Génération Z 212

Un vent de révolution populaire souffle sur le Royaume Chérifien, après le Népal, les Philippines ou le Sri Lanka, plus rien ne semble aujourd’hui épargné le Maroc de la révolte du mouvement « Gen Z », qui embrase le pays.

Qui est la génération Z ?

Nés entre 1997 et 2012, ces jeunes se soulèvent un peu partout dans le monde afin de revendiquer davantage de droits sociaux, d’accès aux soins et à la scolarité. Dans les pays asiatiques, entre 1990 et 2010, la jeunesse est sortie dans les rues pour détrôner les élites politiques corrompues.

En septembre 2025, c’est au tour du Népal, suivi des Philippines et dernièrement à Madagascar et au Maroc. Cette vague de colère porte les mêmes revendications de justice sociale avec une diffusion numérique via les réseaux sociaux.

Le Collectif de jeunes marocain « Gen Z 212 »

« 212 », en clin d’œil pour le préfixe téléphonique du pays, ce mouvement de jeunesse sans affiliation politique s’est organisé sur le réseau « discord ». Il revendique « un espace de discussion » sur des questions comme «la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption ». Il affirme agir par « amour de la patrie et du roi », dans un pays où les inégalités sociales sont autant publiques que privées sur l’ensemble du territoire. « Nous demandons la dissolution du gouvernement actuel pour son échec à protéger les droits constitutionnels des Marocains et à répondre à leurs revendications sociales », a déclaré Gen Z 212 dans un communiqué adressé au roi du Maroc, Mohammed VI.

Agadir :  décès successif de plusieurs femmes admises pour césariennes

Mi-septembre dans plusieurs villes, des manifestations sociales ont eu lieu après le décès à l’hôpital public d’Agadir de huit femmes enceintes admises pour césariennes en l’espace d’un mois. La population est sous le choc, elle exprime son désarroi face à des soins de santé qui ne sont pas à la hauteur d’un pays tel que le Maroc.

La Coupe d’Afrique et la Coupe du monde, l’étincelle qui met le feu au poudre…

Le Maroc a mis tout mis en œuvre pour le développement de nouvelles infrastructures (stades flambants neufs, modernisation des de plusieurs aéroports,) afin d’accueillir la future coupe d’Afrique et la Co-organisation de la Coupe Du Monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. La jeunesse est interpellée : « Nous voulons des hôpitaux pas seulement des stades » ont répété des jeunes à Rabat lors des rassemblements, ceci étant devenu presque le slogan depuis le début de la mobilisation. Plusieurs villes se sont soulevés au départ pacifiquement comme Casablanca et Agadir, tenant toutes le même discours.  

Après une semaine de manifestation,  le début de l’escalade

Les manifestations, qui ne sont pas interdites au Maroc, doivent néanmoins faire l’objet d’une permission et être encadré par un syndicat. Ce qui ne fut pas le cas des manifestions de revendication de « GEN Z212 ». Depuis le début de cette vague, les chiffres officiels parlent de 400 arrestations et 3 morts à déplorer. Les manifestions pacifiques font place à des scènes plus violentes de casses et heurs, les tensions sont profondes et aucune accalmie ne se projette à l’horizon.

Comme un sentiment de déjà vu, Le printemps arabe 2011

En décembre 2010, de nombreuses contestations sont nées dans de nombreux pays arabes. Cette expression de « Printemps arabe » fait référence au « Printemps des peuples » de 1848 auquel il a été comparé, tout comme le Printemps de Prague en 1968. Dans ces mouvements de révolutions, les réseaux sociaux (facebook, twitter,..) ont joué un rôle important.

On retiendra comme élément déclencheur la révolution tunisienne qui fera quitter Ben Ali Zine el Abidine du pouvoir. D’autres peuples arabes suivront, notamment la révolution égyptienne avec la démission de Hosni Mobarak et la guerre civile en Lybie entre les forces fidèles au régime de Kadhafi et les insurgés soutenus par l’ONU. En Syrie, la répression exercée par le régime de Bachar el-Assad causait alors des milliers de morts…

Pendant toute l’année 2011, quasi la totalité des États arabes connaissent des mouvements de contestations plus ou moins importants. Au niveau mondial, le bouleversement de cette région est suivi avec un intérêt tout particulier du fait des enjeux pétroliers.

Les principales causes et revendications de ce printemps arabe présentent des similitudes et des différences avec le mouvement GEN Z 212, il a une forte dimension sociale et dénonçait le manque de libertés individuelles et publiques, la corruption, le chômage, la misère, le coût de la vie élevé ainsi qu’un besoin de démocratie. Cette vague révolutionnaire est comparée à divers moments historiques, comme le Printemps des peuples de 1848, la chute du rideau de fer en 1989 ou encore le Risorgimento italien. 

La révolution du Rif, prémices du cri du peuple marocain

En octobre 2016, Mouhcine Fikri décède après être littéralement broyé dans une benne à ordure suite à la confiscation de sa marchandise de poisson par la police dans la ville d’Al Hoceima dans le Rif marocain. La région du Rif sera alors le théâtre de manifestations ininterrompues pendant plus de 10 mois, le mouvement du Hirak naît afin de dénoncer la corruption et la marginalisation économique et sociale du Nord Est du Maroc, largement diffusée sur le réseau social Facebook live. 

En avril 2019, une quarantaine de manifestants sont condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison pour le leader du mouvement Nacer Zefzafi. Contrairement au mouvement GENZ 212 , le Hirak ne cible pas une tranche d’âge de la population ni une région, mais ont en commun pour revendications plus d’équité sociale, d’accessibilité aux soins et  l’enseignement pour tous et  ainsi que l’arrêt de la corruption.

L’islam et la réforme 

« Certes Allah ne modifie pas l’état d’un peuple tant que les individus qui le composent ne changent pas d’eux-mêmes ce qu’il y a en eux ». sourate Ar Ra’d n°13 verset 11.

D’après Malik Ibn Dinar, Al Hassan Al Basri a dit : « Certes Al Hajjaj (1) est une punition d’Allah. N’accueillez pas la punition d’Allah avec l’épée (2) mais plutôt avec le repentir, la supplication et la soumission. Repentez-vous et vous serez débarrassé de lui ». (Rapporté par Ibn Abi Dounia dans Kitab Al ‘Ouqoubat 
L’islam et l’éthique 

L’islam a établi un code moral pour les interactions sociales qui doivent être fondées sur les valeurs de vérité, de confiance, de justice, de bienfaisance et de miséricorde. Il n’y a donc pas de dissociation entre l’éthique, la politique, l’économie.  Ainsi la vie en société et la gestion politique sont fondés sur le socle commun de la croyance au Tawhid basé sur le Coran et la Sunna. Citoyens et dirigeants y retrouvent tous les aspects de la vie afin de mettre en application des lois équitables et les bases pour vivre dans une société juste et égalitaire.

 « Dieu commande la justice, la vertu et la bienveillance envers ses proches. Il interdit toute forme d’immoralité, de méchanceté et de transgressionIl vous avertit afin que vous soyez attentifs ».  sourate 16 verset 90 . 

Le prophète Sws un modèle pour les dirigeants

véritable dirigeant juste, empli de compassion et de miséricorde, il a fait preuve de patience  dans son rôle important de diffusion du message. Il est un modèle de miséricorde et de bonté et de justice par excellence. Sa sunna et sa sira doivent inspirer chacun d’entre nous pour atteindre le meilleur des comportements.

« Il a été tout à la fois révélateur d’une religion, organisateur d’un peuple, le fondateur d’un empire, qui a subjugué avec une rapidité merveilleuse une immense partie de la terre. Sans parler du poète, il a été tout ensemble prophète, législateur et conquérant. Dans les annales humaines, il est le seul à avoir revêtu ces trois caractères éminents » Barthélémy Saint Hilaire

Autre modèle d’inspiration, le Calife Omar Ibn Khattab

 Surnommé Al Farouq : celui qui distingue le bien du mal, Omar Ibn Khattab était un dirigeant juste. Il a instauré le système des allocations familiales avant même que celles-ci n’existent dans notre société occidentale. Il administrait les biens du trésor public de manière minutieuse, il les redistribuait avec justice, contrôlait personnellement le travail de ses gouverneurs et les limogeait sans hésitation s’ils fautaient ou manquaient à leurs obligations

Pour conclure

Le Maroc est un pays en plein essor économique et doit faire face à de nombreux défis pour lutter contre les inégalités sociales et en matière de santé. Il doit investir dans l’éducation et la jeunesse, futurs adultes afin d’avoir un pays qui rencontrent toutes ses ambitions.

L’islam est la seule religion à bénéficier d’un statut institutionnel officiel dans la constitution marocaine, le roi du Maroc, ayant le titre de Commandeur des croyants, est le garant du libre exercice des cultes et veille au respect de l’Islam. Les concepts de la religion islamique sont des ressources et des bases pour construire une société juste et équilibrée et afin de relever les défis et enjeux de demain tant pour les dirigeants que pour le peuple.

La Gen Z 212 met la monarchie face à un défi inédit : répondre à des demandes sociales et politiques radicales sans fragiliser son propre rôle de dirigeant.

Trois directions possibles :

  • Soit la réforme avec une restructuration et des mesures sociales urgentes avec des moyens de contrôles en toute transparence.
  • Soit un durcissement sécuritaire avec des annonces politiques aboutissant à un apaisement provisoire.
  • Ou une structuration politique du mouvement genZ qui deviendrait un acteur politique afin de bousculer l’équilibre partisan

Le pays ne pourra pas se relever de cette révolte sans écouter ces cris du cœur. 

Je finirais par ces citations : 

« Une émeute est le langage de ceux qui ne sont pas entendus » Martin Luther King

« Ce n’est pas seulement par la force des choses que s’accomplira la révolution sociale, c’est par la force des hommes, par l’énergie des consciences et des volontés » Jean Jaures

J.K.

Quand la nature humaine s’efface derrière les écrans

Contempler le monde avec sagesse

Mon cœur éveillé examine le monde. Chaque souffle que je prends, chaque son que j’écoute, chaque rencontre que je vis devient une expérience précieuse à mon évolution. Dans ce monde multiple, chaque élément et chaque être conservent leur singularité ; et c’est dans cette singularité que réside la richesse du vivant. Je contemple la métamorphose du monde, même lorsque la nature se raréfie au milieu des villes. Je ressens les saisons et leur influence subtile sur les êtres. Je contemple la perfection du cycle de la vie. J’admire la création des cieux et de la terre, des vents et des mers. Je m’émerveille des aurores et des couchers de soleil, de la lune et des étoiles qui illuminent la nuit. La nature détient des trésors qu’aucune invention ne peut imiter ni dépasser.

Regard sur la nature et le progrès

À l’aube des innovations technologiques et numériques, nous redéfinissons notre rapport au monde et à nous-mêmes. Tandis que le monde applaudit les progrès du numérique, je demeure fascinée par la puissance cognitive et créative des hommes. Avant d’innover, ces êtres intelligents commencent toujours par observer attentivement le monde, en percevant ses forces, ses faiblesses, ses besoins et ses opportunités. Leur curiosité, sans cesse renouvelée, les pousse à explorer l’inconnu. Ils analysent les phénomènes, réfléchissent et imaginent des solutions inédites. Peu à peu, ces idées se transforment en innovations, en découvertes, en progrès qui transforment notre réalité. Certes, les découvertes technologiques sont remarquables, mais le processus même de l’innovation par l’homme l’est encore davantage.
L’homme est un miracle vivant, créé par Allah soubhana wa ta’ala : son anatomie, sa physiologie, ses interactions biochimiques invisibles et continues, ses systèmes vitaux ainsi que sa capacité exceptionnelle à naître, croître, se réparer, s’adapter et fonctionner reposent sur une organisation biologique d’une précision extraordinaire. Chaque cellule de notre corps est programmée pour un rôle précis et se renouvelle afin de nous maintenir en vie sans que nous levions le petit doigt. À cela s’ajoutent toutes les dispositions cognitives et sensorielles qui façonnent notre perception, notre pensée et notre comportement. Allâhou akbar, que de bienfaits sublimes !

La nature première des hommes

Depuis l’aube de l’humanité, les hommes luttent pour survivre, s’appuyant sur des compétences essentielles, telles que se protéger, se nourrir, s’hydrater, repérer les ressources et les dangers, s’orienter, respecter les équilibres écologiques et prodiguer des soins de base, tout en s’adaptant aux conditions du milieu et aux imprévus. La transmission de ces expériences de survie de génération en génération leur permettait de mieux comprendre leur environnement tout en tissant des liens sociaux. Ce processus d’apprentissage collectif renforçait la cohésion du groupe, car il reposait sur l’entraide et la communication. Ainsi, en même temps qu’ils acquéraient des compétences vitales, les individus développaient des liens sociaux solides et indispensables à la survie et à la prospérité de l’humanité.

Le prix caché du progrès

En 2025, notre mode de vie a profondément changé : nous avons gagné en technologie et en confort, mais perdu en interactions sociales. Nous avons progressivement laissé s’effacer les savoirs liés au monde naturel, pour nous tourner vers des activités secondaires de divertissement, comme celles du numérique — réseaux sociaux, jeux vidéo ou streaming.
Inutile de citer des chiffres pour attester que les écrans fragilisent nos esprits et nos liens. Les signes sont déjà visibles dans nos vies, dans nos proches, dans les conversations qui s’éteignent et les silences qui s’allongent. Nous sommes déjà témoins des dégâts que provoque ce monde hyperconnecté. Ces distractions agissent comme un voile invisible qui capte notre attention, nous éloignant du moment présent, de nos devoirs et de nos interactions réelles, nous faisant dériver dans un courant incessant d’informations et de stimulations artificielles. Cette distraction délétère engendre l’isolement progressif des hommes, fragilise le tissu social et détériore peu à peu la qualité des relations humaines. La technologie n’est un véritable progrès que si les savoirs fondamentaux sont transmis et les liens sociaux préservés.

Reconnaître les dérives pour retrouver l’équilibre

L’homme est incontestablement un être bio-psycho-socio-culturel. Ce n’est qu’en interagissant avec son environnement et avec ses semblables qu’il pourra évoluer, grandir et se construire pleinement. Les neurosciences confirment que notre cerveau doit être stimulé tout au long de la vie. La neuroplasticité, cette capacité du cerveau à se remodeler et à créer de nouveaux chemins, s’épanouit grâce aux activités physiques, intellectuelles et sociales. Marcher, lire, apprendre, peindre ou jouer stimulent l’esprit, tandis qu’échanger, débattre et collaborer élargissent notre regard et affinent notre intelligence. À l’inverse, l’absence de ces stimulations entraîne un déclin cognitif et l’affaiblissement progressif du tissu social. Ce constat nous pousse à nous arrêter et à réfléchir au devenir de l’humanité. Ce monde nouveau, fascinant et complexe, nous confronte à nos choix, à nos responsabilités et à notre relation à la vie.

Renouer avec notre nature première

Renouons avec notre équilibre vital, en cultivant le mouvement, la curiosité, la créativité et les liens humains. Prenons le temps de vivre ensemble, de nous observer et de nous comprendre ; discutons, nourrissons notre esprit, marchons, courons et vivons pleinement. Osons des expériences nouvelles pour maintenir notre esprit dans le monde des vivants, car notre véritable devoir est de préserver ce miracle qu’est l’humanité. Continuons d’affronter nos défis, de partager nos joies, nos peurs et nos tristesses. Souvenons-nous enfin que la technologie doit rester un outil au service de l’homme, et non un instrument qui le dénature.

E.F.

Santé, quand tu t’en vas

La santé est de loin – de très loin même – un des éléments les plus importants de la vie. On peut être riche comme Crésus, être marié à une perle rare, avoir des enfants exemplaires, habiter une villa de rêve, exercer un métier dans lequel on se sent épanoui, … mais si on n’a pas la santé, à quoi bon toutes ces choses? Comment en profiter pleinement si un problème de santé survient inopinément, nous affaiblissant et nous isolant ?

Il y a quelques années, je suis tombée malade et, j’aurais pu – si telle avait été la volonté d’Allah ﷻ ne plus être là aujourd’hui, assise devant mon écran d’ordinateur à partager avec vous ma douloureuse expérience.

Je ne me suis jamais sentie aussi seule que face à la maladie. Mon époux, mes enfants, ma nombreuse famille, rien ne parvenait à combler ce vide profond. C’est naturel, au fil du temps, la vie reprend ses droits. Les proches tourne la page … mais le malade, lui, porte sa souffrance jour après jour. Désormais, elle fait partie de lui.

Allongée sur le canapé face à la fenêtre, je scrutais le ciel à la recherche d’un signe. Lequel ? Je ne sais pas vraiment … Peut-être un message d’Allah ﷻ qui me dirait : « Ne t’inquiète pas, tu vas guérir, tu vas t’en sortir ! Je suis là, je ne t’abandonnerai pas.» Un rayon de soleil, un nuage à la forme insolite, tout était pour moi signe d’espoir en des jours plus doux.

J’aimerais, pour un bref instant de bonheur, de joie, oublier le mal qui m’avait touchée. Je voudrais fermer les yeux et me réveiller dans quelques mois quand la maladie aura disparu.

Pourquoi ai-je été aussi négligente avec ma santé ? Pourquoi m’être oubliée ? Certes, j’avais des responsabilités envers les miens mais penser un peu à soi n’est pas un crime. Non, ce n’est pas un crime : c’est vital !

Pour la première fois, je prends conscience que c’est lorsque cette santé si précieuse vient à décliner que l’on réalise à quelle point elle est essentielle.

Je ne suis pas une superwoman. Je ne peux pas être à dix endroits à la fois, je n’ai que deux mains. Dès lors, pourquoi me mettre autant de pression ? Pourquoi vouloir être sur tous les fronts ? En tant que femme, épouse, mère, sœur, fille, je fais ce que je peux. A l’impossible, nul n’est tenu alors pourquoi me culpabiliser si, parfois, je n’y arrive pas ? Quoi que je fasse, je n’atteindrai jamais cette perfection qui, de toute façon, n’existe pas.

Désormais, j’apprends à accepter mes limites, à m’accorder du temps – un autre précieux trésor.

Enfin, je commence à comprendre que prendre soin de soi n’est pas de l’égoïsme mais une absolue nécessité. Si je suis bien dans mon corps et dans ma tête, mes proches auront tout à y gagner.

Quand un mal vient à me toucher, il y a, sans aucun doute, une raison dont seul Allah ﷻ a l’omniscience. Au lieu de me morfondre, de désespérer, je profite de ce moment de faiblesse pour méditer sur ma vie. Cette épreuve n’est pas là par hasard, d’une manière ou d’une autre, elle va me permettre de me réformer – si besoin est -, à m’élever spirituellement et, plus important, me rapprocher de mon Créateur.

L’épreuve passée, je n’oublie surtout pas de remercier Allah ﷻ de m’offrir l’opportunité de revenir à Lui, de devenir une meilleure version de moi-même. Je le supplie de pardonner mes nombreux manquements, mes fautes. Je lui quémande de préserver ma santé.ﷻ

Chaque jour qui se lève est une grâce d’Allah. Pour chaque souffle, chaque bouchée de pain, chaque gorgée d’eau, chaque mot qui nait de ma plume, chaque phrase qui nourrit mon esprit, je suis emplie de gratitude.

Mon heure n’a pas encore sonné et – malgré quelques bobos de temps en temps – je suis là, en bonne santé, alhamdoulillah. J’ai revu mes exigences à la baisse et fait le tri dans mes priorités. Mon habitation ne ressemble pas à une maison témoin, parfois, les vêtements à repasser débordent de la panière mais, est-ce vraiment important ?…

F.

Savourer le temps qui passe

Aujourd’hui, on a beaucoup de mal à être dans l’instant présent, à l’habiter. Pourquoi ?
Parce qu’on est impatient. Parce qu’on veut tout le temps être dans la prédiction, dans le contrôle.

La façon dont je conçois cette idée de temps qui passe façonne ma manière de le vivre. Face à cette puissance du temps, nous avons oublié une valeur bien nécessaire pour apprendre à le traverser dans l’apaisement : l’humilité.

La posture de l’humilité

Nous sommes dans une société qui nous pousse à contrôler ce temps, à rechercher la posture de la toute-puissance. Une sorte de possession avide d’avoir une mainmise sur tout. Puisqu’aujourd’hui, la vision sociétale nous rappelle à quel point l’être humain se suffit à lui-même. Et par plein de manières, que ce soit par la médecine pour rajeunir, que ce soit par le « transhumanisme » pour s’augmenter, que ce soit par le fait de pouvoir décider le jour, l’heure, le lieu et la manière de mourir. En clair, on veut pouvoir contrôler tout le processus « humain » de nos vies : contrôler notre corps, allonger notre temps pour vraiment en avoir la maîtrise jusqu’au bout.

Cette posture d’humilité face au temps qui passe nous apporte des choses intéressantes quand on s’y installe, quand on le regarde passer en quelque sorte. Est-ce une action passive de la fuite du temps ? C’est bien plus vertueux que cela, car il n’y a rien d’inerte dans ce temps, mais plutôt une dynamique.

La perspective de laisser le temps s’occuper de nous et d’arrêter de vouloir le remplir à tout prix apporte des choses palpitantes, attachantes : des moments de bien-être, des instants de méditation, des liens avec les autres, des revivifications des cœurs, des apaisements spirituels, des émotions agréables, des introspections utiles…

Mais, pour cela, la condition pour l’estimer reste la posture de l’humilité. Car, au fond, on ne peut pas tout provoquer, déclencher, projeter. Concrètement, on peut essayer de s’extraire du passé en provoquant une rupture avec ce qui vient d’arriver et ne pas songer à ce qui aura lieu, en déployant une énergie psychologique ou spirituelle ; car la réalité est qu’on ne peut jamais prévoir l’avenir.

Tout est-il vraiment éphémère ?

Vivre « carpe diem », c’est-à-dire vivre comme si nous étions immortels, est une forme de fuite en avant face au temps qui passe. On le voit aujourd’hui, à travers tout le divertissement qui nous est proposé. Fuir d’une certaine manière ce temps qui passe est une proposition très alléchante pour l’être humain qui a envie de fuir l’idée de la mort.

Pourtant, de temps en temps, on a besoin de repenser à cette notion de limite, de fin, de mort. Parce que cela peut être une façon d’évaluer la qualité de ce qu’on fait. Avoir conscience qu’on a un temps limité, que la mort existe, cela peut propulser en nous une réflexion sur le champ des possibles. Il est clair qu’on ne peut pas tous les prendre et tout explorer, mais on se dirige vers ce que nous estimons potentiel pour nous, pour notre vie.

On a une grande responsabilité par rapport au temps, le fait d’être mortel nous recentre sur le fait de faire des choix à un moment donné. C’est pourquoi la façon dont on va occuper notre temps va construire, ou pas, qui on va devenir. Et la manière dont on gère notre temps dépend du sens qu’on donne à la vie.

Faut-il rentabiliser le temps qui passe ?

Une chose est sûre : ne laissons pas voler notre temps parce que c’est un bien extrêmement précieux. On ne peut pas le rentabiliser à coup sûr et à tout moment, comme on ne peut pas tout le temps le contrôler, le compter, le grillager avec notre emploi du temps et nos activités.

La frénésie de tout capter

Pour ces moments de bonheur que l’on regarde déjà avec nostalgie parce que l’on sait qu’ils vont bientôt finir, nous avons trouvé une parade : on filme tout ou on photographie tout.

En effet, des millions de personnes prennent des photos lors d’événements, dans les rues, comme si on avait une frénésie de tout capturer, de tout figer. On s’interroge sur cette manière qu’on a de vouloir s’approprier le temps pour ne pas qu’il nous échappe. La photo ou la vidéo devient un dépôt de souvenirs afin d’absorber les scènes et de les garder « éternellement » : une sorte de contrôle sur le temps qui passe. Mais c’est un leurre de vouloir en abuser à tout moment, car nous mettons, en quelque sorte, un filtre qui nous déjoue de l’événement, qui met une certaine distance entre nous et nos émotions.

Finalement, reconnaître notre impuissance n’est que le seul moyen de vivre paisiblement le temps présent.

De plus, vieillir, en tout cas mûrir, grandir, se construire, c’est construire sa puissance. La vie, c’est aussi, de temps en temps, faire le deuil de sa puissance, d’un corps qu’on n’aura plus, de possibilités ou de potentialités qu’on ne peut plus honorer en vieillissant. Vieillir, c’est ça : se détacher de sa vie, de son narcissisme, de sa puissance pour accepter d’aimer la vie en général, la vie des autres et un peu moins la sienne et sa puissance.

En somme, organisons-nous pour savourer le temps qui passe !

Najoua

Vivre chaque jour comme si c’était le …premier

La rentrée est là !
Quand on parle de rentrée, on pense bien sûr à l’école. Cette année encore, elle nous rappelle à quel point le temps file à grande vitesse. Et voilà que nous nous interrogeons sur notre rapport à la temporalité.

En effet, une prise de conscience s’est peu à peu infiltrée dans mes pensées lors de la rentrée scolaire de mon enfant. Comme tout parent, très souvent, nous les accompagnons dans leurs futures classes ou établissements éducatifs. La cour de l’école se remplit rapidement et des bribes de conversations s’invitent à l’atmosphère d’une nouvelle année académique.

Habituellement, ces ambiances m’ont toujours plu, et c’est avec joie et plaisir que j’emmène mes enfants pour leurs débuts. Cependant, contre toute attente, je me surprends à me décentrer de la scène du « premier jour d’école » et à ressentir une forme de tristesse en me disant que « ces choses-là » passent trop vite. Comment faire pour profiter, pour suspendre le temps ? Même s’il y aura encore d’autres événements, ce moment ne sera pas forcément identique. La vie passe, et c’est dans ce summum de joie que je plonge dans la tristesse de la nostalgie. Alors, je m’interroge.

Le temps irréversible

Ces dernières fois qui n’existeront plus font partie d’une longue liste de tout ce qui est une ultime fois dans nos vies. La peur du temps qui passe, la nostalgie du présent, nous l’avons tous ressentie, et certainement nous continuerons à la ressentir.

Accepter le temps qui passe, c’est accepter une forme de puissance et de violence, de souffrance parfois. Le temps nous fait traverser des émotions comme la tristesse, le chagrin, la peur, mais aussi la colère. Ces troubles ambivalents sont légitimes et sains. Car les refouler, les nier, les éviter n’est pas la manière « raisonnable » de les traverser. Lorsqu’elles s’emmagasinent, elles font mal au corps et à l’esprit : ce sont des « chaînes » que nous nous imposons de porter durant toute notre vie.

Alors, à la question : « Si je pouvais remonter le temps, où retournerais-je ? », que répondons-nous ?

Certes, il existe de nombreux types de nostalgie. Par exemple, celle de l’enfance ou d’une période heureuse de sa vie qu’on matérialise dans notre mémoire parce que le présent est un peu triste, décevant, inquiétant pour le futur. Donc, il y a des périodes de sa vie qu’on idéalise, qu’on a envie de revisiter. Parfois, il y a une nostalgie heureuse qui surgit complètement, de façon fortuite : des sensations, des odeurs, des voix, un quartier, une maison, un lieu qui fait remonter énormément de souvenirs, souvent joyeux, agréables.

Par contre, ici on parlera de la nostalgie du présent. Une nostalgie qui est liée à la conscience que chaque instant qui passe est premier et dernier, que le temps file et que ce qu’on est en train de vivre est déjà en train de finir avec le présent. Est-ce angoissant ? Oui, car on a l’impression de ne pas pouvoir capter, de garder et d’être toujours dépassé par le temps. Et puis, à peine il est là, on en profite peu car il est déjà terminé.

Vivre les jours comme si c’était les derniers

On entend souvent : « Sois investi dans ce moment », « Ne le laisse pas passer », « Profite tant que tu peux ». Oui, mais comment profiter ? Comment s’installer dans le présent ? Et « profiter », ça veut dire quoi exactement ?

C’est pour cela que cette injonction de « Profiter de chaque jour comme si c’était le dernier ! » rend cette perspective très inquiétante, angoissante. Car le fait de « profiter » nous rappelle à notre conscience que le temps passe vite, que le moment a lieu une fois, qu’on ne peut remonter le temps, que les choses les plus belles (même si on peut réitérer un nouvel événement, des vacances avec des amis, des fêtes de famille ou retourner dans un pays d’origine, …) ne seront jamais identiques.

Derrière cette injonction à la fois philosophique et sociale, l’idée principale est d’interpeller l’être humain sur sa fin, et ainsi il pourra beaucoup plus savourer, donner du relief à sa vie, de l’intensité, et tout cela va le rendre plus joyeux, plus gai.

C’est angoissant car cela nous rend complètement otages d’un budget temporel.
Effectivement, si j’ai trop conscience du temps qui va passer et qu’il faut en profiter, alors je suis déjà en train de fracturer mon bonheur. Et si je suis trop insouciante, peut-être que je vais passer à côté de cette conscience du temps et ne pas être investie dans la maximisation de mon ravissement. Et donc ne pas avoir assez profité.

Eh bien, on pourrait définir cette idée de « profiter » ainsi : savoir gérer son temps, dans un jeu d’équilibre entre conscience du temps et insouciance du temps.

Le principe serait d’apprendre à ressentir de la joie face au fait que chaque instant est unique, et à ne pas être dans un rapport comptable au temps, c’est-à-dire arrêter de penser sans arrêt que mon temps est à chaque instant limité, qu’il faut compter les fois qui passent, les optimiser à fond : habiter le présent, en quelque sorte. Cultiver une conscience intellectuelle et une énergie psychologique de vivre ce qui est, sans le prévoir ou le projeter.

La fausse croyance la plus répandue sur le temps qui passe est que le temps détruit tout, qu’il est une puissance d’érosion, d’usure. Par exemple, en amour, le temps qui passe est un ennemi car il ne peut qu’abîmer, altérer la relation de couple. L’idée reçue qu’on mène une lutte contre lui est très répandue de nos jours. Alors que, par définition, le temps est une puissance d’opportunité ; c’est-à-dire qu’à chaque moment, même infime, il y a toujours des petites différences, des petites choses qui accompagnent le moment, des choses encore à découvrir.

Mais pourquoi, aujourd’hui, a-t-on tant de mal à habiter le présent ?

Najoua

En mode vacances

Si je vous dis « vacances », à quoi pensez-vous ?

Soleil, plage, allongé sur un transat, une boisson fraîche à la main, les doigts de pied en éventail, et surtout… l’odeur iodée de la mer et le bercement des vagues en arrière-plan. Se prélasser sans se soucier de quoi que ce soit, voilà le schéma parfait pour des vacances réussies.

C’est cliché, me direz-vous ?! Du moins, dans l’imaginaire collectif, c’est l’idée même que nous nous faisons des vacances.

Et pourtant, à l’origine, les « vacances » dans l’histoire occidentale n’étaient pas liées au farniente. Au contraire, c’était un temps de labeur[^1].

Et en tant que croyant, que dit l’islam sur cette notion de vacances ?

Que dit l’islam ?

L’islam définit plutôt la notion de temps libre, de repos et de voyage.

« Il existe deux bienfaits au sujet desquels beaucoup de gens sont trompés : la bonne santé et le temps libre. »[^2]

Ce que nous comprenons de ce hadith, c’est que parmi les bienfaits que Dieu accorde à l’être humain (et que l’on n’estime pas à leur juste valeur) figurent : la santé du corps et le fait de ne pas être occupé. En effet, l’individu ne peut se consacrer à l’adoration que s’il dispose de ce dont il a besoin et s’il est en bonne santé.

Ainsi, il peut être à l’abri du besoin mais en mauvaise santé, ou inversement, être en bonne santé mais accaparé par les soucis du quotidien. Dans ces cas, il lui sera difficile de se consacrer au savoir ou à sa mise en pratique, puisqu’il sera préoccupé à gagner sa vie.

Donc, celui qui profite de ces deux avantages, mais se montre insouciant quant à l’obéissance et aux actes d’adoration, est bel et bien celui qui s’est fait tromper, c’est-à-dire : le perdant[^3].

Les bienfaits visibles font référence à toutes les grâces, faveurs et bénédictions que Dieu accorde à Ses créatures. Ces bienfaits sont innombrables et englobent tout ce qui est bon, beau et utile dans la vie — qu’elle soit matérielle ou spirituelle.

« Et quant au bienfait de ton Seigneur, proclame-le ! »[^4]

Selon Ibn Qayyim Al-Jawziyya[^5], la reconnaissance d’un bienfait s’appuie sur trois piliers :

  • En éprouver une profonde gratitude
  • L’exprimer clairement
  • Utiliser le bienfait de manière à satisfaire son Bienfaiteur

De plus, Dieu nous incite à parcourir Sa terre pour découvrir l’étendue de Sa création, pour nous rappeler que tout vient de Sa Toute-Puissance. À travers l’exemplarité du Prophète ﷺ, notre pratique religieuse est facilitée : raccourcissement ou regroupement des prières, invocations exaucées du voyageur, allègement du jeûne du Ramadan pour le voyageur…

« C’est Lui qui vous a soumis la terre : parcourez donc ses grandes étendues et mangez de ce qu’Il vous fournit. »[^6]

En résumé

L’islam valorise le temps de repos et le voyage, car le bien-être physique et spirituel est essentiel dans le cheminement vers Dieu.


Pour des vacances réussies

Passer de « bonnes vacances » signifie simplement ne pas aller à l’encontre de ce que l’islam prescrit. C’est pourquoi il est fondamental de bien choisir sa destination et ses activités.

Je suis musulman, même en vacances ! Mes obligations ne sont pas en « mode avion » ni en « batterie faible ».

L’islam nous apprend à trouver l’harmonie d’une vie sereine dans la modération, à la fois tournée vers l’au-delà :

« La vie dernière est meilleure et plus durable »[^7]

… tout en restant soucieuse de réalisation personnelle ici-bas :

« N’oublie pas ta part en ce bas monde. »[^8]

La Sunnah encourage également le voyage avec une intention claire : apprentissage, visite familiale, renforcement des liens fraternels… même le pèlerinage reste un voyage.

Bref, il s’agit de comprendre que le sens de l’adoration est plus vaste, plus profond, plus complet que la simple exécution de rites. Les vacances en font partie. Elles offrent un moment propice pour (re)consolider notre connaissance de Dieu à travers Ses Noms et Attributs.

Voici quelques pistes :

  • Découvrir une création opulente à travers des paysages grandioses
  • Se retrouver en famille, créer de nouveaux souvenirs par des activités (sorties, sport, visites…) ou transmettre son héritage familial (visite des lieux d’origine des grands-parents, etc.)
  • S’ouvrir à d’autres cultures[^9] : interagir, apprendre mutuellement entre ethnies et traditions
  • Faire le bilan de l’année écoulée : où en suis-je dans ma vie, mes projets, ma relation à Dieu ?
  • Enrichir ses connaissances par des lectures, des visites, des musées, des mosquées…
  • Planifier un apprentissage ou consolider ses acquis en sciences islamiques ou autres
  • Se couper des distractions (sauf obligations) pour se recharger mentalement après une année éprouvante : travail, stress, épreuves… Ici, on parle bien de santé mentale[^10].

Finalement, prendre soin de son équilibre de vie fait partie des responsabilités du croyant. Les vacances deviennent alors un moyen précieux, utile, pour nourrir sa bonne santé physique et mentale. Le but est d’adopter une approche modérée, équilibrée, en évitant les extrêmes, dans tous les aspects de la vie : spirituel, social, personnel.


Alors, à tous ceux qui partent en voyage : que Dieu soit votre compagnon de route !

Najoua

Najoua


[1]  Pour en savoir plus : voir sur notre blog l’article  Qu’est-ce que tu fais pour les vacances? – L’Autre Regard

[2] Hadith Al Boukhari (rh)-6412 (dans son Sahih), rapporté par ‘Abdullah Ibn ‘Abbas (ra) qui relate les propos du prophète Mohammad ﷺ

[3] Hadith: Deux bienfaits au sujet desquels sont trompés beaucoup de gens : la santé et le temps libre. – Encyclopédie des paroles prophétiques traduites

[4] Coran, tiré de la sourate 93, le verset 11.

[5] Les degrés des itinérantsTome II, p.215 : la station de la gratitude ( Ash Shukr), traduit par Hassan Boutaleb. Editions : Al Bouraq.

[6] Coran, tiré de la sourate 67, le verset 15.

[7] Coran, tiré de la sourate 87, le verset 17.

[8] Coran, tiré de la sourate 28, le verset 77.

[9] Coran, tiré de la sourate 49, le verset 13.

[10] La santé mentale est définit comme un état d’équilibre et de bien-être, intimement lié à la foi et à la spiritualité. Elle englobe l’être humain dans un schéma de paix intérieure, même dans la lutte : « Nous avons, certes, créé l’homme pour une vie de lutte. » Coran, tiré de la sourate 90, le verset 4.

Silence en Iran, supériorité en Israël : le détroit comme champ de bataille invisible ?

Le conflit ne se terminera pas quand l’Iran aura répondu. Il se terminera quand Israël estimera avoir assez bombardé et ce peu importe les civils tués. Et si le détroit d’Ormuz était le vrai et seul enjeu pour tous les autres grands acteurs de la région à commencer par la Chine… ce goulot où, jadis, les musulmans y manifestèrent leur présence non pas par un coup de fil diplomatique ou un communiqué lénifiant, mais par la sagesse, le courage, et l’épée. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, ce stratège des justes et pionnier des États structurés  avait  sécurisé le détroit,  planté l’étendard de l’islam sur les côtes du Fārs et verrouillé les issues à l’ennemi. Pas de grandes conférences. Pas de sanctions. Juste des hommes debout, une foi unie, et une vision impériale claire.

Une guerre sans guerre, une victoire sans riposte. Israël n’a pas déclaré la guerre à l’Iran. Il l’a anéanti en silence

Par les airs, par des drones planqués au fond des vallées iraniennes depuis on ne sait combien d’années, par des frappes chirurgicales coordonnées au millimètre, le tout enveloppé dans un silence diplomatique glacial. Résultat : Téhéran a vu sa capitale frappée, ses généraux décapités, ses scientifiques rayés du programme nucléaire comme un nom sur une liste Excel. Et que faisait la fameuse « grande République islamique » pendant ce temps-là ? Elle tapait. Pas au sens militaire. Elle tapait à la porte de Washington.

Un programme nucléaire devenu prétexte

Ne nous méprenons pas. Il ne s’agit plus simplement d’un programme nucléaire.  Et ça se voit : on épargne les institutions civiles, on concentre les frappes sur la tête religieuse, les gardiens de la révolution, le noyau idéologique, des manœuvres préparées, planifiées depuis au moins 8 mois. La chute du pouvoir syrien au sud, largement sous influence turque, n’est pas un accident de parcours : c’est un préalable logistique israélien pour faciliter les frappes sur l’Iran via un couloir aérien dégagé. La tête militaire est visée, mais la gorge est laissée intacte… pour l’instant… (Au passage, ces bombardements chirurgicaux prouvent une chose : Israël sait parfaitement épargner les civils quand il le veut. Gaza, à la lumière de cette précision technique, ne ressemble plus à une opération militaire…mais à une punition massive. Un génocide déguisé en légitime défense ? La question ne se pose même plus..) Pourquoi ? Parce qu’on n’essaie pas de tuer le corps, on veut qu’il change de tête. Changer de régime sans envahir. 

Ce que vise Israël, c’est un nouveau système de pouvoir en Iran découpé entre états ethniques kurde, perse et baloutche pour « affaiblir l’ennemi ».Et pour que ça prenne, il faut que ça saigne. Il faut que la population iranienne regarde ses dirigeants tomber comme des quilles, et se demande :

“Ce n’est pas censé être vous les protecteurs de la nation ?” La riposte fut spectaculaire d’inefficacité.
Un plan prévoyait un millier de missiles ? Ils en ont lancé à peine une centaine. Et encore, la moitié est tombée à côté, l’autre moitié a été interceptée par le bouclier israélien dopé aux destroyers américains, bien que couteux malgré tout…

Le peu qui a frappé a causé quelques dégâts. Mais disons que ça ne changera pas le cours de l’Histoire.
Pendant ce temps, l’aviation israélienne opère en toute impunité, et la population iranienne assiste, impuissante, à la chute du mythe. Les destructions matérielles comme les 90 millions de civils iraniens ne sont pas la priorité des politiques… Mais alors où sont les vrais enjeux ?

Le détroit d’Ormuz : le vrai champ de bataille…Le centre névralgique du conflit

Et pendant que les bombes tombent, les vraies questions se jouent ailleurs… Au détroit d’Ormuz.
Ce petit couloir étroit par où transite le quart du pétrole mondial pourrait bien devenir le vrai point d’escalade globale. L’Iran est la seconde réserve de gaz et la 4ième réserve de pétrole au monde. Si l’Iran bloque le passage ? Crise mondiale. Si les Américains le bloquent ? Conflit naval avec la Chine qui vient tout juste d’exprimer son inquiétude en ce sens.

Pourtant, fermer Ormuz est une menace fraichement brandie par l’Iran qui devient de plus en plus réelle (à l’heure où ces quelques lignes sont écrites). Cette solution revient, pour ce pays, à s’étrangler avec ses propres mains. Alors quel est l’intérêt de cette menace pour l’Iran?

Pour répondre à cette question, replongeons dans les années 70… À l’époque, les pays de l’OPEP avaient décidé unilatéralement d’augmenter le prix du pétrole pour redonner une valeur économique réelle à leur ressource. Résultat ? Inflation mondialetaux d’intérêt à 15 %marchés secoués. Dans ce contexte la menace est tout à fait crédible (et les effets sur les marchés n’ont pas tardé à se manifester) mais aux conséquences quelque peu différentes puisque l’Amérique est devenue, entre-temps, productrice de gaz.

Lorsque l’Arabie avait appelé l’Iran, bien que mal-aimé, pour lui conseiller de négocier, ce n’était pas la voix de l’amitié. C’était la voix paniquée d’un prince qui regarde la Bourse clignoter en rouge.

Perspectives : ce qui va (probablement) se passer

  • Israël décidera quand la guerre se termine, non l’Iran même si arrêter les missiles iraniens lui coute très cher ;
  • L’Iran s’empressera de retourner à la table des négociations, humilié, sans levier ;
  • Washington fera semblant de jouer les médiateurs (sa priorité étant d’éviter une crise économique…), tout en réaffirmant sa loyauté envers Tel-Aviv.
  • La Chine, rivale des Etats-Unis, pourrait, à son tour, brandir ses menaces et manifester son soutien à son ami iranien ;
  • La Turquie continuera d’intercepter des missiles israéliens de peur que l’objectif de renversement du pouvoir iranien ne se concrétise par un remplacement d’un régime kurde ;
  • La Russie, elle l’a dit, elle n’interviendra pas pour son ami l’Iran (du moins pas pour l’instant) mais a exprimé son agacement sur la situation…

Israël se pose en juge et bourreau d’un État « accusé » d’avoir l’arme nucléaire, alors qu’il en est lui-même détenteur, sans légalité, sans inspection, sans opposition. 

Ce conflit ne marque pas seulement une frappe. Il marque une mutation. On ne se bat plus avec des tanks. On se bat avec des drones dormants, des nuées d’intelligence artificielle, des frappes ciblées sur l’élite et la guerre psychologique à grande échelle. L’Iran n’a pas perdu une bataille. Il a perdu la face. Et cela, dans cette région du monde, c’est souvent pire que de perdre un territoire.

Le détroit d’Hormuz, ce goulot d’étranglement énergétique qui fait trembler les Bourses à la moindre escarmouche, n’a pas toujours été un terrain de jeu pour pétro-monarchies hésitantes et puissances navales surarmées. Il fut un temps…un temps révolu mais pas irrévocable…où les musulmans y manifestèrent leur présence non pas par un coup de fil diplomatique ou un communiqué lénifiant, mais par la sagesse, le courage, et l’épée. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, ce stratège des justes et pionnier des États structurés avait sécurisé le détroit,  planté l’étendard de l’islam sur les côtes du Fārs et verrouillé les issues à l’ennemi. Pas de grandes conférences. Pas de sanctions. Juste des hommes debout, une foi unie, et une vision impériale claire.Aujourd’hui, le détroit d’Hormuz est désormais un thermomètre des nerfs du Golfe, et non plus un témoin de la grandeur d’une oumma qui protégeait ses frères par les actes et la foi, pas par des communiqués. Une époque révolue… mais qui peut revivre, si jamais l’unité de la foi reprenait le dessus sur la fragmentation des intérêts.

Nelm

Je n’ai pas les mots

Quand mon amie m’a demandé d’écrire un article sur l’actualité du Proche-Orient, j’avoue que j’ai relu sa demande plusieurs fois. Comment écrire sur ce sujet, alors qu’il me retourne l’âme ? C’est un comble, pour une auteure, de ne pas trouver les mots. Mais comment nommer l’innommable ? Comment décrire ce que les yeux ne peuvent plus regarder sans trembler, ce que le cœur refuse d’admettre de peur qu’il ne se brise ?

J’ai des amis là-bas. Ils sont nombreux à Beit Sahour, Bethléem ou dans le camps d’Aïda. Des gens que j’ai rencontrés, que j’ai aimés, avec qui j’ai partagé le pain, les silences, les rires aussi. Aujourd’hui, je n’ose plus leur écrire. Par peur. Peur de ce qu’on pourrait me dire. Peur d’un prénom qui ne me répondrait pas. Peur que l’horreur ait frappé là où battait encore un peu d’espoir.

Le Proche-Orient, cette terre si riche, si profonde, si sacrée, semble ne plus avoir de répit. Et pourtant, dans cette obscurité, il nous est demandé à nous, femmes spirituelles, de tenir la flamme. De croire encore. D’aimer malgré tout. Le Coran nous dit :
« Certes, Allah commande la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches. » (Sourate An-Nahl, 16:90) Ce verset résonne en moi comme une invitation. À rester droite, à tendre la main, à ne pas détourner le regard, même lorsque celui-ci se voile de larmes.

La spiritualité n’est pas un refuge confortable. Elle est parfois un cri silencieux. Elle est cette force invisible qui nous pousse à transformer l’angoisse en prière, la colère en compassion, la douleur en présence.

Et je pense aux femmes de là-bas. Celles qu’on ne filme pas, qu’on ne voit pas, qu’on n’écoute pas. Celles qui tiennent les foyers debout, qui chantent encore des berceuses sous les bombes, qui cousent la vie avec des fils d’espoir. Ce sont elles, mes sœurs, mes repères, mes héroïnes silencieuses. Alors oui, je n’ai pas les mots. Mais j’ai le cœur ouvert. Et peut-être que cela suffit, pour dire que je suis là. En prière. En amour. En lumière.

Latifa CHAY

Miroir, mon beau miroir !

« Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui a beauté parfaite et pure ?

-Célèbre ta beauté [Ma Reine], mais chez toi cet éclat n’est qu’apparence. 

Chez Blanche-Neige, la beauté intérieure fait toute la différence.»[1]

Il était une fois une jeune et belle …

Hum, non ! 

Là n’est pas mon intention de vous embarquer dans l’univers du plus célèbre conte des frères Grimm, mais plutôt de vous arrêter sur la symbolique de ce que le « miroir » représente pour nous. 

Une invitation à la méditation en ces temps de Dhoul Hijja.[2]

Compris comme un simple objet, le miroir représente certes, une véritable source d’enseignement. D’une part, il traduit l’acte formel de s’y contempler à des moments précis, ce qui en fait le reflet d’un attachement soucieux à une vie au sein de laquelle la superficialité peut constituer en une doctrine despotique[3] ; mais d’autre part, il est un puissant symbole de questionnement, permettant une mise au point de sa nature profonde.

Issue directement du cœur, notre reflet s’affranchit des filtres artificiels et se manifeste dans une image sincère de ce que nous sommes.

C’est comme une évidence. Au même titre que les saisons et les cycles lunaires de notre calendrier, le croyant fait une mise au point face à son propre miroir, lui rappelant le bilan de sa servitude à Dieu.

Est-ce une attitude passive, voire égocentrique, de « s’éblouir » face à son reflet ?

Non. Mais, plutôt un temps de se questionner face à son propre salut. 

L’essence de notre dévotion jaillit dans ce portrait, à l’image d’un cheminant au cœur confiant en Dieu et en Ses promesses, qui cherche à se maintenir en état de veille.

Car il est l’heure. L’heure du bilan…

Le miroir témoigne d’un secret intime : nous sommes les gardiens de nos âmes. 

Inspiré par Dieu pour l’excellence, et harcelé par Satan quant à la déchéance, notre cœur se construit dans l’adversité, les baisses de régime et les tumultes de la vie. C’est sous le prisme d’un déploiement d’effort continu que s’estompent les épreuves inévitables, les excès qui goûtent à la fraicheur du repentir, les manquements que nous pensons incorrigibles. Le résultat exige en filigrane d’être vigilant envers soi, parce que nul n’est à l’abri des retournements de sa poitrine.  

 Le miroir ne triche pas, ne déforme pas et ne démissionne pas.

Notre reflet représente nos joies, nos lassitudes, nos frictions, nos défauts, nos forces, nos aspirations. C’est ce qui fait de nous qui nous sommes en tant qu’humain. Mais, comme chaque être est conduit par la Volonté divine, posons-nous la question en tant que croyant : suis-je l’incarnation des valeurs dont je suis le dépositaire sur Terre ? 

Le miroir nous rend service car il nous informe de la réalité.

Dans le silence de la nuit, nos âmes s’abreuvent à la source de La Lumière Divine, révélant en nous nos véritables valeurs à travers le plus beau des récits, le Coran. Notre mission est d’être digne de ce présent en faisant de la beauté notre meilleure allié dans ce monde. Ainsi, cette beauté intérieure incarne nos attitudes, nos actions, nos paroles, nos regards, nos relations, nos sentiments. Dans cette vision du beau, elle brillera autour de nous. 

Alors, nous agirons en protecteur lorsque notre âme subira une injustice, en garde-fou lorsqu’elle en sera coupable. Nous la combattrons lorsqu’elle exprimera sa haine ou exigera vengeance, nous la calmerons quand la rancœur s’installera, nous l’étoufferons lorsqu’elle voudra assouvir ses penchants interdits. A l’image d’un jardinier qui cultive ses fleurs, en prend soin, les entretient quotidiennement et qui a foi en ce que Dieu lui prescrira. 

Le miroir est le témoin silencieux de notre évolution en tant que disciple, recherchant avec convoitise la Proximité Absolue de l’Unique… parce que la beauté de l’âme ne se forge que dans la foi.

Najoua


[1]Inspiré du conte des frères Grimm « Blanche-Neige » www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-et-legendes/lire/biblidcon_032#histoire

[2] Le douzième mois du calendrier lunaire musulman.

[3] Pour en savoir plus : Le portrait de Dorian Gray, de Oscar Wilde. 

Élever nos cœurs en ce jour de Arafat

En ce jour béni de Arafat, l’un des plus sacrés du calendrier islamique, les cœurs des croyants battent à l’unisson dans une quête de sens, de miséricorde et de proximité avec leur Créateur. C’est un moment suspendu dans le temps, un appel silencieux à faire pause en soi, à tourner nos pensées vers Celui qui voit l’invisible, entend l’indicible et connaît l’intime.

Arafat n’est pas qu’un mont géographique mais il s’agit avant tout d’un sommet spirituel. Si les pèlerins se tiennent physiquement sur la plaine d’Arafat, enveloppés de prières et de larmes, les musulmans du monde entier peuvent s’y tenir par le cœur, par le jeûne, par l’invocation sincère, par la gratitude, par un retour sur soi et sur son chemin de vie.

Ce jour est un océan de miséricorde. Le Prophète ﷺ a dit :

« Il n’est pas de jour où Allah affranchit plus d’âmes du feu que le jour de Arafat. »
(Hadith authentique – Muslim)

Quelle promesse plus douce pour l’âme fatiguée, pour le cœur coupable, pour l’esprit égaré ? En ce jour, les portes du ciel sont grandes ouvertes. Les prières franchissent les nuages, portées par l’humilité et la sincérité. C’est un moment où rien n’est insignifiant aux yeux de Dieu : pas une larme versée en secret, pas un espoir formulé dans le silence.

Même à distance de La Mecque, chacun peut faire de ce jour un mont Arafat intérieur, une élévation de l’âme. Un retour à l’essentiel. Une réconciliation avec soi-même et avec Dieu. Une invitation à pardonner, à demander pardon, et à marcher avec foi vers ce qui élève.

Que ce jour soit pour chacun d’entre nous un tournant, une lumière dans la nuit, un souffle nouveau. Qu’il ouvre la voie à un changement durable, à une foi renouvelée, à une paix intérieure retrouvée.

H.B.