Le foulard, symbole de liberté de la femme musulmane

Alors qu’hier soir la commune d’Anderlecht a voté une motion « floue » en faveur du port de signes convictionnels pour les employées communales, les femmes musulmanes se battent depuis de nombreuses années pour revendiquer leur droit de porter les vêtements qu’elles désirent. Sous couvert de la neutralité, les derniers récalcitrants résistent farouchement et ne veulent pas voir ces femmes apporter leur contribution à la société dans laquelle elles vivent et évoluent au quotidien.

La levée de bouclier est importante tant elle bouleverse le quotidien et les habitudes de ceux qui ne peuvent accepter que des femmes musulmanes aspirent à occuper les mêmes places et postes que leurs collègues, ceux-là mêmes qu’elles ont côtoyé sur les bancs de l’université ou des écoles supérieures.

Aujourd’hui, la société est prête à se passer de ces femmes compétentes, surqualifiées pour certaines, car leur différence dérange, elle rappelle qu’elles ont décidé pleinement et librement de faire un choix vestimentaire en conformité avec leur spiritualité. Un choix intime et personnel mais qui intéresse et passionne les débats.

Un long combat

Pourtant, elles sont nombreuses aujourd’hui à ne plus vouloir se taire face à toutes ces discriminations dont elles sont victimes. Ce foulard, objet galvanisateur de toutes les haines, elles l’ont choisi fièrement et elles sont prêtes à se battre pour revendiquer leur droit d’être ce qu’elles sont à l’image du combat mené par Marie Popelin, première femme à accéder à des études universitaires à l’Université Libre de Bruxelles. Grâce à son courage et sa persévérance, elle aura permis à toutes les futures générations de femmes de côtoyer ces havres du savoir sans que cela ne pose question. Les résistances étaient là aussi nombreuses mais elles ont fini par céder sous le poids de la ténacité.

Le chemin à parcourir est encore long, mais les résistances finiront tôt au tard par céder, le courage de ces femmes pèsera dans la balance et les futures générations de femmes musulmanes arborant un foulard pourront pleinement savourer la victoire d’un combat mené par leurs aînées.


H.B.

Vers la quête d’indépendance

Cet article rend hommage à Ali Mérad, intellectuel algérien qui a profondément marqué les études islamiques en France. De son engagement précoce dans le mouvement réformateur à ses contributions éducatives et son plaidoyer pour une vision éthique de l’Islam, plongeons dans la vie d’une figure qui a laissé un legs intellectuel inestimable.

Dans les années 1952, l’Algérie était sous domination coloniale française, imposant des inégalités systémiques aux Algériens musulmans qui constituaient la majorité de la population. Soumis à un statut juridique inférieur et exclus de la participation politique et économique, ils étaient confrontés à une discrimination généralisée. Cette marginalisation a été le moteur des revendications nationalistes, conduisant à la guerre d’indépendance en 1954.

Qui était Ali Mérad ?

Le contexte de l’Algérie en 1952 est crucial pour comprendre la vie et l’héritage d’Ali Mérad. Ali Mérad, né en 1930, a émergé comme un intellectuel engagé, symbolisant la résilience d’une génération luttant pour l’égalité et l’indépendance. 

Ali Mérad, pionnier des études islamiques en France, c’est avant tout un héritage intellectuel incontournable.

Penseur émérite né en 1930 à Laghouat, en Algérie, et dont l’influence a perduré bien au-delà de sa disparition. Son parcours est fascinant: de son éducation entre école coranique et école communale à ses contributions académiques notables. Retraçons le cheminement d’un homme dont les idées ont transcendé les frontières, influençant les études islamiques en France.

Jeunesse musulmane

Ali Mérad, en partenariat avec Ahmed Taleb-Ibrahimi, a fondé en 1952 le « Jeune Musulman », un périodique visant à propager les idées du mouvement réformateur parmi les jeunes algériens francophones. Ali Merad écrit sous un pseudonyme pour différentes éventuelles raisons :

  1. Sécurité : en tant qu’islamologue, les sujets traités restent sensibles lorsqu’ils sont liés à la religion et à la politique.
  2. Confidentielle : certains chercheurs ou intellectuels choisissent d’écrire sous des pseudonymes afin de garder leur identité confidentielle, surtout lorsque leurs recherches peuvent être controversées ou en contradiction avec les normes dominantes.
  3. Liberté académique : utiliser un pseudonyme peut permettre à Ali Merad de publier librement ses travaux sans se soucier de représailles ou de pressions politiques ou sociales qui pourraient limiter sa liberté académique.
  4. Neutralité : en choisissant un pseudonyme, il peut se détacher de toute affiliation politique ou idéologique préexistante, offrant une perspective plus neutre et objective lorsqu’il écrit sur des sujets sensibles.

Cependant, il est important de préciser qu’il n’existe pas suffisamment d’informations disponibles à son sujet. Ces réponses restent hypothétiques et ne se basent sur aucune source spécifique concernant Ali Merad.

Sa vie académique a été marquée par des réalisations telles que l’agrégation d’arabe à Paris et des contributions significatives aux Conférences Internationales de Genève et son poste de professeur émérite à l’Université de Paris III.

Engagé dans le dialogue islamo-chrétien, Mérad a refusé un rôle dans le projet de séparation du Sahara, alignant ses convictions sur le mouvement indépendantiste. Son refus des dirigismes religieux s’est également manifesté dans son plaidoyer pour une éducation musulmane conséquente en France.

La vie de Mérad a été ponctuée d’articles remarqués, notamment sur le réformisme musulman en Algérie. Impliqué dans la reconnaissance du culte musulman en France, il a dénoncé les carences de la Mosquée de Paris et proposé des réformes pour l’Institut musulman.

Aujourd’hui, l’héritage intellectuel d’Ali Mérad résonne dans un contexte où le dialogue interreligieux et l’éducation sont cruciaux. Son appel à une approche éthique de l’Islam trouve une résonance particulière. Alors que la France continue de naviguer dans les défis liés à la diversité religieuse, le legs d’Ali Mérad demeure un guide précieux pour comprendre et prévenir les radicalisations. Un rappel puissant que l’éducation éclairée est la clé d’un avenir harmonieux.

Hana Elakrouchi

Sache petit homme…

Au détour d’un sentier de montagne, en Savoie, niché dans un vallon préservé, le Lac du Lou s’offre à nos yeux, cerclé d’une chaîne de montagnes. Un cadre magnifique où la nature nous éblouit par sa simplicité et sa générosité. Un point de vue panoramique où la contemplation s’éveille et fait de ce moment un temps suspendu, un temps de réflexion, un temps de méditation…

            « Approche, petit homme ! Approche et écoute !

            Sache, petit homme que tu ne peux discerner les choses au moyen de la raison que lorsque tu te conformes aux exigences de celle-ci. Fais appel donc, à ta raison et sois attentif !

             Certes, la détermination est relative à chaque créature, on n’obtient pas toujours ce à quoi on aspire et on ne trouve pas toujours ce que l’on recherche. Mais, sache, petit homme, qu’il est de ton devoir de faire l’effort et de te diriger vers ta destinée…

Tu as été créé et chargé de responsabilités. Des devoirs t’incombent. Il y a pour chaque être un entrepôt : prends garde de ne rien accomplir et ainsi de le laisser vide. 

Tes pas qui te mènent au terme de ta vie sont comptés car ton séjour en ce monde est court. 

Sache, petit homme, qu’il te faut être vigilant car les jours se réduisent à des heures et les heures se réduisent à un souffle ! 

Sache, petit homme que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, il y a des batailles que tu devras livrer sans relâche : les moments de difficultés, les pertes de sens, les défis et les remises en question font partie du jeu. Ils représentent le point de départ d’un courage insoupçonné, de relever la tête et de trouver les ressources en soi pour s’élever, grandir à l’image de mes cimes. 

De la même manière que je suis formé par la dislocation de 2 plaques terrestres, frottées l’une contre l’autre, tes propres montagnes surgissent à la rencontre aussi, de 2 besoins : l’une veut atteindre les sommets et l’autre refuse le changement.

Sache, petit homme, que la souffrance est une réalité de la vie ! Tu as besoin de passer par cette douleur pour te révéler. Sache, petit homme, que dans les profondeurs de mes entrailles se cachent des trésors, des pierres précieuses. Du carbone naît la plus belle d’entre elles : le diamant. Son processus de fabrication ne pourrait se produire sous une extrême pression terrestre de roche en fusion.

L’urbanisation, l’ère de la modernité te pousse à te cloisonner, à t’enfermer, la technologie pousse à l’abandon du corps. Tu n’es pas un être de sommeil, petit homme ! Car même si ton esprit est vif, ton corps te rappelle ta fragilité, ta vulnérabilité, ta condition humaine.

Regarde mes flancs et regarde mes sommets, ils sont ma force et mon honneur, petit homme ! Au cœur de mon monde coule une eau pure et limpide, qui va abreuver tes semblables et les troupeaux dont ils ont la charge. La vie est en moi et elle m’expose à de lourdes responsabilités : la distribution de mes dons à toutes sortes de créatures, des minéraux aux animaux, en passant par les végétaux. 

Pour chaque chose, je lui accorde son droit ! Je fais parvenir à mon propre entrepôt ce qui me réjouira le jour où je le retrouverai. 

Heureux celui qui aura saisi la valeur de ces devoirs et les aura appliqués !

Sache, petit homme que la force est en toi ! Alors avance pas à pas ! Ainsi, tu auras conquis tes montagnes ! 

Va, petit homme, à la quête de tes sommets ! »

                                                                                                                      Najoua

Le lac du Lou, à saint-Martin-de-Belleville, en Savoie ( France)

Carnets de voyage: la Slovénie

Avec ses vallées verdoyantes et ses paysages bucoliques à souhait, la Slovénie est une véritable perle dans un écrin de verdure. Niché en pleine montagne, c’est vers le lac de Bohinj, dans le parc national du Triglav, que le vent me mène.  

Sur fond de hautes montagnes, ce lac aux reflets d’émeraude offre calme et sérénité. Au détour d’un petit chemin dans la forêt le long de la berge, je découvre une crique insoupçonnée qui incite au prélassement. En l’instant d’un après-midi, le temps est suspendu. Tantôt les nuages recouvrent les montagnes d’un voile brumeux qui confère au lac un air féérique, tantôt le soleil révèle un magnifique dégradé de vert qui colore cette eau cristalline. Je ne me lasse pas de la beauté du paysage digne d’une carte postale.

Les nuages gris s’amoncelant sonnent le glas de ce moment privilégié et m’enjoignent à laisser la nature reprendre sa place.

De retour à la « maison », je prépare le repas avec le mont Triglav en toile de fond. Installée sur ma petite chaise pliable, j’admire les étoiles tout en sirotant une infusion de menthe fraiche, réel privilège pour la « camping cariste » en herbe que je suis. Après une nuit paisible, la montagne apporte son lot de surprises dès l’aurore et déverse des trombes d’eau. Le vent se lève, le ciel se déchaine et l’orage gronde. Par prudence, il est préférable de lever le camp, ce temps orageux sera de la partie pour quelques jours d’après notre voisin suédois, adepte de la van life. Nous mettons alors les voiles vers le sud.

La nationale nous menant à la frontière croate me ravit. Ces paysages pittoresques, ces jolies maisons aux balcons fleuris, les clochers d’églises pointant à l’horizon au milieu des villages et ces chemins ondulant à travers les champs me donnent l’impression de traverser un tableau pittoresque du 18e siècle.  Sur le chemin au loin, deux enfants se baignent dans la Krka. Les paysages défilent. Je ne vois pas le temps passé. Nous voilà déjà en Croatie.

Changement de cadre. Le paysage karstique qui s’étend de part et d’autre de la route me plonge dans un décor lunaire. La côte croate est fragmentée en centaines d’îles dont quelques dizaines seulement sont habitées On oublie souvent que le pays, ancienne Yougoslavie, ne formait qu’un avec la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, la Macédoine et le Monténégro. Véritable puissance qui n’avait rien à envier aux plus grands tant au niveau géographique, culturel qu’économique.

La vue est splendide. L’Adriatique invite au farniente et à la baignade. Mais nous gardons le cap vers notre destination finale : la Bosnie-Herzégovine.

A suivre… 

L.M.

L’esprit du défi

Prendre des risques, sortir de sa zone de confort, se dépasser, aller au-delà de ses limites. Tous ces mots contribuent à donner une définition précise de l’expression « se lancer un défi ! ». C’est l’idée de parier avec nous-même que nous sommes capables de faire quelque chose d’inédit et de particulièrement difficile. Il suffit de plonger dans les réseaux sociaux pour voir tout un florilège de « challenges » : des plus loufoques aux plus sérieux, en passant par ceux qui changent des vies.

Nous allons nous intéresser à un challenge particulier, à une période particulière.

« HadjByCycle » de Nabil Ennasri [1]

Paris – La Mecque : près de 6 000 km en 2 mois, 50 étapes en 65 jours, moyenne de 120 km par étape, plus de 12 pays traversés. Tout cela à vélo !

Vraisemblablement, Nabil Ennasri n’est pas le premier dans le monde à relever ce défi de voyager à vélo vers la Mecque. D’autres musulmans de divers pays l’ont fait.

Tiré du compte Twitter de Nabil Ennasri.

Préparé depuis plusieurs années, Nabil Ennasri accompli une étape importante et chère à son cœur. En effet, l’écrivain est particulièrement engagé à la sauvegarde de notre planète et surtout à réveiller l’esprit de la communauté musulmane à ce sujet. D’ailleurs, l’écologie est un concept qui a toute sa place dans la pratique religieuse de l’islam, les textes scripturaires (Coran et la tradition prophétique) nous ont transmis cette valeur oubliée.

Les grands objectifs qui sont visés par Nabil Ennasri sont les suivants :

  • Mobiliser la conscience musulmane sur cet enjeu crucial de sauvegarder l’habitabilité de notre terre.
  • Renouer avec la tradition des anciens dont le voyage pour le Hadj se faisait à pied ou à dos de monture.
  • Rendre hommage à son père, et à travers lui, à tous les premiers immigrés.

Sur ce dernier point, l’auteur nous explique que la génération des primo-arrivants est en train de nous quitter, marquant ainsi la fin d’un cycle dans notre histoire. Héritiers de cette grande famille immigrante, nous devons écrire notre histoire et se lancer dans « un nouveau cycle » de réforme intérieure et collective.

Parti le 22 avril 2023 de Paris, Nabil Ennasri est enfin arrivé à destination le 17 juin à la ville sainte de Médine. Défi réussi !

Cependant, au-delà de ce succès, il me semble intéressant de comprendre l’intérêt et les avantages de se challenger [2].

Le défi, un moteur de vie

Se lancer des défis, c’est apprendre à mieux se connaître, à croire en ses capacités, à développer sa force mentale, c’est aussi se créer des souvenirs, des expériences de vie qui font grandir et ouvrent des voies. Le tout est d’oser sortir de sa zone de confort, et « d’aller voir derrière le mur » en quelque sorte.

Il est clair que nous ne sommes pas tous de grands aventuriers, et marcher sur les pas de personnages inspirants qui ont défié les lois physiques de la terre, nécessite des capacités et une préparation longue et intense. Ceci dit, il existe des défis plus ou moins grands qui nous apportent des bénéfices personnels : apprendre une nouvelle langue, prendre la parole en public, changer ses pratiques en mobilité, s’éloigner des réseaux sociaux… Bref, secouer ses habitudes et oser des choses nouvelles qui vont nous mettre au défi de nous surpasser. L’idée est de nous stimuler, de permettre d’évoluer, de se mobiliser (intellectuellement, physiquement, émotionnellement). Être en état d’éveil !

« Lorsqu’on se place dans une situation de vulnérabilité, lorsqu’on tente de dépasser nos limites, on se retrouve seul face à son défi, mais surtout face à soi-même. L’atteinte du défi devient alors secondaire, mais les sacrifices que l’on est prêt à faire pour l’atteindre sont primordiaux. On est alors dans un état d’éveil extrême, prêt à affronter n’importe quelle situation. On se surprend alors à se découvrir des qualités insoupçonnées, des ressources intérieures dont on ignorait l’existence. » [3]

L’exploit de Nabil Ennasri va plus loin que le simple fait de se défier soi-même. En effet, l’immobilisme et la fatalité gangrènent nos esprits et nos cœurs. On entend souvent autour de nous, « quoi qu’on fasse ça ne change rien à la situation ». Mais est-ce que l’islam ne prône pas l’idée de mouvement, d’éveil d’état d’esprit ? Sommes-nous fossilisés sur nos acquis, nos habitudes ? N’y a-t-il pas, au contraire, matière à réfléchir pour changer notre manière de vivre, notre manière de concevoir la vie, de « planter sa propre graine » ?

Renoncer à agir, se décourager face aux difficultés, s’avouer vaincu sont des attitudes relativement courantes aujourd’hui. Dans le Coran, Dieu nous demande d’agir constamment, de se fixer des objectifs, de persévérer dans l’action, de s’armer de patience :

« Et qu’en vérité, l’homme n’obtient que le fruit de ses efforts. »

Coran 53, verset 39.

Najoua

[1] Français, auteur du livre « Les 7 défis capitaux », essayiste, politologue, acteur engagé dans le tissu associatif musulman. Réseaux sociaux : #HadjByCycle #ParisLaMecqueEnVelo

[2] Terme anglais qui signifie : défier

[3] Tiré de l’article « Pourquoi avons-nous besoin de défis ? » de Cynthia Brunet, dans le magazine Noovo.ca, publié 22 mai 2019.

Quand la beauté s’éveille à travers la parole

La parole est propre à chaque individu, et bien qu’elle passe souvent inaperçue, elle est essentielle à la communication entre les êtres humains. Elle possède de nombreux pouvoirs : elle peut séduire, manipuler, enchanter, renforcer, encourager, guérir mais aussi blesser ou humilier…

Et l’Histoire recèle des pépites de grands orateurs qui ont marqué les esprits et les cœurs. L’exemple de Winston Churchill, premier ministre, s’exprimant pour la première fois devant la Chambre britannique : « Je n’ai rien d’autre à vous offrir que du sang et de la peine, des larmes et de la sueur », ou Martin Luther King qui galvanise son combat pour les droits civiques : « Je fais un rêve. Je fais un rêve où mes quatre enfants pourront un jour vivre dans un pays où ils ne seront pas jugés sur leur couleur de peau, mais sur leur personnalité ».

Qu’est ce qui fait que des discours d’orateurs nous marquent, au point que parfois ils changent notre vision de saisir le monde ? Quel est donc, ce point commun entre tous ces personnages inspirants ?

Le talent de bien parler, de persuader, de convaincre, l’art de s’exprimer : c’est ce qu’on appelle l’éloquence !

Le « pouvoir » du langage

Selon Aristote, grand philosophe grec de l’Antiquité, l’homme est un animal doué de langage. Au sens large, le langage humain peut être défini comme un ensemble de systèmes qui associent des mots selon des règles grammaticales précises, en tenant compte de la faculté de raisonner, de nommer les choses et de communiquer avec les autres. Cependant, des linguistes comme Ferdinand de Saussure [1] donnent plus de précisions dans la définition en faisant une distinction entre les mots langage, langue et parole. D’une part, le langage est une capacité universelle dont disposent à l’état latent tous les êtres humains. D’autre part, la langue est un outil, un système de communication conventionnel partagé par un groupe de personnes (même culture ou aire géographique), acquise par chaque être humain après un apprentissage qui commence dès la naissance. Et enfin, la parole est la mise en œuvre par un individu de la langue qu’il a acquise ; elle prend en compte l’accent, l’intonation, le rythme, ainsi que son lexique, son style et les expressions qu’il utilise.

L’art de l’éloquence

Le langage est un bon indicateur du niveau de développement d’une civilisation : plus il est riche, plus la société est développée ; mais plus il est pauvre, plus il signe le déclin d’une société. Si on analyse brièvement l’exemple de la langue française, on remarque qu’elle est une passerelle entre plusieurs civilisations. En effet, elle fut enrichie par les traductions et l’intermédiation de la langue arabe qui lui a permis d’assimiler l’héritage grec, oriental et asiatique. La langue française a pu enfin redonner place à sa dimension humaniste pour s’enrichir au contact de peuples qu’elle a rencontré. À travers d’autres langues, les valeurs se contaminent mutuellement. C’est cela l’essence de la langue : elle véhicule des valeurs et fait des ponts entre les cultures :

«  (…)La diversité et la langue de partage passent par des repères communs, des croisements reconnus et des intérêts communs. La diversité dans le partage est un dialogue (…) »[2]

De plus, pour Quintilien [3] l’éloquence est l’art de bien parler, de bien construire ses discours, mais aussi de maîtriser la voix et ses modulations, son expressivité, ainsi que celle de son visage et de son corps. Adrien Rivierre, spécialiste de la prise de la parole en public écrit :

« (…)Les gestes confèrent à la parole une résonance plus forte et durable dans l’esprit de l’audience. Ils permettent de lui donner vie, de maintenir l’attention de l’audience et de faciliter la compréhension des messages transmis. » [4]

Finalement, l’éloquence est la capacité à traiter une information et à la transmettre à un public de manière claire et facile à digérer. Plus l’auditoire sera en mesure de comprendre, plus on paraît éloquent et plus les arguments semblent solides.

Le poids des mots, la force des idées

C’est sous cette maxime que la plateforme PUBLIQ, lance en 2021 son premier concours national d’éloquence. En Belgique, il n’existait aucun concours d’art oratoire dédié aux jeunes et à portée nationale, contrairement à la France.

« (…)Cette absence pouvait être expliquée par le fait que notre pays est divisé en plusieurs communautés linguistiques, ce qui rendait une compétition d’art oratoire ouverte à tous, compliquée. Au lieu de voir ce constat comme un problème, nous le considérons comme une opportunité. Une opportunité de motiver chaque jeune Belge autour d’un objectif commun. Une opportunité de faire concourir côte à côte francophones et néerlandophones. Une opportunité de faire briller ensemble deux de nos langues nationales, et de rapprocher les jeunes de tout le pays dans des temps où l’unité est plus que primordiale. » [5]

Ainsi, cette pratique combine 2 compétences : l’éloquence (facilité à bien s’exprimer) et la rhétorique (ensemble des techniques qui mènent à la persuasion). Si l’éloquence se définit comme l’art de bien parler, et la rhétorique comme un ensemble de procédés permettant cette maîtrise de la parole ; il y a toutefois une grande différence entre eux. En effet, l’éloquence est surtout un talent ou un don naturel, la rhétorique est un fruit de l’étude ou un art ; l’une trace la méthode, l’autre la suit ; l’une enseigne les moyens, l’autre les emploie. Elles diffèrent l’une de l’autre comme la théorie diffère de la pratique [6].

La parole et ce qu’elle renferme de beau confèrent à la langue une dimension artistique. Elle est un outil de transmission et de partage de valeurs. C’est pourquoi Publiq s’est associé au Parlement Bruxellois pour y accueillir le projet ; un lieu symbolique de débats et de démocratie. Tous les sujets de discussions proposés traitent du vivre-ensemble et de la citoyenneté : rapprocher les jeunes et la politique. Aucun style oratoire n’est privilégié et ceci afin d’encourager toute forme d’expression que cela soit en français ou en néerlandais. Le concours est gratuit, complètement organisé par des jeunes et s’adresse à tous les jeunes belges.

Publiq écrit sur son site :

« Rassembler les jeunes derrière la prise de parole, c’est le challenge qu’on a entrepris de relever ! »

Najoua

[1] Fondateur des sciences du langage au début du 20 ième siècle. Site maxicours.com ; « les pouvoirs de la parole ».

[2] La diversité culturelle est un dialogue, de l’auteur Driss Khrouz, dans la revue internationale et stratégique, 2008/3 numéro 7, p.69-70, Iris Editions.

[3] Orateur et pédagogue latin du 1ier siècle apr.-C. auteur d’un grand manuel de rhétorique « l’institution oratoire ».

[4] Tiré de son livre « Prendre la parole pour marquer les esprits » aux éditions Marabout, 2018.

[5] Tiré de l’ebook de la plateforme publiqcontest.com

[6] Pour en savoir plus : Site bvil.sorbonne-universite.fr ; cours élémentaire de rhétorique et d’éloquence (5ième Edition 2017)

De droite à gauche, les familles politiques décryptées

Dans les numéros précédents, nous nous sommes attachés à expliquer le fonctionnement de l’Etat belge, ainsi que l’organisation des élections dans notre pays. Ce nouvel article, et le suivant, visent à éclaircir le positionnement et les combats des différentes formations politiques qui coexistent chez nous. Dans ce troisième et avant-dernier article, nous détaillerons les idées et luttes de quatre familles politiques qui se positionnent à l’extrême-gauche, le centre-gauche et le centre.

Et pour commencer, qu’est-ce que la droite, la gauche en politique ?

Nous tentons ci-dessous une explication simplifiée. Toutefois, il faut garder à l’esprit que les discours de droite et de gauche tendent ces dernières années à se fondre les uns dans les autres, au gré des ambitions et des intérêts électoraux des partis, au point où il devient parfois difficile de faire une nette différence entre un programme de gauche et un autre de droite.

Pour schématiser, nous dirons que la droite encourage la liberté d’entreprendre, et l’initiative personnelle. Elle soutient le libéralisme économique et défend les entreprises et les indépendants. La droite ne porte pas de jugement moral sur l’enrichissement des individus et la propriété privée. Elle estime aussi qu’il faut juger chacun selon son mérite. Pour la droite, l’Etat ne devrait pas interférer dans l’économie. La droite met en avant d’autres valeurs comme l’identité nationale, le conservatisme et la tradition. L’ordre, l’autorité, la sécurité, sont autant de principes fondamentaux des partis de droite.

À gauche, les valeurs maîtresses sont le progrès, l’égalité, la solidarité, la tolérance. La gauche estime qu’il faut considérer chacun selon ses besoins et non selon son mérite contrairement à la droite. On défend l’égalité sociale et économique des citoyens. On estime que l’état doit veiller à fournir aux individus les mêmes chances au départ. La gauche affiche un progressisme nettement plus marqué au niveau des mœurs.

Certaines valeurs sont communes aux deux tendances, comme les valeurs de liberté, de justice et de travail, même si leurs sens peuvent varier selon l’un ou l’autre.

crédit: Miriam Hamjan

Les partis politiques se positionnent sur un éventail qui va de la gauche radicale jusqu’à l’extrême-droite, en passant par le centre. 

1- Les anticapitalistes, ou communistes  

Idéologie : communisme, égalitarisme Place sur l’éventail politique : à l’extrême-gauche

Quelles sont leurs idées ?

· Mouvement politique né dans l’entre-deux-guerres

· L’état doit s’occuper de répartir les richesses produites, par le biais de la taxation de la spéculation, et l’imposition des grandes fortunes

· L’intérêt de la collectivité avant l’intérêt de l’individu

· Abolition de la société des classes

· Rétablir les entreprises publiques et les services publics (contraire de la privatisation)

· Éviter les délocalisations

· Priorité à la défense des travailleurs salariés

· Augmentation du revenu minimum, des pensions

· Favorables aux droits des immigrés

· Le capitalisme est en partie responsable du réchauffement climatique

· La prévention par les mesures sociales est la clé face aux problèmes de sécurité. Opposés aux discours sécuritaires

· Questions de société : favorables aux droits des homosexuels, au droit à l’euthanasie et à l’avortement

· Positionnement par rapport à l’Europe : souhaitent plus de pouvoir pour les populations. Les décisions européennes sont trop influencées par le lobbying économique et financier des grandes entreprises. Veulent des règles européennes pour préserver les droits sociaux des citoyens

2- Les socialistes :

Idéologie : social-démocratie Place sur l’éventail politique : centre-gauche

Quelles sont leurs idées ?

· Issus historiquement des associations ouvrières, les partis socialistes sont attachés aux valeurs d’égalité et de justice sociale. A gauche sur l’éventail politique, l’intérêt collectif prime sur l’intérêt individuel

· Défendre avant tout les classes défavorisées

· L’état doit réguler l’économie et les marchés financiers, afin que la croissance économique profite aussi aux plus défavorisés

· Progressistes sur les questions de société et des mœurs

· Favorables au multiculturalisme et aux droits des immigrés. Positionnement plus nuancé du côté des socialistes flamands

· Favorables à l’Europe mais jugent celle-ci trop libérale et orientée vers les marchés

· Préoccupés par les questions environnementales, mais les mesures prises ne doivent pas pénaliser les plus pauvres

· La sécurité doit passer par la prévention et la répression

3- Les écologistes:

Ecolo / Groen

Idéologie : écologie politique Place sur l’éventail politique : centre-gauche

Quelles sont leurs idées ?

· C’est un mouvement politique plutôt jeune (années 1970)

· Les enjeux environnementaux sont déterminants et doivent être inclus dans les choix politiques

· Protéger le climat et l’environnement, préserver les ressources, veiller au développement durable

· L’économie doit être régulée au niveau mondial, elle doit respecter les écosystèmes et la qualité de vie. Elle ne doit pas vouloir créer de la richesse à n’importe quel prix

· Soutiennent une couverture sociale forte

· Politique d’immigration ouverte

· Progressistes sur les questions de société (euthanasie, avortement, égalité hommes/ femmes)

· Prudents sur les questions éthiques liées au génie génétique

· La sécurité doit passer par la prévention et la répression

· L’Europe a toute sa place dans la lutte pour l’environnement, car c’est en prenant des mesures au niveau européen que l’impact sera efficace

4- Les chrétiens-démocrates

Les Engagés / CD & V

Idéologie : démocratie-chrétienne Place sur l’éventail politique : centre

Quelles sont leurs idées ?

· Ce mouvement politique est ancien en Belgique (né en 1867).

· Défendent des valeurs humanistes qui trouvent leur ancrage dans la tradition chrétienne

· Veulent défendre les intérêts de toutes les classes de la société (salariés, patrons, indépendants,…) 

·       L’économie doit prospérer dans une perspective humaniste, se mettre au service de l’humain

· Les indépendants, patrons et PME doivent être soutenus car ils dynamisent l’économie 

· baisse des charges sur les entreprises

· Plaident pour des politiques sociales de solidarité afin de soutenir les populations les plus défavorisées

· Amélioration de la vie des familles

· Plutôt conservateurs sur les questions de société et de mœurs. Attachés à la famille dans sa conception traditionnelle

· Préservation d’un réseau libre d’enseignement

· Position tolérante au sujet de l’immigration pour le parti francophone Les Engagés, plus stricte pour le parti flamand CD & V

· La sécurité passe par plus de présence policière et de prévention. Les peines doivent être appliquées avec plus d’intransigeance

· Les partis orange sont pro- européens. L’Europe doit mieux prendre en compte l’aspect social et environnemental. Elle doit viser à réduire l’endettement notamment par la rigueur budgétaire.

Nous avons passé en revue une bonne moitié des familles politiques belges. Rendez-vous au prochain article, pour continuer notre exploration vers la droite de l’éventail politique.

Hayat Belhaj

Source : les couleurs politiques en Belgique. Culture et santé

Musulmans.be

Ce soir, comme chaque soir depuis le début du ramadan, je parcours la nouvelle plateforme musulmans.be dont l’objectif est de diffuser l’actualité concernant la communauté musulmane de Belgique. 

Dans l’un des articles, « Le ramadan des musulmans belges », le journaliste va à la rencontre de citoyens musulmans et met en évidence le sens que chacun d’entre eux attribue au mois béni. 

Ni une ni deux, me voilà pensive et méditative à mon tour… « Et pour moi, qu’est-ce qu’il signifie ce mois béni de la Révélation ? »

Mois d’abstinence… s’abstenir des futilités mondaines.

Mois de méditation… méditer le Coran afin de renforcer ma relation avec Dieu.

Mois de l’introspection où le corps abandonne les excès pour élever son esprit vers son Créateur.

Le contraste avec la réalité est parfois saisissant : excès de nourriture, gaspillage de repas et d’aliments, surconsommation de séries télévisées ‘spécial ramadan’, soirées ramadanesques en famille ou entre amis dont le but n’est pas toujours la méditation…

Je continue à parcourir ce site de qualité qui me fait penser à celui d’Oumma – un regard musulman sur l’actualité – : professionnel, efficace, diversifié.

Je tombe sur l’article « Après Londres, Bruxelles pourrait s’illuminer pour le ramadan. » À l’approche du mois de ramadan, les rues de Londres se sont parées de guirlandes lumineuses arborant étoiles et croissants de lune. Pascal Smet, secrétaire d’État bruxellois à l’Urbanisme, a émis l’idée… lumineuse (!?) de faire la même chose à Bruxelles.

Je souris… Euh… par où commencer ? 

Je me ferai d’abord le porte-parole des détracteurs les plus sages… :

  • « En ces temps de crise financière et vu le coût exorbitant de l’énergie, ne peut-on pas revenir à la raison ? »
  • « On voit que les élections approchent… »

… puis celui des détracteurs les plus zemmouriens :

  • « Comment ça, des guirlandes étoilées pendant le ramadan ?! Et pour la fête du mouton, ce sera des guirlandes moutonnées ? »
  • « On n’est pas en Musulmanie ici ! »

Après cet intermède, revenons à ce qui m’interpelle… Certains musulmans se réjouiront de cette suggestion, y voyant une certaine reconnaissance de leur pratique religieuse allant jusqu’à une considération de leur individualité.

D’autres objecteront qu’ils n’ont rien demandé et qu’ils n’ont pas besoin de cette pseudo-considération folklorique par charité laïque.

En effet, la considération d’un individu ne passe pas par des guirlandes, aussi lumineuses soient-elles, mais par le respect de ses droits garantis par la Constitution de son pays.

Elles sont encore nombreuses les jeunes filles qui se voient refuser l’accès dans certaines Hautes Écoles parce qu’elles portent le voile. Elles sont encore nombreuses les jeunes femmes diplômées (ou non) qui se voient refuser l’accès au monde du travail parce qu’elles portent le voile. Et pourtant, l’article 19 de la Constitution leur garantit la liberté des cultes et celle de leur exercice public

Sans parler de l’interdiction de l’abattage rituel pour les juifs et les musulmans en Flandre et en Wallonie qui est garanti par le même article de loi.

Tant que ces questions ne seront pas résolues, remballons nos guirlandes lumineuses ou mieux encore… envoyons-les aux Anglais qui, eux, ont une tout autre approche de la considération des individus…

Il est temps d’éteindre ma guirlande lumineuse, celle qui décore ma table de nuit durant le ramadan, et de plonger dans les bras de Morphée…

L.M.

Musulmans.be, un site dont les thématiques vous pousseront à la réflexion, à la méditation et surtout vous feront penser autrement !

Qatar: le mondial des paradoxes

Alors qu’approche à grands pas, la très critiquée mais néanmoins très attendue coupe du Monde de football 2022 (20 novembre), les esprits, échauffés un temps, semblent vouloir s’apaiser. Les appels tardifs au boycott n’ont finalement eu qu’un écho modéré et n’ont pas arrêté la gigantesque machine du sport business. Alors pourquoi ce mondial suscite-t-il un tel intérêt politique ? Alors que les Jeux Olympiques à Pékin ou la dernière coupe du monde en Russie n’ont pas soulevé autant de critiques ? Pourrait-on imaginer que la religion, la culture joueraient un quelconque rôle dans cet acharnement? 

Le mondial de football démarre dans près d’une semaine mais le choix de l’émirat pour accueillir cette compétition sportive suscite autant de questions que de polémiques. En cause, les milliers de travailleurs décédés sur les chantiers des stades. Mais pas uniquement, la crise énergétique que nous traversons révèle toute l’absurdité d’organiser une compétition sportive au milieu d’un désert dans des infrastructures totalement climatisées… 

Les droits de l’homme, un prétexte ? 

Au Qatar même, on ne le nie pas, les travailleurs migrants subissent des abus. Ces centaines de milliers d’Indiens, de Népalais, ou d’Ougandais sont la force de travail du Mondial 2022. Certains gagnent correctement leur vie, tandis que beaucoup d’autres subissent des conditions de travail indignes et scandaleuses. Le Qatar pour eux signifie l’eldorado, la cité de tous les possibles mais surtout une échappatoire à une vie de pauvreté dans leur pays d’origine. Ils ont quitté famille et patrie pour rejoindre l’un des pays les plus riches de la planète. Si les questions climatiques et des droits de l’homme sont totalement légitimes, on ne peut que s’interroger sur le timing de cette prise de conscience, bien trop tardive. Le Qatar ayant été désigné en 2010, la polémique démarre, elle, en 2022. Certains politiques ont affirmé qu’ils boycotteront la compétition, en ne se rendant pas sur place ou en ne regardant pas les matchs. Le Brésil, la Russie avaient, eux aussi, suscité des interrogations sans pour autant remettre en question les critères d’attribution. Si les pays européens se sentent si concernés par la dignité, pourquoi ne pas appeler à un véritable boycott, en refusant d’envoyer leur équipe nationale participer à cette compétition ? La manne financière générée et en jeu permet finalement de mettre tout le monde d’accord…

Une lumière dans un océan d’obscurité

Néanmoins, dans cet océan de critiques, encore une fois légitimes, si l’on devait retenir un élément positif de ce mondial de toutes les absurdités, c’est cette initiative des autorités qatariennes de paver les murs de nombreux édifices emblématiques de la capitale de hadiths du Messager d’Allah. Doha aspire à ce que la noblesse du comportement du Messager, sa sagesse et sa grandeur d’âme profitent de ce formidable coup de projecteur pour, qui sait, toucher un monde qui les méconnaît ou les ignore. 

H.B.

Traque aux arnaques des influenceurs sur les réseaux

Drop shipping, cryptomonnaie, paris sportifs, fausses promotions, contrefaçons… Bienvenue dans le monde du e-commerce avec ses avantages mais aussi ses failles ! Beaucoup d’influenceurs, issus pour la majorité de la télé-réalité, sont mêlés à des business permettant aux boutiques en ligne de prospérer très rapidement grâce à leur popularité sur les réseaux.

Depuis quelques semaines, le rappeur Booba tire la sonnette d’alarme contre des pratiques frauduleuses de certains de ces influenceurs qu’il surnomme « influvoleurs » et appelle ainsi la justice à réagir contre ce phénomène en vogue. 

En effet, une querelle est née sur les réseaux sociaux entre le rappeur Booba et Magali Berdah, créatrice et patronne de l’agence « Shauna Events » qui gère les contrats publicitaires de la plupart de ces influenceurs ciblés par Booba. 

Après avoir lancé l’hashtag #influvoleurs, Booba ouvre une boîte mail où il recueille les témoignages des personnes victimes de ces arnaques. Une plainte a aussi été déposée à l’encontre de Magali Berdah qu’il surnomme « la reine de la futilité », pour pratique frauduleuses et escroquerie en bande organisée. 

Quant à Magali, elle a indiqué mener une action en justice contre Booba pour « harcèlement en ligne ». Interrogé par le journal Libération, Booba a dénoncé plusieurs exemples d’escroquerie:  « Il y a des enjeux financiers, des gros sous ! Les influenceurs font de l’argent tellement vite qu’ils n’ont plus aucune notion de la réalité… » « Cette histoire ce n’est pas un clash, c’est une demande de justice pour toutes les victimes… »

Comprendre ce qu’est le drop shipping et l’impact des influenceurs sur les consommateurs…

D’après définitions-marketing.com, le drop shipping est une forme de e-commerce par laquelle le site vendeur ne possède pas de stocks et fait livrer son client directement par son fournisseur sans que le client ne le sache au préalable. 

Depuis peu, ce système de vente a explosé sur les réseaux sociaux grâce à la collaboration des marques avec des influenceurs qui vantent les mérites d’un produit auprès de leur communauté sur Instagram, Snapchat, Tik Tok…

Le but des influenceurs est d’acquérir davantage de followers afin de générer plus d’argent. En effet, plus tu as de followers, plus le produit à promouvoir sera vu et plus l’influenceur pourra négocier son cachet. 

Le but des influenceurs est d’acquérir davantage de followers afin de générer plus d’argent. Crédit: George Milton

Quant à la marque qui met en avant ces produits, c’est une réelle opportunité pour elle car celle-ci sera propulsée sur le devant de la scène et cela lui permettra de générer plus de profits. 

Néanmoins, il faut savoir que la plupart de ces produits bas de gamme sont vendus parfois vingt fois plus cher que leur véritable valeur et sont souvent achetés par de jeunes fans naïfs, qui sont tellement fascinés par ces influenceurs, qu’ils seraient prêts à mettre n’importe quel prix pour ressembler à leurs idoles si parfaites. Ceux-ci profitent de la crédulité des plus jeunes pour s’en mettre plein les poches. D’ailleurs, une des stratégies marketing qu’adoptent certains influenceurs, est de créer une proximité avec leurs fans en partageant leur quotidien, leurs réussites, parfois leurs peines,… Ils créent un climat de confiance entre eux et cette communauté si proche et si abstraite à la fois. Ils les tutoient, les remercient du soutien qu’ils leur apportent au quotidien, les nomment mes amours, mes chéris… Ils les font voyager via leurs stories, à travers le monde, la gastronomie, la mode, leur vie familiale, tout en y glissant subtilement des publicités de produits miracles testés et approuvés. Suivi de cela, un code promo négocié spécialement pour leurs abonnés chéris ! 

Pour la star des réseaux sociaux, Nabilla Benattia qui cumule près de 7,6 millions de followers, certaines marques paient jusqu’à 6000 euros pour une courte vidéo publicitaire. Ce qui lui rapporterait un salaire mensuel proche des 400 000 euros juste pour des placements de produits.   

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes rêvent d’avoir le même train de vie que ces pseudos-influenceurs qui sont devenus une véritable source d’inspiration. Les réseaux sociaux ont un impact considérable sur la jeunesse qui sont en décrochage scolaire notamment à cause de ce monde d’illusions exposé en permanence. En effet, certains se disent mais pourquoi faire des études pour ensuite travailler dur alors que je peux me faire de l’argent facilement ? Être influenceur ne nécessite aucun talent particulier finalement ? On fait quelques placements de produits au bord d’une piscine tout en sirotant un bon cocktail et on vit un rêve éveillé… Malheureusement, les jeunes se retrouvent piégés par cette fausse réalité. 

Il y a notamment l’image du corps parfait qui est véhiculé sans cesse et qui forcément incite les jeunes à avoir recours à la chirurgie esthétique. 

Résultat ? Abandon précoce de la scolarité, recours à la prostitution, injection de Botox illicite dont les conséquences sont désastreuses… 

Paris sportifs, les jeunes, cibles principales des influenceurs 

On retrouve les paris sportifs sur toutes les plateformes d’internet. Leur présence accrue sur les réseaux sociaux montre que la cible numéro 1 sont les jeunes. Selon les données de l’ANJ, neuf parieurs sur dix sont des hommes et un sur trois a entre 18 et 24 ans.

Les sites des paris sportifs ont bien évidemment recours à des personnalités ayant une certaine réputation sur les réseaux pour inciter les jeunes à parier gratuitement dans un premier temps, mais ceci mène vite à une dépendance. 

Beaucoup d’influenceurs s’affichent en grosse Berline, montre Rolex au poignet. Ils annoncent des rendements garantis et des gains considérables, des feux d’artifice dans leur vie… Certains influenceurs sans scrupule, sont même prêts à véhiculer des mensonges sur des pronostics gagnants en échange de rémunération. Évidemment, tout ce bing bling n’est que tentation pour les plus jeunes qui rêvent de cette vie fabuleuse ! 

Il faut bien prendre en compte les choses néfastes que peuvent amener ces paris sportifs car malheureusement beaucoup tombent dans une addiction et se retrouvent surendettés. Quant aux mineurs, les parents se retrouvent à devoir rembourser des dettes colossales. Ce fléau va jusqu’à détruire des vies, des familles entières…

Selon le psychiatre Guillaume Hecquet, interrogé par Huffingtonpost.fr : “Généralement, l’addict vient pendant une crise, au moment de ce qu’on appelle, la révélation du jeu, après une période plus ou moins longue de clandestinité. Souvent, les proches viennent de découvrir ses dettes.” 

“Le jeu d’argent est l’une des addictions les plus suicidogènes. Le nombre de tentatives de suicide est 15 fois supérieur à celui de la population normale.”

Dans une vidéo, le youtubeur Riles tire la sonnette d’alarme auprès des jeunes et dénonce l’immense responsabilité des influenceurs et de certaines personnalités publiques qui en font la pub. 

Il ne s’agit pas dans cet article de faire l’amalgame et de pointer du doigt tous les commerces en ligne. Mais dans un monde où les réseaux sociaux ont pris une place importante dans nos vies, où il est difficile de distinguer le vrai du faux, il est essentiel de rappeler aux jeunes mais aussi aux adultes de prendre de la distance avec les contenus véhiculés quotidiennement sur nos écrans ainsi que l’image que les influenceurs nous transmettent via leurs réseaux… 

Il serait plus sage de réfléchir à deux fois avant d’effectuer une transaction en ligne pour un produit dont les mérites sont vendus par des « influenceurs » …

Plus d’infos sur : 

https://www.rtbf.be/article/paris-sportifs-tout-est-bon-pour-attirer-les-jeunes-meme-tiktok-11039828

https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/complement-d-enquete/complement-d-enquete-clash-fric-et-politique-le-vrai-business-des-influenceurs_5323603.html

I.Senh