Les mains de la fraternité

On entend souvent des voix s’élever pour critiquer la oumma, pointer ses divisions ou ses manquements. Mais quand vient le mois béni, le terrain raconte une tout autre histoire. Là où certains voient des failles, d’autres dressent des ponts. Pendant que les uns s’épuisent en débats, d’autres s’épuisent à servir. Le ramadan transforme la théorie en pratique : la solidarité n’est plus un concept, elle devient une soupe chaude, un sol propre, une parole douce, un accueil digne et un regard fraternel. Les bénévoles sont la preuve vivante que l’unité de notre communauté se trouve dans le service à l’autre, sans condition.

Ces femmes et hommes donnent ce qu’ils ont de plus précieux : leur temps et leur énergie. Leurs « petites mains » font battre le cœur de la communauté. A l’heure où chacun aspire à retrouver les siens, ils choisissent d’élargir le cercle à l’inconnu, au passant ou à celui dont le cœur est malmené.

Donner de son temps, c’est accepter de mettre sa propre fatigue de côté pour soulager celle d’un autre. C’est un acte de résistance contre l’individualisme. Dans un monde qui tend à se replier sur lui-même, ils offrent de l’espoir, de la chaleur et la preuve que la solidarité est un langage universel.

Alors que le corps s’apaise par le jeûne, une énergie puissante s’empare de nos mosquées, de nos associations et de nos quartiers. Cet hommage s’adresse à chacun quel que soit son poste.

Ils sont les nourriciers. En préparant les repas, en dressant les tables et en servant les plateaux avec énergie, ils offrent bien plus que de la nourriture. Ils offrent de la considération à l’étudiant isolé, au sans-abri ou au voisin de passage, sans distinction de foi, d’origine ou de parcours. Ils rappellent à chaque être qu’il a sa place au sein de l’humanité.

Ils sont les gardiens de l’ombre. Leur discrétion est une forme de noblesse. Ils restent tard afin de préparer le terrain pour la sérénité des autres, nettoyant et rangeant les lieux de prosternation.

Ils sont éveilleurs d’âmes. Ils partagent des rappels, enseignent dans les associations ou les mosquées, et transmettent des paroles de sagesse. A travers leurs mots, ils nourrissent les esprits autant que les repas nourrissent les corps.

Ils sont les « boosters » d’énergie. Ils motivent les troupes, organisent la logistique, sourient malgré la fatigue et portent les projets à bout de bras. Ils sont le moteur qui empêche la machine de s’arrêter.

On pense, souvent que le bénévole est celui qui « apporte » à l’autre. Mais quiconque a déjà donné de son temps sait que la générosité est un miroir. Comment ? En nettoyant un sol ou en servant un inconnu, on réalise la fragilité de nos propres certitudes. En croisant le regard de celui qui n’a rien, on expérimente l’humilité et la reconnaissance.

La véritable récompense ne réside pas dans les remerciements, mais dans cette paix profonde qui les envahit une fois la mission accomplie, quand la fatigue physique s’efface devant l’honneur d’avoir servi l’Humain. 

Ces femmes qui agissent avec la patience d’une mère, et ces hommes, qui portent et organisent avec la force d’un frère, incarnent la Rahma en action. En donnant du temps, ils ne vident pas leur mains, ils remplissent leurs âmes. A l’heure de l’appel à la prière, ce moment où le silence de l’attente laisse place à la chaleur humaine, on ressent la baraka : cette certitude que nos ressources se multiplient parce qu’elles sont partagées.

Finalement, ce mois nous interroge : sommes -nous de ceux qui constatent les failles, ou de ceux qui, par un geste, un mot ou un silence, choisissent de devenir un pont ? 

La baraka ne se regarde pas, elle se cultive…

A l’image du colibri[1], les bénévoles nous rappellent que face à l’immensité des besoins, l’impuissance n’est qu’une illusion. Car ne pas pouvoir tout éteindre ( pauvreté, détresse sociale) ne doit jamais devenir une excuse pour ne rien tenter.

Et nous, dans le silence de notre jeûne, quelle goutte d’eau avons-nous décidé d’apporter aujourd’hui ?

Najoua


[1] Légende amérindienne : « On raconte qu’un immense incendie ravageait la forêt. Tous les animaux, terrifiés, observaient le désastre, impuissants. Seul un petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour les jeter sur le feu. « Tu es fou ! » lui cria le tatou, « ce ne sont pas ces gouttes qui éteindront l’incendie ! » Et le colibri répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. » »

Il y a quelque chose qui me trouble profondément

Pourquoi le crime fascine-t-il autant ?
Pourquoi les atrocités font-elles le buzz ?
Pourquoi connaît-on par cœur le nom des meurtriers…
et si peu celui des sauveteurs ?

Je scroll.
Je vois des bandes-annonces de séries inspirées de tueurs en série.
Des documentaires qui décortiquent leurs parcours, leurs enfances, leurs “motivations”.
On analyse leurs gestes, on reconstitue leurs pensées, on leur consacre des heures d’écran.

On transforme l’horreur en scénario.
On transforme la violence en intrigue.
On transforme des vies brisées en divertissement.

Et je me demande : à quel moment avons-nous décidé que cela méritait autant de lumière ?

On connaît les dictateurs.
On connaît Adolf Hitler, son idéologie, ses discours, ses dates.
On connaît Joseph Staline, ses purges, ses chiffres glaçants.
On dissèque les tueurs en série comme Jeffrey Dahmer, on analyse leurs gestes, leurs pensées, leurs ténèbres.

On entre dans leur tête.
On leur consacre des heures d’écran.
On les transforme en personnages.

Mais qui consacre des saisons entières à celles et ceux qui sauvent ?

Qui connaît vraiment Irena Sendler, qui a fait sortir des milliers d’enfants du ghetto de Varsovie ?
Qui parle avec la même intensité d’Abdul Sattar Edhi, qui a ramassé les oubliés du monde avec une dignité bouleversante ?
Qui raconte le combat du docteur Denis Mukwege en République démocratique du Congo, celui qu’on appelle “l’homme qui répare les femmes” ?
Qui connaît Malala Yousafzai, qui a survécu à une balle pour avoir défendu le droit des filles à l’éducation, et qui continue, inlassablement, à porter la voix de celles qu’on veut faire taire ?
Qui parle de Mohamed Bzeek, cet homme qui accueille chez lui des enfants en fin de vie pour qu’aucun d’eux ne quitte ce monde seul ?

Pourquoi les monstres deviennent-ils des figures culturelles…
et les sauveurs des notes de bas de page ?
Je ne dis pas qu’il ne faut pas raconter l’Histoire.
Il faut comprendre les guerres.
Il faut analyser les crimes.
Il faut nommer les horreurs pour ne pas les répéter.

Mais entre comprendre… et glorifier malgré soi, la frontière est fragile.

Les plateformes débordent de récits inspirés de conflits…

Je pense à la Syrie.
On a vu les bombes.
On a vu les immeubles éventrés.
On a vu les images insoutenables.

Mais combien connaissent les noms des volontaires qui, sous les gravats, cherchaient des survivants à mains nues ?
Combien savent ce que cela signifie de retourner encore et encore dans un immeuble qui peut s’effondrer à tout moment ?

Je pense à la Palestine.
On parle des frappes, des roquettes, des représailles.
On compte les morts comme des statistiques.
On débat, on s’indigne, on prend position.

Mais qui raconte, avec la même ampleur, les médecins qui opèrent sans anesthésie suffisante ?
Les parents qui continuent d’enseigner l’alphabet à la lumière d’une bougie ?
Les enfants qui partagent le peu qu’ils ont au milieu des ruines ?

La guerre fait du bruit.
Elle crée des images puissantes.
Elle choque.
Elle attire.

La résilience, elle, ne crie pas.
Elle tient.
Elle persiste.

On produit des films sur les cartels.
On romantise les mafias.
On transforme les chefs de guerre en personnages “complexes”, presque attachants.

Mais qui met en scène avec la même intensité un instituteur qui choisit de rester dans un village bombardé pour que les enfants aient encore un semblant de normalité ?
Qui écrit des scénarios sur ces femmes anonymes qui traversent des frontières pour nourrir d’autres familles que la leur ?

Je me demande si nous ne sommes pas devenus dépendants du spectaculaire.

Le mal est spectaculaire.
Il explose.
Il détruit vite.
Il marque les esprits.

Le bien est patient.
Il construit lentement.
Il ne cherche pas à impressionner.

Et peut-être que dans une époque dominée par les algorithmes, ce qui ne choque pas disparaît.

Mais est-ce une fatalité ?

Est-ce que nos consciences doivent forcément être réveillées par l’horreur ?
Faut-il toujours plus de violence pour capter notre attention ?

Je refuse de croire que l’humanité soit fascinée uniquement par sa part sombre.

Je crois que nous sommes aussi émus par le courage.
Profondément.
Mais on ne nous le montre pas assez.
Ou peut-être que nous ne le partageons pas assez.

Imaginez si l’on faisait autant de bruit pour les bâtisseurs que pour les destructeurs.
Si l’on connaissait le nom des artisans de paix comme on connaît celui des tyrans.
Si les algorithmes mettaient en avant les gestes de solidarité autant que les scènes de chaos.

Le monde serait-il différent ?
Ou est-ce notre regard qui doit changer en premier ?

Les atrocités existeront, malheureusement.
Les guerres continueront de faire des ravages.
Les injustices ne disparaîtront pas par magie.

Mais à côté de chaque acte de destruction, il y a presque toujours un acte de courage.
À côté de chaque bombe, quelqu’un qui protège.
À côté de chaque crime, quelqu’un qui soigne.

Le mal fait du bruit.
Mais le bien fait tenir le monde.

Et peut-être qu’il est temps de choisir ce que nous voulons amplifier.

Peut-être que réveiller les consciences ne signifie pas seulement dénoncer l’horreur…
mais aussi redonner à la lumière la place qu’elle mérite.

H. L.

Quand les mots s’arrêtent, l’art commence

Si l’être humain est un « être de raison », l’Histoire nous montre cruellement que la raison seule ne suffit pas à arrêter la violence. Quand les mots ne suffisent plus, l’art prend le relais. Car il ne s’adresse pas seulement à l’intellect, mais à ce qui nous relie en tant qu’humain : notre pureté, notre nature humaine. Autrement dit, l’art, comme outil de sensibilisation, utilise un langage qui précède la parole et la logique. Il s’adresse à l’enfant qui est encore en nous et à « l’animal social » que nous sommes. En nous faisant ressentir la vulnérabilité absolue, il nous rappelle que, dépouillés de nos titres, de nos opinions et de nos richesses, nous ne sommes que des êtres de lien, dont la survie dépend de la compassion des autres…

Le film-documentaire La voix d’Hind Rajab de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania, retrace les derniers instants de vie de Hind, fillette palestinienne de 6 ans, bloquée dans une voiture sous les tirs israéliens ; et qui implore les secouristes du Croissant-Rouge de venir la chercher. Le film ne se contente pas de retracer un fait divers tragique, mais il s’élève en un véritable traité d’humanité face à l’horreur enragée. 

La raison explique, l’image implique 

Au-delà du triomphe cinématographique, La voix de Hind Rajab, en transformant le dernier souffle d’une enfant en un cri universel, nous rappelle que la fonction première de l’art, dans ses heures les plus sombres, restaure la dignité là où elle a été bafouée.

Les mots comme « tragédie », « massacre », « génocide » finissent par s’user. A force, ils deviennent des concepts abstraits, sans substance. Le film brise cette anesthésie. Là où le mot « mort » est une donnée chiffrée, l’image et le son de la voix de Hind sont une expérience. Le film ne nous informe pas, il nous fait ressentir ! Là où la raison traite les masses, l’art quant à lui traite de l’individu. Parce que la raison humaine est parfois aveugle à sa propre cruauté ; et celui-ci est fait pour nous forcer le regard, et non pas pour passer à côté. Car il ne s’adresse pas à l’homme qui calcule, mais à l’homme qui ressent, pour lui rappeler que sa raison est vaine si elle perd son cœur. 

Dans les drames humains lors d’un génocide ou d’une guerre, les victimes ne sont que des chiffres froids. Dans le film, on sort de l’anonymat. Ce sont les véritables enregistrements audio de Hind. On redonne une identité et un corps à la tragédie. Derrière, chaque unité statistique se cache une voix, des rêves, des espoirs, et une peur viscérale. La voix de Hind devient la voix collective des sans-voix, forçant le spectateur à sortir de l’indifférence. C’est ainsi que la question de la responsabilité morale interpelle notre conscience collective. Un miroir ! Nous sommes face à un miroir très inconfortable, qui nous renvoi à notre propre questionnement : comment une civilisation moderne peut-elle laisser un enfant implorer sa survie sans intervenir ? Pourquoi, après tant de lanceurs d’alerte, les opinions n’arrivent plus à se mobiliser et à faire pression sur les gouvernements pour stopper cette escalade inhumaine ?  

L’empathie seul ne suffit pas. Elle doit être accompagné d’une exigence de justice, loin des grands discours humanistes. Ainsi, en immortalisant les derniers instants de Hind, le film transforme un événement éphémère en une mémoire universelle impérissable. L’art, une arme contre l’oubli ! La vérité, une fois mise en lumière par l’art, devient impossible à nier. C’est la victoire du récit humain sur le silence imposé par la violence. 

Si le film a reçu des ovations historiques dans les festivals du monde, il nous rappelle avec humilité que la reconnaissance artistique n’a de sens que si elle éveille les consciences et appelle à une action concrète. L’espoir est porté par le courage de Hind et la détermination de l’équipe du Croissant Rouge. Un espoir combatif qui refuse la fatalité ! Un appel vibrant à protéger la part la plus fragile de notre humanité !

Le silence, un personnage à part entière

Là où les médias cherchent le choc et le bruit, le silence est utilisé pour s’extraire du flux incessant des informations télévisés et numériques, afin d’imposer une pause. Pas de consommation rapide de la tragédie ! Ce rythme lent, rend à Hind son statut d’être humain unique, et non plus une archive statistique. En filmant des paysages ou des objets dans un silence total, la réalisatrice matérialise le vide laissé par la fillette. Ainsi, ce silence devient la « voix » de ce qui a été effacé, brisé à jamais ; où l’irréparable a été franchi. Nous sommes devenu les témoins de l’existence de Hind : le silence comme une présence de l’absente.

Remarquons également que celui-ci après un cri ou un bruit violent permet au spectateur de réaliser l’ampleur du drame[1]. A l’image d’une caisse de résonance, le cerveau rejoue la scène et le message vocal de Hind tourne en boucle dans l’esprit. Ce n’est pas un silence passif, mais actif qui prolonge l’existence de la voix disparue.

Tout au long du film, notre attention devient extrême, au point qu’on se met à traquer le moindre souffle, le moindre craquement dans les enregistrements téléphoniques. Nos oreilles deviennent des sonar à la recherche d’une trace de vie. Nous sommes suspendu à sa voix avec force. Et cette douloureuse intimité avec Hind nous renvoi à notre propre impuissance face à l’impensable. 

Le contraste entre les cris de détresse au téléphone, la voix brisée des secouristes et les long silences de la mise en scène crée une œuvre qui ne laisse aucun échappatoire au spectateur. Cet absence de son symbolise la tragédie. La posture du spectateur se limite alors à absorber l’horreur de ce qu’il vient d’entendre, transformant l’écoute en un acte de témoignage forcé. En coupant le son, la cinéaste appuie sur l’impuissance du langage face à l’horreur. Ce qui est arrivé à la fillette est si atroce que seul le mutisme de la caméra peut en rendre compte sans trahir.

L’aspect cinématographique, à travers l’usage du silence, apporte au film une atmosphère pesante, lourde, comme une preuve à charge. A l’image de l’indifférence mondiale, la réalisatrice crée une tension insupportable qui suggère que se taire, c’est laisser le crime se commettre. Il souligne l’inaction et le vide laissé par ceux qui auraient dû intervenir.

Cependant, dans d’autres séquences, le silence change de nature pour incarner le respect et la pudeur. Ce dépouillement volontaire refuse de manipuler le spectateur par des artifices émotionnels. En choisissant de ne pas saturer l’espace par une musique mélodramatique, la réalisatrice protège la dignité de Hind. L’image, captée dans sa nudité, se suffit à elle-même. Elle devient un espace de recueillement où le mutisme n’est plus une absence de voix, mais un hommage au sacré de la vie brisée.   

Et, pour finir, le film utilise le silence pour dilater le temps. Alors que l’actualité défile, il fige l’instant du drame, nous obligeant à rester dans la voiture avec elle, à ne pas passer à autre chose, comme si on ne voulait pas partir.

Pour conclure, La voix de Hind Rajab s’inscrit comme une œuvre cinématographique poignante qui transcende le simple récit réel, d’un fait divers. Nous sommes en immersion totale aux cotés de Hind et des autres personnages du fim. C’est à travers une mise en scène très intimiste, un montage épuré, des silences pesants et un rythme volontairement lent, ponctué d’arrêts sur image, que le film parvient à transformer la tragédie en symbole universel. 

En dépassant le stade du simple divertissement, l’art remplit ici sa fonction essentielle : il pénètre notre monde intérieur, atteint le cœur du spectateur et le confronte à l’inexprimable. Ce film engagé restaure la dignité humaine tout en rendant un hommage vibrant à la persévérance face à l’oppression. 

Comme un écho douloureux, « La voix de Hind, c’est Gaza qui appelle à l’aide.»[2]

Najoua


[1] Tiré d’un article du site www.lafilm.edu « Chut…comment le silence au cinéma est l’arme secrète derrières des scènes inoubliables ».

[2] Phrase de Kaouther ben Hania, lors de son interview du 26 novembre 2025 dans le magazine Amnesty International. www.amnesty.fr/actualites/la-voix-de-hind-rajab-cest-gaza-qui-appelle-a-l-aide-entretien-avec-kaouther-ben-hania

Quand la nature humaine s’efface derrière les écrans

Contempler le monde avec sagesse

Mon cœur éveillé examine le monde. Chaque souffle que je prends, chaque son que j’écoute, chaque rencontre que je vis devient une expérience précieuse à mon évolution. Dans ce monde multiple, chaque élément et chaque être conservent leur singularité ; et c’est dans cette singularité que réside la richesse du vivant. Je contemple la métamorphose du monde, même lorsque la nature se raréfie au milieu des villes. Je ressens les saisons et leur influence subtile sur les êtres. Je contemple la perfection du cycle de la vie. J’admire la création des cieux et de la terre, des vents et des mers. Je m’émerveille des aurores et des couchers de soleil, de la lune et des étoiles qui illuminent la nuit. La nature détient des trésors qu’aucune invention ne peut imiter ni dépasser.

Regard sur la nature et le progrès

À l’aube des innovations technologiques et numériques, nous redéfinissons notre rapport au monde et à nous-mêmes. Tandis que le monde applaudit les progrès du numérique, je demeure fascinée par la puissance cognitive et créative des hommes. Avant d’innover, ces êtres intelligents commencent toujours par observer attentivement le monde, en percevant ses forces, ses faiblesses, ses besoins et ses opportunités. Leur curiosité, sans cesse renouvelée, les pousse à explorer l’inconnu. Ils analysent les phénomènes, réfléchissent et imaginent des solutions inédites. Peu à peu, ces idées se transforment en innovations, en découvertes, en progrès qui transforment notre réalité. Certes, les découvertes technologiques sont remarquables, mais le processus même de l’innovation par l’homme l’est encore davantage.
L’homme est un miracle vivant, créé par Allah soubhana wa ta’ala : son anatomie, sa physiologie, ses interactions biochimiques invisibles et continues, ses systèmes vitaux ainsi que sa capacité exceptionnelle à naître, croître, se réparer, s’adapter et fonctionner reposent sur une organisation biologique d’une précision extraordinaire. Chaque cellule de notre corps est programmée pour un rôle précis et se renouvelle afin de nous maintenir en vie sans que nous levions le petit doigt. À cela s’ajoutent toutes les dispositions cognitives et sensorielles qui façonnent notre perception, notre pensée et notre comportement. Allâhou akbar, que de bienfaits sublimes !

La nature première des hommes

Depuis l’aube de l’humanité, les hommes luttent pour survivre, s’appuyant sur des compétences essentielles, telles que se protéger, se nourrir, s’hydrater, repérer les ressources et les dangers, s’orienter, respecter les équilibres écologiques et prodiguer des soins de base, tout en s’adaptant aux conditions du milieu et aux imprévus. La transmission de ces expériences de survie de génération en génération leur permettait de mieux comprendre leur environnement tout en tissant des liens sociaux. Ce processus d’apprentissage collectif renforçait la cohésion du groupe, car il reposait sur l’entraide et la communication. Ainsi, en même temps qu’ils acquéraient des compétences vitales, les individus développaient des liens sociaux solides et indispensables à la survie et à la prospérité de l’humanité.

Le prix caché du progrès

En 2025, notre mode de vie a profondément changé : nous avons gagné en technologie et en confort, mais perdu en interactions sociales. Nous avons progressivement laissé s’effacer les savoirs liés au monde naturel, pour nous tourner vers des activités secondaires de divertissement, comme celles du numérique — réseaux sociaux, jeux vidéo ou streaming.
Inutile de citer des chiffres pour attester que les écrans fragilisent nos esprits et nos liens. Les signes sont déjà visibles dans nos vies, dans nos proches, dans les conversations qui s’éteignent et les silences qui s’allongent. Nous sommes déjà témoins des dégâts que provoque ce monde hyperconnecté. Ces distractions agissent comme un voile invisible qui capte notre attention, nous éloignant du moment présent, de nos devoirs et de nos interactions réelles, nous faisant dériver dans un courant incessant d’informations et de stimulations artificielles. Cette distraction délétère engendre l’isolement progressif des hommes, fragilise le tissu social et détériore peu à peu la qualité des relations humaines. La technologie n’est un véritable progrès que si les savoirs fondamentaux sont transmis et les liens sociaux préservés.

Reconnaître les dérives pour retrouver l’équilibre

L’homme est incontestablement un être bio-psycho-socio-culturel. Ce n’est qu’en interagissant avec son environnement et avec ses semblables qu’il pourra évoluer, grandir et se construire pleinement. Les neurosciences confirment que notre cerveau doit être stimulé tout au long de la vie. La neuroplasticité, cette capacité du cerveau à se remodeler et à créer de nouveaux chemins, s’épanouit grâce aux activités physiques, intellectuelles et sociales. Marcher, lire, apprendre, peindre ou jouer stimulent l’esprit, tandis qu’échanger, débattre et collaborer élargissent notre regard et affinent notre intelligence. À l’inverse, l’absence de ces stimulations entraîne un déclin cognitif et l’affaiblissement progressif du tissu social. Ce constat nous pousse à nous arrêter et à réfléchir au devenir de l’humanité. Ce monde nouveau, fascinant et complexe, nous confronte à nos choix, à nos responsabilités et à notre relation à la vie.

Renouer avec notre nature première

Renouons avec notre équilibre vital, en cultivant le mouvement, la curiosité, la créativité et les liens humains. Prenons le temps de vivre ensemble, de nous observer et de nous comprendre ; discutons, nourrissons notre esprit, marchons, courons et vivons pleinement. Osons des expériences nouvelles pour maintenir notre esprit dans le monde des vivants, car notre véritable devoir est de préserver ce miracle qu’est l’humanité. Continuons d’affronter nos défis, de partager nos joies, nos peurs et nos tristesses. Souvenons-nous enfin que la technologie doit rester un outil au service de l’homme, et non un instrument qui le dénature.

E.F.

En mode vacances

Si je vous dis « vacances », à quoi pensez-vous ?

Soleil, plage, allongé sur un transat, une boisson fraîche à la main, les doigts de pied en éventail, et surtout… l’odeur iodée de la mer et le bercement des vagues en arrière-plan. Se prélasser sans se soucier de quoi que ce soit, voilà le schéma parfait pour des vacances réussies.

C’est cliché, me direz-vous ?! Du moins, dans l’imaginaire collectif, c’est l’idée même que nous nous faisons des vacances.

Et pourtant, à l’origine, les « vacances » dans l’histoire occidentale n’étaient pas liées au farniente. Au contraire, c’était un temps de labeur[^1].

Et en tant que croyant, que dit l’islam sur cette notion de vacances ?

Que dit l’islam ?

L’islam définit plutôt la notion de temps libre, de repos et de voyage.

« Il existe deux bienfaits au sujet desquels beaucoup de gens sont trompés : la bonne santé et le temps libre. »[^2]

Ce que nous comprenons de ce hadith, c’est que parmi les bienfaits que Dieu accorde à l’être humain (et que l’on n’estime pas à leur juste valeur) figurent : la santé du corps et le fait de ne pas être occupé. En effet, l’individu ne peut se consacrer à l’adoration que s’il dispose de ce dont il a besoin et s’il est en bonne santé.

Ainsi, il peut être à l’abri du besoin mais en mauvaise santé, ou inversement, être en bonne santé mais accaparé par les soucis du quotidien. Dans ces cas, il lui sera difficile de se consacrer au savoir ou à sa mise en pratique, puisqu’il sera préoccupé à gagner sa vie.

Donc, celui qui profite de ces deux avantages, mais se montre insouciant quant à l’obéissance et aux actes d’adoration, est bel et bien celui qui s’est fait tromper, c’est-à-dire : le perdant[^3].

Les bienfaits visibles font référence à toutes les grâces, faveurs et bénédictions que Dieu accorde à Ses créatures. Ces bienfaits sont innombrables et englobent tout ce qui est bon, beau et utile dans la vie — qu’elle soit matérielle ou spirituelle.

« Et quant au bienfait de ton Seigneur, proclame-le ! »[^4]

Selon Ibn Qayyim Al-Jawziyya[^5], la reconnaissance d’un bienfait s’appuie sur trois piliers :

  • En éprouver une profonde gratitude
  • L’exprimer clairement
  • Utiliser le bienfait de manière à satisfaire son Bienfaiteur

De plus, Dieu nous incite à parcourir Sa terre pour découvrir l’étendue de Sa création, pour nous rappeler que tout vient de Sa Toute-Puissance. À travers l’exemplarité du Prophète ﷺ, notre pratique religieuse est facilitée : raccourcissement ou regroupement des prières, invocations exaucées du voyageur, allègement du jeûne du Ramadan pour le voyageur…

« C’est Lui qui vous a soumis la terre : parcourez donc ses grandes étendues et mangez de ce qu’Il vous fournit. »[^6]

En résumé

L’islam valorise le temps de repos et le voyage, car le bien-être physique et spirituel est essentiel dans le cheminement vers Dieu.


Pour des vacances réussies

Passer de « bonnes vacances » signifie simplement ne pas aller à l’encontre de ce que l’islam prescrit. C’est pourquoi il est fondamental de bien choisir sa destination et ses activités.

Je suis musulman, même en vacances ! Mes obligations ne sont pas en « mode avion » ni en « batterie faible ».

L’islam nous apprend à trouver l’harmonie d’une vie sereine dans la modération, à la fois tournée vers l’au-delà :

« La vie dernière est meilleure et plus durable »[^7]

… tout en restant soucieuse de réalisation personnelle ici-bas :

« N’oublie pas ta part en ce bas monde. »[^8]

La Sunnah encourage également le voyage avec une intention claire : apprentissage, visite familiale, renforcement des liens fraternels… même le pèlerinage reste un voyage.

Bref, il s’agit de comprendre que le sens de l’adoration est plus vaste, plus profond, plus complet que la simple exécution de rites. Les vacances en font partie. Elles offrent un moment propice pour (re)consolider notre connaissance de Dieu à travers Ses Noms et Attributs.

Voici quelques pistes :

  • Découvrir une création opulente à travers des paysages grandioses
  • Se retrouver en famille, créer de nouveaux souvenirs par des activités (sorties, sport, visites…) ou transmettre son héritage familial (visite des lieux d’origine des grands-parents, etc.)
  • S’ouvrir à d’autres cultures[^9] : interagir, apprendre mutuellement entre ethnies et traditions
  • Faire le bilan de l’année écoulée : où en suis-je dans ma vie, mes projets, ma relation à Dieu ?
  • Enrichir ses connaissances par des lectures, des visites, des musées, des mosquées…
  • Planifier un apprentissage ou consolider ses acquis en sciences islamiques ou autres
  • Se couper des distractions (sauf obligations) pour se recharger mentalement après une année éprouvante : travail, stress, épreuves… Ici, on parle bien de santé mentale[^10].

Finalement, prendre soin de son équilibre de vie fait partie des responsabilités du croyant. Les vacances deviennent alors un moyen précieux, utile, pour nourrir sa bonne santé physique et mentale. Le but est d’adopter une approche modérée, équilibrée, en évitant les extrêmes, dans tous les aspects de la vie : spirituel, social, personnel.


Alors, à tous ceux qui partent en voyage : que Dieu soit votre compagnon de route !

Najoua

Najoua


[1]  Pour en savoir plus : voir sur notre blog l’article  Qu’est-ce que tu fais pour les vacances? – L’Autre Regard

[2] Hadith Al Boukhari (rh)-6412 (dans son Sahih), rapporté par ‘Abdullah Ibn ‘Abbas (ra) qui relate les propos du prophète Mohammad ﷺ

[3] Hadith: Deux bienfaits au sujet desquels sont trompés beaucoup de gens : la santé et le temps libre. – Encyclopédie des paroles prophétiques traduites

[4] Coran, tiré de la sourate 93, le verset 11.

[5] Les degrés des itinérantsTome II, p.215 : la station de la gratitude ( Ash Shukr), traduit par Hassan Boutaleb. Editions : Al Bouraq.

[6] Coran, tiré de la sourate 67, le verset 15.

[7] Coran, tiré de la sourate 87, le verset 17.

[8] Coran, tiré de la sourate 28, le verset 77.

[9] Coran, tiré de la sourate 49, le verset 13.

[10] La santé mentale est définit comme un état d’équilibre et de bien-être, intimement lié à la foi et à la spiritualité. Elle englobe l’être humain dans un schéma de paix intérieure, même dans la lutte : « Nous avons, certes, créé l’homme pour une vie de lutte. » Coran, tiré de la sourate 90, le verset 4.

Reprendre le contrôle

Si l’actualité nous déprime, si nous avons l’impression que notre Terre brûle, que les plus grandes fortunes de la planète captent toujours plus de richesses alors que la pauvreté monte en flèche, que les partis d’extrême droite prennent plus de place au sein des grands pouvoirs politiques en Europe[1] et dans le monde, que les droits humains les plus fondamentaux sont bafoués, que la notion même de démocratie est en danger, alors nous sommes en présence d’une réalité menaçante.

Parce que voir et constater les injustices à l’œuvre, la montée des inégalités, la destruction de l’environnement et de la planète sans s’indigner, sans ressentir une envie profonde de changement, est préoccupant. Il ne nous reste alors qu’un choix inévitable mais nécessaire pour reprendre le contrôle : Résister !

La résistance intellectuelle

La résistance est un mot chargé d’histoire, lourd de sens. Sommes-nous entrés aujourd’hui dans une phase de résistance ?

Nous assistons à un basculement historique marqué par l’ascension potentielle de l’extrême droite au pouvoir.[2] Ce n’est pas anodin, car il ne s’agit pas d’un simple changement politique parmi d’autres, mais d’un mouvement dangereux qui abîme la démocratie à des degrés divers. Aujourd’hui, nous sommes attachés à la démocratie et aux droits humains. Nous refusons de voir les discriminations s’institutionnaliser. C’est pourquoi il est urgent de résister contre cet écosystème de haine afin qu’il ne perdure pas. L’Histoire nous rappelle vers quoi nous nous dirigeons si nous manquons de vigilance.

Parler de résistance n’est pas un appel au soulèvement violent ni à la prise des armes. Ici, il est question d’une résistance informationnelle, d’une résistance intellectuelle. En effet, ce mouvement extrême s’empare de la société à travers un vocabulaire soigneusement choisi, une propagande bien ficelée et des thématiques ciblées.

Nous avons un rôle à jouer : sans dépolitiser les enjeux, nous devons nous rappeler que nous avons la capacité d’agir de multiples façons. La résistance pacifique passe par les mots, les livres, la bataille de l’information : comprendre pour mieux saisir, comprendre pour mieux agir, comprendre pour mieux transmettre. Sans culture historique et politique, on ne peut que s’égarer. Résister à l’oppression, à l’exploitation des hommes et de notre planète passe par le décryptage de l’information, un exercice extrêmement difficile:

« Vous voulez lutter contre les injustices, pour la paix, pour la planète ? De quoi avez-vous besoin ? D’abord d’une information qui reflète la réalité. Or, sur ce chemin, les pièges sont nombreux : entre les copinages de l’industrie médiatique et certains fantasmes sur le Net, entre les agences chargées de vendre les guerres et la répression des lanceurs d’alerte, entre les influences politico-militaires sur le cinéma d’Hollywood et les intimidations croissantes à l’encontre des journalistes, il faut tenir sa garde : l’info est bien un sport de combat. »[3]

Prise de conscience

La montée de l’extrême droite et de ses dérives[4] nous place dans une posture d’indignation.[5]  L’indignation est la capacité à ne pas accepter comme un état de fait une situation que l’on considère injuste. Elle peut être le déclencheur de la résistance, car dans l’Histoire, c’est bien ce sentiment qui a provoqué de grands changements : face à une situation jugée insupportable, des personnes ont tout mis en œuvre pour que les choses évoluent.

Nous vivons à une époque où, sur les réseaux sociaux, tout le monde s’indigne pour un oui ou pour un non. Cela donne l’impression que l’indignation est devenue une facilité de l’esprit, ce qui la décrédibilise. Il est donc fondamental, avant de s’indigner, de vérifier ses sources, d’obtenir une information complète, libre et pertinente, et d’examiner les raisons de cette indignation. Car on ne s’indigne pas sur une croyance, mais sur un fait réel. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut passer à l’action, pacifiquement et intelligemment. Sans cela, l’indignation n’a que peu d’intérêt. Toutefois, il est sain de la ressentir.

L’Homme est appelé à parfaire cette humanité en lui, de génération en génération. Chaque culture, chaque communauté porte en elle quelque chose d’universel : se connecter au meilleur de ce qui existe et effectuer un « tri sélectif » afin de réformer ce qui doit l’être. Chacun de nous est responsable d’apporter à son époque une note d’espérance constructive : c’est la voie de la démocratie.

« Être homme, c’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes.

Autrement dit, il s’agit d’une manière de vivre ensemble et de se renforcer collectivement face aux défis de notre temps : la diversité dans l’unité.

Être fort intellectuellement, c’est donner à nos vies un horizon plus vertueux et sortir de cette torpeur du superficiel et de la démesure qui nous fossilise dans l’inaction. Être fort éthiquement, c’est rappeler que le vent du changement impose souvent de dire non face aux humiliations infligées par ceux qui croient avoir tout pouvoir sur nous. Être fort humainement, c’est construire ce pour quoi nous avons été créés et remettre le bien-être humain au centre de nos préoccupations :

« Les temps difficiles créent des hommes forts. Les hommes forts créent des périodes de paix. Les périodes de paix créent des hommes faibles. Les hommes faibles créent les temps difficiles. »

Ibn Khaldoun, savant musulman, économiste, homme d’état, sociologue du 14 ième  siècle.

Najoua

[1] Pour en savoir plus : documentaire de ARTE diffusé le 27 aout 2024. « White Power : au cœur de l’extrême droite européenne »

[2]www.fr.statista.com/themes/10062/la-montee-de-l-extreme-droite-en-europe/#topicOverview.

[3] L’information est un sport de combat de Adam BOUITI. Editions : Investig’Action. 2024

[4] Pour en savoir plus : Résister de Salomé Saqué. Editions : Payot. Paru en 2024

[5] Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. Paru en 2010. Editions : Indigène. A travers cet essai, l’auteur nous rappelle les vertus de l’indignation.

Quand l’Histoire fait mentir les clichés : l’islam, pionnier des droits des femmes

Ah, le mythe tenace d’un islam oppressant pour les femmes… Alors qu’en réalité, l’islam, dès ses origines, les a élevées au rang de figures essentielles dans la société. Conseillères, cheffes d’armée, gardiennes de savoirs et enseignantes : les femmes musulmanes des premiers siècles ont marqué l’Histoire bien au-delà de ce que l’on ose parfois imaginer. Petit voyage dans un passé glorieux qui ferait pâlir de jalousie bien des “modernes”.

Khadija : entrepreneuse, stratège et conseillère de génie

On commence par Khadija bint Khuwaylid, première épouse du prophète Mohamed ﷺ. Pas une femme ordinaire, mais une entrepreneuse prospère à la tête d’une caravane commerciale. Imaginez une “CEO” avant l’heure, mais sans le parachute doré.

Khadija n’a pas seulement financé la mission prophétique avec ses richesses. Elle a été la première croyante et, surtout, une conseillère avisée pour son époux. Lorsque le prophète Mohamed ﷺ, bouleversé par la première révélation, rentra tremblant à la maison, c’est Khadija qui l’apaisa, analysa la situation et l’encouragea à poursuivre sa mission.  Pas mal pour quelqu’un qui, selon certains clichés, serait “soumise”.

« On a douze siècles d’avance, ça va aller mais merci pour votre sollicitude. »

Aïcha : érudite, médecin et cheffe d’armée

Aïcha bint Abu Bakr, l’une des épouses du Prophète, est une autre figure incontournable. À la fois politicienne, enseignante et pionnière en médecine, son influence s’étendait sur plusieurs générations.

La médecine prophétique

Réputée comme l’une des plus grandes expertes de la médecine prophétique, Aïcha maîtrisait l’art des traitements naturels et des remèdes. Les compagnons du prophète Mohamed ﷺ la surnommaient d’ailleurs “la meilleure des médecins”, et pas pour la flatter. Ses connaissances n’étaient pas théoriques : elle soignait, diagnostiquait et transmettait son savoir avec une précision remarquable.

Cheffe d’armée et politicienne

Si vous pensez que les femmes en politique, c’est une nouveauté, revoyez vos classiques. Aïcha a dirigé une armée lors de la célèbre bataille du Chameau. Stratège, éloquente et charismatique, elle a marqué son temps comme une cheffe politique redoutable.

Enseignante et érudite

Avec pas moins de  2 210 hadiths rapportés et une expertise reconnue en théologie, jurisprudence et exégèse, Aïcha était aussi une enseignante respectée. Des hommes et des femmes venaient de loin pour étudier auprès d’elle. Et pendant ce temps-là, en Europe ? Les femmes étaient toujours interdites d’université…

Hafsa : gardienne de la parole divine

Hafsa bint Umar, fille du deuxième calife Omar et épouse du Prophète, n’a pas eu qu’un rôle symbolique dans l’histoire de l’islam. Sa plus grande mission ? Devenir la gardienne du Coran.

Après la compilation du texte sacré sous Abu Bakr, c’est Hafsa qui fut choisie pour conserver la version originale du manuscrit. Pourquoi elle ? Parce qu’elle était reconnue pour sa piété, son intelligence et sa fiabilité. Plus tard, cette copie servira de base pour la standardisation du Coran sous le califat d’Othman. En résumé : sans Hafsa, pas de Coran tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Hafsa incarne aussi la confiance et le respect que l’islam accorde aux femmes compétentes. Gardienne de la parole divine : il faut avouer que ça claque comme titre de poste.

Nussaiba bint Ka’ab, une soldate résiliente 

Nussaiba bint Ka’ab, aussi connue sous le nom d’Umm ‘Ammarah, est une figure emblématique de l’histoire islamique, reconnue pour son courage exceptionnel et sa foi inébranlable. Elle participa à plusieurs batailles majeures, dont Uhud, Hunayn et Yamamah. Lors de la bataille de Yamamah, elle subit de nombreuses blessures, y compris la perte de son bras, tout en poursuivant son vœu de se venger de Musaylima l’Imposteur, qui avait torturé et tué son fils, Habib. Avec son fils Abdullah, elle joua un rôle dans la mise à mort de Musaylima.

Après cette bataille, Nussaiba retourna à Médine, où elle vécut ses dernières années. Elle est décédée durant le califat de Umar ibn al-Khattab, qui la tenait en haute estime pour ses sacrifices et son dévouement. Il veilla à ce qu’elle soit honorée et qu’elle reçoive des récompenses à la hauteur de ses actions héroïques.

Nussaiba reste un exemple éclatant de foi, de bravoure et de dévouement, et son histoire continue d’inspirer les générations musulmanes comme symbole de justice et de résilience

Elle est citée pour ses contributions dans les cercles de savoir et pour son courage dans des missions diplomatiques et sociales.

Les droits économiques et sociaux : quand l’islam devance son temps

On parle souvent de l’émancipation économique comme d’une lutte récente. Sauf que, sous le califat d’Omar ibn al-Khattab, on avait déjà tout compris :

  • Prime de naissance pour chaque nouveau-né.
  • Allocation d’allaitement, versée aux mères pour soutenir l’éducation des nourrissons.
  • Allocations familiales, bien avant que l’Europe n’y pense au XXᵉ siècle.

Cerise sur le gâteau : dans l’islam, la femme conserve intégralement ses biens et ses revenus. Elle n’a aucune obligation financière envers sa famille, contrairement au mari qui doit tout assurer. Même les dépenses pour les enfants sont sa responsabilité. Madame peut choisir de travailler, mais elle n’est pas obligée. Alors, c’est qui le progressiste ici ?

Comparaison avec l’Occident : une avancée de plusieurs siècles

Pendant que le monde musulman valorisait déjà les contributions des femmes, l’Occident avait encore du mal à se décider :

  • Éducation : Les filles en Occident n’ont eu accès à l’école qu’à partir du XIXᵉ siècle. Dans l’islam, hommes et femmes avaient l’obligation d’apprendre dès le VIIᵉ.
  • Vote et politique : Les musulmanes participaient activement à la vie publique dès les débuts de l’islam. En France, les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en… 1944.
  • Protection sociale : Les allocations familiales ? Inventées sous Omar ibn al-Khattab, pendant que l’Europe se demandait encore si les enfants n’étaient pas juste une “main-d’œuvre miniature”.

Une vision intemporelle : quand modernité rime avec tradition

L’histoire de l’islam regorge de figures féminines puissantes et inspirantes :

L’islam n’a pas attendu les révolutions féministes du 20ᵉ siècle pour garantir aux femmes un rôle central dans la société. “Iqra” (Lis), le tout premier mot révélé au prophète Mohamed ﷺ, n’est pas une simple directive. C’est une révolution intellectuelle, une invitation à explorer, comprendre et transmettre le savoir. Ce verset souligne l’obligation sacrée pour chaque musulman d’être un ambassadeur de la connaissance. Non seulement cela impose d’avoir une bibliothèque bien fournie — et surtout dépoussiérée —, mais aussi de partager ce savoir pour éclairer le monde.

Le prophète Mohamed ﷺ a d’ailleurs déclaré :

« La quête de la connaissance est une obligation pour tout musulman. » (Sunan Ibn Majah, Hadith 224).

Dans cette quête du savoir, le musulman ne peut jamais être dans l’inertie. La connaissance ne peut être thésaurisée.  ll ne se contente pas de consommer le savoir : il le propage. Le croyant l’acquiert ou le transmet.

Dans un monde où les informations circulent à une vitesse vertigineuse, il se doit de trier, comprendre et incarner les principes qu’il apprend. L’exemple des premières figures féminines de l’islam et la place centrale de la connaissance dans cette civilisation devraient inspirer chaque génération à devenir des phares de lumière dans un océan d’ignorance.

Mesdames, lorsque vous entendrez,  l’islam est en retard, redressez vos épaules, relevez le menton, souriez avec dignité et rappelez-vous ces femmes incroyables.

« On a douze siècles d’avance, ça va aller mais merci pour votre sollicitude. »

Alors, la prochaine fois que vous ouvrirez un livre, souvenez-vous : vous suivez l’ordre divin d’Iqra”. Et avec chaque mot lu, vous contribuez à faire revivre l’héritage intellectuel glorieux de l’islam. “Iqra”, et que la lumière de votre savoir illumine le monde.

Nelm

Evere, le cimetière multiconfessionnel bientôt saturé : une urgence pour la communauté musulmane

Dès le mois de juin prochain, le cimetière multiconfessionnel de la région bruxelloise pourrait atteindre sa capacité maximale. Cette situation inquiète fortement le Conseil Musulman de Belgique (CMB alors qu’aucune solution alternative n’a été mise en place à ce jour. Le CMB appelle à la mobilisation. 

Les parcelles multiconfessionnelles du cimetière d’Evere arriveront à saturation dès le mois de juin prochain.  Michael Privot, administrateur du Conseil Musulman de Belgique (CMB), tire la sonnette d’alarme : « Il est minuit moins une. Il est urgent que nos représentants communaux et régionaux prennent leurs responsabilités. Nous appelons les membres de la communauté à se mobiliser et à interpeller leurs élus pour qu’une solution viable soit trouvée.»

Une crise amplifiée par les changements post-Covid

La saturation du cimetière multiconfessionnel est à mettre en lien avec les profonds changements survenus dans les habitudes funéraires des musulmans de Belgique. Avant la pandémie de Covid-19, la majorité des défunts d’origine marocaine ou turque étaient enterrés dans leur pays d’origine. Cependant, la crise sanitaire a bouleversé cette tendance. Avec les restrictions de voyage et les difficultés logistiques engendrées par la pandémie, de nombreuses familles musulmanes ont choisi d’inhumer leurs proches en Belgique. Cette option, qui permet de réduire les coûts et de faciliter le recueillement, semble aujourd’hui s’installer durablement dans les habitudes. Les familles peuvent ainsi rendre plus fréquemment hommage à leurs proches disparus.

Une mobilisation urgente et nécessaire

Le Conseil Musulman de Belgique exhorte la communauté à agir rapidement. « Nous ne pouvons pas attendre que la situation devienne ingérable. Il est essentiel de prévoir de nouveaux espaces d’inhumation pour répondre à l’évolution des besoins de la communauté musulmane. Plusieurs pistes sont évoquées, notamment l’agrandissement des infrastructures existantes ou la création de nouveaux cimetières multiconfessionnels. Mais ces solutions nécessitent un consensus politique et des investissements rapides, autant d’éléments qui manquent pour l’instant », souligne Michael Privot. Sans solution rapide, les musulmans bruxellois n’auront pas d’autres choix d’enterrer leurs défunts en Wallonie où les parcelles sont disponibles, avec des coûts plus élevés en raison de la distance. 

H.B.

La technoscience, le nouvel ordre du monde

Pour nos sociétés, la science moderne a deux grandes finalités : développer la science pour la science (à la recherche de connaissances) et développer la science pour accroître le pouvoir de maîtriser la nature et l’homme (à la recherche d’une domination égocentrique). Cette ambivalence ne nous laisse pas indifférents. Elle est à la fois source d’espoir, car elle conditionne nos existences, et source de crainte, car elle confère une puissance immense sur le monde.

Notre pouvoir de transformation, de bouleversement irréversible, n’a jamais été aussi grand. Réfléchir à la science présente un intérêt particulier puisqu’elle témoigne de notre conscience d’appartenir au monde et des devoirs qui accompagnent cette puissance. Cependant, le statut que nous occupons dans la société ne nous procure pas une satisfaction totale. Grâce à la science, nous avons le pouvoir de créer un monde à notre image, affichant notre toute-puissance et notre supériorité à l’image d’un dieu, quitte à franchir les frontières de l’éthique et de la moralité. Plus la maîtrise de la science s’accroît, plus la moralité semble s’éloigner de nous, car ce pouvoir a un prix : notre humanité.

La science, pour le meilleur et pour le pire

Les progrès techniques, les améliorations de notre niveau de vie et les connaissances dont l’homme dispose (qui augmentent sans cesse sa maîtrise de son environnement) lui permettent d’utiliser son imagination pour améliorer ses conditions de vie et faciliter son quotidien. L’histoire nous a montré à plusieurs reprises que la science entretient des liens étroits avec les aspects sociaux, politiques et économiques de nos sociétés. La grandeur de la science se manifeste lorsqu’elle est mise au service d’une valeur universelle : l’Humain.

Cependant, l’ensemble des populations humaines, notamment dans les pays en développement, n’en bénéficie pas nécessairement, car des décisions politiques et économiques s’y mêlent. Définir ce qui constitue un progrès pour l’humanité revient alors à se demander ce qui est souhaitable pour l’homme, voire même à définir ce qui caractérise l’être humain. Vaste et complexe question !

« Puisque nous idolâtrons la science de par ses méthodes et son potentiel d’action, nous nous croyons capables non seulement de tout connaître, mais de tout faire. »

Les événements actuels au Moyen-Orient nous rappellent ce que nous ne sommes pas : des êtres dotés de raison, caractérisés par l’intelligence, la capacité de se développer, et une conscience éthique et morale. Et pourtant, l’impensable se déroule sous nos yeux.

« Peut-on vraiment qualifier d’homme celui qui tue, celui qui préfère la guerre aux mots pour résoudre les conflits ? À quoi bon avoir le don de la parole si nous nous contentons d’utiliser nos armes, de mobiliser cette science qui nous élève à un rang supérieur pour tuer nos semblables ? (…) Sommes-nous des hommes, nous qui avons torturé, provoqué des génocides, exterminé des peuples simplement parce qu’ils étaient différents ? La différence est-elle à éradiquer ? Qui sera alors épargné ? (…) Où sont les valeurs qui font de nous des êtres humains ? »

L’orgueil humain a franchi les limites de l’inconcevable. Nous voyons aujourd’hui à quel point l’homme manifeste de la violence et de l’irresponsabilité envers la nature et ses semblables : destruction des forêts, dévastation des écosystèmes, planète torturée, peuples massacrés, etc. Mais l’homme a un appétit insatiable. Jusqu’où ira-t-il ? Jusqu’à sa propre perte ?

Une bombe à retardement

« La science a fait de nous des dieux avant même que nous méritions d’être des hommes. »

Cette citation de Jean Rostand souligne l’impact de la science sur l’homme. Il explique qu’en dépit des avancées scientifiques dans de nombreux domaines, des connaissances qui repoussent les limites de l’ignorance et des facilités qu’elle nous offre au quotidien, la science, et plus particulièrement la technologie, a réussi à transformer l’être humain. Au point de semer la misère pour récolter l’argent, de tuer ses semblables pour étendre son territoire, de détruire notre planète pour asseoir sa domination. Parallèlement à la réduction des sphères de l’inconnu, la science a repoussé les frontières de l’humanité. Jean Rostand remet en question la légitimité pour l’homme d’atteindre un tel niveau de connaissance et de pouvoir.

Cette citation invite à réfléchir sur l’équilibre fragile entre la science et l’humanité, ainsi que sur les avancées scientifiques. Au lieu de cultiver en nous l’humilité, la science suscite la convoitise, l’orgueil et la passion. Nous conduit-elle du côté obscur de l’âme humaine ?

Tout au long de l’histoire de l’humanité, science et conflit armé ont été intimement liés. Dans l’ère moderne, le basculement décisif dans l’apport scientifique aux conflits a été marqué par l’apparition de la bombe atomique, véritable changement de paradigme. C’est la science qui a donné naissance à l’arme nucléaire. Dès lors, penser qu’elle est une quête « désintéressée » de connaissances est illusoire. Chaque objectif militaire peut être atteint efficacement grâce à la recherche scientifique, justifiant ainsi les moyens déployés.

La technoscience représente une menace sérieuse pour la paix, et donc pour l’humanité. Nous assistons à une démonstration de force à travers des armes de destruction massive, des armes bactériologiques et chimiques, exaltées par ceux qui les produisent et ceux qui les idéalisent. Les médias et discours politiques vantent l’efficacité de la technologie dans les conflits, occultant les désastres qui en découlent. Assis à l’abri dans son « bureau », le militaire tout-puissant, manipulant un ordinateur, envoie des drones « soldats » en mission au bout du monde sans penser aux conséquences de ce simple geste.

Jean Rostand n’a pas tort lorsqu’il affirme que nous sommes devenus des dieux avant même de pouvoir être qualifiés d’hommes. Bien que nous ne possédions pas littéralement les pouvoirs d’omnipotence, d’omniscience et d’omniprésence propres aux divinités, les technologies actuelles nous en rapprochent. Cependant, la dimension morale est bien souvent oubliée, voire occultée.

À moins que les consciences ne s’éveillent…

Najoua

Élections communales du 13 octobre : Mobilisons-nous pour notre avenir local !

Le 13 octobre prochain, les citoyens belges seront, une nouvelle fois, appelés aux urnes pour élire leurs représentants communaux. Ces élections, souvent considérées comme moins importantes que les scrutins fédéraux ou régionaux, sont pourtant cruciales. Elles déterminent directement l’avenir de notre cadre de vie, la gestion de nos services publics et la réalisation des projets locaux qui touchent chacun d’entre nous.

Pourquoi voter est essentiel ?

Les élus communaux jouent un rôle clé dans la vie quotidienne : ils décident des politiques en matière d’urbanisme, d’éducation, de transport, de culture et d’environnement. Leur gestion influence la qualité des infrastructures, des écoles, des espaces verts et bien d’autres services essentiels à la communauté. En participant à ce processus démocratique, vous avez le pouvoir de choisir les personnes qui seront responsables de ces décisions. Néanmoins, beaucoup de citoyens se sentent déconnectés des enjeux ou pensent que leur vote ne fera pas de différence. Pourtant, chaque voix compte. C’est précisément au niveau local que nous pouvons le plus facilement faire entendre nos préoccupations et obtenir des résultats concrets. Une faible participation peut également conduire à des résultats qui ne reflètent pas les véritables aspirations de la population. Plus nous serons nombreux à voter, plus le conseil municipal sera représentatif de la diversité et des attentes de chacun. Cette année, une particularité importante à noter, la Flandre à décider de ne plus rendre le vote aux élections communales obligatoire, une décision qui aura surtout un impact auprès des populations plus défavorisées. Statistiquement, ce sont surtout les populations issues des catégories sociales plus fragilisées qui s’abstiennent de voter, or cela pourrait renforcer davantage les partis de droite et d’extrême-droite. 

Notre commune, notre responsabilité

Nous avons tous un rôle à jouer pour bâtir une commune dynamique, inclusive et tournée vers l’avenir. Le 13 octobre, nous avons une occasion unique de nous exprimer et de participer activement à la vie de notre commune. Ne laissons pas cette opportunité nous échapper. Le résultat du scrutin sera intéressant à connaître sur plusieurs communes notamment à Molenbeek où la bourgmestre PS, Catherine Moureaux risque de perdre le mayorat face à une concurrence importante avec le MR qui rêve de le lui brandir, mais aussi avec la liste Molenbeek Autrement lancé par l’ex-CDH Ahmed El Khannouss et Team Fouad Ahidar qui entend bien continuer à surfer sur la victoire obtenue le 09 juin dernier aux élections régionales et fédérales. Team Fouad Ahidar qui présente d’ailleurs des listes dans 7 communes bruxelloise : outre Molenbeek, à Schaerbeek, Anderlecht, Jette, Saint-Josse, Woluwe Saint-Lambert et Bruxelles-Ville. 

Des priorités

Logement, propreté, sécurité, constituent les priorités majeures de ces élections communales. Le port de signes convictionnels pour les agents communaux ou encore le plan good move sont des sujets qui reviennent régulièrement lors de cette campagne électorale. Un seul mot d’ordre : Mobilisez-vous, parlez-en autour de vous, et faites entendre votre voix ! Chaque vote compte pour construire un avenir local qui nous ressemble.

H.B.