L’ère de la botte

Ceux qui ont lu l’œuvre 1984 de Georges Orwell, savent qu’il s’agit d’une dystopie, d’un livre d’anticipation. Le principe de ce genre de roman est de décrire un monde futuriste virant au cauchemar à travers une idéologie totalitaire sur fond de pouvoir absolu sur la politique, l’économie et les moyens de communication. Ces romans ont la lourde tâche de nous indiquer les dangers d’un avenir, sombre et totalitaire ; mais aussi de nous faire réfléchir sur les moyens de les éviter et d’y résister.  

Le récit se déroule à Londres, en 1984, dans un monde où chaque aspect de la vie est contrôlé et surveillé par le Parti, une organisation puissante dirigée par le mystérieux Big Brother. Le personnage principale, Winston Smith, travaille pour le Parti et se trouve confronté à des dilemmes moraux et éthiques qui le poussent à remettre en question sa loyauté et son rôle au sein de cette société oppressive. A travers son regard, Orwell explore les rouages du pouvoir totalitaire sous forme de manipulation de l’information, de perte de liberté, de police de la pensée et du langage. 

1984 est une œuvre qui nous interpelle, un roman captivant, une mise en garde, une anticipation politique, qui donne pas ou peu d’espoir dans ce tableau sombre d’une société esclave des écrans et de la propagande. 

Et pourtant, 1984 reste un livre incontournable qui semble résonner avec nos problématiques contemporaines liées à l’évolution de nos sociétés hyperconnectées et à la perte de la libre pensée. Analysons quelques points.

« L’objet du pouvoir est le pouvoir. »[1]

1984 a cette qualité d’être une interrogation universelle sur l’Etat et sa place dans nos sociétés, ce qui permet de le réutiliser dans toutes situations où on commence à craindre pour nos libertés et la mise en place d’un régime autoritaire. Ce fut le cas, par exemple, lors du mouvement Black Lives Matter[2] qui a mobilisé des milliers de personnes; mais aussi plus récemment, lors de la répression des individus et des associations, en criminalisant leurs actions de solidarité avec la Palestine[3]. En effet, des lois[4] qui sanctionnent le boycott, le droit de manifester, le droit de s’exprimer ciblent les opposants à la politique d’Israël, en les réduisant au silence. Elles sont adoptées au Royaume-Uni, en Allemagne et en France, sous couvert de lutte contre les discours de haine. Ainsi, la solidarité active avec la cause palestinienne devient la cible de législations répressives[5].

Le capitalisme occidental est passé peu à peu d’un stade social à un néolibéralisme brutal qui surveille et réprime ses citoyens pour empêcher toute contestation. Et les télécrans sont apparus dans nos poches : le pouvoir de l’information, de la propagande et du contrôle de la pensée par le langage, les situations de deux poids-deux mesures, les « deux minutes de la haine ».  Des lois de sécurité, de fichages et de dissolutions récentes et express d’associations décrétées par le gouvernement français, sans enquête judiciaire, ont été dénoncées notamment par la Ligue des Droits de l’Homme.

Sous une surveillance constante et généralisée, semblable à celle qui s’installe petit à petit dans notre société, la télévision et internet seraient, donc les seuls vecteurs d’information et les gens devraient s’en remettre pleinement. Aujourd’hui, on constate une recrudescence de « l’espionnage » sur le web, ce qui permet d’affilier à chaque ordinateur, des publicités ciblées qui correspondent aux « besoins » de l’utilisateur : profilages numériques, déclenchements de webcams à distance, télésurveillances, utilisation de ChatGPT, etc. Ce sont surtout les réseaux sociaux qui se nourrissent de nos informations que nous donnons souvent, volontairement : soif de reconnaissance, de popularité, ce qui nous mène sans contrainte à un conformisme dicté par la communauté du net. Il est vrai que nous sommes quand même loin du réseau internet et de la vidéosurveillance de 1984, pourtant le roman résonne déjà. On perçoit comme une alerte sur les progrès de l’intelligence artificielle.

La Novlangue, l’épidémie silencieuse

La puissance de la langue est un thème crucial dans le roman. Le parti utilise la langue comme outil de contrôle, modifiant les mots et les significations pour manipuler la réalité : la Novlangue est née. Langue inventée par le Parti, elle est conçue pour réduire le vocabulaire et simplifier la grammaire, rendant ainsi impossible la pensée critique ou divergence. Par exemple le mot liberté n’existe plus car le concept même de liberté est considéré comme dangereux par le Parti. C’est sous trois slogans que ce monde est régit : « La guerre, c’est la paix », « La liberté, c’est l’esclavage », « L’ignorance, c’est la force »[6]

Aujourd’hui, la « Novlangue » a trouvé un chemin pour s’infiltrer dans nos modes de pensées. En effet, on dénature le sens des mots, les nuances de langage sont bannis, les concepts ne sont plus pris en compte, on limite l’espace de la pensée, la critique constructive n’a plus de rôle à jouer, le débat d’idée n’est plus l’adage de la démocratie…Bref, le monde politique ( gouvernement, partis) et économique ( marketing, commerce) utilisent cette novlangue à profusion. Jean-Paul Fitoussi, économiste et penseur français, écrit que le fait «(…)d’avoir réduit l’espace de pensée et de ne plus permettre qu’une pensée diverge, qu’une alternative puisse s’exprimer(…) a pour conséquence (…) de nous empêcher de comprendre, pour nous éloigner de la réalité du terrain.»[7] Par exemple, on parle de croissance négative ou de croissance raisonnée ( récession)d’agriculture biologique ( sous-entend que l’agriculture n’est pas, à la base, biologique)complotiste ( personne critiquant les infos données dans les grands médias), frappe chirurgicale ( bombardement allié). On parle de conflit et non de guerre, on parle de flexibilité et non de précarité, on parle de gouvernance et non de gouvernement[8]… c’est ainsi que l’État manipule la perception de la réalité des gens en inversant le sens réel des mots.

La déconstruction totale

« Si vous voulez une image de l’avenir, imaginez une botte qui écrase indéfiniment un visage humain. »[9]

Dans cette société orwellienne[10], dirigée par Big Brother, la vérité n’existe pas, le libre arbitre n’existe pas et le langage, vidé de son sens, sert surtout à masquer les violences. Les citoyens récalcitrants subissent une sorte de lavage de cerveau, jusqu’à ce qu’ils rentrent dans le rang et adhèrent à la pensée dominante. Une allégorie terrifiante décrivant la tentative d’un homme ( Winston) de rester sain d’esprit dans un état totalitaire qui torture la vérité et les gens pour contrôler la société .

L’inhumanité, c’est le processus qui peut amener n’importe quel humain, persuadé que le renversement des valeurs opéré par l’idéologie totalitaire est juste, à commettre des crimes horribles. L’inversion de valeurs libère les autorités de toute justification d’actes de torture. Nous avons l’exemple flagrant de la politique liberticide israélienne ( palestiniens), chinoise ( Ouïghours), birmanes ( Rohingyas), soudanaise (Massalit), etc. 

Dans une Histoire qui se répète, des tyrans émergent et menacent la liberté et la paix. De nos jours, nous sommes témoins de guerres, d’invasions, de génocides, d’apartheids, de crimes contre l’humanité, de grand remplacement, de nettoyage ethnique. Ainsi, la guerre devient un processus continu car si « la guerre c’est la paix », inversement « la paix c’est la guerre ». On voit comment le totalitarisme brise les hommes et les femmes, et génère la honte de soi, qui permet de museler définitivement la rébellion. L’idéologie totalitaire absolue de 1984 a la capacité de soumettre et de lobotomiser les individus, par la peur, l’humiliation, la torture, la souffrance, en interdisant toutes formes de bonheur.

Dans son œuvre, Georges Orwell explore les mécanismes d’une dictature radicale et pousse ces réflexions plus loin. Cependant, il est important de souligner que la perception d’un régime profondément totalitaire comme le présente Orwell en cette moitié du XXe siècle, avec ses aspects les plus extrêmes, diffère de la vision contemporaine. De notre côté, le totalitarisme en question prend la forme d’un agent infiltré sous couverture politique. En effet, il est assez triste de constater que nous avons intériorisé, si ce n’est accepté, la domination que les gouvernements exercent sur nous ainsi que les actes répréhensibles perpétrés par certains d’entre eux. Une sensibilité perdue par l’acharnement médiatique, ainsi que par la propagande des réseaux sociaux : des divertissements à profusion et la recherche dans le plaisir d’un bonheur absolu.

1984 est LE livre fondateur des romans d’anticipations décrivant une société futuriste soumise à un régime totalitaire restreignant toute liberté de penser, d’agir, d’être… Et donc, toute accession au bonheur.

Mais restons vigilant et comme Big Brother : Ouvrons l’œil ! 

Najoua


[1] Citation du livre 1984 de G. Orwell. Edition : Folio classique (6891-F8)-p.354

[2] Black Lives Matter — qui se traduit par « les vies noires comptent » ou « la vie des Noirs compte » — est un mouvement politique né en 2013 aux États-Unis au sein de la communauté afro-américaine, qui milite contre le racisme systémique envers les Noirs. https://fr.wikipedia.org/wiki/Black_Lives_Matter

[3] Pour en savoir plus :  www.association-belgo-palestinienne.be/memorandum-2024, publié le 25 avril 2024.

[4] www.middleeasteye.net- France : dépolitiser et criminaliser la solidarité avec la Palestine, article de Rafik Chekkat, publié le 13 mars 2024.

[5] www.orientXXI.info- La criminalisation de la solidarité avec la Palestine gagne du terrain en Europe, article écrit par Baudoin Loos, journaliste à Bruxelles.

[6] 1984 de G. Orwell-Edition : Folio Classique-P.37 

[7] www.rtbf.be- Comment la Novlangue détruit nos modes de pensée-interview de Jean-Paul Fitoussi, article de la RTBF du 7 septembre 2020.

[8] Pour en savoir plus sur la Novlangue, Olivier Starquit, auteur Des mots qui puent, Editions du Cerisier, 2018

[9] 1984 de G. Orwell-Edition: Folio Classique-p.359

[10] Les conséquences du totalitarisme sont multiples, et ça, George Orwell s’est appliqué à nous le montrer : 1-l’État peut décider qui mérite d’être appelé humain ou non : déshumanisation des victimes, 2-aucune valeur transcendant l’État n’est acceptée : inhumanité des bourreaux, 3-unité absolue, uniformité : l’État est la société, la société s’identifie à l’État, 4-plus rien n’existe entre l’individu et l’État, 5-surveillance généralisée : abolition de la distinction entre vie privée et vie publique.

La propagande ou l’art de convaincre

La propagande est un moyen utilisé pour persuader. Elle fait appel à diverses techniques bien rodées et a pour objectif d’influencer l’opinion des masses. Il peut s’agir d’amener les gens à croire en une idée, à soutenir une cause, ou tout simplement à acheter un produit. Avec la bonne méthode il est possible de créer une adhésion, un mouvement de soutien en faveur d’une position, d’une idéologie ou d’un groupe de personnes. D’orchestrer l’opinion publique et de susciter les comportements qui serviront les intérêts des propagandistes. 

On ne peut parler de propagande que lorsque ces techniques sont appliquées à grande échelle, sur des masses de population. Le fait de vouloir convaincre son voisin du bien fondé de notre argumentation n’est pas considéré comme de la propagande.  

Comme elle s’adresse au plus grand nombre, il lui faut des canaux de communication efficaces et rapides. Cela peut être la publicité sur divers supports, cela peut être la télévision, la radio, les réseaux sociaux et tous les médias de masse en général.  

Les auteurs de la propagande ont évidemment un intérêt à manipuler ainsi la pensée des foules. Il peut s’agir d’asseoir une autorité, d’orienter les enjeux sociaux et politiques, de favoriser certaines entreprises, groupes ou personnes influentes.  

Comment ça marche ? 

La propagande fait appel aux émotions des gens, et non à leur raison ou leur logique. 

Quand un gouvernement par exemple a un intérêt à rentrer en guerre, la propagande va consister à obtenir l’adhésion du peuple pour cette cause, car les peuples sont généralement contre la guerre. On va alors faire en sorte de titiller le sentiment patriotique des gens. A l’aide de grandes phrases et de slogans, on va réveiller chez eux le sentiment de « mère patrie », de « grandeur» et de « victoire ».  

On va aussi beaucoup jouer sur la peur en brandissant des dangers exagérés voire totalement inventés. Pour exemple on peut citer les fameuses « armes de destruction massives » prétendument détenues par l’Irak. Il s’agissait en fait d’un énorme mensonge du Président Bush et de son administration. Mais il fut l’alibi de l’entrée en guerre. 

On va aussi chercher à diaboliser l’ennemi et à lui attribuer tous les maux, afin de justifier des mesures politiques ou  sociétales à venir.   

Fréquemment , on va déshumaniser cet adversaire, afin d’enlever toute opposition de l’opinion publique. En 1994, lors du génocide au Rwanda, la Radio des Milles Collines a diffusé nuit et jour des messages de haine contre les Tutsis, qualifiés entre autres de « cafards ». Un million de Tutsis furent massacrés en quelques mois. En effet, qui se soucie des cafards ? On l’a vu plus récemment lorsqu’un ministre israélien qualifia les Palestiniens d’ « animaux humains ».  

La propagande n’aime pas la nuance

Sous l’influence d’un tel message omniprésent, les individus peuvent perdre la capacité à penser de manière indépendante. Dans son livre intitulé « Propagande, la formation de l’opinion » , Jacques Ellul dit ceci : « La propagande ne se limite pas à influencer ou à persuader. Elle a le pouvoir de détruire l’individualité et la pensée critique, transformant les individus en simples réceptacles de messages prédéfinis». Par ailleurs, la propagande n’aime ni les nuances ni la neutralité. Elle sélectionne des faits et déforme des vérités pour créer un récit qui favorise une opinion très tranchée et  simpliste : c’est noir ou blanc. La propagande veille aussi à ce que les individus pensent qu’ils sont maîtres de leurs opinions.  On peut donc dire que la propagande est une manipulation de la pensée et une anesthésie de toute rationalité et de tout esprit critique. 

Dans le domaine du marketing, tout un arsenal de techniques sont déployées afin de susciter le désir d’acheter tel produit. Parmi elles, le « out of stock » ou le fait de mentionner qu’un article est bientôt en rupture de stock afin de pousser le consommateur à vite le commander.  Ou encore d’organiser d’interminables files d’attente devant des enseignes branchées, afin que les passants se demandent ce qu’il se passe, et s’il ne sont pas en train de passer à côté d’une affaire intéressante.  

La propagande est omniprésente  et il est utile de s’informer sur les techniques qu’elle utilise, afin de prendre conscience  de ses effets potentiels sur nous.  Ne pas accepter l’information pour argent comptant, mais la questionner et chercher à la vérifier. Diversifier les sources de l’information, afin d’éviter le biais de confirmation qui se crée lorsqu’on ne lit qu’un seul type de presse, qu’on n’écoute qu’un seul groupe de médias , qu’on fréquente exclusivement les gens de son groupe social : on est constamment confortés dans nos idées et notre allégeance se renforce.  

Se méfier des slogans, des généralisations, de la désignation de boucs émissaires et d’une manière générale, chercher continuellement à garder un esprit critique.  

Hayat Belhaj  

Mohamed Toujgani sera belge

La justice a tranché : Mohamed Toujgani, ancien imam de la mosquée Al Khalil (Molenbeek), a reçu le feu vert concernant sa demande de naturalisation. Il devrait recevoir sa carte d’identité d’ici quelques mois et pourrait rentrer en Belgique. Une décision qui soulève une levée de boucliers au sein de la classe politique belge et qui s’invite dans les négociations fédérales.

Mohamed Toujgani pourra donc rentrer en Belgique, pays qu’il n’a pas revu depuis 2022, suite à la décision de Sammy Mahdi, ancien secrétaire d’État à la Migration, qui avait décidé de lui retirer son titre de séjour, estimant, sur la base d’un rapport des services de renseignements, qu’il constituait une menace pour la sécurité nationale. Un rapport du comité R, chargé du contrôle des services de renseignement, a toutefois jugé que les analyses de la Sûreté étaient disproportionnées… Une décision que ne digèrent pas certains politiques, à l’image de l’ancien secrétaire d’État à la Migration (N-VA) Théo Francken, qui s’est fendu d’un long tweet sur sa page Facebook : « Ces personnes n’ont pas leur place dans notre société et ne devraient certainement pas devenir Belges. Nous devons empêcher cela. Et rendre nos lois sur la migration et la nationalité encore plus strictes. Je préside le groupe de travail sur l’immigration dans le cadre des négociations gouvernementales et je mettrai cette question sur la table. » Théo Francken va plus loin et accuse l’imam d’être « l’inspirateur idéologique d’Abdeslam, Abaaoud et d’autres terroristes de l’EI. » Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, est aussi très dur dans ses propos et critique ouvertement la justice : « Et dire que certains pensent que le problème de la Justice, c’est uniquement un manque de moyens… C’est aussi des décisions complètement irréelles. Et trop fréquentes. Cet homme est une menace pour notre pays et ne doit plus y mettre les pieds. L’indépendance de la Justice ne veut pas dire son irresponsabilité, mais beaucoup l’oublient. »

Un climat hostile

Le monde politique qui commente et désapprouve une décision de justice, ce n’est pas nouveau, mais c’est un développement inquiétant dans une société où la séparation des pouvoirs fait partie du socle démocratique. Il ne revient pas à l’exécutif d’approuver ou non une décision, mais de l’appliquer. Or, dans un climat post-électoral et avant une nouvelle échéance avec les élections communales prévues en octobre, certains hommes politiques sont en roue libre, galvanisés par un contexte international tendu. En France, lors des élections législatives anticipées début juillet, le Rassemblement national, qui n’a pas obtenu de majorité absolue, a tout de même gagné plus de 10 millions d’électeurs ! Le Royaume-Uni connaît une vague de violences racistes et islamophobes sans précédent, basée sur une rumeur accusant à tort un immigrant musulman d’être à l’origine du meurtre de trois fillettes, sans oublier l’offensive meurtrière à Gaza où le bilan est affolant. Un contexte international tendu qui met à mal le vivre-ensemble où la voix des extrêmes est devenue la seule audible…

H.B.

Esprit olympique, es-tu là ?

Le 26 juillet 2024 a eu lieu l’ouverture des Jeux olympiques d’été à Paris, en France, annonçant ainsi la 33ᵉ édition de ce rendez-vous sportif international.Loin de faire de cet événement un moment de communion, certains le qualifient de « parodie » voire de « cauchemardesque ». En effet, les olympiades sont sources de nombreuses polémiques et de complications en interne. Les impacts logistiques, environnementaux (pollution, infrastructures, aménagements du territoire), politiques (boycott, dictature, conflits) et monétaires (coût de la vie) entraînent des conséquences négatives pour le pays organisateur. Mais d’autres, plus positives, permettent de générer des retombées économiques, des possibilités de carrière, de développer l’industrie du tourisme.

Cependant, au-delà de ce constat, peut-on dire qu’aujourd’hui les valeurs de l’olympisme sont à la hauteur de ce que Pierre de Coubertin prônait ? À savoir : unir le monde entier sur le même terrain, au sens propre et au sens figuré, dépassant largement le cadre des Jeux.

L’Olympisme, c’est quoi ?

L’olympisme moderne a été conçu par le Baron Pierre de Coubertin en juin 1894 lors du Congrès International Athlétique de Paris, puis lors de la constitution du Comité International Olympique (CIO). Il se définit ainsi :

« C’est une philosophie de la vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels. »

En articulant le sport, la culture et l’éducation, cette vision de vie cherche à contribuer au développement et à l’épanouissement de l’Homme et, plus largement, à l’établissement d’un monde en paix préservant la dignité de chacun.

Pour cela, un certain nombre de valeurs sont développées tant à l’échelle individuelle que mondiale : l’accès à la connaissance et à l’éducation, l’esprit de compétition, l’excellence, le fair-play, l’accès au sport, l’esprit d’amitié et de fraternité, la solidarité, la paix, et la construction d’un monde meilleur. Il ne suffit pas de lister des valeurs, il faut également les comprendre, les partager et les mettre en œuvre : pratiquer un sport constitue donc un moyen de saisir ces préceptes et de les adopter.

Évidemment, un idéal olympique est rarement atteint. Néanmoins, c’est en fixant une représentation d’un monde parfait que l’action peut s’enclencher. Ainsi, de nombreux symboles au service des valeurs olympiques (anneaux, drapeau, devise, credo, serment, hymne, flamme, lauriers de la victoire, colombes,…) transmettent le message de façon simple et directe. Ils donnent aux JO une identité !

Quant à bâtir une culture de la paix à travers le sport, les JO étaient l’occasion de réunir les États en conflits afin de construire des passerelles et non des murs. Or le fossé entre rêve olympique et réalité a toujours été immense. L’Histoire nous l’a démontré à plusieurs reprises. Parfois, certains dirigeants politiques ont ignoré les Jeux et d’autres en ont fait une arme. Les JO incarnaient un symbole de puissance nationale et non de paix. Ainsi, la trêve olympique, héritée des Jeux grecs de l’Antiquité, a toujours été un mythe : il n’a jamais été démontré qu’un événement olympique ait déjà stoppé une guerre.

Le culte de la performance

En 1924, la devise olympique est introduite et se compose de 3 mots latins signifiant : « Plus vite-Plus haut-Plus fort ». Elle traduit une conduite de vie promettant de donner le meilleur de soi, de trouver sa propre excellence, de repousser ses limites. La victoire et la gloire en fin de parcours ! Alors comment comprendre ce paradoxe sportif, entre cette devise historique et le credo – « l’important n’est pas de gagner, mais de participer. » ?

Gagner quelques secondes ou gagner quelques centimètres, tels sont les objectifs des athlètes et délégations venues du monde entier. Le culte du corps–et donc le culte de la performance– repose sur une armada de moyens tant humains que logistiques. En effet, la recherche de nouveaux records pose la question des limites physiques et mentales. Certains sportifs s’entourent de physiologistes, nutritionnistes, médecins du sport, kinésithérapeutes, entraîneurs sportifs, experts en équipements vestimentaires, biomécaniciens, coachs et analystes de performance, etc. Le corps du sportif est devenu une voiture de Formule 1 !

Ainsi, il est soumis à des ajustements d’ingénierie afin d’atteindre une vitesse et une puissance maximales. Le moindre avantage compte et les médailles se gagnent autant dans le laboratoire que sur le terrain. Dilemme : jusqu’où doit aller le progrès ? Quand il n’y aura plus de records à battre, les sportifs seront-ils confrontés à une crise existentielle ?

Même si certains pays n’ont pas la capacité financière et logistique d’offrir les moyens technologiques de certains concurrents à leurs poulains, l’aspiration à la victoire et à la performance ne doit pas remettre en cause la coalition entre les participants. D’ailleurs la devise des Jeux a été modifiée en 2021 afin d’atténuer l’individualisme pour devenir : « plus vite, plus haut, plus fort- ensemble ».

À partir de documents d’archives et d’extraits de presse, les JO ont marqué l’Histoire par des images emblématiques d’instrumentalisation mais aussi d’amitié et de grandeur. Même si le sport (outil politique et financier) cristallise les tensions géopolitiques dans un monde de plus en plus fragmenté ; les enseignements de l’olympisme, qui s’articule autour de l’excellence, de l’amitié et du respect, restent fondamentaux. En réalité, ce sont les athlètes qui nous les transmettent. Ils s’appliquent à maintenir et à faire perdurer l’essence de la culture des JO.

La flamme de l’esprit olympique n’est pas éteinte, elle est seulement moins vive que ne l’aurait imaginé Pierre de Coubertin…

Najoua


[1] L’olympisme : néologisme créé par Pierre de Coubertin qui signifie « ensemble de ce qui concerne les Jeux Olympiques, leur organisation, leurs règlements, etc. »

[2] Né en 1863, mort en 1937, de son vrai nom Pierre Frédy, Baron de Coubertin, historien et pédagogue français. Il œuvra pour l’éducation physique dans les établissements scolaires, réinventa les Jeux olympiques modernes en s’inspirant des JO de la Grèce antique et créa le Comité International Olympique (CIO). 

[3] Pour en savoir plus sur l’Histoire des Jeux, un documentaire d’Olivier Lemaitre redonne vie aux merveilles disparues d’Olympie et offrent aux spectateurs une immersion dans le berceau des JO : www.imineo.com/videodocumentaires  « Olympie : immersion dans le berceau des Jeux Olympiques »

[4] Article 2 de la Charte olympique, regroupement des principes fondamentaux et des règles liées au Mouvement olympique. Libre d’accès sur le net.

[5] Documentaires en libre d’accès sur le net : www.sciencesetavenir.fr « nazisme, colonialisme, guerre froide : comment les JO racontent l’histoire du monde ».

[6]  Inspiré d’un sermon de l’archevêque de Pennsylvanie Ethelbert Talbot, lors des JO de Londres en 1908. Le contenu du sermon était : « l’important dans ces olympiades n’est pas tant d’y gagner que d’y prendre part. »

[7] spécialistes des propriétés mécaniques de l’organisme.

[8] mathématiciens et statisticiens chargés de décrypter les prouesses d’athlète.

Ils se relèveront…

Tu es couché, dos à terre. Tes frères dorment à poings fermés malgré la guerre qui éclate dehors.
Ta mère te donne dos, pleure en silence et implore notre Seigneur. Devant vous, elle donne l’image d’une femme forte, mais au fond d’elle, la peur la ronge.

Chaque matin et chaque soir, elle te répète de tenir tête à l’ennemi. Qu’un jour ou l’autre, ils seront punis car nous, on a ce qu’ils n’ont pas : Dieu est avec nous.

Un énième bombardement vient d’éclater. Alors que tu es dans tes pensées, ta demeure est visée. Derrière le viseur, un sans-coeur.
Avant même de réaliser, tu te retrouves sous les décombres.

Au-delà de l’expression, le ciel t’est vraiment tombé sur la tête. La douleur est trop forte, tu te sens partir… tu te dis c’est fini. Mon heure est arrivée.

Une lumière te brûle les yeux. Est-ce celle du paradis ? Heureux, tu ouvres les yeux. Et là, tu retombes en enfer. Autour de toi, les docteurs s’agitent, les mères prient, les pères crient…
Oui, tu as survécu à l’attaque. Mais perdu, tu ne sais pas si tu dois être heureux d’être encore en vie ou désespéré de ne pas être mort.

Après quelques heures seulement, on te demande de quitter les lieux. D’autres blessés sont en chemin et les places manquent. Alors tu prends sur toi, et tu quittes ce lit d’hôpital.

Dehors, toujours le même décor : les cris en guise de mélodie, les barrages formés par les chars en guise de paysage.

Sans famille, sans toit, tu déambules dans les rues de Gaza.
Quelque part au loin, perdu, tu trouves une école sous la protection de l’ONU.
Autant y aller, tu n’as plus rien à perdre, de toute manière, tu es déjà six pieds sous terre.

Plusieurs familles se sont réfugiées ici, tu repenses à cette fameuse nuit, où les tiens sont partis.

Une larme s’échappe, puis deux, un torrent de larmes s’ensuit…

De petites mains se posent sur tes joues et essuient ces perles qui coulent. Tu lèves les yeux, face à toi, un enfant qui te sourit à pleines dents.
L’espace d’un instant, tu oublies ta souffrance.

Mais à peine retrouves-tu une lueur d’espoir, que celle-ci laisse place au néant.

Le lendemain, dans tous les journaux occidentaux, on peut lire  » Tirs d’obus israéliens sur une école de l’ONU « . Ton corps ensanglanté est à la une d’Al-Jazeera. Tu viens de nous quitter. Ta perte nous laisse un goût amer.

Mais pour tout Palestinien tombé, dix se relèveront. Et pour dix Palestiniens tombés, cent se relèveront.
Et pour cent Palestiniens tombés, tous se révolteront.

Aujourd’hui, on est tous Palestiniens.

Noor T.

Le Muslim Bashing ou le refus du « succès musulman »

Le terme « Muslim bashing » désigne le dénigrement systématique et souvent virulent des musulmans en raison de leur religion (apparente ou supposée). Ce phénomène s’est intensifié ces dernières années, alimenté notamment par des discours politiques polarisants, des médias sensationnalistes et des préjugés coloniaux ancrés. En Belgique, plusieurs personnalités publiques ont été affectées par ce phénomène : l’ingénieure Ihsane Haouach, le fondateur de MolenGeek Ibrahim Ouassari ou encore récemment le député Fouad Ahidar. 

Le Muslim bashing n’est pas seulement un problème de discrimination individuelle, mais un enjeu sociétal qui affecte la cohésion sociale et qui impacte la perception des musulmans de manière générale dans la société civile. 

Les origines du Muslim bashing

Plusieurs éléments peuvent expliquer l’apparition de ce phénomène : l’Histoire coloniale, tout d’abord. Les politiques coloniales ont souvent exploité les différences religieuses pour diviser et gouverner. Cette histoire a laissé un héritage de méfiance et de stéréotypes qui perdurent jusqu’à aujourd’hui. Deuxième élément, le terrorisme et la sécurité. Les actes de terrorisme commis par des extrémistes ont conduit à une généralisation injuste de l’ensemble des musulmans. Cet amalgame renforce la peur et le rejet de l’islam et de ses partisans de manière plus globale. A cet effet, le cas d’Ihsane Haouach est très révélateur. En 2021, l’entrepreneuse sociétale de 38 ans est nommée commissaire du gouvernement auprès de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. Une nomination qui suscite de nombreux remous malgré un cv en béton. Attaquée de toutes parts, elle finit par démissionner six semaines seulement après sa nomination… En troisième lieu, les discours politiques. Certains politiciens utilisent le Muslim bashing comme un outil pour gagner des voix en exploitant les peurs et les préjugés. Cela est particulièrement visible dans les discours populistes et nationalistes et en période électorale ou de négociation pour la formation d’un gouvernement. Un exemple d’actualité concerne le député Fouad Ahidar et sa liste qui a remporté un succès inattendu lors du scrutin du 09 juin dernier. Partisan de la liberté de culte, il est accusé de vouloir «  imposer la charia » en Belgique, est présenté comme « un parti religieux », une liste « islamique »,… Ses vingt ans d’engagement en politique notamment en tant que président du Parlement de la communauté flamande à Bruxelles et vice-président du Parlement bruxellois ne pèseront pas dans la balance… Enfin, en quatrième lieu, les médias sensationnalistes. Les médias jouent un rôle clé en amplifiant les incidents impliquant des musulmans tout en négligeant les contextes plus nuancés. Cette couverture déséquilibrée contribue à la stigmatisation. Les mea culpa, rares, n’arrivent qu’une fois le mal occasionné. 

Conséquences du Muslim bashing

Les répercussions du Muslim bashing sont multiples et profondes : discriminations, exclusions, violences, harcèlement,… De nombreuses réputations sont aussi durablement entachées et le travail fourni durant toute une vie est réduit à néant en quelques minutes. Ibrahim Ouassari, fondateur de MolenGeek a ainsi été étiqueté de « Frères musulmans ». L’affaire a été portée en justice par l’intéressée mais celle-ci ne lui a pas donné gain de cause en raison notamment de « la présence importante  de jeunes filles portant le foulard » et qui suivent les formations dispensées par cet écosystème technologique. Une décision qui interpelle. Néanmoins, l’apparition de musulmans qui revendiquent cette part de leur identité à des positions stratégiques contribuent à accentuer un sentiment de méfiance et de peur de la part d’une certaine frange de la population. Il est aujourd’hui essentiel de continuer à mener ce combat malgré les conséquences. Un combat qui permettra aux futures générations d’assumer pleinement leur religiosité et leur citoyenneté. 

H.B. 

09 juin, un rendez-vous à ne pas manquer !

Le 09 juin prochain, nous, citoyens belges, sommes convoqués afin de partager « notre voix » pour les élections fédérales, régionales et européennes. Oui, c’est clairement de cela qu’il s’agit : faire entendre notre voix. Pourtant, au sein de notre communauté, les élections sont parfois boudées, dénigrées, et parfois même combattues.

Pilier de notre démocratie, le droit de vote a été arraché au terme d’un combat difficile notamment pour les femmes qui n’ont pu officiellement voter en Belgique qu’à partir de 1949, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Obligatoire chez nous, le droit de vote apparaît de plus en plus comme une contrainte. L’abstention reste un problème électoral tout comme le choix de ne pas voter (vote blanc).

Pourtant, en tant que minorité, l’acte de voter revêt une importance cruciale, façonnant le paysage politique qui détermine les orientations futures de nos sociétés.

Renforcer notre voix

Chaque bulletin de vote compte. En exerçant notre droit de vote, nous, citoyens, influençons directement le choix des dirigeants, des politiques et des lois qui auront un impact direct sur nos vies quotidiennes. Voter c’est donner le pouvoir à ceux qui nous représenteront. Il ne s’agit donc pas d’un acte négligeable, bien au contraire, cela revêt une importance capitale. Il faut pouvoir conscientiser les jeunes et moins jeunes afin de poser un choix réfléchi et en accord avec nos principes et valeurs.

Influencer le changement

Les élections offrent une plateforme pour exprimer le mécontentement ou la volonté de changement. En votant, les citoyens apportent leur soutien aux candidats et aux partis politiques qui représentent le mieux leurs idées et leurs valeurs. En 2030, les prédictions indiquent que la population musulmane sera majoritaire à Bruxelles… Or les lois et les politiques contre le droit des musulmans sont de plus en plus nombreuses : le retour de la question du halal n’est que le dernier épisode en date. Nous ne pouvons pas d’un côté nous poser en « éternelles victimes du système » et de l’autre ne pas nous mobiliser lors de rendez-vous cruciaux comme celui du 09 juin !

Un seul mot d’ordre : se mobiliser !

Il faut se mobiliser, cela passe par l’étude des programmes politiques, et choisir les partis qui sont en accord avec nos valeurs et principes. Il ne s’agit pas d’élire des hommes et des femmes mais de choisir des idées ! Or, nous votons pour des connaissances ; des personnalités connues mais nous oublions que ces personnes ne sont que la vitrine d’idées défendues par un parti politique et ce sont ces idées-là qui doivent nous intéresser. En conclusion, l’importance d’aller voter ne peut être sous-estimée. C’est un devoir civique, un moyen de façonner activement l’avenir de notre société et de protéger nos droits. Dans un monde où les défis et les enjeux sont nombreux, face à la libéralisation des discours extrémistes, le vote demeure l’un des outils les plus puissants dont disposent les citoyens pour créer un avenir meilleur et plus juste pour tous.

H.B.

La solidarité, l’ADN de l’être humain

Humanité, neutralité, impartialité, autonomie sont les 4 principes fondamentaux de l’action humanitaire. Ces valeurs internationales répondent aux souffrances humaines partout où elles se manifestent, en prêtant une attention particulière aux populations les plus vulnérables. Ainsi, l’aide humanitaire ne favorise aucun camp lors de conflits armés. Elle doit être octroyée sur la seule base des besoins, sans aucune discrimination culturelle, religieuse ou ethnique. De plus, leurs finalités doivent être détachées des objectifs économiques, militaires ou autres. En effet, aucune influence politique, stratégique n’entache leurs actions. Ce besoin d’agir face à une multiplication de crises humanitaires, sanitaires fait partie de notre conscience en tant qu’être humain. Alors, l’action humanitaire est-elle la solution à tous les problèmes du monde ? L’humanitaire, nouvel acteur politique de son temps ?

Objectif : la dignité humaine

Guerres, exodes, catastrophes climatiques, famines sont observées depuis plusieurs années. Le monde actuel vit une transition dans le sens large du terme : énergétique, écologique, numérique, financière, démographique ( vagues de réfugiés économiques, climatiques, politiques). Et l’humanitaire vit dans cette complexité géopolitique à laquelle il faut répondre aux besoins, en s’adaptant aux contraintes des pays d’intervention. À travers le monde, les communautés religieuses et associatives s’empressent d’aider les plus démunis et ceux qui sont en détresse financière : une forme d’altruisme qui élève notre humanité. La multiplication des associations et des ONG est une preuve évidente du besoin d’aide dans le monde car il reste tant à accomplir. L’Homme est donc, source d’action et de soutien aux pauvres et aux faibles. Quelques fois, les actions de solidarité sont fortement limitées sur le plan géopolitique (les astreintes naturelles et climatiques, les embargos, les contraintes volontaires de l’acheminement de l’aide par des barrages militaires et par une politique « génocidaire »). En effet, cette dimension politique freine l’action humanitaire ; ce qui rend complexe leurs champs d’action. Sur le terrain, les acteurs humanitaires sont en première ligne ; c’est pourquoi ils aspirent et militent pour une forme d’immunité politique afin de ne plus être impactés par les conflits et contraintes gouvernementales. Leur démarche est une forme de politique, mais humanitaire car ils n’ont aucunement une approche d’appartenir à un parti. « Les acteurs humanitaires ont bien une responsabilité sociale et politique, celle d’alerter sur des situations de crise et de confronter les autorités politiques à leurs responsabilités vis-à-vis des populations les plus vulnérables. » Mais pour cela, il faut des partenaires convaincus et responsables. De plus, ce sont les États qui sont juridiquement garants de la sauvegarde de toutes les ressources caritatives (humaines, logistiques) sur le terrain d’intervention.

Gaza, séisme humanitaire

Veiller à acheminer jusqu’aux populations affectées par les crises, les aides nécessaires et prioritaires, souvent dans un environnement politique et sécuritaire complexe, est une tradition universelle à tout organisme. Cependant, en Palestine, le ton change et la situation reflète l’impuissance d’intervention sur le terrain. Pourtant les besoins là-bas dépassent l’entendement. En effet, les contraintes logistiques d’aide sur place prennent une tournure inhumaine concernant la bande de Gaza. Plus d’un mois après la décision de la Cour Internationale de Justice (CIJ), Israël ne permet pas l’entrée d’une aide suffisante dans la ville et ne s’est pas conformé aux ordonnances de mesures minimales, à savoir l’aide humanitaire vitale et les services élémentaires d’assistance aux populations sensibles. « L’ampleur et la gravité de la catastrophe humanitaire causée par les bombardements incessants, les destructions et le siège étouffant mis en place par Israël, exposent plus de 2 millions de Palestiniens de Gaza à des préjudices irréparables. » Les images de cette catastrophe humanitaire nous parviennent des réseaux numériques. Des scènes de chaos où les convois terrestres ont été attaqués par les forces israéliennes et pillés par des civils palestiniens désespérés. C’est pourquoi, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) décide d’envoyer l’aide par voie aérienne. Initialement utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale pour ravitailler les troupes isolées sur le terrain, les parachutages sont devenus un outil apprêté pour l’acheminement de l’aide. Ils ont été servis pour la première fois par les Nations Unies (ONU) en 1977. Cependant, ils sont considérés comme le « dernier recours » lorsque les options efficaces échouent.
Entrer à Gaza, c’est entrer dans une zone de guerre dans laquelle les bombardements et les tirs sont incessants. Les humanitaires exposent leurs vies pour mener à bien leur mission afin de livrer l’aide vitale à la population, et sont impactés par les atrocités des offensives. Leur posture est un défi de détermination et de courage.

L’humanitaire est interpellé dans sa conscience, dans son éthique et dans ces valeurs (citées en début d’article) face à Gaza. D’abord, par une situation qui continue de se nécroser humainement sur le terrain et surtout par l’échec cuisant de l’international (ONG, ONU, CIJ, PAM, OXFAM, AMNESTY INTERNATIONAL, UNICEF, …). « Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres. »

Najoua

Histoire de la Reconquista

La Reconquista désigne la reconquête par les chrétiens de l’Espagne occupée par les musulmans depuis le 8ème siècle. Contrairement aux idées reçues, la Reconquista est une période très longue qui commence pratiquement tout de suite après la prise du pouvoir par les conquérants musulmans.  

En 711, le lieutenant berbère Tarik Ibn Ziyad franchit le détroit de Gibraltar avec ses troupes et inflige une cuisante défaite au dernier roi wisigoth, Rodrigue. Les musulmans ne tardent pas à conquérir toute la péninsule, à l’exception des régions montagneuses du nord.  

Au nord, précisément, subsistent quelques territoires aux mains des chrétiens, rejoints par de nombreux citoyens ayant fui vers le nord lors des invasions.  Ces gens maintiennent farouchement leur culture et leur identité,  et cultivent un espoir de reconquête des territoires perdus. Ils entrent en résistance et ne tardent en réalité pas à prendre les armes. 

Le premier épisode connu de Reconquista se déroule en 722  à Cavadonga  dans les Asturies.  Mais, divisée, l’Espagne chrétienne n’est alors pas en position de force face aux Musulmans, qui s’enracinent sur le territoire, et connaissent une fabuleuse période de rayonnement culturel et intellectuel, avec pour centre névralgique la cité de Cordoue. Progressivement, la situation tend à s’inverser et le califat se morcelle en différents petits royaumes appelés les Taïfas.  

Au 11ème  siècle, le royaume de Castille gagne en puissance et son roi, Alphonse XI reprend Tolède aux Musulmans.  Les Almoravides, une dynastie berbère d’Afrique du Nord, viennent en renfort et prennent la tête du royaume musulman. Ils seront remplacés plus tard par les Almohades. Le 13 ème siècle voit tomber aux mains des chrétiens les villes de Cordoue, de Valence et de Séville. À la fin du XIIIème siècle, les musulmans n’occupent plus que le royaume de Grenade. 

La Reconquista se termine vers 1492 avec la prise de Grenade. La lutte des chrétiens pour reprendre les territoires aura donc duré près de sept siècles. Sept siècles durant lesquels les musulmans auront connu le rayonnement et la grandeur, puis la décadence et le déclin.  Beaucoup de musulmans qui admirent les vestiges architecturaux de cette grandeur en visitant l’Andalousie, se trouvent assaillis par des sentiments d’admiration et de nostalgie. 

Impression de paradis perdu et  mélancolie à l’évocation des splendides réalisations des musulmans de cette époque faste. 

Il convient cependant de ne pas s’attarder sur ces émotions douloureuses, voire stériles…. 

تِلْكَ أُمَّةٌۭ قَدْ خَلَتْ ۖ لَهَا مَا كَسَبَتْ وَلَكُم مَّا كَسَبْتُمْ ۖ وَلَا تُسْـَٔلُونَ عَمَّا كَانُوا۟ يَعْمَلُونَ 

«Voilà une génération bel et bien révolue. A elle ce qu’elle a acquis, et à vous ce que vous avez acquis. On ne vous demandera pas compte de ce qu’ils faisaient» 

C’est par ces paroles que le Coran nous invite à faire la part des choses. Le passé doit servir à tirer des enseignements et non à s’engluer dans le regret ou à s’y agripper.  

L’attitude positive et constructive consiste plutôt à se mettre en mouvement et à réaliser chacun à son échelle, aujourd’hui et maintenant, les actes et les projets qui élèvent les individus du statut de consommateur passif à celui d’acteur productif de la société.  

Hayat Belhaj  

Le temps de la mémoire : hommage aux premiers immigrés

Selon les statistiques sur l’origine de la population belge, la proportion d’origine étrangère représente 20% de la population totale [1] dont la citoyenneté marocaine se trouve en tête du classement. C’était en 1964, que ces 2 pays, la Belgique et le Maroc signèrent une entente d’occupation des travailleurs marocains.

60 ans de présence marocaine en Belgique font suite à l’époque des conventions sur la main-d’œuvre entre l’Europe et l’Afrique du nord. Les appels d’offres inondaient les radios et les journaux des pays méditerranéens : contrats en bâtiments, dans l’industrie, dans les mines. L’Europe courtisait une main-d’œuvre afin de reconstruire les états dévastés par la Seconde Guerre mondiale… Un eldorado pour certains, un calvaire pour d’autres, et certainement un déracinement pour tous.

Des bribes de souvenirs

Après avoir constaté que la main-d’œuvre européenne était manquante, la solution d’aller chercher dans les pays colonisés un autre type d’ouvrier devenait vitale pour rebâtir. Ainsi, « l’étranger » traverse la mer et arrive dans un pays d’accueil où les difficultés d’adaptation se font ressentir dès le premier pas posé : la langue du pays, les us et coutumes, les défiances mutuelles, l’ignorance des droits.

Les pouvoirs publics belges [2] dans leur politique d’accueil ont peu investi dans les installations des « immigrés-ouvriers » : pas assez de logements adaptés aux grandes familles, peu ou pas de connaissance de leurs droits quant aux heures prestées, les écoles où étaient scolarisés les enfants devaient se débrouiller avec les moyens du bord. Les élections sociales vont permettre aux travailleurs d’élire leurs représentants aux conseils d’entreprise et aux comités de sécurité et d’hygiène. Cependant, la communauté marocaine ne sera pas représentée (souvent par crainte et/ou par ignorance) ce qui est différent pour les autres travailleurs venant de pays européens comme l’Italie et l’Espagne.

Les conditions de travail pénible, la difficulté de se loger dignement et les stéréotypes, le racisme, la xénophobie faisaient aussi partie de leur quotidien. Travailler pour subvenir aux besoins des familles, puis repartir d’où l’on est venu. C’était l’objectif de tant d’immigrés marocains. Mais, les enfants de la première génération aspiraient à autre chose. Ils n’ont connu que la Belgique, ont été bercés par la culture belge dès leur plus tendre enfance. Pour eux, hors de question de partir sur la terre de leurs parents. Des enfants « déracinés » entre deux terres. En Belgique, l’étiquette d’enfant d’« immigrés » et au Maroc, l’étiquette d’enfants « européanisés » colle à leur peau. En d’autres termes, ils sont les enfants de nulle part.

Le lien intergénérationnel

La notion de travail pour la jeune génération bouscule leur identité. Leurs parents, venus parfois avec une petite valise pour des lendemains meilleurs, furent le premier socle d’un lien intergénérationnel. En effet, les conditions de travail des premiers immigrés étaient très difficiles, leurs postes étaient souvent laborieux et dangereux dans les mines, la métallurgie. Aujourd’hui, la deuxième descendance veut sortir de cette vision ancienne de la migration vers le travail industriel. C’est pourquoi, ils sont porteurs de projets sociaux, culturels, politiques, et se détachent de la continuité du schéma migratoire perpétué par leurs parents.

De plus, un travail de mémoire [3], pour entretenir ce lien entre les premières générations et les suivantes, est nécessaire afin de comprendre les conditions d’arrivée des parents en terre d’Europe. La connaissance d’un pan de l’Histoire permet de remettre du lien entre les familles. Un devoir de mémoire plus que vital pour les enfants d’immigrés doit toujours être retracé afin de comprendre sa propre situation de jeunes nés en Belgique. Renier son passé, c’est renoncer à son avenir. On hérite de la culture de nos parents, et on façonne la nôtre en l’exprimant à travers nos aspirations et nos projets d’avenir.

Se sacrifier pour une meilleure vie, c’était leur priorité. Les commémorations en l’honneur de nos anciens sont indispensables pour tracer leurs sacrifices et leur courage. Le rattachement à la culture et le droit à l’intégration font émerger une élite marocaine dans divers pôles : politiques, artistiques, entrepreneuriat. Aujourd’hui, les enfants des flux migratoires marocains portent en eux le changement et ce, dans une société belge multiculturelle puis, timidement, tracent la voie de la transmission et se réapproprient les récits de leurs parents…

À nos pères.

Najoua, fille d’immigrés


[1] Site de STATBEL sur le site www.fr.360.ma/mondestatistique.

[2] Pour en savoir plus : « Emigrés nord-africains de Belgique » documentaire réalisé par la RTB la deux en 2004 avec des archives de 1970, sur YouTube dans le blog de emya noiram.

[3] Pour en savoir plus : http://www.rtbf.be/article/les-maroxellois-fetent-60-ans-dimmigration-cest-important-daller-a-la-source-11331276