Lira bien qui lira le dernier 

Le conte nous amène dans un monde où les frontières entre la vie et la mort, le bien et le mal sont constamment remises en question. Un monde où la réalité est aussi fluide que l’esprit et où les décisions d’un instant peuvent changer le destin de tout un royaume. C’est une histoire qui explore les thèmes de la confiance, du pouvoir, de la loyauté et de l’identité; tout en nous rappelant que chaque action entraine des conséquences, souvent imprévisibles.

Le conte commence avec un souverain épris de savoir, qui, un jour, se voit apprendre par un philosophe l’art de transférer l’esprit d’un corps à un autre. Mais, comme souvent dans les contes, avec un grand pouvoir vient une grande tentation.

Voici le récit captivant d’un conte initiatique, mélangeant le rationnel et le merveilleux…

« Dans les temps heureux où les rois étaient savants et philosophes, un roi du nom d’Isildur aimait les gens de lettres et lorsqu’il apprenait qu’il y en avait_ qu’ils soient de son pays ou étrangers_ il les faisait venir à sa cour, et les engageait à y demeurer en leur offrant de grandes gratifications. Cette générosité lui attirait toujours de beaux génies, avec lesquels il s’entretenait souvent de toutes choses.

Un jour, comme il discutait avec un philosophe qui passait pour être fort habile des secrets de la nature, sur les merveilles du monde et sur la « transmigration » des âmes ; le roi, fort curieux, voulut en savoir davantage. Le philosophe, qui ne cherchait qu’à lui plaire, lui répondit : « Majesté, puisque vous me l’ordonnez, je vous propose un exemple, qui est plus fort que tous les raisonnements du monde, et vous demeurez d’accord que vous n’avez jamais rien vu de plus grand, ni de plus surprenant.

La passion de voyager, dit-il, me fit rencontrer un jeune homme, très savant. En chemin, pour rendre le voyage plus agréable, nous nous entretenions de diverses affaires, et principalement des choses remarquables de la nature. Ainsi, il me dit qu’il connaissait un phénomène surpassant tout ce qu’on voyait de plus extraordinaire. Ces paroles me surprirent. Et il reprit : « Vois-tu, compagnon de route, lorsqu’il me plait de changer de corps, je tus un animal et après avoir proféré quelques mots, mon esprit y entra, laissant mon corps inerte à ces côtés. Lorsque j’y restai autant que je le désirai, je retourne à mon corps qui ressuscita, laissant celui de l’animal assurément mort. » Cela me parut impossible ! Le jeune homme, voyant mon incrédulité sur mon visage, m’en fit l’expérience aussitôt. Néanmoins, fort aise de vouloir connaitre son secret, je le supplie de m’en révéler plus. Et il me l’a enseigné. »

Le roi Isildur ne pouvant croire ce que ce philosophe lui racontait, lui rétorqua : « Ton histoire est bien fabuleuse, pauvre égaré, es-tu sûr que ton esprit ne t’a pas dupé ? M’en déplaise d’être en présence d’un fou ?! Sache que je n’apprécie guère cette tentative de me berner. » Et voulant connaitre le fin mot de cette histoire, il ajouta : « Cependant, fais-en la preuve en ce lieu et en ma présence. Et si tu y réussis, je te croirai volontiers et continuerai à te gratifier de mes biens. »

Le philosophe, qui ne voulut point passer pour un dément, demanda un animal. On lui apporta un moineau. Et l’ayant en main, il l’étrangla. En se penchant sur ce petit corps sans vie, il murmura quelques paroles. Le philosophe tomba mort et le moineau reprenant vie, vola par la chambre où ils étaient. Quelque temps après, le moineau s’étant posé sur le corps du philosophe, chanta agréablement. Tout à coup, il ressuscita et le moineau demeura éteint pour toujours.

Le roi, surpris et charmé de cette merveille, voulut en connaitre le secret. Le philosophe, ne pouvant rien refuser à son prince qui était son bienfaiteur, le lui apprit. Et le roi s’en servait très souvent : en tuant presque tous les jours quelques oiseaux. Il passait avec son esprit dans le corps de chaque petit animal, en laissant sa dépouille sur place. Et lorsque son esprit voulait retourner dans son propre corps, il revint à la vie, et laissa inanimé celui de l’oiseau.

Par cet art magique, le roi s’assurait de l’esprit de ses sujets. En réalité, il châtiait les mauvais et récompensait les bons, et tenait ainsi son royaume dans une douce et agréable tranquillité. Du moins, c’est ce qu’il pensait.

Le vizir, étant informé de toutes ces choses, et connaissant l’amitié que son maitre lui portait, le pria de lui révéler ce secret avec beaucoup d’assistance. Le roi qui l’aimait, en reconnaissance de ces loyaux services, transmit au vizir cet art incommensurable. Le vizir en fit l’expérience et, voyant qu’elle avait réussi, songea à de grands desseins contre son roi. 

Un jour de chasse, s’étant tous deux écartés du groupe, ils firent la rencontre de deux biches, qu’ils tuèrent. Le vizir, voyant l’occasion favorable pour exécuter son ambition contre le roi, lui dit : «Fort bien, majesté ! Voulez-vous que nous entrions pour un moment, avec notre esprit, dans le corps de ces deux biches ? Nous irions nous promener sur ces belles collines et y prendre quelques plaisirs.» Le roi accepta et descendit de son cheval, qu’il lia à un arbre et alla vers une des bêtes mortes, où formulant les paroles secrètes, passa avec son esprit dans la biche et laissa son corps sans vie sur le côté. 

Aussitôt, le vizir mit pied à terre et sans prendre la peine de lier son cheval, alla sur le corps mort du roi. Après y avoir murmuré des paroles occultes, il passa dans celui de son maitre. Laissant sa propre dépouille étendue à terre, il monta sur le cheval de son roi et s’en alla chercher sa suite. Mais ne les ayant retrouvés, il rentra bredouille et seul. 

Quand il fut arrivé au palais sous l’apparence du roi, il demanda à ceux de la chasse des nouvelles du vizir. Comme on lui répondit qu’on ne l’avait pas vu, celui-ci fit mine de rien. Il feignit de leur faire croire qu’un animal sauvage l’avait probablement dévoré et s’affecta d’en être fort touché. Cette action était bien lâche. Et comme un crime ouvre souvent le pas à un autre, il arriva que ce misérable eût l’insolence de prendre la place de son roi auprès de son épouse Eowyn. Mais, celle-ci ne fut pas dupe de la supercherie… »

Mais voilà qu’il est temps de se quitter. Alors, ne vous éloignez pas trop, car la suite de notre conte gratte à la porte, impatiente d’être racontée…

Najoua

Crime et Châtiment de Dostoïevski : une réflexion sur le nihilisme dans notre époque contemporaine

« Crime et Châtiment » est l’un des romans les plus célèbres de Fiodor Dostoïevski. Publié en 1866, il met en scène Rodion Raskolnikov, un étudiant désespéré et en proie à des dilemmes moraux complexes. Ce roman plonge profondément dans les questions de justice, de morale et d’éthique, tout en interrogeant les fondements de la conscience humaine. Le cœur de l’intrigue repose sur l’idée de savoir si un individu peut, au nom d’une idée ou d’un principe, justifier des actions criminelles et transcender les lois morales et éthiques universelles. Ce dilemme, bien qu’ancré dans le XIXe siècle, trouve encore des échos troublants dans notre époque contemporaine, marquée par le nihilisme et l’individualisme extrême.

Comment le nihilisme est-il défini chez Dostoïevski ?

Dans Crime et Châtiment, Raskolnikov incarne une forme de nihilisme, c’est-à-dire la croyance que les normes morales n’ont pas de fondement absolu et qu’un individu extraordinaire peut échapper aux lois qui gouvernent le commun des mortels. Il est convaincu que certaines personnes, par leur génie ou leur supériorité intellectuelle, ont le droit d’accomplir des actes immoraux pour atteindre des fins supérieures. Cette idée le pousse à commettre un horrible meurtre — celui d’une vieille prêteuse sur gages, qu’il considère comme un personnage insignifiant, que personne ne pleurerait, comparée aux grands projets qu’il pourrait réaliser s’il s’émancipait des entraves de la morale ordinaire.

Ce raisonnement, bien qu’il se termine par la culpabilité et la rédemption dans le roman, résonne encore aujourd’hui, où certaines personnes ou groupes semblent s’arroger le droit de redéfinir la justice en dehors des cadres établis par la société.

Qu’en est-il du nihilisme dans notre époque ?

Le nihilisme, cette négation des valeurs traditionnelles et des principes moraux absolus, est toujours présent dans la société moderne. On le retrouve chez des individus ou des groupes qui, au nom d’une « juste cause », se sentent autorisés à outrepasser les lois éthiques.

Voici quelques exemples qui abondent :

  1. Les terroristes extrémistes : Qu’il s’agisse de groupes fondamentalistes ou d’individus isolés, ces personnes justifient souvent leurs actes de violence au nom de leur idéologie, en croyant qu’elles servent une cause supérieure. Comme Raskolnikov, elles se placent au-dessus des lois morales, convaincues que leur cause est plus importante que la vie des individus (hommes, femmes et enfants y compris) qu’elles sacrifient.
  2. Les hackers activistes (hacktivistes) : Certains groupes ou individus pratiquent le hacking sous couvert d’une « justice sociale ». Ils estiment que le vol de données ou le sabotage numérique peut être justifié par la nécessité de dénoncer l’injustice. Ainsi, l’éthique commune de respect de la vie privée et de l’ordre public est souvent violée, car ces activistes se considèrent comme des agents d’une « justice supérieure ».
  3. L’extrémisme politique : On observe également des groupes politiques, parfois extrémistes, qui légitiment des actions violentes ou illégales en prétendant servir un « bien commun ». Qu’il s’agisse de destructions, de coups d’État ou d’autres formes de subversion, ces groupes estiment que la liberté ou l’égalité méritent de violer les règles démocratiques et éthiques.

Ces exemples montrent que l’idée selon laquelle certains individus ou groupes se placent au-dessus des lois pour atteindre des objectifs soi-disant nobles est encore d’actualité. Comme Raskolnikov, ces personnes cherchent souvent à justifier leurs actes en s’appropriant le droit de redéfinir la justice.

La justice et la moralité restent des concepts intemporels :

Le dilemme central est : qui peut définir ce qui est juste ou moral ? Dans une société où les idéaux collectifs et les institutions morales sont parfois contestés ou rejetés, le risque est que certains se croient autorisés à imposer leur propre version de la justice. Cependant, Dostoïevski montre, à travers l’agonie intérieure de Raskolnikov, que nul ne peut échapper à la culpabilité morale. Même s’il croyait initialement que son acte était justifiable, il est progressivement détruit par sa propre conscience.

La grande leçon de cette œuvre littéraire russe réside dans le rôle central de la conscience. Rodion Raskolnikov, en croyant pouvoir transcender la morale commune pour accomplir un acte qu’il juge justifiable, se heurte à la réalité de sa propre conscience, qui devient son juge le plus implacable. Même s’il tente de rationaliser son crime, sa conscience le rattrape, le plongeant dans la culpabilité et la souffrance intérieure. Ce roman nous enseigne que la conscience humaine est une force puissante et incontournable : elle ne peut être ignorée ou étouffée sans conséquences destructrices. Elle est le rappel constant que, malgré nos justifications intellectuelles ou idéologiques, la transgression des lois morales finit toujours par se retourner contre soi.

Ainsi, la véritable justice ne peut se construire en dehors de la reconnaissance et du respect de cette voix intérieure.

Hana Elakrouchi

Un temps «Mossad » s’empare de l’Orient mais tout est sous contrôle…

Les marchés financiers ne semblent pas réagir face à la détresse du monde oriental. Ils semblent insensibles au risque d’une 3ième guerre mondiale comme si… « tout est sous contrôle ».

Netanyahu poursuit ses ambitions idéologiques, soutenu par une faible majorité en Israël. Malgré l’ampleur des dégâts humains, rien ne l’arrête, pas même la pression exercée par Biden, affaibli et décrédibilisé face à un Netanyahu déterminé à avancer coûte que coûte. Si la force ne suffit pas, il faut user de plus de force.

Pour l’instant, Netanyahu persiste, conscient qu’à la fin de son mandat, il devra rendre des comptes et risque la prison pour ses nombreux crimes restés impunis.  Autant faire durer son pouvoir. Sa devise semble être : « si la force ne suffit pas, il faut user de plus de force. » La dissuasion israélienne vise ce qui est perçu comme des menaces :

● Neutralisation du Hamas dans la bande de Gaza et en Cisjordanie ;

● Neutralisation du Hezbollah ;

● Limitation de l’influence iranienne en Irak et en Syrie.

Son bilan actuel se résume par :

1. La destruction massive de la bande de Gaza, transformée en scène d’un génocide historique devenu normalisé ;

2. La dévastation du nord du Liban (avec 600 morts et 500 000 déplacés) ;

3. L’assassinat de Haniyeh Ismaïl à Téhéran ;

4. La destruction des appareils de communication du Hezbollah et l’assassinat de son chef militaire Fouad Chokr ;

5. L’assassinat de Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, ainsi que de son allié iranien Abbas Nilforoushan.

Dans ce contexte, il est possible d’analyser la position macro de chaque pays voisin et d’évaluer les cartes dont chacun dispose. Ainsi, nous pourrions comprendre pourquoi  les répercussions de cette situation sur les marchés financiers n’est pas visibles.

Pourquoi Israël décide d’attaquer le Liban maintenant ?

Parce que tous les opposants sont « paralysés » et ne peuvent intervenir en faveur de la cause palestinienne. Gaza est abandonnée et elle est livrée à elle-même. Aucun pays ne s’en préoccupe, aucun ne veut s’en soucier.

L’Iran

Il reste « l’ennemi à affaiblir » pour Israël. L’Iran a pour ambition d’user Israël économiquement et militairement, sans déclencher un conflit direct. L’Iran évite un affrontement ouvert tout en fournissant des armes au Hamas à Gaza, au Hezbollah au Liban, et aux milices en Syrie, en Irak, et au Yémen.

L’Iran cherche à faire des Etats- Unis des alliés afin de lever les lourdes sanctions qui pèsent sur son programme nucléaire mais continuer dans cet objectif d’usure économique et militaire israélien pour fatiguer son ennemi au travers des différentes milices. Jusqu’ici les réponses iraniennes sont très précises et bien pesées. L’Iran répond de manière mesurée de sorte à ne pas perdre sa crédibilité face au monde extérieur mais pas assez pour rentrer dans un conflit plus grand.
Un affrontement direct entraînerait une intervention américaine en faveur d’Israël, mais l’Iran cherche à éviter cela tout en continuant à affaiblir Israël par des moyens indirects. L’Iran joue un rôle d’équilibriste, sachant qu’un faux pas pourrait le plonger dans une guerre à grande échelle.

Le Liban

Israël semble vouloir plonger le Liban dans une insurrection. La destruction des systèmes de communication du Hezbollah pose la question de la capacité d’infiltration israélienne. Comment Israël a-t-elle réussi à pénétrer les réseaux du Hezbollah sans susciter de soupçon, et pourquoi maintenant ? Cette question mérite une analyse approfondie et un article à elle seule.
Les conséquences de cette infiltration sont une déstabilisation psychologique qui entraîne paranoïa, anxiété et frustration: qui est l’ennemi et comment s’est-il infiltré ?
Israël veut provoquer une escalade régionale, car le timing lui semble favorable. Le contexte actuel est propice à une avancée militaire.
Israël se trouve dans une situation favorable et propice pour attaquer le Liban et renforcer sa domination militaire. Une victoire redorerait l’image de Netanyahu, surtout après l’humiliation de 2006. C’est maintenant ou jamais.

Le Hezbollah cherche aussi à éviter une confrontation directe avec Israël, conscient de la fragilité du gouvernement libanais. Un affrontement pourrait remettre en question sa légitimité et sa popularité parmi les Libanais.

Autres acteurs régionaux

● La Jordanie semble avoir normalisé ses relations avec Israël, interceptant des missiles iraniens destinés à ce dernier.

● L’Égypte reçoit des aides américaines, limitant ses actions.

● Le Maroc a signé des accords de normalisation avec Israël en échange de la reconnaissance du Sahara.

● Le Soudan a été retiré de la liste des États soutenant le terrorisme et reste passif sur la question palestinienne.

● L’Arabie Saoudite poursuit des objectifs économiques et nucléaires, tout en s’alignant contre l’Iran, ce qui l’empêche de soutenir activement le Liban.

● La Syrie, bien que traditionnellement alliée de la Palestine, est elle-même occupée (par les Américains, les Russes, les Turcs…) et affaiblie, incapable de défendre le Liban ou Gaza.

● Le Bahreïn, les Émirats arabes unis ne sacrifieront pas leurs nouvelles alliances pour défendre la Palestine.

Les États-Unis

Ils montrent des signes d’essoufflement, ayant dépensé 12,5 milliards de dollars en aide à Israël depuis le 7 octobre. De plus, l’attention américaine est divisée par la campagne électorale opposant Trump et Kamala Harris.

En conclusion, compte tenu du contexte actuel, et du fait que tout le nord d’Israël est évacué, tous les éléments semblent en place pour une invasion terrestre du Liban par Israël, voire une occupation définitive. Tout est sous contrôle nous communiquent les marchés financiers… les lumières de Gaza continuent de s’éteindre tandis que  « ses alliés » ont les yeux rivés sur leurs jouets faisant abstraction de la fièvre Mossad…

Tout est sous contrôle…

Nelm

La désobéissance civile, une sonnette d’alarme de nos sociétés ?

De New York à Boston, en passant par Chicago et Atlanta, un mouvement d’étudiants américains prend de l’ampleur et traverse les frontières. Certaines des universités les plus prestigieuses au monde sont concernées, telles que Harvard, Yale, Columbia, ou Princeton. Des tentes fleurissent sur les campus, marquant la détermination des étudiants. Ces mobilisations se poursuivent en Europe et au-delà: Canada, France, Belgique, Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Australie… Puis ils sont délogés[1], par des policiers lourdement équipés, à la demande de la direction des universités. Les revendications des étudiants : cesser toutes relations académiques avec les institutions israéliennes et un cessez le feu immédiat et permanent en Palestine[2].

Quand le dialogue est rompu, quand la pensée unique est reine, quand les gouvernements mettent en danger les valeurs et principes moraux qui font loi dans une civilisation humaine, manifester devient un devoir. C’est ce qu’on appelle la désobéissance civile.

La désobéissance civile, qu’est-ce que c’est ?

C’est une forme de résistance pacifique par laquelle des civils non armés utilisent des techniques comme les manifestations ou le boycott (ou d’autres formes de non coopération massive) pour obtenir le changement : sorte d’objection de conscience.

Ce refus affiché d’obéir à certaines lois permet d’attirer l’attention du public et d’influencer la législation ou la politique gouvernementale.

Les principes de la désobéissance civile ont été conceptualisés pour la première fois par Henry David Thoreau dans son essai La Désobéissance Civile. Il l’a écrit suite à son refus de payer une taxe gouvernementale collectée pour financer la guerre contre le Mexique. Thoreau était aussi opposé à l’esclavagisme des États du Sud, et indigné par le traitement que subissaient les peuples. 

« La soumission aux lois iniques peut constituer un crime ; la désobéissance devient alors un devoir envers soi-même, en même temps qu’un devoir civique. Le citoyen doit-il un seul instant, dans quelle que mesure que ce soit, abandonner sa conscience au législateur ? Pourquoi alors chacun aurait-il une conscience ? Je pense que nous devons d’abord être des hommes, et sujets ensuite. Le respect de la loi vient après celui du droit. » [3]

Aussi, l’auteur insiste bien que son appel à la désobéissance civile a pour objectif la création d’un pays plus juste et non celui d’un pays plongé dans un chaos général au détriment de l’homme. D’ailleurs, les grandes figures de la désobéissance civile, Gandhi[4] et Martin Luther King[5], ont précisément eu des vies marquées par le souci de paix, de justice, d’égalité et de dignité.

La désobéissance est dite « civile », d’abord, parce qu’elle est le fait de « citoyens » : ce n’est pas une rupture de citoyenneté, ni un acte insurrectionnel. Il s’agit d’une manifestation de « civisme » au sens fort : volonté d’œuvrer pour l’intérêt général, même au prix de risques personnels. Le fait que la désobéissance civile soit nécessairement publique, et recherche même la médiatisation la plus forte (ce qui la distingue nettement de l’infraction criminelle), s’inscrit dans ce même registre du civisme : l’acte vise à éveiller la conscience des autres citoyens, à susciter un débat.

Huffington Post

Publique, pacifique et conséquente

Un acte public, une action pacifique et l’acceptation des conséquences sont les trois grandes règles qui caractérisent la désobéissance civile.

Ce concept, de façon plus contemporaine, a été précisé par le philosophe John Rawls dans La Théorie de la Justice (1971). Il le définit comme :

« un acte public, non violent, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. En agissant ainsi, on s’adresse au sens de la justice de la majorité de la communauté et on déclare que, selon une opinion mûrement réfléchie, les principes de coopération sociale entre des êtres libres et égaux ne sont pas actuellement respectés ».[6]

Agir pour plus de justice entre les humains, s’indigner face aux choix politiques qui pèsent sur l’avenir des peuples, mettre en premier plan l’humain, avoir une conscience, prendre ses responsabilités… tous ces préceptes sont toujours d’actualité. 

Les manifestations pro-Palestine deviennent aujourd’hui un véritable plaidoyer en faveur de la liberté et de la justice : libre de manifester, de protester, d’exprimer, de se réunir, de s’opposer aux décisions immorales des gouvernements. 

Quand le débat est rompu avec les instances de l’État, la désobéissance civile reste le dernier recourt pour se faire entendre, bien qu’il existe un large panel de modes d’expression (droit de vote, grèves, luttes syndicales…), il serait intéressant de comprendre pourquoi en démocratie, la désobéissance civile est pratiquée afin d’obtenir une revendication. 

Une universitaire américaine, Erica Chenoweth[7], s’est penchée sur cette question. Elle a analysé et étudié les campagnes non violentes dans le monde entre 1900 et 2006 (campagnes visant le renversement d’un gouvernement ou la libération d’un territoire), et ses résultats sont sans appel : ces campagnes ont deux fois plus de chance de réussir entièrement que les insurrections armées. C’est le pouvoir des peuples qui fait que la résistance civile est plus efficace que la lutte armée.

Alors, peut-on dire qu’une société et un État démocratique (gouvernements, tribunaux et polices) devraient reconnaître explicitement la légitimité de la désobéissance civile ? Même si l’application en serait complexe et dérangeante pour les autorités, et la pratique délicate et exigeante pour l’objecteur, c’est peut-être cela agir en citoyen, agir selon ses principes et ne pas hésiter à s’opposer à la majorité silencieuse…

Najoua


[1] Article de BBC Afrique : « Columbia, Harvard, Emory : Comment les manifestations contre la guerre contre Gaza se sont propagées dans les principales universités américaines », rédigé par Max Matza, publié le 3 mai 2024 sur le site de www.bbc.com/afrique/articles/cn0w1xnl4x4o

[2] Article de TV5Monde : « Manifestations propalestiniennes : la plus importante mobilisation sur les campus américains du XXIième », rédigé par Maya Elboudrari, publié le 29 avril 2024. www.information.tv5monde.com

[3] Auteur et penseur américain 1817-1862. Civil Desobedience, 1849

[4] Le 11 septembre 1906, Gandhi rassemble 3 000 personnes dans le Théâtre Impérial de Johannesburg pour leur faire prêter un serment de désobéissance. Pour cela il est emprisonné pour la première fois en 1907. C’est lors de son second séjour en prison qu’il découvre le travail de Henry David Thoreau. Plus tard, Gandhi développe sa propre conception de la désobéissance à travers le concept de satyagraha (la Voie de la Vérité), afin de s’insurger activement contre l’apartheid en Afrique du Sud et contre la politique colonialiste du Royaume-Uni en Inde. Le 17 mars 1930 Gandhi lance la Marche du Sel, direction Jabalpur, 300 kilomètres de périple. À ce moment-là, l’Empire britannique a le monopole du marché du sel, ce qui lui permet d’empocher chaque année 15 millions de franc-or, une somme colossale destinée à financer les troupes d’occupation coloniale. Des centaines de personnes arrivent à Jabalpur le 6 avril. Gandhi ramasse du sel et le vend aux enchères pour 425 roupies (une somme pour l’époque). Au total 50 000 personnes défient les autorités en récoltant du sel et beaucoup subissent des violences ou sont jetés en prison. Cela n’affaiblit en aucun cas la détermination des désobéissants et quelques semaines après le gouvernement cède son monopole.

[5] Martin Luther fut le leader du mouvement pour les droits civiques des noirs (The Civil Right Act) aux États-Unis, et lui aussi a adopté la désobéissance civile pour faire valoir ses revendications. C’est ainsi qu’il soutient le boycott des bus à Montgomery (Alabama) en 1955, qui a commencé lorsque Rosa Parks a refusé de laisser son siège à une personne « blanche ». Il est d’ailleurs arrêté lors de cette campagne. Ce qui n’affaiblit pas la détermination du pasteur et de ces partisans, puisqu’au final la Cour Suprême des États-Unis met hors la loi la ségrégation raciale dans les bus, les restaurants, les écoles et tous les autres lieux publics.

[6] Publié le 24 octobre 2019- https://youmatter.world/fr/definitions/desobeissace-civile-definition. Mise à jour le 25 mars 2024.

[7] Voici sa conférence sur TedXBoulder, sur YouTube : « The success of nonviolent civil resistance », novembre 2013.

Insouciance quand tu nous tiens…

Lundi 27 mai 2024

Sarah : Dis-moi, qu’en penses-tu ? Tu me conseilles la bleue ou la rouge ? J’ai une réunion importante avec mon boss aujourd’hui.

 Nuit meurtrière à Gaza : Israël a frappé un camp de déplacés à Rafah qui a fait au moins 45 morts selon les dernières informations. 

Hajar : Quoi ? !

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme s’est dit horrifié lundi par les nouvelles pertes de vies civiles. Les victimes étaient des personnes déplacées vivant dans des tentes qui ont été la proie des flammes ; beaucoup étaient des femmes et des enfants.  

Sarah : Oui, je me disais bien. Bleu, rouge… trop tendancieux en cette période électorale. 

Tu peux juste zapper pour voir la météo ?

Les images provenant du camp sont horribles et n’indiquent aucun changement apparent dans les méthodes et les moyens de guerre utilisés par Israël, qui ont déjà causé la mort de tant de civils. 

Hajar : Aucun changement apparent en effet…

Nous étions tranquillement assis lorsque, tout à coup, nous avons entendu une explosion. 

Sarah : Ah oui ? Toujours aussi pluvieux ? Je n’en peux plus de ce temps de déprime.

C’était si soudain. Les bombes sont tombées sans avertissement, raconte une survivante de l’attaque.

Hajar : Ça tombe sans avertissement…

Nous avons vu des tentes en feu et avons ensuite dû récupérer des parties de corps et des enfants morts, explique la jeune fille. 

Sarah : Mais c’est bien là, le problème. Hier, la pluie n’était pas prévue et soudainement, le déluge !

Des images insoutenables circulent sur les réseaux. On y voit des bébés décapités. 

Hajar : Mon Dieu !

« Les autorités sanitaires se sont déclarées dépassées par la quantité et le type de blessures, et ont déclaré que les médecins ne pourront pas soigner tout le monde. »

Sarah : C’est exactement ce que j’ai dit quand j’ai vu cette pluie s’abattre aussi soudainement sans crier gare…

Il faut savoir qu’un seul hôpital demeure opérationnel à Rafah en raison de la destruction par Israël du système de santé à travers toute la bande de Gaza. 

Hajar : Que faire alors… ?

Depuis le début de la guerre, MSF a été le témoin d’attaques systématiques contre les structures médicales et civiles.

Sarah : Prendre son mal en patience. Que veux-tu faire d’autre ? Comme dit le dicton : « après la pluie le beau temps. » C’est le cas de le dire ! 

Et la veste ? Tu n’as pas répondu. Tu me conseilles laquelle ?

« Les autorités sanitaires ont demandé en toute urgence l’aide de la Croix-Rouge International… »

Hajar : La Croix-Rouge… oui…

Sarah : Finalement, tu préfères la rouge ? Ok, va pour la rouge. Bon je te laisse. Souhaite-moi bonne chance. A moi les nouveaux projets !

Hajar : ………………………………………………

Insouciance quand tu nous tiens…

                                     L.M.

L’économie mondiale est heureuse

Alors que le climat politique général ne semble pas propice aux bonnes nouvelles, les marchés financiers, quant à eux, sont excités et semblent déterminés à atteindre de nouveaux sommets. Ils n’ont pas cessé de monter. Depuis le 9 mars, ils ont décidé de souffler après une longue période très haussière. Ils corrigent. Alors que certains y voient un point d’entrée pour faire leurs emplettes, d’autres se posent des questions et peinent à donner des raisons à ces tendances haussières dans une réalité économique plutôt amère. L’or, considéré jusqu’à présent comme le refuge de tout investisseur, est en parfait accord avec la tendance boursière.

Sommes-nous à l’aube d’un éclatement ? La bulle spéculative s’est-elle réellement dégonflée depuis 2019 ? Pourquoi les marchés sont-ils sur une lancée frénétique ? Qu’est-ce qui échappe à notre compréhension ? Une économie boursière en déconnexion totale avec la réalité et le contexte géopolitique.

En effet, contrairement aux marchés financiers, le climat politique semble présenter des tâches sombres partout dans le monde :

  1. Le Moyen-Orient est toujours en guerre : Israël continue ses frappes incessantes sur la Palestine. Le bilan des civils tués compte plus de 31 000 Palestiniens tués (et 1 200 Israéliens) et plus de 73 000 blessés (et 5 341 Israéliens).
  2. Une Union européenne aux tensions bien marquées : Macron annonce la possibilité d’envoyer des troupes occidentales en Ukraine, une annonce immédiatement contredite par son homologue allemand, Olaf Scholz.
  3. Un OTAN recadré par les États-Unis : Biden recadre les propos de Macron et confirme que les États-Unis n’enverront pas de troupes en Ukraine.
  4. La Russie répond aux propos occidentaux : La Russie poursuivra toujours ses ambitions. La guerre ne semble pas encore trouver sa fin : « Quant à ces pays qui disent qu’ils n’ont pas de ligne rouge concernant la Russie, ils doivent comprendre que la Russie n’aura aucune ligne rouge les concernant ».
  5. Les États-Unis sont bien occupés par les élections et s’apparentent à des règlements de comptes personnels ;
  6. Des médias qui continuent de mentir ;
  7. Des manifestations et des révoltes…

La résilience des marchés financiers

Une pluie de mauvaises nouvelles et pourtant la bourse s’envole. Les marchés font abstraction de ce qui les entoure. Ils sont résilients et déterminés à monter. Bulles spéculatives ?

Le Cac40 (8164 points) et le SP500 (5117 points) ont atteint des plus hauts jamais atteints précédemment. Le Dow Jones a dépassé les 38 700. Sa hausse de 445 % lors de la bulle de 1921 s’est suivie d’un krach de 90 %. De même après la bulle de 2007 (hausse de 486 %), le Dow Jones a subi un krach de 54 %. Aujourd’hui, il a augmenté de 497 %. Quand et à quel krach pouvons-nous nous attendre ?

Quant au Bitcoin (72 000), il a aussi pris la direction de la lune. L’or avait pour habitude d’être un actif de refuge et le voilà qui suit les mêmes tendances que le bitcoin ou la bourse. Comme les taux d’intérêt sont supérieurs à l’inflation, les rendements sur les épargnes sont censés être plus attractifs que l’or. En effet, mettre de l’argent en épargne devrait être plus intéressant que l’investir en or puisque l’or ne génère pas de taux d’intérêt. Or, l’or ne cesse lui aussi d’augmenter et a atteint des sommets jamais atteints. Si l’or monte alors que tout « semble aller bien », c’est que tout ne va pas bien.

Qu’est-ce qui pourrait donc déclencher l’effondrement de ces marchés ? La dette publique !

La dette, un monstre dans le placard

D’autant que la dette publique continue, quant à elle, de monter et le politique ne semble pas s’en soucier. On la laisse mijoter telle une cocotte-minute.

Le graphique ci-dessous nous donne une indication sur la dette de chaque pays en 2022. La Belgique dépasse les 104 % du PIB de notre pays. Ce qui signifie que l’État belge doit trouver une façon de recouvrer sa dette. (En France, la dette est de 117 % et 116 % en Espagne). Deux solutions existent pour cela :

• Soit on augmente l’impression monétaire. Étant donné l’inflation trop élevée, cette option n’est pas (plus) envisageable (voir l’article précédent qui explique le lien entre l’inflation et l’impression monétaire). La BCE ayant déjà trop abusé de l’impression de la masse monétaire, cette solution est exclue. • Soit la Belgique augmente les impôts et c’est cette solution qui sera retenue.

Lorsque les États augmenteront les impôts, les gens consommeront moins. Ils investiront moins dans les marchés financiers et voudront épargner. Les bulles spéculatives exploseront. Les investisseurs se détourneront des marchés à risque pour se diriger vers les marchés de refuge tels que l’or. Si les taux d’intérêt restent élevés, on préférera mettre son argent dans les épargnes ou obligations.

Ainsi, face à des marchés insensibles, les investisseurs doivent rester vigilants et garder le recul nécessaire pour se poser les bonnes questions. Est-ce le moment d’investir ? Les marchés sont-ils sains ? Comment reconnaître un bon point d’entrée ? Autant de questions que de réponses incertaines. Et pourquoi ne pas laisser la tempête passer avant d’investir ? Un vieil adage conseille d’acheter sous le bruit du canon et de vendre sous le doux son du violon. C’est quand tout semble être bon qu’il faut se méfier…

Voyons le bon côté des choses, les périodes de crise sont les meilleurs moments d’investissement. La patience est de mise et tout vient à point à qui sait attendre.

Nelm

Le foulard, symbole de liberté de la femme musulmane

Alors qu’hier soir la commune d’Anderlecht a voté une motion « floue » en faveur du port de signes convictionnels pour les employées communales, les femmes musulmanes se battent depuis de nombreuses années pour revendiquer leur droit de porter les vêtements qu’elles désirent. Sous couvert de la neutralité, les derniers récalcitrants résistent farouchement et ne veulent pas voir ces femmes apporter leur contribution à la société dans laquelle elles vivent et évoluent au quotidien.

La levée de bouclier est importante tant elle bouleverse le quotidien et les habitudes de ceux qui ne peuvent accepter que des femmes musulmanes aspirent à occuper les mêmes places et postes que leurs collègues, ceux-là mêmes qu’elles ont côtoyé sur les bancs de l’université ou des écoles supérieures.

Aujourd’hui, la société est prête à se passer de ces femmes compétentes, surqualifiées pour certaines, car leur différence dérange, elle rappelle qu’elles ont décidé pleinement et librement de faire un choix vestimentaire en conformité avec leur spiritualité. Un choix intime et personnel mais qui intéresse et passionne les débats.

Un long combat

Pourtant, elles sont nombreuses aujourd’hui à ne plus vouloir se taire face à toutes ces discriminations dont elles sont victimes. Ce foulard, objet galvanisateur de toutes les haines, elles l’ont choisi fièrement et elles sont prêtes à se battre pour revendiquer leur droit d’être ce qu’elles sont à l’image du combat mené par Marie Popelin, première femme à accéder à des études universitaires à l’Université Libre de Bruxelles. Grâce à son courage et sa persévérance, elle aura permis à toutes les futures générations de femmes de côtoyer ces havres du savoir sans que cela ne pose question. Les résistances étaient là aussi nombreuses mais elles ont fini par céder sous le poids de la ténacité.

Le chemin à parcourir est encore long, mais les résistances finiront tôt au tard par céder, le courage de ces femmes pèsera dans la balance et les futures générations de femmes musulmanes arborant un foulard pourront pleinement savourer la victoire d’un combat mené par leurs aînées.


H.B.

Vers la quête d’indépendance

Cet article rend hommage à Ali Mérad, intellectuel algérien qui a profondément marqué les études islamiques en France. De son engagement précoce dans le mouvement réformateur à ses contributions éducatives et son plaidoyer pour une vision éthique de l’Islam, plongeons dans la vie d’une figure qui a laissé un legs intellectuel inestimable.

Dans les années 1952, l’Algérie était sous domination coloniale française, imposant des inégalités systémiques aux Algériens musulmans qui constituaient la majorité de la population. Soumis à un statut juridique inférieur et exclus de la participation politique et économique, ils étaient confrontés à une discrimination généralisée. Cette marginalisation a été le moteur des revendications nationalistes, conduisant à la guerre d’indépendance en 1954.

Qui était Ali Mérad ?

Le contexte de l’Algérie en 1952 est crucial pour comprendre la vie et l’héritage d’Ali Mérad. Ali Mérad, né en 1930, a émergé comme un intellectuel engagé, symbolisant la résilience d’une génération luttant pour l’égalité et l’indépendance. 

Ali Mérad, pionnier des études islamiques en France, c’est avant tout un héritage intellectuel incontournable.

Penseur émérite né en 1930 à Laghouat, en Algérie, et dont l’influence a perduré bien au-delà de sa disparition. Son parcours est fascinant: de son éducation entre école coranique et école communale à ses contributions académiques notables. Retraçons le cheminement d’un homme dont les idées ont transcendé les frontières, influençant les études islamiques en France.

Jeunesse musulmane

Ali Mérad, en partenariat avec Ahmed Taleb-Ibrahimi, a fondé en 1952 le « Jeune Musulman », un périodique visant à propager les idées du mouvement réformateur parmi les jeunes algériens francophones. Ali Merad écrit sous un pseudonyme pour différentes éventuelles raisons :

  1. Sécurité : en tant qu’islamologue, les sujets traités restent sensibles lorsqu’ils sont liés à la religion et à la politique.
  2. Confidentielle : certains chercheurs ou intellectuels choisissent d’écrire sous des pseudonymes afin de garder leur identité confidentielle, surtout lorsque leurs recherches peuvent être controversées ou en contradiction avec les normes dominantes.
  3. Liberté académique : utiliser un pseudonyme peut permettre à Ali Merad de publier librement ses travaux sans se soucier de représailles ou de pressions politiques ou sociales qui pourraient limiter sa liberté académique.
  4. Neutralité : en choisissant un pseudonyme, il peut se détacher de toute affiliation politique ou idéologique préexistante, offrant une perspective plus neutre et objective lorsqu’il écrit sur des sujets sensibles.

Cependant, il est important de préciser qu’il n’existe pas suffisamment d’informations disponibles à son sujet. Ces réponses restent hypothétiques et ne se basent sur aucune source spécifique concernant Ali Merad.

Sa vie académique a été marquée par des réalisations telles que l’agrégation d’arabe à Paris et des contributions significatives aux Conférences Internationales de Genève et son poste de professeur émérite à l’Université de Paris III.

Engagé dans le dialogue islamo-chrétien, Mérad a refusé un rôle dans le projet de séparation du Sahara, alignant ses convictions sur le mouvement indépendantiste. Son refus des dirigismes religieux s’est également manifesté dans son plaidoyer pour une éducation musulmane conséquente en France.

La vie de Mérad a été ponctuée d’articles remarqués, notamment sur le réformisme musulman en Algérie. Impliqué dans la reconnaissance du culte musulman en France, il a dénoncé les carences de la Mosquée de Paris et proposé des réformes pour l’Institut musulman.

Aujourd’hui, l’héritage intellectuel d’Ali Mérad résonne dans un contexte où le dialogue interreligieux et l’éducation sont cruciaux. Son appel à une approche éthique de l’Islam trouve une résonance particulière. Alors que la France continue de naviguer dans les défis liés à la diversité religieuse, le legs d’Ali Mérad demeure un guide précieux pour comprendre et prévenir les radicalisations. Un rappel puissant que l’éducation éclairée est la clé d’un avenir harmonieux.

Hana Elakrouchi

Sache petit homme…

Au détour d’un sentier de montagne, en Savoie, niché dans un vallon préservé, le Lac du Lou s’offre à nos yeux, cerclé d’une chaîne de montagnes. Un cadre magnifique où la nature nous éblouit par sa simplicité et sa générosité. Un point de vue panoramique où la contemplation s’éveille et fait de ce moment un temps suspendu, un temps de réflexion, un temps de méditation…

            « Approche, petit homme ! Approche et écoute !

            Sache, petit homme que tu ne peux discerner les choses au moyen de la raison que lorsque tu te conformes aux exigences de celle-ci. Fais appel donc, à ta raison et sois attentif !

             Certes, la détermination est relative à chaque créature, on n’obtient pas toujours ce à quoi on aspire et on ne trouve pas toujours ce que l’on recherche. Mais, sache, petit homme, qu’il est de ton devoir de faire l’effort et de te diriger vers ta destinée…

Tu as été créé et chargé de responsabilités. Des devoirs t’incombent. Il y a pour chaque être un entrepôt : prends garde de ne rien accomplir et ainsi de le laisser vide. 

Tes pas qui te mènent au terme de ta vie sont comptés car ton séjour en ce monde est court. 

Sache, petit homme, qu’il te faut être vigilant car les jours se réduisent à des heures et les heures se réduisent à un souffle ! 

Sache, petit homme que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, il y a des batailles que tu devras livrer sans relâche : les moments de difficultés, les pertes de sens, les défis et les remises en question font partie du jeu. Ils représentent le point de départ d’un courage insoupçonné, de relever la tête et de trouver les ressources en soi pour s’élever, grandir à l’image de mes cimes. 

De la même manière que je suis formé par la dislocation de 2 plaques terrestres, frottées l’une contre l’autre, tes propres montagnes surgissent à la rencontre aussi, de 2 besoins : l’une veut atteindre les sommets et l’autre refuse le changement.

Sache, petit homme, que la souffrance est une réalité de la vie ! Tu as besoin de passer par cette douleur pour te révéler. Sache, petit homme, que dans les profondeurs de mes entrailles se cachent des trésors, des pierres précieuses. Du carbone naît la plus belle d’entre elles : le diamant. Son processus de fabrication ne pourrait se produire sous une extrême pression terrestre de roche en fusion.

L’urbanisation, l’ère de la modernité te pousse à te cloisonner, à t’enfermer, la technologie pousse à l’abandon du corps. Tu n’es pas un être de sommeil, petit homme ! Car même si ton esprit est vif, ton corps te rappelle ta fragilité, ta vulnérabilité, ta condition humaine.

Regarde mes flancs et regarde mes sommets, ils sont ma force et mon honneur, petit homme ! Au cœur de mon monde coule une eau pure et limpide, qui va abreuver tes semblables et les troupeaux dont ils ont la charge. La vie est en moi et elle m’expose à de lourdes responsabilités : la distribution de mes dons à toutes sortes de créatures, des minéraux aux animaux, en passant par les végétaux. 

Pour chaque chose, je lui accorde son droit ! Je fais parvenir à mon propre entrepôt ce qui me réjouira le jour où je le retrouverai. 

Heureux celui qui aura saisi la valeur de ces devoirs et les aura appliqués !

Sache, petit homme que la force est en toi ! Alors avance pas à pas ! Ainsi, tu auras conquis tes montagnes ! 

Va, petit homme, à la quête de tes sommets ! »

                                                                                                                      Najoua

Le lac du Lou, à saint-Martin-de-Belleville, en Savoie ( France)

Carnets de voyage: la Slovénie

Avec ses vallées verdoyantes et ses paysages bucoliques à souhait, la Slovénie est une véritable perle dans un écrin de verdure. Niché en pleine montagne, c’est vers le lac de Bohinj, dans le parc national du Triglav, que le vent me mène.  

Sur fond de hautes montagnes, ce lac aux reflets d’émeraude offre calme et sérénité. Au détour d’un petit chemin dans la forêt le long de la berge, je découvre une crique insoupçonnée qui incite au prélassement. En l’instant d’un après-midi, le temps est suspendu. Tantôt les nuages recouvrent les montagnes d’un voile brumeux qui confère au lac un air féérique, tantôt le soleil révèle un magnifique dégradé de vert qui colore cette eau cristalline. Je ne me lasse pas de la beauté du paysage digne d’une carte postale.

Les nuages gris s’amoncelant sonnent le glas de ce moment privilégié et m’enjoignent à laisser la nature reprendre sa place.

De retour à la « maison », je prépare le repas avec le mont Triglav en toile de fond. Installée sur ma petite chaise pliable, j’admire les étoiles tout en sirotant une infusion de menthe fraiche, réel privilège pour la « camping cariste » en herbe que je suis. Après une nuit paisible, la montagne apporte son lot de surprises dès l’aurore et déverse des trombes d’eau. Le vent se lève, le ciel se déchaine et l’orage gronde. Par prudence, il est préférable de lever le camp, ce temps orageux sera de la partie pour quelques jours d’après notre voisin suédois, adepte de la van life. Nous mettons alors les voiles vers le sud.

La nationale nous menant à la frontière croate me ravit. Ces paysages pittoresques, ces jolies maisons aux balcons fleuris, les clochers d’églises pointant à l’horizon au milieu des villages et ces chemins ondulant à travers les champs me donnent l’impression de traverser un tableau pittoresque du 18e siècle.  Sur le chemin au loin, deux enfants se baignent dans la Krka. Les paysages défilent. Je ne vois pas le temps passé. Nous voilà déjà en Croatie.

Changement de cadre. Le paysage karstique qui s’étend de part et d’autre de la route me plonge dans un décor lunaire. La côte croate est fragmentée en centaines d’îles dont quelques dizaines seulement sont habitées On oublie souvent que le pays, ancienne Yougoslavie, ne formait qu’un avec la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, la Macédoine et le Monténégro. Véritable puissance qui n’avait rien à envier aux plus grands tant au niveau géographique, culturel qu’économique.

La vue est splendide. L’Adriatique invite au farniente et à la baignade. Mais nous gardons le cap vers notre destination finale : la Bosnie-Herzégovine.

A suivre… 

L.M.