Une quête de silence et d’abandon

Le ciel est gris aujourd’hui, lourd de nuages qui déversent une pluie battante. Les gouttes, comme des messagères, frappent aux vitres, demandant la permission d’entrer. Peut-être cherchent-elles à laver nos âmes, à essuyer le tumulte de nos vies modernes. 

Mais nous restons là, pris au piège de nos propres préoccupations, bousculés par les défis de la société : manifestations, oppression, injustice. Ces vents contraires nous entraînent, malgré nous, dans un tourbillon de pensées, épuisant nos corps et alourdissant nos cœurs.

Dans ce chaos, une envie inattendue surgit : celle de fuir. Partir loin, dans un désert immaculé, là où le silence règne, où rien ne presse. Vivre comme un nomade, en harmonie avec le temps, sans quête effrénée de prospérité ni d’accumulation matérielle. Là-bas, il n’y aurait rien à convoiter, rien à prouver.

Juste un désert, témoin de nuits étoilées où les scintillements rappellent l’éternité.

Ces étoiles, elles, ne luttent pas contre l’ordre naturel ; elles brillent, simplement, confiantes dans la course fixée par leur Créateur.

Et si nous étions comme ces étoiles ? Si nous acceptions que tout ce qui arrive est écrit ? Combien de nos peurs et de nos doutes s’évanouiraient si nous reconnaissions que ce qui est décrété par Allah arrivera, inéluctablement, au moment opportun ? Nous nous torturons à vouloir tout contrôler, à poser mille et une questions auxquelles nous n’avons pas toujours de réponses.

Et pourtant, il est des choses qui ne nous appartiennent pas. Certes, la vie est une lutte. Elle nous demande de l’effort, du courage et de la patience.

Mais elle n’exige pas que nous portions seuls le fardeau de l’inconnu. 

Le désert, dans son immense silence, nous enseigne une leçon précieuse : celle de l’abandon. 

Pas l’abandon de nos responsabilités, mais celui de nos inquiétudes, de notre attachement aux illusions du monde. Tout ce qui est en dehors de notre contrôle, nous devons le remettre entre les mains d’Allah, avec confiance.

Alors, pourquoi continuer à nous soucier outre mesure ? Pourquoi ne pas vivre avec l’humilité d’un nomade, qui marche, jour après jour, sans se soucier de ce que demain lui réserve ? Il avance, non pas parce qu’il sait ce qui l’attend, mais parce qu’il sait qu’il n’est jamais seul.

C’est la foi qui le guide, une lumière intérieure qui éclaire son chemin même dans les ténèbres. 

Cette foi, c’est la certitude que son Seigneur est là, qu’Il veille et qu’Il pourvoit à tout.

Elle est l’âme de son voyage, le souffle qui anime ses pas, et la promesse qu’aucune épreuve n’est insurmontable tant qu’il marche en confiance.

Ce texte, posé là, est un souffle, une pause dans le tumulte. Une invitation à nous rappeler que la pluie qui frappe à nos vitres est aussi un rappel divin. 

Une miséricorde, une promesse que même au cœur des épreuves, il y a un chemin. Le désert, avec son silence et ses étoiles, vit en chacun de nous, si nous prenons le temps de le trouver. 

Et peut-être qu’au lieu de fuir, il suffit simplement de fermer les yeux et de s’abandonner à Celui qui ne nous oublie jamais…

Hana Elakrouchi

Sache petit homme…

Au détour d’un sentier de montagne, en Savoie, niché dans un vallon préservé, le Lac du Lou s’offre à nos yeux, cerclé d’une chaîne de montagnes. Un cadre magnifique où la nature nous éblouit par sa simplicité et sa générosité. Un point de vue panoramique où la contemplation s’éveille et fait de ce moment un temps suspendu, un temps de réflexion, un temps de méditation…

            « Approche, petit homme ! Approche et écoute !

            Sache, petit homme que tu ne peux discerner les choses au moyen de la raison que lorsque tu te conformes aux exigences de celle-ci. Fais appel donc, à ta raison et sois attentif !

             Certes, la détermination est relative à chaque créature, on n’obtient pas toujours ce à quoi on aspire et on ne trouve pas toujours ce que l’on recherche. Mais, sache, petit homme, qu’il est de ton devoir de faire l’effort et de te diriger vers ta destinée…

Tu as été créé et chargé de responsabilités. Des devoirs t’incombent. Il y a pour chaque être un entrepôt : prends garde de ne rien accomplir et ainsi de le laisser vide. 

Tes pas qui te mènent au terme de ta vie sont comptés car ton séjour en ce monde est court. 

Sache, petit homme, qu’il te faut être vigilant car les jours se réduisent à des heures et les heures se réduisent à un souffle ! 

Sache, petit homme que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, il y a des batailles que tu devras livrer sans relâche : les moments de difficultés, les pertes de sens, les défis et les remises en question font partie du jeu. Ils représentent le point de départ d’un courage insoupçonné, de relever la tête et de trouver les ressources en soi pour s’élever, grandir à l’image de mes cimes. 

De la même manière que je suis formé par la dislocation de 2 plaques terrestres, frottées l’une contre l’autre, tes propres montagnes surgissent à la rencontre aussi, de 2 besoins : l’une veut atteindre les sommets et l’autre refuse le changement.

Sache, petit homme, que la souffrance est une réalité de la vie ! Tu as besoin de passer par cette douleur pour te révéler. Sache, petit homme, que dans les profondeurs de mes entrailles se cachent des trésors, des pierres précieuses. Du carbone naît la plus belle d’entre elles : le diamant. Son processus de fabrication ne pourrait se produire sous une extrême pression terrestre de roche en fusion.

L’urbanisation, l’ère de la modernité te pousse à te cloisonner, à t’enfermer, la technologie pousse à l’abandon du corps. Tu n’es pas un être de sommeil, petit homme ! Car même si ton esprit est vif, ton corps te rappelle ta fragilité, ta vulnérabilité, ta condition humaine.

Regarde mes flancs et regarde mes sommets, ils sont ma force et mon honneur, petit homme ! Au cœur de mon monde coule une eau pure et limpide, qui va abreuver tes semblables et les troupeaux dont ils ont la charge. La vie est en moi et elle m’expose à de lourdes responsabilités : la distribution de mes dons à toutes sortes de créatures, des minéraux aux animaux, en passant par les végétaux. 

Pour chaque chose, je lui accorde son droit ! Je fais parvenir à mon propre entrepôt ce qui me réjouira le jour où je le retrouverai. 

Heureux celui qui aura saisi la valeur de ces devoirs et les aura appliqués !

Sache, petit homme que la force est en toi ! Alors avance pas à pas ! Ainsi, tu auras conquis tes montagnes ! 

Va, petit homme, à la quête de tes sommets ! »

                                                                                                                      Najoua

Le lac du Lou, à saint-Martin-de-Belleville, en Savoie ( France)

L’islam et l’enseignement moral : l’exemple de Luqmân le Sage

Lyess Chacal, écrivain et docteur de l’université Paris IV Sorbonne nous fait l’honneur de prendre la plume pour nous parler d’éducation à travers l’exemple de Luqman. Des versets riches d’enseignements sur lesquels l’auteur nous propose de nous arrêter pour les méditer profondément.

Rousseau écrivait : « On ne connaît point l’enfance : sur les fausses idées qu’on en a, plus on va, plus on s’égare. Les plus sages s’attachent à ce qu’il importe aux hommes de savoir, sans considérer ce que les enfants sont en état d’apprendre. Ils cherchent toujours l’homme dans l’enfant, sans penser à ce qu’il est avant que d’être homme. Commencez donc par mieux étudier vos élèves ; car très assurément vous ne les connaissez point. » (Emile ou de l’éducation).[1] Ou encore : « Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme. »  Ces paroles de Jean-Jacques Rousseau illustrent, si besoin était, l’importance qu’a revêtue l’éducation selon les époques. L’éducation a toujours été une préoccupation majeure. Le Coran a pourtant beaucoup à nous apporter en matière d’éducation comme nous nous proposons de le faire, certes succinctement, au travers de cet article en nous appuyant sur l’exemple de Luqmân al Hakim ou Luqmân le Sage. 

Les prophètes : ces exemples vivants

Les valeurs morales ne se transmettent pas comme un savoir. Elles s’acquièrent et se construisent au gré de nos expériences et des modèles que nous suivons. Les parents sont nos premiers modèles. Le Prophète en est un autre et, par extension, les récits des prophètes dans le Coran sont aussi source d’exemple. Sur ce dernier point, une première lecture de ce que le Coran rapporte de la vie de ces prophètes montre que chacun d’entre eux s’est distingué par une qualité ou un trait de personnalité différent des autres. Ce sont ces spécificités que le Coran nous propose dans un but bien précis. Il nous est impossible d’être exhaustif, néanmoins voici ce que nous pouvons apprendre de l’histoire d’une grande partie des prophètes cités par le Coran et plus particulièrement celle de Luqmân.

Le récit de Luqmān le sage : un exemple d’enseignement moral

Arrêtons-nous maintenant à un récit coranique qui évoque la façon dont Luqmân, s’adressa à son fils. De Luqmân, on sait peu de choses si ce n’est qu’il était probablement originaire de Nubie (actuel Soudan) et qu’il aurait été un esclave affranchi par son maître en partie grâce à cette sagesse légendaire qui le caractérise [2]. La sourate, intitulée « Luqmân », est un exemple édifiant d’un père exhortant son fils à se conformer à de nombreux commandements et valeurs morales soigneusement hiérarchisées. Nous proposons, dans un premier temps de suivre pas à pas les quelques versets relatifs à Luqmân et de nous imprégner de leur contenu avant d’en tirer des règles plus générales. Le Coran mentionne, tout d’abord, le devoir d’être reconnaissant envers les bienfaits divins :

« Nous avons effectivement donné à Luqmân la sagesse : “Sois reconnaissant à Allah, car quiconque est reconnaissant, n’est reconnaissant que pour soi-même; quant à celui qui est ingrat… En vérité, Allah se dispense de tout, et Il est digne de louangeˮ»[3] 

وَلَقَدْ آتَيْنَا لُقْمَانَ الْحِكْمَةَ أَنِ اشْكُرْ لِلَّهِ وَمَنْ يَشْكُرْ فَإِنَّمَا يَشْكُرُ لِنَفْسِهِ وَمَنْ كَفَرَ فَإِنَّ اللَّهَ غَنِيٌّ حَمِيدٌ

La reconnaissance est désignée par le terme arabe šukr. L’ingratitude au sens de se détourner de Dieu au point de ne plus croire en Lui est désigné par le mot kufr. Ce que nous traduisons bien souvent par mécréant en parlant de kâfir est plutôt celui qui nie les bienfaits de Dieu à son égard et qui ne reconnaît à Dieu aucune intervention dans sa vie. Vient ensuite le récit de Luqmân :

« Et lorsque Luqmân dit à son fils tout en l’exhortant : “Ô mon fils, ne donne pas d’associé à Allah, car l’association à [Allah] est vraiment une injustice énorme.ˮ» 

وَإِذْ قَالَ لُقْمَانُ لِابْنِهِ وَهُوَ يَعِظُهُ يَا بُنَيَّ لَا تُشْرِكْ بِاللَّهِ إِنَّ الشِّرْكَ لَظُلْمٌ عَظِيمٌ

Le premier enseignement de ce verset est à chercher dans la posture de Luqmân à l’égard de son fils que le Coran prend soin de mettre en avant. On ne trouve pas de mention d’échanges entre le père et son fils ; c’est ici le père qui s’adresse à son fils pour l’exhorter à suivre les enseignements qui lui seront dictés. L’emploi, dans les versets que nous citons, de verbes à l’impératif indique que nous avons bien affaire là à des injonctions. Ces dernières ont valeur de règles absolues. D’ailleurs, la référence symbolique du père chez les psychanalystes est importante puisque le père représente la loi. 

L’enseignement fondamental de ce verset concerne la première injonction de Luqmân qui touche au culte et au devoir de ne rien associer à Dieu. Luqmân pose les bases d’un monothéisme absolu qui consacre Dieu comme seule divinité digne d’adoration. Il délimite aussi et surtout le cadre dans lequel va se développer la spiritualité de l’enfant dans son rapport au divin. 

L’autre élément fort intéressant, une fois érigée la base du monothéisme pur, c’est la mention de la reconnaissance, déjà évoquée plus haut, mais élargie aux parents, père et mère, avec, comme souvent dans le Coran, une sollicitude toute particulière à l’égard de la mère dont la première « qualité » est d’avoir su souffrir pour amener son enfant à la vie. Cette souffrance mérite, pour Dieu, que la mère soit l’objet d’attentions et d’affection particulières : 

« Nous avons commandé à l’homme [la bienfaisance envers] ses père et mère; sa mère l’a porté [subissant pour lui] peine sur peine : son sevrage a lieu à deux ans. “Sois reconnaissant envers Moi ainsi qu’envers tes parents. Vers Moi est la destinationˮ. » 

وَوَصَّيْنَا الْإِنْسَانَ بِوَالِدَيْهِ حَمَلَتْهُ أُمُّهُ وَهْنًا عَلَى وَهْنٍ وَفِصَالُهُ فِي عَامَيْنِ أَنِ اشْكُرْ لِي وَلِوَالِدَيْكَ إِلَيَّ الْمَصِيرُ

Ce respect des parents est un respect inconditionnel mais qui ne saurait toucher à l’adoration de Dieu comme l’indique le verset ci-dessous :

« Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable. Et suis le sentier de celui qui se tourne vers Moi. Vers Moi, ensuite, est votre retour, et alors Je vous informerai de ce que vous faisiez » 

وَإِنْ جَاهَدَاكَ عَلَى أَنْ تُشْرِكَ بِي مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ فَلَا تُطِعْهُمَا وَصَاحِبْهُمَا فِي الدُّنْيَا مَعْرُوفًا وَاتَّبِعْ سَبِيلَ مَنْ أَنَابَ إِلَيَّ ثُمَّ إِلَيَّ مَرْجِعُكُمْ فَأُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ

Cependant, la désobéissance aux parents ne peut se faire que dans l’exercice de son culte. Elle ne peut être prétexte à une désobéissance plus large. Il y a nécessité de préserver la stabilité du cercle familial en continuant d’être redevable à l’égard de ses père et mère. 

Adorer Dieu seul, lui être reconnaissant ainsi qu’envers ses parents constituent les fondements essentiels qui vont permettre maintenant d’approfondir sa foi et sa pratique. Tout d’abord en consacrant l’omnipotence et l’omniscience divines car rien n’échappe à Dieu : 

« “Ô mon enfant, fût-ce le poids d’un grain de moutarde, au fond d’un rocher, ou dans les cieux ou dans la terre, Allah le fera venir. Allah est infiniment Doux et Parfaitement Connaisseurˮ» 

يَا بُنَيَّ إِنَّهَا إِنْ تَكُ مِثْقَالَ حَبَّةٍ مِنْ خَرْدَلٍ فَتَكُنْ فِي صَخْرَةٍ أَوْ فِي السَّمَاوَاتِ أَوْ فِي الْأَرْضِ يَأْتِ بِهَا اللَّهُ إِنَّ اللَّهَ لَطِيفٌ خَبِيرٌ

La prière n’est mentionnée qu’après la dictée des grandes règles du culte. Tout individu sait maintenant à qui sont destinées ses prières :

« Ô mon enfant accomplis la Salât (prière), commande le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t’arrive avec patience. Telle est la résolution à prendre dans toute entreprise! » 

يَا بُنَيَّ أَقِمِ الصَّلَاةَ وَأْمُرْ بِالْمَعْرُوفِ وَانْهَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَاصْبِرْ عَلَى مَا أَصَابَكَ إِنَّ ذَلِكَ مِنْ عَزْمِ الْأُمُورِ

La prière commande que soit ordonné le convenable et interdit le blâmable. L’endurance mentionnée par le verset sous-entend que l’on soit exposé, en société, aux réactions négatives des individus qui n’accepteraient pas qu’on puisse les rappeler au bon sens en cas de dérive. 

Les versets que nous venons de parcourir illustrent de manière très claire les grands axes à privilégier dans l’éducation morale de nos enfants, sans pour autant que cela soit exhaustif bien entendu. Ils ont le mérite de mettre en avant quelques principes qui permettent que la vie en société soit possible :

  • reconnaître les bienfaits de Dieu à notre égard c’est nous placer dans cette position d’assujettissement consentie à Dieu. C’est aussi éviter toute suffisance et donc tout dévoiement ; 
  • la reconnaissance vaut aussi pour les parents et la mère en particulier. Il y a réaffirmation du socle social de base, la famille, au sein de laquelle le père a la lourde charge de transmettre à sa progéniture les règles essentielles de la religion ; 
  • rien ne peut justifier de désobéir à ses parents, hormis la pratique du culte voué à Dieu ;
  • Dieu sait tout, Il voit tout. Ces attributs divins doivent sensibiliser les enfants à la sincérité dans les actes. Notre éducation doit valoriser l’absence de « tricheries » ou de dissimulations malsaines parce que rien n’échappe à Dieu ;
  • c’est seulement les éléments précédemment assimilés que la prière prend tout son sens. Abordée, sous cet angle, on voit bien que la prière ne peut se limiter à une série de mouvements insignifiants. Elle est, de plus, intimement liée au fait d’ordonner le convenable et d’interdire le blâmable. La prière est l’un des symboles d’une éducation morale pratique aboutie qui se reflète au travers de sa façon d’être au quotidien ;
  • l’intérieur doit être purifié de tous les caractères blâmables et répréhensibles au premier titre desquels l’orgueil et l’arrogance. Ces derniers ont valu à Iblīs d’être chassé du paradis.
  • l’humilité est une vertu à cultiver. Elle grandit celui qui la pratique. 

En résumant de la sorte les grands enseignements que nous offrent ces versets tirés de la sourate Luqmân, on peut construire l’éducation morale de nos enfants en s’appuyant sur de grandes lignes directrices qui constitueront les bases d’une éducation plus complète. 

Lyess Chacal

[1] Rousseau, Émile ou de l’éducation.

Au Nom de Dieu le Tout Rayonnant d’Amour, le Très Rayonnant d’Amour,

« Il dit : « Ô mon Seigneur, la prison m’est préférable à ce à quoi elles m’invitent. Et si Tu n’écartes pas de moi leur ruse, je pencherai vers elles et serai du nombre des ignorants » [des pécheurs]. »[1]

Lors de ma méditation, ma plume a été emportée par l’écriture d’une histoire vraie. L’histoire d’une famille qui va se déchirer, deux frères inséparables que le destin va éloigner l’un de l’autre. L’un d’eux s’est fait manipuler et est parti en Syrie… Un enchaînement de drames qu’ils vivront. Pourtant derrière des faits que nous ne comprenons pas, réside un secret que seul notre Créateur connaît…

Être libre ne signifie pas faire ce que l’on veut et vivre où l’on veut, mais c’est être ce que l’on est au-delà des limites qui nous sont imposées.

Il y a ces murs de briques, trop haut auxquels tu as été confronté,

Il y a ces murs qui nous séparent de ceux qu’on aime,

Il y a ces murs qui protègent, ceux qui isolent…

Il y a ces murs tel le Dawn Wall, qui permettent de voir autre chose une fois escaladés,

Il y a au-delà de ces murs, un monde que tu as créé et imaginé,

Tu as souhaité sauver ton frère monozygote qui avait choisi un autre type de liberté, allant se joindre aux troupes armées en Syrie,

Tu as pris cette lourde responsabilité de faire sécher les larmes de celle qui vous a donné la vie et finalement elle perdra les plus belles choses de ce monde,

Tu seras intercepté aux frontières, ne parvenant plus jamais à raisonner ton frère,

La justice t’enferme, alors que tu n’as commis aucun crime, ton casier judiciaire est vierge, pour un verdict de terroriste, mais quelle histoire triste !

La porte se referme… provoquant un bruit inoubliable, un bruit irrévocable, tu entends l’épaisseur du fer de ces clefs qui claquent entre elles.

Deux grands verrous te couperont désormais de tout contact car tu es une menace pour la sécurité, c’est l’enfermement! Ce qu’ils ne savent pas c’est que tu es tel un esprit qui incarne la sagesse et la largesse,

La réalité est que tu y resteras croupir et ce pour plusieurs années, tout se fragmente, tout s’écroule, tout te tourmente mais ton imagination demeurera ta clef,

Impossible de programmer ta vie jusqu’aux moindres détails, le destin finira par avoir le dernier mot, peu importe où que tu ailles.

Tu apprends que ton frère n’est plus… tu comprends que la seule image qu’il te reste de lui c’est ton reflet dans le miroir, visualiser ces yeux bleus, cette couleur qui symbolisait tant l’immortalité, ce bleu qui du simple regard apaise et calme profondément… comme le son de ces vagues qui viennent s’échouer délibérément…

Tu pleures comme un enfant éteint et tu lui adresses ces peu de paroles avec un goût amer histoire d’essayer de te soulager : « pars en silence, comme si rien ne s’était passé, que tout ce que nous avons vécu n’était finalement qu’un rêve

Tu pleures jusqu’à la somnolence ton frère parti pour un long exil. Tu pleures de douleur ce malheur qui te touche, ainsi l’histoire s’achève… Mais renaissance il y a…

Tu deviens Edmond Dantès, tu occupes tes journées et tes nuits par l’apprentissage du saint Coran, ton lien avec le Créateur tu le souhaites désormais différent, telle la lecture d’un roman qui te fait éclipser du moment présent. Ta voix se perfectionne, elle semble venir de si loin comme une note de piano.

Elle parvient à percer ces zones impénétrables, pour venir se déposer délicatement dans l’oreille de tes voisins prisonniers, cette voix semble sortir d’un tombeau si lointain du côté de l’Orient. Une voix qui vient emplir les cœurs de joie, jusqu’à redessiner aux lèvres des sourires et faire couler des larmes.

« N’est-ce point par l’évocation d’Allah que se tranquillisent les cœurs ? »[2]

C’est au-delà d’une voix humaine, elle parvient à fendre ces murs de béton, elle traverse le fracas de ces nombreuses vies et comme un tonnerre à faire trembler ses pairs.

Ton parfum de liberté te permet de voyager, tu passes des heures interminables à apprendre dans une bibliothèque imagée.

La liberté n’est pas celle d’être amené là où l’on veut, la liberté est celle qui t’a permis de voyager plus loin, là où seuls les cœurs peuvent s’y arrêter.

Et nous ? L’entendons-nous cette voix ?

« Nous l’avons fait descendre en arabe afin que vous raisonniez ! »[3]

Nous ne sommes pas enfermés et pourtant nous ne profitons pas de notre liberté,

Nous pouvons respirer à l’extérieur et pourtant l’intérieur nous fait horreur.

Que faisons-nous de notre temps libre ? Notre Créateur ne jure-t-il pas par le temps ?

Nos heures sont comptées et viendra le jour où elles seront scrutées où tout, dans les moindres détails sera détaillé et divulgué,

« …..Il disait la prison m’est préférable que ce à quoi elles m’invitent,… » 

Tu es tellement étrange que le gardien de prison te trouve si doux qu’il ne comprend pas ta présence en ces lieux, il s’agit presque d’une aberration.

Une injustice muette… tu resteras enfermé cinq années durant pour enfin recouvrer ta pleine liberté… Mais au fond tu vivais déjà l’évasion, comme un épicurien tu te retrouvais dans ces jardins de la sagesse tu y entrais empli de rêves, laissant derrière toi l’angoisse et le tourment…

Hana Elakrouchi


[1] Sourate Youssouf v33

[2] Coran

[3] Coran 

Un moment suspendu…

La méditation est un moment de pause que chacun de nous doit faire dans sa journée. Elle commence par une simple réflexion, puis elle vous permet de déambuler dans des endroits les plus improbables, c’est un moment magique !Se faire confiance et se laisser guider, une manière de s’abandonner aux images, aux mots, aux couleurs qui nous viennent à l’esprit.

Comment franchir les portes de la méditation ?

Par la solitude ! Il est très difficile d’être en état de méditation en étant dans un environnement perturbant. L’âme a besoin de paix pour se laisser emporter tranquillement au fil des pensées. La nécessité de s’isoler est donc une démarche primordiale !

Ma méditation s’est portée sur un verset de la sourate 101 « Le fracas », verset 4 : « C’est comme le jour où les gens seront comme des papillons éparpillés ». Kal farachi lmabthouth, en arabe!

J’étais dans un jardin en compagnie de belles âmes, nous sommes en automne, le refrain de la poésie de Maurice Carême m’accompagne dans ce doux moment…ce fameux refrain que nous avons, pour la plupart, étudié sur les bancs de l’école, cette période d’innocence…

Il ne faisait pas froid, seule la brise nous invitait à ce vent de liberté, ce vent ayant parcouru des lieux inimaginables tel le parcours d’un nomade. Mon regard est alors attiré par ce papillon, seul, alors j’ai souhaité être sa compagne de route. Sa danse était si élégante que je me suis mise à valser avec lui !

Quelques jours après, je me mets à ma tâche, je m’isole et je prends mon coran que je lis…je m’arrête sur ce verset de la sourate « Le fracas » : « C’est comme le jour où les gens seront comme des papillons éparpillés. »

Un sentiment de mal-être s’empare de moi !

Ce papillon qui m’a fait oublier l’instant présent me revient à l’esprit. Il était si fragile, si beau !

Je me mets à rechercher ses caractéristiques afin de comprendre pourquoi Allah en parle dans un verset ! Pourtant, Allah nous parle du jour le plus dur, du jour le plus terrible, le jour de l’angoisse, le jour où, vous le verrez, toute nourrice oubliera ce qu’elle allaitait !

Je monte dans la camionnette de Jamy avec son équipe, vous vous en souvenez ? Nous pénétrons une réserve naturelle dans laquelle se trouve un élevage de papillons. Je découvre des milliers d’espèces. Je découvre les différents stades dans sa physionomie, ses mets composés de jus de fruits et de nectar de fleurs. Quand il est dans son cocon, il est drapé de soie. Je suis émerveillée par ces découvertes.

Seigneur! Tu n’as pas crée cela en vain!

Cet insecte est décidemment merveilleux, dans certaines cultures, le croiser est signe de bon augure !

Mes yeux se reposent sur le titre « Le fracas ». Une autre appellation du jour le plus terrible que l’humanité vivra! Kal farachi mabthouth ! Comme des papillons éparpillés.

Celui que j’observais me semblait valser mais à y réfléchir, non, c’est juste que sa trajectoire n’est pas précise.

Là, je médite sur ma vie… je ne connais pas le repos mental.

Rattraper ce temps perdu avant que mon délai ne soit consumé, je vis dans cette crainte que la mort ne me surprenne dans mon état d’ignorance !

Je suis à l’image de ce papillon qui papillonne, mes pensées vont dans tous les sens, entrainées à 1000 lieux de mon point de départ, me poser 1001 questions pour que la seconde d’après elles se multiplient…

« KAL FARACHI LMABTHOUTH ! »

J’ai mal, ma poitrine se serre, je repose mon regard sur le coran comme pour rechercher cette bouffée d’oxygène pour me sortir de cette asphyxie.

« Waman ya3mal mithqala daratine khayran yarah ! » Quiconque fait le poids d’un atome de bien le verra

L’Amour d’Al Wadoud s’empare de moi, je finis par conclure que l’image du papillon, dans ce verset, était une manière de mettre en exergue Sa douceur, reconnaissant la fragilité de chacun de nous, reconnaissant la beauté de chacun de nous !

Elakrouchi Hana