09 juin, un rendez-vous à ne pas manquer !

Le 09 juin prochain, nous, citoyens belges, sommes convoqués afin de partager « notre voix » pour les élections fédérales, régionales et européennes. Oui, c’est clairement de cela qu’il s’agit : faire entendre notre voix. Pourtant, au sein de notre communauté, les élections sont parfois boudées, dénigrées, et parfois même combattues.

Pilier de notre démocratie, le droit de vote a été arraché au terme d’un combat difficile notamment pour les femmes qui n’ont pu officiellement voter en Belgique qu’à partir de 1949, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Obligatoire chez nous, le droit de vote apparaît de plus en plus comme une contrainte. L’abstention reste un problème électoral tout comme le choix de ne pas voter (vote blanc).

Pourtant, en tant que minorité, l’acte de voter revêt une importance cruciale, façonnant le paysage politique qui détermine les orientations futures de nos sociétés.

Renforcer notre voix

Chaque bulletin de vote compte. En exerçant notre droit de vote, nous, citoyens, influençons directement le choix des dirigeants, des politiques et des lois qui auront un impact direct sur nos vies quotidiennes. Voter c’est donner le pouvoir à ceux qui nous représenteront. Il ne s’agit donc pas d’un acte négligeable, bien au contraire, cela revêt une importance capitale. Il faut pouvoir conscientiser les jeunes et moins jeunes afin de poser un choix réfléchi et en accord avec nos principes et valeurs.

Influencer le changement

Les élections offrent une plateforme pour exprimer le mécontentement ou la volonté de changement. En votant, les citoyens apportent leur soutien aux candidats et aux partis politiques qui représentent le mieux leurs idées et leurs valeurs. En 2030, les prédictions indiquent que la population musulmane sera majoritaire à Bruxelles… Or les lois et les politiques contre le droit des musulmans sont de plus en plus nombreuses : le retour de la question du halal n’est que le dernier épisode en date. Nous ne pouvons pas d’un côté nous poser en « éternelles victimes du système » et de l’autre ne pas nous mobiliser lors de rendez-vous cruciaux comme celui du 09 juin !

Un seul mot d’ordre : se mobiliser !

Il faut se mobiliser, cela passe par l’étude des programmes politiques, et choisir les partis qui sont en accord avec nos valeurs et principes. Il ne s’agit pas d’élire des hommes et des femmes mais de choisir des idées ! Or, nous votons pour des connaissances ; des personnalités connues mais nous oublions que ces personnes ne sont que la vitrine d’idées défendues par un parti politique et ce sont ces idées-là qui doivent nous intéresser. En conclusion, l’importance d’aller voter ne peut être sous-estimée. C’est un devoir civique, un moyen de façonner activement l’avenir de notre société et de protéger nos droits. Dans un monde où les défis et les enjeux sont nombreux, face à la libéralisation des discours extrémistes, le vote demeure l’un des outils les plus puissants dont disposent les citoyens pour créer un avenir meilleur et plus juste pour tous.

H.B.

Souvenirs olfactifs…

J’entame une petite promenade, en belle compagnie, en cette agréable fin d’après-midi d’avril. Les arbres fleuris de cette charmante avenue me laissent admirative et les oiseaux chantants bercent mes pas. Le ciel bleu et l’air doux caressant mon visage me donnent le sourire.

Au tournant, une odeur agréable me surprend. Je continue le chemin me demandant à quoi cette senteur me renvoie. Rien ne me vient à l’esprit, l’odeur ayant subitement disparu. Je m’arrête alors et fais demi-tour pour activer ma mémoire olfactive. J’inspire profondément… et la magie opère. Ma mémoire se dévoile… Par bribes, au début : senteur boisée, enfance, air doux, appel à la prière. Je ferme les yeux et inspire à nouveau : elle se met alors à nu…

Main dans la main, je déambule avec ma mère dans les ruelles de la médina. Les échoppes des vendeurs de babouches m’intriguent : comment font-ils pour les maintenir à la verticale sur toute la hauteur de leur petite boutique, me demandais-je à chaque fois que je passais par là. La médina de Tétouan est un dédale de placettes, souks, ruelles d’antan qui sont les témoins d’une histoire riche où s’entrecroisèrent Arabo-Andalous, Berbères et Juifs. 

Ma mère s’arrête chez le degâg pour passer commande. Elle sort de son sac à main un papier et le déplie délicatement. Le degâg rectifie le schéma et y apporte une petite touche colorée sous l’œil approbateur de ma mère. Cette pièce faite sur mesure se trouve encore dans les trésors maternels : une mdama sertie de perles blanches pour la majorité et quelques-unes de couleur verte, le tout sur une ossature d’argent en plaqué or forgé.

Bien des années plus tard, au cours d’histoire, en découvrant les différentes corporations de métiers au Moyen-Âge, j’ai enfin pu mettre un nom sur le degâg de la médina : l’orfèvre. Celui de ma mère avait la particularité d’être orfèvre-bijoutier.

Bâlek, sma3, bâlek… Ma mère me tire alors vers elle brusquement. Il était moins une. Je n’avais pas vu le muletier qui tentait de se frayer un chemin dans ce dédale animé. C’était bien la dernière chose que je m’attendais à voir. Ma mère m’apprend alors que vu l’étroitesse des ruelles, celles-ci ne pouvaient être desservies que par des mulets pour fournir en marchandises les commerçants. 

En attendant que l’animal daigne avancer, j’observe autour de moi des scènes étonnantes et parfois cocasses du haut de mes 10 ans : deux garçonnets traquent un chat à jets de pierres, un jeune homme fait la cour à une demoiselle se cachant au détour d’un oranger odorant, un apprenti tisserand tire de longs fils à la porte d’une échoppe. « Il prépare chghol el m3alem pour confectionner les caftans », me raconte ma mère sans saisir la totalité de son explication.

Nous continuons à flâner et soudainement cette senteur boisée et chaude envahit le derb. Ma mère devance ma question. « On est à proximité d’un farrân, c’est l’odeur du bois », me confie-t-elle. Je passe la tête furtivement par la petite porte en bois et je vois moul farrân alimenter de brindilles la géhenne qui avalait les plateaux de pâtons ronds. Allaho akbar, Allaho akbar… « C’est l’heure de la prière de dhor. Les magasins vont fermer, il est temps de rentrer », m’annonce ma mère. 

Ma fille, qui écoutait attentivement mon récit, me ramène à la réalité. Je n’avais plus guère le choix que de troquer le labyrinthe de la médina de Tétouan pour le parc de l’Atomium. 

En descendant l’avenue, je ferme les yeux et inspire une dernière fois cette odeur de brindilles craignant de la perdre à nouveau. Mais ce n’était en réalité pas nécessaire. Cette senteur boisée avait déjà trouvé place dans ma mémoire olfactive depuis bien des années et ce, à mon insu. Elle n’est pas près de s’évaporer de sitôt…

L.M.

La solidarité, l’ADN de l’être humain

Humanité, neutralité, impartialité, autonomie sont les 4 principes fondamentaux de l’action humanitaire. Ces valeurs internationales répondent aux souffrances humaines partout où elles se manifestent, en prêtant une attention particulière aux populations les plus vulnérables. Ainsi, l’aide humanitaire ne favorise aucun camp lors de conflits armés. Elle doit être octroyée sur la seule base des besoins, sans aucune discrimination culturelle, religieuse ou ethnique. De plus, leurs finalités doivent être détachées des objectifs économiques, militaires ou autres. En effet, aucune influence politique, stratégique n’entache leurs actions. Ce besoin d’agir face à une multiplication de crises humanitaires, sanitaires fait partie de notre conscience en tant qu’être humain. Alors, l’action humanitaire est-elle la solution à tous les problèmes du monde ? L’humanitaire, nouvel acteur politique de son temps ?

Objectif : la dignité humaine

Guerres, exodes, catastrophes climatiques, famines sont observées depuis plusieurs années. Le monde actuel vit une transition dans le sens large du terme : énergétique, écologique, numérique, financière, démographique ( vagues de réfugiés économiques, climatiques, politiques). Et l’humanitaire vit dans cette complexité géopolitique à laquelle il faut répondre aux besoins, en s’adaptant aux contraintes des pays d’intervention. À travers le monde, les communautés religieuses et associatives s’empressent d’aider les plus démunis et ceux qui sont en détresse financière : une forme d’altruisme qui élève notre humanité. La multiplication des associations et des ONG est une preuve évidente du besoin d’aide dans le monde car il reste tant à accomplir. L’Homme est donc, source d’action et de soutien aux pauvres et aux faibles. Quelques fois, les actions de solidarité sont fortement limitées sur le plan géopolitique (les astreintes naturelles et climatiques, les embargos, les contraintes volontaires de l’acheminement de l’aide par des barrages militaires et par une politique « génocidaire »). En effet, cette dimension politique freine l’action humanitaire ; ce qui rend complexe leurs champs d’action. Sur le terrain, les acteurs humanitaires sont en première ligne ; c’est pourquoi ils aspirent et militent pour une forme d’immunité politique afin de ne plus être impactés par les conflits et contraintes gouvernementales. Leur démarche est une forme de politique, mais humanitaire car ils n’ont aucunement une approche d’appartenir à un parti. « Les acteurs humanitaires ont bien une responsabilité sociale et politique, celle d’alerter sur des situations de crise et de confronter les autorités politiques à leurs responsabilités vis-à-vis des populations les plus vulnérables. » Mais pour cela, il faut des partenaires convaincus et responsables. De plus, ce sont les États qui sont juridiquement garants de la sauvegarde de toutes les ressources caritatives (humaines, logistiques) sur le terrain d’intervention.

Gaza, séisme humanitaire

Veiller à acheminer jusqu’aux populations affectées par les crises, les aides nécessaires et prioritaires, souvent dans un environnement politique et sécuritaire complexe, est une tradition universelle à tout organisme. Cependant, en Palestine, le ton change et la situation reflète l’impuissance d’intervention sur le terrain. Pourtant les besoins là-bas dépassent l’entendement. En effet, les contraintes logistiques d’aide sur place prennent une tournure inhumaine concernant la bande de Gaza. Plus d’un mois après la décision de la Cour Internationale de Justice (CIJ), Israël ne permet pas l’entrée d’une aide suffisante dans la ville et ne s’est pas conformé aux ordonnances de mesures minimales, à savoir l’aide humanitaire vitale et les services élémentaires d’assistance aux populations sensibles. « L’ampleur et la gravité de la catastrophe humanitaire causée par les bombardements incessants, les destructions et le siège étouffant mis en place par Israël, exposent plus de 2 millions de Palestiniens de Gaza à des préjudices irréparables. » Les images de cette catastrophe humanitaire nous parviennent des réseaux numériques. Des scènes de chaos où les convois terrestres ont été attaqués par les forces israéliennes et pillés par des civils palestiniens désespérés. C’est pourquoi, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) décide d’envoyer l’aide par voie aérienne. Initialement utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale pour ravitailler les troupes isolées sur le terrain, les parachutages sont devenus un outil apprêté pour l’acheminement de l’aide. Ils ont été servis pour la première fois par les Nations Unies (ONU) en 1977. Cependant, ils sont considérés comme le « dernier recours » lorsque les options efficaces échouent.
Entrer à Gaza, c’est entrer dans une zone de guerre dans laquelle les bombardements et les tirs sont incessants. Les humanitaires exposent leurs vies pour mener à bien leur mission afin de livrer l’aide vitale à la population, et sont impactés par les atrocités des offensives. Leur posture est un défi de détermination et de courage.

L’humanitaire est interpellé dans sa conscience, dans son éthique et dans ces valeurs (citées en début d’article) face à Gaza. D’abord, par une situation qui continue de se nécroser humainement sur le terrain et surtout par l’échec cuisant de l’international (ONG, ONU, CIJ, PAM, OXFAM, AMNESTY INTERNATIONAL, UNICEF, …). « Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres. »

Najoua

Histoire de la Reconquista

La Reconquista désigne la reconquête par les chrétiens de l’Espagne occupée par les musulmans depuis le 8ème siècle. Contrairement aux idées reçues, la Reconquista est une période très longue qui commence pratiquement tout de suite après la prise du pouvoir par les conquérants musulmans.  

En 711, le lieutenant berbère Tarik Ibn Ziyad franchit le détroit de Gibraltar avec ses troupes et inflige une cuisante défaite au dernier roi wisigoth, Rodrigue. Les musulmans ne tardent pas à conquérir toute la péninsule, à l’exception des régions montagneuses du nord.  

Au nord, précisément, subsistent quelques territoires aux mains des chrétiens, rejoints par de nombreux citoyens ayant fui vers le nord lors des invasions.  Ces gens maintiennent farouchement leur culture et leur identité,  et cultivent un espoir de reconquête des territoires perdus. Ils entrent en résistance et ne tardent en réalité pas à prendre les armes. 

Le premier épisode connu de Reconquista se déroule en 722  à Cavadonga  dans les Asturies.  Mais, divisée, l’Espagne chrétienne n’est alors pas en position de force face aux Musulmans, qui s’enracinent sur le territoire, et connaissent une fabuleuse période de rayonnement culturel et intellectuel, avec pour centre névralgique la cité de Cordoue. Progressivement, la situation tend à s’inverser et le califat se morcelle en différents petits royaumes appelés les Taïfas.  

Au 11ème  siècle, le royaume de Castille gagne en puissance et son roi, Alphonse XI reprend Tolède aux Musulmans.  Les Almoravides, une dynastie berbère d’Afrique du Nord, viennent en renfort et prennent la tête du royaume musulman. Ils seront remplacés plus tard par les Almohades. Le 13 ème siècle voit tomber aux mains des chrétiens les villes de Cordoue, de Valence et de Séville. À la fin du XIIIème siècle, les musulmans n’occupent plus que le royaume de Grenade. 

La Reconquista se termine vers 1492 avec la prise de Grenade. La lutte des chrétiens pour reprendre les territoires aura donc duré près de sept siècles. Sept siècles durant lesquels les musulmans auront connu le rayonnement et la grandeur, puis la décadence et le déclin.  Beaucoup de musulmans qui admirent les vestiges architecturaux de cette grandeur en visitant l’Andalousie, se trouvent assaillis par des sentiments d’admiration et de nostalgie. 

Impression de paradis perdu et  mélancolie à l’évocation des splendides réalisations des musulmans de cette époque faste. 

Il convient cependant de ne pas s’attarder sur ces émotions douloureuses, voire stériles…. 

تِلْكَ أُمَّةٌۭ قَدْ خَلَتْ ۖ لَهَا مَا كَسَبَتْ وَلَكُم مَّا كَسَبْتُمْ ۖ وَلَا تُسْـَٔلُونَ عَمَّا كَانُوا۟ يَعْمَلُونَ 

«Voilà une génération bel et bien révolue. A elle ce qu’elle a acquis, et à vous ce que vous avez acquis. On ne vous demandera pas compte de ce qu’ils faisaient» 

C’est par ces paroles que le Coran nous invite à faire la part des choses. Le passé doit servir à tirer des enseignements et non à s’engluer dans le regret ou à s’y agripper.  

L’attitude positive et constructive consiste plutôt à se mettre en mouvement et à réaliser chacun à son échelle, aujourd’hui et maintenant, les actes et les projets qui élèvent les individus du statut de consommateur passif à celui d’acteur productif de la société.  

Hayat Belhaj  

« La mort est une longue espérance »

Dans son dernier roman historique captivant, « Les Révoltés de Cordoue », Ildefonso Falcones nous transporte magistralement dans l’Espagne tourmentée du XVIe siècle, offrant une fresque vivante de la lutte pour la coexistence entre deux mondes en conflit. À travers une narration riche en rebondissements et en personnages, l’auteur plonge les lecteurs au cœur des tourments de l’histoire, tout en proposant une réflexion profonde sur la tolérance et la fraternité.

Le récit se déroule dans l’Espagne post-Reconquista, une époque marquée par les horreurs de l’Inquisition et les ravages de la guerre. Sous le règne implacable de Philippe II, les musulmans sont persécutés, brûlés au bûcher, réduits à l’esclavage, et les femmes sont arrachées à leurs foyers pour être placées dans des harems. La terreur règne, et chaque acte de foi devient un acte de rébellion, sévèrement puni par le bras de l’Inquisition.

Au milieu de ce chaos surgit Hernando Ruiz, un homme aux identités multiples, fils d’une musulmane violée par un prêtre chrétien. Sa vie est un kaléidoscope de souffrances et de défis, mais aussi d’amour et d’espoir. Alors que la fatwa venue d’Oran circule en Espagne permettant aux musulmans de dissimuler leur pratique religieuse, Hernando lutte alors pour cacher sa foi et survivre dans un monde où les deux religions se livrent une imposture sans merci.

Pourtant, au-delà des ténèbres de l’Inquisition, l’amour est bien présent et devient inébranlablement une source d’espoir, adoucissant les actes de barbarie décrits dans le roman. Dans « Les Révoltés de Cordoue » d’Ildefonso Falcones, l’amour se présente sous deux facettes distinctes, chacune portant en elle une puissance transformative.

D’un côté, il y a l’amour mondain entre Hernando Ruiz et Isabelle, une chrétienne pure souche. Leur passion interdite transcende les barrières religieuses et sociales, défiant les conventions de leur époque. C’est un amour passionnel, puissant, qui les pousse à défier l’ordre établi pour être ensemble, malgré les dangers qui les guettent.

D’un autre côté, il y a l’amour pour Dieu avec Fatima, sa première épouse, celui qui, dans l’union, transcende les limites du temps et de l’espace. Hernando découvre la puissance de l’amour divin, une force intérieure qui le pousse à persévérer et à embrasser pleinement sa destinée. Un lien sacré qui devient le fondement sur lequel il construit sa vie.

En parallèle à cette réflexion sur l’amour et la foi, il est intéressant de noter les résonances contemporaines que ce roman historique suscite. La France, par exemple, se trouve confrontée à ses propres défis identitaires et religieux. L’utilisation du terme « Reconquête », lancé en 2021 comme nom de parti politique, soulève des questions sur les intentions et les objectifs du parti, ainsi que sur la manière dont il envisage l’avenir de la société française et ses relations avec les communautés minoritaires.

Bien que le contexte historique de la Reconquista et les défis contemporains de la société française soient différents, l’utilisation de ce terme comme nom de parti politique soulève des préoccupations légitimes quant à la manière dont il peut être perçu et interprété, en particulier à la lumière de l’histoire européenne et des tensions actuelles autour des questions d’identité, de religion et d’immigration.

En conclusion, la lecture de « Les Révoltés de Cordoue » nous ramène inévitablement à la gratitude envers le Tout-Puissant pour la liberté de pouvoir adorer selon notre croyance, sans contrainte ni crainte de persécution. Nous sommes reconnaissants de vivre aux côtés de nos époux et de nos enfants, sans craindre que nos foyers soient détruits et nos familles arrachées par les forces de l’inquisition. La possibilité d’avoir un exemplaire du Coran dans nos maisons sans avoir à le cacher est une bénédiction que nous devrions réellement apprécier. Autant de bienfaits méritent encore plus de louanges à Allah !

Hana

L’économie mondiale est heureuse

Alors que le climat politique général ne semble pas propice aux bonnes nouvelles, les marchés financiers, quant à eux, sont excités et semblent déterminés à atteindre de nouveaux sommets. Ils n’ont pas cessé de monter. Depuis le 9 mars, ils ont décidé de souffler après une longue période très haussière. Ils corrigent. Alors que certains y voient un point d’entrée pour faire leurs emplettes, d’autres se posent des questions et peinent à donner des raisons à ces tendances haussières dans une réalité économique plutôt amère. L’or, considéré jusqu’à présent comme le refuge de tout investisseur, est en parfait accord avec la tendance boursière.

Sommes-nous à l’aube d’un éclatement ? La bulle spéculative s’est-elle réellement dégonflée depuis 2019 ? Pourquoi les marchés sont-ils sur une lancée frénétique ? Qu’est-ce qui échappe à notre compréhension ? Une économie boursière en déconnexion totale avec la réalité et le contexte géopolitique.

En effet, contrairement aux marchés financiers, le climat politique semble présenter des tâches sombres partout dans le monde :

  1. Le Moyen-Orient est toujours en guerre : Israël continue ses frappes incessantes sur la Palestine. Le bilan des civils tués compte plus de 31 000 Palestiniens tués (et 1 200 Israéliens) et plus de 73 000 blessés (et 5 341 Israéliens).
  2. Une Union européenne aux tensions bien marquées : Macron annonce la possibilité d’envoyer des troupes occidentales en Ukraine, une annonce immédiatement contredite par son homologue allemand, Olaf Scholz.
  3. Un OTAN recadré par les États-Unis : Biden recadre les propos de Macron et confirme que les États-Unis n’enverront pas de troupes en Ukraine.
  4. La Russie répond aux propos occidentaux : La Russie poursuivra toujours ses ambitions. La guerre ne semble pas encore trouver sa fin : « Quant à ces pays qui disent qu’ils n’ont pas de ligne rouge concernant la Russie, ils doivent comprendre que la Russie n’aura aucune ligne rouge les concernant ».
  5. Les États-Unis sont bien occupés par les élections et s’apparentent à des règlements de comptes personnels ;
  6. Des médias qui continuent de mentir ;
  7. Des manifestations et des révoltes…

La résilience des marchés financiers

Une pluie de mauvaises nouvelles et pourtant la bourse s’envole. Les marchés font abstraction de ce qui les entoure. Ils sont résilients et déterminés à monter. Bulles spéculatives ?

Le Cac40 (8164 points) et le SP500 (5117 points) ont atteint des plus hauts jamais atteints précédemment. Le Dow Jones a dépassé les 38 700. Sa hausse de 445 % lors de la bulle de 1921 s’est suivie d’un krach de 90 %. De même après la bulle de 2007 (hausse de 486 %), le Dow Jones a subi un krach de 54 %. Aujourd’hui, il a augmenté de 497 %. Quand et à quel krach pouvons-nous nous attendre ?

Quant au Bitcoin (72 000), il a aussi pris la direction de la lune. L’or avait pour habitude d’être un actif de refuge et le voilà qui suit les mêmes tendances que le bitcoin ou la bourse. Comme les taux d’intérêt sont supérieurs à l’inflation, les rendements sur les épargnes sont censés être plus attractifs que l’or. En effet, mettre de l’argent en épargne devrait être plus intéressant que l’investir en or puisque l’or ne génère pas de taux d’intérêt. Or, l’or ne cesse lui aussi d’augmenter et a atteint des sommets jamais atteints. Si l’or monte alors que tout « semble aller bien », c’est que tout ne va pas bien.

Qu’est-ce qui pourrait donc déclencher l’effondrement de ces marchés ? La dette publique !

La dette, un monstre dans le placard

D’autant que la dette publique continue, quant à elle, de monter et le politique ne semble pas s’en soucier. On la laisse mijoter telle une cocotte-minute.

Le graphique ci-dessous nous donne une indication sur la dette de chaque pays en 2022. La Belgique dépasse les 104 % du PIB de notre pays. Ce qui signifie que l’État belge doit trouver une façon de recouvrer sa dette. (En France, la dette est de 117 % et 116 % en Espagne). Deux solutions existent pour cela :

• Soit on augmente l’impression monétaire. Étant donné l’inflation trop élevée, cette option n’est pas (plus) envisageable (voir l’article précédent qui explique le lien entre l’inflation et l’impression monétaire). La BCE ayant déjà trop abusé de l’impression de la masse monétaire, cette solution est exclue. • Soit la Belgique augmente les impôts et c’est cette solution qui sera retenue.

Lorsque les États augmenteront les impôts, les gens consommeront moins. Ils investiront moins dans les marchés financiers et voudront épargner. Les bulles spéculatives exploseront. Les investisseurs se détourneront des marchés à risque pour se diriger vers les marchés de refuge tels que l’or. Si les taux d’intérêt restent élevés, on préférera mettre son argent dans les épargnes ou obligations.

Ainsi, face à des marchés insensibles, les investisseurs doivent rester vigilants et garder le recul nécessaire pour se poser les bonnes questions. Est-ce le moment d’investir ? Les marchés sont-ils sains ? Comment reconnaître un bon point d’entrée ? Autant de questions que de réponses incertaines. Et pourquoi ne pas laisser la tempête passer avant d’investir ? Un vieil adage conseille d’acheter sous le bruit du canon et de vendre sous le doux son du violon. C’est quand tout semble être bon qu’il faut se méfier…

Voyons le bon côté des choses, les périodes de crise sont les meilleurs moments d’investissement. La patience est de mise et tout vient à point à qui sait attendre.

Nelm

Mois béni, mois de réforme

Il est arrivé, le mois de ramadan et avec lui tous nos espoirs de réforme, de renouvellement, de changement profond. Attendu de pied ferme pour donner un renouveau à notre quotidien, ce mois de ramadan est avant tout un espoir, celui de devenir la meilleure version de nous-même. Un moment de pause dans l’agitation effrénée de nos quotidiens pour puiser l’énergie spirituelle qui nous fera repartir… 

Chaque année, des millions de musulmans à travers le monde attendent avec impatience l’arrivée d’un invité particulier. Ce mois béni est bien plus qu’une simple période de jeûne et d’abstinence ; c’est un temps de réflexion profonde, de réforme intérieure et de connexion spirituelle avec Allah. Alors que nous savourons déjà les premiers jours de  cette période intense, il est important de comprendre la signification profonde de ce mois et les opportunités qu’il offre pour un changement positif dans nos vies.

En effet,  le jeûne n’est que l’un des nombreux aspects du ramadan. Plus qu’une simple abstinence alimentaire, le ramadan est une période de purification de l’âme. C’est une occasion de se détourner des distractions du monde matériel et de se rapprocher de Dieu par la prière, la méditation et la lecture du Coran. C’est un moment de réflexion profonde sur nos actions passées, nos erreurs et nos faiblesses, et une opportunité de nous engager dans une introspection sincère et une autodiscipline.

Le Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) a dit : « Quiconque jeûne pendant le mois de ramadan avec foi et espoir en la récompense divine, ses péchés passés lui seront pardonnés. » Cette parole prophétique souligne l’importance spirituelle du ramadan en tant que période de repentir et de pardon. C’est une chance de se libérer du fardeau des péchés passés et de recommencer à zéro avec une conscience renouvelée et un cœur purifié.

En plus du jeûne et de la prière, le ramadan est également un moment privilégié pour la charité et la générosité envers les autres. Ce mois nous rappelle l’importance de la compassion et de la solidarité envers ceux qui sont dans le besoin. A cet égard, une pensée particulière pour nos frères à Gaza qui rompent chaque soir leur jeûne entouré de ruines, avec la peur de ne pouvoir jeûner le lendemain.

Le ramadan, c’est également une occasion de renforcer les liens familiaux et communautaires. Les mosquées animées par des prières collectives, des rappels,  lectures du Coran et des activités spirituelles tout au long du mois, offrent aux croyants un sentiment de communauté unie dans le même objectif de répondre à l’appel du Seigneur.

En conclusion, le ramadan est bien plus qu’une simple période de jeûne. C’est un mois de réforme spirituelle, de retour à Dieu et de renouvellement de notre engagement envers les valeurs de l’Islam. C’est une opportunité précieuse de se rapprocher de notre Créateur, de purifier nos cœurs et nos âmes, et de nous engager dans des actions qui nous rapprochent de la piété et de la vertu. Puissions-nous accueillir ce mois béni avec une attitude ouverte et un esprit humble, prêts à embrasser les bénédictions et les enseignements qu’il apporte à nos vies.

Ramadan Mubarak à tous. 

H.B.

Le prix du paradis

« Un des signes révélant que l’individu compte sur ses œuvres est que son espoir s’amenuise lorsqu’il fait un faux pas ».

Le prix du Paradis

Quel est le prix du Paradis promis par Allah exalté soit-Il aux croyants ? Cette question est au cœur de la première sagesse d’Ibn ‘Ata Allah As Sakandari, extraite de son ouvrage « Al Hikam ».

La plupart d’entre nous ont déjà entendu le hadith de notre bien-aimé Messager sws : « Personne n’entrera dans le paradis, si ce n’est par la miséricorde d’Allah ». Si nous le connaissons, il est bien rare que nous prenions vraiment la mesure de ce message précieux.

Certes notre Seigneur et Créateur nous exhorte inlassablement à accomplir de bonnes actions. Au point que l’action est directement accolée à la foi dans des dizaines de versets du Coran : « Ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres » nous dit Allah exalté soi-Il. L’Islam est une religion de l’action. D’ailleurs la foi en Islam est conviction par le cœur, prononciation par la langue et œuvres par les membres. Il est inconcevable dans notre croyance de dire, la foi c’est uniquement dans le cœur. Non, il faut aussi poser des actes.

Ceci étant dit il est capital de prendre conscience que ce ne sont pas ces actes qui constituent notre clé pour le paradis. Car le Paradis préparé pour les croyants, qui contient ce que nul œil n’a vu, nulle oreille n’a entendu, n’est pas une denrée dont on peut fixer le prix et débourser la valeur. Voudrions-nous le payer contre toutes les richesses de ce monde que ce serait impossible. Et les bonnes actions aussi nombreuses soient-elles ne sont pas suffisantes pour mériter cette récompense.

Ainsi donc, les bonnes œuvres auxquelles Allah nous appelle doivent nous servir à tenter de gagner Sa satisfaction, et de par celle-ci, Son pardon et Sa miséricorde. Cette miséricorde qui est la vraie clé pour le paradis. Si nous assimilons cette donnée, nous ne négligerons aucune action, minime soit-elle, qui est accomplie avec sincérité et pour Lui plaire. Mais nous ne compterons pas sur nos œuvres, mais sur Sa Clémence et Sa Générosité, vu que nos actes sont toujours insuffisants et imparfaits.

On prendra aussi conscience que ce n’est que par la permission de notre Seigneur, que nous nous sommes mis en action. Pas par notre mérite, et nous serons ainsi pleins de reconnaissance et d’humilité.

D’autre part, dit Ibn ‘Ata Allah As Sakandari, nous ne devons pas tomber dans le désespoir lorsque nous échouons et tombons dans les travers de notre âme. Ici encore, nous ne comptons pas sur nos actes, mais sur Sa miséricorde envers nous, c’est donc par le repentir et le retour au droit chemin que nous rechercherons à nouveau Sa Grâce.

Cela signifie-t-il alors que les bonnes actions n’ont pas d’importance et qu’il n’est pas nécessaire d’œuvrer ? Il faut être attentifs à ne pas tomber dans ce stratagème de chaytan. En effet, Allah exalté soit-Il nous enseigne que Sa miséricorde embrasse toute chose. Or, dit-Il après cela : « Je la destine à tout le monde » ?

Non. Mais Il dit plutôt : « Je la destine à ceux qui craignent » . Or nul doute que la crainte et l’état de servitude du croyant, c’est de se conformer à ce que Dieu lui prescrit, et de s’abstenir de ce qu’Il lui interdit. Nous en revenons donc à l’action. L’action comme moyen d’obtenir l’agrément et le pardon de notre Seigneur, qui par Sa Générosité et sa Miséricorde, nous fera entrer au paradis.

Avec la tête et avec le cœur

Le savant Ahmad Ibn ‘Ata Allah As Sakandari, appelé aussi Al Iskandari (comprenez celui qui vient d’Alexandrie), est né en Égypte au 7ème siècle de l’hégire. Sa famille fait partie des premiers Arabes installés en Égypte dès les premiers temps de la conquête islamique. Il est issu d’une lignée de juristes et maîtrise plusieurs sciences dont celle du tafsir (exégèse coranique) et du hadith, la jurisprudence et ses fondements, la grammaire et la rhétorique entre autres.

Ce n’est que dans la seconde partie de sa vie qu’il se penche sur la science du Taçawwuf, cette voie d’élévation spirituelle, qui vise au rapprochement d’Allah subhanahou wata3ala. Par la purification du cœur et la domination des penchants de l’ego, il appelle à l’introspection et à la lutte contre les vices de l’âme. Reposant à la fois sur un dogme ferme et une pratique consciencieuse, le Taçawwuf utilise l’évocation abondante et la méditation, ainsi qu’un certain détachement du bas monde, afin d’élever l’âme vers la spiritualité et la connaissance de Dieu.

Ibn ‘Ata Allah As Sakandari a écrit plusieurs ouvrages dont « Al Hikam » ou « Les Sagesses ». L’ouvrage se présente comme un recueil de courtes sagesses, dans lesquelles il s’adresse à son disciple, et le conseille sur les moyens de vouer à Allah un monothéisme pur, de purifier son cœur et son âme, sur l’amour de Dieu et la quête de Sa proximité, le tawakkul etc…. 

Hayat Belhaj

Les visiteurs en 2023 (épisode 3)

Ginette, qui avait bu les dernières gouttes de la potion qui tapissaient le verre dans lequel elle avait verser son soda, reprit ses esprits.

Ginette : Mais qu’est-ce que … ? Ohé ?! Y a quelqu’un ? Mais où est-ce que j’ai atterri ??

Elle alluma la lampe torche de son gsm. 

Ginette : Oh la vache !!! Boire une potion magique pour atterrir ici !

Attendons voir… Par-là, il y a de la lumière au fond. Il faudrait d’abord que je m’oriente. Je n’ai pas de réseau… Quel chemin prendre ? Ah mais, maintenant que j’y pense… Il y a des plaques de rue dans les égouts. En tout cas, dans la Grande Vadrouille, il y en avait ! Ah, en voici une : Place de l’Opéra – 9e Arrt.

Ça alors, pour une coïncidence, c’en est une ! Me voilà sous l’opéra Garnier, sur les pas de Bourvil et De Funès ! 

Il doit y avoir une plaque d’égout. En voilà une. Bon sang ! Elle est bloquée. Ils doivent être les derniers à l’avoir déplacée…

Ginette éclaira les alentours à l’aide de sa lampe torche et se fraya un chemin dans le dédale des célébrissimes égouts de Paris.  Elle continua vers l’ouest où elle était sûre de pouvoir trouver une sortie, non loin de la Tour Eiffel.

Ginette : Enfin, me voilà dans le 8e arrondissement ! Avenue Jacques Lacan. 

Ginette monta les escaliers qui menèrent à ce qu’elle pensait être une plaque d’égout.

Ginette : C’est pas vrai, elle est bloquée aussi ? Mais elle n’est pas en acier, c’est bizarre… Ce n’est pas une plaque d’égout. Tiens, on dirait une trappe. Mais… j’entends des voix… Ohé ?

Y a quelqu’un ??

Entretemps, dans le placard chez le psy…

Jacquouille : Oh Messire, il avance, on va se faire repérer.  Messire… Vous entendez, on dirait Dame Ginette.

Monseigneur Godefroid : Dame Ginette, ici ?!

Jacquouille : Sous nos pieds.

Ginette : Jacquouille, c’est toi ? Je n’arrive pas à ouvrir la trappe. Elle est coincée. Tire de l’intérieur.

Jacquouille : Je n’y arrive pas, non plus. Messire !!! 

A cet instant précis, le psy ouvrit d’un coup sec la porte du placard.

Le psy :  Tiens…  

Le psy inspecta le placard. Tout était à sa place mais un objet peu commun roula et vint fouler son pied. Il le ramassa et l’inspecta de plus près.

Jacquouille : Oh, il était moins une ! Monseigneur, vous m’avez sauvé ! Je vous dois une fière chandelle.

Monseigneur Godefroid : Tu n’es même pas capable d’ouvrir une trappe ! Par Dieu tout puissant ! 

Ginette : Je me disais bien que c’était vous ! Mais qu’est-ce que vous faites ici ?

Monseigneur Godefroid : Dame Ginette ! Je me réjouis de vous voir bien que je ne pensais pas vous revoir d’aussitôt. Comme vous pouvez le constater, nous n’avons pas atterri dans le bon siècle.

Ils se reposèrent un moment et décidèrent de continuer leur chemin jusqu’à la prochaine issue. Quelques centaines de mètres plus loin, une autre trappe se présenta à eux. Monseigneur Godefroid la débloqua et ils entrèrent dans un tunnel.

Des chants sourds qu’ils ne pouvaient distinguer leur parvenaient. Au bout du tunnel, ils ouvrirent une porte qui donnait sur une salle richement décorée et illuminée par des lustres en cristal.

Jacquouille : Mais… où sommes-nous ?

Monseigneur Godefroid : Je crois que nous sommes dans une synagogue.

Cachée derrière de larges et épaisses tentures de velours, Ginette distinguait le rabbin qui allumait une bougie et l’assemblée récitant des chants religieux. D’autres personnages présents lui semblaient familiers…

Jacquouille : Oh, Messire… Ils vont nous prendre pour des Croisés… C’en est fini de nous !

Ginette : T’inquiète, mon Jacquouille, nous ne sommes pas dans une synagogue. Regarde là-haut, ce qui est écrit : Liberté-Egalité-Fraternité.

Jacquouille : Mais… je ne comprends pas.

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout puissant ! Ma patrie qui entonne des chants religieux hébraïques ! 

Jacquouille : Messire… vous avez vu qui est là ?

Ginette : Qui ça, Maque Rond ?

Jacquouille : Non, pas le pantin… Celui qui se trouve là… à l’extrême droite. On l’a vu chez le psy.

Ginette : Noooon ?! T’en as vu d’autres chez le psy ? Vas-y, balance ! Non, laisse-moi plutôt deviner…  Gérald ? Elisabeth ? Elle en aurait des choses à raconter !

Jacquouille : Sem-More !

Ginette : Aah lui ?! Ça ne m’étonne pas. Il a une telle haine des musulmans. C’est bien qu’il aille se soigner… Qui d’autre ?

Jacquouille : Méthane Yahou…

Ginette : Oooooh, c’est pas vrai ?! Qu’est-ce qu’il a dit ? Un père tyrannique ? Il passait ses nuits dans un placard dans le noir ?

Jacquouille : Je suis resté sur ma faim… Il a dû partir… pour larguer des bombes.

Monseigneur Godefroid : Dites-moi, Dame Ginette. Je crains de ne vraiment rien comprendre à ce nouveau millénaire… Vous m’avez bien dit que la Terre de mes ancêtres, les vaillants Francs, n’était plus terre chrétienne…

Ginette : Ah ouais, ça, depuis l’temps…

Monseigneur Godefroid : … et donc le crédo de la république est bien la laïcité ?

Ginette : Euh… ouais c’est ça.

Monseigneur Godefroid : Alors, comment peut-on expliquer qu’on allume une bougie pour célébrer une fête religieuse et que des incantations hébraïques soient prononcées à l’Elysée, temple de la laïcité, sous l’approbation du chef d’État ?

Ginette : Ouais là, je dois bien dire que je ne comprends plus rien. Je n’arrête pas d’expliquer à ma voisine Karima qu’elle ne peut pas travailler avec son voile dans une institution publique car l’état est laïc mais là, je ne sais plus ce que je vais lui sortir comme excuse…

Jacquouille : Messire, laissez-les donc… 

Monseigneur Godefroid : Non, Jacquouille. Où sont les valeureux Seigneurs qui dirigeaient notre patrie ? Les valeurs chrétiennes étaient portées haut. Que reste-t-il aujourd’hui ? 

Ginette : Dis à ton Godefroid de faire gaffe à ce qu’il dit… Il pourrait se faire accuser d’antisémitisme.

Jacquouille : C’est ce que j’essaye de lui dire mais…

Monseigneur Godefroid :  Moi, être accusé d’antisémitisme ? Mais quel est le rapport avec ce que j’ai dit.

Jacquouille : Aucun, Messire… Aucun rapport…

Mais, il n’en faut pas toujours, Messire… Il n’en faut pas toujours pour être accusé…

Excédé et lassé, Monseigneur Godefroid se tut et se rendit compte que ce bon vieux Jacquouille paraissait plus avisé qu’il ne l’était lui-même sur certains points. Sa position sociale a sans doute contribué à lui ouvrir les yeux sur les injustices et l’hypocrisie dont peuvent faire preuve les dirigeants… et ce, quel que soit le siècle, en fin de compte.

Monseigneur Godefroid : Allons-nous en d’ici !

Ginette : Viens, mon Jacquouille ! 

Ils disparurent un à un derrière les tentures et reprirent le tunnel qu’ils avaient emprunté. Arrivés dans les égouts, ils reprirent leur marche en direction de l’est vers la Place de la République.

Jacquouille : Pourquoi tenez-vous absolument à vous rendre à la Place de la République, Monseigneur ?

Monseigneur Godefroid : Pour faire porter ma voix haut et fort !

Jacquouille : Comment ça ?

Ginette : Chaque semaine, il y a une manifestation pro-Palestine sur la place de la République.

Jacquouille : Comment le savez-vous, Messire ?

Monseigneur Godefroid : Je l’ai vu dans les informations quand nous étions à Bruxelles.

Après s’être démenés pour passer par la sortie d’égout, les voilà enfin sur la Place de la République.

Les calicots et banderoles en tous genres arboraient des slogans tels que : Cessez-le-feu – Free Palestine – Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine…

A suivre…

L.M.

Le temps de la mémoire : hommage aux premiers immigrés

Selon les statistiques sur l’origine de la population belge, la proportion d’origine étrangère représente 20% de la population totale [1] dont la citoyenneté marocaine se trouve en tête du classement. C’était en 1964, que ces 2 pays, la Belgique et le Maroc signèrent une entente d’occupation des travailleurs marocains.

60 ans de présence marocaine en Belgique font suite à l’époque des conventions sur la main-d’œuvre entre l’Europe et l’Afrique du nord. Les appels d’offres inondaient les radios et les journaux des pays méditerranéens : contrats en bâtiments, dans l’industrie, dans les mines. L’Europe courtisait une main-d’œuvre afin de reconstruire les états dévastés par la Seconde Guerre mondiale… Un eldorado pour certains, un calvaire pour d’autres, et certainement un déracinement pour tous.

Des bribes de souvenirs

Après avoir constaté que la main-d’œuvre européenne était manquante, la solution d’aller chercher dans les pays colonisés un autre type d’ouvrier devenait vitale pour rebâtir. Ainsi, « l’étranger » traverse la mer et arrive dans un pays d’accueil où les difficultés d’adaptation se font ressentir dès le premier pas posé : la langue du pays, les us et coutumes, les défiances mutuelles, l’ignorance des droits.

Les pouvoirs publics belges [2] dans leur politique d’accueil ont peu investi dans les installations des « immigrés-ouvriers » : pas assez de logements adaptés aux grandes familles, peu ou pas de connaissance de leurs droits quant aux heures prestées, les écoles où étaient scolarisés les enfants devaient se débrouiller avec les moyens du bord. Les élections sociales vont permettre aux travailleurs d’élire leurs représentants aux conseils d’entreprise et aux comités de sécurité et d’hygiène. Cependant, la communauté marocaine ne sera pas représentée (souvent par crainte et/ou par ignorance) ce qui est différent pour les autres travailleurs venant de pays européens comme l’Italie et l’Espagne.

Les conditions de travail pénible, la difficulté de se loger dignement et les stéréotypes, le racisme, la xénophobie faisaient aussi partie de leur quotidien. Travailler pour subvenir aux besoins des familles, puis repartir d’où l’on est venu. C’était l’objectif de tant d’immigrés marocains. Mais, les enfants de la première génération aspiraient à autre chose. Ils n’ont connu que la Belgique, ont été bercés par la culture belge dès leur plus tendre enfance. Pour eux, hors de question de partir sur la terre de leurs parents. Des enfants « déracinés » entre deux terres. En Belgique, l’étiquette d’enfant d’« immigrés » et au Maroc, l’étiquette d’enfants « européanisés » colle à leur peau. En d’autres termes, ils sont les enfants de nulle part.

Le lien intergénérationnel

La notion de travail pour la jeune génération bouscule leur identité. Leurs parents, venus parfois avec une petite valise pour des lendemains meilleurs, furent le premier socle d’un lien intergénérationnel. En effet, les conditions de travail des premiers immigrés étaient très difficiles, leurs postes étaient souvent laborieux et dangereux dans les mines, la métallurgie. Aujourd’hui, la deuxième descendance veut sortir de cette vision ancienne de la migration vers le travail industriel. C’est pourquoi, ils sont porteurs de projets sociaux, culturels, politiques, et se détachent de la continuité du schéma migratoire perpétué par leurs parents.

De plus, un travail de mémoire [3], pour entretenir ce lien entre les premières générations et les suivantes, est nécessaire afin de comprendre les conditions d’arrivée des parents en terre d’Europe. La connaissance d’un pan de l’Histoire permet de remettre du lien entre les familles. Un devoir de mémoire plus que vital pour les enfants d’immigrés doit toujours être retracé afin de comprendre sa propre situation de jeunes nés en Belgique. Renier son passé, c’est renoncer à son avenir. On hérite de la culture de nos parents, et on façonne la nôtre en l’exprimant à travers nos aspirations et nos projets d’avenir.

Se sacrifier pour une meilleure vie, c’était leur priorité. Les commémorations en l’honneur de nos anciens sont indispensables pour tracer leurs sacrifices et leur courage. Le rattachement à la culture et le droit à l’intégration font émerger une élite marocaine dans divers pôles : politiques, artistiques, entrepreneuriat. Aujourd’hui, les enfants des flux migratoires marocains portent en eux le changement et ce, dans une société belge multiculturelle puis, timidement, tracent la voie de la transmission et se réapproprient les récits de leurs parents…

À nos pères.

Najoua, fille d’immigrés


[1] Site de STATBEL sur le site www.fr.360.ma/mondestatistique.

[2] Pour en savoir plus : « Emigrés nord-africains de Belgique » documentaire réalisé par la RTB la deux en 2004 avec des archives de 1970, sur YouTube dans le blog de emya noiram.

[3] Pour en savoir plus : http://www.rtbf.be/article/les-maroxellois-fetent-60-ans-dimmigration-cest-important-daller-a-la-source-11331276