Ramadhan… Nous y voilà !

À l’orée de ce mois béni, nous entrons dans un combat intérieur où l’âme cherche à s’élever, le cœur à se purifier, et l’esprit à se recentrer sur l’essentiel. 

Chaque aube enseigne la patience, chaque crépuscule invite à la gratitude. Noble invité du temps, témoin du miracle descendu sur terre il y a 1459 ans, tu es plus qu’un mois : une lumière, une parenthèse sacrée où le monde s’apaise et où les âmes s’épurent. Pont entre la terre et le ciel, souffle divin, tu rappelles la grandeur du Créateur et la noblesse de Son message.

Et nous voilà, pèlerins de cette quête spirituelle, prêts à accueillir tes bienfaits, à dépasser nos faiblesses, à renaître plus forts et plus proches du Divin.

Que nos cœurs s’ouvrent à toi, que nos âmes se laissent façonner par ta lumière.
Ta visite annuelle est un souffle de miséricorde.

En toi réside une force silencieuse, un écho du divin qui anime nos cœurs et ravive notre foi. Tu es l’instant suspendu où le monde ralentit pour que l’âme s’élève, où l’intelligence s’agenouille devant la sagesse divine.

Ceux qu’Allah a choisi goûteront à ton essence en lisant le Livre sacré que tu as vu descendre, au cœur de la région du Hadjaz. Béni sois notre bien-aimé prophète, Muhammad ibn Abdallah ibn Abd al-Muttalib ibn Hashim (sws) qui a sacrifié sa vie pour nous préserver du mal.

Ces derniers jours, ton nom « Ramadhan » résonne dans ma communauté. Joie, admiration, nostalgie… Tu es une vague d’émotions, une ascension spirituelle, un défi d’amour, de générosité et de dépassement de soi. Tes heures filent, témoins de nos efforts et de nos remises en question. Entre l’aube et le crépuscule, tu offres à chacun un miroir où se reflète l’âme en quête de son Seigneur.

Ramadhan, que ton passage nous transforme et fasse de nous des êtres de lumière, prêts à accueillir l’infini amour du Très-Haut. Ton arrivée m’enveloppe d’une paix indicible, teintée d’une mélancolie douce et profonde.

C’est étrange… Aujourd’hui, mes pensées s’élèvent vers mes proches disparus et ces âmes chères qui ont quitté ce monde : notre bien-aimé prophète, ses compagnons, nos prédécesseurs qui ont combattu au nom de l’islam, mon père, mon frère, mes aïeux, mes sœurs et frères en Islam. Leur absence est une présence subtile, un écho dans le silence, une empreinte gravée au creux de mon cœur. Je me dis qu’ils ne sont pas partis… qu’ils ont simplement changé de demeure. Leurs paroles résonnent encore en moi, certains de leurs gestes se perpétuent à travers mes actes. Sans eux, sans leur amour et leur sagesse, je ne serais sans doute pas celle qui écrit ces mots aujourd’hui. Je me dis que j’ai une opportunité immense, bien au-delà de ce que mon esprit peut saisir, de pouvoir te rencontrer une année de plus, ya Ramadhan. Quelle bénédiction infinie, quelle chance inouïe ! Que dire de plus, sinon : « Al hamdouliLah ! »

Tu ravives en moi la certitude que rien ne se perd et que chaque graine semée dans le bien porte ses fruits au-delà du temps. Nos aînés ont transmis des flammèches de lumière qui continuent d’illuminer nos cœurs. Que ce soit une lettre du Coran ou une histoire enseignée, un conseil murmuré, un sourire offert, tout demeure inscrit, conservé précieusement par le Tout Miséricordieux.

Quelle douce espérance que de savoir qu’au jour du Jugement, ces âmes bien-aimées récolteront les fruits de ce qu’elles ont planté. Qu’Allah, dans Son infinie bonté, nous accorde Sa clémence et fasse de nos prières un baume pour notre éternité. Car si la séparation est une épreuve, la promesse de se retrouver au-delà des étoiles est une consolation ineffable.

Ramadhan, rappel que tout est passage sauf l’Amour du Très-Haut…
Toi qu’Allah a sublimé par Ses bienfaits, je t’accueille avec humilité et ferveur. Si Dieu me le permet, je vivrai chacune de tes heures comme une opportunité d’élévation.

Sois mon hôte, installe-toi dans ma demeure, éclaire mes nuits durant la récitation des paroles sacrées et mes jours de ta patience. Ensemble, faisons de chaque instant une aumône, de chaque silence une invocation, de chaque lecture du Coran un voyage vers l’infini.

Que mes lèvres s’abreuvent des versets du Très Haut, que mon cœur se nourrisse de Sa sagesse, que mes pas se dirigent vers ce qui L’agrée. Sois ce miroir où je contemple l’âme que je veux devenir, ce vent qui éparpille mes fautes et ce feu qui ravive ma foi.

Bienvenu à toi Ramadhan, bienvenu dans le cheminement de ma foi, noble invité du Très-Haut.

F.E.

Il est à nos portes…

Lui écrire est difficile pour moi. Lui parler me semble plus facile. Cependant, je laisse libre cours à mes doigts sur cette page blanche pour s’exprimer, même si ma défiance à le faire m’envahit quelque peu, car j’ai l’impression qu’on entre par effraction dans mon cœur. Alors, j’irai là où mes mains transcriront et où mon cœur, palpitant encore, a quelque chose à lui dire. Ma plume m’accompagne, elle n’est que l’expression de ce qui l’habite. Alors, je vous offre ces quelques mots…

J’ai une confidence à vous faire. Il arrive. Ramadan sera bientôt au cœur de nos vies. Il est tellement attendu, mais aussi tellement craint. Étrange sensation que de se sentir si humain face à sa venue. Est-ce que je doute de mes capacités à l’accueillir ? Certainement ! Je doute. Mais j’ai envie d’aller jusqu’au bout. J’essaierai de l’atteindre, cette paix au milieu du vacarme et de la hâte de mon âme. J’essaierai de construire un cœur léger dans le silence. J’essaierai de me libérer de mes doutes, de mes fardeaux, de mes lourdeurs.

Craindre de ne pas être à la hauteur de ces bénédictions. Craindre d’être dans la continuité d’une vie fade et pauvre. Vais-je faire partie de ceux qui changent, de ceux qui luttent, de ceux qui renaissent ?

Il se murmure dans les demeures, entre les cieux et la terre, qu’une nouvelle saison pleine de promesses arrive. Vais-je en saisir les fruits, prendre ma part de délices, inscrire ma place sur les honorables Tablettes ?

Lui écrire, c’est me dévoiler. C’est découvrir mes erreurs, mes colères souterraines, mes larmes, mes douleurs, mes défis, mes espoirs. Lui dévoiler une partie de moi, c’est révéler mon cœur au final.

Mais sa venue me désarme, me trouble même, car elle me donne espoir. Il m’appelle à Lui. Il m’appelle à briser mes chaînes, celles que je cache à l’abri des regards, dans les abysses sombres de mon âme.

Néanmoins, il trouvera les mots pour m’apaiser, il me convaincra de regarder le monde à travers la lucarne de mon cœur. Laisser la partie la plus lumineuse que l’Unique a mise en chaque être humain prendre plus de place. Cette étincelle qui transforme nos vies.

Il vient rétablir la connexion divine. Ainsi, je suis l’héritière d’une métamorphose dont je ne connais pas l’issue à chaque visite. Je suis dépositaire d’un changement dont la décision d’agir s’impose à moi. Quand il vient, il ne s’aligne pas comme une continuité, mais comme un point de départ.

Le point de départ d’une histoire, d’un lien, d’un renouveau. Sa présence suffit à alléger mes peines. Sa sincérité ne vacille pas avec le temps, son amitié ne dépend ni des circonstances ni des intérêts. Il est là pour moi, pour mon Salut. Et, fébrilement, il m’aidera à construire une paix intérieure afin de sentir Sa Miséricorde, Son Pardon, Son Amour. C’est Sa promesse. Alors, mes barrières tombent et mon cœur s’expose. J’ose rêver grand. Bientôt, j’écrirai un nouveau chapitre de mon histoire… »

Et vous, quelle est votre histoire avec Ramadan ?

Najoua

Reprendre le contrôle

Si l’actualité nous déprime, si nous avons l’impression que notre Terre brûle, que les plus grandes fortunes de la planète captent toujours plus de richesses alors que la pauvreté monte en flèche, que les partis d’extrême droite prennent plus de place au sein des grands pouvoirs politiques en Europe[1] et dans le monde, que les droits humains les plus fondamentaux sont bafoués, que la notion même de démocratie est en danger, alors nous sommes en présence d’une réalité menaçante.

Parce que voir et constater les injustices à l’œuvre, la montée des inégalités, la destruction de l’environnement et de la planète sans s’indigner, sans ressentir une envie profonde de changement, est préoccupant. Il ne nous reste alors qu’un choix inévitable mais nécessaire pour reprendre le contrôle : Résister !

La résistance intellectuelle

La résistance est un mot chargé d’histoire, lourd de sens. Sommes-nous entrés aujourd’hui dans une phase de résistance ?

Nous assistons à un basculement historique marqué par l’ascension potentielle de l’extrême droite au pouvoir.[2] Ce n’est pas anodin, car il ne s’agit pas d’un simple changement politique parmi d’autres, mais d’un mouvement dangereux qui abîme la démocratie à des degrés divers. Aujourd’hui, nous sommes attachés à la démocratie et aux droits humains. Nous refusons de voir les discriminations s’institutionnaliser. C’est pourquoi il est urgent de résister contre cet écosystème de haine afin qu’il ne perdure pas. L’Histoire nous rappelle vers quoi nous nous dirigeons si nous manquons de vigilance.

Parler de résistance n’est pas un appel au soulèvement violent ni à la prise des armes. Ici, il est question d’une résistance informationnelle, d’une résistance intellectuelle. En effet, ce mouvement extrême s’empare de la société à travers un vocabulaire soigneusement choisi, une propagande bien ficelée et des thématiques ciblées.

Nous avons un rôle à jouer : sans dépolitiser les enjeux, nous devons nous rappeler que nous avons la capacité d’agir de multiples façons. La résistance pacifique passe par les mots, les livres, la bataille de l’information : comprendre pour mieux saisir, comprendre pour mieux agir, comprendre pour mieux transmettre. Sans culture historique et politique, on ne peut que s’égarer. Résister à l’oppression, à l’exploitation des hommes et de notre planète passe par le décryptage de l’information, un exercice extrêmement difficile:

« Vous voulez lutter contre les injustices, pour la paix, pour la planète ? De quoi avez-vous besoin ? D’abord d’une information qui reflète la réalité. Or, sur ce chemin, les pièges sont nombreux : entre les copinages de l’industrie médiatique et certains fantasmes sur le Net, entre les agences chargées de vendre les guerres et la répression des lanceurs d’alerte, entre les influences politico-militaires sur le cinéma d’Hollywood et les intimidations croissantes à l’encontre des journalistes, il faut tenir sa garde : l’info est bien un sport de combat. »[3]

Prise de conscience

La montée de l’extrême droite et de ses dérives[4] nous place dans une posture d’indignation.[5]  L’indignation est la capacité à ne pas accepter comme un état de fait une situation que l’on considère injuste. Elle peut être le déclencheur de la résistance, car dans l’Histoire, c’est bien ce sentiment qui a provoqué de grands changements : face à une situation jugée insupportable, des personnes ont tout mis en œuvre pour que les choses évoluent.

Nous vivons à une époque où, sur les réseaux sociaux, tout le monde s’indigne pour un oui ou pour un non. Cela donne l’impression que l’indignation est devenue une facilité de l’esprit, ce qui la décrédibilise. Il est donc fondamental, avant de s’indigner, de vérifier ses sources, d’obtenir une information complète, libre et pertinente, et d’examiner les raisons de cette indignation. Car on ne s’indigne pas sur une croyance, mais sur un fait réel. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut passer à l’action, pacifiquement et intelligemment. Sans cela, l’indignation n’a que peu d’intérêt. Toutefois, il est sain de la ressentir.

L’Homme est appelé à parfaire cette humanité en lui, de génération en génération. Chaque culture, chaque communauté porte en elle quelque chose d’universel : se connecter au meilleur de ce qui existe et effectuer un « tri sélectif » afin de réformer ce qui doit l’être. Chacun de nous est responsable d’apporter à son époque une note d’espérance constructive : c’est la voie de la démocratie.

« Être homme, c’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes.

Autrement dit, il s’agit d’une manière de vivre ensemble et de se renforcer collectivement face aux défis de notre temps : la diversité dans l’unité.

Être fort intellectuellement, c’est donner à nos vies un horizon plus vertueux et sortir de cette torpeur du superficiel et de la démesure qui nous fossilise dans l’inaction. Être fort éthiquement, c’est rappeler que le vent du changement impose souvent de dire non face aux humiliations infligées par ceux qui croient avoir tout pouvoir sur nous. Être fort humainement, c’est construire ce pour quoi nous avons été créés et remettre le bien-être humain au centre de nos préoccupations :

« Les temps difficiles créent des hommes forts. Les hommes forts créent des périodes de paix. Les périodes de paix créent des hommes faibles. Les hommes faibles créent les temps difficiles. »

Ibn Khaldoun, savant musulman, économiste, homme d’état, sociologue du 14 ième  siècle.

Najoua

[1] Pour en savoir plus : documentaire de ARTE diffusé le 27 aout 2024. « White Power : au cœur de l’extrême droite européenne »

[2]www.fr.statista.com/themes/10062/la-montee-de-l-extreme-droite-en-europe/#topicOverview.

[3] L’information est un sport de combat de Adam BOUITI. Editions : Investig’Action. 2024

[4] Pour en savoir plus : Résister de Salomé Saqué. Editions : Payot. Paru en 2024

[5] Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. Paru en 2010. Editions : Indigène. A travers cet essai, l’auteur nous rappelle les vertus de l’indignation.

Méditations…

Le verset 13 de la sourate Ghafir (40:13) nous rappelle cette vérité profonde :
« Il vous montre Ses signes et fait descendre du ciel des provisions, mais seule une âme perverse se détourne de Ses signes. »

Reconnaître les signes d’Allah dans l’adversité, comme un voile sur le cœur

Il y a des moments dans la vie où, malgré tous les efforts pour rester positifs, la douleur et les épreuves semblent prendre le dessus, elles semblent nous noyer.
Les épreuves, qu’elles soient personnelles, sociales ou naturelles, comme celles qui ont récemment frappé une ville d’Amérique, nous rappellent la fragilité de notre existence. En l’espace de quelques heures, des vies ont été réduites en cendres par les flammes, et les biens les plus précieux ont été détruits. Cela soulève une question essentielle : quel est le véritable bienfait dans tout cela, ma vie ou mes biens ?

La réponse, bien que difficile à percevoir au premier abord, réside dans la reconnaissance des signes d’Allah. Lorsqu’on traverse des moments difficiles, il est facile de se laisser submerger par la perte et la souffrance, de se concentrer sur ce qui nous échappe plutôt que sur ce qui nous reste. Pourtant, c’est précisément dans ces moments que l’on doit se rappeler que, malgré les épreuves, la vie continue, que nous sommes en bonne santé, et que nous avons la capacité de respirer, de penser, de réfléchir ; et cela est un bienfait immense.

Le verset 13 de la sourate Ghafir (40:13) nous rappelle cette vérité profonde :


« Il vous montre Ses signes et fait descendre du ciel des provisions, mais seule une âme perverse se détourne de Ses signes. »

Ce verset nous invite à ouvrir les yeux et le cœur face aux signes d’Allah, même (et surtout) dans l’adversité. Nous avons tendance à chercher des réponses dans les choses matérielles, dans l’argent, les biens ou la réussite sociale, oubliant que tout cela peut disparaître en un instant. Ces incendies qui ont détruit une ville prospère nous rappellent cette fragilité. Dans ces moments de chaos, ce qui reste est l’essence même de la vie : la santé, la foi et la capacité de continuer à avancer.

Le bienfait d’être en vie, en bonne santé et d’avoir l’opportunité de changer notre regard sur les choses ne réside pas dans la possession de biens matériels, mais dans la prise de conscience que chaque instant que nous vivons est un don d’Allah. Nos possessions, aussi précieuses soient-elles, ne peuvent combler le vide de l’âme, et la vraie richesse réside dans notre capacité à reconnaître les bienfaits qui nous sont accordés, même dans les moments difficiles.

Cependant, il est facile de se laisser emporter par l’amertume et la frustration, de penser que tout est contre nous. Le vrai défi réside dans notre capacité à ne pas être aveuglés par nos propres désirs et nos perceptions limitées de ce qui est important. La perversité du cœur ne réside pas dans les épreuves que nous traversons, mais dans notre réaction face à elles. Si nous choisissons de nous perdre dans la douleur et l’incompréhension, nous risquons de fermer notre cœur aux véritables bénédictions d’Allah.

C’est dans ces instants de difficulté que la lumière peut émerger. Lorsque nous réajustons notre vision, que nous rééquilibrons nos perspectives, nous commençons à comprendre que chaque souffle, chaque sourire, chaque moment de répit est un signe divin, un bienfait d’Allah. Ce que nous prenons pour acquis devient alors précieux, et nous apprenons à chérir ce qui est vraiment essentiel : la santé, la famille, la foi et la chance de continuer à avancer sur ce chemin de vie.

Au final, il ne s’agit pas de nier la douleur ou de minimiser les pertes. Il s’agit de trouver la force de voir au-delà de la surface, de comprendre que les véritables richesses de la vie ne sont pas dans ce que nous possédons, mais dans ce que nous reconnaissons comme étant des bienfaits d’Allah. La clé est d’ouvrir le cœur et l’esprit, de voir les signes qui nous entourent et d’accepter chaque instant comme une bénédiction.

Hana Elakrouchi

Quand l’Histoire fait mentir les clichés : l’islam, pionnier des droits des femmes

Ah, le mythe tenace d’un islam oppressant pour les femmes… Alors qu’en réalité, l’islam, dès ses origines, les a élevées au rang de figures essentielles dans la société. Conseillères, cheffes d’armée, gardiennes de savoirs et enseignantes : les femmes musulmanes des premiers siècles ont marqué l’Histoire bien au-delà de ce que l’on ose parfois imaginer. Petit voyage dans un passé glorieux qui ferait pâlir de jalousie bien des “modernes”.

Khadija : entrepreneuse, stratège et conseillère de génie

On commence par Khadija bint Khuwaylid, première épouse du prophète Mohamed ﷺ. Pas une femme ordinaire, mais une entrepreneuse prospère à la tête d’une caravane commerciale. Imaginez une “CEO” avant l’heure, mais sans le parachute doré.

Khadija n’a pas seulement financé la mission prophétique avec ses richesses. Elle a été la première croyante et, surtout, une conseillère avisée pour son époux. Lorsque le prophète Mohamed ﷺ, bouleversé par la première révélation, rentra tremblant à la maison, c’est Khadija qui l’apaisa, analysa la situation et l’encouragea à poursuivre sa mission.  Pas mal pour quelqu’un qui, selon certains clichés, serait “soumise”.

« On a douze siècles d’avance, ça va aller mais merci pour votre sollicitude. »

Aïcha : érudite, médecin et cheffe d’armée

Aïcha bint Abu Bakr, l’une des épouses du Prophète, est une autre figure incontournable. À la fois politicienne, enseignante et pionnière en médecine, son influence s’étendait sur plusieurs générations.

La médecine prophétique

Réputée comme l’une des plus grandes expertes de la médecine prophétique, Aïcha maîtrisait l’art des traitements naturels et des remèdes. Les compagnons du prophète Mohamed ﷺ la surnommaient d’ailleurs “la meilleure des médecins”, et pas pour la flatter. Ses connaissances n’étaient pas théoriques : elle soignait, diagnostiquait et transmettait son savoir avec une précision remarquable.

Cheffe d’armée et politicienne

Si vous pensez que les femmes en politique, c’est une nouveauté, revoyez vos classiques. Aïcha a dirigé une armée lors de la célèbre bataille du Chameau. Stratège, éloquente et charismatique, elle a marqué son temps comme une cheffe politique redoutable.

Enseignante et érudite

Avec pas moins de  2 210 hadiths rapportés et une expertise reconnue en théologie, jurisprudence et exégèse, Aïcha était aussi une enseignante respectée. Des hommes et des femmes venaient de loin pour étudier auprès d’elle. Et pendant ce temps-là, en Europe ? Les femmes étaient toujours interdites d’université…

Hafsa : gardienne de la parole divine

Hafsa bint Umar, fille du deuxième calife Omar et épouse du Prophète, n’a pas eu qu’un rôle symbolique dans l’histoire de l’islam. Sa plus grande mission ? Devenir la gardienne du Coran.

Après la compilation du texte sacré sous Abu Bakr, c’est Hafsa qui fut choisie pour conserver la version originale du manuscrit. Pourquoi elle ? Parce qu’elle était reconnue pour sa piété, son intelligence et sa fiabilité. Plus tard, cette copie servira de base pour la standardisation du Coran sous le califat d’Othman. En résumé : sans Hafsa, pas de Coran tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Hafsa incarne aussi la confiance et le respect que l’islam accorde aux femmes compétentes. Gardienne de la parole divine : il faut avouer que ça claque comme titre de poste.

Nussaiba bint Ka’ab, une soldate résiliente 

Nussaiba bint Ka’ab, aussi connue sous le nom d’Umm ‘Ammarah, est une figure emblématique de l’histoire islamique, reconnue pour son courage exceptionnel et sa foi inébranlable. Elle participa à plusieurs batailles majeures, dont Uhud, Hunayn et Yamamah. Lors de la bataille de Yamamah, elle subit de nombreuses blessures, y compris la perte de son bras, tout en poursuivant son vœu de se venger de Musaylima l’Imposteur, qui avait torturé et tué son fils, Habib. Avec son fils Abdullah, elle joua un rôle dans la mise à mort de Musaylima.

Après cette bataille, Nussaiba retourna à Médine, où elle vécut ses dernières années. Elle est décédée durant le califat de Umar ibn al-Khattab, qui la tenait en haute estime pour ses sacrifices et son dévouement. Il veilla à ce qu’elle soit honorée et qu’elle reçoive des récompenses à la hauteur de ses actions héroïques.

Nussaiba reste un exemple éclatant de foi, de bravoure et de dévouement, et son histoire continue d’inspirer les générations musulmanes comme symbole de justice et de résilience

Elle est citée pour ses contributions dans les cercles de savoir et pour son courage dans des missions diplomatiques et sociales.

Les droits économiques et sociaux : quand l’islam devance son temps

On parle souvent de l’émancipation économique comme d’une lutte récente. Sauf que, sous le califat d’Omar ibn al-Khattab, on avait déjà tout compris :

  • Prime de naissance pour chaque nouveau-né.
  • Allocation d’allaitement, versée aux mères pour soutenir l’éducation des nourrissons.
  • Allocations familiales, bien avant que l’Europe n’y pense au XXᵉ siècle.

Cerise sur le gâteau : dans l’islam, la femme conserve intégralement ses biens et ses revenus. Elle n’a aucune obligation financière envers sa famille, contrairement au mari qui doit tout assurer. Même les dépenses pour les enfants sont sa responsabilité. Madame peut choisir de travailler, mais elle n’est pas obligée. Alors, c’est qui le progressiste ici ?

Comparaison avec l’Occident : une avancée de plusieurs siècles

Pendant que le monde musulman valorisait déjà les contributions des femmes, l’Occident avait encore du mal à se décider :

  • Éducation : Les filles en Occident n’ont eu accès à l’école qu’à partir du XIXᵉ siècle. Dans l’islam, hommes et femmes avaient l’obligation d’apprendre dès le VIIᵉ.
  • Vote et politique : Les musulmanes participaient activement à la vie publique dès les débuts de l’islam. En France, les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en… 1944.
  • Protection sociale : Les allocations familiales ? Inventées sous Omar ibn al-Khattab, pendant que l’Europe se demandait encore si les enfants n’étaient pas juste une “main-d’œuvre miniature”.

Une vision intemporelle : quand modernité rime avec tradition

L’histoire de l’islam regorge de figures féminines puissantes et inspirantes :

L’islam n’a pas attendu les révolutions féministes du 20ᵉ siècle pour garantir aux femmes un rôle central dans la société. “Iqra” (Lis), le tout premier mot révélé au prophète Mohamed ﷺ, n’est pas une simple directive. C’est une révolution intellectuelle, une invitation à explorer, comprendre et transmettre le savoir. Ce verset souligne l’obligation sacrée pour chaque musulman d’être un ambassadeur de la connaissance. Non seulement cela impose d’avoir une bibliothèque bien fournie — et surtout dépoussiérée —, mais aussi de partager ce savoir pour éclairer le monde.

Le prophète Mohamed ﷺ a d’ailleurs déclaré :

« La quête de la connaissance est une obligation pour tout musulman. » (Sunan Ibn Majah, Hadith 224).

Dans cette quête du savoir, le musulman ne peut jamais être dans l’inertie. La connaissance ne peut être thésaurisée.  ll ne se contente pas de consommer le savoir : il le propage. Le croyant l’acquiert ou le transmet.

Dans un monde où les informations circulent à une vitesse vertigineuse, il se doit de trier, comprendre et incarner les principes qu’il apprend. L’exemple des premières figures féminines de l’islam et la place centrale de la connaissance dans cette civilisation devraient inspirer chaque génération à devenir des phares de lumière dans un océan d’ignorance.

Mesdames, lorsque vous entendrez,  l’islam est en retard, redressez vos épaules, relevez le menton, souriez avec dignité et rappelez-vous ces femmes incroyables.

« On a douze siècles d’avance, ça va aller mais merci pour votre sollicitude. »

Alors, la prochaine fois que vous ouvrirez un livre, souvenez-vous : vous suivez l’ordre divin d’Iqra”. Et avec chaque mot lu, vous contribuez à faire revivre l’héritage intellectuel glorieux de l’islam. “Iqra”, et que la lumière de votre savoir illumine le monde.

Nelm

Evere, le cimetière multiconfessionnel bientôt saturé : une urgence pour la communauté musulmane

Dès le mois de juin prochain, le cimetière multiconfessionnel de la région bruxelloise pourrait atteindre sa capacité maximale. Cette situation inquiète fortement le Conseil Musulman de Belgique (CMB alors qu’aucune solution alternative n’a été mise en place à ce jour. Le CMB appelle à la mobilisation. 

Les parcelles multiconfessionnelles du cimetière d’Evere arriveront à saturation dès le mois de juin prochain.  Michael Privot, administrateur du Conseil Musulman de Belgique (CMB), tire la sonnette d’alarme : « Il est minuit moins une. Il est urgent que nos représentants communaux et régionaux prennent leurs responsabilités. Nous appelons les membres de la communauté à se mobiliser et à interpeller leurs élus pour qu’une solution viable soit trouvée.»

Une crise amplifiée par les changements post-Covid

La saturation du cimetière multiconfessionnel est à mettre en lien avec les profonds changements survenus dans les habitudes funéraires des musulmans de Belgique. Avant la pandémie de Covid-19, la majorité des défunts d’origine marocaine ou turque étaient enterrés dans leur pays d’origine. Cependant, la crise sanitaire a bouleversé cette tendance. Avec les restrictions de voyage et les difficultés logistiques engendrées par la pandémie, de nombreuses familles musulmanes ont choisi d’inhumer leurs proches en Belgique. Cette option, qui permet de réduire les coûts et de faciliter le recueillement, semble aujourd’hui s’installer durablement dans les habitudes. Les familles peuvent ainsi rendre plus fréquemment hommage à leurs proches disparus.

Une mobilisation urgente et nécessaire

Le Conseil Musulman de Belgique exhorte la communauté à agir rapidement. « Nous ne pouvons pas attendre que la situation devienne ingérable. Il est essentiel de prévoir de nouveaux espaces d’inhumation pour répondre à l’évolution des besoins de la communauté musulmane. Plusieurs pistes sont évoquées, notamment l’agrandissement des infrastructures existantes ou la création de nouveaux cimetières multiconfessionnels. Mais ces solutions nécessitent un consensus politique et des investissements rapides, autant d’éléments qui manquent pour l’instant », souligne Michael Privot. Sans solution rapide, les musulmans bruxellois n’auront pas d’autres choix d’enterrer leurs défunts en Wallonie où les parcelles sont disponibles, avec des coûts plus élevés en raison de la distance. 

H.B.

Lira bien qui lira le dernier ! ( dernier épisode)

Maitre perroquet, je ne puis qu’offrir mon bras ; mon épée est vôtre ! 

Le cavalier, heureux à l’issue de cette fâcheuse aventure face à la courtisane, exprima à son sauveur son aimable reconnaissance.

Ainsi choyé par l’oiseleur et protégé par le cavalier, le perroquet recevait, à l’image d’une cour de justice, les doléances des villageois sur les affaires courantes. Il parlait avec tant de jugement et de prudence qu’on aurait pu croire à une imitation du roi, de sa cour et de ses sujets.

Et la rumeur s’ébruita jusqu’au palais : d’une noble sagesse, un perroquet administre le droit de justice à qui veut, se murmurait-il au sein de la cour royale. Le faux roi, s’imaginant que l’esprit du véritable roi était fort probablement passé dans le corps de cet animal, demanda à son chef de garde de faire venir très discrètement toute la compagnie.

En route vers leur sort, dans une nuit profonde, la petite troupe consulta le perroquet sur la situation. Voyant ses fidèles compagnons craindre pour leurs vies, l’oiseau s’empressa de narrer toute la mésaventure à voix basse, sans se faire entendre par le garde qui ouvrait le chemin. L’oiseleur et le cavalier, attentifs, burent les paroles de l’animal et lui tinrent ce langage éclairé :

— Ô trop aimable perroquet, réjouissez-vous ! Votre bonheur augmentera, et le destin, sensible à votre mérite, vous rendra bientôt votre liberté et votre royaume.
Et le cavalier de rajouter :
— Ô, Maitre perroquet, je prendrai moi-même le soin de vous servir.

Dans une aile du palais où les chandelles scintillaient, où le plancher et le plafond représentaient des arbres, des fleurs et des fruits, où les coussins de velours aux couleurs diaprées jonchaient le sol, une bibliothèque aussi grande qu’une muraille, aux étagères lourdes de manuscrits et de parchemins, s’harmonisait dans une atmosphère de flânerie et d’érudition. Ce lieu, choisi pour une audience décisive, réjouissait la vue du perroquet, qui se souvenait du temps où sa reine et lui passaient leurs jours à exprimer leur attachement par des marques de tendresse et des conversations pleines d’esprit sur le savoir et les connaissances des terres lointaines.

Quand tous furent en présence, le faux roi interrogea l’oiseleur sur la capture de cet animal et sur la présence du cavalier à ses côtés. Ceux-ci lui rendirent compte fidèlement, et le roi leur dit que, s’ils consentaient à lui vendre l’oiseau, il leur ferait fortune à chacun. L’oiseleur répondit qu’il ne demandait point d’autre récompense que de tenir compagnie à son perroquet, préférant cet avantage à toutes les richesses du monde. Quant au cavalier, sa promesse de le servir restait intacte tant que son bienfaiteur ne le délivrerait pas de sa parole.

Le faux roi, surpris de tant de noblesse chez ces hommes de si basse naissance, et déplaisant à l’idée d’en finir promptement, leur suggéra fortement d’accepter son offre s’ils voulaient vivre honorablement le reste de leurs jours.

— Acceptez sa proposition, fidèles compagnons, et ne craignez point pour votre bonne fortune, dit le perroquet, dans sa cage, qui, jusqu’à présent, était resté muet.

À la suite de ce conseil, le vizir ordonna qu’on leur remette à chacun une lourde bourse de pièces d’or. L’oiseleur et le cavalier, impuissants, jetèrent un dernier regard de tristesse vers l’animal avant que le garde ne les empoigne pour les conduire au seuil de la porte.

Le faux roi, fébrile, s’approcha de la cage avec un sourire narquois.

— Par quel maléfice êtes-vous encore de ce monde ? Vous n’avez plus de place en ces lieux ! Je suis le maître incontesté de ce royaume, et personne, pas même vous, ne pourrait m’ôter ce trône.

– En vérité, indigne vizir, lui dit-il, vous étiez à mes côtés par amitié et estime, vous aviez l’esprit réformateur, vouant votre engagement à l’honneur et au bien du royaume. C’est pourquoi je vous prie de vouloir m’éclaircir là-dessus.

Par amitié et estime ? Nul doute que vous ne connaissiez point la rudesse d’un administré à votre service. Toutes les affaires dont j’étais préoccupé à résoudre à votre place, tous les décrets et lois à consigner, toute cette richesse que vous dilapidiez aux inconnus, vous faisant miroiter une science venue de l’étranger qui pourrait changer le monde, tous ces manuscrits et ces grimoires que vous désiriez obtenir sur lesquels vous couvriez d’or leurs porteurs. Vous n’étiez attentif qu’à cela. Ma naissance ne m’a pas donné fortune immense, seulement, vous ne m’aviez aucunement prêté foi de m’enrichir et de m’octroyer un faste dont je pourrais jouir plus qu’eux. Vous possédiez tout : la fortune d’un monarque et l’amour d’une reine splendide.

― Un grand pouvoir engendre de grandes responsabilités ; c’est pour cette raison que la qualité d’un cœur, la sincérité et la beauté des actions détermineront notre sort. Votre jalousie est votre maître à penser, déclama le perroquet face à la perfidie du vizir, peiné de le voir ainsi défait, mais, désirant hardiment retourner à son premier état, il continua. Elle vous a confisqué votre esprit et a pris le contrôle de votre intelligence ; elle a consumé votre âme, par un feu brûlant, avant même d’atteindre sa cible. Vous viviez une vie de frustration, prisonnier de ce que vous voyiez, mais que vous ne pouviez atteindre ; vous observiez les bénédictions des autres, non pour vous en inspirer ou vous en réjouir, mais pour les envier, les détester, et maintenant souhaiter leur disparition. Cette obsession vous prive de toute quiétude et vous enchaîne à une tristesse permanente. Comme vous avez bonne opinion de vous-même, vous n’avez pas compris que les richesses terrestres ne vaudront pas plus qu’une poignée de poussière. Prenez garde aux mirages de ce bas monde ! Débarrassez votre cœur du malheur, des rancœurs, des basses ambitions. La clé, c’est l’amour, la porte, c’est votre cœur. Élevez-vous, devenez pareil aux oiseaux, semblable aux nuages, soyez à l’image du vent.

Le fourbe vizir ne put cacher son aversion au véritable roi, s’écarta de la cage pour accaparer un chandelier. Face à cette réalité, le perroquet fit un grand soupir, et lui tint ce message :

― Vous avez si mal usé du pouvoir que vous m’avez volé, votre trahison n’aura d’issue qu’un funeste dessein. Les richesses, les honneurs et les plaisirs de ce monde sont éphémères ; seul ce que nous aurons fait de bien, de beau et de vrai perdurera. Ce lieu, dont vous abhorrez le prix, est bien plus précieux que toute forme d’abondance. Un jour viendra où chacun recevra les fruits de son choix.

― Alors, je choisis ma gloire, rétorqua le faux roi, en s’approchant d’un pas décidé vers la cage.

Déterminé à en finir, le vizir ne vit pas la porte du pavillon s’ouvrir devant la reine, suivie du cavalier et de l’oiseleur. La princesse, saisissant la scène, se précipita pour ouvrir la porte de la cage ; et le perroquet, voyant son malheur, vola à travers la pièce pour s’échapper aux vacillements des flammes. Poussant avec violence la reine Eowyn, le vizir, de rage, s’empressa d’atteindre sa proie. Il ne remarqua point que chaque coup de flamme touchait la bibliothèque ; le feu consuma des œuvres inestimables, des manuscrits tant convoités, des écrits brûlés d’illustres savants. Le perroquet constata cette effrayante situation, cria : 

— Vous venez d’incendier la bibliothèque, infâme ! Vous venez de tuer le rayon de votre âme ! Ce que votre rage impie et folle ose brûler, c’est votre bien, votre trésor, votre héritage ! C’est un crime inouï ! et avertit son créancier: 

— Cavalier ! Il est temps de payer votre dette !

Aussitôt averti, l’épée du cavalier transperça l’usurpateur, qui s’effondra lourdement sur le plancher. Et sans répit, le perroquet volant sur le corps du roi y passa avec son esprit, par la vertu d’autres paroles du secret que lui avait enseigné le philosophe dont lui seul avait la connaissance ; et l’oiseau resta mort sur le sol. L’âme de l’imposteur sortit du corps du roi, perdue et se dissipa dans la salle, comme un souffle. Tandis que l’oiseleur étouffait les flammes afin de s’assurer qu’elles n’anéantiraient aucun recueil, la reine répandit des larmes de joie de voir son époux dans son état naturel…

Personne ne s’aperçut de toutes ces choses, et on dit que le perroquet était mort sans cérémonie. À l’oiseleur, le roi donna une pension considérable pour vivre dignement, et au cavalier une nomination au sein de sa garde royale, pour honorer leur loyauté envers un simple perroquet. Quant à sa reine, Eowyn, celle qui avait conservé pour son prince beaucoup d’amour et de respect, elle resta auprès de lui.

Dans ce temps, Isildur fit un jugement fort juste et remarquable ; il comprit que le plus beau voyage est le voyage intérieur, et que la plus belle des actions est celle qui consiste à tuer son ego avant que la mort ne le surprenne. Le jour où l’on s’en débarrasse pour entrer généreusement en harmonie avec le monde est l’occasion de se frayer un chemin vers le discernement, la connaissance du monde et de soi.

Même si le pouvoir de transférer l’esprit d’un corps à un autre est terriblement enivrant, sommes-nous prêts à en mesurer toutes les conséquences… ?

Ainsi se termine notre conte.
Vous pourriez me demander pourquoi une telle histoire ?! Eh bien, celle-ci ne nous rappelle-t-elle pas que chacun de nous, en tout instant, peut être confronté à des choix impactant notre vie ?

Najoua


[1] Inspiré d’un conte persan « Le Roi Oziam » tiré du recueil des contes « Les Voyages des Princes de Sérendip ». Les contes persans réunissent les œuvres traditionnelles qui se transmettent de génération à génération. Ils sont porteurs de sagesse des anciens.

Le train des enfants

1994, Amerigo Benvenuti, grand virtuose du violon, s’apprête à monter sur scène lorsqu’il apprend le décès de sa mère. Les souvenirs ressurgissent alors… il se remémore son enfance avec elle.

Avec dignité et beaucoup de retenue, sa mémoire se met à nu, invitant le spectateur à plonger avec lui dans l’Italie des années 40.

Ce long métrage relate un pan de l’Histoire méconnu, voire inconnu, de l’Italie d’après-guerre :  pour échapper à la misère et pauvreté sévissant à cette époque, des dizaines d’enfants du sud sont envoyés par train dans le nord de l’Italie au sein de familles aisées qui leur offrent de meilleures conditions de vie.

Tragédie de guerre, ce film dépeint une Italie qui a terriblement souffert de la seconde guerre mondiale, entre l’angoisse du fascisme et la promesse communiste d’un avenir meilleur. Mais comme dans toute guerre, les pires séquelles ne sont pas les plus visibles…

La très belle mise en scène et mise en lumière ont une répercussion certaine sur le rendu réaliste des ruelles de Naples. De plus, elles contribuent à révéler, avec habileté, le tiraillement d’Amerigo entre son attachement familial et la promesse d’une vie meilleure où la faim et la désolation n’auront plus droit de cité.

Ce drame de séparation, ne laissera définitivement pas le spectateur indifférent et le soumettra indubitablement à la question : « Et moi, qu’aurais-je fait si j’avais été à sa place ? »  La vie contraint parfois les êtres à poser des choix aux répercussions dont la douleur n’a d’égal que la souffrance qu’elle enfante. 

« Parfois, ceux qui te laissent partir t’aiment plus que ceux qui te gardent. » Cette réplique du film en est une parfaite illustration.

Ce film touchant et puissant fait la promesse de moments poignants mais aussi d’optimisme et de foi en l’être humain où les valeurs de solidarité, de tendresse et d’humanité tout simplement sont présents. 

L.M.

A découvrir sur Netflix.

Lira bien qui lira le dernier (épisode 2)

« Étrange ?! Mon roi est bien différent ce soir. » Eowyn, la belle au sang royal voyait en son époux des attitudes nouvelles : une précipitation à l’intimité et non à la conversation, une volteface aux affaires du royaume, un excès de vie et de plaisir qu’elle ne lui connaissait pas. Plus elle observa cet homme et plus elle comprit que ce n’était pas son Roi. 

Sachant que le vizir connaissait le secret de faire passer son esprit dans le corps mort d’un animal, et qui plus est, depuis la chasse, le vizir n’apparaissait plus, elle se douta donc de la tromperie et du malheur qui était arrivé au Roi son époux. Bien que le vizir eût le corps et le visage de son prince, Eowyn ne voulut plus lui permettre la moindre familiarité à son égard, et feignit de ne point s’être aperçue de cette supercherie. Elle lui demanda : « Mon Roi, je me sens lasse en ces temps, je ne trouve le repos ni dans le sommeil ni dans ce palais ; mon esprit est préoccupé par un songe si terrible que le simple fait de m’en souvenir m’affecte. Tout ce que je peux vous dire, mon Prince, c’est de ne plus m’approcher tant que je suis dans cet état de faiblesse. Mon cœur appelle à du repos et une tranquillité loin de votre personne. » 

Le faux roi fut touché de chagrin par ces paroles, car il aimait éperdument cette princesse dès que son regard se posa sur elle, et ne voulant pas lui déplaire, se résolut à ne plus la voir qu’en compagnie et non en privé. Il espérait par ce moyen de fléchir sa fermeté, ou du moins de lui donner le temps du repos, sans qu’elle ne s’éloigne définitivement de son droit marital. Les coupables, quelle que soit leur autorité, sont toujours dans la crainte. Le crime poursuit partout le criminel, et sa conscience en est le bourreau. C’est pourquoi ce prétendu roi tâchait non seulement de se faire aimer de cette princesse, mais encore de tout le monde au palais. Aux affaires du royaume, il ne s’en souciait guère, son intention était concentré sur ce que cette posture royale pouvait lui offrir. C’était tous les jours de nouveaux plaisirs et des hommages qu’on lui rendait dont il témoignait beaucoup de reconnaissance par des gratifications qu’il faisait, suivant le mérite et la qualité de chacun : un pouvoir fort grisant…

Pendant qu’il goutait ainsi les douceurs de son usurpation, le véritable roi, qui était métamorphosé en biche, souffrait tous les maux imaginables. Il était continuellement persécuté par les daims, par les cerfs et par tous les animaux les plus cruels, qui le mordaient et le malmenaient. Las et rebuté d’un état si malheureux, il fuyait sans cesse la compagnie des autres animaux. Un jour, se promenant seul dans une plaine, il trouva un perroquet mort. Pensant trouver la voie vers une vie plus tranquille ; et tout en prononçant les paroles secrètes, il entra avec son esprit dans le corps de cet animal, et aussitôt laissa la biche au sol et devint perroquet. 

Cette transformation lui fit plaisir, et comme il voltigeait d’un côté à l’autre, il aperçut un oiseleur de sa ville, qui tendait des filets pour prendre des moineaux. Cette vue lui procura de la joie, et il se laissa volontairement attraper, espérant que cet homme pourrait le rétablir dans son premier état. À peine l’oiseleur eut fait la capture, qu’il mit sa prise dans une grande cage où se trouvait quelques malheureux volatils et retourna à ses autres filets.

Le perroquet fit en sorte, avec son bec, de tirer une petite cheville qui fermait la porte de la cage ; et l’ayant ouverte, il donna la liberté aux prisonniers volants. Quant à lui, il resta seul dans la geôle, s’abandonnant entièrement à sa destinée. Au retour de l’oiseleur, surpris de la fuite de ses oiseaux, il vint aussitôt refermer la cage de peur que le perroquet ne lui échappe. Celui-ci l’assura de sa fidélité, par le langage : « N’aie crainte, oiseleur ! Je ne te fausserai pas compagnie. Assurément, ma promesse est véridique. » Cet homme en fut fort étonné, ne pouvant s’imaginer qu’un perroquet sut si bien raisonner. Cela le consola de la perte de ses autres prises, et il se flatta de l’espoir de faire fortune par le moyen de cet oiseau coloré. Reprenant ses filets, il s’en retourna chez lui à la ville, satisfait de cette prise prometteuse.

Sur le chemin, il s’entretenait avec son perroquet, qui lui répondait toujours fort habilement. Lorsqu’il fut arrivé dans la ville, il passa dans une grande place, où il rencontra plusieurs de ses amis, avec lesquels il s’arrêta pour leur faire voir l’aimable capture qu’il avait faite. 

À quelques pas de là, un attroupement se forma, suite à un grand bruit. Le perroquet voulut connaitre la cause. L’oiseleur s’en étant informé, lui dit : « C’était une courtisane, qui ayant songé la nuit précédente qu’elle l’avait passé avec un jeune cavalier de la ville, lui réclama 10 pièces d’or. Mais, le cavalier, qui n’est pas dupe, se moque de la courtisane et de sa demande. Cependant, elle le retient par ses habits et veut absolument être payée : voilà le sujet de ce vacarme. » Le perroquet ayant entendu ce rapport, dit à l’oiseleur que, si on voulait bien les faire venir à lui, il les mettrait d’accord.

Connaissant l’esprit de son perroquet, il courut vers les personnes qui se disputaient. Il les aborda avec beaucoup de bienveillance et leur proposa de venir au-devant de cet animal afin de rendre un jugement dont ils n’auraient pas lieu de se plaindre. Cette proposition fit rire la compagnie, qui ne pouvait croire que ce perroquet put faire ce que son maitre-oiseleur avait avancé. Cependant, le cavalier, curieux de voir ce miracle, se tourna du côté de la courtisane et lui dit : « Si vous voulez vous fier à ce que cet animal ordonnera, j’y souscrirai volontiers. » La courtisane, qui n’était pas moins curieuse que le cavalier, y consentit aussi.

Ils s’approchèrent du perroquet, lequel, après avoir entendu la plaidoirie de chaque partie, demanda une table et un grand miroir. On les lui apporta, et ayant fait poser devant sa cage le miroir sur la table, il dit au cavalier de poser sur cette table les 10 pièces d’or que la courtisane demandait. Si ces paroles donnèrent de la joie à la dame, dans l’espérance d’avoir cette somme, elles ne causèrent pas moins de chagrin au cavalier, dans la crainte de perdre son argent. Mais il arriva tout le contraire :  « Ne touchez pas, madame, lui dit le perroquet, aux 10 pièces qui sont sur la table. Prenez seulement ceux que l’on voit dans le miroir. Comme vous n’avez eu affaire avec ce cavalier qu’en songe, il est juste que la récompense que vous en demandez soit semblable à un songe. »

L’assemblée, qui avait été témoin de ce jugement, en fut extrêmement surprise ; elle ne pouvait croire qu’un animal dépourvu de raison eut prononcé une sentence si judicieuse. La nouvelle se répandit dans toute la ville, et parvint jusqu’au palais… »

Najoua

Lira bien qui lira le dernier 

Le conte nous amène dans un monde où les frontières entre la vie et la mort, le bien et le mal sont constamment remises en question. Un monde où la réalité est aussi fluide que l’esprit et où les décisions d’un instant peuvent changer le destin de tout un royaume. C’est une histoire qui explore les thèmes de la confiance, du pouvoir, de la loyauté et de l’identité; tout en nous rappelant que chaque action entraine des conséquences, souvent imprévisibles.

Le conte commence avec un souverain épris de savoir, qui, un jour, se voit apprendre par un philosophe l’art de transférer l’esprit d’un corps à un autre. Mais, comme souvent dans les contes, avec un grand pouvoir vient une grande tentation.

Voici le récit captivant d’un conte initiatique, mélangeant le rationnel et le merveilleux…

« Dans les temps heureux où les rois étaient savants et philosophes, un roi du nom d’Isildur aimait les gens de lettres et lorsqu’il apprenait qu’il y en avait_ qu’ils soient de son pays ou étrangers_ il les faisait venir à sa cour, et les engageait à y demeurer en leur offrant de grandes gratifications. Cette générosité lui attirait toujours de beaux génies, avec lesquels il s’entretenait souvent de toutes choses.

Un jour, comme il discutait avec un philosophe qui passait pour être fort habile des secrets de la nature, sur les merveilles du monde et sur la « transmigration » des âmes ; le roi, fort curieux, voulut en savoir davantage. Le philosophe, qui ne cherchait qu’à lui plaire, lui répondit : « Majesté, puisque vous me l’ordonnez, je vous propose un exemple, qui est plus fort que tous les raisonnements du monde, et vous demeurez d’accord que vous n’avez jamais rien vu de plus grand, ni de plus surprenant.

La passion de voyager, dit-il, me fit rencontrer un jeune homme, très savant. En chemin, pour rendre le voyage plus agréable, nous nous entretenions de diverses affaires, et principalement des choses remarquables de la nature. Ainsi, il me dit qu’il connaissait un phénomène surpassant tout ce qu’on voyait de plus extraordinaire. Ces paroles me surprirent. Et il reprit : « Vois-tu, compagnon de route, lorsqu’il me plait de changer de corps, je tus un animal et après avoir proféré quelques mots, mon esprit y entra, laissant mon corps inerte à ces côtés. Lorsque j’y restai autant que je le désirai, je retourne à mon corps qui ressuscita, laissant celui de l’animal assurément mort. » Cela me parut impossible ! Le jeune homme, voyant mon incrédulité sur mon visage, m’en fit l’expérience aussitôt. Néanmoins, fort aise de vouloir connaitre son secret, je le supplie de m’en révéler plus. Et il me l’a enseigné. »

Le roi Isildur ne pouvant croire ce que ce philosophe lui racontait, lui rétorqua : « Ton histoire est bien fabuleuse, pauvre égaré, es-tu sûr que ton esprit ne t’a pas dupé ? M’en déplaise d’être en présence d’un fou ?! Sache que je n’apprécie guère cette tentative de me berner. » Et voulant connaitre le fin mot de cette histoire, il ajouta : « Cependant, fais-en la preuve en ce lieu et en ma présence. Et si tu y réussis, je te croirai volontiers et continuerai à te gratifier de mes biens. »

Le philosophe, qui ne voulut point passer pour un dément, demanda un animal. On lui apporta un moineau. Et l’ayant en main, il l’étrangla. En se penchant sur ce petit corps sans vie, il murmura quelques paroles. Le philosophe tomba mort et le moineau reprenant vie, vola par la chambre où ils étaient. Quelque temps après, le moineau s’étant posé sur le corps du philosophe, chanta agréablement. Tout à coup, il ressuscita et le moineau demeura éteint pour toujours.

Le roi, surpris et charmé de cette merveille, voulut en connaitre le secret. Le philosophe, ne pouvant rien refuser à son prince qui était son bienfaiteur, le lui apprit. Et le roi s’en servait très souvent : en tuant presque tous les jours quelques oiseaux. Il passait avec son esprit dans le corps de chaque petit animal, en laissant sa dépouille sur place. Et lorsque son esprit voulait retourner dans son propre corps, il revint à la vie, et laissa inanimé celui de l’oiseau.

Par cet art magique, le roi s’assurait de l’esprit de ses sujets. En réalité, il châtiait les mauvais et récompensait les bons, et tenait ainsi son royaume dans une douce et agréable tranquillité. Du moins, c’est ce qu’il pensait.

Le vizir, étant informé de toutes ces choses, et connaissant l’amitié que son maitre lui portait, le pria de lui révéler ce secret avec beaucoup d’assistance. Le roi qui l’aimait, en reconnaissance de ces loyaux services, transmit au vizir cet art incommensurable. Le vizir en fit l’expérience et, voyant qu’elle avait réussi, songea à de grands desseins contre son roi. 

Un jour de chasse, s’étant tous deux écartés du groupe, ils firent la rencontre de deux biches, qu’ils tuèrent. Le vizir, voyant l’occasion favorable pour exécuter son ambition contre le roi, lui dit : «Fort bien, majesté ! Voulez-vous que nous entrions pour un moment, avec notre esprit, dans le corps de ces deux biches ? Nous irions nous promener sur ces belles collines et y prendre quelques plaisirs.» Le roi accepta et descendit de son cheval, qu’il lia à un arbre et alla vers une des bêtes mortes, où formulant les paroles secrètes, passa avec son esprit dans la biche et laissa son corps sans vie sur le côté. 

Aussitôt, le vizir mit pied à terre et sans prendre la peine de lier son cheval, alla sur le corps mort du roi. Après y avoir murmuré des paroles occultes, il passa dans celui de son maitre. Laissant sa propre dépouille étendue à terre, il monta sur le cheval de son roi et s’en alla chercher sa suite. Mais ne les ayant retrouvés, il rentra bredouille et seul. 

Quand il fut arrivé au palais sous l’apparence du roi, il demanda à ceux de la chasse des nouvelles du vizir. Comme on lui répondit qu’on ne l’avait pas vu, celui-ci fit mine de rien. Il feignit de leur faire croire qu’un animal sauvage l’avait probablement dévoré et s’affecta d’en être fort touché. Cette action était bien lâche. Et comme un crime ouvre souvent le pas à un autre, il arriva que ce misérable eût l’insolence de prendre la place de son roi auprès de son épouse Eowyn. Mais, celle-ci ne fut pas dupe de la supercherie… »

Mais voilà qu’il est temps de se quitter. Alors, ne vous éloignez pas trop, car la suite de notre conte gratte à la porte, impatiente d’être racontée…

Najoua