L’inflation: l’ennemi à abattre

Le taux d’inflation dans la zone euro a battu un nouveau record en mai, à 8,1 % sur un an, a annoncé Eurostat mardi. Ces chiffres sont les plus élevés enregistrés par l’office européen de statistiques depuis le début de la publication de l’indicateur en janvier 1997.  La guerre en Ukraine entraîne avec elle une flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation qui se répercute directement sur le portefeuille des ménages. Décryptage.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, commençons par donner une définition de ce qu’est l’inflation :« L’inflation est la perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix accompagnée par une baisse des taux. Il s’agit d’un phénomène persistant qui fait entre autres monter l’ensemble des prix, et auquel se superposent des variations sectorielles des prix. » Ces derniers mois, l’inflation s’est constatée au niveau mondial par une hausse généralisée des prix. Les prix des matières premières augmentent mais aussi celui du pétrole. Les marchés boursiers sont baissiers et ont subi une perte de plus de 20% tant au niveau européen qu’américain.

Quel est le contexte ?

La crise Covid a été marquée par une impression massive de la monnaie par les banques centrales mondiales. Cette augmentation de la masse monétaire avait pour but de relancer l’économie mondiale qui était au ralenti voire à l’arrêt suite aux mesures strictes de confinement.  Prenons l’exemple d’un restaurant qui a dû fermer suite aux nombreux lock down.

Leurs charges fixes (loyers, coûts d’électricité, abonnements…) courraient toujours malgré que leurs revenus étaient (presque) nuls. Pour aider ces entreprises, les états ont décidé de leur octroyer des aides financières mensuelles pour éviter que ces sociétés ne ferment.

Les états empruntaient cet « argent » auprès des banques centrales dont l’une des missions est la création de masse monétaire. Ces emprunts se faisaient avec des taux d’intérêts négatifs. Ce qui veut dire qu’au terme de la date fixée du remboursement de l’emprunt, l’état remettra moins que ce qu’il a emprunté.

Mais dès l’amélioration de la situation, les gens ont commencé de nouveau à « dépenser » leur argent en consommant. Pour rester toujours dans notre exemple de restauration, la demande des consommateurs a augmenté, les restaurateurs devaient augmenter leur offre afin de répondre à cette hausse de demande, certains devaient donc engager plus de personnel ce qui a eu une répercussion sur le taux de chômage. En parallèle, les sociétés avaient plus de moyens pour investir (soit dans l’immobilier, soit dans les actions ou dans les obligations)…

En effet, la demande devenant de plus en plus forte, le taux de chômage diminue car les entreprises ont besoin d’engager pour faire face à cette demande croissante, les gens consomment, les investissements augmentent et on rentre dans une spirale telle que l’offre n’arrive pas à combler la demande.

Ainsi, on assiste à une relance économique et les marchés boursiers vont très bien ou même trop bien puisque on voit apparaître des bulles spéculatives.

À ce phénomène s’ajoute la guerre russo-ukrainienne qui a eu pour conséquence d’aggraver la situation et d’augmenter encore plus les prix des matières premières telles que le blé, l’huile ou le pétrole. Le pouvoir d’achat diminue ce qui accentue l’inflation.

Pour freiner cette croissance économique qui accentue le phénomène d’inflation, les théories plaident en faveur de mesures désinflationnistes.

L’économie mondiale est en danger et les banques centrales doivent désormais intervenir et casser cette spirale infernale en augmentant les taux d’intérêt pour désinciter à l’investissement, casser les bulles spéculatives et diminuer la consommation directe des individus.

En fait, elles doivent « réparer » ce qu’elles ont créé. Ceci explique pourquoi Jérôme Pawel, président de la Fed (la réserve fédérale américaine) revoit régulièrement les taux d’intérêt : l’objectif ultime est la désinflation.

Quel est le risque ?

Si l’inflation n’est pas cassée, on risque d’assister à une récession économique, à une baisse de l’euro ce qui est mauvais pour les exportations européennes, à des augmentations de plus en plus folles des matières premières, à des faillites de sociétés, à des faillites des états (car la charge sur leur emprunt devient trop importante et sont déclarés incapables de pouvoir rembourser leur emprunt), à une augmentation trop élevée et trop rapide du chômage, à des grèves de la faim et des manifestations de plus en plus nombreuses.

Les retraites, le salarié et les épargnants subissent totalement l’inflation

Qui sont les plus impactés ?

Les retraités, le salarié (fonctionnaire), la personne qui épargne (soit dans des livrets ou des obligations) sont les personnes qui ont une rente « fixe » et n’ont quasi aucune marge de négociation sur leur revenu. Ils subissent totalement l’inflation.

A contrario, l’indépendant peut revoir ses prix et les faire augmenter. En fait, pour lui, l’inflation est une réelle occasion de renégocier son salaire (s’il travaille en société) ou une occasion pour faire monter ses prix de vente de biens ou services.

Que faut-il donc faire ?

  • Être prudent dans ses investissements sur les marchés boursiers ;
  • Éviter d’acheter des obligations qui sont des dettes des états ;
  • Éliminer ses consommations inutiles ;
  • Rester sur le dollar tant que la BCE n’a pas pris de mesures désinflationnistes ;
  • Rester sur l’or et les matières précieuses ;
  • Éviter de laisser de gros montants (> 100 000€) sur son compte car c’est l’inflation qui se servira en premier.

Nelm

Abattage rituel: fin de la saga?

A Bruxelles, la question de l’abattage avec ou sans étourdissement n’est toujours pas tranchée. Si la Flandre et la Wallonie ont décidé d’imposer l’étourdissement avant tout abattage de bovins, à Bruxelles, la question a été repoussée plusieurs fois. La commission de l’Environnement du parlement bruxellois a donc démarré une série d’auditions de différents experts sur la question. Des représentants des communautés juives, musulmanes, les Abattoirs d’Anderlecht, la Fédération des boucheries Halal, des scientifiques ont donc été entendus au cours des quinze jours écoulés.

Les auditions ont pris fin hier mercredi, jour également choisi par le cclc, collectif citoyen pour la liberté de culte pour déposer leur pétition qui a récolté un peu plus de 127 000 signatures. « Il s’agit d’un collectif citoyen qui est né en réaction au débat bruxellois en matière du bien-être animal et de l’abattage rituel. Ce collectif veut faire entendre sa voix dans ce débat. Une pétition a récolté 127074 signatures (certifiée par huissier) dont 80% de Bruxellois, des personnes de confession musulmane, juive, athées, des catholiques. C’est énorme et du jamais vu à Bruxelles. On parle de plus en plus de démocratie participative, c’est un signal que les parlementaires ne peuvent nier » explique Alexis Deswaef, avocat du collectif.

127 074 signatures de citoyens contre l’imposition de l’étourdissement, dont 80 % de Bruxellois

Une question sensible

Après ces auditions, les membres de la commission décideront mercredi prochain de la suite à donner aux débats. Il s’agit clairement d’une question sensible à laquelle les députés bruxellois doivent répondre : l’abattage rituel peut-il se pratiquer sans étourdissement ? En Flandre et en Wallonie, la réponse est non, il est interdit. Les arrêtés d’application sont entrés en vigueur en août dernier. La Cour de Justice de l’Union européenne a d’ailleurs donné raison aux Régions, mais les communautés juives et musulmanes ont porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme(CEDH). Certains textes affirment que les États peuvent interdire l’abattage sans étourdissement mais qu’il peut exister l’exception liée à la pratique religieuse. Pour les deux communautés confessionnelles, il s’agit tout simplement d’une interférence de l’État dans le culte. Un avis partagé par Ahmed El Khanouss, conseiller communal bruxellois. « Je pense qu’avec les auditions et la mobilisation citoyenne, il serait aujourd’hui totalement incompréhensible que les parlementaires votent en faveur de ces propositions. Je connais le contexte qui a permis le vote de ces lois en faveur de l’étourdissement en Wallonie et en Flandre, il n’a rien à voir avec la question du bien-être animal. Ceux-là même qui imposent l’étourdissement s’érigent en défenseurs de la chasse parce qu’elle ferait partie de la tradition mais ils refusent aux musulmans ou aux juifs de pratiquer leur religion. Le bien-être animal a bon dos… Il s’agit de questions religieuses et les politiques n’ont pas à interférer dans ce domaine. »

Plusieurs propositions d’ordonnance

Plusieurs propositions d’ordonnance ont été déposées par Défi, Groen, l’Open Vld, le Vlaams Belang et la NVA dans le but d’interdire l’abattage sans étourdissement. La semaine prochaine, les députés seront donc amenés à se prononcer sur ces textes. Et le débat risque d’être tendu tant la question est sensible et les enjeux importants. « « Plusieurs possibilités sont envisageables après la fin des auditions : passer au vote, certains peuvent aussi demander la suspension de la discussion mais cela n’a pas d’intérêt, ou enfin, certains pourraient demander d’apporter des amendements aux différents textes mais là aussi, je pense qu’il s’agirait avant tout de perdre du temps » explique Jamal Ikazban, chef de groupe PS au parlement bruxellois. « De mon point de vue, il ne sert plus à rien de tourner autour du pot. Il faut aller au vote. Je passe beaucoup de temps à compter les voix et pour l’instant, le scénario est en notre faveur. Mais les indécis sont nombreux et les absences lors du vote pourraient renforcer l’autre camp, ce qui serait délicat. »

50% des boucheries bruxelloises sont halal…

Une question économique

Aux Abattoirs d’Anderlecht, 80% des mises à mort se font selon l’abattage rituel sans étourdissement. La société, entendue lors des auditions, craint une grande diminution de son activité si l’ordonnance est acceptée. Autre acteur du secteur inquiet, la Fédération des boucheries Halal de Belgique. A Bruxelles, 50 % des boucheries bruxelloises sont Halal… Si Bruxelles ne peut plus proposer de la viande halal ou casher, les clients iront ailleurs. Les deux acteurs économiques soulignent par ailleurs la question du circuit court puisque la France et d’autres pays plus éloignés encore comme la Pologne proposent de la viande certifiée halal, les bouchers se tourneront donc vers ces filières. Cela ne fait donc que déplacer le problème… « Les arrêts de la cour constitutionnelle indique qu’il faut pouvoir continuer à garantir aux musulmans et aux juifs de pouvoir s’approvisionner en viande certifiée halal et casher. Mais si en Belgique, ce ne sera plus le cas, il faudra donc aller s’approvisionner à l’étranger. Par ailleurs, on ne peut porter atteinte à un droit constitutionnel si l’on n’a aucune garantie que l’étourdissement diminue la souffrance animale. Or sur la question, il n’y a pas de consensus scientifique. Mais par contre, elle porte atteinte aux musulmans et aux juifs qui peuvent se sentir stigmatisés, discriminés alors que la chasse est toujours autorisée chez nous. On part en croisade pour les deux dernières minutes de vie d’un animal mais on ne s’intéresse pas à toute sa vie, son transport, cela paraît quelque peu hypocrite. Je comprends que ces communautés se sentent alors visées » insiste Alexis Deswaef, avocat du cclc, collectif citoyen pour la liberté de culte.

Le vote en commission le 8 juin

La prochaine séance de la commission est prévue le 8 juin prochain. Au moment du vote, l’attention se portera sur l’ordre des textes. En effet, la commission discute de trois textes sur l’étourdissement avant l’abattage : celui du Vlaams Belangs celui de la N-VA et celui de Défi / Groen / Open VLD… Sans changement d’ordre du jour, celui du Vlaams Belang sera votée en premier. « Cela va poser question. Cela va être un problème en commission. Il est fort possible que défi demande la modification de l’ordre de passage des votes. J’avoue que cela nous fait sourire si le texte du Vlaams Belang devait passer en premier, puisque c’est une proposition qui a toujours été portée par l’extrême droite, cela permettra aussi de leur envoyer un signal clair » sourit Jamal Ikazban. Pour le cclc, les députés bruxellois doivent voter contre le texte. « La demande du collectif n’est pas que le texte soit retiré, ce serait un aveu de faiblesse mais de voter ces propositions de loi, pour envoyer un signal de confiance et d’inclusion » constate Alexis Deswaef qui ajoute « nous sommes tous pour le bien-être animal, la question n’est pas là. Le débat a été volontairement biaisé. Il y a toujours cette dualité : nous contre eux. Par rapport au défi bruxellois, nous pouvons clairement nous passer de ces questions clivantes. » Même son de cloche du côté du cdH Ahmed El Khannouss : « Ces débats n’ont pour seule utilité que de détourner l’attention de l’opinion publique. Ils visent à fragmenter la société bruxelloise, et donne une image des musulmans qui auraient des pratiques barbares, qui couvriraient leurs femmes par des burkini et se promèneraient avec des couteaux entre les dents. Soyons sérieux, c’est rendre service aux extrémistes de tout bord. »

H.B.

Une autre approche des réseaux socionumériques

Aujourd’hui, plus que jamais, les nouvelles technologies amènent leur lot de nouveaux outils socio-techniques qui facilitent nos relations interpersonnelles. On voit alors apparaître de nouveaux modes de communication virtuels comme les plateformes sociales qui se déclinent en fonction de l’attente et de l’objectif de son utilisateur. Ces nouvelles plateformes sociales telles que Twitter, Facebook, Linkedln,… permettent  à la fois d’être producteur et utilisateur de  son contenu médiatique. On pourrait se poser la question de savoir si les codes sociaux existant dans la vie réelle sont transposables aux codes sociaux dans le monde virtuel. Nous pouvons trouver une piste de réponse dans l’approche du sociologue interactionniste Erving Goffman.

Erving Goffman : une approche interactionniste

Erving Goffman (1922-1982) est un sociologue et linguiste d’origine canadienne, associé au courant interactionniste symbolique, selon lequel la société est conçue comme la résultante des multiples interactions entre les individus.[1] E. Gofmann définit les interactions sociales en ces termes : « […] Par interaction (c’est-à-dire l’interaction en face à face), on entend à peu près l’influence réciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu’ils sont en présence physique immédiate les uns des autres : par une interaction, on entend l’ensemble de l’interaction qui se produit en une occasion quelconque quand les membres d’un ensemble donné se trouvent en présence continue les uns des autres, le terme « une rencontre » pouvant aussi convenir.»

Que le spectacle commence…

Usant de métaphores didactiques, Goffman offre une lecture des interactions sociales sous forme d’une mise en scène de soi dans la vie quotidienne qu’il nomme la « théâtralité du quotidien ». Le canadien utilise donc la métaphore théâtrale afin de se représenter les interactions sociales comme une pièce de théâtre où les individus sont en représentation, jouant tout un panel de jeu d’acteur en fonction du contexte dans lequel ils sont conscients des codes sociaux les régissant. Il utilise du vocabulaire théâtral tel que rôle, représentation, façade, coulisses,… Nous serions donc des acteurs amenés à théâtraliser notre quotidien, à adopter des façades adaptées aux différents contextes que nous rencontrons et donc chacun est amené à apprendre les codes régissant ces différentes situations de vie et le consensus spécifique, afin de ne pas perdre la face ou de la faire perdre à autrui. Les acteurs en représentation construisent une définition commune de la situation.[2] Il existe de nombreuses situations similaires dans notre quotidien qui sont dictées par des conventions qui leur sont propres celles par exemple d’un repas de famille, d’un match de foot ou encore d’un entretien d’embauche.

Du réel au virtuel, la mise en scène

Même si Goffman n’est pas contemporain à l’essor et au développement fulgurant des plateformes sociales, on peut aisément retransposer cette grille de lecture à l’utilisation des réseaux sociaux où cette mise en scène de la vie quotidienne mondialement diffusée, se décline à l’infini. Il existe également des normes sociales dans les réseaux socionumériques, aussi bien que dans nos interactions sociales « face à face ». Les usagers de ces plateformes sociales ne se présentent pas de la même façon selon le code social en vigueur dans celle-ci ainsi un profil Facebook ne sera pas présenté de la même façon qu’un profil Linkedln ou twitter,… Les usagers adaptent leur réaction au contexte et interagissent en conséquence. Ils adoptent de ce fait des façades au travers de leur profil ou leur avatar qui correspond aux objectifs de la plate-forme sociale. Ainsi selon le type de plateforme, nous allons mettre en avant tant nos expériences professionnelles, nos loisirs, nos goûts et préférences, notre savoir-faire culinaire,… Les informations mises en avant font partie d’une stratégie afin d’obtenir de ces réseaux les avantages espérés.

Quand la pièce de théâtre tourne au drame…

Goffman appelle cela une « situation de rupture », une remise en question de la réalité commune, causant un malaise général.[3]Cela peut se produire si par exemple l’acteur joue mal son rôle ou alors que des spectateurs ne participent pas comme il est attendu ou encore que le cadre des conventions générales est mal interprété. Par exemple sur les réseaux socionumériques, le comportement inapproprié, des remarques déplacées,… peuvent conduire à l’exclusion  de l’utilisateur. Les réseaux socionumériques n’échappent pas au code social traditionnel. Mais ces codes ne nous ont pas été appris à l’école ou par les parents. Implicitement, inconsciemment peut-être, nous avons appris à nous adapter aux différentes normes sociales des réseaux sociaux. On peut considérer que les réseaux socionumériques sont comme de nouveaux lieux d’apprentissage des codes sociaux qui leur sont propres. Cependant la retransposition du réel au virtuel de la théorie de Goffman n’est pas absolue, selon moi. C’est à mon sens un outil de lecture pertinent et éclairant. Mais les réseaux sociaux possèdent leurs spécificités, leur zone d’ombre et de lumière, leurs algorithmes. Il existe une certaine opacité dans ce face à face virtuel qui peut conduire à des dérives, à des utilisations malsaines,…

O.D.


[1]    https://www.toupie.org/Dictionnaire/Interactionnisme.htm

[2]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman

[3]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman#La_présentation_de_soi

La « Hchouma », son dada!

Zina Hamzaoui est sexologue. Briser les tabous qui entourent la sexualité et l’intime, c’est son combat! La hchouma, un concept qui est pourtant bien ancré au sein des familles de culture arabo-musulmane. 

C’est un vaste chantier auquel a décidé de s’attaquer Zina Hamzaoui. Sage-femme de formation, elle s’est retrouvée face à de nombreuses questions sexuelles de la part des patientes et de leurs conjoints. La jeune femme perçoit qu’il y a une véritable demande et décide de se former et devient sexologue. « Je me suis rendu compte que le sujet était très peu abordé au sein de notre communauté et pourtant il mérite toute notre attention. Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié. Il faut nous questionner par rapport à l’image que nous avons de la sexualité et celle à laquelle les jeunes sont confrontés par exemple. Il y a un décalage énorme en la matière » insiste la sexologue.

Un chiffre interpellant pour poser le débat: 80% des jeunes de 10 ans ont regardé des films à caractère pornographique de manière volontaire ou involontaire. Un chiffre qui date d’il y a 10 ans. Ce chiffre est très certainement plus élevé. A partir de ce contexte, il peut y avoir deux approches. « Soit, on se retrousse les manches et on aborde ces sujets sans complexes et de manière à installer un climat de confiance avec les jeunes, soit on ferme les yeux et on continue de penser que la sexualité, les jeunes ne la découvrent que la nuit de noces » poursuit Zina.  

Commencer tôt 

Pour la sexologue, il faut aborder ces sujets avec les jeunes car de toute façon ils l’aborderont, soit entre eux, soit en surfant sur internet. « Dès tout jeune, il faut leur indiquer que leur intimité doit être préservée que personne ne peut y avoir accès, à l’adolescence, leur expliquer que le fait qu’ils se réveillent en état d’érection le matin, ce n’est pas sale mais c’est d’ordre physiologique. Leur apprendre que le fait de se masturber, de regarder de la pornographie peut impacter plus tard leur vie relationnelle et sexuelle. Combien d’hommes sont devenus addicts et sont incapables par la suite dans leur vie de couple d’avoir une relation saine. L’image qu’ils ont de la sexualité est totalement biaisée, faussée. Dans ces films, la femme est réduite en esclave sexuelle. Ensuite, poser le cadre religieux et leur expliquer pourquoi cette sexualité n’est autorisée que dans le cadre du mariage. Tant que l’adulte n’est pas à l’aise avec la sexualité, cela transparaît forcément sur les enfants! Les parents ont un rôle énorme à jouer » insiste Zina Hamzaoui qui ajoute « les plus jeunes ne parlent pas de sexualité avec leurs parents. Mais c’est une grande faille. Parce qu’ils doivent se sentir suffisamment à l’aise pour que les jours où ils ont ces questions, ils puissent venir les poser.» 

Nous baignons dans une certaine  « hchouma » ambiante, de « haram » à tout va et souvent non justifié.

Zina Hamzaoui, sexologue

Trop de tabous 

La masturbation, le plaisir féminin, le désir, autant de sujets qui sont passés sous silence et qui peuvent impacter une relation de couple. Un grand morceau de l’éducation sexuelle se fait au quotidien dans la relation entre les parents (souvent les enfants sont confrontés à des parents qui ne montrent aucun signe d’amour, pas de contact physique…), autre gros tabou : la femme qui recherche son plaisir, le fait d’être une femme, religieuse et sexuellement active n’est pas compatible. On est tombé dans un certain extrême. A force de tellement interdire, on inhibe le désir sexuel. On baigne dans des stéréotypes qui desservent finalement l’homme et la femme ». Les tabous au sein des familles de culture arabo-musulmane restent nombreux. Zina Hamzaoui propose donc des ateliers pour les jeunes et moins jeunes pour répondre à ces questions. Souvent, les parents se sentent eux-mêmes démunis face à certaines questions. « En général, on m’attend, et puis quand je suis là, cela questionne, certains sont heureux d’avoir compris la réalité, pour d’autres, cela bouscule leurs croyances » constate Zina. Dans certains milieux, la porte lui reste malheureusement fermée « car mon positionnement dérange ; et ils pensent qu’il est à contre-courant du message religieux alors qu’il n’en est rien ! ». La sexologue insiste « c’est incroyable que tout le monde connaisse le Hadith qui dit que la femme qui se refuse à son mari est maudite par les anges toute la nuit mais tous les hadiths où le prophète explique qu’il faut approcher la femme avec douceur, délicatesse, sont passés sous silence. Il faut rappeler que la sexualité n’est pas uniquement à visée masculine, mais également que le plaisir féminin existe et qu’il n’est pas interdit, loin de là.»

Conseil de famille

La sexologue conseille donc aux parents d’instaurer des conseils de famille pour aborder toutes les questions. Permettre ainsi d’installer un véritable climat de confiance avec les jeunes. Des jeunes qui sont trop souvent influencés par la télévision, internet ou la musique. Ils sont confrontés à la sexualité au quotidien.   « On est dans une génération où la pornographie est installée. L’internet a tout facilité, il faut connaître la réalité des jeunes. On a désacralisé la sexualité. Si les parents n‘évoquent pas ce sujet clairement, il va y avoir des fossés de plus en plus grands entre leur réalité et celles des jeunes. Au bout d’un moment, il faut arrêter de faire l’autruche ! Il y a du boulot. On a une obligation de moyens pas de résultats, la situation est grave » martèle Zina Hamzaoui. 

Un livre pour sensibiliser

Afin d’atteindre une plus large audience, Zina Hamzaoui a publié un livre « Chut, hchouma! ». « Cela fait quelques années que je fais de la thérapie, que j’anime des ateliers et souvent les patients me demandent des livres à conseiller. Mais je me suis rendu compte qu’il n’existait pas de livres récents qui traitaient de cette question. De base, je n’étais pas très attirée par l’écriture mais le confinement m’a aidée à consacrer du temps et je me suis laissée prendre au jeu. Je voulais que le livre soit accessible à tout le monde, et non seulement à un public uniquement universitaire. » Chut, hchouma!, c’est le titre du livre, un titre qui reflète parfaitement les tabous qui entourent le domaine de l’intime. « En choisissant le titre du livre, je m’auto-censurais à chaque fois et au final « chut hchouma! » tombait sous le sens, c’est un titre qui interpelle, qui reflète bien le contenu. Ce n’est clairement pas un livre que l’on prend facilement avec dans le métro mais il a aujourd’hui une place dans les librairies islamiques qui ont décidé de jouer le jeu avec moi et c’est formidable. Je parle d’intimité mais sans tomber dans la vulgarité. Dans une société hypersexualisée, cela est devenu mon cheval de bataille : parler de sexualité sans être vulgaire tout en restant dans la pudeur. » 

H.B.

Zina Hamzaoui a publié un livre pour sensibiliser le public aux questions liées à l’intime et lutter contre les tabous encore trop nombreux

La voix des Palestiniens s’est éteinte

Shireen Abu Akleh, journaliste vedette de la chaîne d’information qatarie a été tuée hier matin. Elle a reçu une balle en pleine tête alors qu’elle se trouvait à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Al Jazeera accuse l’armée israélienne d’avoir tout simplement assassiné la journaliste tandis que la communauté internationale appelle à une enquête « transparente ».

L’émotion est vive en Palestine depuis l’annonce du décès de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh, 51 ans, une des personnalités les plus connues de la chaîne d’information en continu Al Jazeera. Shireen se trouvait à Jénine pour couvrir l’opération militaire israélienne en cours dans le camp de réfugiés. Selon Ali al Samoudi, producteur qui l’accompagnait, les tirs proviennent bien de l’armée israélienne. « Nous allions commencer à filmer l’opération de l’armée israélienne quand tout à coup, ils ont commencé à nous tirer dessus sans nous avoir au préalable demandé de quitter les lieux ou d’arrêter de filmer » explique le producteur qui ajoute : « le premier tir m’a touché et le second a atteint Shireen, il n’y avait aucun Palestinien présent à ce moment-là autour de nous. » Une autre journaliste locale, Shatha Hanaysha, qui se trouvait juste derrière Shireen a précisé à Al-Jazeera qu’il n’y avait eu aucune confrontation entre les journalistes et les soldats israéliens. Elle explique que le groupe de journalistes a été directement pris pour cible.

Une autre version

Côté israélien, c’est une toute autre version qui est livrée. « L’armée mène une enquête sur ces événements et envisage la possibilité que les journalistes ont été atteints par des hommes armés palestiniens » précise un communiqué de l’armée israélienne. Une version également défendue par le Premier ministre israélien Naftali Bennett : « Selon les données dont nous disposons pour le moment, a-t-il déclaré, il y a de fortes chances que des Palestiniens armés, qui ont tiré sauvagement, aient causé la mort malheureuse de la journaliste. Israël a appelé les Palestiniens à mener une analyse et une enquête pathologique conjointe, sur la base de tous les documents et conclusions disponibles. Jusqu’à présent, les Palestiniens ont refusé. » L’ONG israélienne B’Tselem, qui défend les droits de l’homme dans les territoires occupés a publié une vidéo démontrant, selon elle, que  «les tirs palestiniens relayés par l’armée israélienne ne peuvent pas être ceux qui ont tué la journaliste Shireen Abu Akleh». La séquence a été tournée par un chercheur de l’ONG qui démontre que la distance entre les Palestiniens et les journalistes était trop importante tout comme la présence entre eux de nombreux bâtiments et murs. Nuançant la position initiale des forces armées israéliennes, leur chef, le lieutenant-général Aviv Kochavi, a finalement déclaré dans un nouveau communiqué : «A ce stade, nous ne pouvons pas déterminer par quel tir elle a été blessée et nous regrettons sa mort.» 

Une voix qui vibrait

L’émotion suite à son décès est aussi grande que sa popularité. Shireen Abu Akleh a marqué les esprits des Palestiniens et des arabophones qui suivaient ses reportages de terrain qui l’ont rendue célèbre. Cette chrétienne de nationalité américaine et palestinienne avait travaillé à La Voix de la Palestine et Radio Monte-Carlo avant de rejoindre la chaîne qatarie en 1997 où sa couverture du conflit israélo-palestinien a permis de redonner la voix aux Palestiniens, une voix qu’il faut, selon elle, faire entendre. Pour les 25 ans d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh évoquait les difficultés qu’elle rencontrait pour mener à bien sa mission de journaliste. « Il arrive par moment lorsque je dépose ma caméra que les soldats israéliens me fasse comprendre que je filme un lieu interdit ou qu’ils te disent que tu filmes un lieu sécurisé interdit aux caméras, à chaque fois tu te sens ciblé. Je n’oublierais jamais l’ampleur des destructions, ni le sentiment que la mort était proche. J’ai choisi le journalisme pour être proche des gens. Ce n’est pas facile de changer la situation, mais au moins je peux faire entendre cette voix au monde entier, je suis Shireen Abu Akleh. »

Des Palestiniens portent le corps de la journaliste Shireen Abu Akleh, près des bureaux d’Al-Jazira, après que des amis et collègues lui aient rendu un hommage, à Ramallah, le 11 mai 2022. (AP Photo/Nasser Nasser)

De nombreuses condamnations

Les condamnations se sont multipliées au sein de la communauté internationale, des Etats-Unis à l’Union européenne, en passant par l’Unesco. Chacun appelant de leurs vœux une enquête «transparente» et «indépendante» permettant de déterminer les circonstances de son décès. Du côté des Palestiniens, l’annonce par l’armée israélienne d’une enquête suscite scepticisme voire railleries, ces enquêtes ne menant jamais à des sanctions ou des mises en cause du comportement de l’armée d’occupation qui jouit à leurs yeux d’une impunité totale sous le regard et le silence complice de la communauté internationale.

En fin de matinée, une cérémonie officielle est prévue à Ramallah en Cisjordanie, au siège de l’Autorité palestinienne, en présence du président Mahmoud Abbas et des représentants de la presse. Ses funérailles sont prévues vendredi dans une église de Jérusalem, ville où elle a grandit.

Près de 50 journalistes ont été tués par Israël depuis 2000, selon le syndicat des journalistes palestiniens. Ce mercredi, Shireen Abu Akleh est venue rejoindre cette trop longue liste de professionnels de l’information qui ont été empêchés de mener à bien leur mission : porter la voix de ceux qui n’en ont pas. 

H.B.

La vérité, première arme de guerre

Les médias européens ont boycotté les médias russes les accusant de mentir sur le déroulement de la guerre. « Annoncée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’interdiction de diffusion dans l’UE des médias russes RT et Sputnik est entrée en vigueur (…), après publication de la décision des Vingt-Sept au Journal officiel de l’UE. »[1]La Commission européenne cherche-t-elle à nous protéger ou à nous dicter la vision de son monde ? Se demander si la vérité est une arme revient à se demander si la communication de l’information peut être une tactique de guerre. Cette question mérite d’être soulevée et à plus forte raison dans un contexte comme celui d’aujourd’hui, animé par la guerre entre la Russie et l’Ukraine exacerbant les tensions mondiales.

Excès de zèle ou dictature ?

Récemment, les médias européens nous ont montré des images du célèbre fantôme de Kiev qui aurait abattu 6 avions russes le premier jour de l’invasion russe. Ces images proviennent en réalité du célèbre jeu vidéo « digital combat simulator ». [1]

La Russie, de son côté, adopte une autre stratégie mais dont l’objectif n’en demeure pas si différent : contrôler le récit.

« Des députés russes ont adopté, vendredi 4 mars, un texte punissant de lourdes peines de prison toute personne relayant des informations qui discréditent l’armée du pays. »[2]

En outre, le célèbre tireur canadien d’élite, Wali,  considéré comme « le meilleur sniper de la planète » aurait rejoint l’armée ukrainienne et serait abattu par les russes selon des sources russes et chinoises, une information démentie par Wali lui-même.[3]

« Ici Wali qui vous parle. Contrairement aux rumeurs je ne suis pas mort au combat. Je n’étais pas à Marioupol. (…) Ils voulaient peut-être discréditer l’effort des volontaires comme moi ». Se targuer de victoires même si elles sont fausses, une guerre de l’image où tous les moyens sont bons. »

Dès lors, on comprend très vite que cette guerre est avant tout une guerre de contrôle du récit.

Les objectifs de la propagande

Les objectifs de cette propagande sont clairs : dans l’exemple de la guerre Russe-Ukraine, l’Ukraine a intérêt à persuader que sa résistance à la Russie est forte. D’une part pour motiver ses troupes et ses citoyens qui sont aussi des soldats ; pour motiver l’ouest à continuer à offrir des armements solides et le convaincre qu’il sera le cheval gagnant. En effet, si l’Europe présentait une Ukraine faible, elle n’investirait pas autant dans cette guerre puisque la cause serait de toute façon perdue alors que l’investissement se chiffre en milliards d’euros… Et d’autre part, pour inciter des combattants volontaires étrangers à s’allier à la cause ukrainienne. Il faut convaincre de la viabilité de la résistance ukrainienne.

La guerre psychologique

Toute guerre est donc une guerre psychologique dont le secret de la réussite passe d’abord par le contrôle du récit et l’art de la persuasion. Cette dictature de vision est paradoxalement encore plus présente dans nos sociétés contemporaines car nous consommons de plus en plus d’informations via les nombreux réseaux sociaux tels que Facebook, YouTube, Twitter, Google tous pro-ukrainiens et qui se revendiquent être des vecteurs de bonnes informations. Les consommateurs de ces réseaux ne choisissent pas leurs camps mais ils leur sont subtilement imposés. 

Souvenons-nous des mensonges inventés de toutes pièces par le Pentagone et relayés par Nairah cette jeune koweitienne réfugiée de 15 ans accusant, le 14 octobre 1990, Saddam Hussein d’atrocités et de génocides sur des bébés, des mensonges légitimant l’invasion américaine en Irak.[4] En réalité, les propagandes et censures sont des méthodes aussi ancestrales que les guerres elles-mêmes.

En conclusion, le consommateur doit doubler de vigilance et rester prudent quant à sa lecture de l’information. Le développement du sens critique est une nécessité dans la compréhension de l’Histoire car toute vérité à deux sons de cloches et au-delà des pertes humaines, le consommateur est aussi une victime.

Nelm


[1] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/desintox-non-il-n-y-a-pas-de-fantome-de-kiev-pilote-ukrainien-qui-aurait-abattu-a-lui-seul-6-avions-russes_4999728.html

[2] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/desintox-non-il-n-y-a-pas-de-fantome-de-kiev-pilote-ukrainien-qui-aurait-abattu-a-lui-seul-6-avions-russes_4999728.html

[3] https://www.francetvinfo.fr/vrai-ou-fake/vrai-ou-fake-un-sniper-d-elite-canadien-est-mort-a-marioupol_5053258.html

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_couveuses_au_Kowe%C3%AFt


[1] https://www.jeanmarcmorandini.com/article-491516-guerre-en-ukraine-les-medias-russes-rt-et-sputnik-sont-desormais-officiellement-interdits-dans-l-union-europeenne.html

Aid al fitr, entre joie et amertume

Dans quelques jours, le mois béni de Ramadan reconnu comme « Le Sultan des onze mois » arrivera à sa fin pour laisser place à un jour de joie. En effet, le compte à rebours a été lancé cette semaine. Plus que quelques jours pour profiter davantage de chaque prière et multiplier les requêtes. Le premier jour du mois de Shawwal, correspondant au jour de l’Aid al fitr, des millions de musulmans à travers la planète célébreront la fête de la rupture du jeûne nommée Aid al fitr ou Aid al seghir (petite fête).

Cependant, un sentiment de tristesse envahit le cœur des croyants qui veillent des nuits entières à l’adoration du Maître des mondes. A la fin de ce mois unique, le croyant assidu et endurant ressent certes une légère fatigue physique mais néanmoins il retient surtout le temps et les efforts fournis au quotidien, la maîtrise de soi dans des moments difficiles. Il ressent une quiétude et un apaisement procuré par la lecture du coran. Une illumination de son cœur par le Dhikr qui lui apporte cette sérénité et cette paix intérieure. 

Sajid 24 ans : « J’ai l’impression que ce mois est passé en une fraction de seconde. Il me manque déjà alors qu’il n’est pas encore fini. Le Ramadan me permet d’être proche de ma famille et d’être au service des nécessiteux. J’ai l’impression que ma vie prend un tournant positif durant ce mois pas comme les autres… »

Le Ramadan, qui est le mois du pardon et de la charité, est un mois qui n’a effectivement pas d’égal. Le coran y a été révélé pour la première fois à notre Bien-Aimé Mohamed que la paix soit sur lui. Le ressenti et l’émotion des croyants durant ce mois est indescriptible. Quant à l’approche des derniers jours, un sentiment étrange nous envahit. Un sentiment de tristesse… En effet, le mois du coran et du repentir nous quitte tout doucement…Lui, qui a contribué à cette proximité et ce lien particulier avec l’Eternel. Lui, qui a permis la guérison de nos âmes malades prises par l’amour de ce bas-monde. Chaque musulman, ressent un pincement au cœur lors de son départ.

D’ailleurs, Ibn Rajab dit à ce sujet :

« Comment les larmes du croyant ne couleraient-elles pas en raison du départ du Ramadan alors qu’il ne sait pas s’il vivra assez pour le voir revenir? »

Quand a lieu la fête de l’Aid al fitr 2022?

Le calendrier hégirien étant un calendrier lunaire de 12 mois, l’Aid al fitr a lieu le premier jour du 10e mois qui est le mois de Shawwal. Chaque mois qui commence par l’observation du croissant de lune dure soit 29 ou 30 jours. Cette observation se fait à l’œil nu ou via des appareils sophistiqués. L’apparition de la lune peut être estimée selon des calculs astronomiques avant d’être confirmée officiellement par ce que l’on appelle la nuit du doute.

Théoriquement, l’Aid al fitr 2022 aura lieu le lundi 02 mai, mais la date officielle sera déterminée lors de l’observation de la nouvelle lune et sera communiquée par les instances religieuses de notre pays. 

Invocation a prononcé lors de l’apparition du croissante de lune :

« Allah est le Plus Grand! O Seigneur! Apporte nous avec cette nouvelle lune la sécurité et la foi, le salut et l’islam ainsi que la réussite dans tout ce que Tu aimes et que Tu agrées. Notre Seigneur et ton Seigneur est Allah. »

Que symbolise cette fête pour les croyants?

Les musulmans célèbrent deux fêtes durant l’année : Aid al fitr et Aid al adha (fête du sacrifice). Le prophète sws a dit : « Toute nation a ses festivités et voilà les vôtres  » en indiquant que les deux « Aid » sont les fêtes spécifiques aux musulmans. 

Ces jours de fêtes symbolisent l’adoration, la joie, la fraternité, la solidarité,…

L’Aid est vécu entre traditions et obligations religieuses et permet ainsi aux musulmans de se rapprocher d’Allah Azawajel. Durant cette journée, les musulmans portant leurs plus beaux vêtements se rendent à la mosquée pour effectuer la prière de l’Aid, visitent leurs proches, échangent des cadeaux, partagent un repas en famille ou entre voisins,… Une journée pleine d’amour et de partage!

Règles et bienséances à respecter

Pour commencer, le musulman s’acquitte de la Zakat al fitr qui est l’aumône obligatoire destinée aux plus démunis. Cela doit se faire avant la prière de l’Aid. Selon les instances représentatives du culte musulman, cette aumône est l’équivalent de 7 euros par personne. C’est le responsable ou le tuteur de chaque famille qui s’en acquitte pour chaque membre de sa famille, enfants et bébés compris, afin de purifier le jeûne. La Zakât al fitr permet ainsi aux nécessiteux de passer la fête dans la joie et la paix en leur épargnant de tendre la main ce jour-là.

Le jour de l’Aid, le croyant effectue le « Ghusl » qui est le bain rituel avant de se rendre à la mosquée. Il mange quelques dattes avant de quitter son domicile car il est strictement interdit de jeûner le jour de l’Aid. Le Prophète sws ne sortait jamais de sa demeure sans avoir mangé un nombre impair de dattes.

On rapporte que Said Ibn Jubayr a dit : 

« Trois choses sont sunnah le jour de l’Aid : marcher vers le lieu de prière, prendre le bain rituel et manger quelque chose avant de sortir »

Une des plus grandes pratiques du Bien-Aimé Mohamed sws était de réciter le Takbir tout le long du chemin vers la maison de Dieu et ce jusqu’à l’arrivée de l’imam. Arrivé à la mosquée, aucune prière surérogatoire n’est à pratiquer ni avant, ni après la Salat al Aid. En ce jour de fête, tout le monde se rend à la mosquée, notamment les femmes et les enfants. Ensuite, les croyants s’embrassent et se félicitent mutuellement. 

D’apres Jubayr Ibn Nusayr : 

« Au temps du prophète sws, lorsque les gens se rencontraient le jour de l’Aid, ils disaient : Taqaballa Allahu minna wa minkoum » qui signifie « Qu’Allah agréé nos bonnes actions et les vôtres »

Enfin, après la prière, le croyant emprunte un autre chemin que celui emprunté à l’aller afin de retrouver les siens pour passer un moment convivial, de partage autour d’une table bien garnie.

Qu’Allah accorde à chacun d’entre nous Ses faveurs, Sa Guidance, Son agrément. Qu’Il pardonne nos péchés et nous accorde une belle fin. O Allah, place nous durant ce mois parmi ceux qui se repentent, fais de nous durant ce mois tes serviteurs assidus et fais de nous durant ce mois tes adorateurs dévots.

« ” Dis : Certes ma prière, mes actes d’adoration, ma vie et ma mort sont à Dieu, Seigneur des mondes. Il n’a point d’associés.”

I.S

Les dix dernières nuits, le cadeau ultime

Hier soir, nous sommes entrés officiellement dans les dix dernières nuits de ce mois béni de Ramadan. Un top départ pour un sprint final d’intenses efforts à fournir à l’image de notre bien aimé (pbsl[1]). Mais comment profiter pleinement de ces dix dernières nuits dans notre société occidentale où tout semble aller trop vite ?

D’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agréé, le prophète (pbsl) a dit : « Celui qui jeûne le mois de Ramadan avec foi et dans l’espoir d’obtenir la rétribution d’Allah, tous ses péchés passés lui seront pardonnés. Et celui qui veille Laylat Al-Qadr (La Nuit du Destin) (en prière) avec foi et dans l’espoir d’obtenir la rétribution d’Allah, tous ses péchés passés lui seront pardonnés. »

Les dix dernières nuits sont donc arrivées et avec elles un nombre incalculable de bienfaits et de bénédictions. Après 20 jours, le jeûne est devenu une habitude, le corps ne ressent ni la soif ni la faim, mais si la fatigue se fait plus intense, un dernier effort reste à fournir pour profiter pleinement de ces bénédictions.

La retraite spirituelle, al itikhaf

D’après Boukhari et Mouslim, selon Aïcha, qu’Allah l’agréé, le prophète (pbsl) faisait l’itikhaf les 10 derniers jours de Ramadan et cela, jusqu’à sa mort. Un moyen pour lui et les croyants de se détacher et de se soustraire aux activités mondaines et de se consacrer pleinement à un retour à l’essentiel. Aujourd’hui, en Belgique, et dans la société occidentale, il devient difficile de se couper entièrement de cette vie pour s’isoler à la mosquée. Plusieurs éléments peuvent entraver cet objectif de retraite : la vie de famille, l’absence de mosquée ouvertes toute la nuit, le travail,… mais alors comment néanmoins profiter pleinement de ces moments rares et privilégiés ?

Le sens profond de cette retraite est de permettre à son cœur et son esprit de se détacher de toute autre préoccupation que Dieu

Une retraite avant tout intérieure

S’il n’est pas aisé de se couper totalement de son environnement, il convient de nous rappeler que la retraite est avant tout intérieure. Le sens profond de cette retraite est de permettre à son cœur et son esprit de se détacher de toute autre préoccupation que Dieu et d’orienter tout son être vers la recherche de Sa satisfaction. L’intention et la volonté de se détacher de cet environnement sonore, physique, visuel qui agresse au quotidien nos sens et notre être intérieur est une manière concrète de revivifier le sens profond de la retraite spirituelle. Le Prophète (pbsl) nous apprend que parmi les catégories de gens qui se retrouveront sous le trône d’Allah le jour de la résurrection se trouvent ceux dont les cœurs sont attachés aux mosquées. Les cœurs et non les corps… votre cœur peut se trouver à la mosquée mais votre corps à votre domicile. Parmi les privilèges accordés à sa seule communauté est que la terre toute entière est un lieu de prière, ne nous sommes donc pas cantonnés à un lieu, une bénédiction énorme dont il est d’autant plus nécessaire de profiter lors de ces dix dernières nuits.

Des distractions qui parfois nous font tomber dans une insouciance qui mène à l’oubli, l’oubli de Sa présence

Un exercice, une autodiscipline

Se créer son propre cocon intérieur pour s’exercer à se détacher de toutes les préoccupations futiles qui empêchent notre être de revenir à l’essentiel (les réseaux sociaux, les longues heures de shopping, les interminables soirées au café, la famille,…). Des distractions qui parfois nous font tomber dans une insouciance qui mène à l’oubli, l’oubli de Sa présence. Certes le Messager d’Allah (pbsl) redoublait d’effort lors de cette dernière décade du Ramadan, notamment parce qu’elle comporte ce trésor, cette nuit du destin, au cours de laquelle Dieu décrète pour chaque âme, pour l’année à venir, son espérance, sa subsistance… Mais si l’on observe de plus près la vie de Mohammad (pbsl), il est un fait que toute sa vie était une retraite intérieure, toute son existence, son cœur, son âme, son esprit était entièrement voué au Maître de l’univers, à la recherche de sa proximité. Un enseignement que l’on se doit d’acquérir. Cette rupture qui est une aspiration qui doit habiter le cœur et l’esprit de tout croyant est en réalité un moyen de s’exercer à vivre toute notre vie durant dans cet état de retraite spirituelle vis-à-vis de notre environnement qui nous « happe » au quotidien. Cette période représente finalement un moment idéal et propice pour exercer notre cœur à la recherche de l’excellence, la quête ultime.

H.B.

[1] que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui

Je suis venu te libérer de tes chaînes…

Me voici, que déjà ta porte est grande ouverte pour m’accueillir. Dans un élan de ferveur tu m’ouvres tes bras en me remerciant d’être, enfin arrivé. Tu me fais entrer chez toi le cœur léger et plein d’espoir. L’espoir que je t’apporte ce en quoi tu aspires : la faveur d’être un serviteur agréé et dont le Maître sera satisfait.

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Je m’infiltre dans ton quotidien et ta maison devient la mienne pour le temps de mon séjour. Et c’est avec joie et reconnaissance que tu (ré) apprends à me connaitre. Au début, nos entretiens restent distants mais toujours sur la même longueur d’onde tu m’abordes pour mieux me connaitre. Alors timidement, tu t’ouvres à moi : tes peurs, tes doutes, tes difficultés, tes craintes, tes aspirations, tes espérances, tes invocations, tes demandes, tes prières, …Tu m’en fais part à chaque instant.

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Au fur et à mesure de notre contact, tu me semble troublé, énervé par moment. Pourquoi ? Espérais-tu que cela se passe dans le calme le plus inerte ? Ma démarche n’est pas de te mettre en déroute mais plutôt de te bousculer pour te faire sortir de ton sommeil.

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Le monde, dans lequel tu vis, devient bancal et s’apprête à s’effondrer à tout moment. Ton existence est fragile et tes forces s’amenuisent. Tu comprends que cela va être difficile. Pourtant, tu fais semblant que tout va se passer calmement et rien ne changera, juste prendre son « mal » en patience et attendre. Attendre la libération ! Et je suis là, à tes cotés !

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Ton corps décline jour après jour. Il crie, il hurle même, et toi tu fais la sourde oreille. Vu de l’extérieur, ton attitude est presque inquiétante. Mais, à l’intérieur, il se passe quelque chose : une étincelle se dresse. T’appesantir sur ton sort, tu y refuses. Alors tu te bats. Parfois, le corps réagit en soubresaut pour te faire comprendre que c’est dur de maintenir ce cap et qu’il faudra songer à changer de méthode. Mais non! Inlassablement, tu es fixé sur ton objectif car tu sens que tu es sur la bonne voie. Et je te regarde ! Ta lutte est légitime et honorable !

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Longues sont les lamentations de ton corps, mais tu réalises que quelque chose de subtil, de doux, de chaud commence à réagir au fond de ton cœur. On aurait dit une secousse, un tremblement ! Alors, tu ne plies pas et continues à faire émerger cette aurore en toi. Et je t’observe ! J’attends ce réveil, ce printemps !

Je suis venu te libérer de tes chaines.

Tu commences à comprendre que cette douleur a un sens. Tu réalises que tu as besoin de changer et d’offrir à ton cœur un renouveau. Tu aspires à mieux être en phase avec Le Tout Rayonnant d’Amour. Tu sens Sa proximité et pour tout l’or du monde tu ne veux pas la perdre. C’est l’aube qui se lève en toi ! Une renaissance, une vie sans joug !

Je suis venu te libérer de tes chaines.

L’heure du départ approche, et voilà que tu te sens mélancolique. Me voir partir est un déchirement, car ma présence t’encourageait à sortir de ta torpeur. Enfin, tu brilles ! Enfin, tu vis ! Enfin, tu as brisé tes chaines !

                                                                                                                      Najoua

Un cadeau pour le coeur

Il disparaît plus vite qu’il n’est apparu. Comme un faisceau lumineux,  des étincelles éblouissantes, mais seules des poussières ornées laissent leurs empreintes pour ceux qui tentent de les rattraper. Et pourtant le trésor dépasse certes l’imaginaire.

C’est l’heure qui a déjà sonné pour la course pour obtenir les bienfaits,  chaque fraction est une valeur titanesque, où ni l’horizon,  ni la hauteur des cieux peuvent tracer la dimension. 

Laisse ce cœur être heureux,  être le plus joyeux,  laisse cette âme se reposer, ressentir la tranquillité et la douceur qui l’enveloppe pour être bercée.

Ce mois n’est pas pour rester figé, mais pour être animé, pour réveiller davantage cet amour qui appelle sans cesse Son Aimé.

Allah pardonne nous et accorde nous tous les bienfaits de ce mois merveilleux. Vivons ce mois,  vivons-le et nous goûterons peut-être un avant goût du paradis. Qu’Allah nous l’accorde. Amin

ℒamiaaℳ