La nouvelle migration : la « Hijra » et ses dérives contemporaines

La hijra en arabe, qui désigne historiquement la migration des musulmans vers un lieu plus sûr pour pratiquer leur foi, prend aujourd’hui une dimension nouvelle et complexe. En examinant pourquoi certains Marocains choisissent de faire la hijra , nous devons nous interroger sur les motivations qui les poussent à quitter leur cité d’origine et à chercher une vie meilleure ailleurs. Ce phénomène soulève des questions importantes sur l’authenticité de cette migration et sur les enjeux qui se cachent derrière.

La Hijra : une fuite ou un nouveau départ ?

Pour de nombreux Marocains, la hijra apparaît comme une manière de fuir les conditions difficiles de leur cité d’origine. Les villes du Maroc, où riches et pauvres cohabitent souvent, ne permettent pas toujours aux familles modestes d’accéder aux mêmes opportunités que les plus aisées. Ce contraste exacerbé pousse certains à chercher une vie meilleure ailleurs, loin des inégalités criantes.

En comparaison, en France, les enfants d’immigrés sont souvent relégués dans des cités en périphérie des grandes villes, loin des centres de pouvoir et de richesse. Cette ségrégation spatiale renforce leur marginalisation et limite leurs chances d’intégration. En ce sens, la hijra vers une autre ville au Maroc pourrait être vue comme une tentative de s’intégrer dans un environnement plus inclusif, où la mixité sociale est possible, et où les opportunités de réussite sont plus accessibles.

Une nouvelle terre promise ?

Cependant, cette nouvelle hijra vers des villes marocaines perçues comme des « eldorados » pose la question de la véritable intention derrière cette migration. Est-ce réellement un acte de foi, un désir de remplir son rôle d’ambassadeur de l’Islam en renouant avec sa culture d’origine, ou s’agit-il simplement d’une quête recherchant à satisfaire ses intérêts personnels et nourrir ses propres passions?

La tradition islamique enseigne que le musulman doit aller à la rencontre de l’autre, échanger, et apporter sa contribution à la société. Mais aujourd’hui, nous assistons à un phénomène où la hijra est parfois exploitée à des fins purement matérielles. Derrière ce terme sacré se cache souvent un business lucratif, « webinaire: comment s’installer au Maroc ?  » où l’accueil des musulmans en quête de refuge devient un prétexte pour alimenter leurs intérêts économiques.

La hijra à l’époque du prophète : un acte de foi

Il est important de rappeler que la première hijra, effectuée par les compagnons du prophète Muhammad, était motivée par un besoin urgent de protéger leur foi face à la persécution. Ils ont quitté la Mecque pour l’Éthiopie, puis Médine, afin de pouvoir pratiquer l’Islam en toute liberté et sécurité. C’était un acte de foi, de sacrifice, où l’intérêt collectif prévalait sur les ambitions personnelles.

Aujourd’hui, la motivation derrière la hijra semble parfois déviée. Pour certains, elle alimente un fantasme de surconsommation et de satisfaction personnelle, plutôt qu’une véritable réflexion sur les défis de notre époque. Le désir d’avoir plusieurs épouses, par exemple, légiféré dans certaines régions, et de fonder une famille en espérant que ces enfants étudieront miraculeusement le Coran et deviendront des enfants pieux, détourne ainsi le sens originel de la hijra.

Une réflexion nécessaire

Face à ce constat, il est crucial de se poser des questions sur la nature de la hijra moderne. Sommes-nous en train de perpétuer une tradition spirituelle, ou sommes-nous en train de céder à des passions et à des intérêts personnels ? La hijra ne devrait pas être un simple moyen d’échapper aux difficultés ou de satisfaire des désirs personnels. Elle doit rester un acte de foi, guidé par des valeurs spirituelles et une volonté sincère de contribuer positivement à la société.

Sur les réseaux sociaux, il est frappant de constater comment certains posts semblent ériger la hijra en un nouveau pilier de l’Islam. Des questions absurdes surgissent : « Si j’ai une somme d’argent, dois-je l’utiliser pour la hijra ou pour le hajj ? ». Ce genre de réflexion révèle une déformation inquiétante des priorités religieuses, où des concepts nobles et spirituels sont détournés et simplifiés jusqu’à l’absurde. 

Il est essentiel de se demander jusqu’où cette absurdité va nous mener. Sommes-nous en train de perdre de vue les véritables enseignements de notre foi ? Plutôt que de nous focaliser sur des choix matérialistes ou des migrations perçues comme des solutions miracles, ne devrions-nous pas retrousser nos manches et nous mettre sérieusement au travail pour résoudre les problèmes de notre époque ? La fainéantise et la lâcheté humaines semblent parfois nous pousser à chercher des échappatoires, à fuir plutôt qu’à affronter les défis de notre temps.

Il est grand temps de nous remettre en question. Nous devons réévaluer nos priorités, redéfinir nos objectifs, et retrouver le vrai sens de nos actions religieuses. La hijra ne doit pas être perçue comme un moyen de fuir nos responsabilités, mais plutôt comme des opportunités pour renforcer notre foi et contribuer positivement à la société. Le chemin de l’Islam est un engagement actif, un effort constant pour améliorer notre monde, et non pas une voie de fuite ou d’abandon face aux difficultés. Il est temps de redonner à nos actions leur véritable sens, en nous engageant sincèrement et avec courage dans les défis de notre époque.

En conclusion, la hijra moderne au Maroc risque de perdre son essence spirituelle si elle est motivée uniquement par des intérêts matériels. Il est important pour les musulmans d’aujourd’hui de se rappeler l’exemple des premiers compagnons et de réfléchir profondément à leurs intentions avant d’entreprendre une telle démarche. La hijra doit rester un acte de foi, de solidarité, et d’engagement envers les valeurs universelles de l’Islam.

Hana Elakrouchi

Pourquoi les marchés ont-ils chuté ?

Lundi matin, les marchés boursiers ont plongé, provoquant la panique parmi les sociétés de la tech américaines et entraînant dans leur chute le marché des cryptomonnaies. Le CAC 40 a baissé de 5,1 % en trois jours, le S&P 500 de 6,1 %. Le Bitcoin a enregistré une chute de 17 % de sa valeur en 24 heures et 30 % en une semaine. L’Ethereum a perdu 25 % en 24 heures, Apple a chuté de 17 %… Qu’est-ce qui justifie cette baisse ?

  1. Les chiffres décevants de l’économie américaine : le taux de chômage est passé à 4,3 %, ce qui laisse entrevoir un climat de récession pour certains investisseurs, tandis que d’autres paniquent. La première raison est donc une crainte de récession économique aux États-Unis.
  2. À cause de l’inflation montante, la Banque du Japon a décidé d’augmenter son taux directeur. Deux conséquences immédiates ont été constatées :
    • Le Nikkei 225 (indice regroupant les cours des 225 meilleures sociétés japonaises) a immédiatement plongé avec une baisse de 25 % de sa valeur en deux semaines.
    • Le Carry Trade a été impacté par cette hausse.

Qu’est-ce que le Carry Trade ? C’est le fait d’emprunter dans des devises à faible taux (comme le yen) et de prêter cet argent en achetant des obligations (américaines par exemple) à taux plus élevé pour profiter de la différence de taux. Cependant, lorsque la Banque du Japon a décidé d’augmenter son taux directeur, la monnaie japonaise s’est appréciée par rapport au dollar, ce qui n’est pas favorable à l’économie japonaise, connue pour être très exportatrice (l’article suivant, « Chute de l’Euro, vers un effondrement de la zone Euro ? », permet de mieux comprendre le lien entre un pays exportateur et son économie).

Les investisseurs qui avaient profité de ce Carry Trade avaient également investi dans des actions américaines.

  1. Avec l’augmentation de ce taux directeur, ils ont décidé de rembourser leur emprunt japonais et, pour ce faire, ils ont dû vendre leurs actions américaines, ce qui a provoqué :
    • un effet de masse induisant une baisse du cours des actions américaines ;
    • un effet de panique : certaines sociétés telles qu’Intel ont enregistré de faibles performances, si bien que des licenciements ont été annoncés, ce qui a engendré un effet de panique renforçant cette baisse du cours des actions américaines.

Néanmoins, cette explication ne satisfait que partiellement, et nous y reviendrons un peu plus loin dans l’article.

À présent, et afin de mieux saisir ce concept de Carry Trade, prenons un autre exemple « plus parlant ».

À l’heure d’une journée d’été où ces quelques lignes sont écrites, beaucoup sont en vacances. Supposons que 1 € vaut 12 dirhams marocains. Ainsi, l’euro s’apprécie particulièrement, car ceux qui ont l’habitude de convertir l’euro en dirhams savent que la conversion de 1 € tourne en moyenne autour de 10,60 dirhams. Certains investisseurs seraient tentés d’acheter beaucoup de dirhams (ou d’emprunter dans les banques marocaines) pour les placer dans des obligations européennes (donc prêter de l’argent) où le taux est élevé, afin de maximiser les profits.

Maintenant que nous avons compris ce concept, on comprend mieux ce qui s’est passé sur le marché des devises du yen (Forex) et du dollar. Un faible taux du yen favorise l’emprunt de celui-ci pour prêter (achat des obligations) en dollar.

(Pour apporter plus de précisions à notre exemple de dirhams convertis en euros, il est nécessaire de nuancer nos explications : en réalité, le dirham marocain est partiellement indexé sur la devise américaine (40 %) et européenne (60 %). Cela signifie que la monnaie marocaine subit proportionnellement les mêmes variations que celles du dollar et de l’euro. Les mouvements du marché Forex (dollar et euro) auront donc un impact sur le dirham, ce qui explique les variations des taux de change de l’euro par rapport au dirham marocain.)

  1. Le climat tendu entre l’Iran et Israël depuis l’assassinat de Haniye Ismail, le chef du Hamas, laisse les marchés sur le qui-vive. Les marchés réagissent très mal aux climats de doute et d’incertitude.

Ces quatre points ont rapidement et non durablement donné raison aux analystes les plus pessimistes, qui annoncent une récession depuis le Covid.

C’est pourquoi l’hypothèse d’une corrélation entre la hausse des taux directeurs du yen et la baisse des cours boursiers américains n’est que très peu satisfaisante. L’augmentation du yen a contribué à cette baisse des marchés, en plus des autres raisons évoquées ci-dessus.

Alors que certains investisseurs déjà présents sur les marchés ne se réjouissent pas des chutes brutales des cours boursiers, d’autres y voient un excellent moment pour investir.

L’analyse technique démontre que lorsque les marchés sont en pente descendante, il est inutile de se précipiter. Il faut être patient et saisir les points les plus bas pour profiter de belles hausses.

C’est lorsque les marchés réagissent à la moindre mauvaise nouvelle que les investisseurs les plus aguerris comprennent que le meilleur moment pour investir n’est pas très loin. Pour l’instant, le Nikkei ne réagit pas de manière « excessive et exacerbée » aux différentes mauvaises nouvelles énumérées plus haut. En effet, le marché semble réagir « normalement » au contexte.

Si la récession est bien là, les marchés continueront de baisser et offriront de bonnes opportunités d’achat. Si Warren Buffet a vendu la moitié de ses actions Apple, c’est précisément parce qu’il croit que des opportunités sont sur le point d’arriver.

Nelm

Mohamed Toujgani sera belge

La justice a tranché : Mohamed Toujgani, ancien imam de la mosquée Al Khalil (Molenbeek), a reçu le feu vert concernant sa demande de naturalisation. Il devrait recevoir sa carte d’identité d’ici quelques mois et pourrait rentrer en Belgique. Une décision qui soulève une levée de boucliers au sein de la classe politique belge et qui s’invite dans les négociations fédérales.

Mohamed Toujgani pourra donc rentrer en Belgique, pays qu’il n’a pas revu depuis 2022, suite à la décision de Sammy Mahdi, ancien secrétaire d’État à la Migration, qui avait décidé de lui retirer son titre de séjour, estimant, sur la base d’un rapport des services de renseignements, qu’il constituait une menace pour la sécurité nationale. Un rapport du comité R, chargé du contrôle des services de renseignement, a toutefois jugé que les analyses de la Sûreté étaient disproportionnées… Une décision que ne digèrent pas certains politiques, à l’image de l’ancien secrétaire d’État à la Migration (N-VA) Théo Francken, qui s’est fendu d’un long tweet sur sa page Facebook : « Ces personnes n’ont pas leur place dans notre société et ne devraient certainement pas devenir Belges. Nous devons empêcher cela. Et rendre nos lois sur la migration et la nationalité encore plus strictes. Je préside le groupe de travail sur l’immigration dans le cadre des négociations gouvernementales et je mettrai cette question sur la table. » Théo Francken va plus loin et accuse l’imam d’être « l’inspirateur idéologique d’Abdeslam, Abaaoud et d’autres terroristes de l’EI. » Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, est aussi très dur dans ses propos et critique ouvertement la justice : « Et dire que certains pensent que le problème de la Justice, c’est uniquement un manque de moyens… C’est aussi des décisions complètement irréelles. Et trop fréquentes. Cet homme est une menace pour notre pays et ne doit plus y mettre les pieds. L’indépendance de la Justice ne veut pas dire son irresponsabilité, mais beaucoup l’oublient. »

Un climat hostile

Le monde politique qui commente et désapprouve une décision de justice, ce n’est pas nouveau, mais c’est un développement inquiétant dans une société où la séparation des pouvoirs fait partie du socle démocratique. Il ne revient pas à l’exécutif d’approuver ou non une décision, mais de l’appliquer. Or, dans un climat post-électoral et avant une nouvelle échéance avec les élections communales prévues en octobre, certains hommes politiques sont en roue libre, galvanisés par un contexte international tendu. En France, lors des élections législatives anticipées début juillet, le Rassemblement national, qui n’a pas obtenu de majorité absolue, a tout de même gagné plus de 10 millions d’électeurs ! Le Royaume-Uni connaît une vague de violences racistes et islamophobes sans précédent, basée sur une rumeur accusant à tort un immigrant musulman d’être à l’origine du meurtre de trois fillettes, sans oublier l’offensive meurtrière à Gaza où le bilan est affolant. Un contexte international tendu qui met à mal le vivre-ensemble où la voix des extrêmes est devenue la seule audible…

H.B.

Esprit olympique, es-tu là ?

Le 26 juillet 2024 a eu lieu l’ouverture des Jeux olympiques d’été à Paris, en France, annonçant ainsi la 33ᵉ édition de ce rendez-vous sportif international.Loin de faire de cet événement un moment de communion, certains le qualifient de « parodie » voire de « cauchemardesque ». En effet, les olympiades sont sources de nombreuses polémiques et de complications en interne. Les impacts logistiques, environnementaux (pollution, infrastructures, aménagements du territoire), politiques (boycott, dictature, conflits) et monétaires (coût de la vie) entraînent des conséquences négatives pour le pays organisateur. Mais d’autres, plus positives, permettent de générer des retombées économiques, des possibilités de carrière, de développer l’industrie du tourisme.

Cependant, au-delà de ce constat, peut-on dire qu’aujourd’hui les valeurs de l’olympisme sont à la hauteur de ce que Pierre de Coubertin prônait ? À savoir : unir le monde entier sur le même terrain, au sens propre et au sens figuré, dépassant largement le cadre des Jeux.

L’Olympisme, c’est quoi ?

L’olympisme moderne a été conçu par le Baron Pierre de Coubertin en juin 1894 lors du Congrès International Athlétique de Paris, puis lors de la constitution du Comité International Olympique (CIO). Il se définit ainsi :

« C’est une philosophie de la vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels. »

En articulant le sport, la culture et l’éducation, cette vision de vie cherche à contribuer au développement et à l’épanouissement de l’Homme et, plus largement, à l’établissement d’un monde en paix préservant la dignité de chacun.

Pour cela, un certain nombre de valeurs sont développées tant à l’échelle individuelle que mondiale : l’accès à la connaissance et à l’éducation, l’esprit de compétition, l’excellence, le fair-play, l’accès au sport, l’esprit d’amitié et de fraternité, la solidarité, la paix, et la construction d’un monde meilleur. Il ne suffit pas de lister des valeurs, il faut également les comprendre, les partager et les mettre en œuvre : pratiquer un sport constitue donc un moyen de saisir ces préceptes et de les adopter.

Évidemment, un idéal olympique est rarement atteint. Néanmoins, c’est en fixant une représentation d’un monde parfait que l’action peut s’enclencher. Ainsi, de nombreux symboles au service des valeurs olympiques (anneaux, drapeau, devise, credo, serment, hymne, flamme, lauriers de la victoire, colombes,…) transmettent le message de façon simple et directe. Ils donnent aux JO une identité !

Quant à bâtir une culture de la paix à travers le sport, les JO étaient l’occasion de réunir les États en conflits afin de construire des passerelles et non des murs. Or le fossé entre rêve olympique et réalité a toujours été immense. L’Histoire nous l’a démontré à plusieurs reprises. Parfois, certains dirigeants politiques ont ignoré les Jeux et d’autres en ont fait une arme. Les JO incarnaient un symbole de puissance nationale et non de paix. Ainsi, la trêve olympique, héritée des Jeux grecs de l’Antiquité, a toujours été un mythe : il n’a jamais été démontré qu’un événement olympique ait déjà stoppé une guerre.

Le culte de la performance

En 1924, la devise olympique est introduite et se compose de 3 mots latins signifiant : « Plus vite-Plus haut-Plus fort ». Elle traduit une conduite de vie promettant de donner le meilleur de soi, de trouver sa propre excellence, de repousser ses limites. La victoire et la gloire en fin de parcours ! Alors comment comprendre ce paradoxe sportif, entre cette devise historique et le credo – « l’important n’est pas de gagner, mais de participer. » ?

Gagner quelques secondes ou gagner quelques centimètres, tels sont les objectifs des athlètes et délégations venues du monde entier. Le culte du corps–et donc le culte de la performance– repose sur une armada de moyens tant humains que logistiques. En effet, la recherche de nouveaux records pose la question des limites physiques et mentales. Certains sportifs s’entourent de physiologistes, nutritionnistes, médecins du sport, kinésithérapeutes, entraîneurs sportifs, experts en équipements vestimentaires, biomécaniciens, coachs et analystes de performance, etc. Le corps du sportif est devenu une voiture de Formule 1 !

Ainsi, il est soumis à des ajustements d’ingénierie afin d’atteindre une vitesse et une puissance maximales. Le moindre avantage compte et les médailles se gagnent autant dans le laboratoire que sur le terrain. Dilemme : jusqu’où doit aller le progrès ? Quand il n’y aura plus de records à battre, les sportifs seront-ils confrontés à une crise existentielle ?

Même si certains pays n’ont pas la capacité financière et logistique d’offrir les moyens technologiques de certains concurrents à leurs poulains, l’aspiration à la victoire et à la performance ne doit pas remettre en cause la coalition entre les participants. D’ailleurs la devise des Jeux a été modifiée en 2021 afin d’atténuer l’individualisme pour devenir : « plus vite, plus haut, plus fort- ensemble ».

À partir de documents d’archives et d’extraits de presse, les JO ont marqué l’Histoire par des images emblématiques d’instrumentalisation mais aussi d’amitié et de grandeur. Même si le sport (outil politique et financier) cristallise les tensions géopolitiques dans un monde de plus en plus fragmenté ; les enseignements de l’olympisme, qui s’articule autour de l’excellence, de l’amitié et du respect, restent fondamentaux. En réalité, ce sont les athlètes qui nous les transmettent. Ils s’appliquent à maintenir et à faire perdurer l’essence de la culture des JO.

La flamme de l’esprit olympique n’est pas éteinte, elle est seulement moins vive que ne l’aurait imaginé Pierre de Coubertin…

Najoua


[1] L’olympisme : néologisme créé par Pierre de Coubertin qui signifie « ensemble de ce qui concerne les Jeux Olympiques, leur organisation, leurs règlements, etc. »

[2] Né en 1863, mort en 1937, de son vrai nom Pierre Frédy, Baron de Coubertin, historien et pédagogue français. Il œuvra pour l’éducation physique dans les établissements scolaires, réinventa les Jeux olympiques modernes en s’inspirant des JO de la Grèce antique et créa le Comité International Olympique (CIO). 

[3] Pour en savoir plus sur l’Histoire des Jeux, un documentaire d’Olivier Lemaitre redonne vie aux merveilles disparues d’Olympie et offrent aux spectateurs une immersion dans le berceau des JO : www.imineo.com/videodocumentaires  « Olympie : immersion dans le berceau des Jeux Olympiques »

[4] Article 2 de la Charte olympique, regroupement des principes fondamentaux et des règles liées au Mouvement olympique. Libre d’accès sur le net.

[5] Documentaires en libre d’accès sur le net : www.sciencesetavenir.fr « nazisme, colonialisme, guerre froide : comment les JO racontent l’histoire du monde ».

[6]  Inspiré d’un sermon de l’archevêque de Pennsylvanie Ethelbert Talbot, lors des JO de Londres en 1908. Le contenu du sermon était : « l’important dans ces olympiades n’est pas tant d’y gagner que d’y prendre part. »

[7] spécialistes des propriétés mécaniques de l’organisme.

[8] mathématiciens et statisticiens chargés de décrypter les prouesses d’athlète.

Ils se relèveront…

Tu es couché, dos à terre. Tes frères dorment à poings fermés malgré la guerre qui éclate dehors.
Ta mère te donne dos, pleure en silence et implore notre Seigneur. Devant vous, elle donne l’image d’une femme forte, mais au fond d’elle, la peur la ronge.

Chaque matin et chaque soir, elle te répète de tenir tête à l’ennemi. Qu’un jour ou l’autre, ils seront punis car nous, on a ce qu’ils n’ont pas : Dieu est avec nous.

Un énième bombardement vient d’éclater. Alors que tu es dans tes pensées, ta demeure est visée. Derrière le viseur, un sans-coeur.
Avant même de réaliser, tu te retrouves sous les décombres.

Au-delà de l’expression, le ciel t’est vraiment tombé sur la tête. La douleur est trop forte, tu te sens partir… tu te dis c’est fini. Mon heure est arrivée.

Une lumière te brûle les yeux. Est-ce celle du paradis ? Heureux, tu ouvres les yeux. Et là, tu retombes en enfer. Autour de toi, les docteurs s’agitent, les mères prient, les pères crient…
Oui, tu as survécu à l’attaque. Mais perdu, tu ne sais pas si tu dois être heureux d’être encore en vie ou désespéré de ne pas être mort.

Après quelques heures seulement, on te demande de quitter les lieux. D’autres blessés sont en chemin et les places manquent. Alors tu prends sur toi, et tu quittes ce lit d’hôpital.

Dehors, toujours le même décor : les cris en guise de mélodie, les barrages formés par les chars en guise de paysage.

Sans famille, sans toit, tu déambules dans les rues de Gaza.
Quelque part au loin, perdu, tu trouves une école sous la protection de l’ONU.
Autant y aller, tu n’as plus rien à perdre, de toute manière, tu es déjà six pieds sous terre.

Plusieurs familles se sont réfugiées ici, tu repenses à cette fameuse nuit, où les tiens sont partis.

Une larme s’échappe, puis deux, un torrent de larmes s’ensuit…

De petites mains se posent sur tes joues et essuient ces perles qui coulent. Tu lèves les yeux, face à toi, un enfant qui te sourit à pleines dents.
L’espace d’un instant, tu oublies ta souffrance.

Mais à peine retrouves-tu une lueur d’espoir, que celle-ci laisse place au néant.

Le lendemain, dans tous les journaux occidentaux, on peut lire  » Tirs d’obus israéliens sur une école de l’ONU « . Ton corps ensanglanté est à la une d’Al-Jazeera. Tu viens de nous quitter. Ta perte nous laisse un goût amer.

Mais pour tout Palestinien tombé, dix se relèveront. Et pour dix Palestiniens tombés, cent se relèveront.
Et pour cent Palestiniens tombés, tous se révolteront.

Aujourd’hui, on est tous Palestiniens.

Noor T.

Ibn Battuta, le voyageur infatigable

Avec son histoire millénaire, Tanger est l’une des plus anciennes cités au monde. Elle a connu bien des invasions et fut longtemps un comptoir célèbre pour la circulation des hommes et des marchandises. 

C’est à Tanger qu’est né Mohammed bin Abdullah Al Lawati Al Tanji, plus connu sous son surnom, Ibn Battuta. Il naît en 1304 dans une famille de qâdis  (juges) berbères. Dès l’enfance, il étudie le Coran puis le Fiqh  (jurisprudence) malékite.  

A 21 ans, il décide d’aller accomplir le pèlerinage à la Mecque. Il quitte ses parents en 1325 et traverse l’Afrique du Nord en direction du Hijâz. À la fin de son pèlerinage, il ne rentre pas au Maroc mais continue à sillonner le monde. Une vocation est née chez lui et un grand amour du voyage.  Il fut un des premiers à envisager le voyage pour le voyage lui-même, donnant plus de valeur au voyage qu’à la destination finale. 

En 1326, il parcourt la Syrie, l’Irak et la Perse. De la Syrie il dira : «  Si le paradis est sur la Terre, c’est à Damas et nulle part ailleurs ». 

En 1331 il est en Égypte, ensuite en Anatolie, où il admire la position éminente dont jouissent les femmes kurdes dans leur société, puis en Inde.  

À travers ses voyages , il découvre un monde hétéroclite et multiple, où il se reconnaît néanmoins comme membre de la nation musulmane.  Il décrit parfois le sentiment de solitude et de l’éloignement de sa famille.  

En Inde, il se voit offrir la fonction de Qâdi et l’exerce pendant 7 ans.  

En 1341, il se remet en route vers les Maldives, puis la Chine et le Sri Lanka.  

En Chine, il découvre pour la première fois l’utilisation des billets de banque, alors inconnus en Europe et au Moyen-Orient.  

En 1349, la nostalgie et le mal du pays le gagnent et il retourne au Maroc après 24 années passées à sillonner le monde. Pour peu de temps cependant, car peu après, il repart. Al Andalous, Tombouctou, Ibn Battuta aura parcouru près de 120 000 km au cours de sa vie et traversé 44 pays sur 3 continents.  Souvent il se joint aux caravanes ou embarque sur des navires marchands.  

En 1354, il revient enfin au Maroc et réalise combien son pays lui est étranger. Il entreprend alors de le découvrir. 

 Sous l’impulsion du sultan marocain de l’époque, il dicte ses récits de voyage au secrétaire de la cour. Ses écrits, connus sous le nom de Ar Rihla  (  الرحلة ) sont un exemple type du carnet de voyage. 

Ibn Battuta y décrit ce qu’il voit, ses impressions et ses rencontres. Il fait connaître les mœurs de son époque, les traditions et modes de vie des peuples. Comme un historien des sociétés, il documente les cérémonies à travers les contrées.  Son récit de voyage est plus précis que celui de Marco Polo. 

Ses récits ont été largement étudiés par les géographes, les historiens et les ethnologues. Ils révèlent des détails, des anecdotes, des histoires sur le monde du 14ème siècle. Pour certaines régions du monde, comme le Mali et la côte Est de l’Afrique, ses récits sont les seuls dont nous disposons pour cette époque. 

Enfin sédentarisé et apaisé, Ibn Battuta meurt à Marakkech probablement en 1368, ou en 1377.  

Son récit de voyage, lui, a survécu, cristallisant dans les mémoires la soif d’un homme de découvrir le vaste monde et les hommes. 

Hayat Belhaj   

Fatima al-Fihri: Son héritage éternel

Fatima al-Fihri, descendante d’Oqba ibn Nafi, est née à Kairouan, en Tunisie, dans une famille Quraysh honorable. Dès son jeune âge, elle se montrait curieuse et perspicace, posant des questions profondes aux marchands qui venaient de tout l’Orient pour échanger avec son père. Orpheline de mère très jeune, elle perdit aussi sa nourrice, assassinée sous ses yeux par la milice. La ville de Kairouan était alors en proie à une crise politique très violente, et son père ne se sentait plus en sécurité.

Face à cette situation, la famille de Fatima dut fuir. Ils abandonnèrent tout, sachant qu’ils risquaient d’être tués s’ils restaient. Commence alors un périlleux voyage à travers le désert, une interminable traversée où ils durent échanger leur cheval épuisé et bien-aimé contre un chameau. Une nuit où ils étaient épuisés, le chameau disparut, emportant le peu de provisions qu’ils avaient. Désespéré, le père implorait Allah de les aider, la mort les guettait, les petites n’en pouvaient plus, la cadette suppliait son père de la laisser mourir et qu’ils avancent. Une tribu nomade les accueillit et un sage, voyant un grand avenir en Fatima, conseilla à la famille de continuer leur chemin. Un avenir prometteur attendait cette jeune fille.

Ils arrivèrent finalement à Fès, à une période où le Maroc était sous le règne des Idrissides, une dynastie descendant du prophète Muhammad. Lentement, le père de Fatima retrouva une stabilité financière en tant que marchand. Fatima grandissait et rêvait davantage ; son souhait était que Fès soit un centre de savoir où les connaissances de l’Orient et de l’Occident se rencontreraient. Elle nourrissait également le rêve de correspondre avec Al-Kindi, l’un des plus grands philosophes arabes, et grâce à sa persévérance, elle parvint à échanger des lettres avec lui.

Fatima al-Fihri épousera Chams, un riche jeune homme qui soutenait ses ambitions intellectuelles. Ensemble, ils partagèrent une vie de bonheur jusqu’à la mort prématurée de Chams, laissant Fatima avec une fortune considérable et deux garçons. Elle les éleva dans l’amour de la connaissance, mais cette même passion les éloignera d’elle, car ses fils rêvaient à leur tour de se rendre à Bagdad, de s’immerger dans les sciences et de rencontrer les éminents savants de l’époque.

Bien que profondément attristée, elle décida de réaliser son rêve de créer une université. En 859, avec l’aide de sa sœur, elle investit dans un quartier entier de Fès et entreprit la construction de l’Université de Karaouine. Sa sœur finança la construction de la mosquée andalouse, et la ville de Fès devint un véritable carrefour culturel et intellectuel, échangeant entre musulmans, chrétiens et juifs.

Fatima, aussi surnommée Oum Al-Banine (ce qui veut dire “mère des enfants” en Arabe), consacra sa vie à la bienfaisance, libérant des esclaves et versant des bourses incessantes aux étudiants. La ville de Fès, grâce à son influence, devint un centre de savoir renommé. Cependant, la perte de son père et de sa sœur la plongea dans une profonde tristesse. Mais elle continua à se dévouer à sa mission, convaincue que Fès devait rivaliser avec la Maison de la Sagesse de Bagdad.

En vieillissant, elle décida de réaliser son pèlerinage à La Mecque. Une fois installée dans sa tente, elle crut reconnaître Chams, son défunt époux ; il avait la même démarche, la même corpulence, le même visage. Elle hallucinait. En sortant de sa tente, elle se rendit compte que c’était son fils, portant une ressemblance frappante à son père. Après des années de séparation, ils se retrouvèrent, mais Fatima sentait ses forces décliner.

Sur le chemin du retour, elle souhaita revoir Kairouan, mais les douloureux souvenirs l’en dissuadèrent. Elle demanda alors de retourner à Fès, où elle s’éteignit en hiver 880, après un dernier regard porté sur la montagne vue depuis la ville qu’elle avait tant aimée. Toutes les petites ruelles menaient à cette grande université qu’elle avait construite, et elle rayonnait désormais au cœur de Fès, cette terre aimante et accueillante.

Aujourd’hui, l’Université de Karaouine, fondée en 859, demeure un symbole de l’engagement de Fatima al-Fihri pour l’éducation et le savoir. Son histoire inspire des générations, rappelant que même en temps de crise, la détermination et la foi peuvent bâtir des institutions durables et respectées mondialement. Fatima al-Fihri était visionnaire et avait de grandes ambitions ; elle n’hésitait pas à rêver grand et par la grâce du Créateur, elle y est parvenue… Et vous, quel est votre projet de vie ?

Hana Elakrouchi

Où sont passées nos femmes ?

Pour que la population se renouvelle d’elle-même, on estime qu’une femme belge (et européenne) doit donner naissance à au moins 2.2 enfants, sans quoi on assisterait à un déclin de la population belge (et européenne) si des mesures ne sont pas prises pour contrer cet effet.

En 2011, la moyenne de naissance par femme belge (européenne) était de 1.8 enfants contre 1.5 (1.4) en 2022.

En Belgique (et en Europe) on assiste à une diminution du taux de natalité plutôt qu’une augmentation.

Entre 2011 et 2021, la Belgique connait une diminution de 11.6% du nombre d’enfants par femme.

Au sein même de l’Union européenne, nous constatons des disparités très importantes.

Qu’est ce qui justifie cette diminution ? 

La terre compte 8 milliards d’êtres humains dont 49.6% d’hommes et 50.4% de femmes.

Et si la Femme ne constitue que la moitié de la population mondiale, il n’en reste pas moins que c’est bien cette même moitié qui donne naissance à l’autre. La Femme joue clairement un rôle essentiel et primordial dans cet objectif.

Elle représente donc directement ou indirectement les 100% de la population mondiale.

Ainsi, pour comprendre cette diminution du taux de natalité, il faudrait analyser l’évolution du statut de la Femme dans les sociétés, ses relations avec le sexe opposée, ses considérations au travail et l’évolution de ses aspirations. 

Le concept de féminisme a profondément changé ces derniers siècles.

En effet, la place qu’occupe la Femme aujourd’hui peut nous éclairer sur la diminution du nombre de naissance. On peut citer quelques facteurs (d’une liste non exhaustive) de cette évolution :

  1. Introduction de la pilule (1956) : La pilule permet à la femme de mieux réguler ses règles et de contrôler ses grossesses. La contraception a joué un rôle dans la diminution du taux de fécondité (à distinguer du taux de natalité, car toutes les grossesses ne donnent pas naissance à un bébé viable).
  2. Autorisation de l’avortement : L’interruption de grossesse ne favorise pas les naissances.
  3. Émancipation de la femme et égalité homme/femme : La femme investit le monde du travail et a moins de temps à consacrer à la famille. Aujourd’hui, en Belgique, deux salaires sont souvent nécessaires pour vivre décemment.
  4. Confiance et affirmation : La femme ose s’affirmer dans ses relations matrimoniales et demander le divorce, ce qui a conduit à une augmentation des divorces et une diminution des naissances.
  5. Le coût de l’éducation (et donc d’un enfant) : Le coût élevé de l’éducation peut dissuader certains d’avoir des enfants ;
  6. L’augmentation des perturbateurs endocriniens :  sont des substances chimiques qui peuvent interférer avec le système hormonal des organismes vivants. Ces substances sont présentes dans de nombreux produits de la vie quotidienne, y compris les plastiques, les pesticides, les produits de soin personnel et les produits ménagers. Les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets néfastes sur la santé humaine, notamment en influençant la fertilité et le développement reproductif. Les perturbateurs endocriniens peuvent affecter la fertilité en perturbant la production et la régulation des hormones sexuelles telles que les œstrogènes et la testostérone. Chez les femmes, cela peut entraîner des troubles de l’ovulation, des cycles menstruels irréguliers et une diminution de la qualité des ovules. Chez les hommes, ces substances peuvent réduire la production de spermatozoïdes, altérer leur motilité et augmenter le risque de malformations des spermatozoïdes. L’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse peut avoir des effets à long terme sur le développement du fœtus. Des études ont montré que ces substances peuvent entraîner des anomalies du développement sexuel, des malformations congénitales et une susceptibilité accrue à certaines maladies plus tard dans la vie. Par exemple, l’exposition à certains phtalates et bisphénols est associée à des modifications du développement des organes reproducteurs chez le fœtus.
  7. La perception de notre monde s’est dégradée : certains souhaiteraient avoir des enfants mais sont réticents d’en avoir dans un monde où le changement climatique et la surpopulation prennent de plus en plus de place dans les débats publics.
  8. Le transhumanisme : ce courant qui paradoxalement vise à terme « vaincre » la mort.

Chaque point, évoqué ci-dessus, mériterait qu’on lui consacre un sujet à lui seul.

Cependant, on peut se demander si tous ces facteurs font partie d’un plan délibéré pour réduire la population mondiale. Et si ces 9 points étaient en réalité des solutions au problème de la surpopulation plutôt que des obstacles à l’augmentation du taux de natalité ? Est-il exagéré de penser que des maladies comme le Corona, ou des distractions comme Netflix, visent à contrôler la population ? Des guerres créées pour réduire la population, et des réformes éducatives pour influencer les jeunes (comme le plan Evras), sont-elles des instruments de ce plan ?

Et si Davos, rassemblant les 1% privilégiés, était au cœur de ce plan ?

Et pourtant, jadis, un homme, le meilleur de l’Humanité et de tous les temps a mis en garde dans son dernier sermon sur l’importance de la sacralité de la vie et des biens, de la justice, de l’abandon de l’usure et de la place de la Femme… 

C’est ainsi qu’on comprend mieux pourquoi le Muslim bashing prend de plus en plus de l’importance dans une société qui se recherche et ne sait plus quelle direction prendre. Il faut travestir la Vérité.

L’importance de son message, la clairvoyance de ce testament raisonne encore aujourd’hui. Et si l’humanité avait appliqué ses conseils?

Nelm

Le Muslim Bashing ou le refus du « succès musulman »

Le terme « Muslim bashing » désigne le dénigrement systématique et souvent virulent des musulmans en raison de leur religion (apparente ou supposée). Ce phénomène s’est intensifié ces dernières années, alimenté notamment par des discours politiques polarisants, des médias sensationnalistes et des préjugés coloniaux ancrés. En Belgique, plusieurs personnalités publiques ont été affectées par ce phénomène : l’ingénieure Ihsane Haouach, le fondateur de MolenGeek Ibrahim Ouassari ou encore récemment le député Fouad Ahidar. 

Le Muslim bashing n’est pas seulement un problème de discrimination individuelle, mais un enjeu sociétal qui affecte la cohésion sociale et qui impacte la perception des musulmans de manière générale dans la société civile. 

Les origines du Muslim bashing

Plusieurs éléments peuvent expliquer l’apparition de ce phénomène : l’Histoire coloniale, tout d’abord. Les politiques coloniales ont souvent exploité les différences religieuses pour diviser et gouverner. Cette histoire a laissé un héritage de méfiance et de stéréotypes qui perdurent jusqu’à aujourd’hui. Deuxième élément, le terrorisme et la sécurité. Les actes de terrorisme commis par des extrémistes ont conduit à une généralisation injuste de l’ensemble des musulmans. Cet amalgame renforce la peur et le rejet de l’islam et de ses partisans de manière plus globale. A cet effet, le cas d’Ihsane Haouach est très révélateur. En 2021, l’entrepreneuse sociétale de 38 ans est nommée commissaire du gouvernement auprès de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. Une nomination qui suscite de nombreux remous malgré un cv en béton. Attaquée de toutes parts, elle finit par démissionner six semaines seulement après sa nomination… En troisième lieu, les discours politiques. Certains politiciens utilisent le Muslim bashing comme un outil pour gagner des voix en exploitant les peurs et les préjugés. Cela est particulièrement visible dans les discours populistes et nationalistes et en période électorale ou de négociation pour la formation d’un gouvernement. Un exemple d’actualité concerne le député Fouad Ahidar et sa liste qui a remporté un succès inattendu lors du scrutin du 09 juin dernier. Partisan de la liberté de culte, il est accusé de vouloir «  imposer la charia » en Belgique, est présenté comme « un parti religieux », une liste « islamique »,… Ses vingt ans d’engagement en politique notamment en tant que président du Parlement de la communauté flamande à Bruxelles et vice-président du Parlement bruxellois ne pèseront pas dans la balance… Enfin, en quatrième lieu, les médias sensationnalistes. Les médias jouent un rôle clé en amplifiant les incidents impliquant des musulmans tout en négligeant les contextes plus nuancés. Cette couverture déséquilibrée contribue à la stigmatisation. Les mea culpa, rares, n’arrivent qu’une fois le mal occasionné. 

Conséquences du Muslim bashing

Les répercussions du Muslim bashing sont multiples et profondes : discriminations, exclusions, violences, harcèlement,… De nombreuses réputations sont aussi durablement entachées et le travail fourni durant toute une vie est réduit à néant en quelques minutes. Ibrahim Ouassari, fondateur de MolenGeek a ainsi été étiqueté de « Frères musulmans ». L’affaire a été portée en justice par l’intéressée mais celle-ci ne lui a pas donné gain de cause en raison notamment de « la présence importante  de jeunes filles portant le foulard » et qui suivent les formations dispensées par cet écosystème technologique. Une décision qui interpelle. Néanmoins, l’apparition de musulmans qui revendiquent cette part de leur identité à des positions stratégiques contribuent à accentuer un sentiment de méfiance et de peur de la part d’une certaine frange de la population. Il est aujourd’hui essentiel de continuer à mener ce combat malgré les conséquences. Un combat qui permettra aux futures générations d’assumer pleinement leur religiosité et leur citoyenneté. 

H.B. 

La désobéissance civile, une sonnette d’alarme de nos sociétés ?

De New York à Boston, en passant par Chicago et Atlanta, un mouvement d’étudiants américains prend de l’ampleur et traverse les frontières. Certaines des universités les plus prestigieuses au monde sont concernées, telles que Harvard, Yale, Columbia, ou Princeton. Des tentes fleurissent sur les campus, marquant la détermination des étudiants. Ces mobilisations se poursuivent en Europe et au-delà: Canada, France, Belgique, Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Australie… Puis ils sont délogés[1], par des policiers lourdement équipés, à la demande de la direction des universités. Les revendications des étudiants : cesser toutes relations académiques avec les institutions israéliennes et un cessez le feu immédiat et permanent en Palestine[2].

Quand le dialogue est rompu, quand la pensée unique est reine, quand les gouvernements mettent en danger les valeurs et principes moraux qui font loi dans une civilisation humaine, manifester devient un devoir. C’est ce qu’on appelle la désobéissance civile.

La désobéissance civile, qu’est-ce que c’est ?

C’est une forme de résistance pacifique par laquelle des civils non armés utilisent des techniques comme les manifestations ou le boycott (ou d’autres formes de non coopération massive) pour obtenir le changement : sorte d’objection de conscience.

Ce refus affiché d’obéir à certaines lois permet d’attirer l’attention du public et d’influencer la législation ou la politique gouvernementale.

Les principes de la désobéissance civile ont été conceptualisés pour la première fois par Henry David Thoreau dans son essai La Désobéissance Civile. Il l’a écrit suite à son refus de payer une taxe gouvernementale collectée pour financer la guerre contre le Mexique. Thoreau était aussi opposé à l’esclavagisme des États du Sud, et indigné par le traitement que subissaient les peuples. 

« La soumission aux lois iniques peut constituer un crime ; la désobéissance devient alors un devoir envers soi-même, en même temps qu’un devoir civique. Le citoyen doit-il un seul instant, dans quelle que mesure que ce soit, abandonner sa conscience au législateur ? Pourquoi alors chacun aurait-il une conscience ? Je pense que nous devons d’abord être des hommes, et sujets ensuite. Le respect de la loi vient après celui du droit. » [3]

Aussi, l’auteur insiste bien que son appel à la désobéissance civile a pour objectif la création d’un pays plus juste et non celui d’un pays plongé dans un chaos général au détriment de l’homme. D’ailleurs, les grandes figures de la désobéissance civile, Gandhi[4] et Martin Luther King[5], ont précisément eu des vies marquées par le souci de paix, de justice, d’égalité et de dignité.

La désobéissance est dite « civile », d’abord, parce qu’elle est le fait de « citoyens » : ce n’est pas une rupture de citoyenneté, ni un acte insurrectionnel. Il s’agit d’une manifestation de « civisme » au sens fort : volonté d’œuvrer pour l’intérêt général, même au prix de risques personnels. Le fait que la désobéissance civile soit nécessairement publique, et recherche même la médiatisation la plus forte (ce qui la distingue nettement de l’infraction criminelle), s’inscrit dans ce même registre du civisme : l’acte vise à éveiller la conscience des autres citoyens, à susciter un débat.

Huffington Post

Publique, pacifique et conséquente

Un acte public, une action pacifique et l’acceptation des conséquences sont les trois grandes règles qui caractérisent la désobéissance civile.

Ce concept, de façon plus contemporaine, a été précisé par le philosophe John Rawls dans La Théorie de la Justice (1971). Il le définit comme :

« un acte public, non violent, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. En agissant ainsi, on s’adresse au sens de la justice de la majorité de la communauté et on déclare que, selon une opinion mûrement réfléchie, les principes de coopération sociale entre des êtres libres et égaux ne sont pas actuellement respectés ».[6]

Agir pour plus de justice entre les humains, s’indigner face aux choix politiques qui pèsent sur l’avenir des peuples, mettre en premier plan l’humain, avoir une conscience, prendre ses responsabilités… tous ces préceptes sont toujours d’actualité. 

Les manifestations pro-Palestine deviennent aujourd’hui un véritable plaidoyer en faveur de la liberté et de la justice : libre de manifester, de protester, d’exprimer, de se réunir, de s’opposer aux décisions immorales des gouvernements. 

Quand le débat est rompu avec les instances de l’État, la désobéissance civile reste le dernier recourt pour se faire entendre, bien qu’il existe un large panel de modes d’expression (droit de vote, grèves, luttes syndicales…), il serait intéressant de comprendre pourquoi en démocratie, la désobéissance civile est pratiquée afin d’obtenir une revendication. 

Une universitaire américaine, Erica Chenoweth[7], s’est penchée sur cette question. Elle a analysé et étudié les campagnes non violentes dans le monde entre 1900 et 2006 (campagnes visant le renversement d’un gouvernement ou la libération d’un territoire), et ses résultats sont sans appel : ces campagnes ont deux fois plus de chance de réussir entièrement que les insurrections armées. C’est le pouvoir des peuples qui fait que la résistance civile est plus efficace que la lutte armée.

Alors, peut-on dire qu’une société et un État démocratique (gouvernements, tribunaux et polices) devraient reconnaître explicitement la légitimité de la désobéissance civile ? Même si l’application en serait complexe et dérangeante pour les autorités, et la pratique délicate et exigeante pour l’objecteur, c’est peut-être cela agir en citoyen, agir selon ses principes et ne pas hésiter à s’opposer à la majorité silencieuse…

Najoua


[1] Article de BBC Afrique : « Columbia, Harvard, Emory : Comment les manifestations contre la guerre contre Gaza se sont propagées dans les principales universités américaines », rédigé par Max Matza, publié le 3 mai 2024 sur le site de www.bbc.com/afrique/articles/cn0w1xnl4x4o

[2] Article de TV5Monde : « Manifestations propalestiniennes : la plus importante mobilisation sur les campus américains du XXIième », rédigé par Maya Elboudrari, publié le 29 avril 2024. www.information.tv5monde.com

[3] Auteur et penseur américain 1817-1862. Civil Desobedience, 1849

[4] Le 11 septembre 1906, Gandhi rassemble 3 000 personnes dans le Théâtre Impérial de Johannesburg pour leur faire prêter un serment de désobéissance. Pour cela il est emprisonné pour la première fois en 1907. C’est lors de son second séjour en prison qu’il découvre le travail de Henry David Thoreau. Plus tard, Gandhi développe sa propre conception de la désobéissance à travers le concept de satyagraha (la Voie de la Vérité), afin de s’insurger activement contre l’apartheid en Afrique du Sud et contre la politique colonialiste du Royaume-Uni en Inde. Le 17 mars 1930 Gandhi lance la Marche du Sel, direction Jabalpur, 300 kilomètres de périple. À ce moment-là, l’Empire britannique a le monopole du marché du sel, ce qui lui permet d’empocher chaque année 15 millions de franc-or, une somme colossale destinée à financer les troupes d’occupation coloniale. Des centaines de personnes arrivent à Jabalpur le 6 avril. Gandhi ramasse du sel et le vend aux enchères pour 425 roupies (une somme pour l’époque). Au total 50 000 personnes défient les autorités en récoltant du sel et beaucoup subissent des violences ou sont jetés en prison. Cela n’affaiblit en aucun cas la détermination des désobéissants et quelques semaines après le gouvernement cède son monopole.

[5] Martin Luther fut le leader du mouvement pour les droits civiques des noirs (The Civil Right Act) aux États-Unis, et lui aussi a adopté la désobéissance civile pour faire valoir ses revendications. C’est ainsi qu’il soutient le boycott des bus à Montgomery (Alabama) en 1955, qui a commencé lorsque Rosa Parks a refusé de laisser son siège à une personne « blanche ». Il est d’ailleurs arrêté lors de cette campagne. Ce qui n’affaiblit pas la détermination du pasteur et de ces partisans, puisqu’au final la Cour Suprême des États-Unis met hors la loi la ségrégation raciale dans les bus, les restaurants, les écoles et tous les autres lieux publics.

[6] Publié le 24 octobre 2019- https://youmatter.world/fr/definitions/desobeissace-civile-definition. Mise à jour le 25 mars 2024.

[7] Voici sa conférence sur TedXBoulder, sur YouTube : « The success of nonviolent civil resistance », novembre 2013.