« J’ai toujours oeuvré pour le dialogue… », l’imam Toujgani répond à Sammy Mahdi

La communauté musulmane belge a appris hier, jeudi, par la presse que le titre de séjour de l’imam Mohamed Toujgani, président des imams de Belgique, et ancien imam fraîchement retraité de la mosquée Al Khalil ne pourra désormais plus mettre les pieds en Belgique. Actuellement à l’étranger, Mohamed Toujgani se dit abasourdi et réfute catégoriquement les accusations du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration

Le théologien Mohamed Toujgani est une figure connue à Bruxelles et plus généralement en Belgique. Il a officié comme imam pendant de nombreuses années au sein de la mosquée Al Khalil située à Molenbeek-Saint-Jean. Au fil des années, le prédicateur s’installe dans le paysage religieux belge et devient notamment président de la Ligue des Imams de Belgique (LIB). Et à ce titre, le retrait du permis de séjour de cette figure a étonné à plus d’un titre au sein de la communauté  musulmane belge. Très vite, une pétition est lancée en ligne en soutien à l’imam mais surtout pour demander des réponses au Secrétaire d’État. Parmi les questions : « Si des propos haineux ont été tenus par lui, pourquoi n’a-t-il pas fait l’objet de poursuites judiciaires ? ». La pétition va plus loin et estime que « depuis les attentats de Bruxelles qui ont atteint la communauté musulmane en plein cœur, l’argument de « menace à la sécurité nationale » sert de cache-sexe à l’islamophobie d’État. Pourquoi, lorsqu’il s’agit de musulmans, les courroies de la justice se referment pour laisser place à des voix sans issue de défense possible, comme le retrait de permis de séjour ? ». De son côté, la mosquée Al Khalil a réagi via un communiqué de presse et « s’étonne des raisons qui ont poussé monsieur Mahdi à prendre cette décision. Aucun contact n’ayant jamais été établi avec monsieur Toujgani pour s’enquérir d’une quelconque dérive liée à des sermons ». Mais la décision n’est pas nouvelle, elle remonte au 12 octobre dernier et fait suite à un rapport de la Sûreté de l’État qui mentionnait « des signes d’un grave danger pour la sécurité nationale ».

La Belgique est mon pays, elle fait partie de mon identité, j’y ai vécu davantage que le Maroc…

Mohamed Toujgani, imam

L’imam dénonce une injustice

Le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration a rapidement réagi à l’information et s’est félicité notamment via communiqué de presse et sur les réseaux sociaux. Il s’est aussi exprimé jeudi après-midi devant le parlement : « ces rapports demeurent confidentiels, mais je peux vous dire que ces menaces concernent l’extrémisme et l’ingérence » a précisé Sammy Mahdi. « Par le passé, nous avons donné trop de marge de manœuvre aux prédicateurs radicaux. Avec cette décision, nous faisons la différence et donnons un signal clair : nous ne tolérerons pas ceux qui divisent et menacent notre sécurité nationale. » Des accusations que réfutent totalement Mohamed Toujgani. Contacté, il a accepté de nous répondre et dénonce une véritable injustice. « Je rappelle que je vis en Belgique depuis 40 ans, durant toutes ces années, l’ensemble de mon travail a été de soutenir le vivre-ensemble et le dialogue interreligieux. Chaque fois que des tensions apparaissaient au sein de la société bruxelloise ou belge, nous étions en première ligne pour alerter les parents et calmer les esprits des jeunes. Et cette position que je défends est largement documentée. Lors des attentats de Bruxelles, nous avons été frappés en plein cœur et encore une fois, nous étions présents. J’avais d’ailleurs à cette occasion donner un prêche contre le terrorisme. La Belgique fait partie de mon identité, il s’agit de mon pays, j’y ai vécu davantage que le Maroc, mon deuxième pays. C’est pourquoi, je récuse et rejette totalement cette accusation qui n’a aucun fondement. »

Excursion commune de responsables de mosquées et de prêtres à l’abbaye de Tongerlo, à la mosquée Ibn Thabite et à la Maison d’Abraham, en 2008.

Une menace pour personne

«  Les musulmans de Belgique et de France me connaissent parfaitement, j’ai sillonné de nombreuses mosquées. Ils ont entendu mes discours, et c’est pour cela qu’aujourd’hui ils me soutiennent même si je n’ai rien demandé, c’est à leur propre initiative et je les en remercie et je demande à Dieu de les récompenser. Mais il est clair qu’ils ne peuvent rester silencieux devant une telle injustice car c’est une injustice flagrante. Qu’on demande à toutes ces personnes si je constitue une menace pour qui que ce soit ou pour la sécurité nationale. 

Mais encore une fois, ils me connaissent et savent que je ne suis une menace pour personne, que je n’ai jamais été un danger pour la sécurité nationale et leur témoignage est important car il joue en ma faveur et témoigne encore une fois de mon travail en faveur de la tolérance et du respect de chacun. » Et parmi les soutiens de première ligne, le conseiller communal molenbeekois CDH Ahmed El Khannouss. Un soutien vivement critiqué.

Ahmed El Khannouss condamné par la classe politique

Le conseiller communal a vivement réagi. Sur les réseaux sociaux, l’élu dénonce «  une décision unilatérale inique et totalement injustifiée ! On lui reproche des propos tenus il y a 10 ans ! Propos où il utilisa des termes crus. » Un soutien qui ne passe pas auprès de la classe politique. Le président du MR Georges-Louis Bouchez a dénoncé « une banalisation de l’antisémitisme inacceptable » tandis que la députée fédérale Catherine Fonck, également CDH, a assuré « je ne partage en rien la position d’Ahmed El Khannouss ». Le conseiller a reçu une notification du conseil de déontologie du CDH qui doit étudier son message posté sur les réseaux sociaux. Mais Ahmed El Khannouss persiste et signe. « C’est un soutien qui va au-delà des réseaux sociaux. Il y a une erreur qui a été commise et elle doit être réparée rapidement. Le secrétaire d’État à l’Asile et à la migration Samy Mahdi évoque trois éléments : le premier concerne une vidéo qui date d’il y a 13 ans dans laquelle il aurait appelé à brûler les juifs ce qui est totalement faux. Il évoque les oppresseurs sionistes. Ces propos sont durs et à l’époque je lui avait déjà fait remarquer, il s’en était excusé. Les instances juives avaient étudié la possibilité de porter l’affaire en justice mais il n’y avait pas d’éléments probants et l’affaire en était restée là. Ensuite, le secrétaire d’État parle d’une possible collusion avec les frères musulmans et les autorités marocaines, ce qui est totalement contradictoire… ce qui prouve que ces éléments sont totalement fallacieux. » Concernant la notification du comité de déontologie, Ahmed El Khannouss se dit totalement serein.  « Cette notification du comité de déontologie du CDH  ne m’impressionne nullement. Mes positions sont totalement assumées et je ne dirais pas le contraire. Ce qui m’intéresse c’est que justice soit faite. On ne peut tolérer qu’une telle injustice soit commise à l’encontre de l’imam Toujgani ou de n’importe quelle autre personne en Belgique. »

Entre les mains de la justice

Mohamed Toujgani s’étonne surtout qu’il n’ait jamais été informé des décisions qui avaient été prises à son encontre. « J’ai demandé une attestation de résidence, et là j’ai été informé que j’avais été radié de la commune. J’ai alors pensé qu’il s’agissait d’une erreur. J’ai donc pris contact avec un avocat pour essayer de comprendre où se situait le problème mais c’est à ce moment-là que l’avocat m’a informé que le problème ne se situait pas uniquement au niveau de mon lieu de résidence mais que mon permis de séjour m’avait été tout simplement retiré. J’ai demandé qui était l’autorité qui avait pris cette décision et il s’est avéré qu’elle provenait de l’Office des étrangers et qu’elle était bien officielle. J’ai chargé mon avocat de prendre les mesures légales pour casser cette décision. Avant mes propres démarches, je n’ai jamais reçu aucune notification pour me prévenir des différentes décisions qui avaient été prises à mon encontre. La moindre des choses est d’informer le principal intéressé et de me permettre également de pouvoir me défendre et de répondre aux accusations qui ont été portées à mon encontre. Cette décision est arrivée soudainement et m’a totalement surpris. Je la ressens comme des représailles à mon égard. Mais je m’en remets à Dieu. » L’imam a décidé de faire appel de cette décision : « bien évidemment, je n’en resterais pas là et je me tourne vers les tribunaux. J’estime que cette décision me prive de mes libertés et droits fondamentaux. Cette décision m’a causé beaucoup de problèmes : elle m’a séparé et éloigné de mes enfants et petits-enfants, elle m’a séparé des personnes que je côtoie et avec qui j’échange beaucoup, elle m’a éloigné de la mosquée. Je considère cela comme une injustice profonde et une privation de mes droits fondamentaux. Où sont les droits de l’Homme ? Ne suis-je pas un être humain (qui a ses droits) ? Par conséquent, j’ai porté plainte afin de casser cette décision et de lever cette injustice. Je rappelle à Mr Sammy Mahdi, que ce sont des jours d’épreuves pour l’humain que je suis, mais je n’ai rien de personnel vis-à-vis de sa personne, et je m’en réfère à la justice pour asseoir mes droits»

Enfin, le théologien souhaite adresser un message à la communauté musulmane belge : « Je les remercie encore une fois et les appelle à rester unis, solidaires et à s’entraider dans les bonnes œuvres. Et s’ils décident de me soutenir pour que mes droits soient rétablis, j’en appelle à ce qu’ils le fassent dans le respect de la loi et de manière calme et pacifique. »

Son avocat a annoncé son intention de s’opposer à la décision pour des raisons de force majeure. 

H.B.

Les métaverses, un monde futuriste pour nous rapprocher ou nous disperser?

Le 28 octobre 2021, le géant Facebook change son nom en META. Marc Zuckerberg, propriétaire de Facebook, Instagram, WhatsApp et de la société de réalité virtuelle Oculus, ne cherche pas uniquement à contrôler notre consommation en termes de publicités et faire de nous un produit. Aujourd’hui, il annonce qu’il a l’intention de régir et contrôler tous les aspects de notre vie : notre relation au travail, à l’école et à l’université, nos loisirs (du cinéma en passant par le sport aux jeux …), en monétisant tous ces aspects aux moindres détails. Les métaverses, qu’est-ce que c’est ? Un monde futuriste ? Est-ce un projet lointain ou proche ? A quel avenir faut-il s’attendre ? Pourquoi en parle-t-on maintenant ? Faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir ? Quel futur pour nos enfants ? Quels bénéfices pouvons-nous en tirer ? Ce sont à toutes ces questions auxquelles nous allons tenter de répondre !

Qu’est-ce qu’un métavers ?

Le métavers trouve son étymologie dans la langue grecque : Méta qui se traduit par « au-delà » et Vers pour l’« univers », Au-delà de l’univers. Ce terme métavers fut utilisé pour la première fois par Neal Stephenson dans son livre Snow Crash en 1992. Pour citer Neal Stephenson« le métavers est une invention de ma part, qui m’est venue à l’esprit quand j’ai réalisé que les mots existants (comme « réalité virtuelle« ) étaient trop maladroits pour être utilisés. »[1] Selon Wikipédia, un métavers (de l’anglais metaverse, contraction de meta universe, c’est-à-dire méta-universest un monde virtuel fictif. Le terme est régulièrement utilisé pour décrire une future version d’Internet où des espaces virtuels, persistants et partagés sont accessibles via interaction 3D.  Une définition différente considère « le métavers » comme l’ensemble des mondes virtuels connectés à Internet, lesquels sont perçus en réalité augmentée. On comprend donc que le métavers inclut la notion d’intelligence artificielle, d’un mode virtuel avec du gaming, des rencontres et l’utilisation d’une monnaie virtuelle. 

Immersion sensorielle et olfactive

Le métavers fait appel au moins à deux sens jusqu’aux cinq permettant ainsi une immersion sensorielle et olfactive. On entrevoit dans cet univers, un monde où des milliers voire des millions de gamers peuvent interagir et jouer ensemble, dans une même plateforme ; il est possible d’essayer des vêtements dans la boutique de notre choix grâce à notre avatar, une figure virtuelle personnelle, personnalisée et personnalisable qui possède toutes nos caractéristiques et nos mensurations permettant ainsi de représenter son utilisateur au mieux conformément à la réalité ; l’école et les formations peuvent se donner à distance tout en contrôlant la présence des étudiants : le métavers connecté à l’étudiant permettrait au formateur de vérifier que la personne suit bien le cours grâce à ses mimiques, son comportement comme dans un cours en présentiel ; il est possible de combiner le jeu et la pratique de sport ; il n’est pas vraiment possible d’utiliser la monnaie telle que nous la connaissons ; …

Le métavers, un monde futuriste ?

En réalité, les métavers existent depuis déjà une décennie. Par exemple, on le retrouve dans les sensations fournies par le casque Oculus (créé en 2010 par Marc Zuckerberg).

Alors pourquoi entendons-nous plus parler de métavers aujourd’hui ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène :

  1. Facebook a changé de nom et le monde cherche à en connaître les (vraies) intentions.
  2. Aujourd’hui, il y a une réalité telle que la technologie avance. Cependant, cette avancée ne concerne pas uniquement les métavers. On peut prendre comme exemple l’annonce d’Apple qui entreprend de créer une voiture 100% autonome. « Selon plusieurs informations récentes, le géant aurait effectué des avancées décisives dans son « Projet Titan ». Il aurait notamment mis au point l’essentiel de son processeur. Il viserait désormais 2025 pour le lancement de son Apple Car, qui éviterait toute interaction humaine. Mais les défis restent nombreux. »[2]
  3. Enfin, la raison principale et non des moindres est que la dernière pièce du gros puzzle est enfin accessible : La BLOCKCHAIN ; elle rend ainsi l’environnement du métavers plus interactif.

Qu’est-ce que la blockchain et pourquoi est-elle importante dans le métavers ?

La blockchain est un écosystème, « une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. »[3] Ainsi, la blockchain assure une transparence parfaite de toutes les transactions numériques échangées (dans les jeux par exemple, dans les achats) ; elle permet de créer un monde ouvert à tout le monde : les frontières géographiques n’ont pas d’importance ; elle permet de créer un monde virtuel sans aucune discrimination ; elle confère au métavers une notion de rareté et d’unicité.

Quel avenir nous promet le métavers ?

Il ne s’agit pas de donner une réponse claire et franche à cette question. Et en réalité, il n’est pas certain d’en trouver car la réponse est fortement nuancée. Au même titre, on peut se poser la question suivante : Quel avenir nous a promis la technologie d’internet ? Il faudrait donc faire un bilan pour répondre à cette question mais nous nous accorderons tous sur le fait qu’Internet a apporté son lot de bénéfices et d’inconvénients. Internet fut et est source de joie et plaisirs comme certains peuvent dire qu’il est source de malheurs. Néanmoins, la question est de se demander ce que chacun est capable d’en tirer de bien.

Métavers, quel danger ?

Le danger indéniable à ce projet est d’accroitre en l’homme la consommation générale : les joueurs actuels seront des plus grands joueurs puisqu’ils seront (mieux) rémunérés; mais aussi l’isolement : le métavers prône un monde où il n’est pas nécessaire de se voir physiquement ; la dépression ; une consommation moins écologique puisque les métavers utilisent la blockchain qui elle-même coûte énormément en termes d’énergie; une plus grande distraction ; une plus grande « perte de temps » ; une perte de contrôle éducationnelle : un enfant peut plus facilement sombrer dans les occupations des métavers et perdre le contrôle de ses envies. Les parents doivent être encore plus vigilants que pour l’utilisation simple d’internet. Ils doivent être encore plus attentifs à la diminution de la concentration ;[4] et enfin, une augmentation du temps d’écran ; …

Métavers, quel bénéfice?

A côté de ce danger, nous pouvons reconnaitre certains avantages tels que :

  • Une amélioration dans la qualité des jeux qui deviendraient bien plus interactifs et immersifs ;
  • Une amélioration dans l’accessibilité de l’enseignement : en effet, dans les pays du tiers monde, les personnes qui ne peuvent pas s’octroyer des études au sein des établissements classiques pourront suivre des formations plus accessibles ;
  • Une réduction du fossé éducationnel entre riches et pauvres ;
  • Une immersion et une meilleure pratique linguistique : les utilisateurs des métavers seront amenés à choisir une ou plusieurs langue(s) commune(s) partagée(s) par tous pour discuter ;
  • Un meilleur échange interculturel ;
  • Une génération mieux formée ce qui permettrait une plus grande avancée technologique et donc une accélération dans le progrèsà un cercle vertueux …

Enfin, on peut ainsi conclure que comme pour toute chose, il est possible de tirer des bienfaits comme il est possible d’en faire un mauvais usage. L’essentiel est d’être conscient du danger potentiel et d’en exploiter au mieux les ressources du projet. La technologie d’internet en est un bon exemple. A l’image de l’utilisation d’un couteau qui permet à son utilisateur de couper la viande pour se nourrir ou de tuer avec, les métavers promettraient de belles avancées tout comme ils annoncent de grands dangers. La remise en question de l’utilisateur est primordiale et est toute aussi importante que la remise en question du projet métavers en tant que produit. Il faut donc s’octroyer un temps de préparation pour accueillir le métavers.

Nelm


[1] https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/09291016.2019.1620487


[2] https://blockchainfrance.net/decouvrir-la-blockchain/c-est-quoi-la-blockchain/

[3] https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/comment-apple-avance-a-grand-pas-vers-une-voiture-electrique-et-100-autonome-1365949

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tavers#cite_ref-4

Fuir ou rester? Le dilemme de Waad El Kateab

La guerre n’a ni couleur, ni religion, ni ethnie, ni terre. Elle s’installe, s’éternise sur les territoires et ces habitants n’ont de but que de survivre et de se maintenir en vie quoi qu’il arrive ; quitte à s’exiler loin de chez eux pour aspirer à un avenir meilleur pour eux et leurs familles. Fuir la guerre, la famine, le siège, la dictature ou rester en sursis, pour une vie de résistance en côtoyant la mort à chaque instant, voilà le dilemme d’un exilé.

2015. Première grande crise migratoire du XXIe siècle, où des centaines de milliers de familles syriennes fuyaient leur pays dévasté par la guerre civile, via la Turquie afin de trouver refuge en Europe. Six ans après, des Syriens sont cette fois-ci bloqués aux frontières de la Biélorussie et de la Pologne, pris au piège comme des pions d’un échiquier sur fond de rivalités politiques. Refoulés des deux côtés, des hommes et des femmes ainsi que des enfants se retrouvent bloqués le long de la frontière forestière des deux pays. Rares sont les images et les informations réelles car les journalistes et les ONG n’ont pas accès à cette zone frontalière. C’est à croire que le « jeu » perdurera jusqu’à ce qu’un camp fasse « échec et mat ». Un duel entre intérêt économique et intérêt politique ! Mais où est l’intérêt humain, la dignité ?

Une crise humanitaire avant tout

Le problème est devenu un tas de poussière qu’on voudrait cacher sous le tapis ; alors que des pays durcissent le ton en projetant de construire un mur, d’autres encore veulent ignorer l’urgence du problème. Cette crise migratoire est une crise humanitaire, elle va de la responsabilité de tous les pays du monde et pas seulement de l’Europe. Nous sommes en 2021 et la question des réfugiés n’est plus le sujet numéro un dans l’opinion publique de l’Europe, plus préoccupée par la reprise économique et sociale après la crise du covid (crise dont nous ne sommes pas encore sortis). Il faut parfois des drames humains pour remettre autour de la table les politiques sur la crise migratoire.

A la question du traitement de l’information des médias européens sur le conflit syrien, certains médias ne distinguent pas l’affrontement qui dure depuis plus de 10 ans et le voient comme une affaire de terrorisme ; et parfois (quand la Syrie devient un sujet d’élection) on montre un pays devenu plus calme et plus ouvert aux changements, et les Européens ne comprennent pas pourquoi les réfugiés ne retournent pas dans leur pays.

Pour ne pas oublier

Pour ceux et celles qui se demandent pourquoi ils viennent en Europe, voici la réponse en 1h35 de film. « Pour SAMA, journal d’une mère syrienne »[1] est un reportage pour que la guerre en Syrie ne devienne pas un conflit oublié. Ce documentaire est dédié à SAMA, la petite fille de la journaliste Waad Al Kateab, un message d’amour et un cri de détresse lancé au reste du monde. Un témoignage intime sans être voyeuriste, pour sauvegarder la mémoire d’un conflit vécu de l’intérieur, au quotidien. Un témoignage au monde entier des horreurs d’une guerre civile dont l’Occident et sa population ne semblent pas prendre conscience, comme dans tant d’autres hostilités.

Les images tremblent. Au détour d’un couloir, une déflagration, la panique et la poussière qui rend l’air irrespirable. Dans le sous-sol de l’hôpital où travaille Hamza, le mari de Waad, des blessés s’entassent… « SAMA, tu es ce qui nous est arrivé de plus beau. Mais quelle vie ai-je à t’offrir, toi qui n’as rien demandé à personne ? » s’interroge Waad en contemplant sa petite fille de quelques mois. Du rire aux larmes, des petits bonheurs aux grandes terreurs, Waad Al Kateab a filmé pendant 5 ans, l’espoir né à Alep avant que le chaos ne s’empare de la ville assiégée. Pour son enfant, qui sourit entre ses bras et sursaute au fracas des tirs, la jeune femme saisit un monde solidaire aux abois, où chacun se débat pour sa survie mais aussi pour celles des autres. Waad témoigne de l’horreur ordinaire : « Jamais nous n’aurions imaginé que le monde puisse permettre cela ! ».[2]

Ce reportage est un condensé de notre humanité, dans tout ce qu’elle a de pire et de meilleur. Et peu importe le nom que les partis politiques leur donnent : refugiés ou migrants, il serait intéressant de se questionner à propos de notre accueil. C’est pourquoi, ce documentaire s’adresse d’une part, à nous, pour changer le regard que nous portons sur les réfugiés et d’autre part, aux décideurs et aux personnes qui ont du pouvoir, à ceux qui peuvent faire la différence…

Najoua


[1]  Pour SAMA, journal d’une mère syrienne. Sortie en juillet 2019 aux États-Unis, puis en Europe en octobre 2019, il reçut divers récompenses et prix dont l’Œil d’Or du meilleur documentaire au festival de Cannes en 2019. Documentaire de Waad Al Kateab et Edward Watts.

[2] Tiré du site www.arte.tv, documentaire diffusé le mardi 9 novembre 2021 à 20h25.

La « MALBOUFFE » : première cause de mortalité dans le monde!

Obésité, diabète, maladie cardio-vasculaire, dépression, cancers, … Voici les conséquences d’une mauvaise alimentation sur notre santé. En effet, l’OMS a élaboré un rapport scientifique dans lequel est stipulé que les maladies liées à la malbouffe et malnutrition sont les premières causes de mortalité dans le monde. Celles-ci tuent plus que le tabac! A compter l’ensemble des victimes de ce fléau, nous arrivons à des chiffres mirobolants : un décès sur 5 dans le monde ( 11 millions/an ).

Se faire plaisir sans excès 

Nous consommons quotidiennement des aliments trop sucrés, trop salés, riches en mauvaises graisses, composés d’additifs, non nutritifs car présence de pesticides ou cuisson non adaptée. Cela est nuisible et peut être dévastateur pour l’organisme!

Mais entendons-nous bien, la malbouffe n’est pas à bannir radicalement. Consommer un burger ou un soda de temps à autre n’est pas néfaste pour l’homme. On peut se faire plaisir à condition de manger équilibré le reste du temps.

Il faut aussi retenir que ne pas consommer de produits sains et nutritifs est pire que de consommer excessivement de la malbouffe. Car une carence en vitamines, minéraux, antioxydants, etc., peut être gravissime et provoquer une fatigue intense, des maladies rénales et hépatiques, des maladies chroniques, un système immunitaire moins résistant aux infections, …

La pandémie de coronavirus est actuellement une cause majeure de mortalité à l’échelle mondiale. La malnutrition est la principale cause d’immunodéficience dans le monde, ce qui augmente la vulnérabilité aux infections.

En l’occurrence, le lien entre l’immunité et l’alimentation est une évidence car de nombreux nutriments jouent un rôle essentiel dans la défense de notre organisme.

« LES ALIMENTS SONT VOS MEILLEURS MEDICAMENTS » Dr Henry Joyeux

Qu’est-ce que l’immunité et à quoi sert-elle?

L’homme est exposé quotidiennement à des agressions : virus, bactéries, champignons, parasites, métaux lourds, …

Pour les combattre, il doit être équipé d’un bon système immunitaire composé de soldats pour le défendre. En cas d’agression, le tissu devient inflammatoire (rougeurs, température, …). Mais si notre organisme souffre d’une carence en nutriments essentiels, la réponse immunitaire sera faible, voire inefficace.

« QUE TON ALIMENT SOIT TA SEULE MEDECINE  » HIPPOCRATE

Pourquoi cette attirance pour la malbouffe ?

Nous avons une attirance naturelle pour la malbouffe et ce, pour diverses raisons.

D’abord, le marketing qui influence considérablement nos choix. En effet, les spots publicitaires sont sur tous les fronts: trams, métros, télévision, Youtube, réseaux sociaux, … 

L’excès de publicité a un énorme impact sur les plus jeunes qui sont beaucoup plus vulnérables que les adultes. Les grandes chaines alimentaires mettent le paquet pour tromper et manipuler le consommateur. Vous remarquerez que tout est mis en place minutieusement pour inciter et manipuler le consommateur à acheter davantage : packaging, couleurs utilisées, logos, formes, célébrités ou influenceurs, etc. Le but étant de créer de futurs sur-consommateurs.

Et puis, il y a la facilité. Quand on a une journée chargée, on n’a pas forcément l’envie ni l’énergie de cuisiner de bons plats maison mais plutôt de se tourner vers des repas industriels prêts en 15 minutes tels que des pizzas congelées ou des nuggets dans lesquels on peut retrouver parfois plus de 10 additifs ; ce qui est un véritable poison pour l’homme. Certains de ces aliments sont riches en graisses, sucres, sels, et exhausteurs de goût ce qui provoque une forme d’addiction. 

Des études neurobiologiques ont démontré que le sucre combiné aux graisses pourraient rendre accro comme le ferait la cocaïne. 

Il y a aussi leurs aspects en bouche : croquants, moelleux, qui peut se révéler particulièrement important et créer une sensation qui va stimuler notre cerveau et lui donner envie d’en reprendre encore et encore…

Il faut savoir que les sociétés agro-alimentaires ne produisent pas de simples aliments mais plutôt une addiction qui va générer beaucoup d’argent. Le prix affiché ou en promo paraît raisonnable mais en réalité, il est très cher pour l’apport nutritif offert. C’est un ensemble de produits chimiques qui ne coûtent quasi rien au producteur.

L’inactivité accroîtrait notamment les risques d’obésité. Nous pouvons constater que durant le confinement, certaines personnes se sont réfugiées dans la nourriture pour apaiser leurs peurs, leurs angoisses ou pour faire passer le temps tout simplement.

Mais alors, que mettre dans son assiette pour une meilleure santé ?

Nous pouvons constater que certains enfants refusent catégoriquement de manger leur plat ou de boire leur soupe car leur palais est habitué aux goûts trop sucrés, trop salés, exhausteurs de goûts, … C’est pour cette raison qu’il est primordial de les sensibiliser aux goûts des fruits et légumes dès leur plus jeune âge et de remplacer les collations industrielles par des fruits secs par exemple qui constituent un concentré d’énergie riche en vitamines et minéraux. Ou des cakes maison qui sont plus sains car les additifs sont absents et le sucre est dosé faiblement.

Il est important aussi de promouvoir l’allaitement maternel qui est très favorable à la santé du bébé car il assure sa croissance et apporte davantage de protection contre les infections.

Notre assiette doit être variée et contenir de préférence des aliments issus de l’agriculture biologique car les nutriments sont conservés. On peut y retrouver des fruits et légumes de saison, des légumineuses ou des céréales riches en fibres qui favorisent un bon transit. Consommer occasionnellement les viandes rouges et opter plutôt pour des viandes blanches ou du poisson. Diminuer drastiquement le pain qui n’a pas grand intérêt au niveau nutritif. 

Et pour une hydratation optimale, boire 1,5 à 2l d’eau par jour. Cela favorise l’élimination des déchets par notre organisme.

Il est important de prendre son repas assis, dans le calme, de manger avec modération et de mâcher suffisamment longtemps pour une meilleure digestion. 

Le jeune thérapeutique est favorable pour une certaine catégorie de personnes mais doit être encadré par des professionnels de la santé tels que des médecins, nutritionnistes, … 

Il est aussi vivement conseillé d’effectuer une activité physique plusieurs fois par semaine : sport, marche, etc., qui est favorable au bon fonctionnement du cœur et des intestins.

L’activité physique est impliquée dans la production de dopamine qui va stimuler le système nerveux en apportant du tonus, et une sensation de légèreté et de bien-être.

Le Coran et la sunna font l’éloge de plusieurs aliments grâce aux remèdes et vertus qu’ils contiennent :

  • l’huile d’olive 
  • le miel 
  • le gingembre  
  • les lentilles 
  • le raisin 
  • la grenade 
  • la banane 
  • la figue 
  • les dattes 
  • le concombre 
  • la courge 
  • l’ail 
  • l’oignon, …

Allah le Très Haut dit :

« Que l’homme considère donc sa nourriture ; c’est Nous qui versons l’eau abondante, puis Nous fendons la terre par fissures et y faisons pousser grains, vignobles, légumes, oliviers et palmiers, jardins touffus, fruits et herbages pour votre propre jouissance et pour vos bestiaux. » s.80, v.24 à 32

« Dieu, c’est Lui qui a créé les cieux et la terre et qui, du ciel a fait descendre l’eau grâce à laquelle Il a produit des fruits pour vous nourrir. » s.14, v.32

«  Un esprit sain dans un corps sain »

Plus on habitue son cerveau et son palais à une alimentation saine, moins on a envie de malbouffe. C’est un mode de vie que nous devons adopter au quotidien afin de diminuer cette addiction aux différentes substances néfastes. Il est rare de retomber dans un schéma de malbouffe après avoir pris conscience des méfaits de cette alimentation, de s’être habitué à un parcours sain. Au contraire, nous pouvons même ressentir un dégoût.

Néanmoins, un léger écart de temps en temps est permis pour ne pas engendrer de frustration. 

Pour conclure, l’homme doit adopter un mode de vie sain. L’équilibre entre une activité physique et la nutrition favorise le bien-être physique et mental de la personne. Et dans cette dynamique, l’homme se sent aussi plus concerné par le respect de l’environnement, une consommation plus modérée, moins de gaspillage, …

L’Islam ne nous enseigne-t-il pas le bon comportement en toute circonstance ?

De ce fait, l’homme doit adopter une approche éthique dans sa consommation.

Allah le Très Haut dit :

«  Et mangez et buvez; et ne commettez pas d’excès, car Il n’aime pas ceux qui commettent des excès. » s.7, v.31

Le Prophète paix sur lui a dit : 

«  Celui qui mange peu (juste ce qu’il faut), son corps jouira de la bonne santé, son cœur sera pur, … »

« Le surplus d’aliments est la cause de toute maladie. »

«  Et ton corps a un droit sur toi! »

En effet, ce corps est un bienfait et un dépôt sacré du Créateur. 

L’homme se doit donc d’en prendre soin et d’éviter les excès qui sont nuisibles pour lui! 

I.S.

BIBLIOGRAPHIE :

  • Le Saint Coran traduction en langue française, Éditions Dar Al Bouraq.
  • Stéphane TETART, Vanessa LOPEZ, Ma Bible des secrets de naturopathes, 2019, Leducs Éditions, 313 pages.
  • Professeur Henri JOYEUX, Changez d’alimentation, 2013, Éditions du Rocher, 663 Pages.
  • Véronique LIESSE, Alix LEFIEF-DELCOURT, L’alimentation « spécial immunité », 2020, Leducs Éditions, 296 pages.

Développement personnel: la grande imposture?

Renouer avec son moi intérieur… Apprendre à dire non… Écouter son corps pour atteindre le bien-être et le bonheur, tels sont quelques-uns des objectifs bienveillants proposés par le développement personnel. Cette nouvelle pratique fait fureur notamment au sein de la communauté musulmane belge. Mais que se cache-t-il derrière cette quête obsessionnelle du bonheur ? Certaines dérives liées au développement personnel interpellent. Plongée au cœur de cet univers nébuleux. 

Le développement personnel, c’est quoi ? 

« Le développement personnel est un ensemble hétéroclite de pratiques appartenant à divers courants de pensée qui ont pour objectif l’amélioration de la connaissance de soi, la valorisation des talents et potentiels, l’amélioration de la qualité de vie personnelle, la réalisation de ses aspirations et de ses rêves. » Voilà la définition qu’en donne Wikipédia. La réalisation de ses rêves, l’amélioration de sa qualité de vie, tout cela semble très alléchant ! Ces dernières années, la crise du coronavirus a accentué l’état de mal-être général de la société. Les psychologues et psychiatres ont vu ainsi leur charge de travail augmenter considérablement durant la crise. Certains, ont fait le choix de se tourner vers une nouvelle « thérapie », celle du développement personnel. 

Connaître ses propres besoins

Je suis allée à la rencontre de six femmes : Sirine, Khadija, Amal, Souad, Salima, Farida[1]. Elles ont toutes été séduites par cette nouvelle approche. Certaines ont réussi à utiliser les enseignements pour s’épanouir dans leur quotidien tandis que d’autres en gardent un goût amer. A leur demande, leur témoignage est anonyme. Sirine est convertie à l’islam. Le développement personnel a été un outil efficace pour elle. « L’objectif principal est d’apprendre à se connaître, à formuler ses propres besoins. Dans la communication non violente notamment, nous apprenons à formuler les choses car ce que l’on dit, la personne en face ne le reçoit pas de la manière dont nous le disons mais avec ses propres filtres. Cette communication non violente je l’applique principalement au sein de mon foyer avec mes enfants, mon mari. Il y a un manque de connaissance de notre religion et personnellement, je fais toujours un lien avec ma spiritualité. Chaque outil utilisé m’a permis de revenir en arrière et prendre conscience que cela existe aussi en Islam. Par ailleurs, il m’est arrivé de tester d’autres outils mais dès que cela me semble bizarre ou que les sensations que je ressens dans mon corps ne me plaisent pas, je ne m’aventure pas plus loin. »

Farida est coach. Curieuse de nature, elle a testé de nombreux outils de développement personnel. « Il faut le prendre en tant que musulmane pratiquante et donc mettre Allah au-dessus de tout et utiliser certains outils avec des pincettes parce qu’il est clair qu’il y a des dérives. Certains formateurs n’hésitent pas à faire appel au monde invisible au cours de leurs séances. Certains sont des chamans, donc c’est clair. Personnellement, j’ai toujours été fascinée par ce monde-là mais avant chaque séminaire ou séance je fais mes ablutions, je fais ma prière de consultation et je lis ayat al kursi pendant la séance, une manière de me protéger. Mais dans ma pratique de coach, il y a certains outils que j’ai mis de côté parce que j’ai des doutes concernant leur licéité. Ce sont des outils super puissants qui nous permettent d’aider des gens, je voyais des résultats très rapidement mais avec le recul j’ai préféré ne plus y toucher par crainte de franchir une ligne rouge. » 

Découverte d’un milieu obscur

Mais sur le chemin de cette quête parfois obsessionnelle du bonheur, les charlatans et autres guérisseurs jalonnent les sentiers.

Khadija est responsable d’une asbl à Bruxelles. Elle s’est intéressée à la question du développement personnel par hasard. Et au fur et à mesure de ses recherches, elle entre dans une sphère nébuleuse. « Je suis abasourdie par ce que j’entends et j’apprends de la bouche de ces femmes qui ont tenté l’aventure du développement personnel. Des sœurs, des amies que j’ai côtoyées et qui ont un bagage islamique, qui ont étudié dans des instituts reconnus à Bruxelles, sont tombées dans le piège et les dérives de cette pratique. »

Parmi les dérives, la connexion avec les esprits… « Une de ces femmes m’explique qu’elle s’est inscrite à un séminaire de communication non violenteCelle qui est responsable de ce centre est connue et reconnue par toutes les femmes de la communauté qui passent par le développement personnel. » Sur sa page Facebook, elle se présente comme guérisseuse, maître et dans la droite lignée de sorcières bannies il y a plusieurs siècles. « Je suis arrivée chez elle par un concours de circonstances en m’inscrivant à l’atelier de communication non violente » explique Salima. « Si de prime abord, elle utilise les outils classiques de la communication non violente comme la théorie de Rosenbergles 5 blessures de l’âme, … tout doucement elle oriente son discours sur l’enfant intérieur et ses blessures et pousse les participantes à révéler des éléments intimes de leur vie privée. Les femmes se confient alors, elle instaure un cadre de confidentialité, de confiance qui pousse à la révélation. »

Une addiction

«  Là où cela commence à dériver, c’est lorsqu’elle se lance dans des séances de guérison, où elle nous dit clairement qu’elle est chamane musulmane… elle dit qu’Allah lui a donné un don, qu’elle est souvent connectée avec Jibril… et que sa mission est d’éveiller les consciences. Je suis tombée dans le panneau à cause de grosses blessures personnelles. Les thérapies classiques sont onéreuses, longues, alors qu’elle, nous certifie que le processus de guérison se déroule en 10 séances. Il y a une véritable dépendance qui se crée, nous lui donnons une sorte de pouvoir sur nous, elle nous tient par nos révélations. Elle organise d’autres ateliers où elle fait appel à une chamane de France. Lors de ces séminaires-là, il n’est plus question que de chamanisme, de tambours et de transe. Des sœurs ont consommé des champignons hallucinogènes lors de ces séances, ce que j’ai toujours refusé. Avec d’autres sœurs, nous avons commencé à lui parler de notre mécontentement par rapport à certaines de ses pratiques, sa réaction a été de nous retirer du groupe. J’ai essayé d’en parler autour de moi, de porter plainte mais personne n’a voulu me suivre. Ce n’est plus de la communication non violente, elle crée de la dépendance chez des personnes fragiles, elle perturbe notre communauté, nos croyances mais personne ne fait rien, j’ai été vraiment dégoutée par le manque de soutien pour dénoncer ces dérives. » 

Des réactions violentes

Amal a aussi croisé son chemin il y a plusieurs années. Mais plusieurs éléments la perturbent très vite. « Je n’ai pas été réceptive, pour moi c’était de grands principes, de beaux discours mais dans la pratique il n’y avait pas grand-chose. Des amies m’ont accompagnée, certaines se sont éloignées tandis que d’autres sont encore dedans. Elles ont radicalement changé. Elles avaient des pratiques religieuses qui ont disparu. Ce qui m’intrigue, c’est qu’on a le sentiment qu’avec cette femme elles ont acquis des valeurs, des principes comme si avant cela elles n’en avaient jamais eus… pourtant ce n’est pas le cas. Lorsque je fais part de mes critiques et questionne les sources, j’ai été victime d’agressions verbales violentes. J’étais devenue celle qui n’était plus fréquentable… pour des personnes qui forment en communication non violente c’est un peu contradictoire… » Khadija, la responsable d’une asbl à Bruxelles, pousse, elle, ses recherches plus loin et à force de poser trop de questions, elle dérange aussi les adeptes de cette pratique. « J’ai reçu des menaces, des messages intimidants me demandant de rester à ma place et de m’occuper de mes cours de Aqidah et Fiqh. J’avais véritablement l’impression de rentrer dans la mafia, c’était assez incroyable. » 

Des bienfaits ? 

Il serait faux de réduire cette pratique à ces dérives qui existent et interpellent. Néanmoins, il convient de se demander s’il existe de réels bienfaits qui découlent de cette nouvelle « thérapie ». Ce n’est en tout cas pas l’avis du prédicateur et enseignant Sofiane Meziani qui s’est exprimé (un des rares prédicateurs qui s’est exprimé sur le sujet) dans une vidéo à visionner sur Youtube. « On ne peut accepter une chose qui produit des effets négatifs sous prétexte qu’elle contient de bons ingrédients.  Le coaching personnel mélange tout : la psychologie, la spiritualité, l’âme, l’esprit. Avoir une bonne santé mentale, ne nous empêche pas de vivre une vie pauvre spirituellement. Cette méthode vise à cultiver le goût de l’égo et non celui de la foi. » Autre point négatif selon le professeur, c’est que le développement personnel « développe davantage la confiance en soi que la confiance en Allah ». Enfin, toujours selon Sofiane Meziani, les seuls ingrédients positifs de cette méthode sont ceux empruntés aux religions et spiritualités. « Un concept est celui de la pleine conscience, Al khushù (en arabe), le recueillement dans la présence de Dieu. Ici, il est question de ressentir la présence divine tandis que dans le développement personnel, il faut ressentir le moi intérieur… ».

Souad a elle aussi été attirée par cette nouvelle pratique qui lui a permis comme Sirine de faire un parallèle avec sa foi, néanmoins elle ne conseillerait plus de se tourner vers cette méthode. « Je n’ai pas reçu d’éducation religieuse petite mais j’ai toujours été intéressée, je voyais des jeunes filles voilées se rendre à la mosquée pour apprendre et moi je les enviais. Mon père avait beaucoup de préjugés sur ces personnes-là. Donc j’ai dû attendre d’être adulte pour rechercher, apprendre mais je ne parle pas l’arabe, je ne le comprends pas, et le développement personnel m’a permis de mieux me connaître et par ricochet de mieux connaître mon créateur. J’ai eu des outils mais au final, tous ces outils on les retrouve dans notre religion : le Miracle Morning, le fait de se lever tôt, on l’a dans l’islam, le fait d’être dans la gratitude, le remerciement, c’est le dhikr. La cohérence cardiaque, c’est ce qui permet d’apprendre à contrôler sa respiration afin de réguler son stress et son anxiété, on l’a en lisant le coran… Tout est à notre portée mais j’ai dû d’abord apprendre ces outils extérieurs pour me rendre compte que tout était devant moi. »

Un culte de l’autonomie contraire aux valeurs islamiques

Alors que le public attiré par cette nouvelle méthode est essentiellement féminin, il est urgent de s’interroger et de remettre en question certaines dérives liées à cette pratique. Il convient aussi de rappeler que ces dérives ne doivent pas occulter les bienfaits inhérents au développement personnel. Chacun, avec sa propre grille de lecture, doit pouvoir opérer les bons choix en accord avec ses valeurs et sa spiritualité. En ce qui concerne l’Islam, ses enseignements sont clairs et ne permettent pas la perversion. Allah (swt) dit dans le coran : «  Nous n’avons point fait descendre sur toi le Coran pour que tu sois malheureux » Taha, verset 2. Dans la société du 21ème siècle, nous sommes pris dans une course effrénée. Un rythme soutenu dès le lever, ce stress constant génère un mal-être. Porter un regard réaliste sur notre âme et nos manquements, et se remettre en question constamment, c’est peut-être là le début d’une réforme intérieure pour vivre pleinement une vie qui au final, n’est qu’éphémère… 

H.B. 


[1] Noms d’emprunts