Le monde est-il devenu épileptique ?

Imaginez !

 Un monde où chaque livre écrit, chaque découverte scientifique, chaque pensée philosophique, chaque œuvre des plus grands esprits de l’humanité serait accessible en quelques secondes. Un monde où la connaissance autrefois étaient gardée jalousement dans des bibliothèques poussiéreuses ou transmises secrètement de maitre à disciple circulerait désormais comme un fleuve infini à portée de main. 

Cet univers, nous pouvons y accéder en quelque clics. Tous les manuscrits des bibliothèques du monde réunis dans un si petit espace. C’est le rêve de toute l’humanité qui se réalise. 

Ce monde, c’est le nôtre ! 

Eh bien, il est clair que nous nous noyons. Non pas par manque d’oxygène, mais par excès d’eau. Que faire d’un océan d’informations quand nous perdons l’essentiel ? La capacité de penser, la faculté de discerner, le don sacré de la conscience éveillé… En un mot, la culture de la sagesse. 

Notre double vie

Et depuis, est-ce que les gens sont -ils plus sages ? Sont-ils plus heureux ? Sont-ils plus en paix avec eux-mêmes ? Comprennent-ils mieux le sens de leur existence ?

Pourtant, nous vivons l’époque la plus extraordinaire et la plus tragique de l’Histoire humaine. Extraordinaire parce que jamais l’humanité n’a eu accès à autant de sagesses potentielles, d’expériences intellectuelles, de savoirs inhérents à ce qui fait de nous des êtres humains. Et tragique parce que nous sommes loin de la comprendre vraiment…

C’est troublant, n’est-ce pas ?!

Il y a des milliers d’années, nos aïeuls devaient parfois s’aventuraient dans des contrées lointaines juste pour entendre les enseignements d’un sage. Ils consacraient des années d’études pour apprendre au côté d’un maitre. La connaissance était rare et précieuse. Mais, surtout elle était sacrée. Car chaque enseignement était reçu comme un trésor… 

Aujourd’hui, nous avons oublié un principe, qui jadis était fondamentale : la connaissance n’est pas la sagesse. L’information et la compréhension sont 2 choses différentes. Nous sommes passés d’une culture de la profondeur à une culture de la surface. D’une civilisation qui valorisait la contemplation, la réflexion profonde et le questionnement, à une société qui récompense la réaction. D’un monde où l’on prenait le temps d’assimiler une idée à un univers où l’on doit consommer, consommer sans jamais s’arrêter pour respirer. 

Quelque chose s’est brisé par rapport à la connaissance. 

Le pouvoir de choisir

Les neuroscientifiques nous expliquent quelque chose de fascinant et de terrifiant à la fois : notre cerveau est plastique, c’est-à-dire qu’il se modifie en fonction de ce que nous faisons. Chaque action, pensée, habitude sculpte littéralement la structure physique de nos neurones. 

C’est magnifique ! Cela signifie que nous pouvons nous transformer, mais cela signifie aussi que nous pouvons être transformés. Notre cerveau s’adapte au flot constant d’information et crée de nouvelles connexions. Seulement, nous avons besoin d’un processus cognitif et d’un effort intellectuel pour transformer une information en connaissance[1]. Et c’est justement cette précieuse richesse qui s’effrite : la capacité à rester concentrer longtemps sur une seule chose, la faculté de s’immerger dans les profondeurs d’une idée, le pouvoir de plonger dans une réflexion soutenue. 

“(…)La découverte de la plasticité du cerveau est l’une des meilleures nouvelles que la science nous ait apportées. Il faut aller beaucoup plus loin et s’engager pour explorer les immenses capacités du cerveau. Il est le symbole de la dignité humaine, la marque incontestable de la puissance de l’Homme. Il est le siège de la pensée et du génie humain ; il faut le protéger, le soigner, le ménager. Un organe aussi précieux pour l’avenir de notre humanité doit être choyé. Le champ de la recherche est immense. »[2]

Pour passer d’une simple information à un principe qui nourrit la vision du monde, nous avons besoin de comprendre les éléments, leurs interactions, leurs potentiels, leurs utilités comme leurs méfaits. C’est là que la sagesse entre en scène. 

Nous la définirons ainsi : c’est l’art d’utiliser toute donnée, de la trier, de lui donner un sens, de l’appliquer avec discernement pour le bien commun et le jugement éclairé. Or, la vitesse et le volume de notre monde numérique nous privent de cet espace vital, nécessaire à cette « alchimie ».

Algorithme, quand tu nous tiens ! 

Il est devenu notre nouveau bibliothécaire. Il nous enferme dans des chambres confortables en nous donnant ce qu’on aime, en nous confortant dans nos idées et en nous coupant d’autres perspectives divergentes ou plus complexes. Or, l’excès des mêmes informations personnalisées nous gardent fermement dans une certitude contagieuse. Pour s’en défaire, il faut nous éduquer à prendre un chemin vers d’autres réflexions. C’est la posture de l’humilité qui trace le plan vers cette sagesse. 

Malheureusement, notre attention est parasité par ce flot incessant d’information et nous laisse un champ très réduit de compréhension. De nos jours, c’est la compétition de l’attention qui prend de la valeur, là où la vérité avait sa place suprême.  

C’est pourquoi, la sagesse exige du silence, de l’introspection et du temps. Des denrées rares à l’ère du scroll infini !

En réalité, le numérique peut être un outil très utile si nous le maitrisons. Pour cela, notre angle d’attaque serait de passer d’une consommation passive et distraite à une utilisation active et concentré. Le sage est, donc celui qui choisit quand se connecter, à quoi prêter attention et comment intégrer l’information sans se laisser submerger. Car la sagesse, fruit de l’expérience, de la modération et de l’humilité, est une qualité qui s’acquière lentement. 

Entreprenons un manifeste pour une lecture sans limites dans l’univers de l’encre et du pixels !

En résumé, la sagesse se repose sur 4 grands piliers pour transformer l’information en concept : 

  • La lecture, c’est la connaissance théorique et l’accès à un monde enrichissant
  • L’expérience, c’est la compréhension pratique et un jugement affuté
  • La réflexion, c’est l’intégration de la connaissance et de l’expérience de soi
  • Les échanges, c’est la nuance et remise en question de ses propres idées

Il faut un bagage et notamment, une boussole pour faire le voyage vers la sagesse. N’est-ce pas le projet de toute une vie ?!

Aussi étroit soit le chemin, 

Nombreux les chutes dans cette société dévorante, 

Restons les maitres de nos choix,

Soyons les capitaines de nos âmes ![3]

Najoua


[1] Pour en savoir plus : IA générative : le risque de l’atrophie cognitive. Un article scientifique de la revue de l’institut polytechnique de Paris, écrit en juillet 2025 sur une étude réalisée par des chercheurs du Massachusetts ( MIT) sur 4 mois, impliquant 54 participants où la charge cognitive pertinente ( cad l’effort intellectuel nécessaire pour transformer une information en connaissance) a chuté de 32% ( ondes cérébrales divisées par 2) et 83% des utilisateurs de la IA étaient incapables de se souvenir d’un passage qu’ils venaient d’écrire. 

[2] La plasticité cérébrale – Fondation pour la Recherche sur le Cerveau. Daniel Tricot, ancien administrateur de la Fondation pour la Recherche sur le Cerveau.

[3] Inspiré du poème de William Henley, Je suis le capitaine de mon âme. Poème cité par Nelson Mandela dans le film Invictus. 

Le poids des mots et des silences

Je t’aime
– Je te déteste
Tu es doué(e)
– Tu es nul(le)
Tu iras loin
– Tu es un(e) incapable
Je t’accompagne ?
– Débrouille-toi !
Je te comprends
– Tu exagères
J’ai confiance en toi
– Je préfère m’en occuper
Je te crois
– Tu mens
Ça me touche
– Je m’en fiche
Félicitations !
– Il n’y a pas de quoi t’envoler…

Voici un échantillon des paroles qui traversent nos vies : des fragments d’âme jetés dans l’air, des éclats de pensée cherchant à se faire entendre.
Parfois, elles s’accompagnent de joie et de sourires. Parfois, c’est le silence qui recueille leur résonance, suspendant le temps entre ce qui se dit et ce qui se tait.

Les mots sont des instruments ambivalents. Ils peuvent enchaîner ou libérer, blesser ou guérir, cacher ou révéler, éclairer ou tromper. Une phrase mal choisie peut peser plus lourd qu’une action, et une parole sincère peut changer tout un monde.

L’être humain est fondamentalement un être parlant. Le langage ne sert pas seulement à communiquer : il fonde la conscience, façonne la perception du réel, tisse le lien avec les autres. Parler n’est donc jamais neutre : c’est toujours un acte d’être.

Le silence, lui aussi, est porteur de sens. Se taire n’est jamais un simple vide : c’est un choix, une décision d’écouter, d’attendre, de protéger, ou parfois de fuir. Dans certaines circonstances, le silence est un refuge ; dans d’autres, il devient complice de l’injustice. Même l’absence de mots parle — parfois plus fort que toutes les paroles.

Ainsi, parole et silence sont deux gestes qui façonnent le monde. Entre eux, la vie se joue. Le silence peut préparer la parole juste, ou enfermer l’autre dans sa solitude. Les mots peuvent bâtir ou détruire, sauver ou condamner. La sagesse consiste à trouver l’équilibre : parler lorsque la parole élève, se taire lorsque le silence protège.

Martin Luther King nous rappelle : « À la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis. »

Cette citation nous invite à oser parler pour défendre, soutenir et consoler.
Elle rappelle que nos relations se construisent autant sur ce que nous disons que sur ce que nous taisons. Il a également prononcé ces mots célèbres :
« I have a dream ». Sa parole a donné de l’espoir et réchauffé le cœur de tous ceux qui subissaient la ségrégation aux États-Unis dans les années 1950 et 1960. Ces mots n’étaient pas seulement une expression de rêve, mais un acte de courage et de foi, capable de mobiliser, d’unir et d’inspirer tout un peuple à lutter pour la justice et l’égalité.

Marshall Rosenberg, quant à lui, a intitulé un de ses ouvrages phare de la Communication Non-violente : « Les mots sont des fenêtres, ou bien ils sont des murs. »
Il nous invite à méditer sur les mots doux qui ouvrent des fenêtres dans la communication car ils permettent de comprendre, de se rapprocher, d’exprimer ses émotions ou d’apaiser un conflit. Et à l’inverse, les mots durs dressent des murs car ils bloquent, isolent et créent des barrières entre les personnes.

Chaque mot offert et chaque silence conservé laissent une empreinte dans le monde. Ils révèlent la profondeur de notre cœur, la lumière ou l’ombre qui nous habite. Faut-il préférer les mots ou le silence ? Les deux se répondent. L’un donne sens à l’autre. Le silence peut révéler ce que les mots ne peuvent dire, tout comme les mots peuvent libérer ce que le silence retenait depuis trop longtemps.

Allah le tout Miséricordieux le Très Miséricordieux, dit dans le Coran –
sourate 17, Al-Isra, verset 53 :
وَقُل لِّعِبَادِى يَقُولُوا۟ ٱلَّتِى هِىَ أَحْسَنُ إِنَّ ٱلشَّيْطَٰنَ يَنزَغُ بَيْنَهُمْ إِنَّ ٱلشَّيْطَٰنَ كَانَ لِلْإِنسَٰنِ عَدُوًّا مُّبِينًا

« Dis à Mes serviteurs de se traiter de la meilleure manière possible, car le diable essaiera toujours de les diviser. Sûrement, le diable est le plus ardent ennemi de l’homme. »
Le Coran met l’accent sur la parole bienveillante, respectueuse et équilibrée, qui ne blesse pas et ne provoque pas de disputes inutiles.

Le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) est un exemple parfait de l’usage bienveillant des mots. Sa parole était douce, mesurée et porteuse de sagesse. Il enseignait que même un simple sourire pouvait être une forme de charité et que la parole devait être guidée par la bienveillance et la justice.
Il disait :
قال رسول الله ﷺ : ‏ ‏من كان يؤمن بالله واليوم الآخر، فليقل خيرًا، أو ليصمت‏‏

« Celui qui croit en Allah et au Jour dernier, qu’il parle du bien ou qu’il se taise.»
Cette guidance montre que les mots peuvent construire des ponts, apaiser les cœurs, encourager et réconforter. Parler avec douceur et retenue n’est pas seulement un acte moral : c’est une manière d’élever le monde autour de soi.

Quant à l’imam Ali ibn Abi Talib (que la paix soit sur lui) nous rappelle, dans un hadith, le jihad quotidien que nous devons mener contre la parole :
إذا تَكَلَّمْتَ بِالكَلِمَةِ مَلَكَتْكَ، وإذا أمْسَكْتَها مَلَكْتَها۔

« Quand tu prononces un mot, il te domine ; et quand tu le retiens, tu le maîtrises.»
Chaque mot a un effet : soit nous en sommes les maîtres, soit nous en devenons les esclaves. Il invite à la conscience, à la retenue et à la maîtrise de ce que nous prononçons.

Le juste milieu consiste à trouver l’équilibre entre parole et silence, entre parler et se taire, pour que nos paroles nous élèvent dans la fraternité et que nos silences apaisent l’humanité.

Ya Allah,
Aide-nous à parler avec douceur et justice,
à écouter avant de répondre,
et à nous taire lorsque le silence est plus sage que la parole.
Allahouma amin

E.F.

L’Alhambra, la magnificence d’un joyau

Construite à une période où la civilisation arabo-musulmane amorce son déclin, elle se présente comme le témoignage d’une histoire qui se raconte, mais aussi comme un signe éternel  du savoir-faire des artisans, ingénieurs et architectes musulmans. L’art andalou s’exprime avec brillance, complexité et délicatesse. La trace secrète de celle et de ceux qui firent de cet édifice un espoir, une synthèse, un testament, le point de repère d’un illustre héritage…

Elle traverse les âges comme une brise silencieuse portant le parfum de la présence divine. 

Quel nom donner à cette envoutante silhouette dont les contours féminins exprime la rencontre avec la sensualité, l’élégance et la douceur ?

Tel un joyau déposé sur son écrin, l’Alhambra n’est pas un édifice religieux, mais un palais royal où la foi se conjugue avec la beauté et l’harmonie des formes. Son nom donne à cette réalité, un moment de grâce d’une belle promise à ranimer ceux qui en traverse ses cours et ses jardins. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle cherche à éveiller dans le silence de ses salles une prière, comme un lien qui unit l’Homme à Dieu. Sa richesse vient de cette diversité calligraphique et poétique, de ces murs où la lettre tisse les mots comme des roses, sublimant chaque recoin du sol au plafond. Un extérieur sobre mais un intérieur riche d’une beauté mystique à l’image d’un cœur de croyant. 

« Au fil des murs qui se déroulent comme des pages d’un manuscrit, vers de poètes andalous, références pieuses, inscriptions à la gloire de la dynastie se succèdent en motifs calligraphiques et géométriques finement sculptés dans le bois et le marbre sur fond de mosaïques de pièces de céramique délicatement travaillées. »[1]

L’Alhambra n’est pas un monument figé, en dehors de l’espace et du temps. Ces courbes représentent une manière d’être, un langage révélant une architecture arabo-islamique en mouvement, un jeu d’ombre et de lumière qui prend forme dans les mots. A chaque heure sa couleur, à chaque profil ses ombres, ses voûtes où traverse la lumière de l’aube, du midi, du crépuscule, de la lune et des étoiles qui participent au mouvement cosmique. Un instant d’éternité vécu…. 

Dans son langage de pierre, elle révèle le message spirituel d’une sublime culture. Par le silence, les présences invisibles suggèrent une manière d’exister, d’aimer, de penser et d’agir au-delà de soi-même.

Dieu est présent partout dans l’Alhambra, mais plus encore, dans l’enchantement des patios et des chambres, dans le chant des eaux ruisselant des vasques de marbre, où les fontaines parlent une langue que la langue humaine ne peut contenir. Dans ce miroitement apaisant, la féerie du patio des lions témoigne de la promesse du Paradis où les 4 fleuves circulent comme une révélation douce pour éclairer les cœurs éteints.

L’émanation subtile de la Sagesse divine à travers la beauté de la langue arabe transperce les âmes par la vibration du sens. Celui qui lit avec le cœur ressent ce que le poète a vécu. Ainsi, la poésie devient le voile et la lumière à la fois. Elle n’appartient pas à celui qui l’écrit mais à celui qui s’en inspire. Le Livre Saint en est la source. Ces murs et ses plafonds regorgent de son langage : l’alliance entre la perfection de la Parole et la puissance du message. 

Le cœur de l’Alhambra bat au rythme d’un seul mot : l’Unicité de Dieu. Tout y converge, tout en émane, rien n’existe en dehors de Lui, tout ce qui existe Le manifeste. Dans l’alignement du jet d’eau et de sa retombée, de la branche courbée par le poids de ses fleurs, les oasis vertes s’épanouissent en espace clos, respectant ses ressources naturelles qui les servent.

L ’Alhambra est un signe annonciateur de la bonne nouvelle : un autre monde est possible. L’avenir, comme tous les gouffres, nous donne le vertige ; mais l’Alhambra, elle, nous appelle à une lente et profonde méditation où le cœur bienheureux reçoit à chaque battement un rappel : là où la foi s’élève, l’amour y respire.

La visiter, c’est vivre une expérience intérieure…Telle est la mélodie de l’eau, qui murmure aux oreilles attentives la plus gracieuse des orchestrations : « A Allah Seul toute victoire »[2]

Najoua


[1] Le roman des Andalous, de ‘Issâ Meyer. Editions Ribât 2021-p.495

[2] Omniprésente, la devise nasride joue un rôle primordial, à la fois visuel, spatial et sémantique dans l’architecture de l’Alhambra. Pour en savoir plus, un documentaire « Lire l’Alhambra » ( sur le net) ainsi que son guide visuel du monument de José Miguel Puerta Vilchez ( librairie)

Crise identitaire. Exil et résilience au pays des cendres

« Qui suis-je ? Mais qui suis-je ? » — se demande-t-elle encore.
1917 – 1920
Dates de la trahison,
Dates de la colonisation,
Par une transaction déloyale,
Entre gouvernances immorales.
Sur la Déclaration Balfour
Renifle les vautours
Lancement du mandat britannique,
Elle n’y voit que manigances cyniques.
Elle découvre les ravages de ces sombres alliances,
Dans l’injustice abyssale et la décadence.

Les accords se sont faits sans les propriétaires,
Pour nourrir la prospérité de leurs adversaires :
Brigands et pillards au pays des oliviers,
Se sustentant de la Palestine et de ses biens privés.
Au milieu du bruit, des ruines et des morts,
Le silence de la honte ronge notre sort.
« Qui suis-je ? »
« Qui suis-je ? » répéta-t-elle.
Dans ce monde de colère,
Dans ce monde de haine.

Peut-être que ces meurtriers n’ont plus d’âme,
Puisqu’ils tuent des enfants et brisent leur flamme.
Les mots lui manquent face aux exilés,
Le silence la consume face aux fusillés.
Le monde regarde ce mouroir sur leur écran,
Pendant que Gaza enterre ses descendants.
Peut-être que le diable a trouvé ses frères,
Dans ces consciences mortes, habillées de lumière.

« Au secours ! » s’écrie-t-elle : « Sauvez la justice ! »
Mais ses mots de détresse s’effacent sans artifice.
Pendant que l’ONU débat loin de l’horreur,
Les explosions des bombes imposent la terreur.
L’odeur de la mort sous les gravats se devine,
La faim assassine et la peur opprime.
Elle pensait vivre un temps d’exception,
Mais ce n’est qu’une nouvelle abomination.

1948, la Nakba s’invite,
Le silence de la honte humilient les complices.
Paix et justice ne sont-ils plus que des mirages,
Perdus dans la poussière de ce vieux carnage ?
Comment tolérer qu’à quelques kilomètres à peine,
Certains rient au soleil, d’autres hurlent leur peine ?
Comment rester sereine dans cet accablant effroi,
Quand le monde chancelle et renie ses propres lois ?

Pendant qu’à Gaza, le ciel s’embrase,
Les survivants au cœur vivant deviennent esclaves
Et même s’ils restent debout avec dignité
Elle cherche inlassablement un sens à cette humanité.

Nous sommes tous témoins, dit-elle, que les cartes ont changé,
Nous sommes tous témoins, dit-elle, de ces crimes orchestrés.
Et même si à présent certaines ethnies s’éteignent,
Les siècles ne cesseront de murmurer ce qu’elles enseignent.
Alors l’Histoire saigne,
Mais la Palestine règne.

Alors elle se confie à son Seigneur pour mieux respirer :
« Qui suis-je ? » murmure-t-elle.
« Qui suis-je dans ce chaos de façade ?
Une ombre lucide, ou une conscience malade ?
J’observe les masques et les faux-semblants,
Les regards fiers et les cœurs absents.
Suis-je ce que je défends, ou ce que j’espère ?
Suis-je une étincelle d’action, ou une ombre éphémère ?
Je ne suis qu’une âme qui médite sur ceux que l’on détruit,
Une voix qui se tient debout au milieu des cris.
Je contemple la résilience de ce peuple de foi,
Je reconnais ma faiblesse et retrouve ma voie.
Ô Toi qui tiens les mondes dans Tes mains infinies,
Je place en Toi ma foi pour ce grand défi.
Tu es notre Garant, notre Éternel Présent,
C’est en Toi que mon espoir demeurera vivant. »

E.F.

Au-delà des apparences

Les apparences séduisent et rassurent, mais elles ne sont bien souvent que le reflet de nos propres projections. Se fier à elles, c’est oublier que, derrière chaque visage humain, se cache un monde intérieur que l’œil et le cœur ignore. Chaque expression, chaque mouvement, chaque posture, chaque vêtement n’est qu’un fragment d’une existence secrète et intime. Pourtant, le regard humain, emporté par l’émotion et le besoin de classer, s’empresse de juger : il étiquette, déduit et conclut à partir de ses expériences, de ses valeurs, et souvent de ses peurs. Ainsi, l’apparence n’est plus qu’une scène imaginaire où chacun projette ses propres fables.

Le philosophe allemand Arthur Schopenhauer écrivait dans Le Monde comme volonté et comme représentation : « Le monde est ma représentation. » Il entendait par là que tout ce que nous connaissons du monde nous vient par nos perceptions et par notre esprit. Il ne s’agit pas de nier l’existence d’une réalité extérieure, mais de reconnaître que cette réalité ne nous apparaît qu’à travers la forme de notre représentation.

De la même manière, lorsque nous regardons autrui dans les premiers instants, nous ne percevons pas son être intérieur : ses intentions, son vécu, son caractère profond, ses qualités ou ses défauts. Ce n’est qu’avec le temps que se fissure l’apparence et que l’invisible se laisse entrevoir. Dès lors, la question se pose du bien-fondé de nos jugements et des stéréotypes que nous entretenons, persuadés de comprendre l’autre au premier regard.

Allah soubhanahou wa ta‘ala nous rappelle dans le coran que juger autrui sans connaissance exacte est blâmable : « Ô vous qui croyez ! Évitez de trop conjecturer ; car une partie des conjectures est péché… » (sourate 49 Les appartements – verset 12). Il nous rappelle également que la véritable noblesse ne réside ni dans l’apparence, ni dans le statut, mais dans la piété et la sincérité du cœur (sourate 49 – Les appartements -verset 13). Et Allah sait parfaitement ce que nous dissimulons et ce que nous divulguons (sourate 6 – Les bestiaux – verset 73).

Si notre Créateur nous rappelle que nos yeux seuls ne suffisent pas pour connaître autrui à sa juste valeur, pourquoi ne pas exercer cette sagesse en domptant notre nafs plutôt qu’en nous inventant des histoires ? Cette réflexion méditative nous invite à aborder la vie avec humilité et bienveillance pour Allah et Ses créatures, à interagir avec un sourire sincère, et à cultiver la maîtrise de notre voix intérieure lorsqu’elle obscurcit la clarté de notre esprit. Car cette petite voix vacillante et impulsive use notre temps et notre énergie, et condamnent notre semblable avant même d’avoir échangé un mot, observé sa véritable nature ou éprouvé la moindre empathie à son égard. Quant à celles et ceux que notre nafs nous incite à écarter ou à juger hâtivement, il nous revient de suspendre notre jugement et d’apprendre à les connaître.

La condition humaine est imparfaite par essence, et c’est dans la reconnaissance de cette imperfection partagée que se tisse la possibilité d’une véritable solidarité. À travers un sourire, une main tendue, un cœur pieux et une intention sincère pour Allah ‘azza wa djal, nous pouvons favoriser l’élévation de chacun, en dépassant les apparences et les jugements hâtifs pour atteindre la profondeur de l’âme humaine. Ainsi, l’éthique islamique nous enseigne que chaque rencontre est plus qu’un échange : c’est une épreuve et un don.
Une épreuve, car elle teste nos réactions et nos jugements ; un don, car elle nous donne l’occasion de progresser en humilité, en bienveillance, en patience et en sagesse, en marchant dans la lumière de notre foi.

Ya Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, éclaire nos cœurs de la lumière de la compréhension, fais de nos rencontres des sources de patience et de sagesse, purifie nos intentions, apaise notre nafs, et fais que chaque être croisé devienne un miroir de ton infinie miséricorde. Guide-nous sur le chemin de l’humilité, de la bienveillance et de la foi véritable.

E.F.

Génération Z 212

Un vent de révolution populaire souffle sur le Royaume Chérifien, après le Népal, les Philippines ou le Sri Lanka, plus rien ne semble aujourd’hui épargné le Maroc de la révolte du mouvement « Gen Z », qui embrase le pays.

Qui est la génération Z ?

Nés entre 1997 et 2012, ces jeunes se soulèvent un peu partout dans le monde afin de revendiquer davantage de droits sociaux, d’accès aux soins et à la scolarité. Dans les pays asiatiques, entre 1990 et 2010, la jeunesse est sortie dans les rues pour détrôner les élites politiques corrompues.

En septembre 2025, c’est au tour du Népal, suivi des Philippines et dernièrement à Madagascar et au Maroc. Cette vague de colère porte les mêmes revendications de justice sociale avec une diffusion numérique via les réseaux sociaux.

Le Collectif de jeunes marocain « Gen Z 212 »

« 212 », en clin d’œil pour le préfixe téléphonique du pays, ce mouvement de jeunesse sans affiliation politique s’est organisé sur le réseau « discord ». Il revendique « un espace de discussion » sur des questions comme «la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption ». Il affirme agir par « amour de la patrie et du roi », dans un pays où les inégalités sociales sont autant publiques que privées sur l’ensemble du territoire. « Nous demandons la dissolution du gouvernement actuel pour son échec à protéger les droits constitutionnels des Marocains et à répondre à leurs revendications sociales », a déclaré Gen Z 212 dans un communiqué adressé au roi du Maroc, Mohammed VI.

Agadir :  décès successif de plusieurs femmes admises pour césariennes

Mi-septembre dans plusieurs villes, des manifestations sociales ont eu lieu après le décès à l’hôpital public d’Agadir de huit femmes enceintes admises pour césariennes en l’espace d’un mois. La population est sous le choc, elle exprime son désarroi face à des soins de santé qui ne sont pas à la hauteur d’un pays tel que le Maroc.

La Coupe d’Afrique et la Coupe du monde, l’étincelle qui met le feu au poudre…

Le Maroc a mis tout mis en œuvre pour le développement de nouvelles infrastructures (stades flambants neufs, modernisation des de plusieurs aéroports,) afin d’accueillir la future coupe d’Afrique et la Co-organisation de la Coupe Du Monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. La jeunesse est interpellée : « Nous voulons des hôpitaux pas seulement des stades » ont répété des jeunes à Rabat lors des rassemblements, ceci étant devenu presque le slogan depuis le début de la mobilisation. Plusieurs villes se sont soulevés au départ pacifiquement comme Casablanca et Agadir, tenant toutes le même discours.  

Après une semaine de manifestation,  le début de l’escalade

Les manifestations, qui ne sont pas interdites au Maroc, doivent néanmoins faire l’objet d’une permission et être encadré par un syndicat. Ce qui ne fut pas le cas des manifestions de revendication de « GEN Z212 ». Depuis le début de cette vague, les chiffres officiels parlent de 400 arrestations et 3 morts à déplorer. Les manifestions pacifiques font place à des scènes plus violentes de casses et heurs, les tensions sont profondes et aucune accalmie ne se projette à l’horizon.

Comme un sentiment de déjà vu, Le printemps arabe 2011

En décembre 2010, de nombreuses contestations sont nées dans de nombreux pays arabes. Cette expression de « Printemps arabe » fait référence au « Printemps des peuples » de 1848 auquel il a été comparé, tout comme le Printemps de Prague en 1968. Dans ces mouvements de révolutions, les réseaux sociaux (facebook, twitter,..) ont joué un rôle important.

On retiendra comme élément déclencheur la révolution tunisienne qui fera quitter Ben Ali Zine el Abidine du pouvoir. D’autres peuples arabes suivront, notamment la révolution égyptienne avec la démission de Hosni Mobarak et la guerre civile en Lybie entre les forces fidèles au régime de Kadhafi et les insurgés soutenus par l’ONU. En Syrie, la répression exercée par le régime de Bachar el-Assad causait alors des milliers de morts…

Pendant toute l’année 2011, quasi la totalité des États arabes connaissent des mouvements de contestations plus ou moins importants. Au niveau mondial, le bouleversement de cette région est suivi avec un intérêt tout particulier du fait des enjeux pétroliers.

Les principales causes et revendications de ce printemps arabe présentent des similitudes et des différences avec le mouvement GEN Z 212, il a une forte dimension sociale et dénonçait le manque de libertés individuelles et publiques, la corruption, le chômage, la misère, le coût de la vie élevé ainsi qu’un besoin de démocratie. Cette vague révolutionnaire est comparée à divers moments historiques, comme le Printemps des peuples de 1848, la chute du rideau de fer en 1989 ou encore le Risorgimento italien. 

La révolution du Rif, prémices du cri du peuple marocain

En octobre 2016, Mouhcine Fikri décède après être littéralement broyé dans une benne à ordure suite à la confiscation de sa marchandise de poisson par la police dans la ville d’Al Hoceima dans le Rif marocain. La région du Rif sera alors le théâtre de manifestations ininterrompues pendant plus de 10 mois, le mouvement du Hirak naît afin de dénoncer la corruption et la marginalisation économique et sociale du Nord Est du Maroc, largement diffusée sur le réseau social Facebook live. 

En avril 2019, une quarantaine de manifestants sont condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison pour le leader du mouvement Nacer Zefzafi. Contrairement au mouvement GENZ 212 , le Hirak ne cible pas une tranche d’âge de la population ni une région, mais ont en commun pour revendications plus d’équité sociale, d’accessibilité aux soins et  l’enseignement pour tous et  ainsi que l’arrêt de la corruption.

L’islam et la réforme 

« Certes Allah ne modifie pas l’état d’un peuple tant que les individus qui le composent ne changent pas d’eux-mêmes ce qu’il y a en eux ». sourate Ar Ra’d n°13 verset 11.

D’après Malik Ibn Dinar, Al Hassan Al Basri a dit : « Certes Al Hajjaj (1) est une punition d’Allah. N’accueillez pas la punition d’Allah avec l’épée (2) mais plutôt avec le repentir, la supplication et la soumission. Repentez-vous et vous serez débarrassé de lui ». (Rapporté par Ibn Abi Dounia dans Kitab Al ‘Ouqoubat 
L’islam et l’éthique 

L’islam a établi un code moral pour les interactions sociales qui doivent être fondées sur les valeurs de vérité, de confiance, de justice, de bienfaisance et de miséricorde. Il n’y a donc pas de dissociation entre l’éthique, la politique, l’économie.  Ainsi la vie en société et la gestion politique sont fondés sur le socle commun de la croyance au Tawhid basé sur le Coran et la Sunna. Citoyens et dirigeants y retrouvent tous les aspects de la vie afin de mettre en application des lois équitables et les bases pour vivre dans une société juste et égalitaire.

 « Dieu commande la justice, la vertu et la bienveillance envers ses proches. Il interdit toute forme d’immoralité, de méchanceté et de transgressionIl vous avertit afin que vous soyez attentifs ».  sourate 16 verset 90 . 

Le prophète Sws un modèle pour les dirigeants

véritable dirigeant juste, empli de compassion et de miséricorde, il a fait preuve de patience  dans son rôle important de diffusion du message. Il est un modèle de miséricorde et de bonté et de justice par excellence. Sa sunna et sa sira doivent inspirer chacun d’entre nous pour atteindre le meilleur des comportements.

« Il a été tout à la fois révélateur d’une religion, organisateur d’un peuple, le fondateur d’un empire, qui a subjugué avec une rapidité merveilleuse une immense partie de la terre. Sans parler du poète, il a été tout ensemble prophète, législateur et conquérant. Dans les annales humaines, il est le seul à avoir revêtu ces trois caractères éminents » Barthélémy Saint Hilaire

Autre modèle d’inspiration, le Calife Omar Ibn Khattab

 Surnommé Al Farouq : celui qui distingue le bien du mal, Omar Ibn Khattab était un dirigeant juste. Il a instauré le système des allocations familiales avant même que celles-ci n’existent dans notre société occidentale. Il administrait les biens du trésor public de manière minutieuse, il les redistribuait avec justice, contrôlait personnellement le travail de ses gouverneurs et les limogeait sans hésitation s’ils fautaient ou manquaient à leurs obligations

Pour conclure

Le Maroc est un pays en plein essor économique et doit faire face à de nombreux défis pour lutter contre les inégalités sociales et en matière de santé. Il doit investir dans l’éducation et la jeunesse, futurs adultes afin d’avoir un pays qui rencontrent toutes ses ambitions.

L’islam est la seule religion à bénéficier d’un statut institutionnel officiel dans la constitution marocaine, le roi du Maroc, ayant le titre de Commandeur des croyants, est le garant du libre exercice des cultes et veille au respect de l’Islam. Les concepts de la religion islamique sont des ressources et des bases pour construire une société juste et équilibrée et afin de relever les défis et enjeux de demain tant pour les dirigeants que pour le peuple.

La Gen Z 212 met la monarchie face à un défi inédit : répondre à des demandes sociales et politiques radicales sans fragiliser son propre rôle de dirigeant.

Trois directions possibles :

  • Soit la réforme avec une restructuration et des mesures sociales urgentes avec des moyens de contrôles en toute transparence.
  • Soit un durcissement sécuritaire avec des annonces politiques aboutissant à un apaisement provisoire.
  • Ou une structuration politique du mouvement genZ qui deviendrait un acteur politique afin de bousculer l’équilibre partisan

Le pays ne pourra pas se relever de cette révolte sans écouter ces cris du cœur. 

Je finirais par ces citations : 

« Une émeute est le langage de ceux qui ne sont pas entendus » Martin Luther King

« Ce n’est pas seulement par la force des choses que s’accomplira la révolution sociale, c’est par la force des hommes, par l’énergie des consciences et des volontés » Jean Jaures

J.K.

Quand la nature humaine s’efface derrière les écrans

Contempler le monde avec sagesse

Mon cœur éveillé examine le monde. Chaque souffle que je prends, chaque son que j’écoute, chaque rencontre que je vis devient une expérience précieuse à mon évolution. Dans ce monde multiple, chaque élément et chaque être conservent leur singularité ; et c’est dans cette singularité que réside la richesse du vivant. Je contemple la métamorphose du monde, même lorsque la nature se raréfie au milieu des villes. Je ressens les saisons et leur influence subtile sur les êtres. Je contemple la perfection du cycle de la vie. J’admire la création des cieux et de la terre, des vents et des mers. Je m’émerveille des aurores et des couchers de soleil, de la lune et des étoiles qui illuminent la nuit. La nature détient des trésors qu’aucune invention ne peut imiter ni dépasser.

Regard sur la nature et le progrès

À l’aube des innovations technologiques et numériques, nous redéfinissons notre rapport au monde et à nous-mêmes. Tandis que le monde applaudit les progrès du numérique, je demeure fascinée par la puissance cognitive et créative des hommes. Avant d’innover, ces êtres intelligents commencent toujours par observer attentivement le monde, en percevant ses forces, ses faiblesses, ses besoins et ses opportunités. Leur curiosité, sans cesse renouvelée, les pousse à explorer l’inconnu. Ils analysent les phénomènes, réfléchissent et imaginent des solutions inédites. Peu à peu, ces idées se transforment en innovations, en découvertes, en progrès qui transforment notre réalité. Certes, les découvertes technologiques sont remarquables, mais le processus même de l’innovation par l’homme l’est encore davantage.
L’homme est un miracle vivant, créé par Allah soubhana wa ta’ala : son anatomie, sa physiologie, ses interactions biochimiques invisibles et continues, ses systèmes vitaux ainsi que sa capacité exceptionnelle à naître, croître, se réparer, s’adapter et fonctionner reposent sur une organisation biologique d’une précision extraordinaire. Chaque cellule de notre corps est programmée pour un rôle précis et se renouvelle afin de nous maintenir en vie sans que nous levions le petit doigt. À cela s’ajoutent toutes les dispositions cognitives et sensorielles qui façonnent notre perception, notre pensée et notre comportement. Allâhou akbar, que de bienfaits sublimes !

La nature première des hommes

Depuis l’aube de l’humanité, les hommes luttent pour survivre, s’appuyant sur des compétences essentielles, telles que se protéger, se nourrir, s’hydrater, repérer les ressources et les dangers, s’orienter, respecter les équilibres écologiques et prodiguer des soins de base, tout en s’adaptant aux conditions du milieu et aux imprévus. La transmission de ces expériences de survie de génération en génération leur permettait de mieux comprendre leur environnement tout en tissant des liens sociaux. Ce processus d’apprentissage collectif renforçait la cohésion du groupe, car il reposait sur l’entraide et la communication. Ainsi, en même temps qu’ils acquéraient des compétences vitales, les individus développaient des liens sociaux solides et indispensables à la survie et à la prospérité de l’humanité.

Le prix caché du progrès

En 2025, notre mode de vie a profondément changé : nous avons gagné en technologie et en confort, mais perdu en interactions sociales. Nous avons progressivement laissé s’effacer les savoirs liés au monde naturel, pour nous tourner vers des activités secondaires de divertissement, comme celles du numérique — réseaux sociaux, jeux vidéo ou streaming.
Inutile de citer des chiffres pour attester que les écrans fragilisent nos esprits et nos liens. Les signes sont déjà visibles dans nos vies, dans nos proches, dans les conversations qui s’éteignent et les silences qui s’allongent. Nous sommes déjà témoins des dégâts que provoque ce monde hyperconnecté. Ces distractions agissent comme un voile invisible qui capte notre attention, nous éloignant du moment présent, de nos devoirs et de nos interactions réelles, nous faisant dériver dans un courant incessant d’informations et de stimulations artificielles. Cette distraction délétère engendre l’isolement progressif des hommes, fragilise le tissu social et détériore peu à peu la qualité des relations humaines. La technologie n’est un véritable progrès que si les savoirs fondamentaux sont transmis et les liens sociaux préservés.

Reconnaître les dérives pour retrouver l’équilibre

L’homme est incontestablement un être bio-psycho-socio-culturel. Ce n’est qu’en interagissant avec son environnement et avec ses semblables qu’il pourra évoluer, grandir et se construire pleinement. Les neurosciences confirment que notre cerveau doit être stimulé tout au long de la vie. La neuroplasticité, cette capacité du cerveau à se remodeler et à créer de nouveaux chemins, s’épanouit grâce aux activités physiques, intellectuelles et sociales. Marcher, lire, apprendre, peindre ou jouer stimulent l’esprit, tandis qu’échanger, débattre et collaborer élargissent notre regard et affinent notre intelligence. À l’inverse, l’absence de ces stimulations entraîne un déclin cognitif et l’affaiblissement progressif du tissu social. Ce constat nous pousse à nous arrêter et à réfléchir au devenir de l’humanité. Ce monde nouveau, fascinant et complexe, nous confronte à nos choix, à nos responsabilités et à notre relation à la vie.

Renouer avec notre nature première

Renouons avec notre équilibre vital, en cultivant le mouvement, la curiosité, la créativité et les liens humains. Prenons le temps de vivre ensemble, de nous observer et de nous comprendre ; discutons, nourrissons notre esprit, marchons, courons et vivons pleinement. Osons des expériences nouvelles pour maintenir notre esprit dans le monde des vivants, car notre véritable devoir est de préserver ce miracle qu’est l’humanité. Continuons d’affronter nos défis, de partager nos joies, nos peurs et nos tristesses. Souvenons-nous enfin que la technologie doit rester un outil au service de l’homme, et non un instrument qui le dénature.

E.F.

Santé, quand tu t’en vas

La santé est de loin – de très loin même – un des éléments les plus importants de la vie. On peut être riche comme Crésus, être marié à une perle rare, avoir des enfants exemplaires, habiter une villa de rêve, exercer un métier dans lequel on se sent épanoui, … mais si on n’a pas la santé, à quoi bon toutes ces choses? Comment en profiter pleinement si un problème de santé survient inopinément, nous affaiblissant et nous isolant ?

Il y a quelques années, je suis tombée malade et, j’aurais pu – si telle avait été la volonté d’Allah ﷻ ne plus être là aujourd’hui, assise devant mon écran d’ordinateur à partager avec vous ma douloureuse expérience.

Je ne me suis jamais sentie aussi seule que face à la maladie. Mon époux, mes enfants, ma nombreuse famille, rien ne parvenait à combler ce vide profond. C’est naturel, au fil du temps, la vie reprend ses droits. Les proches tourne la page … mais le malade, lui, porte sa souffrance jour après jour. Désormais, elle fait partie de lui.

Allongée sur le canapé face à la fenêtre, je scrutais le ciel à la recherche d’un signe. Lequel ? Je ne sais pas vraiment … Peut-être un message d’Allah ﷻ qui me dirait : « Ne t’inquiète pas, tu vas guérir, tu vas t’en sortir ! Je suis là, je ne t’abandonnerai pas.» Un rayon de soleil, un nuage à la forme insolite, tout était pour moi signe d’espoir en des jours plus doux.

J’aimerais, pour un bref instant de bonheur, de joie, oublier le mal qui m’avait touchée. Je voudrais fermer les yeux et me réveiller dans quelques mois quand la maladie aura disparu.

Pourquoi ai-je été aussi négligente avec ma santé ? Pourquoi m’être oubliée ? Certes, j’avais des responsabilités envers les miens mais penser un peu à soi n’est pas un crime. Non, ce n’est pas un crime : c’est vital !

Pour la première fois, je prends conscience que c’est lorsque cette santé si précieuse vient à décliner que l’on réalise à quelle point elle est essentielle.

Je ne suis pas une superwoman. Je ne peux pas être à dix endroits à la fois, je n’ai que deux mains. Dès lors, pourquoi me mettre autant de pression ? Pourquoi vouloir être sur tous les fronts ? En tant que femme, épouse, mère, sœur, fille, je fais ce que je peux. A l’impossible, nul n’est tenu alors pourquoi me culpabiliser si, parfois, je n’y arrive pas ? Quoi que je fasse, je n’atteindrai jamais cette perfection qui, de toute façon, n’existe pas.

Désormais, j’apprends à accepter mes limites, à m’accorder du temps – un autre précieux trésor.

Enfin, je commence à comprendre que prendre soin de soi n’est pas de l’égoïsme mais une absolue nécessité. Si je suis bien dans mon corps et dans ma tête, mes proches auront tout à y gagner.

Quand un mal vient à me toucher, il y a, sans aucun doute, une raison dont seul Allah ﷻ a l’omniscience. Au lieu de me morfondre, de désespérer, je profite de ce moment de faiblesse pour méditer sur ma vie. Cette épreuve n’est pas là par hasard, d’une manière ou d’une autre, elle va me permettre de me réformer – si besoin est -, à m’élever spirituellement et, plus important, me rapprocher de mon Créateur.

L’épreuve passée, je n’oublie surtout pas de remercier Allah ﷻ de m’offrir l’opportunité de revenir à Lui, de devenir une meilleure version de moi-même. Je le supplie de pardonner mes nombreux manquements, mes fautes. Je lui quémande de préserver ma santé.ﷻ

Chaque jour qui se lève est une grâce d’Allah. Pour chaque souffle, chaque bouchée de pain, chaque gorgée d’eau, chaque mot qui nait de ma plume, chaque phrase qui nourrit mon esprit, je suis emplie de gratitude.

Mon heure n’a pas encore sonné et – malgré quelques bobos de temps en temps – je suis là, en bonne santé, alhamdoulillah. J’ai revu mes exigences à la baisse et fait le tri dans mes priorités. Mon habitation ne ressemble pas à une maison témoin, parfois, les vêtements à repasser débordent de la panière mais, est-ce vraiment important ?…

F.

Savourer le temps qui passe

Aujourd’hui, on a beaucoup de mal à être dans l’instant présent, à l’habiter. Pourquoi ?
Parce qu’on est impatient. Parce qu’on veut tout le temps être dans la prédiction, dans le contrôle.

La façon dont je conçois cette idée de temps qui passe façonne ma manière de le vivre. Face à cette puissance du temps, nous avons oublié une valeur bien nécessaire pour apprendre à le traverser dans l’apaisement : l’humilité.

La posture de l’humilité

Nous sommes dans une société qui nous pousse à contrôler ce temps, à rechercher la posture de la toute-puissance. Une sorte de possession avide d’avoir une mainmise sur tout. Puisqu’aujourd’hui, la vision sociétale nous rappelle à quel point l’être humain se suffit à lui-même. Et par plein de manières, que ce soit par la médecine pour rajeunir, que ce soit par le « transhumanisme » pour s’augmenter, que ce soit par le fait de pouvoir décider le jour, l’heure, le lieu et la manière de mourir. En clair, on veut pouvoir contrôler tout le processus « humain » de nos vies : contrôler notre corps, allonger notre temps pour vraiment en avoir la maîtrise jusqu’au bout.

Cette posture d’humilité face au temps qui passe nous apporte des choses intéressantes quand on s’y installe, quand on le regarde passer en quelque sorte. Est-ce une action passive de la fuite du temps ? C’est bien plus vertueux que cela, car il n’y a rien d’inerte dans ce temps, mais plutôt une dynamique.

La perspective de laisser le temps s’occuper de nous et d’arrêter de vouloir le remplir à tout prix apporte des choses palpitantes, attachantes : des moments de bien-être, des instants de méditation, des liens avec les autres, des revivifications des cœurs, des apaisements spirituels, des émotions agréables, des introspections utiles…

Mais, pour cela, la condition pour l’estimer reste la posture de l’humilité. Car, au fond, on ne peut pas tout provoquer, déclencher, projeter. Concrètement, on peut essayer de s’extraire du passé en provoquant une rupture avec ce qui vient d’arriver et ne pas songer à ce qui aura lieu, en déployant une énergie psychologique ou spirituelle ; car la réalité est qu’on ne peut jamais prévoir l’avenir.

Tout est-il vraiment éphémère ?

Vivre « carpe diem », c’est-à-dire vivre comme si nous étions immortels, est une forme de fuite en avant face au temps qui passe. On le voit aujourd’hui, à travers tout le divertissement qui nous est proposé. Fuir d’une certaine manière ce temps qui passe est une proposition très alléchante pour l’être humain qui a envie de fuir l’idée de la mort.

Pourtant, de temps en temps, on a besoin de repenser à cette notion de limite, de fin, de mort. Parce que cela peut être une façon d’évaluer la qualité de ce qu’on fait. Avoir conscience qu’on a un temps limité, que la mort existe, cela peut propulser en nous une réflexion sur le champ des possibles. Il est clair qu’on ne peut pas tous les prendre et tout explorer, mais on se dirige vers ce que nous estimons potentiel pour nous, pour notre vie.

On a une grande responsabilité par rapport au temps, le fait d’être mortel nous recentre sur le fait de faire des choix à un moment donné. C’est pourquoi la façon dont on va occuper notre temps va construire, ou pas, qui on va devenir. Et la manière dont on gère notre temps dépend du sens qu’on donne à la vie.

Faut-il rentabiliser le temps qui passe ?

Une chose est sûre : ne laissons pas voler notre temps parce que c’est un bien extrêmement précieux. On ne peut pas le rentabiliser à coup sûr et à tout moment, comme on ne peut pas tout le temps le contrôler, le compter, le grillager avec notre emploi du temps et nos activités.

La frénésie de tout capter

Pour ces moments de bonheur que l’on regarde déjà avec nostalgie parce que l’on sait qu’ils vont bientôt finir, nous avons trouvé une parade : on filme tout ou on photographie tout.

En effet, des millions de personnes prennent des photos lors d’événements, dans les rues, comme si on avait une frénésie de tout capturer, de tout figer. On s’interroge sur cette manière qu’on a de vouloir s’approprier le temps pour ne pas qu’il nous échappe. La photo ou la vidéo devient un dépôt de souvenirs afin d’absorber les scènes et de les garder « éternellement » : une sorte de contrôle sur le temps qui passe. Mais c’est un leurre de vouloir en abuser à tout moment, car nous mettons, en quelque sorte, un filtre qui nous déjoue de l’événement, qui met une certaine distance entre nous et nos émotions.

Finalement, reconnaître notre impuissance n’est que le seul moyen de vivre paisiblement le temps présent.

De plus, vieillir, en tout cas mûrir, grandir, se construire, c’est construire sa puissance. La vie, c’est aussi, de temps en temps, faire le deuil de sa puissance, d’un corps qu’on n’aura plus, de possibilités ou de potentialités qu’on ne peut plus honorer en vieillissant. Vieillir, c’est ça : se détacher de sa vie, de son narcissisme, de sa puissance pour accepter d’aimer la vie en général, la vie des autres et un peu moins la sienne et sa puissance.

En somme, organisons-nous pour savourer le temps qui passe !

Najoua

Vivre chaque jour comme si c’était le …premier

La rentrée est là !
Quand on parle de rentrée, on pense bien sûr à l’école. Cette année encore, elle nous rappelle à quel point le temps file à grande vitesse. Et voilà que nous nous interrogeons sur notre rapport à la temporalité.

En effet, une prise de conscience s’est peu à peu infiltrée dans mes pensées lors de la rentrée scolaire de mon enfant. Comme tout parent, très souvent, nous les accompagnons dans leurs futures classes ou établissements éducatifs. La cour de l’école se remplit rapidement et des bribes de conversations s’invitent à l’atmosphère d’une nouvelle année académique.

Habituellement, ces ambiances m’ont toujours plu, et c’est avec joie et plaisir que j’emmène mes enfants pour leurs débuts. Cependant, contre toute attente, je me surprends à me décentrer de la scène du « premier jour d’école » et à ressentir une forme de tristesse en me disant que « ces choses-là » passent trop vite. Comment faire pour profiter, pour suspendre le temps ? Même s’il y aura encore d’autres événements, ce moment ne sera pas forcément identique. La vie passe, et c’est dans ce summum de joie que je plonge dans la tristesse de la nostalgie. Alors, je m’interroge.

Le temps irréversible

Ces dernières fois qui n’existeront plus font partie d’une longue liste de tout ce qui est une ultime fois dans nos vies. La peur du temps qui passe, la nostalgie du présent, nous l’avons tous ressentie, et certainement nous continuerons à la ressentir.

Accepter le temps qui passe, c’est accepter une forme de puissance et de violence, de souffrance parfois. Le temps nous fait traverser des émotions comme la tristesse, le chagrin, la peur, mais aussi la colère. Ces troubles ambivalents sont légitimes et sains. Car les refouler, les nier, les éviter n’est pas la manière « raisonnable » de les traverser. Lorsqu’elles s’emmagasinent, elles font mal au corps et à l’esprit : ce sont des « chaînes » que nous nous imposons de porter durant toute notre vie.

Alors, à la question : « Si je pouvais remonter le temps, où retournerais-je ? », que répondons-nous ?

Certes, il existe de nombreux types de nostalgie. Par exemple, celle de l’enfance ou d’une période heureuse de sa vie qu’on matérialise dans notre mémoire parce que le présent est un peu triste, décevant, inquiétant pour le futur. Donc, il y a des périodes de sa vie qu’on idéalise, qu’on a envie de revisiter. Parfois, il y a une nostalgie heureuse qui surgit complètement, de façon fortuite : des sensations, des odeurs, des voix, un quartier, une maison, un lieu qui fait remonter énormément de souvenirs, souvent joyeux, agréables.

Par contre, ici on parlera de la nostalgie du présent. Une nostalgie qui est liée à la conscience que chaque instant qui passe est premier et dernier, que le temps file et que ce qu’on est en train de vivre est déjà en train de finir avec le présent. Est-ce angoissant ? Oui, car on a l’impression de ne pas pouvoir capter, de garder et d’être toujours dépassé par le temps. Et puis, à peine il est là, on en profite peu car il est déjà terminé.

Vivre les jours comme si c’était les derniers

On entend souvent : « Sois investi dans ce moment », « Ne le laisse pas passer », « Profite tant que tu peux ». Oui, mais comment profiter ? Comment s’installer dans le présent ? Et « profiter », ça veut dire quoi exactement ?

C’est pour cela que cette injonction de « Profiter de chaque jour comme si c’était le dernier ! » rend cette perspective très inquiétante, angoissante. Car le fait de « profiter » nous rappelle à notre conscience que le temps passe vite, que le moment a lieu une fois, qu’on ne peut remonter le temps, que les choses les plus belles (même si on peut réitérer un nouvel événement, des vacances avec des amis, des fêtes de famille ou retourner dans un pays d’origine, …) ne seront jamais identiques.

Derrière cette injonction à la fois philosophique et sociale, l’idée principale est d’interpeller l’être humain sur sa fin, et ainsi il pourra beaucoup plus savourer, donner du relief à sa vie, de l’intensité, et tout cela va le rendre plus joyeux, plus gai.

C’est angoissant car cela nous rend complètement otages d’un budget temporel.
Effectivement, si j’ai trop conscience du temps qui va passer et qu’il faut en profiter, alors je suis déjà en train de fracturer mon bonheur. Et si je suis trop insouciante, peut-être que je vais passer à côté de cette conscience du temps et ne pas être investie dans la maximisation de mon ravissement. Et donc ne pas avoir assez profité.

Eh bien, on pourrait définir cette idée de « profiter » ainsi : savoir gérer son temps, dans un jeu d’équilibre entre conscience du temps et insouciance du temps.

Le principe serait d’apprendre à ressentir de la joie face au fait que chaque instant est unique, et à ne pas être dans un rapport comptable au temps, c’est-à-dire arrêter de penser sans arrêt que mon temps est à chaque instant limité, qu’il faut compter les fois qui passent, les optimiser à fond : habiter le présent, en quelque sorte. Cultiver une conscience intellectuelle et une énergie psychologique de vivre ce qui est, sans le prévoir ou le projeter.

La fausse croyance la plus répandue sur le temps qui passe est que le temps détruit tout, qu’il est une puissance d’érosion, d’usure. Par exemple, en amour, le temps qui passe est un ennemi car il ne peut qu’abîmer, altérer la relation de couple. L’idée reçue qu’on mène une lutte contre lui est très répandue de nos jours. Alors que, par définition, le temps est une puissance d’opportunité ; c’est-à-dire qu’à chaque moment, même infime, il y a toujours des petites différences, des petites choses qui accompagnent le moment, des choses encore à découvrir.

Mais pourquoi, aujourd’hui, a-t-on tant de mal à habiter le présent ?

Najoua