvé le chemin des mosquées, les familles se sont unies, les prières se sont élevées dans des moments de partage et de communion rares.   

A quelques heures de son départ, une pointe de tristesse nous envahit… Nous ne savons si nous aurons le privilège de le retrouver. Le cœur est triste mais, s’il s’en va, il nous laisse des cadeaux qu’il a semé, à nous de les trouver. Il est donc temps de jeter un regard en arrière et d’en retirer tous les enseignements pour poursuivre le chemin même s’il n’est plus à nos côtés. 

Il n’est pas rare d’éprouver un sentiment d’inachevé, de « trop peu », mais tel un tremplin, le mois de ramadan est venu nous montrer le chemin de la réforme, les prémices du véritable changement qui, lui, peut prendre toute une vie… 

Une amie me confiait il y a quelques jours : « je pense que l’on connaît tous à un moment notre propre laylatu al qadr », notre nuit du destin. Ce qu’elle essayait de me faire comprendre c’est que s’il existe une date « officielle » de la nuit du destin, ce moment d’intense connexion avec Allah peut arriver à tout moment durant le mois de ramadan et même en dehors de celui-ci, à nous de créer ce moment unique. Il ne suffit que d’un instant de sincérité pour changer sa destinée… 

Trouver la paix avec soi, les autres et avec Allah exige une autodiscipline et une maîtrise de soi : se détacher du monde pour se rattacher à Lui, tel est donc l’enseignement principal qu’est venu nous enseigner ce mois béni. Le ramadan est donc à la fois un retour à soi et un renoncement à soi. Al Ghazali disait : « En se dépouillant de ce qui l’attache à la vie terrestre, le jeûneur découvre qu’il est peu de choses par rapport à l’infini de Dieu, dont il est la créature.

Sacrifice d’autant plus exigeant qu’il ne repose que sur la foi… Ce soir en rompant notre jeûne, gardons à l’esprit que ce n’est pas la fin, mais seulement le début d’autre chose, d’encore plus fort in cha Allah ! 

H.B.