Ramadan approche…

Ces jours-ci, mon cœur est un peu plus fragile.

Ramadan approche… et avec lui, cette sensation étrange mêlée d’impatience et de mélancolie. Avant, l’arrivée de ce mois ne portait que de la lumière. Aujourd’hui, elle porte aussi des absences.

Depuis deux ans, à l’approche de Ramadan, quelqu’un que j’aimais a quitté ce monde. Deux années. Deux visages. Deux voix qui ne diront plus “Ramadan moubarak”. Et je me surprends à compter le temps différemment. Non plus en années… mais en présences perdues.

Qu’Allah leur fasse miséricorde. Qu’Il illumine leurs tombes comme ce mois illumine nos nuits.

Je me rends compte que Ramadan n’est plus seulement pour moi un mois de jeûne et de prière. Il est devenu un miroir. Un rappel intime. Un murmure discret qui me dit :
“Tu n’as aucune garantie d’être là l’année prochaine.”

Cela me bouleverse… mais cela me réforme aussi.

Parce que je me connais. Je remets à plus tard. Je me dis que j’aurai le temps de devenir meilleure. Le temps d’apprendre davantage. Le temps de purifier ce qui traîne dans mon cœur. Mais la mort de ceux que j’aime me montre que le temps n’est pas une promesse. C’est un dépôt.

Et si ce Ramadan était mon dernier ?
Est-ce que j’y entrerais de la même façon ?
Avec les mêmes distractions ?
Les mêmes retards dans mes prières ?
Les mêmes excuses ?

Leur départ adoucit mon cœur. Il casse quelque chose en moi… mais il construit aussi autre chose. Une urgence plus douce. Une foi plus consciente. Une envie plus sincère de revenir à Allah sans attendre.

Je ne veux plus vivre Ramadan par habitude.
Je veux le vivre comme une rencontre.
Comme une dernière chance d’être pardonnée.
Comme une porte ouverte que je ne veux pas manquer.

Quand je pense à eux, je ne ressens pas seulement la tristesse. Je ressens une responsabilité. Celle de transformer ma douleur en élévation. De faire de mes invocations un pont entre nous. De déposer leurs noms dans mes prosternations, avec amour et pudeur.

Ils ne jeûnent plus avec nous.
Mais peut-être que mes invocations peuvent encore les rejoindre.

Et moi… je suis encore là.
Respirante. Capable de me lever la nuit. Capable de demander pardon. Capable de changer.

Alors cette année, je veux entrer dans Ramadan avec plus de douceur envers moi-même… mais aussi plus d’exigence intérieure. Je veux surveiller mon cœur plus que mon assiette. Je veux jeûner de mes jugements, de mes négligences, de mon orgueil. Je veux apprendre à me taire davantage et à aimer plus profondément.

Peut-être que leur départ est un rappel d’amour d’Allah. Un rappel que la vie est courte, mais que la miséricorde est immense.

Si je suis encore en vie pour accueillir ce Ramadan, ce n’est pas un hasard. C’est une invitation.

Ô Allah, fais que je n’entre pas dans ce mois comme les années précédentes.
Fais que je sorte transformée.
Fais que les absents deviennent une lumière sur mon chemin vers Toi.
Et si un jour je pars à mon tour, fais que quelqu’un lève les mains pour moi… avec la même tendresse que j’ai aujourd’hui pour eux.

H.L.

Au-delà des apparences

Les apparences séduisent et rassurent, mais elles ne sont bien souvent que le reflet de nos propres projections. Se fier à elles, c’est oublier que, derrière chaque visage humain, se cache un monde intérieur que l’œil et le cœur ignore. Chaque expression, chaque mouvement, chaque posture, chaque vêtement n’est qu’un fragment d’une existence secrète et intime. Pourtant, le regard humain, emporté par l’émotion et le besoin de classer, s’empresse de juger : il étiquette, déduit et conclut à partir de ses expériences, de ses valeurs, et souvent de ses peurs. Ainsi, l’apparence n’est plus qu’une scène imaginaire où chacun projette ses propres fables.

Le philosophe allemand Arthur Schopenhauer écrivait dans Le Monde comme volonté et comme représentation : « Le monde est ma représentation. » Il entendait par là que tout ce que nous connaissons du monde nous vient par nos perceptions et par notre esprit. Il ne s’agit pas de nier l’existence d’une réalité extérieure, mais de reconnaître que cette réalité ne nous apparaît qu’à travers la forme de notre représentation.

De la même manière, lorsque nous regardons autrui dans les premiers instants, nous ne percevons pas son être intérieur : ses intentions, son vécu, son caractère profond, ses qualités ou ses défauts. Ce n’est qu’avec le temps que se fissure l’apparence et que l’invisible se laisse entrevoir. Dès lors, la question se pose du bien-fondé de nos jugements et des stéréotypes que nous entretenons, persuadés de comprendre l’autre au premier regard.

Allah soubhanahou wa ta‘ala nous rappelle dans le coran que juger autrui sans connaissance exacte est blâmable : « Ô vous qui croyez ! Évitez de trop conjecturer ; car une partie des conjectures est péché… » (sourate 49 Les appartements – verset 12). Il nous rappelle également que la véritable noblesse ne réside ni dans l’apparence, ni dans le statut, mais dans la piété et la sincérité du cœur (sourate 49 – Les appartements -verset 13). Et Allah sait parfaitement ce que nous dissimulons et ce que nous divulguons (sourate 6 – Les bestiaux – verset 73).

Si notre Créateur nous rappelle que nos yeux seuls ne suffisent pas pour connaître autrui à sa juste valeur, pourquoi ne pas exercer cette sagesse en domptant notre nafs plutôt qu’en nous inventant des histoires ? Cette réflexion méditative nous invite à aborder la vie avec humilité et bienveillance pour Allah et Ses créatures, à interagir avec un sourire sincère, et à cultiver la maîtrise de notre voix intérieure lorsqu’elle obscurcit la clarté de notre esprit. Car cette petite voix vacillante et impulsive use notre temps et notre énergie, et condamnent notre semblable avant même d’avoir échangé un mot, observé sa véritable nature ou éprouvé la moindre empathie à son égard. Quant à celles et ceux que notre nafs nous incite à écarter ou à juger hâtivement, il nous revient de suspendre notre jugement et d’apprendre à les connaître.

La condition humaine est imparfaite par essence, et c’est dans la reconnaissance de cette imperfection partagée que se tisse la possibilité d’une véritable solidarité. À travers un sourire, une main tendue, un cœur pieux et une intention sincère pour Allah ‘azza wa djal, nous pouvons favoriser l’élévation de chacun, en dépassant les apparences et les jugements hâtifs pour atteindre la profondeur de l’âme humaine. Ainsi, l’éthique islamique nous enseigne que chaque rencontre est plus qu’un échange : c’est une épreuve et un don.
Une épreuve, car elle teste nos réactions et nos jugements ; un don, car elle nous donne l’occasion de progresser en humilité, en bienveillance, en patience et en sagesse, en marchant dans la lumière de notre foi.

Ya Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, éclaire nos cœurs de la lumière de la compréhension, fais de nos rencontres des sources de patience et de sagesse, purifie nos intentions, apaise notre nafs, et fais que chaque être croisé devienne un miroir de ton infinie miséricorde. Guide-nous sur le chemin de l’humilité, de la bienveillance et de la foi véritable.

E.F.

Miroir, mon beau miroir !

« Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui a beauté parfaite et pure ?

-Célèbre ta beauté [Ma Reine], mais chez toi cet éclat n’est qu’apparence. 

Chez Blanche-Neige, la beauté intérieure fait toute la différence.»[1]

Il était une fois une jeune et belle …

Hum, non ! 

Là n’est pas mon intention de vous embarquer dans l’univers du plus célèbre conte des frères Grimm, mais plutôt de vous arrêter sur la symbolique de ce que le « miroir » représente pour nous. 

Une invitation à la méditation en ces temps de Dhoul Hijja.[2]

Compris comme un simple objet, le miroir représente certes, une véritable source d’enseignement. D’une part, il traduit l’acte formel de s’y contempler à des moments précis, ce qui en fait le reflet d’un attachement soucieux à une vie au sein de laquelle la superficialité peut constituer en une doctrine despotique[3] ; mais d’autre part, il est un puissant symbole de questionnement, permettant une mise au point de sa nature profonde.

Issue directement du cœur, notre reflet s’affranchit des filtres artificiels et se manifeste dans une image sincère de ce que nous sommes.

C’est comme une évidence. Au même titre que les saisons et les cycles lunaires de notre calendrier, le croyant fait une mise au point face à son propre miroir, lui rappelant le bilan de sa servitude à Dieu.

Est-ce une attitude passive, voire égocentrique, de « s’éblouir » face à son reflet ?

Non. Mais, plutôt un temps de se questionner face à son propre salut. 

L’essence de notre dévotion jaillit dans ce portrait, à l’image d’un cheminant au cœur confiant en Dieu et en Ses promesses, qui cherche à se maintenir en état de veille.

Car il est l’heure. L’heure du bilan…

Le miroir témoigne d’un secret intime : nous sommes les gardiens de nos âmes. 

Inspiré par Dieu pour l’excellence, et harcelé par Satan quant à la déchéance, notre cœur se construit dans l’adversité, les baisses de régime et les tumultes de la vie. C’est sous le prisme d’un déploiement d’effort continu que s’estompent les épreuves inévitables, les excès qui goûtent à la fraicheur du repentir, les manquements que nous pensons incorrigibles. Le résultat exige en filigrane d’être vigilant envers soi, parce que nul n’est à l’abri des retournements de sa poitrine.  

 Le miroir ne triche pas, ne déforme pas et ne démissionne pas.

Notre reflet représente nos joies, nos lassitudes, nos frictions, nos défauts, nos forces, nos aspirations. C’est ce qui fait de nous qui nous sommes en tant qu’humain. Mais, comme chaque être est conduit par la Volonté divine, posons-nous la question en tant que croyant : suis-je l’incarnation des valeurs dont je suis le dépositaire sur Terre ? 

Le miroir nous rend service car il nous informe de la réalité.

Dans le silence de la nuit, nos âmes s’abreuvent à la source de La Lumière Divine, révélant en nous nos véritables valeurs à travers le plus beau des récits, le Coran. Notre mission est d’être digne de ce présent en faisant de la beauté notre meilleure allié dans ce monde. Ainsi, cette beauté intérieure incarne nos attitudes, nos actions, nos paroles, nos regards, nos relations, nos sentiments. Dans cette vision du beau, elle brillera autour de nous. 

Alors, nous agirons en protecteur lorsque notre âme subira une injustice, en garde-fou lorsqu’elle en sera coupable. Nous la combattrons lorsqu’elle exprimera sa haine ou exigera vengeance, nous la calmerons quand la rancœur s’installera, nous l’étoufferons lorsqu’elle voudra assouvir ses penchants interdits. A l’image d’un jardinier qui cultive ses fleurs, en prend soin, les entretient quotidiennement et qui a foi en ce que Dieu lui prescrira. 

Le miroir est le témoin silencieux de notre évolution en tant que disciple, recherchant avec convoitise la Proximité Absolue de l’Unique… parce que la beauté de l’âme ne se forge que dans la foi.

Najoua


[1]Inspiré du conte des frères Grimm « Blanche-Neige » www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-et-legendes/lire/biblidcon_032#histoire

[2] Le douzième mois du calendrier lunaire musulman.

[3] Pour en savoir plus : Le portrait de Dorian Gray, de Oscar Wilde. 

Élever nos cœurs en ce jour de Arafat

En ce jour béni de Arafat, l’un des plus sacrés du calendrier islamique, les cœurs des croyants battent à l’unisson dans une quête de sens, de miséricorde et de proximité avec leur Créateur. C’est un moment suspendu dans le temps, un appel silencieux à faire pause en soi, à tourner nos pensées vers Celui qui voit l’invisible, entend l’indicible et connaît l’intime.

Arafat n’est pas qu’un mont géographique mais il s’agit avant tout d’un sommet spirituel. Si les pèlerins se tiennent physiquement sur la plaine d’Arafat, enveloppés de prières et de larmes, les musulmans du monde entier peuvent s’y tenir par le cœur, par le jeûne, par l’invocation sincère, par la gratitude, par un retour sur soi et sur son chemin de vie.

Ce jour est un océan de miséricorde. Le Prophète ﷺ a dit :

« Il n’est pas de jour où Allah affranchit plus d’âmes du feu que le jour de Arafat. »
(Hadith authentique – Muslim)

Quelle promesse plus douce pour l’âme fatiguée, pour le cœur coupable, pour l’esprit égaré ? En ce jour, les portes du ciel sont grandes ouvertes. Les prières franchissent les nuages, portées par l’humilité et la sincérité. C’est un moment où rien n’est insignifiant aux yeux de Dieu : pas une larme versée en secret, pas un espoir formulé dans le silence.

Même à distance de La Mecque, chacun peut faire de ce jour un mont Arafat intérieur, une élévation de l’âme. Un retour à l’essentiel. Une réconciliation avec soi-même et avec Dieu. Une invitation à pardonner, à demander pardon, et à marcher avec foi vers ce qui élève.

Que ce jour soit pour chacun d’entre nous un tournant, une lumière dans la nuit, un souffle nouveau. Qu’il ouvre la voie à un changement durable, à une foi renouvelée, à une paix intérieure retrouvée.

H.B.

Que la paix soit sur vous!

Le 8 mai 2025, la fumée blanche sortant de la basilique Saint-Pierre annonce une nouvelle importante : l’Église catholique a un nouveau pape. Son nom : Robert Francis Prévost. Ou plutôt Léon XIV depuis sa nomination par ses pairs. Face à la foule, ses premiers mots à la tribune de la loggia de la basilique marquent un début de pontificat probablement encourageant, à travers des paroles simples, chaleureuses et pleines de foi :

« Je vous donne un salut de paix !
À toutes les personnes, où qu’elles soient, à tous les peuples, à toute la Terre :
que la paix soit avec vous ! »

La paix. Un mot dont on a perdu le sens profond. En piétinant ses lettres de noblesse en ces temps de conflits, de violence et d’insécurité, l’Homme détruit l’élément indispensable à tout progrès de l’humanité.
Que veut dire Léon XIV à travers ces mots ? À l’échelle mondiale, on parle de paix lorsque les guerres sont résolues et conduisent à une meilleure qualité de vie. Mais qu’est-ce que la paix, pour nous ? Pourquoi est-il important de vivre en paix ? À quoi ressemblerait un monde sans paix ? Serait-il différent de celui que nous connaissons aujourd’hui ?

Qu’est-ce que la paix ?

Nous la définirons ainsi : vivre en sûreté, sans crainte et sans menace de violence ; être égaux devant la loi ; avoir un système judiciaire fiable et efficace, protégeant les droits des citoyens ; subvenir de manière juste et équitable aux besoins élémentaires nécessaires au bien-être, tels que la nourriture, l’eau potable, le logement, l’éducation, les soins de santé. En un mot : vivre dans des conditions de vie décentes, indépendamment de l’appartenance ethnique ou identitaire.

« (…) Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre… »
Déclaration datant de 1945… Mais où en sommes-nous dans ce projet de « préserver » le monde d’une violence qui monte en puissance aux quatre coins de la planète ?
Dans la guerre, le schéma est toujours le même : un groupe agresseur et un groupe victime.

« Soulignant l’importance du dialogue et de la diplomatie, elle (la paix) prend en effet position contre ceux qui pensent qu’il faut répondre par la légitime défense et la force des armes aux actes de guerre ainsi qu’à l’injustice de la terreur exprimée contre les civils innocents, en repoussant ainsi la violence par d’autres violences, convaincus que la paix ne peut advenir qu’à travers une défense armée qui arrête l’adversaire en lui prouvant sa capacité. »

La culture de la paix au service du droit ?

Aujourd’hui plus que jamais, il nous faut décupler nos efforts afin de développer une culture de la paix, tous ensemble et à tous les niveaux. Et l’un des défis principaux serait de mieux dialoguer, de comprendre et de s’unir derrière des valeurs communes universelles : renforcer une culture de la paix par l’éducation, promouvoir un développement économique et social durable, respecter les droits de l’homme, assurer l’égalité entre les hommes et les femmes, favoriser la participation démocratique, développer la solidarité, soutenir une communication libre et fiable.

Un projet sur papier glacé, malheureusement caduque lorsqu’on assiste à des refus d’obtempérer, donc à un rejet des institutions assurant la protection des droits fondamentaux. Des institutions dont les pays membres ont pourtant signé les clauses de protection. Ainsi, garantir le Droit est le seul chemin pour assurer aux peuples une vie pacifique, au-delà de la violence qui hante souvent le quotidien de beaucoup de personnes.

La paix, quant à elle, n’est pas le fruit de négociations, car celles-ci n’aboutissent qu’à des trêves temporaires, pas à une paix véritable, au sens étymologique. Il y a paix quand il y a justice ! Mais une justice seulement si l’agresseur est défait de sa position d’oppresseur.
La paix n’est pas provisoire. Elle ne doit pas être fragile, au point que les peuples soient dans des « sables mouvants » où tout peut basculer vers l’horreur à cause d’une discrimination ethnique. L’entente impose un respect mutuel, durable et propice à la justice, à la vérité.

Que faut-il pour vivre en paix ?

Compte tenu de l’actualité, le discours de paix de Léon XIV donne à réfléchir aux conditions qui rendent possible une paix durable. Nous sommes capables de comprendre et de mettre en place des clés vers un apaisement réel. Voici deux points essentiels :

• Transmettre la sagesse
C’est un grand mot, n’est-ce pas ? Une utopie, diraient certains. En réalité, c’est en partageant les connaissances, les valeurs et les histoires à travers l’éducation, les médias sociaux, les musées, l’art, l’écriture, les échanges interculturels qu’il est possible d’ouvrir les esprits, de réduire les préjugés et de s’assurer que les blessures du passé ne se reproduisent pas à l’avenir. Le pôle éducatif reste le meilleur moyen de transmettre la sagesse et les valeurs nécessaires à la promotion d’une véritable paix. Les qualités individuelles, telles que le respect, la confiance, la foi, la compassion et la bienveillance sont les fondements de l’apaisement. La réussite de l’Homme passe par cette culture de la sagesse.

• Apprécier le vivre-ensemble
La diversité est une richesse. Elle permet de grandir dans une société en participant au développement d’un ensemble de valeurs et de compétences nécessaires pour vivre ensemble et respecter l’autre, malgré les différences, dans les domaines associatif, politique, économique, judiciaire… Les lieux de travail, les écoles et les quartiers permettent aux gens de construire des liens entre les communautés. Quand divers groupes partagent une forte identité commune, à savoir celle de citoyens d’un même pays, cela permet de répondre aux besoins de la société et participe à plus d’équité, plus de sécurité.

Le concept de culture de la paix porte donc un potentiel novateur, car il remet en cause l’ordre établi et contribue au changement. Mais pour acquérir de la force et ainsi être efficace, il a besoin de peuples qui se l’approprient, le fassent vivre et agissent pour son application concrète au sein de la société. La culture de la paix, c’est refuser la fatalité des maux, et plutôt générer de l’espoir aux bâtisseurs d’un autre monde, fait de justice et de paix. À l’image d’un homme, qui en son temps, a relevé de grands défis :
« Comment un homme (Mohammad ﷺ) seul a-t-il pu unir des tribus de guerre et des bédouins errants, et en faire la nation la plus puissante et la plus civilisée en moins de deux décennies ? »

Selon Thomas Carlyle, une partie de son héroïsme résidait dans son énergie créatrice (foi et sagesse) face aux complicités et aux difficultés de la vie de ce monde. De plus, il concevait la culture de la paix comme un outil bénéfique au service du peuple, à commencer par sa propre personne. En effet, la paix dite « intérieure » se cultive grâce à une implication constante envers soi, sans être égoïste. Au contraire, plus elle se développe, plus la relation avec l’autre peut devenir harmonieuse : un savoir-être, fondé sur une recherche de sérénité intérieure.

Quand la paix intérieure fait défaut, comment pouvons-nous être en paix avec les autres et agir en ce sens ?

Najoua

[1] www.lavie.fr « De Robert Francis Prevost à Léon XIV, la biographie du nouveau pape », écrit par Marie-Lucile Kubacki, publié le 14 mai 2025, dans la rubrique portrait.

[2] www.rtbf.be/article/la-revue-de-presse-le-raid-des-hooligans-brugeois-a-bruxelles-du-racisme-a-l-etat-pur-11542769 , article écrit par Milan Berckmans dans le magazine rtbf, le 6 mai 2025

[3] Charte des Nations Unies, 1945 « S’unir pour la paix » sur le site des Nations Unies.org

[4] www.unamur.be/fr/newsroom/y-t-il-encore-de-la-place-pour-la-paix-aujourdhui-une-question-philosophique-debattue Article de Gwenaelle Bertnchamps, publié le 15 janvier 2024 dans le magazine Université de Namur.

[5] Citation de Thomas Carlyle ( écrivain, historien, philosophe et auteur écossais du 19 -ème siècle, dans son essai littéraire « Des héros, du culte des héros et de l’héroïque dans l’Histoire » https://medium.com/@SaidAbdulLatif/thomas-carlyle-and-the-prophet-muhammad-%EF%B7%BA-48e585675e0a

Ramadan : Un mois de spiritualité et de renouveau

Le mois de Ramadan s’est installé depuis quelques jours déjà, nous nous sommes habitués à lui, à la sensation de faim et de soif qui nous rappelle au quotidien pour qui nous nous privons de ces besoins primaires. Mais pour des millions de musulmans à travers le monde, il représente bien plus qu’une simple période de jeûne. Ramadan est un mois de renouveau spirituel, de purification de l’âme et de renforcement du lien avec le Créateur. Mais quelle est la vraie signification de ce mois béni et comment en tirer le meilleur parti ?

Une célébration de la révélation

Le Coran ne mentionne le Ramadan qu’une seule fois, dans la sourate Al-Baqara. Ce passage le présente avant tout comme le mois au cours duquel le Coran a été révélé. Cela signifie que Ramadan est avant tout une célébration de la parole divine, une occasion de renouer avec ce Livre qui guide nos vies.

Le Prophète Muhammad (saw) nous a enseigné que Ramadan est un mois de transformation. Chaque année, il nous donne l’opportunité de nous recentrer sur l’essentiel : notre relation avec Allah, notre comportement envers autrui et notre capacité à maîtriser nos désirs et passions.

Une discipline pour l’âme

Le jeûne, prescrit aux croyants, est bien plus qu’une abstention de nourriture et de boisson. Il s’agit d’un exercice spirituel destiné à renforcer la taqwa, c’est-à-dire la conscience d’Allah. En privant le corps, nous élevons l’âme et nous développons une autodiscipline essentielle dans notre cheminement spirituel.

Allah nous dit dans le Coran : « Le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont précédés afin que vous atteigniez la piété. » (Sourate Al-Baqara, 2:185)

Autrement dit, le jeûne est un outil pour développer une relation plus profonde avec Allah, pour apprendre à contrôler nos pulsions et nous recentrer sur nos valeurs essentielles. L’un des plus beaux cadeaux de Ramadan est la puissance de l’invocation (du’a). Juste après les versets sur le jeûne, Allah dit : « Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi, alors Je suis tout proche. Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque lorsqu’il M’invoque. » (Sourate Al-Baqara, 2:186)

Ce verset nous rappelle qu’Allah est toujours près de nous et qu’Il attend simplement que nous nous tournions vers Lui. Ramadan est donc une opportunité unique pour multiplier les du’as, demander pardon, solliciter des bienfaits et renforcer notre foi.

Mais comment profiter pleinement de ce mois béni ?

  1. Reconnectez-vous au Coran : Prenez du temps chaque jour pour lire et méditer sur ses enseignements.
  2. Soyez assidus dans la prière : Profitez de ramadan pour renforcer votre relation avec Allah à travers la prière et le dhikr.
  3. Multipliez les actions bienveillantes : Aidez les plus démunis, soyez bienveillant avec votre entourage et évitez les conflits.
  4. Faites des du’as sincères : Profitez des moments où les invocations sont exaucées, notamment avant la rupture du jeûne et durant la nuit.
  5. Maîtrisez vos paroles et vos actions : Ramadan est aussi un jeûne du regard, de la parole et du comportement.

Ramadan est un cadeau divin qui revient chaque année pour nous rappeler ce qui est essentiel. Il est une invitation à la spiritualité, à la discipline et à la gratitude. Que ce mois soit pour chacun d’entre nous une véritable révolution intérieure, un tremplin vers une foi plus profonde et un mode de vie plus en accord avec les enseignements du Coran.

Que ce Ramadan soit un mois de bénédictions, d’amour et de proximité avec Allah. Amine !

H.B.

Le jeûne du mois de ramadan

Le jeûne est de l’islam le quatrième pilier,
Tout musulman capable doit s’y conformer.
À la puberté, on commence à jeûner,
Le malade et le voyageur, eux, en sont exemptés.
Durant ce mois, les portes du Paradis sont grandes ouvertes,
Chaque jour, des actes de bien, on part à la quête.
Les portes de l’Enfer sont, elles, fermées,
Les diables, eux, sont enchaînés.
De manger et de boire, le croyant s’abstient,
Sa mauvaise langue, il retient.
Consciemment ou par mégarde,
De faire le mal, il se garde.
L’intimité entre époux attend le crépuscule,
Seuls y cède les incrédules.

Le jeûneur s’adonne à la lecture du Coran
Et s’éloigne des écrans.
Il médite sur la Création
Et multiplie les actes d’adoration.

Ô, vous les femmes, de derrière vos fourneaux, sortez !
De dikhr, de prières surérogatoires, veillez à vous ravitailler.
Des msemens, beignets et autres crêpes à mille trous, la spiritualité est plus nourrissante,
Pour l’esprit du croyant, elle est des plus rassasiantes.
Oui, nos troupes, il faut nourrir
Mais ne sombrons pas dans le délire.
Le gaspillage, le pire des fléaux,
Pourtant, on tombe toujours dans le panneau.
Se frottent les mains bouchers et boulangers,
Durant ce mois, ils se refont une santé.
On a les yeux plus gros que le ventre,
Pourquoi y succomber, diantre !
Au placard, les repas pantagruéliques
Et de se nourrir sainement, on s’applique.
Cuisiner, un acte d’adoration,
Seulement si on y met l’intention.
Ô hommes, privilégiez l’entraide,
Contre le ras-le-bol, elle est un remède.
On se répartie les tâches
Ainsi, les cœurs ne s’entachent.

Utilisons notre temps à bon escient,
Faisons preuve de discernement.
Les pas du prophète ﷺ , suivons,
À l’essentiel, revenons.
On se rapproche du Créateur,
Lui, notre Bienfaiteur.
Pour toutes Ses grâces, on Le remercie,
Comme il se doit, on Le glorifie.

Fatima B.

Méditations…

Le verset 13 de la sourate Ghafir (40:13) nous rappelle cette vérité profonde :
« Il vous montre Ses signes et fait descendre du ciel des provisions, mais seule une âme perverse se détourne de Ses signes. »

Reconnaître les signes d’Allah dans l’adversité, comme un voile sur le cœur

Il y a des moments dans la vie où, malgré tous les efforts pour rester positifs, la douleur et les épreuves semblent prendre le dessus, elles semblent nous noyer.
Les épreuves, qu’elles soient personnelles, sociales ou naturelles, comme celles qui ont récemment frappé une ville d’Amérique, nous rappellent la fragilité de notre existence. En l’espace de quelques heures, des vies ont été réduites en cendres par les flammes, et les biens les plus précieux ont été détruits. Cela soulève une question essentielle : quel est le véritable bienfait dans tout cela, ma vie ou mes biens ?

La réponse, bien que difficile à percevoir au premier abord, réside dans la reconnaissance des signes d’Allah. Lorsqu’on traverse des moments difficiles, il est facile de se laisser submerger par la perte et la souffrance, de se concentrer sur ce qui nous échappe plutôt que sur ce qui nous reste. Pourtant, c’est précisément dans ces moments que l’on doit se rappeler que, malgré les épreuves, la vie continue, que nous sommes en bonne santé, et que nous avons la capacité de respirer, de penser, de réfléchir ; et cela est un bienfait immense.

Le verset 13 de la sourate Ghafir (40:13) nous rappelle cette vérité profonde :


« Il vous montre Ses signes et fait descendre du ciel des provisions, mais seule une âme perverse se détourne de Ses signes. »

Ce verset nous invite à ouvrir les yeux et le cœur face aux signes d’Allah, même (et surtout) dans l’adversité. Nous avons tendance à chercher des réponses dans les choses matérielles, dans l’argent, les biens ou la réussite sociale, oubliant que tout cela peut disparaître en un instant. Ces incendies qui ont détruit une ville prospère nous rappellent cette fragilité. Dans ces moments de chaos, ce qui reste est l’essence même de la vie : la santé, la foi et la capacité de continuer à avancer.

Le bienfait d’être en vie, en bonne santé et d’avoir l’opportunité de changer notre regard sur les choses ne réside pas dans la possession de biens matériels, mais dans la prise de conscience que chaque instant que nous vivons est un don d’Allah. Nos possessions, aussi précieuses soient-elles, ne peuvent combler le vide de l’âme, et la vraie richesse réside dans notre capacité à reconnaître les bienfaits qui nous sont accordés, même dans les moments difficiles.

Cependant, il est facile de se laisser emporter par l’amertume et la frustration, de penser que tout est contre nous. Le vrai défi réside dans notre capacité à ne pas être aveuglés par nos propres désirs et nos perceptions limitées de ce qui est important. La perversité du cœur ne réside pas dans les épreuves que nous traversons, mais dans notre réaction face à elles. Si nous choisissons de nous perdre dans la douleur et l’incompréhension, nous risquons de fermer notre cœur aux véritables bénédictions d’Allah.

C’est dans ces instants de difficulté que la lumière peut émerger. Lorsque nous réajustons notre vision, que nous rééquilibrons nos perspectives, nous commençons à comprendre que chaque souffle, chaque sourire, chaque moment de répit est un signe divin, un bienfait d’Allah. Ce que nous prenons pour acquis devient alors précieux, et nous apprenons à chérir ce qui est vraiment essentiel : la santé, la famille, la foi et la chance de continuer à avancer sur ce chemin de vie.

Au final, il ne s’agit pas de nier la douleur ou de minimiser les pertes. Il s’agit de trouver la force de voir au-delà de la surface, de comprendre que les véritables richesses de la vie ne sont pas dans ce que nous possédons, mais dans ce que nous reconnaissons comme étant des bienfaits d’Allah. La clé est d’ouvrir le cœur et l’esprit, de voir les signes qui nous entourent et d’accepter chaque instant comme une bénédiction.

Hana Elakrouchi

La nouvelle migration : la « Hijra » et ses dérives contemporaines

La hijra en arabe, qui désigne historiquement la migration des musulmans vers un lieu plus sûr pour pratiquer leur foi, prend aujourd’hui une dimension nouvelle et complexe. En examinant pourquoi certains Marocains choisissent de faire la hijra , nous devons nous interroger sur les motivations qui les poussent à quitter leur cité d’origine et à chercher une vie meilleure ailleurs. Ce phénomène soulève des questions importantes sur l’authenticité de cette migration et sur les enjeux qui se cachent derrière.

La Hijra : une fuite ou un nouveau départ ?

Pour de nombreux Marocains, la hijra apparaît comme une manière de fuir les conditions difficiles de leur cité d’origine. Les villes du Maroc, où riches et pauvres cohabitent souvent, ne permettent pas toujours aux familles modestes d’accéder aux mêmes opportunités que les plus aisées. Ce contraste exacerbé pousse certains à chercher une vie meilleure ailleurs, loin des inégalités criantes.

En comparaison, en France, les enfants d’immigrés sont souvent relégués dans des cités en périphérie des grandes villes, loin des centres de pouvoir et de richesse. Cette ségrégation spatiale renforce leur marginalisation et limite leurs chances d’intégration. En ce sens, la hijra vers une autre ville au Maroc pourrait être vue comme une tentative de s’intégrer dans un environnement plus inclusif, où la mixité sociale est possible, et où les opportunités de réussite sont plus accessibles.

Une nouvelle terre promise ?

Cependant, cette nouvelle hijra vers des villes marocaines perçues comme des « eldorados » pose la question de la véritable intention derrière cette migration. Est-ce réellement un acte de foi, un désir de remplir son rôle d’ambassadeur de l’Islam en renouant avec sa culture d’origine, ou s’agit-il simplement d’une quête recherchant à satisfaire ses intérêts personnels et nourrir ses propres passions?

La tradition islamique enseigne que le musulman doit aller à la rencontre de l’autre, échanger, et apporter sa contribution à la société. Mais aujourd’hui, nous assistons à un phénomène où la hijra est parfois exploitée à des fins purement matérielles. Derrière ce terme sacré se cache souvent un business lucratif, « webinaire: comment s’installer au Maroc ?  » où l’accueil des musulmans en quête de refuge devient un prétexte pour alimenter leurs intérêts économiques.

La hijra à l’époque du prophète : un acte de foi

Il est important de rappeler que la première hijra, effectuée par les compagnons du prophète Muhammad, était motivée par un besoin urgent de protéger leur foi face à la persécution. Ils ont quitté la Mecque pour l’Éthiopie, puis Médine, afin de pouvoir pratiquer l’Islam en toute liberté et sécurité. C’était un acte de foi, de sacrifice, où l’intérêt collectif prévalait sur les ambitions personnelles.

Aujourd’hui, la motivation derrière la hijra semble parfois déviée. Pour certains, elle alimente un fantasme de surconsommation et de satisfaction personnelle, plutôt qu’une véritable réflexion sur les défis de notre époque. Le désir d’avoir plusieurs épouses, par exemple, légiféré dans certaines régions, et de fonder une famille en espérant que ces enfants étudieront miraculeusement le Coran et deviendront des enfants pieux, détourne ainsi le sens originel de la hijra.

Une réflexion nécessaire

Face à ce constat, il est crucial de se poser des questions sur la nature de la hijra moderne. Sommes-nous en train de perpétuer une tradition spirituelle, ou sommes-nous en train de céder à des passions et à des intérêts personnels ? La hijra ne devrait pas être un simple moyen d’échapper aux difficultés ou de satisfaire des désirs personnels. Elle doit rester un acte de foi, guidé par des valeurs spirituelles et une volonté sincère de contribuer positivement à la société.

Sur les réseaux sociaux, il est frappant de constater comment certains posts semblent ériger la hijra en un nouveau pilier de l’Islam. Des questions absurdes surgissent : « Si j’ai une somme d’argent, dois-je l’utiliser pour la hijra ou pour le hajj ? ». Ce genre de réflexion révèle une déformation inquiétante des priorités religieuses, où des concepts nobles et spirituels sont détournés et simplifiés jusqu’à l’absurde. 

Il est essentiel de se demander jusqu’où cette absurdité va nous mener. Sommes-nous en train de perdre de vue les véritables enseignements de notre foi ? Plutôt que de nous focaliser sur des choix matérialistes ou des migrations perçues comme des solutions miracles, ne devrions-nous pas retrousser nos manches et nous mettre sérieusement au travail pour résoudre les problèmes de notre époque ? La fainéantise et la lâcheté humaines semblent parfois nous pousser à chercher des échappatoires, à fuir plutôt qu’à affronter les défis de notre temps.

Il est grand temps de nous remettre en question. Nous devons réévaluer nos priorités, redéfinir nos objectifs, et retrouver le vrai sens de nos actions religieuses. La hijra ne doit pas être perçue comme un moyen de fuir nos responsabilités, mais plutôt comme des opportunités pour renforcer notre foi et contribuer positivement à la société. Le chemin de l’Islam est un engagement actif, un effort constant pour améliorer notre monde, et non pas une voie de fuite ou d’abandon face aux difficultés. Il est temps de redonner à nos actions leur véritable sens, en nous engageant sincèrement et avec courage dans les défis de notre époque.

En conclusion, la hijra moderne au Maroc risque de perdre son essence spirituelle si elle est motivée uniquement par des intérêts matériels. Il est important pour les musulmans d’aujourd’hui de se rappeler l’exemple des premiers compagnons et de réfléchir profondément à leurs intentions avant d’entreprendre une telle démarche. La hijra doit rester un acte de foi, de solidarité, et d’engagement envers les valeurs universelles de l’Islam.

Hana Elakrouchi

Une parole inégalée

Le Coran Sublime est un miracle d’éloquence et de précision.  Par le style et par le contenu, il reste à jamais inégalable. Les locuteurs arabophones ont le privilège de pouvoir apprécier toute sa richesse et sa subtilité. Et si traduire, c’est toujours trahir, il reste aux non-arabophones d’autres moyens de goûter à la saveur du message coranique. 

Le récit coranique est ponctué de paraboles. Une parabole est un procédé de narration qui utilise un élément concret ( par exemple un objet) pour symboliser une notion abstraite. 

Nous en trouvons un bel exemple au verset 103 de la sourate Al ‘Imrân : 

Et cramponnez-vous tous ensemble au « Habl » (câble) d’Allah et ne soyez pas divisés; et rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous: lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par Son bienfait, vous êtes devenus frères. 

Allah ‘azza wa jal exhorte ici les croyants à s’accrocher fermement et tous ensemble à quelque chose qui les sauvera de la perdition. Cette chose, que Le Créateur appelle « habl » ou «  corde »  est, selon la majorité des savants,  le Coran lui-même. Selon d’autres savants, il s’agirait de la religion toute entière, voire de la Ummah, la communauté.  

Ce qui fait la solidité d’une corde, c’est qu’elle est composée de plusieurs fils tressés ensemble. En effet, il est facile de rompre un fil  ou un lacet unique. Toutefois si vous prenez plusieurs fils tressés ensemble pour essayer de les rompre vous aurez beaucoup  plus de mal.  

La corde est utilisée pour rassembler des éléments qui autrement se disperseraient. Également, la corde permet de hisser vers le haut la personne qui se sent glisser le long d’une paroi. La corde possède aussi une force de traction qui permet de déplacer des objets lourds et d’aller loin avec. Enfin, il est étonnant de constater qu’un gros cordage peut suffire à  amarrer un bateau, c’est-à-dire le maintenir à quai et l’empêcher de dériver.  

La comparaison du Livre d’Allah avec la corde nous apparaît ainsi au grand jour. La vie d’ici-bas s’apparente parfois à un pont surmontant un gouffre de tous les dangers qui ne demande qu’à engloutir le voyageur imprudent. Si nous nous agrippons ensemble au Coran, et veillons à en respecter les enseignements tout en incarnant ses valeurs, nous serons fermes sur nos pas et unis. Nous serons moins vulnérables aux dangers et plus efficaces dans nos réalisations. Pouvoir compter sur le groupe et avoir un allié dans chaque membre de la communauté serait un formidable moteur vers la réalisation de nos projets et ambitions pour cette vie et pour l’autre. Surtout, une union autour de la parole divine assainirait la société des maux et des vices qui pullulent dans un groupe qui a abandonné le Coran. 

Les membres des tribus médinoises dont il est question dans le verset, les Aws et les Khazraj, se sont découverts frères après des décennies d’hostilités.  En se cramponnant fermement au message d’Allah transmis par notre bien aimé Prophète, ce « habl »,  ils ont tissé la fraternité qui serait ensuite le socle solide d’une nouvelle communauté saine et vertueuse.  

Hayat Belhaj