L’ère de la botte

Ceux qui ont lu l’œuvre 1984 de Georges Orwell, savent qu’il s’agit d’une dystopie, d’un livre d’anticipation. Le principe de ce genre de roman est de décrire un monde futuriste virant au cauchemar à travers une idéologie totalitaire sur fond de pouvoir absolu sur la politique, l’économie et les moyens de communication. Ces romans ont la lourde tâche de nous indiquer les dangers d’un avenir, sombre et totalitaire ; mais aussi de nous faire réfléchir sur les moyens de les éviter et d’y résister.  

Le récit se déroule à Londres, en 1984, dans un monde où chaque aspect de la vie est contrôlé et surveillé par le Parti, une organisation puissante dirigée par le mystérieux Big Brother. Le personnage principale, Winston Smith, travaille pour le Parti et se trouve confronté à des dilemmes moraux et éthiques qui le poussent à remettre en question sa loyauté et son rôle au sein de cette société oppressive. A travers son regard, Orwell explore les rouages du pouvoir totalitaire sous forme de manipulation de l’information, de perte de liberté, de police de la pensée et du langage. 

1984 est une œuvre qui nous interpelle, un roman captivant, une mise en garde, une anticipation politique, qui donne pas ou peu d’espoir dans ce tableau sombre d’une société esclave des écrans et de la propagande. 

Et pourtant, 1984 reste un livre incontournable qui semble résonner avec nos problématiques contemporaines liées à l’évolution de nos sociétés hyperconnectées et à la perte de la libre pensée. Analysons quelques points.

« L’objet du pouvoir est le pouvoir. »[1]

1984 a cette qualité d’être une interrogation universelle sur l’Etat et sa place dans nos sociétés, ce qui permet de le réutiliser dans toutes situations où on commence à craindre pour nos libertés et la mise en place d’un régime autoritaire. Ce fut le cas, par exemple, lors du mouvement Black Lives Matter[2] qui a mobilisé des milliers de personnes; mais aussi plus récemment, lors de la répression des individus et des associations, en criminalisant leurs actions de solidarité avec la Palestine[3]. En effet, des lois[4] qui sanctionnent le boycott, le droit de manifester, le droit de s’exprimer ciblent les opposants à la politique d’Israël, en les réduisant au silence. Elles sont adoptées au Royaume-Uni, en Allemagne et en France, sous couvert de lutte contre les discours de haine. Ainsi, la solidarité active avec la cause palestinienne devient la cible de législations répressives[5].

Le capitalisme occidental est passé peu à peu d’un stade social à un néolibéralisme brutal qui surveille et réprime ses citoyens pour empêcher toute contestation. Et les télécrans sont apparus dans nos poches : le pouvoir de l’information, de la propagande et du contrôle de la pensée par le langage, les situations de deux poids-deux mesures, les « deux minutes de la haine ».  Des lois de sécurité, de fichages et de dissolutions récentes et express d’associations décrétées par le gouvernement français, sans enquête judiciaire, ont été dénoncées notamment par la Ligue des Droits de l’Homme.

Sous une surveillance constante et généralisée, semblable à celle qui s’installe petit à petit dans notre société, la télévision et internet seraient, donc les seuls vecteurs d’information et les gens devraient s’en remettre pleinement. Aujourd’hui, on constate une recrudescence de « l’espionnage » sur le web, ce qui permet d’affilier à chaque ordinateur, des publicités ciblées qui correspondent aux « besoins » de l’utilisateur : profilages numériques, déclenchements de webcams à distance, télésurveillances, utilisation de ChatGPT, etc. Ce sont surtout les réseaux sociaux qui se nourrissent de nos informations que nous donnons souvent, volontairement : soif de reconnaissance, de popularité, ce qui nous mène sans contrainte à un conformisme dicté par la communauté du net. Il est vrai que nous sommes quand même loin du réseau internet et de la vidéosurveillance de 1984, pourtant le roman résonne déjà. On perçoit comme une alerte sur les progrès de l’intelligence artificielle.

La Novlangue, l’épidémie silencieuse

La puissance de la langue est un thème crucial dans le roman. Le parti utilise la langue comme outil de contrôle, modifiant les mots et les significations pour manipuler la réalité : la Novlangue est née. Langue inventée par le Parti, elle est conçue pour réduire le vocabulaire et simplifier la grammaire, rendant ainsi impossible la pensée critique ou divergence. Par exemple le mot liberté n’existe plus car le concept même de liberté est considéré comme dangereux par le Parti. C’est sous trois slogans que ce monde est régit : « La guerre, c’est la paix », « La liberté, c’est l’esclavage », « L’ignorance, c’est la force »[6]

Aujourd’hui, la « Novlangue » a trouvé un chemin pour s’infiltrer dans nos modes de pensées. En effet, on dénature le sens des mots, les nuances de langage sont bannis, les concepts ne sont plus pris en compte, on limite l’espace de la pensée, la critique constructive n’a plus de rôle à jouer, le débat d’idée n’est plus l’adage de la démocratie…Bref, le monde politique ( gouvernement, partis) et économique ( marketing, commerce) utilisent cette novlangue à profusion. Jean-Paul Fitoussi, économiste et penseur français, écrit que le fait «(…)d’avoir réduit l’espace de pensée et de ne plus permettre qu’une pensée diverge, qu’une alternative puisse s’exprimer(…) a pour conséquence (…) de nous empêcher de comprendre, pour nous éloigner de la réalité du terrain.»[7] Par exemple, on parle de croissance négative ou de croissance raisonnée ( récession)d’agriculture biologique ( sous-entend que l’agriculture n’est pas, à la base, biologique)complotiste ( personne critiquant les infos données dans les grands médias), frappe chirurgicale ( bombardement allié). On parle de conflit et non de guerre, on parle de flexibilité et non de précarité, on parle de gouvernance et non de gouvernement[8]… c’est ainsi que l’État manipule la perception de la réalité des gens en inversant le sens réel des mots.

La déconstruction totale

« Si vous voulez une image de l’avenir, imaginez une botte qui écrase indéfiniment un visage humain. »[9]

Dans cette société orwellienne[10], dirigée par Big Brother, la vérité n’existe pas, le libre arbitre n’existe pas et le langage, vidé de son sens, sert surtout à masquer les violences. Les citoyens récalcitrants subissent une sorte de lavage de cerveau, jusqu’à ce qu’ils rentrent dans le rang et adhèrent à la pensée dominante. Une allégorie terrifiante décrivant la tentative d’un homme ( Winston) de rester sain d’esprit dans un état totalitaire qui torture la vérité et les gens pour contrôler la société .

L’inhumanité, c’est le processus qui peut amener n’importe quel humain, persuadé que le renversement des valeurs opéré par l’idéologie totalitaire est juste, à commettre des crimes horribles. L’inversion de valeurs libère les autorités de toute justification d’actes de torture. Nous avons l’exemple flagrant de la politique liberticide israélienne ( palestiniens), chinoise ( Ouïghours), birmanes ( Rohingyas), soudanaise (Massalit), etc. 

Dans une Histoire qui se répète, des tyrans émergent et menacent la liberté et la paix. De nos jours, nous sommes témoins de guerres, d’invasions, de génocides, d’apartheids, de crimes contre l’humanité, de grand remplacement, de nettoyage ethnique. Ainsi, la guerre devient un processus continu car si « la guerre c’est la paix », inversement « la paix c’est la guerre ». On voit comment le totalitarisme brise les hommes et les femmes, et génère la honte de soi, qui permet de museler définitivement la rébellion. L’idéologie totalitaire absolue de 1984 a la capacité de soumettre et de lobotomiser les individus, par la peur, l’humiliation, la torture, la souffrance, en interdisant toutes formes de bonheur.

Dans son œuvre, Georges Orwell explore les mécanismes d’une dictature radicale et pousse ces réflexions plus loin. Cependant, il est important de souligner que la perception d’un régime profondément totalitaire comme le présente Orwell en cette moitié du XXe siècle, avec ses aspects les plus extrêmes, diffère de la vision contemporaine. De notre côté, le totalitarisme en question prend la forme d’un agent infiltré sous couverture politique. En effet, il est assez triste de constater que nous avons intériorisé, si ce n’est accepté, la domination que les gouvernements exercent sur nous ainsi que les actes répréhensibles perpétrés par certains d’entre eux. Une sensibilité perdue par l’acharnement médiatique, ainsi que par la propagande des réseaux sociaux : des divertissements à profusion et la recherche dans le plaisir d’un bonheur absolu.

1984 est LE livre fondateur des romans d’anticipations décrivant une société futuriste soumise à un régime totalitaire restreignant toute liberté de penser, d’agir, d’être… Et donc, toute accession au bonheur.

Mais restons vigilant et comme Big Brother : Ouvrons l’œil ! 

Najoua


[1] Citation du livre 1984 de G. Orwell. Edition : Folio classique (6891-F8)-p.354

[2] Black Lives Matter — qui se traduit par « les vies noires comptent » ou « la vie des Noirs compte » — est un mouvement politique né en 2013 aux États-Unis au sein de la communauté afro-américaine, qui milite contre le racisme systémique envers les Noirs. https://fr.wikipedia.org/wiki/Black_Lives_Matter

[3] Pour en savoir plus :  www.association-belgo-palestinienne.be/memorandum-2024, publié le 25 avril 2024.

[4] www.middleeasteye.net- France : dépolitiser et criminaliser la solidarité avec la Palestine, article de Rafik Chekkat, publié le 13 mars 2024.

[5] www.orientXXI.info- La criminalisation de la solidarité avec la Palestine gagne du terrain en Europe, article écrit par Baudoin Loos, journaliste à Bruxelles.

[6] 1984 de G. Orwell-Edition : Folio Classique-P.37 

[7] www.rtbf.be- Comment la Novlangue détruit nos modes de pensée-interview de Jean-Paul Fitoussi, article de la RTBF du 7 septembre 2020.

[8] Pour en savoir plus sur la Novlangue, Olivier Starquit, auteur Des mots qui puent, Editions du Cerisier, 2018

[9] 1984 de G. Orwell-Edition: Folio Classique-p.359

[10] Les conséquences du totalitarisme sont multiples, et ça, George Orwell s’est appliqué à nous le montrer : 1-l’État peut décider qui mérite d’être appelé humain ou non : déshumanisation des victimes, 2-aucune valeur transcendant l’État n’est acceptée : inhumanité des bourreaux, 3-unité absolue, uniformité : l’État est la société, la société s’identifie à l’État, 4-plus rien n’existe entre l’individu et l’État, 5-surveillance généralisée : abolition de la distinction entre vie privée et vie publique.

La propagande ou l’art de convaincre

La propagande est un moyen utilisé pour persuader. Elle fait appel à diverses techniques bien rodées et a pour objectif d’influencer l’opinion des masses. Il peut s’agir d’amener les gens à croire en une idée, à soutenir une cause, ou tout simplement à acheter un produit. Avec la bonne méthode il est possible de créer une adhésion, un mouvement de soutien en faveur d’une position, d’une idéologie ou d’un groupe de personnes. D’orchestrer l’opinion publique et de susciter les comportements qui serviront les intérêts des propagandistes. 

On ne peut parler de propagande que lorsque ces techniques sont appliquées à grande échelle, sur des masses de population. Le fait de vouloir convaincre son voisin du bien fondé de notre argumentation n’est pas considéré comme de la propagande.  

Comme elle s’adresse au plus grand nombre, il lui faut des canaux de communication efficaces et rapides. Cela peut être la publicité sur divers supports, cela peut être la télévision, la radio, les réseaux sociaux et tous les médias de masse en général.  

Les auteurs de la propagande ont évidemment un intérêt à manipuler ainsi la pensée des foules. Il peut s’agir d’asseoir une autorité, d’orienter les enjeux sociaux et politiques, de favoriser certaines entreprises, groupes ou personnes influentes.  

Comment ça marche ? 

La propagande fait appel aux émotions des gens, et non à leur raison ou leur logique. 

Quand un gouvernement par exemple a un intérêt à rentrer en guerre, la propagande va consister à obtenir l’adhésion du peuple pour cette cause, car les peuples sont généralement contre la guerre. On va alors faire en sorte de titiller le sentiment patriotique des gens. A l’aide de grandes phrases et de slogans, on va réveiller chez eux le sentiment de « mère patrie », de « grandeur» et de « victoire ».  

On va aussi beaucoup jouer sur la peur en brandissant des dangers exagérés voire totalement inventés. Pour exemple on peut citer les fameuses « armes de destruction massives » prétendument détenues par l’Irak. Il s’agissait en fait d’un énorme mensonge du Président Bush et de son administration. Mais il fut l’alibi de l’entrée en guerre. 

On va aussi chercher à diaboliser l’ennemi et à lui attribuer tous les maux, afin de justifier des mesures politiques ou  sociétales à venir.   

Fréquemment , on va déshumaniser cet adversaire, afin d’enlever toute opposition de l’opinion publique. En 1994, lors du génocide au Rwanda, la Radio des Milles Collines a diffusé nuit et jour des messages de haine contre les Tutsis, qualifiés entre autres de « cafards ». Un million de Tutsis furent massacrés en quelques mois. En effet, qui se soucie des cafards ? On l’a vu plus récemment lorsqu’un ministre israélien qualifia les Palestiniens d’ « animaux humains ».  

La propagande n’aime pas la nuance

Sous l’influence d’un tel message omniprésent, les individus peuvent perdre la capacité à penser de manière indépendante. Dans son livre intitulé « Propagande, la formation de l’opinion » , Jacques Ellul dit ceci : « La propagande ne se limite pas à influencer ou à persuader. Elle a le pouvoir de détruire l’individualité et la pensée critique, transformant les individus en simples réceptacles de messages prédéfinis». Par ailleurs, la propagande n’aime ni les nuances ni la neutralité. Elle sélectionne des faits et déforme des vérités pour créer un récit qui favorise une opinion très tranchée et  simpliste : c’est noir ou blanc. La propagande veille aussi à ce que les individus pensent qu’ils sont maîtres de leurs opinions.  On peut donc dire que la propagande est une manipulation de la pensée et une anesthésie de toute rationalité et de tout esprit critique. 

Dans le domaine du marketing, tout un arsenal de techniques sont déployées afin de susciter le désir d’acheter tel produit. Parmi elles, le « out of stock » ou le fait de mentionner qu’un article est bientôt en rupture de stock afin de pousser le consommateur à vite le commander.  Ou encore d’organiser d’interminables files d’attente devant des enseignes branchées, afin que les passants se demandent ce qu’il se passe, et s’il ne sont pas en train de passer à côté d’une affaire intéressante.  

La propagande est omniprésente  et il est utile de s’informer sur les techniques qu’elle utilise, afin de prendre conscience  de ses effets potentiels sur nous.  Ne pas accepter l’information pour argent comptant, mais la questionner et chercher à la vérifier. Diversifier les sources de l’information, afin d’éviter le biais de confirmation qui se crée lorsqu’on ne lit qu’un seul type de presse, qu’on n’écoute qu’un seul groupe de médias , qu’on fréquente exclusivement les gens de son groupe social : on est constamment confortés dans nos idées et notre allégeance se renforce.  

Se méfier des slogans, des généralisations, de la désignation de boucs émissaires et d’une manière générale, chercher continuellement à garder un esprit critique.  

Hayat Belhaj  

La nouvelle migration : la « Hijra » et ses dérives contemporaines

La hijra en arabe, qui désigne historiquement la migration des musulmans vers un lieu plus sûr pour pratiquer leur foi, prend aujourd’hui une dimension nouvelle et complexe. En examinant pourquoi certains Marocains choisissent de faire la hijra , nous devons nous interroger sur les motivations qui les poussent à quitter leur cité d’origine et à chercher une vie meilleure ailleurs. Ce phénomène soulève des questions importantes sur l’authenticité de cette migration et sur les enjeux qui se cachent derrière.

La Hijra : une fuite ou un nouveau départ ?

Pour de nombreux Marocains, la hijra apparaît comme une manière de fuir les conditions difficiles de leur cité d’origine. Les villes du Maroc, où riches et pauvres cohabitent souvent, ne permettent pas toujours aux familles modestes d’accéder aux mêmes opportunités que les plus aisées. Ce contraste exacerbé pousse certains à chercher une vie meilleure ailleurs, loin des inégalités criantes.

En comparaison, en France, les enfants d’immigrés sont souvent relégués dans des cités en périphérie des grandes villes, loin des centres de pouvoir et de richesse. Cette ségrégation spatiale renforce leur marginalisation et limite leurs chances d’intégration. En ce sens, la hijra vers une autre ville au Maroc pourrait être vue comme une tentative de s’intégrer dans un environnement plus inclusif, où la mixité sociale est possible, et où les opportunités de réussite sont plus accessibles.

Une nouvelle terre promise ?

Cependant, cette nouvelle hijra vers des villes marocaines perçues comme des « eldorados » pose la question de la véritable intention derrière cette migration. Est-ce réellement un acte de foi, un désir de remplir son rôle d’ambassadeur de l’Islam en renouant avec sa culture d’origine, ou s’agit-il simplement d’une quête recherchant à satisfaire ses intérêts personnels et nourrir ses propres passions?

La tradition islamique enseigne que le musulman doit aller à la rencontre de l’autre, échanger, et apporter sa contribution à la société. Mais aujourd’hui, nous assistons à un phénomène où la hijra est parfois exploitée à des fins purement matérielles. Derrière ce terme sacré se cache souvent un business lucratif, « webinaire: comment s’installer au Maroc ?  » où l’accueil des musulmans en quête de refuge devient un prétexte pour alimenter leurs intérêts économiques.

La hijra à l’époque du prophète : un acte de foi

Il est important de rappeler que la première hijra, effectuée par les compagnons du prophète Muhammad, était motivée par un besoin urgent de protéger leur foi face à la persécution. Ils ont quitté la Mecque pour l’Éthiopie, puis Médine, afin de pouvoir pratiquer l’Islam en toute liberté et sécurité. C’était un acte de foi, de sacrifice, où l’intérêt collectif prévalait sur les ambitions personnelles.

Aujourd’hui, la motivation derrière la hijra semble parfois déviée. Pour certains, elle alimente un fantasme de surconsommation et de satisfaction personnelle, plutôt qu’une véritable réflexion sur les défis de notre époque. Le désir d’avoir plusieurs épouses, par exemple, légiféré dans certaines régions, et de fonder une famille en espérant que ces enfants étudieront miraculeusement le Coran et deviendront des enfants pieux, détourne ainsi le sens originel de la hijra.

Une réflexion nécessaire

Face à ce constat, il est crucial de se poser des questions sur la nature de la hijra moderne. Sommes-nous en train de perpétuer une tradition spirituelle, ou sommes-nous en train de céder à des passions et à des intérêts personnels ? La hijra ne devrait pas être un simple moyen d’échapper aux difficultés ou de satisfaire des désirs personnels. Elle doit rester un acte de foi, guidé par des valeurs spirituelles et une volonté sincère de contribuer positivement à la société.

Sur les réseaux sociaux, il est frappant de constater comment certains posts semblent ériger la hijra en un nouveau pilier de l’Islam. Des questions absurdes surgissent : « Si j’ai une somme d’argent, dois-je l’utiliser pour la hijra ou pour le hajj ? ». Ce genre de réflexion révèle une déformation inquiétante des priorités religieuses, où des concepts nobles et spirituels sont détournés et simplifiés jusqu’à l’absurde. 

Il est essentiel de se demander jusqu’où cette absurdité va nous mener. Sommes-nous en train de perdre de vue les véritables enseignements de notre foi ? Plutôt que de nous focaliser sur des choix matérialistes ou des migrations perçues comme des solutions miracles, ne devrions-nous pas retrousser nos manches et nous mettre sérieusement au travail pour résoudre les problèmes de notre époque ? La fainéantise et la lâcheté humaines semblent parfois nous pousser à chercher des échappatoires, à fuir plutôt qu’à affronter les défis de notre temps.

Il est grand temps de nous remettre en question. Nous devons réévaluer nos priorités, redéfinir nos objectifs, et retrouver le vrai sens de nos actions religieuses. La hijra ne doit pas être perçue comme un moyen de fuir nos responsabilités, mais plutôt comme des opportunités pour renforcer notre foi et contribuer positivement à la société. Le chemin de l’Islam est un engagement actif, un effort constant pour améliorer notre monde, et non pas une voie de fuite ou d’abandon face aux difficultés. Il est temps de redonner à nos actions leur véritable sens, en nous engageant sincèrement et avec courage dans les défis de notre époque.

En conclusion, la hijra moderne au Maroc risque de perdre son essence spirituelle si elle est motivée uniquement par des intérêts matériels. Il est important pour les musulmans d’aujourd’hui de se rappeler l’exemple des premiers compagnons et de réfléchir profondément à leurs intentions avant d’entreprendre une telle démarche. La hijra doit rester un acte de foi, de solidarité, et d’engagement envers les valeurs universelles de l’Islam.

Hana Elakrouchi

Pourquoi les marchés ont-ils chuté ?

Lundi matin, les marchés boursiers ont plongé, provoquant la panique parmi les sociétés de la tech américaines et entraînant dans leur chute le marché des cryptomonnaies. Le CAC 40 a baissé de 5,1 % en trois jours, le S&P 500 de 6,1 %. Le Bitcoin a enregistré une chute de 17 % de sa valeur en 24 heures et 30 % en une semaine. L’Ethereum a perdu 25 % en 24 heures, Apple a chuté de 17 %… Qu’est-ce qui justifie cette baisse ?

  1. Les chiffres décevants de l’économie américaine : le taux de chômage est passé à 4,3 %, ce qui laisse entrevoir un climat de récession pour certains investisseurs, tandis que d’autres paniquent. La première raison est donc une crainte de récession économique aux États-Unis.
  2. À cause de l’inflation montante, la Banque du Japon a décidé d’augmenter son taux directeur. Deux conséquences immédiates ont été constatées :
    • Le Nikkei 225 (indice regroupant les cours des 225 meilleures sociétés japonaises) a immédiatement plongé avec une baisse de 25 % de sa valeur en deux semaines.
    • Le Carry Trade a été impacté par cette hausse.

Qu’est-ce que le Carry Trade ? C’est le fait d’emprunter dans des devises à faible taux (comme le yen) et de prêter cet argent en achetant des obligations (américaines par exemple) à taux plus élevé pour profiter de la différence de taux. Cependant, lorsque la Banque du Japon a décidé d’augmenter son taux directeur, la monnaie japonaise s’est appréciée par rapport au dollar, ce qui n’est pas favorable à l’économie japonaise, connue pour être très exportatrice (l’article suivant, « Chute de l’Euro, vers un effondrement de la zone Euro ? », permet de mieux comprendre le lien entre un pays exportateur et son économie).

Les investisseurs qui avaient profité de ce Carry Trade avaient également investi dans des actions américaines.

  1. Avec l’augmentation de ce taux directeur, ils ont décidé de rembourser leur emprunt japonais et, pour ce faire, ils ont dû vendre leurs actions américaines, ce qui a provoqué :
    • un effet de masse induisant une baisse du cours des actions américaines ;
    • un effet de panique : certaines sociétés telles qu’Intel ont enregistré de faibles performances, si bien que des licenciements ont été annoncés, ce qui a engendré un effet de panique renforçant cette baisse du cours des actions américaines.

Néanmoins, cette explication ne satisfait que partiellement, et nous y reviendrons un peu plus loin dans l’article.

À présent, et afin de mieux saisir ce concept de Carry Trade, prenons un autre exemple « plus parlant ».

À l’heure d’une journée d’été où ces quelques lignes sont écrites, beaucoup sont en vacances. Supposons que 1 € vaut 12 dirhams marocains. Ainsi, l’euro s’apprécie particulièrement, car ceux qui ont l’habitude de convertir l’euro en dirhams savent que la conversion de 1 € tourne en moyenne autour de 10,60 dirhams. Certains investisseurs seraient tentés d’acheter beaucoup de dirhams (ou d’emprunter dans les banques marocaines) pour les placer dans des obligations européennes (donc prêter de l’argent) où le taux est élevé, afin de maximiser les profits.

Maintenant que nous avons compris ce concept, on comprend mieux ce qui s’est passé sur le marché des devises du yen (Forex) et du dollar. Un faible taux du yen favorise l’emprunt de celui-ci pour prêter (achat des obligations) en dollar.

(Pour apporter plus de précisions à notre exemple de dirhams convertis en euros, il est nécessaire de nuancer nos explications : en réalité, le dirham marocain est partiellement indexé sur la devise américaine (40 %) et européenne (60 %). Cela signifie que la monnaie marocaine subit proportionnellement les mêmes variations que celles du dollar et de l’euro. Les mouvements du marché Forex (dollar et euro) auront donc un impact sur le dirham, ce qui explique les variations des taux de change de l’euro par rapport au dirham marocain.)

  1. Le climat tendu entre l’Iran et Israël depuis l’assassinat de Haniye Ismail, le chef du Hamas, laisse les marchés sur le qui-vive. Les marchés réagissent très mal aux climats de doute et d’incertitude.

Ces quatre points ont rapidement et non durablement donné raison aux analystes les plus pessimistes, qui annoncent une récession depuis le Covid.

C’est pourquoi l’hypothèse d’une corrélation entre la hausse des taux directeurs du yen et la baisse des cours boursiers américains n’est que très peu satisfaisante. L’augmentation du yen a contribué à cette baisse des marchés, en plus des autres raisons évoquées ci-dessus.

Alors que certains investisseurs déjà présents sur les marchés ne se réjouissent pas des chutes brutales des cours boursiers, d’autres y voient un excellent moment pour investir.

L’analyse technique démontre que lorsque les marchés sont en pente descendante, il est inutile de se précipiter. Il faut être patient et saisir les points les plus bas pour profiter de belles hausses.

C’est lorsque les marchés réagissent à la moindre mauvaise nouvelle que les investisseurs les plus aguerris comprennent que le meilleur moment pour investir n’est pas très loin. Pour l’instant, le Nikkei ne réagit pas de manière « excessive et exacerbée » aux différentes mauvaises nouvelles énumérées plus haut. En effet, le marché semble réagir « normalement » au contexte.

Si la récession est bien là, les marchés continueront de baisser et offriront de bonnes opportunités d’achat. Si Warren Buffet a vendu la moitié de ses actions Apple, c’est précisément parce qu’il croit que des opportunités sont sur le point d’arriver.

Nelm

Mohamed Toujgani sera belge

La justice a tranché : Mohamed Toujgani, ancien imam de la mosquée Al Khalil (Molenbeek), a reçu le feu vert concernant sa demande de naturalisation. Il devrait recevoir sa carte d’identité d’ici quelques mois et pourrait rentrer en Belgique. Une décision qui soulève une levée de boucliers au sein de la classe politique belge et qui s’invite dans les négociations fédérales.

Mohamed Toujgani pourra donc rentrer en Belgique, pays qu’il n’a pas revu depuis 2022, suite à la décision de Sammy Mahdi, ancien secrétaire d’État à la Migration, qui avait décidé de lui retirer son titre de séjour, estimant, sur la base d’un rapport des services de renseignements, qu’il constituait une menace pour la sécurité nationale. Un rapport du comité R, chargé du contrôle des services de renseignement, a toutefois jugé que les analyses de la Sûreté étaient disproportionnées… Une décision que ne digèrent pas certains politiques, à l’image de l’ancien secrétaire d’État à la Migration (N-VA) Théo Francken, qui s’est fendu d’un long tweet sur sa page Facebook : « Ces personnes n’ont pas leur place dans notre société et ne devraient certainement pas devenir Belges. Nous devons empêcher cela. Et rendre nos lois sur la migration et la nationalité encore plus strictes. Je préside le groupe de travail sur l’immigration dans le cadre des négociations gouvernementales et je mettrai cette question sur la table. » Théo Francken va plus loin et accuse l’imam d’être « l’inspirateur idéologique d’Abdeslam, Abaaoud et d’autres terroristes de l’EI. » Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, est aussi très dur dans ses propos et critique ouvertement la justice : « Et dire que certains pensent que le problème de la Justice, c’est uniquement un manque de moyens… C’est aussi des décisions complètement irréelles. Et trop fréquentes. Cet homme est une menace pour notre pays et ne doit plus y mettre les pieds. L’indépendance de la Justice ne veut pas dire son irresponsabilité, mais beaucoup l’oublient. »

Un climat hostile

Le monde politique qui commente et désapprouve une décision de justice, ce n’est pas nouveau, mais c’est un développement inquiétant dans une société où la séparation des pouvoirs fait partie du socle démocratique. Il ne revient pas à l’exécutif d’approuver ou non une décision, mais de l’appliquer. Or, dans un climat post-électoral et avant une nouvelle échéance avec les élections communales prévues en octobre, certains hommes politiques sont en roue libre, galvanisés par un contexte international tendu. En France, lors des élections législatives anticipées début juillet, le Rassemblement national, qui n’a pas obtenu de majorité absolue, a tout de même gagné plus de 10 millions d’électeurs ! Le Royaume-Uni connaît une vague de violences racistes et islamophobes sans précédent, basée sur une rumeur accusant à tort un immigrant musulman d’être à l’origine du meurtre de trois fillettes, sans oublier l’offensive meurtrière à Gaza où le bilan est affolant. Un contexte international tendu qui met à mal le vivre-ensemble où la voix des extrêmes est devenue la seule audible…

H.B.

Esprit olympique, es-tu là ?

Le 26 juillet 2024 a eu lieu l’ouverture des Jeux olympiques d’été à Paris, en France, annonçant ainsi la 33ᵉ édition de ce rendez-vous sportif international.Loin de faire de cet événement un moment de communion, certains le qualifient de « parodie » voire de « cauchemardesque ». En effet, les olympiades sont sources de nombreuses polémiques et de complications en interne. Les impacts logistiques, environnementaux (pollution, infrastructures, aménagements du territoire), politiques (boycott, dictature, conflits) et monétaires (coût de la vie) entraînent des conséquences négatives pour le pays organisateur. Mais d’autres, plus positives, permettent de générer des retombées économiques, des possibilités de carrière, de développer l’industrie du tourisme.

Cependant, au-delà de ce constat, peut-on dire qu’aujourd’hui les valeurs de l’olympisme sont à la hauteur de ce que Pierre de Coubertin prônait ? À savoir : unir le monde entier sur le même terrain, au sens propre et au sens figuré, dépassant largement le cadre des Jeux.

L’Olympisme, c’est quoi ?

L’olympisme moderne a été conçu par le Baron Pierre de Coubertin en juin 1894 lors du Congrès International Athlétique de Paris, puis lors de la constitution du Comité International Olympique (CIO). Il se définit ainsi :

« C’est une philosophie de la vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels. »

En articulant le sport, la culture et l’éducation, cette vision de vie cherche à contribuer au développement et à l’épanouissement de l’Homme et, plus largement, à l’établissement d’un monde en paix préservant la dignité de chacun.

Pour cela, un certain nombre de valeurs sont développées tant à l’échelle individuelle que mondiale : l’accès à la connaissance et à l’éducation, l’esprit de compétition, l’excellence, le fair-play, l’accès au sport, l’esprit d’amitié et de fraternité, la solidarité, la paix, et la construction d’un monde meilleur. Il ne suffit pas de lister des valeurs, il faut également les comprendre, les partager et les mettre en œuvre : pratiquer un sport constitue donc un moyen de saisir ces préceptes et de les adopter.

Évidemment, un idéal olympique est rarement atteint. Néanmoins, c’est en fixant une représentation d’un monde parfait que l’action peut s’enclencher. Ainsi, de nombreux symboles au service des valeurs olympiques (anneaux, drapeau, devise, credo, serment, hymne, flamme, lauriers de la victoire, colombes,…) transmettent le message de façon simple et directe. Ils donnent aux JO une identité !

Quant à bâtir une culture de la paix à travers le sport, les JO étaient l’occasion de réunir les États en conflits afin de construire des passerelles et non des murs. Or le fossé entre rêve olympique et réalité a toujours été immense. L’Histoire nous l’a démontré à plusieurs reprises. Parfois, certains dirigeants politiques ont ignoré les Jeux et d’autres en ont fait une arme. Les JO incarnaient un symbole de puissance nationale et non de paix. Ainsi, la trêve olympique, héritée des Jeux grecs de l’Antiquité, a toujours été un mythe : il n’a jamais été démontré qu’un événement olympique ait déjà stoppé une guerre.

Le culte de la performance

En 1924, la devise olympique est introduite et se compose de 3 mots latins signifiant : « Plus vite-Plus haut-Plus fort ». Elle traduit une conduite de vie promettant de donner le meilleur de soi, de trouver sa propre excellence, de repousser ses limites. La victoire et la gloire en fin de parcours ! Alors comment comprendre ce paradoxe sportif, entre cette devise historique et le credo – « l’important n’est pas de gagner, mais de participer. » ?

Gagner quelques secondes ou gagner quelques centimètres, tels sont les objectifs des athlètes et délégations venues du monde entier. Le culte du corps–et donc le culte de la performance– repose sur une armada de moyens tant humains que logistiques. En effet, la recherche de nouveaux records pose la question des limites physiques et mentales. Certains sportifs s’entourent de physiologistes, nutritionnistes, médecins du sport, kinésithérapeutes, entraîneurs sportifs, experts en équipements vestimentaires, biomécaniciens, coachs et analystes de performance, etc. Le corps du sportif est devenu une voiture de Formule 1 !

Ainsi, il est soumis à des ajustements d’ingénierie afin d’atteindre une vitesse et une puissance maximales. Le moindre avantage compte et les médailles se gagnent autant dans le laboratoire que sur le terrain. Dilemme : jusqu’où doit aller le progrès ? Quand il n’y aura plus de records à battre, les sportifs seront-ils confrontés à une crise existentielle ?

Même si certains pays n’ont pas la capacité financière et logistique d’offrir les moyens technologiques de certains concurrents à leurs poulains, l’aspiration à la victoire et à la performance ne doit pas remettre en cause la coalition entre les participants. D’ailleurs la devise des Jeux a été modifiée en 2021 afin d’atténuer l’individualisme pour devenir : « plus vite, plus haut, plus fort- ensemble ».

À partir de documents d’archives et d’extraits de presse, les JO ont marqué l’Histoire par des images emblématiques d’instrumentalisation mais aussi d’amitié et de grandeur. Même si le sport (outil politique et financier) cristallise les tensions géopolitiques dans un monde de plus en plus fragmenté ; les enseignements de l’olympisme, qui s’articule autour de l’excellence, de l’amitié et du respect, restent fondamentaux. En réalité, ce sont les athlètes qui nous les transmettent. Ils s’appliquent à maintenir et à faire perdurer l’essence de la culture des JO.

La flamme de l’esprit olympique n’est pas éteinte, elle est seulement moins vive que ne l’aurait imaginé Pierre de Coubertin…

Najoua


[1] L’olympisme : néologisme créé par Pierre de Coubertin qui signifie « ensemble de ce qui concerne les Jeux Olympiques, leur organisation, leurs règlements, etc. »

[2] Né en 1863, mort en 1937, de son vrai nom Pierre Frédy, Baron de Coubertin, historien et pédagogue français. Il œuvra pour l’éducation physique dans les établissements scolaires, réinventa les Jeux olympiques modernes en s’inspirant des JO de la Grèce antique et créa le Comité International Olympique (CIO). 

[3] Pour en savoir plus sur l’Histoire des Jeux, un documentaire d’Olivier Lemaitre redonne vie aux merveilles disparues d’Olympie et offrent aux spectateurs une immersion dans le berceau des JO : www.imineo.com/videodocumentaires  « Olympie : immersion dans le berceau des Jeux Olympiques »

[4] Article 2 de la Charte olympique, regroupement des principes fondamentaux et des règles liées au Mouvement olympique. Libre d’accès sur le net.

[5] Documentaires en libre d’accès sur le net : www.sciencesetavenir.fr « nazisme, colonialisme, guerre froide : comment les JO racontent l’histoire du monde ».

[6]  Inspiré d’un sermon de l’archevêque de Pennsylvanie Ethelbert Talbot, lors des JO de Londres en 1908. Le contenu du sermon était : « l’important dans ces olympiades n’est pas tant d’y gagner que d’y prendre part. »

[7] spécialistes des propriétés mécaniques de l’organisme.

[8] mathématiciens et statisticiens chargés de décrypter les prouesses d’athlète.

Ils se relèveront…

Tu es couché, dos à terre. Tes frères dorment à poings fermés malgré la guerre qui éclate dehors.
Ta mère te donne dos, pleure en silence et implore notre Seigneur. Devant vous, elle donne l’image d’une femme forte, mais au fond d’elle, la peur la ronge.

Chaque matin et chaque soir, elle te répète de tenir tête à l’ennemi. Qu’un jour ou l’autre, ils seront punis car nous, on a ce qu’ils n’ont pas : Dieu est avec nous.

Un énième bombardement vient d’éclater. Alors que tu es dans tes pensées, ta demeure est visée. Derrière le viseur, un sans-coeur.
Avant même de réaliser, tu te retrouves sous les décombres.

Au-delà de l’expression, le ciel t’est vraiment tombé sur la tête. La douleur est trop forte, tu te sens partir… tu te dis c’est fini. Mon heure est arrivée.

Une lumière te brûle les yeux. Est-ce celle du paradis ? Heureux, tu ouvres les yeux. Et là, tu retombes en enfer. Autour de toi, les docteurs s’agitent, les mères prient, les pères crient…
Oui, tu as survécu à l’attaque. Mais perdu, tu ne sais pas si tu dois être heureux d’être encore en vie ou désespéré de ne pas être mort.

Après quelques heures seulement, on te demande de quitter les lieux. D’autres blessés sont en chemin et les places manquent. Alors tu prends sur toi, et tu quittes ce lit d’hôpital.

Dehors, toujours le même décor : les cris en guise de mélodie, les barrages formés par les chars en guise de paysage.

Sans famille, sans toit, tu déambules dans les rues de Gaza.
Quelque part au loin, perdu, tu trouves une école sous la protection de l’ONU.
Autant y aller, tu n’as plus rien à perdre, de toute manière, tu es déjà six pieds sous terre.

Plusieurs familles se sont réfugiées ici, tu repenses à cette fameuse nuit, où les tiens sont partis.

Une larme s’échappe, puis deux, un torrent de larmes s’ensuit…

De petites mains se posent sur tes joues et essuient ces perles qui coulent. Tu lèves les yeux, face à toi, un enfant qui te sourit à pleines dents.
L’espace d’un instant, tu oublies ta souffrance.

Mais à peine retrouves-tu une lueur d’espoir, que celle-ci laisse place au néant.

Le lendemain, dans tous les journaux occidentaux, on peut lire  » Tirs d’obus israéliens sur une école de l’ONU « . Ton corps ensanglanté est à la une d’Al-Jazeera. Tu viens de nous quitter. Ta perte nous laisse un goût amer.

Mais pour tout Palestinien tombé, dix se relèveront. Et pour dix Palestiniens tombés, cent se relèveront.
Et pour cent Palestiniens tombés, tous se révolteront.

Aujourd’hui, on est tous Palestiniens.

Noor T.

Ibn Battuta, le voyageur infatigable

Avec son histoire millénaire, Tanger est l’une des plus anciennes cités au monde. Elle a connu bien des invasions et fut longtemps un comptoir célèbre pour la circulation des hommes et des marchandises. 

C’est à Tanger qu’est né Mohammed bin Abdullah Al Lawati Al Tanji, plus connu sous son surnom, Ibn Battuta. Il naît en 1304 dans une famille de qâdis  (juges) berbères. Dès l’enfance, il étudie le Coran puis le Fiqh  (jurisprudence) malékite.  

A 21 ans, il décide d’aller accomplir le pèlerinage à la Mecque. Il quitte ses parents en 1325 et traverse l’Afrique du Nord en direction du Hijâz. À la fin de son pèlerinage, il ne rentre pas au Maroc mais continue à sillonner le monde. Une vocation est née chez lui et un grand amour du voyage.  Il fut un des premiers à envisager le voyage pour le voyage lui-même, donnant plus de valeur au voyage qu’à la destination finale. 

En 1326, il parcourt la Syrie, l’Irak et la Perse. De la Syrie il dira : «  Si le paradis est sur la Terre, c’est à Damas et nulle part ailleurs ». 

En 1331 il est en Égypte, ensuite en Anatolie, où il admire la position éminente dont jouissent les femmes kurdes dans leur société, puis en Inde.  

À travers ses voyages , il découvre un monde hétéroclite et multiple, où il se reconnaît néanmoins comme membre de la nation musulmane.  Il décrit parfois le sentiment de solitude et de l’éloignement de sa famille.  

En Inde, il se voit offrir la fonction de Qâdi et l’exerce pendant 7 ans.  

En 1341, il se remet en route vers les Maldives, puis la Chine et le Sri Lanka.  

En Chine, il découvre pour la première fois l’utilisation des billets de banque, alors inconnus en Europe et au Moyen-Orient.  

En 1349, la nostalgie et le mal du pays le gagnent et il retourne au Maroc après 24 années passées à sillonner le monde. Pour peu de temps cependant, car peu après, il repart. Al Andalous, Tombouctou, Ibn Battuta aura parcouru près de 120 000 km au cours de sa vie et traversé 44 pays sur 3 continents.  Souvent il se joint aux caravanes ou embarque sur des navires marchands.  

En 1354, il revient enfin au Maroc et réalise combien son pays lui est étranger. Il entreprend alors de le découvrir. 

 Sous l’impulsion du sultan marocain de l’époque, il dicte ses récits de voyage au secrétaire de la cour. Ses écrits, connus sous le nom de Ar Rihla  (  الرحلة ) sont un exemple type du carnet de voyage. 

Ibn Battuta y décrit ce qu’il voit, ses impressions et ses rencontres. Il fait connaître les mœurs de son époque, les traditions et modes de vie des peuples. Comme un historien des sociétés, il documente les cérémonies à travers les contrées.  Son récit de voyage est plus précis que celui de Marco Polo. 

Ses récits ont été largement étudiés par les géographes, les historiens et les ethnologues. Ils révèlent des détails, des anecdotes, des histoires sur le monde du 14ème siècle. Pour certaines régions du monde, comme le Mali et la côte Est de l’Afrique, ses récits sont les seuls dont nous disposons pour cette époque. 

Enfin sédentarisé et apaisé, Ibn Battuta meurt à Marakkech probablement en 1368, ou en 1377.  

Son récit de voyage, lui, a survécu, cristallisant dans les mémoires la soif d’un homme de découvrir le vaste monde et les hommes. 

Hayat Belhaj   

Fatima al-Fihri: Son héritage éternel

Fatima al-Fihri, descendante d’Oqba ibn Nafi, est née à Kairouan, en Tunisie, dans une famille Quraysh honorable. Dès son jeune âge, elle se montrait curieuse et perspicace, posant des questions profondes aux marchands qui venaient de tout l’Orient pour échanger avec son père. Orpheline de mère très jeune, elle perdit aussi sa nourrice, assassinée sous ses yeux par la milice. La ville de Kairouan était alors en proie à une crise politique très violente, et son père ne se sentait plus en sécurité.

Face à cette situation, la famille de Fatima dut fuir. Ils abandonnèrent tout, sachant qu’ils risquaient d’être tués s’ils restaient. Commence alors un périlleux voyage à travers le désert, une interminable traversée où ils durent échanger leur cheval épuisé et bien-aimé contre un chameau. Une nuit où ils étaient épuisés, le chameau disparut, emportant le peu de provisions qu’ils avaient. Désespéré, le père implorait Allah de les aider, la mort les guettait, les petites n’en pouvaient plus, la cadette suppliait son père de la laisser mourir et qu’ils avancent. Une tribu nomade les accueillit et un sage, voyant un grand avenir en Fatima, conseilla à la famille de continuer leur chemin. Un avenir prometteur attendait cette jeune fille.

Ils arrivèrent finalement à Fès, à une période où le Maroc était sous le règne des Idrissides, une dynastie descendant du prophète Muhammad. Lentement, le père de Fatima retrouva une stabilité financière en tant que marchand. Fatima grandissait et rêvait davantage ; son souhait était que Fès soit un centre de savoir où les connaissances de l’Orient et de l’Occident se rencontreraient. Elle nourrissait également le rêve de correspondre avec Al-Kindi, l’un des plus grands philosophes arabes, et grâce à sa persévérance, elle parvint à échanger des lettres avec lui.

Fatima al-Fihri épousera Chams, un riche jeune homme qui soutenait ses ambitions intellectuelles. Ensemble, ils partagèrent une vie de bonheur jusqu’à la mort prématurée de Chams, laissant Fatima avec une fortune considérable et deux garçons. Elle les éleva dans l’amour de la connaissance, mais cette même passion les éloignera d’elle, car ses fils rêvaient à leur tour de se rendre à Bagdad, de s’immerger dans les sciences et de rencontrer les éminents savants de l’époque.

Bien que profondément attristée, elle décida de réaliser son rêve de créer une université. En 859, avec l’aide de sa sœur, elle investit dans un quartier entier de Fès et entreprit la construction de l’Université de Karaouine. Sa sœur finança la construction de la mosquée andalouse, et la ville de Fès devint un véritable carrefour culturel et intellectuel, échangeant entre musulmans, chrétiens et juifs.

Fatima, aussi surnommée Oum Al-Banine (ce qui veut dire “mère des enfants” en Arabe), consacra sa vie à la bienfaisance, libérant des esclaves et versant des bourses incessantes aux étudiants. La ville de Fès, grâce à son influence, devint un centre de savoir renommé. Cependant, la perte de son père et de sa sœur la plongea dans une profonde tristesse. Mais elle continua à se dévouer à sa mission, convaincue que Fès devait rivaliser avec la Maison de la Sagesse de Bagdad.

En vieillissant, elle décida de réaliser son pèlerinage à La Mecque. Une fois installée dans sa tente, elle crut reconnaître Chams, son défunt époux ; il avait la même démarche, la même corpulence, le même visage. Elle hallucinait. En sortant de sa tente, elle se rendit compte que c’était son fils, portant une ressemblance frappante à son père. Après des années de séparation, ils se retrouvèrent, mais Fatima sentait ses forces décliner.

Sur le chemin du retour, elle souhaita revoir Kairouan, mais les douloureux souvenirs l’en dissuadèrent. Elle demanda alors de retourner à Fès, où elle s’éteignit en hiver 880, après un dernier regard porté sur la montagne vue depuis la ville qu’elle avait tant aimée. Toutes les petites ruelles menaient à cette grande université qu’elle avait construite, et elle rayonnait désormais au cœur de Fès, cette terre aimante et accueillante.

Aujourd’hui, l’Université de Karaouine, fondée en 859, demeure un symbole de l’engagement de Fatima al-Fihri pour l’éducation et le savoir. Son histoire inspire des générations, rappelant que même en temps de crise, la détermination et la foi peuvent bâtir des institutions durables et respectées mondialement. Fatima al-Fihri était visionnaire et avait de grandes ambitions ; elle n’hésitait pas à rêver grand et par la grâce du Créateur, elle y est parvenue… Et vous, quel est votre projet de vie ?

Hana Elakrouchi

Où sont passées nos femmes ?

Pour que la population se renouvelle d’elle-même, on estime qu’une femme belge (et européenne) doit donner naissance à au moins 2.2 enfants, sans quoi on assisterait à un déclin de la population belge (et européenne) si des mesures ne sont pas prises pour contrer cet effet.

En 2011, la moyenne de naissance par femme belge (européenne) était de 1.8 enfants contre 1.5 (1.4) en 2022.

En Belgique (et en Europe) on assiste à une diminution du taux de natalité plutôt qu’une augmentation.

Entre 2011 et 2021, la Belgique connait une diminution de 11.6% du nombre d’enfants par femme.

Au sein même de l’Union européenne, nous constatons des disparités très importantes.

Qu’est ce qui justifie cette diminution ? 

La terre compte 8 milliards d’êtres humains dont 49.6% d’hommes et 50.4% de femmes.

Et si la Femme ne constitue que la moitié de la population mondiale, il n’en reste pas moins que c’est bien cette même moitié qui donne naissance à l’autre. La Femme joue clairement un rôle essentiel et primordial dans cet objectif.

Elle représente donc directement ou indirectement les 100% de la population mondiale.

Ainsi, pour comprendre cette diminution du taux de natalité, il faudrait analyser l’évolution du statut de la Femme dans les sociétés, ses relations avec le sexe opposée, ses considérations au travail et l’évolution de ses aspirations. 

Le concept de féminisme a profondément changé ces derniers siècles.

En effet, la place qu’occupe la Femme aujourd’hui peut nous éclairer sur la diminution du nombre de naissance. On peut citer quelques facteurs (d’une liste non exhaustive) de cette évolution :

  1. Introduction de la pilule (1956) : La pilule permet à la femme de mieux réguler ses règles et de contrôler ses grossesses. La contraception a joué un rôle dans la diminution du taux de fécondité (à distinguer du taux de natalité, car toutes les grossesses ne donnent pas naissance à un bébé viable).
  2. Autorisation de l’avortement : L’interruption de grossesse ne favorise pas les naissances.
  3. Émancipation de la femme et égalité homme/femme : La femme investit le monde du travail et a moins de temps à consacrer à la famille. Aujourd’hui, en Belgique, deux salaires sont souvent nécessaires pour vivre décemment.
  4. Confiance et affirmation : La femme ose s’affirmer dans ses relations matrimoniales et demander le divorce, ce qui a conduit à une augmentation des divorces et une diminution des naissances.
  5. Le coût de l’éducation (et donc d’un enfant) : Le coût élevé de l’éducation peut dissuader certains d’avoir des enfants ;
  6. L’augmentation des perturbateurs endocriniens :  sont des substances chimiques qui peuvent interférer avec le système hormonal des organismes vivants. Ces substances sont présentes dans de nombreux produits de la vie quotidienne, y compris les plastiques, les pesticides, les produits de soin personnel et les produits ménagers. Les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets néfastes sur la santé humaine, notamment en influençant la fertilité et le développement reproductif. Les perturbateurs endocriniens peuvent affecter la fertilité en perturbant la production et la régulation des hormones sexuelles telles que les œstrogènes et la testostérone. Chez les femmes, cela peut entraîner des troubles de l’ovulation, des cycles menstruels irréguliers et une diminution de la qualité des ovules. Chez les hommes, ces substances peuvent réduire la production de spermatozoïdes, altérer leur motilité et augmenter le risque de malformations des spermatozoïdes. L’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse peut avoir des effets à long terme sur le développement du fœtus. Des études ont montré que ces substances peuvent entraîner des anomalies du développement sexuel, des malformations congénitales et une susceptibilité accrue à certaines maladies plus tard dans la vie. Par exemple, l’exposition à certains phtalates et bisphénols est associée à des modifications du développement des organes reproducteurs chez le fœtus.
  7. La perception de notre monde s’est dégradée : certains souhaiteraient avoir des enfants mais sont réticents d’en avoir dans un monde où le changement climatique et la surpopulation prennent de plus en plus de place dans les débats publics.
  8. Le transhumanisme : ce courant qui paradoxalement vise à terme « vaincre » la mort.

Chaque point, évoqué ci-dessus, mériterait qu’on lui consacre un sujet à lui seul.

Cependant, on peut se demander si tous ces facteurs font partie d’un plan délibéré pour réduire la population mondiale. Et si ces 9 points étaient en réalité des solutions au problème de la surpopulation plutôt que des obstacles à l’augmentation du taux de natalité ? Est-il exagéré de penser que des maladies comme le Corona, ou des distractions comme Netflix, visent à contrôler la population ? Des guerres créées pour réduire la population, et des réformes éducatives pour influencer les jeunes (comme le plan Evras), sont-elles des instruments de ce plan ?

Et si Davos, rassemblant les 1% privilégiés, était au cœur de ce plan ?

Et pourtant, jadis, un homme, le meilleur de l’Humanité et de tous les temps a mis en garde dans son dernier sermon sur l’importance de la sacralité de la vie et des biens, de la justice, de l’abandon de l’usure et de la place de la Femme… 

C’est ainsi qu’on comprend mieux pourquoi le Muslim bashing prend de plus en plus de l’importance dans une société qui se recherche et ne sait plus quelle direction prendre. Il faut travestir la Vérité.

L’importance de son message, la clairvoyance de ce testament raisonne encore aujourd’hui. Et si l’humanité avait appliqué ses conseils?

Nelm