Evere, le cimetière multiconfessionnel bientôt saturé : une urgence pour la communauté musulmane

Dès le mois de juin prochain, le cimetière multiconfessionnel de la région bruxelloise pourrait atteindre sa capacité maximale. Cette situation inquiète fortement le Conseil Musulman de Belgique (CMB alors qu’aucune solution alternative n’a été mise en place à ce jour. Le CMB appelle à la mobilisation. 

Les parcelles multiconfessionnelles du cimetière d’Evere arriveront à saturation dès le mois de juin prochain.  Michael Privot, administrateur du Conseil Musulman de Belgique (CMB), tire la sonnette d’alarme : « Il est minuit moins une. Il est urgent que nos représentants communaux et régionaux prennent leurs responsabilités. Nous appelons les membres de la communauté à se mobiliser et à interpeller leurs élus pour qu’une solution viable soit trouvée.»

Une crise amplifiée par les changements post-Covid

La saturation du cimetière multiconfessionnel est à mettre en lien avec les profonds changements survenus dans les habitudes funéraires des musulmans de Belgique. Avant la pandémie de Covid-19, la majorité des défunts d’origine marocaine ou turque étaient enterrés dans leur pays d’origine. Cependant, la crise sanitaire a bouleversé cette tendance. Avec les restrictions de voyage et les difficultés logistiques engendrées par la pandémie, de nombreuses familles musulmanes ont choisi d’inhumer leurs proches en Belgique. Cette option, qui permet de réduire les coûts et de faciliter le recueillement, semble aujourd’hui s’installer durablement dans les habitudes. Les familles peuvent ainsi rendre plus fréquemment hommage à leurs proches disparus.

Une mobilisation urgente et nécessaire

Le Conseil Musulman de Belgique exhorte la communauté à agir rapidement. « Nous ne pouvons pas attendre que la situation devienne ingérable. Il est essentiel de prévoir de nouveaux espaces d’inhumation pour répondre à l’évolution des besoins de la communauté musulmane. Plusieurs pistes sont évoquées, notamment l’agrandissement des infrastructures existantes ou la création de nouveaux cimetières multiconfessionnels. Mais ces solutions nécessitent un consensus politique et des investissements rapides, autant d’éléments qui manquent pour l’instant », souligne Michael Privot. Sans solution rapide, les musulmans bruxellois n’auront pas d’autres choix d’enterrer leurs défunts en Wallonie où les parcelles sont disponibles, avec des coûts plus élevés en raison de la distance. 

H.B.

Lira bien qui lira le dernier ! ( dernier épisode)

Maitre perroquet, je ne puis qu’offrir mon bras ; mon épée est vôtre ! 

Le cavalier, heureux à l’issue de cette fâcheuse aventure face à la courtisane, exprima à son sauveur son aimable reconnaissance.

Ainsi choyé par l’oiseleur et protégé par le cavalier, le perroquet recevait, à l’image d’une cour de justice, les doléances des villageois sur les affaires courantes. Il parlait avec tant de jugement et de prudence qu’on aurait pu croire à une imitation du roi, de sa cour et de ses sujets.

Et la rumeur s’ébruita jusqu’au palais : d’une noble sagesse, un perroquet administre le droit de justice à qui veut, se murmurait-il au sein de la cour royale. Le faux roi, s’imaginant que l’esprit du véritable roi était fort probablement passé dans le corps de cet animal, demanda à son chef de garde de faire venir très discrètement toute la compagnie.

En route vers leur sort, dans une nuit profonde, la petite troupe consulta le perroquet sur la situation. Voyant ses fidèles compagnons craindre pour leurs vies, l’oiseau s’empressa de narrer toute la mésaventure à voix basse, sans se faire entendre par le garde qui ouvrait le chemin. L’oiseleur et le cavalier, attentifs, burent les paroles de l’animal et lui tinrent ce langage éclairé :

— Ô trop aimable perroquet, réjouissez-vous ! Votre bonheur augmentera, et le destin, sensible à votre mérite, vous rendra bientôt votre liberté et votre royaume.
Et le cavalier de rajouter :
— Ô, Maitre perroquet, je prendrai moi-même le soin de vous servir.

Dans une aile du palais où les chandelles scintillaient, où le plancher et le plafond représentaient des arbres, des fleurs et des fruits, où les coussins de velours aux couleurs diaprées jonchaient le sol, une bibliothèque aussi grande qu’une muraille, aux étagères lourdes de manuscrits et de parchemins, s’harmonisait dans une atmosphère de flânerie et d’érudition. Ce lieu, choisi pour une audience décisive, réjouissait la vue du perroquet, qui se souvenait du temps où sa reine et lui passaient leurs jours à exprimer leur attachement par des marques de tendresse et des conversations pleines d’esprit sur le savoir et les connaissances des terres lointaines.

Quand tous furent en présence, le faux roi interrogea l’oiseleur sur la capture de cet animal et sur la présence du cavalier à ses côtés. Ceux-ci lui rendirent compte fidèlement, et le roi leur dit que, s’ils consentaient à lui vendre l’oiseau, il leur ferait fortune à chacun. L’oiseleur répondit qu’il ne demandait point d’autre récompense que de tenir compagnie à son perroquet, préférant cet avantage à toutes les richesses du monde. Quant au cavalier, sa promesse de le servir restait intacte tant que son bienfaiteur ne le délivrerait pas de sa parole.

Le faux roi, surpris de tant de noblesse chez ces hommes de si basse naissance, et déplaisant à l’idée d’en finir promptement, leur suggéra fortement d’accepter son offre s’ils voulaient vivre honorablement le reste de leurs jours.

— Acceptez sa proposition, fidèles compagnons, et ne craignez point pour votre bonne fortune, dit le perroquet, dans sa cage, qui, jusqu’à présent, était resté muet.

À la suite de ce conseil, le vizir ordonna qu’on leur remette à chacun une lourde bourse de pièces d’or. L’oiseleur et le cavalier, impuissants, jetèrent un dernier regard de tristesse vers l’animal avant que le garde ne les empoigne pour les conduire au seuil de la porte.

Le faux roi, fébrile, s’approcha de la cage avec un sourire narquois.

— Par quel maléfice êtes-vous encore de ce monde ? Vous n’avez plus de place en ces lieux ! Je suis le maître incontesté de ce royaume, et personne, pas même vous, ne pourrait m’ôter ce trône.

– En vérité, indigne vizir, lui dit-il, vous étiez à mes côtés par amitié et estime, vous aviez l’esprit réformateur, vouant votre engagement à l’honneur et au bien du royaume. C’est pourquoi je vous prie de vouloir m’éclaircir là-dessus.

Par amitié et estime ? Nul doute que vous ne connaissiez point la rudesse d’un administré à votre service. Toutes les affaires dont j’étais préoccupé à résoudre à votre place, tous les décrets et lois à consigner, toute cette richesse que vous dilapidiez aux inconnus, vous faisant miroiter une science venue de l’étranger qui pourrait changer le monde, tous ces manuscrits et ces grimoires que vous désiriez obtenir sur lesquels vous couvriez d’or leurs porteurs. Vous n’étiez attentif qu’à cela. Ma naissance ne m’a pas donné fortune immense, seulement, vous ne m’aviez aucunement prêté foi de m’enrichir et de m’octroyer un faste dont je pourrais jouir plus qu’eux. Vous possédiez tout : la fortune d’un monarque et l’amour d’une reine splendide.

― Un grand pouvoir engendre de grandes responsabilités ; c’est pour cette raison que la qualité d’un cœur, la sincérité et la beauté des actions détermineront notre sort. Votre jalousie est votre maître à penser, déclama le perroquet face à la perfidie du vizir, peiné de le voir ainsi défait, mais, désirant hardiment retourner à son premier état, il continua. Elle vous a confisqué votre esprit et a pris le contrôle de votre intelligence ; elle a consumé votre âme, par un feu brûlant, avant même d’atteindre sa cible. Vous viviez une vie de frustration, prisonnier de ce que vous voyiez, mais que vous ne pouviez atteindre ; vous observiez les bénédictions des autres, non pour vous en inspirer ou vous en réjouir, mais pour les envier, les détester, et maintenant souhaiter leur disparition. Cette obsession vous prive de toute quiétude et vous enchaîne à une tristesse permanente. Comme vous avez bonne opinion de vous-même, vous n’avez pas compris que les richesses terrestres ne vaudront pas plus qu’une poignée de poussière. Prenez garde aux mirages de ce bas monde ! Débarrassez votre cœur du malheur, des rancœurs, des basses ambitions. La clé, c’est l’amour, la porte, c’est votre cœur. Élevez-vous, devenez pareil aux oiseaux, semblable aux nuages, soyez à l’image du vent.

Le fourbe vizir ne put cacher son aversion au véritable roi, s’écarta de la cage pour accaparer un chandelier. Face à cette réalité, le perroquet fit un grand soupir, et lui tint ce message :

― Vous avez si mal usé du pouvoir que vous m’avez volé, votre trahison n’aura d’issue qu’un funeste dessein. Les richesses, les honneurs et les plaisirs de ce monde sont éphémères ; seul ce que nous aurons fait de bien, de beau et de vrai perdurera. Ce lieu, dont vous abhorrez le prix, est bien plus précieux que toute forme d’abondance. Un jour viendra où chacun recevra les fruits de son choix.

― Alors, je choisis ma gloire, rétorqua le faux roi, en s’approchant d’un pas décidé vers la cage.

Déterminé à en finir, le vizir ne vit pas la porte du pavillon s’ouvrir devant la reine, suivie du cavalier et de l’oiseleur. La princesse, saisissant la scène, se précipita pour ouvrir la porte de la cage ; et le perroquet, voyant son malheur, vola à travers la pièce pour s’échapper aux vacillements des flammes. Poussant avec violence la reine Eowyn, le vizir, de rage, s’empressa d’atteindre sa proie. Il ne remarqua point que chaque coup de flamme touchait la bibliothèque ; le feu consuma des œuvres inestimables, des manuscrits tant convoités, des écrits brûlés d’illustres savants. Le perroquet constata cette effrayante situation, cria : 

— Vous venez d’incendier la bibliothèque, infâme ! Vous venez de tuer le rayon de votre âme ! Ce que votre rage impie et folle ose brûler, c’est votre bien, votre trésor, votre héritage ! C’est un crime inouï ! et avertit son créancier: 

— Cavalier ! Il est temps de payer votre dette !

Aussitôt averti, l’épée du cavalier transperça l’usurpateur, qui s’effondra lourdement sur le plancher. Et sans répit, le perroquet volant sur le corps du roi y passa avec son esprit, par la vertu d’autres paroles du secret que lui avait enseigné le philosophe dont lui seul avait la connaissance ; et l’oiseau resta mort sur le sol. L’âme de l’imposteur sortit du corps du roi, perdue et se dissipa dans la salle, comme un souffle. Tandis que l’oiseleur étouffait les flammes afin de s’assurer qu’elles n’anéantiraient aucun recueil, la reine répandit des larmes de joie de voir son époux dans son état naturel…

Personne ne s’aperçut de toutes ces choses, et on dit que le perroquet était mort sans cérémonie. À l’oiseleur, le roi donna une pension considérable pour vivre dignement, et au cavalier une nomination au sein de sa garde royale, pour honorer leur loyauté envers un simple perroquet. Quant à sa reine, Eowyn, celle qui avait conservé pour son prince beaucoup d’amour et de respect, elle resta auprès de lui.

Dans ce temps, Isildur fit un jugement fort juste et remarquable ; il comprit que le plus beau voyage est le voyage intérieur, et que la plus belle des actions est celle qui consiste à tuer son ego avant que la mort ne le surprenne. Le jour où l’on s’en débarrasse pour entrer généreusement en harmonie avec le monde est l’occasion de se frayer un chemin vers le discernement, la connaissance du monde et de soi.

Même si le pouvoir de transférer l’esprit d’un corps à un autre est terriblement enivrant, sommes-nous prêts à en mesurer toutes les conséquences… ?

Ainsi se termine notre conte.
Vous pourriez me demander pourquoi une telle histoire ?! Eh bien, celle-ci ne nous rappelle-t-elle pas que chacun de nous, en tout instant, peut être confronté à des choix impactant notre vie ?

Najoua


[1] Inspiré d’un conte persan « Le Roi Oziam » tiré du recueil des contes « Les Voyages des Princes de Sérendip ». Les contes persans réunissent les œuvres traditionnelles qui se transmettent de génération à génération. Ils sont porteurs de sagesse des anciens.

Le train des enfants

1994, Amerigo Benvenuti, grand virtuose du violon, s’apprête à monter sur scène lorsqu’il apprend le décès de sa mère. Les souvenirs ressurgissent alors… il se remémore son enfance avec elle.

Avec dignité et beaucoup de retenue, sa mémoire se met à nu, invitant le spectateur à plonger avec lui dans l’Italie des années 40.

Ce long métrage relate un pan de l’Histoire méconnu, voire inconnu, de l’Italie d’après-guerre :  pour échapper à la misère et pauvreté sévissant à cette époque, des dizaines d’enfants du sud sont envoyés par train dans le nord de l’Italie au sein de familles aisées qui leur offrent de meilleures conditions de vie.

Tragédie de guerre, ce film dépeint une Italie qui a terriblement souffert de la seconde guerre mondiale, entre l’angoisse du fascisme et la promesse communiste d’un avenir meilleur. Mais comme dans toute guerre, les pires séquelles ne sont pas les plus visibles…

La très belle mise en scène et mise en lumière ont une répercussion certaine sur le rendu réaliste des ruelles de Naples. De plus, elles contribuent à révéler, avec habileté, le tiraillement d’Amerigo entre son attachement familial et la promesse d’une vie meilleure où la faim et la désolation n’auront plus droit de cité.

Ce drame de séparation, ne laissera définitivement pas le spectateur indifférent et le soumettra indubitablement à la question : « Et moi, qu’aurais-je fait si j’avais été à sa place ? »  La vie contraint parfois les êtres à poser des choix aux répercussions dont la douleur n’a d’égal que la souffrance qu’elle enfante. 

« Parfois, ceux qui te laissent partir t’aiment plus que ceux qui te gardent. » Cette réplique du film en est une parfaite illustration.

Ce film touchant et puissant fait la promesse de moments poignants mais aussi d’optimisme et de foi en l’être humain où les valeurs de solidarité, de tendresse et d’humanité tout simplement sont présents. 

L.M.

A découvrir sur Netflix.

Lira bien qui lira le dernier (épisode 2)

« Étrange ?! Mon roi est bien différent ce soir. » Eowyn, la belle au sang royal voyait en son époux des attitudes nouvelles : une précipitation à l’intimité et non à la conversation, une volteface aux affaires du royaume, un excès de vie et de plaisir qu’elle ne lui connaissait pas. Plus elle observa cet homme et plus elle comprit que ce n’était pas son Roi. 

Sachant que le vizir connaissait le secret de faire passer son esprit dans le corps mort d’un animal, et qui plus est, depuis la chasse, le vizir n’apparaissait plus, elle se douta donc de la tromperie et du malheur qui était arrivé au Roi son époux. Bien que le vizir eût le corps et le visage de son prince, Eowyn ne voulut plus lui permettre la moindre familiarité à son égard, et feignit de ne point s’être aperçue de cette supercherie. Elle lui demanda : « Mon Roi, je me sens lasse en ces temps, je ne trouve le repos ni dans le sommeil ni dans ce palais ; mon esprit est préoccupé par un songe si terrible que le simple fait de m’en souvenir m’affecte. Tout ce que je peux vous dire, mon Prince, c’est de ne plus m’approcher tant que je suis dans cet état de faiblesse. Mon cœur appelle à du repos et une tranquillité loin de votre personne. » 

Le faux roi fut touché de chagrin par ces paroles, car il aimait éperdument cette princesse dès que son regard se posa sur elle, et ne voulant pas lui déplaire, se résolut à ne plus la voir qu’en compagnie et non en privé. Il espérait par ce moyen de fléchir sa fermeté, ou du moins de lui donner le temps du repos, sans qu’elle ne s’éloigne définitivement de son droit marital. Les coupables, quelle que soit leur autorité, sont toujours dans la crainte. Le crime poursuit partout le criminel, et sa conscience en est le bourreau. C’est pourquoi ce prétendu roi tâchait non seulement de se faire aimer de cette princesse, mais encore de tout le monde au palais. Aux affaires du royaume, il ne s’en souciait guère, son intention était concentré sur ce que cette posture royale pouvait lui offrir. C’était tous les jours de nouveaux plaisirs et des hommages qu’on lui rendait dont il témoignait beaucoup de reconnaissance par des gratifications qu’il faisait, suivant le mérite et la qualité de chacun : un pouvoir fort grisant…

Pendant qu’il goutait ainsi les douceurs de son usurpation, le véritable roi, qui était métamorphosé en biche, souffrait tous les maux imaginables. Il était continuellement persécuté par les daims, par les cerfs et par tous les animaux les plus cruels, qui le mordaient et le malmenaient. Las et rebuté d’un état si malheureux, il fuyait sans cesse la compagnie des autres animaux. Un jour, se promenant seul dans une plaine, il trouva un perroquet mort. Pensant trouver la voie vers une vie plus tranquille ; et tout en prononçant les paroles secrètes, il entra avec son esprit dans le corps de cet animal, et aussitôt laissa la biche au sol et devint perroquet. 

Cette transformation lui fit plaisir, et comme il voltigeait d’un côté à l’autre, il aperçut un oiseleur de sa ville, qui tendait des filets pour prendre des moineaux. Cette vue lui procura de la joie, et il se laissa volontairement attraper, espérant que cet homme pourrait le rétablir dans son premier état. À peine l’oiseleur eut fait la capture, qu’il mit sa prise dans une grande cage où se trouvait quelques malheureux volatils et retourna à ses autres filets.

Le perroquet fit en sorte, avec son bec, de tirer une petite cheville qui fermait la porte de la cage ; et l’ayant ouverte, il donna la liberté aux prisonniers volants. Quant à lui, il resta seul dans la geôle, s’abandonnant entièrement à sa destinée. Au retour de l’oiseleur, surpris de la fuite de ses oiseaux, il vint aussitôt refermer la cage de peur que le perroquet ne lui échappe. Celui-ci l’assura de sa fidélité, par le langage : « N’aie crainte, oiseleur ! Je ne te fausserai pas compagnie. Assurément, ma promesse est véridique. » Cet homme en fut fort étonné, ne pouvant s’imaginer qu’un perroquet sut si bien raisonner. Cela le consola de la perte de ses autres prises, et il se flatta de l’espoir de faire fortune par le moyen de cet oiseau coloré. Reprenant ses filets, il s’en retourna chez lui à la ville, satisfait de cette prise prometteuse.

Sur le chemin, il s’entretenait avec son perroquet, qui lui répondait toujours fort habilement. Lorsqu’il fut arrivé dans la ville, il passa dans une grande place, où il rencontra plusieurs de ses amis, avec lesquels il s’arrêta pour leur faire voir l’aimable capture qu’il avait faite. 

À quelques pas de là, un attroupement se forma, suite à un grand bruit. Le perroquet voulut connaitre la cause. L’oiseleur s’en étant informé, lui dit : « C’était une courtisane, qui ayant songé la nuit précédente qu’elle l’avait passé avec un jeune cavalier de la ville, lui réclama 10 pièces d’or. Mais, le cavalier, qui n’est pas dupe, se moque de la courtisane et de sa demande. Cependant, elle le retient par ses habits et veut absolument être payée : voilà le sujet de ce vacarme. » Le perroquet ayant entendu ce rapport, dit à l’oiseleur que, si on voulait bien les faire venir à lui, il les mettrait d’accord.

Connaissant l’esprit de son perroquet, il courut vers les personnes qui se disputaient. Il les aborda avec beaucoup de bienveillance et leur proposa de venir au-devant de cet animal afin de rendre un jugement dont ils n’auraient pas lieu de se plaindre. Cette proposition fit rire la compagnie, qui ne pouvait croire que ce perroquet put faire ce que son maitre-oiseleur avait avancé. Cependant, le cavalier, curieux de voir ce miracle, se tourna du côté de la courtisane et lui dit : « Si vous voulez vous fier à ce que cet animal ordonnera, j’y souscrirai volontiers. » La courtisane, qui n’était pas moins curieuse que le cavalier, y consentit aussi.

Ils s’approchèrent du perroquet, lequel, après avoir entendu la plaidoirie de chaque partie, demanda une table et un grand miroir. On les lui apporta, et ayant fait poser devant sa cage le miroir sur la table, il dit au cavalier de poser sur cette table les 10 pièces d’or que la courtisane demandait. Si ces paroles donnèrent de la joie à la dame, dans l’espérance d’avoir cette somme, elles ne causèrent pas moins de chagrin au cavalier, dans la crainte de perdre son argent. Mais il arriva tout le contraire :  « Ne touchez pas, madame, lui dit le perroquet, aux 10 pièces qui sont sur la table. Prenez seulement ceux que l’on voit dans le miroir. Comme vous n’avez eu affaire avec ce cavalier qu’en songe, il est juste que la récompense que vous en demandez soit semblable à un songe. »

L’assemblée, qui avait été témoin de ce jugement, en fut extrêmement surprise ; elle ne pouvait croire qu’un animal dépourvu de raison eut prononcé une sentence si judicieuse. La nouvelle se répandit dans toute la ville, et parvint jusqu’au palais… »

Najoua

Lira bien qui lira le dernier 

Le conte nous amène dans un monde où les frontières entre la vie et la mort, le bien et le mal sont constamment remises en question. Un monde où la réalité est aussi fluide que l’esprit et où les décisions d’un instant peuvent changer le destin de tout un royaume. C’est une histoire qui explore les thèmes de la confiance, du pouvoir, de la loyauté et de l’identité; tout en nous rappelant que chaque action entraine des conséquences, souvent imprévisibles.

Le conte commence avec un souverain épris de savoir, qui, un jour, se voit apprendre par un philosophe l’art de transférer l’esprit d’un corps à un autre. Mais, comme souvent dans les contes, avec un grand pouvoir vient une grande tentation.

Voici le récit captivant d’un conte initiatique, mélangeant le rationnel et le merveilleux…

« Dans les temps heureux où les rois étaient savants et philosophes, un roi du nom d’Isildur aimait les gens de lettres et lorsqu’il apprenait qu’il y en avait_ qu’ils soient de son pays ou étrangers_ il les faisait venir à sa cour, et les engageait à y demeurer en leur offrant de grandes gratifications. Cette générosité lui attirait toujours de beaux génies, avec lesquels il s’entretenait souvent de toutes choses.

Un jour, comme il discutait avec un philosophe qui passait pour être fort habile des secrets de la nature, sur les merveilles du monde et sur la « transmigration » des âmes ; le roi, fort curieux, voulut en savoir davantage. Le philosophe, qui ne cherchait qu’à lui plaire, lui répondit : « Majesté, puisque vous me l’ordonnez, je vous propose un exemple, qui est plus fort que tous les raisonnements du monde, et vous demeurez d’accord que vous n’avez jamais rien vu de plus grand, ni de plus surprenant.

La passion de voyager, dit-il, me fit rencontrer un jeune homme, très savant. En chemin, pour rendre le voyage plus agréable, nous nous entretenions de diverses affaires, et principalement des choses remarquables de la nature. Ainsi, il me dit qu’il connaissait un phénomène surpassant tout ce qu’on voyait de plus extraordinaire. Ces paroles me surprirent. Et il reprit : « Vois-tu, compagnon de route, lorsqu’il me plait de changer de corps, je tus un animal et après avoir proféré quelques mots, mon esprit y entra, laissant mon corps inerte à ces côtés. Lorsque j’y restai autant que je le désirai, je retourne à mon corps qui ressuscita, laissant celui de l’animal assurément mort. » Cela me parut impossible ! Le jeune homme, voyant mon incrédulité sur mon visage, m’en fit l’expérience aussitôt. Néanmoins, fort aise de vouloir connaitre son secret, je le supplie de m’en révéler plus. Et il me l’a enseigné. »

Le roi Isildur ne pouvant croire ce que ce philosophe lui racontait, lui rétorqua : « Ton histoire est bien fabuleuse, pauvre égaré, es-tu sûr que ton esprit ne t’a pas dupé ? M’en déplaise d’être en présence d’un fou ?! Sache que je n’apprécie guère cette tentative de me berner. » Et voulant connaitre le fin mot de cette histoire, il ajouta : « Cependant, fais-en la preuve en ce lieu et en ma présence. Et si tu y réussis, je te croirai volontiers et continuerai à te gratifier de mes biens. »

Le philosophe, qui ne voulut point passer pour un dément, demanda un animal. On lui apporta un moineau. Et l’ayant en main, il l’étrangla. En se penchant sur ce petit corps sans vie, il murmura quelques paroles. Le philosophe tomba mort et le moineau reprenant vie, vola par la chambre où ils étaient. Quelque temps après, le moineau s’étant posé sur le corps du philosophe, chanta agréablement. Tout à coup, il ressuscita et le moineau demeura éteint pour toujours.

Le roi, surpris et charmé de cette merveille, voulut en connaitre le secret. Le philosophe, ne pouvant rien refuser à son prince qui était son bienfaiteur, le lui apprit. Et le roi s’en servait très souvent : en tuant presque tous les jours quelques oiseaux. Il passait avec son esprit dans le corps de chaque petit animal, en laissant sa dépouille sur place. Et lorsque son esprit voulait retourner dans son propre corps, il revint à la vie, et laissa inanimé celui de l’oiseau.

Par cet art magique, le roi s’assurait de l’esprit de ses sujets. En réalité, il châtiait les mauvais et récompensait les bons, et tenait ainsi son royaume dans une douce et agréable tranquillité. Du moins, c’est ce qu’il pensait.

Le vizir, étant informé de toutes ces choses, et connaissant l’amitié que son maitre lui portait, le pria de lui révéler ce secret avec beaucoup d’assistance. Le roi qui l’aimait, en reconnaissance de ces loyaux services, transmit au vizir cet art incommensurable. Le vizir en fit l’expérience et, voyant qu’elle avait réussi, songea à de grands desseins contre son roi. 

Un jour de chasse, s’étant tous deux écartés du groupe, ils firent la rencontre de deux biches, qu’ils tuèrent. Le vizir, voyant l’occasion favorable pour exécuter son ambition contre le roi, lui dit : «Fort bien, majesté ! Voulez-vous que nous entrions pour un moment, avec notre esprit, dans le corps de ces deux biches ? Nous irions nous promener sur ces belles collines et y prendre quelques plaisirs.» Le roi accepta et descendit de son cheval, qu’il lia à un arbre et alla vers une des bêtes mortes, où formulant les paroles secrètes, passa avec son esprit dans la biche et laissa son corps sans vie sur le côté. 

Aussitôt, le vizir mit pied à terre et sans prendre la peine de lier son cheval, alla sur le corps mort du roi. Après y avoir murmuré des paroles occultes, il passa dans celui de son maitre. Laissant sa propre dépouille étendue à terre, il monta sur le cheval de son roi et s’en alla chercher sa suite. Mais ne les ayant retrouvés, il rentra bredouille et seul. 

Quand il fut arrivé au palais sous l’apparence du roi, il demanda à ceux de la chasse des nouvelles du vizir. Comme on lui répondit qu’on ne l’avait pas vu, celui-ci fit mine de rien. Il feignit de leur faire croire qu’un animal sauvage l’avait probablement dévoré et s’affecta d’en être fort touché. Cette action était bien lâche. Et comme un crime ouvre souvent le pas à un autre, il arriva que ce misérable eût l’insolence de prendre la place de son roi auprès de son épouse Eowyn. Mais, celle-ci ne fut pas dupe de la supercherie… »

Mais voilà qu’il est temps de se quitter. Alors, ne vous éloignez pas trop, car la suite de notre conte gratte à la porte, impatiente d’être racontée…

Najoua

Une quête de silence et d’abandon

Le ciel est gris aujourd’hui, lourd de nuages qui déversent une pluie battante. Les gouttes, comme des messagères, frappent aux vitres, demandant la permission d’entrer. Peut-être cherchent-elles à laver nos âmes, à essuyer le tumulte de nos vies modernes. 

Mais nous restons là, pris au piège de nos propres préoccupations, bousculés par les défis de la société : manifestations, oppression, injustice. Ces vents contraires nous entraînent, malgré nous, dans un tourbillon de pensées, épuisant nos corps et alourdissant nos cœurs.

Dans ce chaos, une envie inattendue surgit : celle de fuir. Partir loin, dans un désert immaculé, là où le silence règne, où rien ne presse. Vivre comme un nomade, en harmonie avec le temps, sans quête effrénée de prospérité ni d’accumulation matérielle. Là-bas, il n’y aurait rien à convoiter, rien à prouver.

Juste un désert, témoin de nuits étoilées où les scintillements rappellent l’éternité.

Ces étoiles, elles, ne luttent pas contre l’ordre naturel ; elles brillent, simplement, confiantes dans la course fixée par leur Créateur.

Et si nous étions comme ces étoiles ? Si nous acceptions que tout ce qui arrive est écrit ? Combien de nos peurs et de nos doutes s’évanouiraient si nous reconnaissions que ce qui est décrété par Allah arrivera, inéluctablement, au moment opportun ? Nous nous torturons à vouloir tout contrôler, à poser mille et une questions auxquelles nous n’avons pas toujours de réponses.

Et pourtant, il est des choses qui ne nous appartiennent pas. Certes, la vie est une lutte. Elle nous demande de l’effort, du courage et de la patience.

Mais elle n’exige pas que nous portions seuls le fardeau de l’inconnu. 

Le désert, dans son immense silence, nous enseigne une leçon précieuse : celle de l’abandon. 

Pas l’abandon de nos responsabilités, mais celui de nos inquiétudes, de notre attachement aux illusions du monde. Tout ce qui est en dehors de notre contrôle, nous devons le remettre entre les mains d’Allah, avec confiance.

Alors, pourquoi continuer à nous soucier outre mesure ? Pourquoi ne pas vivre avec l’humilité d’un nomade, qui marche, jour après jour, sans se soucier de ce que demain lui réserve ? Il avance, non pas parce qu’il sait ce qui l’attend, mais parce qu’il sait qu’il n’est jamais seul.

C’est la foi qui le guide, une lumière intérieure qui éclaire son chemin même dans les ténèbres. 

Cette foi, c’est la certitude que son Seigneur est là, qu’Il veille et qu’Il pourvoit à tout.

Elle est l’âme de son voyage, le souffle qui anime ses pas, et la promesse qu’aucune épreuve n’est insurmontable tant qu’il marche en confiance.

Ce texte, posé là, est un souffle, une pause dans le tumulte. Une invitation à nous rappeler que la pluie qui frappe à nos vitres est aussi un rappel divin. 

Une miséricorde, une promesse que même au cœur des épreuves, il y a un chemin. Le désert, avec son silence et ses étoiles, vit en chacun de nous, si nous prenons le temps de le trouver. 

Et peut-être qu’au lieu de fuir, il suffit simplement de fermer les yeux et de s’abandonner à Celui qui ne nous oublie jamais…

Hana Elakrouchi

La gestion stratégique des califes bien-guidés: un leadership inspirant, moderne et avant-gardiste 

Dans un monde dépourvu de manuels de gestion, de graphiques colorés ou d’algorithmes complexes, les califes bien-guidés ont su diriger avec une précision et une efficacité qui font pâlir bien des dirigeants contemporains. Parmi eux, Abu Bakr As-Siddiq (RA) et ses généraux, comme Khalid Ibn Walid, ont appliqué des principes que l’on pourrait aisément comparer aux matrices SWOT et d’Eisenhower, des outils que l’on croit souvent réservés à notre époque. Et pourtant, ils les utilisaient de manière instinctive pour faire face aux défis colossaux de leur temps.

1. La matrice SWOT : Anticiper pour agir

Commençons par la matrice SWOT, inventée en 1960 par un américain du nom d’Albert Humphrey, cet outil qui aide à analyser une situation en identifiant les Forces, Faiblesses, Opportunités, et Menaces. Bien avant que ces mots ne soient gravés dans les manuels de management, Abu Bakr et ses compagnons utilisaient déjà cette logique pour structurer leur action.

Exemple : Les guerres d’apostasie

Imaginez-vous : le Prophète Muhammad (ﷺ) vient de quitter ce monde, laissant derrière lui une communauté encore fragile. Plusieurs tribus se rebellent, refusent de payer la zakat et suivent des faux prophètes comme Musaylima. La situation est critique. Voici comment Abu Bakr aurait pu remplir une matrice SWOT :

  • Forces : La foi des musulmans était une arme puissante. Abu Bakr savait que leur attachement spirituel, leur discipline et leur unité représentaient une force colossale.  Au combat, la mort pour ces croyants était synonyme de libération et récompense, elle ne leur fait pas peur.
  • Faiblesses : L’État islamique naissant manquait de ressources militaires et financières. Ses soldats étaient peu nombreux et le territoire encore instable.
  • Opportunités : Les rebelles, dispersés et mal organisés, ne représentaient pas un front uni. C’était une chance de les affronter séparément.
  • Menaces : Si ces rébellions prenaient de l’ampleur, elles risquaient de détruire l’unité de la communauté musulmane et affaiblir l’islam dans les nouvelles régions conquises.

Résultat ? Avec cette analyse en tête, Abu Bakr envoya Khalid Ibn Walid, son général le plus brillant, pour mater ces rébellions. La victoire éclatante de Khalid à Yamama contre Musaylima a marqué un tournant décisif, ramenant l’ordre et consolidant l’État islamique.

2. La matrice d’Eisenhower : Hiérarchiser les priorités

Vous êtes débordé, vous avez mille tâches sur votre liste et aucune idée de par où commencer ? La matrice d’Eisenhower est là pour vous. Cet outil datant de 1944 et portant le nom de son créateur, un général de l’armée américaine de la Seconde guerre mondiale, classe les actions selon leur urgence et leur importance…

Encore une fois, les califes bien-guidés excellaient dans cette approche bien avant que le général ne soit né.

Exemple : Les guerres d’apostasie

Abu Bakr savait différencier l’essentiel du secondaire, comme en témoigne sa gestion des révoltes :

  1. Important et Urgent : Les guerres d’apostasie constituaient une menace immédiate pour la survie de l’État islamique. Elles furent donc traitées en priorité, avec une mobilisation rapide des troupes et des chefs militaires compétents.
  2. Important mais Pas Urgent : La collecte de la zakat était cruciale pour l’économie et la solidarité sociale. Une fois la paix rétablie, Abu Bakr prit le temps de réorganiser cette mesure fondamentale.
  3. Urgent mais Pas Important : Les conflits locaux ou mineurs furent délégués à des gouverneurs régionaux. Abu Bakr préférait se concentrer sur les questions stratégiques.
  4. Ni Urgent ni Important : Les disputes inutiles et les distractions politiques furent évitées. Abu Bakr privilégiait toujours l’unité de la communauté et l’accomplissement des objectifs supérieurs. Le jet privé, les gardes du corps et les dépenses publiques inutiles n’étaient pas dans l’agenda de cet héros. 

3. Khalid Ibn Walid : Le stratège en action

Si Abu Bakr était le cerveau, Khalid Ibn Walid était l’épée. Son génie militaire illustre parfaitement l’application pratique des matrices SWOT et d’Eisenhower sur le champ de bataille.

A. La bataille de Yamama

Face à Musaylima, Khalid a su évaluer chaque aspect de la situation :

  • Forces : Les troupes musulmanes, motivées par leur foi.
  • Faiblesses : Les forces ennemies étaient plus nombreuses.
  • Opportunités : Musaylima dépendait d’un seul bastion, facile à isoler.
  • Menaces : Une victoire de Musaylima aurait inspiré d’autres rébellions.

Avec cette analyse, Khalid lança une attaque directe et stratégique. La mort de Musaylima mit un terme à sa rébellion et redonna à l’islam sa stabilité.

B. Conquête de l’Irak

Dans sa campagne en Irak, Khalid appliqua une approche méthodique digne de la matrice d’Eisenhower. Il priorisa ses cibles :

  1. Neutraliser les tribus hostiles proches, pour sécuriser ses arrières.
  2. S’attaquer aux grandes villes de l’Empire perse, un objectif plus ambitieux mais crucial.

Résultat ? Une conquête efficace et durable avec un minimum de pertes.

Abu Bakr et Khalid Ibn Walid n’avaient pas de consultants en stratégie, mais leur génie naturel leur a permis d’accomplir ce que beaucoup d’entreprises modernes peinent à faire : analyser leur environnement, prioriser leurs actions et agir avec précision.

Alors que nous célébrons les outils modernes comme la matrice SWOT et d’Eisenhower, il est essentiel de reconnaître que ces principes ne sont pas nouveaux. Les califes bien-guidés nous rappellent que le leadership éclairé ne dépend pas des outils, mais de la vision, du courage et de la foi dans un objectif supérieur. Le prophète et ses califes n’ont pas eu besoin de vanter leurs mérites mais l’Histoire se rappellera que leur génie n’avait d’égal que leur modestie.

Une leçon d’humilité, une leçon à méditer.

Nelm

France-Israël : quand la politique s’invite sur le terrain  

Alors que le match de football entre la France et Israël se joue ce soir au Stade de France, l’événement sportif se trouve au cœur d’un tourbillon de tensions politiques. En effet, ce match de football a suscité des appels au boycott et des débats intenses sur les réseaux sociaux, faisant resurgir les questions de politique internationale alors que Gaza subie de plein fouet les exactions de l’armée israélienne depuis plus d’un an. Certains ont préféré « botter en touche » en affirmant que le sport est avant tout neutre… 

Des appels au boycott

Avant même que le coup d’envoi soit donné, diverses associations et organisations de défense des droits humains en France ont lancé des appels au boycott de ce match. Elles dénoncent notamment les massacres d’Israël envers les Palestiniens, qualifiant ses actions de graves violations des droits de l’homme. Selon un rapport récent des Nations unies, il existerait des “indices sérieux de génocide” à l’encontre des Palestiniens à Gaza, des termes lourds de sens qui soulèvent des questions et demande une réaction urgente.

Ces militants estiment qu’il est impossible de détacher la scène sportive de la situation politique actuelle. À leurs yeux, l’organisation de cette rencontre, sans répercussions pour Israël, renforce l’impunité internationale de l’état hébreu et normalise les crimes qui sont commis de plus d’un an à Gaza et dans les territoires occupés où les violations et l’expansion des colonies a pris un coup d’accélérateur. En France, et ailleurs, des voix se lèvent pour exprimer leur désaccord avec le fait qu’Israël puisse participer librement à des événements sportifs internationaux, alors que ses actions sont qualifiées de crimes contre l’humanité par des organisations internationales. Des voix qui restent, pour l’heure, inaudibles. 

Deux poids, deux mesures ?

Cette situation souligne un sentiment de “deux poids, deux mesures” souvent dénoncé. Alors que certains États font l’objet de sanctions internationales immédiates pour des comportements similaires, et la réaction face à la Russie est un parfait exemple, Israël bénéficie de protections diplomatiques, notamment de la part des grandes puissances occidentales et notamment les Etats-Unis. Les militants pro-palestiniens reprochent à ces États et aux instances sportives internationales d’appliquer des standards différents, laissant Israël participer sans encombre malgré des accusations sérieuses.

Pour beaucoup, cette situation est difficilement justifiable et affaiblit la crédibilité des institutions internationales, qui peinent à imposer un cadre cohérent et impartial pour faire respecter les droits humains. Les appels au boycott de cette rencontre ne sont donc pas seulement une protestation contre Israël, mais aussi un moyen de rappeler aux instances sportives leur rôle potentiel dans la défense de l’éthique et de la justice.

Un sport qui se politise malgré lui

Le sport, traditionnellement perçu comme un espace neutre, se retrouve au centre de ces controverses. Les stades et les compétitions deviennent des lieux de manifestation d’opinions politiques, surtout lorsque des questions de droits humains sont en jeu. Les partisans du boycott estiment que les événements sportifs internationaux doivent être un levier pour rappeler aux nations qu’elles ont des comptes à rendre sur la scène mondiale, y compris sur leurs actions hors du terrain.

Les instances sportives internationales, comme la FIFA et l’UEFA, sont également mises sous pression pour prendre position. Dans le passé, elles avaient suspendu des nations pour des raisons politiques, notamment contre l’Apartheid en Afrique du Sud. Face à une situation où les accusations de génocide émergent, certains estiment qu’il est indispensable que ces organisations définissent une ligne de conduite cohérente en matière de droits humains. 

H.B.

Perdue dans mes pensées…

C’est à mon tour d’écrire un article cette semaine mais rien ne me vient à l’esprit. Ou plutôt si, je veux absolument évoquer la Palestine, donner la voix aux sans-voix mais l’inspiration m’a désertée, je suis perdue dans mes pensées…

J’ai bien vu les images d’un camp de réfugiés vilement bombardé en pleine nuit, ses habitants brûlés vifs dans leur sommeil, des cadavres qui jonchent le sol… Du déjà vu et revu. Si la situation n’était pas aussi dramatique, j’aurais peut-être osé l’expression du réchauffé. Ça ne m’émeut presque plus. Je suis comme anesthésiée. J’ai honte.

Je décide alors de me vider l’esprit et de sortir faire quelques emplettes ; j’ai besoin d’une veste d’hiver.

Bonjour, il fait 15° cette après-midi.

Je n’avais jamais vu ce genre de dispositif dans un ascenseur : un écran qui ne doit pas mesurer plus de 20 cm sur 15 cm et sur lequel défilent, entre autres, les titres de l’actualité.

Du 2e étage au rez-de chaussée, j’ai le temps d’en lire quelques-uns :

Au moins 156 morts et des centaines de personnes portées disparues au sud-est de l’Espagne.

Gaza : près de 100 morts dont des enfants après une frappe israélienne sur un immeuble familial.

Pour finir par un : «  Bonne journée ! »

– Elle ne risque pas d’être bonne avec ces infos anxiogènes ! me dis-je intérieurement. Mais très vite, je me rends compte de mes pensées. Serais-je plus agacée que choquée… ? J’ai honte.

Le centre-ville de Reims est plaisant à visiter à pied. Les bâtisses en pierre blanche sont particulièrement élégantes et confèrent à cette ville un charme insoupçonné. Je suis d’ailleurs agréablement surprise par la blancheur de ses pierres. J’apprends qu’elles proviennent de la Montagne de Reims au cœur du Parc naturel régional auquel elle donne son nom.

Je passe devant un kiosque à journaux. Mon regard est attiré par l’affiche la moins colorée : Quel avenir pour les Palestiniens ?  Suivi, un peu plus bas, par le slogan : « Chaque mois avec Le Monde diplomatique, on s’arrête, on réfléchit. » Alors, je réfléchis – pour avoir bonne conscience sans doute…

– Quel avenir pour les Palestiniens ? Euh… Est-ce vraiment la question à se poser ? Cette interrogation ne sous-entendrait-elle pas que leur avenir n’est, de facto, plus à Gaza ? Mon esprit extravagant me joue sans doute des tours. Cela ne peut définitivement pas vouloir dire ça.  En réalité, je n’ai pas envie de réfléchir. J’occulte. Il faut que je me recentre sur ce qui me préoccupe : une veste d’hiver. J’ai honte.

J’entre dans les Galeries Lafayette. J’en prends plein les yeux. J’ai vu le luxe et l’éclat embaumer les étages, le raffinement et la richesse colorer les étalages, la surabondance et le superflu déambuler à travers les rayons. Le slogan me revient alors à l’esprit… « On s’arrête, on réfléchit. »  Je n’ai pas envie de réfléchir, je veux me laisser porter par ce faste. J’ai oublié la honte.

Je descends la rue Vesle, l’équivalent de notre rue Neuve. Gaza : près de 100 morts dont des enfants après une frappe israélienne sur un immeuble familial. Que suis-je censée faire quand je lis ce genre d’informations dans un ascenseur avant d’aller faire du shopping, me demandais-je intimement ?

J’arrive à la place d’Erlon. Je lis les explications qui ornent la statue dans le seul but d’échapper au questionnement de ma conscience.

Jean-Baptiste Drouet d’Erlon, né le 29 juillet 1765 à Reims et mort le 25 janvier 1844 à Paris, est un militaire français, simple soldat de la Révolution devenu général en 1799, fait comte d’Empire par Napoléongouverneur général en Algérie entre 1834 et 1835 et élevé à la dignité de maréchal de France en 1843.

Soudainement, retentit la célèbre chanson de Mohammad Assaf Dammi Falastini qui a vu danser des politiciens français tels que Louis Boyard ou Sébastien Delogu. Je ne m’attendais pas à entendre cette chanson, devenue symbole d’un militantisme, ici à Reims. Un groupe de manifestants chantaient en chœur et scandaient Free, free, Palestine ou encore Nous sommes les enfants de Gaza. Ils étaient une douzaine tout au plus. Mais ils étaient là.

Je reste pensive. Et surtout, j’ai honte.

J’ai fini par trouver une veste…et même deux. Mais ce n’est pas de ma faute, les magasins sont tellement bien achalandés…

 Une chose est sûre, je suis toujours aussi perdue dans mes pensées.

L.M.

La technoscience, le nouvel ordre du monde

Pour nos sociétés, la science moderne a deux grandes finalités : développer la science pour la science (à la recherche de connaissances) et développer la science pour accroître le pouvoir de maîtriser la nature et l’homme (à la recherche d’une domination égocentrique). Cette ambivalence ne nous laisse pas indifférents. Elle est à la fois source d’espoir, car elle conditionne nos existences, et source de crainte, car elle confère une puissance immense sur le monde.

Notre pouvoir de transformation, de bouleversement irréversible, n’a jamais été aussi grand. Réfléchir à la science présente un intérêt particulier puisqu’elle témoigne de notre conscience d’appartenir au monde et des devoirs qui accompagnent cette puissance. Cependant, le statut que nous occupons dans la société ne nous procure pas une satisfaction totale. Grâce à la science, nous avons le pouvoir de créer un monde à notre image, affichant notre toute-puissance et notre supériorité à l’image d’un dieu, quitte à franchir les frontières de l’éthique et de la moralité. Plus la maîtrise de la science s’accroît, plus la moralité semble s’éloigner de nous, car ce pouvoir a un prix : notre humanité.

La science, pour le meilleur et pour le pire

Les progrès techniques, les améliorations de notre niveau de vie et les connaissances dont l’homme dispose (qui augmentent sans cesse sa maîtrise de son environnement) lui permettent d’utiliser son imagination pour améliorer ses conditions de vie et faciliter son quotidien. L’histoire nous a montré à plusieurs reprises que la science entretient des liens étroits avec les aspects sociaux, politiques et économiques de nos sociétés. La grandeur de la science se manifeste lorsqu’elle est mise au service d’une valeur universelle : l’Humain.

Cependant, l’ensemble des populations humaines, notamment dans les pays en développement, n’en bénéficie pas nécessairement, car des décisions politiques et économiques s’y mêlent. Définir ce qui constitue un progrès pour l’humanité revient alors à se demander ce qui est souhaitable pour l’homme, voire même à définir ce qui caractérise l’être humain. Vaste et complexe question !

« Puisque nous idolâtrons la science de par ses méthodes et son potentiel d’action, nous nous croyons capables non seulement de tout connaître, mais de tout faire. »

Les événements actuels au Moyen-Orient nous rappellent ce que nous ne sommes pas : des êtres dotés de raison, caractérisés par l’intelligence, la capacité de se développer, et une conscience éthique et morale. Et pourtant, l’impensable se déroule sous nos yeux.

« Peut-on vraiment qualifier d’homme celui qui tue, celui qui préfère la guerre aux mots pour résoudre les conflits ? À quoi bon avoir le don de la parole si nous nous contentons d’utiliser nos armes, de mobiliser cette science qui nous élève à un rang supérieur pour tuer nos semblables ? (…) Sommes-nous des hommes, nous qui avons torturé, provoqué des génocides, exterminé des peuples simplement parce qu’ils étaient différents ? La différence est-elle à éradiquer ? Qui sera alors épargné ? (…) Où sont les valeurs qui font de nous des êtres humains ? »

L’orgueil humain a franchi les limites de l’inconcevable. Nous voyons aujourd’hui à quel point l’homme manifeste de la violence et de l’irresponsabilité envers la nature et ses semblables : destruction des forêts, dévastation des écosystèmes, planète torturée, peuples massacrés, etc. Mais l’homme a un appétit insatiable. Jusqu’où ira-t-il ? Jusqu’à sa propre perte ?

Une bombe à retardement

« La science a fait de nous des dieux avant même que nous méritions d’être des hommes. »

Cette citation de Jean Rostand souligne l’impact de la science sur l’homme. Il explique qu’en dépit des avancées scientifiques dans de nombreux domaines, des connaissances qui repoussent les limites de l’ignorance et des facilités qu’elle nous offre au quotidien, la science, et plus particulièrement la technologie, a réussi à transformer l’être humain. Au point de semer la misère pour récolter l’argent, de tuer ses semblables pour étendre son territoire, de détruire notre planète pour asseoir sa domination. Parallèlement à la réduction des sphères de l’inconnu, la science a repoussé les frontières de l’humanité. Jean Rostand remet en question la légitimité pour l’homme d’atteindre un tel niveau de connaissance et de pouvoir.

Cette citation invite à réfléchir sur l’équilibre fragile entre la science et l’humanité, ainsi que sur les avancées scientifiques. Au lieu de cultiver en nous l’humilité, la science suscite la convoitise, l’orgueil et la passion. Nous conduit-elle du côté obscur de l’âme humaine ?

Tout au long de l’histoire de l’humanité, science et conflit armé ont été intimement liés. Dans l’ère moderne, le basculement décisif dans l’apport scientifique aux conflits a été marqué par l’apparition de la bombe atomique, véritable changement de paradigme. C’est la science qui a donné naissance à l’arme nucléaire. Dès lors, penser qu’elle est une quête « désintéressée » de connaissances est illusoire. Chaque objectif militaire peut être atteint efficacement grâce à la recherche scientifique, justifiant ainsi les moyens déployés.

La technoscience représente une menace sérieuse pour la paix, et donc pour l’humanité. Nous assistons à une démonstration de force à travers des armes de destruction massive, des armes bactériologiques et chimiques, exaltées par ceux qui les produisent et ceux qui les idéalisent. Les médias et discours politiques vantent l’efficacité de la technologie dans les conflits, occultant les désastres qui en découlent. Assis à l’abri dans son « bureau », le militaire tout-puissant, manipulant un ordinateur, envoie des drones « soldats » en mission au bout du monde sans penser aux conséquences de ce simple geste.

Jean Rostand n’a pas tort lorsqu’il affirme que nous sommes devenus des dieux avant même de pouvoir être qualifiés d’hommes. Bien que nous ne possédions pas littéralement les pouvoirs d’omnipotence, d’omniscience et d’omniprésence propres aux divinités, les technologies actuelles nous en rapprochent. Cependant, la dimension morale est bien souvent oubliée, voire occultée.

À moins que les consciences ne s’éveillent…

Najoua