Génération Z 212

Un vent de révolution populaire souffle sur le Royaume Chérifien, après le Népal, les Philippines ou le Sri Lanka, plus rien ne semble aujourd’hui épargné le Maroc de la révolte du mouvement « Gen Z », qui embrase le pays.

Qui est la génération Z ?

Nés entre 1997 et 2012, ces jeunes se soulèvent un peu partout dans le monde afin de revendiquer davantage de droits sociaux, d’accès aux soins et à la scolarité. Dans les pays asiatiques, entre 1990 et 2010, la jeunesse est sortie dans les rues pour détrôner les élites politiques corrompues.

En septembre 2025, c’est au tour du Népal, suivi des Philippines et dernièrement à Madagascar et au Maroc. Cette vague de colère porte les mêmes revendications de justice sociale avec une diffusion numérique via les réseaux sociaux.

Le Collectif de jeunes marocain « Gen Z 212 »

« 212 », en clin d’œil pour le préfixe téléphonique du pays, ce mouvement de jeunesse sans affiliation politique s’est organisé sur le réseau « discord ». Il revendique « un espace de discussion » sur des questions comme «la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption ». Il affirme agir par « amour de la patrie et du roi », dans un pays où les inégalités sociales sont autant publiques que privées sur l’ensemble du territoire. « Nous demandons la dissolution du gouvernement actuel pour son échec à protéger les droits constitutionnels des Marocains et à répondre à leurs revendications sociales », a déclaré Gen Z 212 dans un communiqué adressé au roi du Maroc, Mohammed VI.

Agadir :  décès successif de plusieurs femmes admises pour césariennes

Mi-septembre dans plusieurs villes, des manifestations sociales ont eu lieu après le décès à l’hôpital public d’Agadir de huit femmes enceintes admises pour césariennes en l’espace d’un mois. La population est sous le choc, elle exprime son désarroi face à des soins de santé qui ne sont pas à la hauteur d’un pays tel que le Maroc.

La Coupe d’Afrique et la Coupe du monde, l’étincelle qui met le feu au poudre…

Le Maroc a mis tout mis en œuvre pour le développement de nouvelles infrastructures (stades flambants neufs, modernisation des de plusieurs aéroports,) afin d’accueillir la future coupe d’Afrique et la Co-organisation de la Coupe Du Monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. La jeunesse est interpellée : « Nous voulons des hôpitaux pas seulement des stades » ont répété des jeunes à Rabat lors des rassemblements, ceci étant devenu presque le slogan depuis le début de la mobilisation. Plusieurs villes se sont soulevés au départ pacifiquement comme Casablanca et Agadir, tenant toutes le même discours.  

Après une semaine de manifestation,  le début de l’escalade

Les manifestations, qui ne sont pas interdites au Maroc, doivent néanmoins faire l’objet d’une permission et être encadré par un syndicat. Ce qui ne fut pas le cas des manifestions de revendication de « GEN Z212 ». Depuis le début de cette vague, les chiffres officiels parlent de 400 arrestations et 3 morts à déplorer. Les manifestions pacifiques font place à des scènes plus violentes de casses et heurs, les tensions sont profondes et aucune accalmie ne se projette à l’horizon.

Comme un sentiment de déjà vu, Le printemps arabe 2011

En décembre 2010, de nombreuses contestations sont nées dans de nombreux pays arabes. Cette expression de « Printemps arabe » fait référence au « Printemps des peuples » de 1848 auquel il a été comparé, tout comme le Printemps de Prague en 1968. Dans ces mouvements de révolutions, les réseaux sociaux (facebook, twitter,..) ont joué un rôle important.

On retiendra comme élément déclencheur la révolution tunisienne qui fera quitter Ben Ali Zine el Abidine du pouvoir. D’autres peuples arabes suivront, notamment la révolution égyptienne avec la démission de Hosni Mobarak et la guerre civile en Lybie entre les forces fidèles au régime de Kadhafi et les insurgés soutenus par l’ONU. En Syrie, la répression exercée par le régime de Bachar el-Assad causait alors des milliers de morts…

Pendant toute l’année 2011, quasi la totalité des États arabes connaissent des mouvements de contestations plus ou moins importants. Au niveau mondial, le bouleversement de cette région est suivi avec un intérêt tout particulier du fait des enjeux pétroliers.

Les principales causes et revendications de ce printemps arabe présentent des similitudes et des différences avec le mouvement GEN Z 212, il a une forte dimension sociale et dénonçait le manque de libertés individuelles et publiques, la corruption, le chômage, la misère, le coût de la vie élevé ainsi qu’un besoin de démocratie. Cette vague révolutionnaire est comparée à divers moments historiques, comme le Printemps des peuples de 1848, la chute du rideau de fer en 1989 ou encore le Risorgimento italien. 

La révolution du Rif, prémices du cri du peuple marocain

En octobre 2016, Mouhcine Fikri décède après être littéralement broyé dans une benne à ordure suite à la confiscation de sa marchandise de poisson par la police dans la ville d’Al Hoceima dans le Rif marocain. La région du Rif sera alors le théâtre de manifestations ininterrompues pendant plus de 10 mois, le mouvement du Hirak naît afin de dénoncer la corruption et la marginalisation économique et sociale du Nord Est du Maroc, largement diffusée sur le réseau social Facebook live. 

En avril 2019, une quarantaine de manifestants sont condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison pour le leader du mouvement Nacer Zefzafi. Contrairement au mouvement GENZ 212 , le Hirak ne cible pas une tranche d’âge de la population ni une région, mais ont en commun pour revendications plus d’équité sociale, d’accessibilité aux soins et  l’enseignement pour tous et  ainsi que l’arrêt de la corruption.

L’islam et la réforme 

« Certes Allah ne modifie pas l’état d’un peuple tant que les individus qui le composent ne changent pas d’eux-mêmes ce qu’il y a en eux ». sourate Ar Ra’d n°13 verset 11.

D’après Malik Ibn Dinar, Al Hassan Al Basri a dit : « Certes Al Hajjaj (1) est une punition d’Allah. N’accueillez pas la punition d’Allah avec l’épée (2) mais plutôt avec le repentir, la supplication et la soumission. Repentez-vous et vous serez débarrassé de lui ». (Rapporté par Ibn Abi Dounia dans Kitab Al ‘Ouqoubat 
L’islam et l’éthique 

L’islam a établi un code moral pour les interactions sociales qui doivent être fondées sur les valeurs de vérité, de confiance, de justice, de bienfaisance et de miséricorde. Il n’y a donc pas de dissociation entre l’éthique, la politique, l’économie.  Ainsi la vie en société et la gestion politique sont fondés sur le socle commun de la croyance au Tawhid basé sur le Coran et la Sunna. Citoyens et dirigeants y retrouvent tous les aspects de la vie afin de mettre en application des lois équitables et les bases pour vivre dans une société juste et égalitaire.

 « Dieu commande la justice, la vertu et la bienveillance envers ses proches. Il interdit toute forme d’immoralité, de méchanceté et de transgressionIl vous avertit afin que vous soyez attentifs ».  sourate 16 verset 90 . 

Le prophète Sws un modèle pour les dirigeants

véritable dirigeant juste, empli de compassion et de miséricorde, il a fait preuve de patience  dans son rôle important de diffusion du message. Il est un modèle de miséricorde et de bonté et de justice par excellence. Sa sunna et sa sira doivent inspirer chacun d’entre nous pour atteindre le meilleur des comportements.

« Il a été tout à la fois révélateur d’une religion, organisateur d’un peuple, le fondateur d’un empire, qui a subjugué avec une rapidité merveilleuse une immense partie de la terre. Sans parler du poète, il a été tout ensemble prophète, législateur et conquérant. Dans les annales humaines, il est le seul à avoir revêtu ces trois caractères éminents » Barthélémy Saint Hilaire

Autre modèle d’inspiration, le Calife Omar Ibn Khattab

 Surnommé Al Farouq : celui qui distingue le bien du mal, Omar Ibn Khattab était un dirigeant juste. Il a instauré le système des allocations familiales avant même que celles-ci n’existent dans notre société occidentale. Il administrait les biens du trésor public de manière minutieuse, il les redistribuait avec justice, contrôlait personnellement le travail de ses gouverneurs et les limogeait sans hésitation s’ils fautaient ou manquaient à leurs obligations

Pour conclure

Le Maroc est un pays en plein essor économique et doit faire face à de nombreux défis pour lutter contre les inégalités sociales et en matière de santé. Il doit investir dans l’éducation et la jeunesse, futurs adultes afin d’avoir un pays qui rencontrent toutes ses ambitions.

L’islam est la seule religion à bénéficier d’un statut institutionnel officiel dans la constitution marocaine, le roi du Maroc, ayant le titre de Commandeur des croyants, est le garant du libre exercice des cultes et veille au respect de l’Islam. Les concepts de la religion islamique sont des ressources et des bases pour construire une société juste et équilibrée et afin de relever les défis et enjeux de demain tant pour les dirigeants que pour le peuple.

La Gen Z 212 met la monarchie face à un défi inédit : répondre à des demandes sociales et politiques radicales sans fragiliser son propre rôle de dirigeant.

Trois directions possibles :

  • Soit la réforme avec une restructuration et des mesures sociales urgentes avec des moyens de contrôles en toute transparence.
  • Soit un durcissement sécuritaire avec des annonces politiques aboutissant à un apaisement provisoire.
  • Ou une structuration politique du mouvement genZ qui deviendrait un acteur politique afin de bousculer l’équilibre partisan

Le pays ne pourra pas se relever de cette révolte sans écouter ces cris du cœur. 

Je finirais par ces citations : 

« Une émeute est le langage de ceux qui ne sont pas entendus » Martin Luther King

« Ce n’est pas seulement par la force des choses que s’accomplira la révolution sociale, c’est par la force des hommes, par l’énergie des consciences et des volontés » Jean Jaures

J.K.

Résilience, la force de rebondir 

Dans la chaîne du Haut Atlas, le Maroc a connu un évènement malheureux. Plus de 3000 morts et plus de 5000 blessés sont les chiffres des victimes de la catastrophe. Un séisme ressenti dans la nuit du 8 septembre à 23h11 heure locale, avec des fréquences sismiques allant de 6,8 à 7,2 sur l’échelle de Richter dans la province d’Al Haouz, à quelques kilomètres au sud-ouest de Marrakech. D’innombrables maisons de villages s’effondrent en enterrant vivant ceux qui s’y trouvaient. Certains des habitants complètement abasourdis face à cette désolation, nous ont donné une grande leçon de vie.

A des milliers de kilomètres de là, Gaza se retrouve, une nouvelle fois, sous les bombes israéliennes, entraînant un lourd bilan en termes de vies humaines et de dommages matériels. Des images dans tous les médias parlent d’elles-mêmes et nous font découvrir ces bouts de vies, brisées, meurtries par ce massacre continue devant le silence assourdissant de la communauté internationale. Et pourtant, devant cette ampleur de désastre, se révèle une force « oubliée ». Dans le flot d’informations médiatiques, les êtres humains font face à cette tragédie et font preuve de beaucoup de courage et de résilience. Comment surmonter cette épreuve ? Comment se reconstruire après un évènement traumatisant ? 

Un séisme ressenti dans la nuit du 8 septembre à 23h11 heure locale, avec des fréquences sismiques allant de 6,8 à 7,2 sur l’échelle de Richter dans la province d’Al Haouz, à quelques kilomètres au sud-ouest de Marrakech.

Apprendre à encaisser, se relever après le pire, à gérer « l’impensable », à aller de l’avant tout en acceptant ce qui c’est produit : c’est ce qu’on appelle être dans un processus de résilience. 

A l’origine, la résilience est une caractéristique qui indique la résistance aux chocs d’un matériau. C’est dans les années 1950, que des psychologues américains s’intéressent à ce concept en étudiant la façon dont les enfants se reconstruisent après une enfance difficile.

En France, c’est le neuropsychiatre Boris Cyrulnik[1] qui popularise ce concept. Il la définit ainsi : « c’est la reprise d’un nouveau développement après une agonie psychique traumatique »[2]. En clair, c’est la capacité de trouver la force en soi pour rebondir après un revers, un choc, une épreuve ou un traumatisme. Car les expériences effrayantes font exploser nos défenses et repères.

Boris Cyrulnik[3] nous explique , à travers ses nombreux ouvrages sur ce processus de résilience, que lorsque les gens font face à des situations auxquelles il n’y a pas d’alternative, ils font preuve, habituellement, de beaucoup de courage.

La résilience n’est pas une aptitude unique. C’est un ensemble de compétences et de mécanismes d’adaptation. C’est comme si nous possédions des ressources de forces invisibles que nous n’utilisons jamais. Nous ne savons même pas que nous les possédons, car nous n’en avons pas besoin. C’est seulement une sorte « d’immunité » de notre système qui lorsqu’elle est sollicitée, nos ressources intérieures remontent à la surface. Il est vrai, précise-t-il que face à un traumatisme, tous ne déclenche pas un processus de résilience. En effet, Boris Cyrulnik explique que ce qui traumatise c’est la signification qu’on attribue à l’évènement ou le regard qu’on lui porte. Étant un processus dynamique et d’adaptation, il existe plusieurs formes de résilience. Il est compliqué de savoir quels sont les facteurs qui déclenchent la résilience car il y a des facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et culturels qui interviennent.

Nous ne sommes pas tous égaux face à ce processus. Avoir la faculté de s’adapter aux événements, continuer à aller de l’avant malgré l’épreuve sont le fruit de 2 clés de la résilience : le sens et le soutien.

– Le sens. C’est-à-dire notre compréhension de la situation, l’histoire qu’on se raconte. Le sens est le moyen par lequel nous, les humains, pouvons transformer nos mémoires. Dans un cerveau sain qui évolue, les souvenirs se transforment de manière à percevoir autrement ce qui s’est passé. Cela ne veut pas dire qu’on l’aura détourné, mais plutôt la signification de l’évènement aura simplement évolué.

– Le soutien. C’est-à-dire la capacité à faire face à son souvenir traumatique (et non à l’occulter) en créant une connexion à un autre qui est bienveillant. Lors d’une épreuve difficile, il est donc important de s’entourer de personnes bienveillantes. Cependant, le cerveau d’une personne isolée fonctionne différemment : il interprète tout avec une saveur de malheur. En bref, pour nous développer, nous avons besoin des autres.

La façon dont nous définissons le courage est subjective. Depuis ces moments terribles que le Maroc a vécu, la majorité des villageois ont fait preuve d’une force incroyable. La même force incroyable dont font preuve les Palestiniens depuis des décennies et qui continuent d’être animés par cette même passion pour la vie et leur terre. Les images sont insoutenables et l’émotion est vive comme celle de ce vieil homme de 7O ans qui a enterré 27 membres de sa famille et qui, cependant, réussit à se lever tous les matins, à se montrer reconnaissant envers Dieu, respectueux envers les autres, et à trouver des choses à apprécier même si la journée dans le campement provisoire où il est installé, peut s’avérer très difficile. Il est la représentation de ce qui définit la résilience, à l’image de notre prophète Mohammad ( Paix et salutations sur lui).

Najoua

Maroc-Israël: une normalisation contestée par le peuple

Le 10 décembre 2020, Israël et le Maroc rétablissent leurs relations diplomatiques dans le cadre d’un accord trilatéral impliquant les États-Unis. Le royaume chérifien devient ainsi le quatrième pays arabe après les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan, à normaliser ses relations avec Israël. Si au sommet de l’État, cette décision est saluée, elle ne sera, par contre, jamais acceptée par le peuple marocain…

Cet attachement à la cause palestinienne n’est pas nouveau et est partagé par l’ensemble des pays arabes. Pour preuve, les manifestations en soutien au peuple palestinien sont celles qui rassemblent toujours un nombre considérable de personnes, parfois jusqu’à plusieurs millions à travers le monde.

Malgré une forte pression en faveur de la normalisation entre les pays arabes et Israël, des pays résistent, c’est le cas notamment de l’Algérie ou de la Tunisie qui refusent toujours d’établir des relations diplomatiques avec l’État hébreu. D’ailleurs, le drapeau palestinien accompagne très souvent leurs emblèmes nationaux lors de manifestations politiques ou d’évènements sportifs. Et le Maroc ne fait pas exception. Certains ont payé cher les critiques adressées au « makhzen[1]» jugé incapables de défendre les Palestiniens.

L’accord de normalisation entre Rabat et Tel Aviv a donc été perçu faussement comme la fin de la solidarité populaire à la cause palestinienne. Cette normalisation n’a jamais été acceptée par les Marocains dans leur ensemble, qui continuent à marquer leur attachement à défendre leurs « frères » victimes d’injustice. Pour preuve, la dernière Coupe du Monde au Qatar où de nombreux observateurs ont indiqué que la Palestine était la véritable gagnante de la compétition sans qu’aucun joueur palestinien n’ait foulé la pelouse qatarie. Et cela, grâce à la performance du Maroc qui n’a pas hésité à associer le drapeau noir, blanc, vert et son triangle rouge à sa victoire. Toutes ces manifestations d’amour envers la Palestine, ont montré qu’Israël ne sera jamais accepté par les Arabes tant qu’il demeurera une puissance occupante qui bafoue les droits humains les plus élémentaires.

La footballeur marocain Achraf Dari célèbre la qualification pour les demi-finales en brandissant un drapeau palestinien au stade al-Thumama de Doha. © EPA-EFE/Abedin Taherkenareh

Les avantages politiques obtenus par le gouvernement marocain en échange des droits des Palestiniens semblent dérisoires : la reconnaissance américaine de la revendication de Rabat sur le Sahara marocain. Cependant, la géopolitique mondiale semble plus que jamais remise en question : la supériorité des États-Unis et de l’Occident est de plus en plus contestée sur le continent africain. De nouveaux acteurs puissants, comme la Russie et la Chine, gagnent du terrain et fragilisent cet équilibre instauré depuis de (trop) nombreuses décennies

Israël, de son côté, souhaite bénéficier de l’immense zone marchande que représentent les pays arabes et espère en contrepartie en retirer toutes sortes d’avantages économiques mais tout en continuant à asservir les Palestiniens. Il est donc temps pour le Maroc et d’autres pays arabes de reconsidérer leur engagement en faveur de l’État hébreu au risque de payer cher les maigres consolations reçues en échange de cet énorme sacrifice consenti.

À l’occasion du deuxième anniversaire de l’accord de normalisation, des dizaines de milliers de Marocains ont manifesté à travers tout le pays (30 villes différentes) leur opposition à cette décision à travers un slogan : « le peuple veut abattre la normalisation ». Des protestations organisées par le Front marocain de Soutien à la Palestine et contre la Normalisation.

L’année 2022 a été particulièrement sanglante en Palestine. Elle est en passe de battre un nouveau triste record : l’année la plus meurtrière pour les Palestiniens de Cisjordanie depuis 2005…, selon l’envoyé des Nations-Unies pour le Moyen-Orient.

Ce mouvement populaire ainsi que tous ceux qui existent à travers le monde indique que la Palestine restera une lutte nationale au Maroc et dans d’autres pays arabes, et cela, malgré les décisions prises par des gouvernements prêts à sacrifier l’honneur et la justice sur l’autel de pauvres ambitions personnelles…

H.B.

[1] Le makhzen (مخزن) est un terme arabe désignant un entrepôt fortifié utilisé jadis pour le stockage des aliments, et qui a donné le mot magasin en français. Le makhzen désigne de façon spécifique et jusqu’à nos jours l’appareil étatique marocain.

Les Lions de l’Atlas… une histoire de cœur

Bientôt 5 ans que je n’ai pas foulé la terre de mes ancêtres… Non pas que rien ne m’y rattache mais mon gout prononcé pour la découverte de nouveaux horizons m’a fait voyager ces dernières années, vers des contrées inconnues et moins fréquentées.

Les rues bondées que je prenais plaisir à sillonner avec mon amie Najia et les plages surpeuplées où je me suis prélassée ont été le théâtre de mes vacances d’été au Nord du Maroc pendant ma jeunesse.

Aujourd’hui, j’aspire à autre chose : me ressourcer… loin des rues bondées et des plages surpeuplées.

Voilà pourquoi, le besoin d’y retourner ne s’est pas fait sentir depuis plusieurs années… Mais d’ailleurs, ne dit-on pas loin des yeux, loin du cœur ? Et pourtant…

Maroc-Belgique, dimanche 27/11/22

– Maman, moi je suis pour la Belgique et toi, tu es pour qui ?

– On ne choisit pas entre sa mère et son père, voyons

Le match commence… Après la 1ère mi-temps, ma fille me repose la question et ma réponse demeure identique. Cependant, dans mon cœur, aucun doute ne subsiste.

Tout me rattache à la Belgique : naissance, langue, éducation,études, références culturelles, travail… et pourtant, le cœur a ses raisons que la raison ne connait point !

L’engouement autour des performances de l’équipe marocaine a éveillé en moi un patriotisme insoupçonné. A la grande consternation de ma fille qui, en réponse à sa question initiale « tu es pour qui ? », a vu sa mère passer du politiquement correct « On ne choisit pas entre sa mère et son père… » à « Traitresse !» lorsque celle-ci s’indigna du tir au but de Saïss à la 73ème minute !

Maroc-Portugal, samedi 10/12/22

J’étais invitée à passer l’après-midi en bonne compagnie mais j’ai décliné l’invitation à la dernière minute. Match oblige ! Je ne fus pas déçue. Un moment fort en émotions. L’histoire s’écrit : premier pays africain, première nation arabe à concourir pour la demi-finale. Scènes de liesse en Belgique, France, Allemagne, Italie, Espagne, Canada, Palestine, Tunisie, Libye, Mauritanie, Ghana, Qatar… La liste est trop longue.

Au-delà des performances footballistiques que les joueurs ont pu démontrer depuis plusieurs matches, on assiste à une espèce de symbiose, de cohésion, de renforcement des liens qui unissent les Marocains où qu’ils soient dans le monde. Mais pas seulement. L’équipe marocaine a aboli les frontières. Désormais, le drapeau rouge à l’étoile verte réunit les peuples arabes, africains et musulmans à travers le monde. Et même au-delà… D’Elon Musk avec son «🇲🇦🇲🇦 Congrats Morocco !! 🇲🇦🇲🇦» au tweet de Shakira « This time for Africa ! », les réseaux sociaux s’enflamment.

Au-delà du patriotisme, ce n’est pas tant la victoire qui est impressionnante mais leur parcours riche en enseignements. Ils ne se battent pas avec leur corps seulement mais avec leur cœur surtout. Ils y puisent force et  détermination. L’endurance, le mental d’acier, la résistance dont ils font preuve sont prodigieux.

En quelques matches, les Lions de l’Atlas ont redéfini « la croyance en ses rêves ». Se dépasser, se surpasser, croire en l’inatteignable, ne pas se laisser impressionner par « les plus grands » … preuve une fois de plus, que l’être humain est le seul à se mettre des barrières. Une telle conviction ne peut être qu’empreinte de foi… Et le tout, surtout, surtout… avec humilité et simplicité. Ils ont déjà tout gagné.

Après chaque victoire des Lions, on assiste à un cérémonial qui peut paraitre étrange aux yeux des non-initiés que sont les Occidentaux : le baiser du front maternel. Nous avons tous vu Regragui, Ziyech, Hakimi ou encore Boufal courir vers les tribunes pour embrasser leur mère et plus spécifiquement leur tête.

La bénédiction des parents, personnifiée par le baiser du front maternel (et paternel), est un symbole puissant, souverain dans la culture arabo-musulmane, pour le rang élevé attribué aux parents par Dieu.

Les Marocains, croyants, ont besoin de Dieu pour y arriver. La prosternation de remerciement à Dieu sur le terrain, la puissance des invocations du Maghreb au Machrek, le baiser du front maternel… Ne sont-ce pas là des signes pour les croyants ?

Le souffle est suspendu. Ce soir se joue la demi-finale.

Look who we are, we are the dreamers
We make it happen ’cause we believe it
Look who we are, we are the dreamers
We make it happen ’cause we can see it

Regarde qui nous sommes, nous sommes les rêveurs

Nous y parvenons parce que nous y croyons

Regarde qui nous sommes, nous sommes les rêveurs

Nous faisons en sorte que cela se produise parce que nous pouvons le voir

La chanson officielle de la Fifa Coupe du Monde 2022.

Les paroles semblent taillées sur mesure pour les Lions de l’Atlas… Encore un signe ? Cette chanson a battu les records de vue de toutes les chansons de la Coupe du Monde. Elle a été écrite et produite par RedOne : producteur, auteur et compositeur… marocain! Encore un signe ?

Dans tous les cas, la victoire est déjà marocaine…

L.M.

Une immigration marocaine

Le patrimoine mondial de l’UNESCO a été octroyé à quatre sites miniers wallons dont celui du Grand-Hornu (Mons), celui du Bois-du-Luc (La Louvière), du bois du Cazier (Charleroi) et de Blegny-Mine (Liège) il y a exactement dix ans, ce vendredi 1er juillet 2022.[1] Cette reconnaissance de l’UNESCO nous replonge dans l’histoire de la Belgique et plus particulièrement celle de l’après-guerre. Mais elle nous replonge également, entre autres, dans l’histoire de l’immigration marocaine en Belgique. Les descendants de cette immigration, vieille de plus de 50 ans, les Marocains de Belgique, présentent aujourd’hui d’un point de vue démographique la minorité ethno-culturelle d’origine étrangère la plus importante du pays[2]. Cette histoire, bien trop peu connue mais pourtant fondamentale mériterait sa place dans les livres scolaires. Mais afin de la comprendre et d’en connaître les jalons, replongeons dans l’après-guerre.

Après la deuxième guerre mondiale, la Belgique est dévastée et doit être reconstruite. Elle se lance alors dans une nouvelle bataille : la fameuse « bataille du charbon ». La Belgique est riche en charbon, « l’or noir ». Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrie minière belge est à son apogée mais voit sa population refuser de travailler dans les mines de charbon. Le travail y est trop pénible et surtout très dangereux.

Le patronat se retrouve face à une pénurie de main d’œuvre. Après des tentatives mal accueillies d’envoyer dans les mines des prisonniers de guerre allemands, puis des inciviques[1], la Belgique se tourne alors vers des pays exportateurs de main d’œuvre étrangère poussée par les milieux patronaux. Le gouvernement signe alors des accords avec des pays étrangers dont l’Italie. Ces deux gouvernements signent un protocole le 20 juin 1946 : pour tout travailleur italien qui descendra dans une mine en Belgique, 200 kg de charbon par jour et par tête seront livrés à l’Italie.[2] Cet accord est surnommé « des hommes contre du charbon ».[3]

Mais la catastrophe de Marcinelle le 8 août 1956 et la mort de 262 victimes dont 136 Italiens dans un incendie remettent en cause les accords belgo-italiens. L’Italie décide alors de mettre fin à toute immigration dans les mines européennes.

La convention belgo-marocaine entre en vigueur lors de sa ratification le 17 février 1964

Le Maroc, pays exportateur de main d’œuvre

La Belgique se tourne vers d’autres pays exportateurs de main-d’œuvre hors Europe dont le Maroc. La situation du Maroc est particulière. Une stagnation économique, sociale et politique laisse le pays dans un état de sous-développement, se traduisant entre autres par une production agricole insuffisante et une population croissante générant inactivité et sous-emploi. Cet accord avec la Belgique se veut être un soulagement de la situation sociale du Maroc et un moyen d’expansion économique de la Belgique. Le Maroc pratique alors une politique d’immigration basée sur un concept marchand. L’objectif est alors d’exporter un maximum de travailleurs afin que ceux-ci rapportent un maximum de devises.

Mais il faudra attendre 1962 pour envisager une convention officielle entre les deux pays. Des fonctionnaires seront alors désignés par l’ambassade belge à Rabat pour recruter les candidats sur place au Maroc. Des centres régionaux subventionnés sont mis en place et dont le rôle sera d’octroyer des permis de travail aux travailleurs marocains. Dans un premier temps, une correspondance s’établira dans laquelle on soulignera trois termes : pénurie, urgence et recrutement. Le patronat charbonnier a besoin d’un grand nombre de travailleurs. Cet accord s’axe donc plus sur l’aspect économique en oubliant l’aspect social et culturel de ces nouvelles recrues fraîchement débarquées. Dans un second temps, les autorités belges soumettent un projet de convention et le gouvernement marocain ne cache pas son désir de faciliter l’émigration.

La convention belgo-marocaine entre en vigueur lors de sa ratification le 17 février 1964 mais ne sera publiée dans Le Moniteur belge que bien plus tard, en 1977. Cette convention est valable pour une période d’un an avec la possibilité d’être reconduite chaque année. On voit se dessiner les prémices d’une immigration dont le cadre légal était encore en construction. Durant trois années, de 1962 à 1964, la situation de la Belgique est telle que les autorités belges négligent le principe d’autorisation et régularisent même des Marocains arrivés comme « touristes ».

Mais que deviennent ces candidats travailleurs ? Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Qu’adviendra-t-il d’eux perdus dans l’obscurité de ces mines de charbon ? La suite au prochain épisode…

O.D.


[1]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg

[2]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg

[3]    http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/timeline/20-juin-1946-des-hommes-contre-du-charbon#.YsNUeS3pNxg


[1]    https://www.rtc.be/video/info/patrimoine/blegny-mine-10-ans-d-inscription-au-patrimoine-mondial-de-l-unesco-_1513103_325.html

[2]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marocains_en_Belgique

D’Ifantras à Bruxelles, le voyage d’une vie

De la hauteur de ce mont d’Ifantras,

La lune est très blanche, très ronde, très pleine, on pourrait presque la toucher.

Du haut du mont de toutes les désillusions.

Du haut du mont de toutes les consécrations.

Je serai là debout, coulant dans vos veines.

Certains d’entre les tiens décident après une longue période de famine de se diriger vers Tanger la Belle, la mariée du Chamal, la nomme-t-on, dans le but ultime de construire un meilleur avenir.

D’autres comme toi Mohammed Mrabet, feront partie de la première génération de l’exil, de l’émigration, de la séparation.

Tu fais partie de ces premiers marocains à tenter, juste pour un temps, le meilleur en Europe.

Par l’intermédiaire de conventions, la Belgique vous offre un passeport et vous invite à venir combler le manque de main d’œuvre dans les différents secteurs.

Loin de douter qu’à ton arrivée, tu seras considéré comme une simple force de travail.

Tu tournes les talons laissant derrière toi une épouse et tes dix enfants, tu les quittes, tu les aimes, ton cœur se serre, te fait mal, mais tu ne pleures pas parce qu’un homme ça ne pleure pas.

En 1956 débute la première vague d’immigration des Marocains vers la Belgique

Tu te diriges vers l’inconnu, un pays étranger, une langue étrangère, tu vas y travailler dur, ne connaissant qu’un jour de repos et ne connaissant pas les certificats médicaux, afin de nourrir ceux que tu as laissés derrière toi…

Tu laisses ton épouse seule au milieu de ses beaux-frères à titre de tuteur.

Elle se retrouve seule dans un monde rude, cruel, de la maltraitance déguisée sous couvert d’éducation, mais dans une terre qui va malgré tout lui inculquer de profondes valeurs.

Tamaanant s’est mariée avec toi alors qu’elle n’était âgée que de douze ans, toi de seize.

À cet âge-là, elle a été privée d’accéder à son être le plus profond, à cette petite fille qu’elle était.

Un an après votre union elle se retrouve orpheline.

Toi, Mohamed, son époux tu incarneras désormais ses parents perdus.

Désormais, il fallait repartir de zéro, mais c’est toujours la même rengaine, personne ne repart jamais de zéro, pas même les Arabes qui l’on pourtant inventé.

Après des années de séparation, Roméo vient récupérer sa dulcinée, tu as reçu l’autorisation de faire un regroupement familial, les changements sont si soudains.

Comme ces grandes vagues que vous alliez traverser, tu es là, Tamaanant, forte protégeant chacun de tes dix enfants, tu es sur pilote automatique, en mode char d’assaut, vos regards se croisent, ils sont chargés de non-dits.

Des sentiments mitigés, l’inquiétude, de la peur mêlée à de la joie.

Un long voyage vous attend, il est planifié, étudié dans les moindres détails, Cordoba, Bilbao, Madrid…

Mais un voyage tant attendu.

De train en train, de gare en gare, des correspondances à ne surtout pas manquer.

Votre avant-dernier arrêt était celui d’Austerlitz à Paris.

Enfin vous arrivez sur cette terre fraiche et si verte.

Le paysage est si différent, il fait froid, vous avez du mal à vous y faire.

Tu te rends compte, Tamaanant, que tu es à un monde de tes espoirs, mais tu gardes la tête haute, tu te réconfortes, il ne s’agit que d’un laps de temps.

Les maisons ont un toit, elles sont alignées et collées les unes aux autres.

Votre habitation est étroite, vous vous retrouvez dans des petites pièces… quel contraste par rapport aux étendues auxquelles tu étais habituée.

Peu de lumière, ce soleil qui avait l’habitude de vous chauffer, de vous bruler la peau, là soudainement, il se montre timide, il se cache derrière ce haut building d’en face.

Tu te retiens pour ne pas pleurer, parce qu’une maman ça ne pleure pas.

Tu as choisi de vivre une vie monotone, d’être cette brave épouse obéissante au foyer, perpétuant la tradition de préparer son pain de ses propres mains.

Chaque dimanche, tu étais sommée aves tes filles de déplumer une dizaine de poulets que ton époux avait ramenée de la ferme.

De préparer ton beurre à partir du lait fraichement sorti des mamelles de la vache.

Les années ont passé, tu as traversé des moments difficiles mais tu es restée là debout à prendre soins des tiens en gardant toujours et encore à l’esprit un retour au pays en repoussant la date au moment de la retraite de ton époux.

Le Maroc, le pays d’origine et le pays du retour triomphant pour celui qui y a vécu, ou survécu, ce pays ne vous lâchera jamais, il sera là en vous, impossible de l’oublier.

Le Maroc émigre avec vous, il vous suit, il vous guide, il vous colle à la peau, mais cela n’était que chimère et petit à petit le fantasme du retour s’évapore, se heurte à la dure réalité que le hiatus des deux générations est consommé.

Tu saisis que tes racines sont et le seront toujours au pays et que celle de tes enfants sont dans ce pays qui n’était que transitoire, en Belgique.

Mohammed, c’est clair à la retraite tu retournes dans cette patrie si chère à ton cœur.

Pendant ce temps, toi et tes amis émigrés recherchez des repères, une manière de préserver votre identité, la religion est la seule chose que vous avez pu emporter avec vous.

Vous êtes musulmans avant d’être marocains, avant d’être immigrés, l’Islam est votre refuge c’est lui qui donne le calme, qui sécurise, celui qui apporte la paix.

Pour cela, toi et un groupe d’amis vous vous donnez comme mission de construire votre refuge qui s’appellera « Masjid Salam ».

Vous prenez soin de choisir un bâtiment à proximité de la gare du midi.

Vous investissez votre salaire, vous essayez de récolter des fonds tous les vendredis traversant les rangées des prieurs qui jettent un par un de la monnaie dans les plis de votre abaya.

Vos fils se marient, vous connaissez les débuts d’une famille dispersée, toi et ton époux, vous vous consolez en vous disant que c’est la vie.

Vous faites des enfants, vous leurs offrez tout ce que vous pouvez, puis un jour ils s’en vont… C’est à peine s’ils se souviennent de vous.

Si vous étiez au village, ils seraient là tous présents autour de vous, sous vos yeux, mais là vous êtes dans un pays impitoyable, un pays qui séparent en prônant l’individualisme.

Vous vous réconfortez avec ce célèbre adage « le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre ».

Tamaanant, tes joues si douces tu veillais à les embaumer de cette crème blanche contenue dans un gros pot bleu, ta peau était aussi soyeuse que celle d’un bébé.

Tu enduisais tes long cheveux noir d’huile, tu les séparais d’une raie délicatement puis tu les tressais.

Tes petites rides étaient le livre de ta vie que tu n’as jamais pu nous raconter.

L’histoire de ta vie qui s’est dessinée juste au coin de tes petits yeux bruns.

Ce pli sur ton front représentait les traces de tes nombreuses inquiétudes, d’attentes de cet imminent retour, loin de t’imaginer que ton Créateur te rappellera à lui pour ne plus jamais revenir.

Tu t’en es allée jeune, belle et pleine de valeurs.

Tu es resté, Mohammed, le bel homme aux yeux bleus aussi beau que dans ta jeunesse, ta barbe si blanche qu’on croirait du coton fraichement récolté.

La retraite est passée, elle a laissé un goût amer, comme une maladie incurable qui n’a laissé que de l’ennui, pour te rassurer, tu fais appel à ta foi et à ton amour profond pour l’Islam.

Tu finis par te résigner, tu avais pourtant tout préparé, tu as construit là-bas au pays, une maison aussi grande que ton cœur, toi Mohammed Mrabet qui pensait y vieillir entouré des tiens, cela n’était qu’illusion.

Une illusion qui t’a fait perdre tout espoir du retour au pays….

Écrire afin que cela résonne dans les esprits comme un hommage, à une mémoire où les moindres mots écrits pèsent.

Je suis la petite fille porteuse d’histoires, de mémoires, de secrets.

J’ai hérité ce bagage dès ma vie utérine.

Vos ressentis, vos lourdes expériences, votre courage et votre Amour demeurent à jamais en moi.

A votre image, je saisis d’où me viens cette force de lutter contre vents et marées.

Merci

Hana

Touria Chaoui, première femme pilote du monde arabe

Longtemps oubliée, aujourd’hui Touria Chaoui est réhabilitée dans les livres d’histoire marocains mais pas uniquement. Cette pionnière au caractère fort et à l’intelligence rare a su marquer les esprits à une époque où les femmes qu’elles soient européennes ou maghrébines n’avaient pas encore le droit de vote.  Portrait

Touria Chaoui nait à Fès en 1936 au sein d’une famille bourgeoise, laquelle s’installe à Casablanca en 1948. Son père, Abdelwahid est un intellectuel. Journaliste d’expression française, acteur, metteur en scène, c’est aussi un nationaliste convaincu. Car le Maroc est alors en plein sous le régime du protectorat français. Dans l’entourage de la jeune Touria gravitent des personnalités telles que Allal El Fassi ou Ahmed Balafrej, qui œuvrent pour en finir avec la présence française. A ce titre, la famille Chaoui a déjà essuyé un attentat à la bombe visant sa villa. Imprégnée de ce qu’elle peut voir et entendre dans sa sphère, Touria révèle une personnalité forte et déterminée, ainsi qu’un esprit vif et curieux.

Soucieux de stimuler son esprit, son père la pousse à réaliser des choses qui, dans la société marocaine d’alors, sont autant de signes d’une éducation d’avant-garde. Ainsi de ce concours littéraire auquel il l’encourage à participer ou de ce film, « La 7ème porte », où elle apparaîtra dans un petit rôle à ses côtés.

Une passion précoce et une détermination étonnante

Lorsqu’à 14 ans elle déclare vouloir passer son brevet de pilotage, son père la soutient. Le fait même que la seule école d’aviation ( l’Ecole des Ailes chérifiennes de Tit Mellil) soit réservée à l’élite française et masculine, ne les fait pas douter.

Accueillis fraîchement, le père et la fille finiront par arracher une inscription.

Sa formation est semée d’embûches. Ainsi de cet examen final consistant en un vol solo, réalisé un jour d’orage violent, que la direction n’a pas souhaité déplacer.

En 1951, forte de sa persévérance, Touria décroche à l’âge de 16 ans son brevet de pilote, et devient la première femme pilote du monde arabe. Le Maroc entier découvre alors son visage, et le Sultan Mohamed ben Youssef la reçoit au palais royal pour la féliciter. La presse internationale s’en fait l’écho. Des associations de femmes la sollicitent pour venir parler en faveur de l’éducation des filles. Touria s’engage dans des activités féministes et militantes.

La famille apprend être sur la liste noire des autorités françaises et se réfugie un temps en Espagne. Leur retour au Maroc coïncide avec celui du Sultan, rentré d’exil, fin 1955. En ce moment de joie populaire, Touria effectue un survol du palais royal en signe de bienvenue, balançant des tracts en faveur de l’indépendance du Maroc.

De la renommée à l’oubli

Le Maroc sera indépendant quelques mois plus tard le 2 mars 1956.

Quant à elle, elle ne le verra pas, assassinée dans sa voiture à bout portant devant son petit frère le 1er mars, c’est-à-dire la veille de l’indépendance. Elle a 20 ans.

Le crime ne sera jamais élucidé officiellement. Crime passionnel ? Crime politique, perpétré à cause de ce qu’elle représentait en matière d’émancipation des femmes ? La vérité, réclamée par les milliers de Marocains sous le choc, accompagnant le cortège funèbre, ne viendra pas. L’histoire l’a oubliée pendant des décennies. Les manuels scolaires marocains n’en ont guère parlé. Ces dernières années, des auteurs et des chercheurs ont commencé à réhabiliter sa mémoire. Son petit frère Salah Eddine Chaoui a écrit un livre : « Ma sœur Touria, première aviatrice du monde arabe. »

Si à Clermont Ferrand une rue porte son nom depuis 2014, il faudra attendre encore un peu pour voir Salé, Casablanca, Berkane et El Jadida lui rendre hommage.

Ainsi, chacun peut désormais au détour d’une rue, s’interroger sur cette jeune femme pionnière, en avance sur son temps, qui réussit contre tous les pronostics, à saluer les étoiles.

Hayat Belhaj