Traque aux arnaques des influenceurs sur les réseaux

Drop shipping, cryptomonnaie, paris sportifs, fausses promotions, contrefaçons… Bienvenue dans le monde du e-commerce avec ses avantages mais aussi ses failles ! Beaucoup d’influenceurs, issus pour la majorité de la télé-réalité, sont mêlés à des business permettant aux boutiques en ligne de prospérer très rapidement grâce à leur popularité sur les réseaux.

Depuis quelques semaines, le rappeur Booba tire la sonnette d’alarme contre des pratiques frauduleuses de certains de ces influenceurs qu’il surnomme « influvoleurs » et appelle ainsi la justice à réagir contre ce phénomène en vogue. 

En effet, une querelle est née sur les réseaux sociaux entre le rappeur Booba et Magali Berdah, créatrice et patronne de l’agence « Shauna Events » qui gère les contrats publicitaires de la plupart de ces influenceurs ciblés par Booba. 

Après avoir lancé l’hashtag #influvoleurs, Booba ouvre une boîte mail où il recueille les témoignages des personnes victimes de ces arnaques. Une plainte a aussi été déposée à l’encontre de Magali Berdah qu’il surnomme « la reine de la futilité », pour pratique frauduleuses et escroquerie en bande organisée. 

Quant à Magali, elle a indiqué mener une action en justice contre Booba pour « harcèlement en ligne ». Interrogé par le journal Libération, Booba a dénoncé plusieurs exemples d’escroquerie:  « Il y a des enjeux financiers, des gros sous ! Les influenceurs font de l’argent tellement vite qu’ils n’ont plus aucune notion de la réalité… » « Cette histoire ce n’est pas un clash, c’est une demande de justice pour toutes les victimes… »

Comprendre ce qu’est le drop shipping et l’impact des influenceurs sur les consommateurs…

D’après définitions-marketing.com, le drop shipping est une forme de e-commerce par laquelle le site vendeur ne possède pas de stocks et fait livrer son client directement par son fournisseur sans que le client ne le sache au préalable. 

Depuis peu, ce système de vente a explosé sur les réseaux sociaux grâce à la collaboration des marques avec des influenceurs qui vantent les mérites d’un produit auprès de leur communauté sur Instagram, Snapchat, Tik Tok…

Le but des influenceurs est d’acquérir davantage de followers afin de générer plus d’argent. En effet, plus tu as de followers, plus le produit à promouvoir sera vu et plus l’influenceur pourra négocier son cachet. 

Le but des influenceurs est d’acquérir davantage de followers afin de générer plus d’argent. Crédit: George Milton

Quant à la marque qui met en avant ces produits, c’est une réelle opportunité pour elle car celle-ci sera propulsée sur le devant de la scène et cela lui permettra de générer plus de profits. 

Néanmoins, il faut savoir que la plupart de ces produits bas de gamme sont vendus parfois vingt fois plus cher que leur véritable valeur et sont souvent achetés par de jeunes fans naïfs, qui sont tellement fascinés par ces influenceurs, qu’ils seraient prêts à mettre n’importe quel prix pour ressembler à leurs idoles si parfaites. Ceux-ci profitent de la crédulité des plus jeunes pour s’en mettre plein les poches. D’ailleurs, une des stratégies marketing qu’adoptent certains influenceurs, est de créer une proximité avec leurs fans en partageant leur quotidien, leurs réussites, parfois leurs peines,… Ils créent un climat de confiance entre eux et cette communauté si proche et si abstraite à la fois. Ils les tutoient, les remercient du soutien qu’ils leur apportent au quotidien, les nomment mes amours, mes chéris… Ils les font voyager via leurs stories, à travers le monde, la gastronomie, la mode, leur vie familiale, tout en y glissant subtilement des publicités de produits miracles testés et approuvés. Suivi de cela, un code promo négocié spécialement pour leurs abonnés chéris ! 

Pour la star des réseaux sociaux, Nabilla Benattia qui cumule près de 7,6 millions de followers, certaines marques paient jusqu’à 6000 euros pour une courte vidéo publicitaire. Ce qui lui rapporterait un salaire mensuel proche des 400 000 euros juste pour des placements de produits.   

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes rêvent d’avoir le même train de vie que ces pseudos-influenceurs qui sont devenus une véritable source d’inspiration. Les réseaux sociaux ont un impact considérable sur la jeunesse qui sont en décrochage scolaire notamment à cause de ce monde d’illusions exposé en permanence. En effet, certains se disent mais pourquoi faire des études pour ensuite travailler dur alors que je peux me faire de l’argent facilement ? Être influenceur ne nécessite aucun talent particulier finalement ? On fait quelques placements de produits au bord d’une piscine tout en sirotant un bon cocktail et on vit un rêve éveillé… Malheureusement, les jeunes se retrouvent piégés par cette fausse réalité. 

Il y a notamment l’image du corps parfait qui est véhiculé sans cesse et qui forcément incite les jeunes à avoir recours à la chirurgie esthétique. 

Résultat ? Abandon précoce de la scolarité, recours à la prostitution, injection de Botox illicite dont les conséquences sont désastreuses… 

Paris sportifs, les jeunes, cibles principales des influenceurs 

On retrouve les paris sportifs sur toutes les plateformes d’internet. Leur présence accrue sur les réseaux sociaux montre que la cible numéro 1 sont les jeunes. Selon les données de l’ANJ, neuf parieurs sur dix sont des hommes et un sur trois a entre 18 et 24 ans.

Les sites des paris sportifs ont bien évidemment recours à des personnalités ayant une certaine réputation sur les réseaux pour inciter les jeunes à parier gratuitement dans un premier temps, mais ceci mène vite à une dépendance. 

Beaucoup d’influenceurs s’affichent en grosse Berline, montre Rolex au poignet. Ils annoncent des rendements garantis et des gains considérables, des feux d’artifice dans leur vie… Certains influenceurs sans scrupule, sont même prêts à véhiculer des mensonges sur des pronostics gagnants en échange de rémunération. Évidemment, tout ce bing bling n’est que tentation pour les plus jeunes qui rêvent de cette vie fabuleuse ! 

Il faut bien prendre en compte les choses néfastes que peuvent amener ces paris sportifs car malheureusement beaucoup tombent dans une addiction et se retrouvent surendettés. Quant aux mineurs, les parents se retrouvent à devoir rembourser des dettes colossales. Ce fléau va jusqu’à détruire des vies, des familles entières…

Selon le psychiatre Guillaume Hecquet, interrogé par Huffingtonpost.fr : “Généralement, l’addict vient pendant une crise, au moment de ce qu’on appelle, la révélation du jeu, après une période plus ou moins longue de clandestinité. Souvent, les proches viennent de découvrir ses dettes.” 

“Le jeu d’argent est l’une des addictions les plus suicidogènes. Le nombre de tentatives de suicide est 15 fois supérieur à celui de la population normale.”

Dans une vidéo, le youtubeur Riles tire la sonnette d’alarme auprès des jeunes et dénonce l’immense responsabilité des influenceurs et de certaines personnalités publiques qui en font la pub. 

Il ne s’agit pas dans cet article de faire l’amalgame et de pointer du doigt tous les commerces en ligne. Mais dans un monde où les réseaux sociaux ont pris une place importante dans nos vies, où il est difficile de distinguer le vrai du faux, il est essentiel de rappeler aux jeunes mais aussi aux adultes de prendre de la distance avec les contenus véhiculés quotidiennement sur nos écrans ainsi que l’image que les influenceurs nous transmettent via leurs réseaux… 

Il serait plus sage de réfléchir à deux fois avant d’effectuer une transaction en ligne pour un produit dont les mérites sont vendus par des « influenceurs » …

Plus d’infos sur : 

https://www.rtbf.be/article/paris-sportifs-tout-est-bon-pour-attirer-les-jeunes-meme-tiktok-11039828

https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/complement-d-enquete/complement-d-enquete-clash-fric-et-politique-le-vrai-business-des-influenceurs_5323603.html

I.Senh

Une autre approche des réseaux socionumériques

Aujourd’hui, plus que jamais, les nouvelles technologies amènent leur lot de nouveaux outils socio-techniques qui facilitent nos relations interpersonnelles. On voit alors apparaître de nouveaux modes de communication virtuels comme les plateformes sociales qui se déclinent en fonction de l’attente et de l’objectif de son utilisateur. Ces nouvelles plateformes sociales telles que Twitter, Facebook, Linkedln,… permettent  à la fois d’être producteur et utilisateur de  son contenu médiatique. On pourrait se poser la question de savoir si les codes sociaux existant dans la vie réelle sont transposables aux codes sociaux dans le monde virtuel. Nous pouvons trouver une piste de réponse dans l’approche du sociologue interactionniste Erving Goffman.

Erving Goffman : une approche interactionniste

Erving Goffman (1922-1982) est un sociologue et linguiste d’origine canadienne, associé au courant interactionniste symbolique, selon lequel la société est conçue comme la résultante des multiples interactions entre les individus.[1] E. Gofmann définit les interactions sociales en ces termes : « […] Par interaction (c’est-à-dire l’interaction en face à face), on entend à peu près l’influence réciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu’ils sont en présence physique immédiate les uns des autres : par une interaction, on entend l’ensemble de l’interaction qui se produit en une occasion quelconque quand les membres d’un ensemble donné se trouvent en présence continue les uns des autres, le terme « une rencontre » pouvant aussi convenir.»

Que le spectacle commence…

Usant de métaphores didactiques, Goffman offre une lecture des interactions sociales sous forme d’une mise en scène de soi dans la vie quotidienne qu’il nomme la « théâtralité du quotidien ». Le canadien utilise donc la métaphore théâtrale afin de se représenter les interactions sociales comme une pièce de théâtre où les individus sont en représentation, jouant tout un panel de jeu d’acteur en fonction du contexte dans lequel ils sont conscients des codes sociaux les régissant. Il utilise du vocabulaire théâtral tel que rôle, représentation, façade, coulisses,… Nous serions donc des acteurs amenés à théâtraliser notre quotidien, à adopter des façades adaptées aux différents contextes que nous rencontrons et donc chacun est amené à apprendre les codes régissant ces différentes situations de vie et le consensus spécifique, afin de ne pas perdre la face ou de la faire perdre à autrui. Les acteurs en représentation construisent une définition commune de la situation.[2] Il existe de nombreuses situations similaires dans notre quotidien qui sont dictées par des conventions qui leur sont propres celles par exemple d’un repas de famille, d’un match de foot ou encore d’un entretien d’embauche.

Du réel au virtuel, la mise en scène

Même si Goffman n’est pas contemporain à l’essor et au développement fulgurant des plateformes sociales, on peut aisément retransposer cette grille de lecture à l’utilisation des réseaux sociaux où cette mise en scène de la vie quotidienne mondialement diffusée, se décline à l’infini. Il existe également des normes sociales dans les réseaux socionumériques, aussi bien que dans nos interactions sociales « face à face ». Les usagers de ces plateformes sociales ne se présentent pas de la même façon selon le code social en vigueur dans celle-ci ainsi un profil Facebook ne sera pas présenté de la même façon qu’un profil Linkedln ou twitter,… Les usagers adaptent leur réaction au contexte et interagissent en conséquence. Ils adoptent de ce fait des façades au travers de leur profil ou leur avatar qui correspond aux objectifs de la plate-forme sociale. Ainsi selon le type de plateforme, nous allons mettre en avant tant nos expériences professionnelles, nos loisirs, nos goûts et préférences, notre savoir-faire culinaire,… Les informations mises en avant font partie d’une stratégie afin d’obtenir de ces réseaux les avantages espérés.

Quand la pièce de théâtre tourne au drame…

Goffman appelle cela une « situation de rupture », une remise en question de la réalité commune, causant un malaise général.[3]Cela peut se produire si par exemple l’acteur joue mal son rôle ou alors que des spectateurs ne participent pas comme il est attendu ou encore que le cadre des conventions générales est mal interprété. Par exemple sur les réseaux socionumériques, le comportement inapproprié, des remarques déplacées,… peuvent conduire à l’exclusion  de l’utilisateur. Les réseaux socionumériques n’échappent pas au code social traditionnel. Mais ces codes ne nous ont pas été appris à l’école ou par les parents. Implicitement, inconsciemment peut-être, nous avons appris à nous adapter aux différentes normes sociales des réseaux sociaux. On peut considérer que les réseaux socionumériques sont comme de nouveaux lieux d’apprentissage des codes sociaux qui leur sont propres. Cependant la retransposition du réel au virtuel de la théorie de Goffman n’est pas absolue, selon moi. C’est à mon sens un outil de lecture pertinent et éclairant. Mais les réseaux sociaux possèdent leurs spécificités, leur zone d’ombre et de lumière, leurs algorithmes. Il existe une certaine opacité dans ce face à face virtuel qui peut conduire à des dérives, à des utilisations malsaines,…

O.D.


[1]    https://www.toupie.org/Dictionnaire/Interactionnisme.htm

[2]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman

[3]    https://fr.wikipedia.org/wiki/Erving_Goffman#La_présentation_de_soi

Les dangers de la course aux « likes »

Facebook, Insta, TikTok, Snapchat, Twitter… on ne compte plus le temps passé sur nos réseaux à commenter les photos de vacances de nos amis, à modifier et perfectionner sa photo de profil. Un tweet par-ci, un like par-là, un selfie sur Insta… Cette consommation excessive de réseaux est devenue une véritable addiction pour la plupart des gens.  Mais quelles en sont les conséquences sur notre santé mentale et celle des plus jeunes et des plus vulnérables?

Le « like » (j’aime) est apparu il y a un peu plus de dix ans sur le réseau social Facebook. Aujourd’hui, on le retrouve sur presque toutes les plateformes telles que Insta, Youtube, LinkedIn,… Cela permet une interaction entre les abonnés et développe également le sentiment de ne pas se sentir seul. En effet, on se retrouve face à une communauté « d’amis » avec qui l’on partage nos photos de vacances, des adresses incontournables, des lieux instagrammables…

Souvent, on « like » les statuts de nos amis dans le but d’être « liké » à notre tour. Plus on accumule de pouces bleus, plus on se sent exister aux yeux des autres. Cela augmente la confiance et l’estime de soi. Alors, on parfait le contenu à poster dans les moindres détails afin d’avoir davantage de j’aime. 

Sur cette lancée, certains iront même plus loin et sentiront le besoin d’exhiber leur corps, leurs biens matériels, leurs plats gastronomiques, pour enfin exister et récompenser ce côté narcissique!

Mais attention, l’image renvoyée aux autres n’est pas toujours le reflet de la réalité. Celle-ci est parfaitement choisie voire manipulée ou retouchée. 

D’après Michael Stora, psychanalyste, interrogé par la Croix , « la dimension du ‘like’ est très perverse : de petites décharges de dopamine sont libérées dans le cerveau lorsqu’on reçoit un like ce qui va encourager à poster beaucoup plus… »   

Mais quand le like se fait attendre, il peut créer une véritable angoisse qui, à son tour, va créer une paranoïa. « Je ne suis pas assez jolie sur cette photo peut-être ? » « Mon commentaire n’est pas pris au sérieux » « J’aurais peut-être dû mettre un filtre? »

Recevoir des commentaires négatifs ou tout simplement le non intérêt d’autrui peut devenir source de frustration. Ainsi, une personne fragile est susceptible de sombrer dans des dépressions profondes et se renfermer dans une bulle.

Parfaire son image à l’aide de filtres…

Finies les rides, les cernes, les imperfections qui nuisent à notre image. Actuellement, il est possible de rectifier son apparence en quelques clics sur de multiples applications et ainsi obtenir un grain de peau plus lisse, des yeux moins fatigués ou des dents blanchies. 

Vous avez l’embarras du choix : le nez affiné, les lèvres pulpeuses, les joues rosées, et j’en passe… Tout est mis en place pour cacher le moindre petit défaut apparent. 

D’après Sabrina 17 ans : « Perso, je ne me trouve pas laide mais c’est vrai que quand je dois poster une photo de moi sur les réseaux, je préfère mettre un filtre. C’est comme ça! Je dirais que c’est dans les normes. Tout le monde le fait, même ceux qui ont zéro complexe! »

Quant à Sarah 21 ans : « Je n’ai aucune photo de moi sans filtre dans mon téléphone depuis des années. Et pour quelle raison? Là, je suis un vrai canon, pas besoin d’être maquillée et tout est parfait! »

Un impact sur les plus vulnérables

Il faut savoir que l’utilisation à répétition des filtres peut avoir un impact psychologique sur les jeunes. En effet, il y a un décalage entre la réalité et l’image sans défaut affichée sur son smartphone. Alors, s’enchaine une consommation excessive de filtres qui va forcément engendrer des complexes de plus en plus lourds qui poussent le jeune à tout mettre en œuvre pour ressembler le plus possible à son Avatar. Cette obsession de vouloir véhiculer une image parfaite de soi avec comme résultat davantage de « likes » va créer des troubles psychologiques chez les personnes vulnérables.

Les jeunes adolescents sont dans une période difficile de leur vie. Beaucoup ressentent des complexes, sont mal dans leur peau ou ressentent un manque d’estime de soi… A force de se voir ou de voir les autres sans aucun défaut physique, ils finissent par rejeter leur image naturelle : on appelle cela le DYSMORPHISME. 

En réponse à ce malaise de plus en plus fréquent, les jeunes (les jeunes filles plus particulièrement), vont franchir la ligne rouge en se tournant vers la chirurgie esthétique afin d’assouvir ce désir de visage parfait et d’améliorer leur physique selon les normes de beauté imposées par les filtres. Malheureusement, à force de chercher la perfection, ils deviennent d’éternels insatisfaits. Plus aucune limite ne peut les freiner et ils tombent dans un cercle vicieux sans issue.

Instagram et Snapchat sont d’ailleurs les réseaux sociaux qui exercent le pire impact sur la santé mentale et le bien-être des adolescents, selon une étude menée par l’association caritative dédiée à la santé publique Royal Socialty for Public Health (RSPH) auprès de 1479 jeunes âgés de 14 à 24 ans, faisant part de leur anxiété, de leur solitude, voir de leur dépression. 

L’hypersexualisation précoce

Ces dernières années, nous remarquons que de plus en plus de jeunes enfants sont accros au numérique et aux réseaux sociaux. Ceux-ci ont accès à du contenu non adapté à leur jeune âge tels que de la pornographie, certaines propagandes ou aux influenceurs qui vendent du rêve aux jeunes générations. Le risque serait qu’ils tombent entre les griffes de prédateurs pédophiles mais aussi qu’ils finissent par vénérer ces pseudos influenceurs qui exhibent leur nudité ou leurs biens matériels sans aucun tabou. Cette façon d’agir est aussi une méthode marketing pour vendre davantage de produits et ainsi gagner des sommes exorbitantes sans le moindre effort.

Beaucoup de jeunes filles dans la précarité et souvent issues de quartiers populaires sont fascinées par la beauté mais aussi le train de vie de ces influenceurs. Pour pouvoir se payer de beaux sacs ou de la chirurgie esthétique, elles se tournent vers la prostitution qui permet de se faire énormément d’argent en très peu de temps. 

Quant aux jeunes garçons, eux, vont dealer de plus en plus et ainsi être aux commandes de gros bolides, porter des montres luxueuses, etc.

Ce phénomène touche de plus en plus de jeunes qui n’arrivent plus à discerner le vrai du faux et sont ainsi hypnotisés par l’illusion des réseaux sociaux! Ils rêvent d’avoir la même vie que leurs idoles qui sirotent toute l’année leurs cocktails au bord d’une piscine sous un soleil de plomb…

Mais derrière cette image idyllique, se cache une réalité bien différente…

Bondyblog a interrogé Samy qui est éducateur dans une cité de Montreuil, en France. Il suit de près l’évolution du phénomène et l’explique par un sentiment de frustration dans les quartiers : « Les garçons comme les filles ont grandi dans des tours HLM en voyant leur mère faire des ménages et leur père trimer au chantier. Ils veulent faire de l’argent facilement à l’heure où on est imprégné par les marques, le luxe et les voyages. » D’après lui, les jeunes sont en perte d’identité dans une société où tout se consomme, y compris le sexe. Les raisons sont multiples, entre décrochage scolaire, appât du gain, etc. » 

Les ados et les plus jeunes qui sont confrontés tous les jours à des modèles virtuels de beauté tentent de reproduire les mêmes faits et gestes que leurs idoles en publiant des photos ou des vidéos provocantes. Nous pouvons aujourd’hui observer de jeunes filles d’à peine 7-8 ans se déhancher de façon vulgaire sur TikTok. Elles mettent en scène leur corps d’enfant, souvent maquillées et vêtues de tenues trop légères pour leur jeune âge, dans des positions d’adultes et laissant apparaitre leurs formes. Tout est fait pour mettre en valeur ce qui attire les hommes chez une femme.

Ce qui pose un véritable problème d’hypersexualisation précoce et engendre bien entendu de la pédopornographie numérique. Ce phénomène touche beaucoup plus les jeunes filles et malheureusement l’hypersexualisation va contribuer aux violences faites aux femmes. De plus, l’attitude de ces jeunes et l’exposition à outrance de leur nudité va accroitre leurs complexes et ainsi les rendre sensibles aux regards des autres.

A l’inverse, recevoir trop de compliments va gonfler leur égo et créer des personnages narcissiques. Pour contrer cela, aujourd’hui, est né un mouvement de femmes dans le monde défendant le « no make up ». L’idée est d’apprendre à s’aimer au naturel et de cette façon elles revendiquent ne plus vouloir subir cette pression sociale.

Ce mouvement pourrait aider beaucoup de jeunes filles à s’accepter telles quelles et enfin sortir de leur souffrance due à leurs complexes souvent accentués par les réseaux sociaux.

Le like bientôt masqué sur Instagram… 

L’application a annoncé récemment que l’affichage des likes ne serait plus public tout comme le compteur de vues des vidéos postées. L’objectif est ainsi de permettre d’enlever la pression du nombre de likes qu’un message peut recevoir.

«  Une décision qui devenait plus que nécessaire » souligne auprès de L’Express Michael Stora, psychiatre spécialiste d’Internet et des mondes numériques. « Car au-delà du simple clic, ce processus de « likes » peut devenir dangereux pour la santé mentale des utilisateurs les plus fragiles. » 

Il faut absolument une prise de conscience collective. Les parents sont responsables de leurs enfants et doivent impérativement être vigilants quant à l’utilisation excessive des réseaux sociaux mais aussi du contenu visité et partagé afin de détecter à temps les dérives qui peuvent avoir lieu et éviter des conséquences pouvant être désastreuses : cyber-harcèlement, hypersexualisation précoce, pédo-criminalité,…

                                                                                                                                                                             I.S

Pour en savoir plus

Un jeune sur trois est victime d’harcèlement

Insultes, moqueries, violences physiques et psychiques, chantage, rumeurs, rejets, incitation à la haine… Voici les sévices psychologiques que certains jeunes font subir à d’autres quotidiennement. Aujourd’hui, en Europe, les études concluent que 15% des jeunes scolarisés seraient concernés par ce phénomène. En Wallonie-Bruxelles, 35 % des jeunes seraient victimes de harcèlement et souvent, cela passe sous silence. Mais comment peut-on expliquer ce phénomène ? Quelles en sont les conséquences ? Que peuvent mettre en place les parents ainsi que l’établissement scolaire ? 

Quand peut-on parler d’harcèlement?

La plupart des chercheurs s’accordent à dire que le harcèlement se définit par 3 caractéristiques :

  • Une conduite inadaptée d’un élève ou un groupe d’élèves envers l’autre dans le but de nuire.
  • La répétition des faits dans la durée.
  • Le déséquilibre des forces (dominant/dominé).

Le harcèlement scolaire peut avoir lieu en classe, au réfectoire, à la récréation et souvent peut se poursuivre en dehors des murs de l’établissement. 

Par exemple, vers le chemin du retour à la maison, dans les moyens de transports ou via les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter…). Un seul élève peut être l’auteur du harcèlement mais parfois il peut s’agir d’un groupe de jeunes qui s’acharnent sans relâche sur la victime. Le phénomène débute déjà à l’école maternelle mais est beaucoup plus fréquent en primaire et secondaire. Souvent, le harcèlement qui a lieu à l’école se poursuit de façon virtuelle. Il s’agit de la propagation numérique des faits.

« L’omniprésence des réseaux sociaux fait planer l’ombre du harcèlement hors du temps scolaire, jusqu’au domicile. »

François Joliet

Le cyber-harcèlement

96% des 12/18 ans utilisent internet en Belgique. Aujourd’hui, les réseaux sociaux occupent une grande place dans la vie de nos ados ainsi que des gens de tout âge. Internet est un outil formidable qui a permis la réalisation de choses qui n’étaient pas envisageables dans le passé mais à condition de l’utiliser à bon escient !

Malheureusement, à l’ère des réseaux sociaux, le cyber-harcèlement existe bel et bien et il va souvent de pair avec le harcèlement scolaire. En effet, certains jeunes subissent un déferlement de propos haineux et de moqueries au quotidien à la suite de la publication d’une photo, d’un article ou même d’un sujet déjà abordé sur les bancs de l’école. Le but de l’auteur étant d’offenser, d’intimider ou de menacer sa victime. 

Ce qui est spécifique au cyber-harcèlement, c’est que l’auteur se sent surpuissant derrière son écran. Par conséquent, l’auteur ose davantage et n’a pas de limite qui le freinerait.

Dans l’affaire du meurtre d’Alisha, 14 ans, lundi 8 mars à Argenteuil, une photo intime de la victime avait été partagée sur le groupe Snapchat de la classe. Suite à cela, sont nés des tensions entre la victime et ses camarades. Quelques jours plus tard, Alisha a été retrouvée morte dans la Seine avec de nombreux hématomes au visage et dans le dos…

L’influence de la pornographie

Aliya, 13 ans, dit se sentir « moche ». Un jeune homme s’intéresse à elle sur les réseaux. Après quelques conversations, une complicité naît et elle commence à éprouver des sentiments pour lui. Il lui demande d’envoyer une photo d’elle nue. Elle refuse mais il insiste et lui dit que si elle ne l’envoie pas, ce serait fini entre eux ! Elle finit par céder…  Les demandes sont quotidiennes, parfois plusieurs fois par jour. Il la menace d’afficher ses photos si elle arrête ! La gamine pleure, se renferme sur elle-même, n’a plus goût à rien. Elle n’ose pas parler, parce qu’elle sait qu’il ne fallait pas envoyer la première photo. Elle a cédé. C’est sa faute, pense-t-elle. À bout de souffle, elle se scarifie à l’école et s’évanouit…

Véronique Agrapart, sexologue, interrogée par le Huffington post explique :  » C’est devenu courant de demander des photos de ‘nude’ aux jeunes filles. Au secondaire, mais aussi au primaire. Les garçons disent : « Si on sort ensemble, tu dois m’envoyer des photos de toi nue, sinon tu ne me fais pas confiance…Il faut replacer les notions d’émotion, de pudeur, de confiance auprès de cette jeune population qui est influencée par les vidéos pornographiques qu’ils trouvent en moins de dix secondes sur Internet. L’accès au porno à cet âge est dévastateur ! S’ils n’avaient pas accès au porno de la sorte, ils n’inventeraient pas de telles mises en scène  »

Les dommages engendrés sont désastreux

Dépression profonde, suicide, meurtres sont des faits relatés tous les jours par les médias. Les victimes subissent un véritable calvaire et sont généralement silencieuses car elles craignent les représailles. La victime traine des pieds pour aller à l’école. Ses résultats scolaires chutent ! L’enfant souffre en silence à en perdre l’appétit, à en devenir insomniaque. Il se plaint régulièrement de maux de ventre et se replie sur lui-même. 61% des victimes auraient même eu des idées suicidaires. 

« Tony Jean, 19 ans, raconte avoir commencé à être harcelé dans les vestiaires du collège. Je me suis aussi fait voler trois téléphones en l’espace d’un an. Le médecin qui lui a diagnostiqué une dépression lui fournit un traitement médicamenteux. Mais le traitement ne fonctionne pas et le jeune homme tombe dans l’alcool, la drogue et abuse des médicaments. Un jour, il fait une tentative de suicide… »

Quant à Nora, elle était chez un ami, lorsqu’elle a senti qu’il était arrivé quelque chose à Marion 13 ans. Elle rentre précipitamment chez elle, et découvre sa fille pendue… Elle a laissé une lettre destinée à ses camarades de classe où elle racontait les insultes qu’elle subissait. 

« On a découvert que la veille de sa mort, elle avait été prise à partie par tout un groupe durant le cours… Durant toute l’après-midi, ils n’ont eu de cesse de l’appeler, de la harceler, de lui faire des menaces de mort dans la cour. On lui a dit : « Si tu reviens demain, t’es morte ! », on lui a dit : « Va te pendre ! »  Et les adultes en qui elle avait confiance ont laissé faire ».

« Thomas, 17 ans, victime d’homophobie, s’est donné la mort en se pendant avec ses lacets de chaussures. C’est son grand frère qui a fait la macabre découverte. L’adolescent était victime de harcèlement. »

« Dinah, une adolescente de 14 ans, s’est pendue après avoir été harcelée à l’école pendant plusieurs années. »

Que faire?

Les parents doivent impérativement communiquer tous les jours avec leurs enfants. Essayer de comprendre pourquoi leur enfant adopte cette attitude. Qu’est-ce qui provoque ce changement de comportement soudain ? Mener une enquête auprès de l’établissement scolaire et des proches de la victime (frères/sœurs/ami.e.s). Surveiller la fréquence d’utilisation d’internet chez les mineurs ainsi que le contenu des sites visités car le harcèlement existe sur les réseaux sociaux mais aussi la pédocriminalité et la pornographie ! Les parents se doivent d’être très vigilants quant à l’utilisation excessive d’internet par leurs jeunes enfants et leurs ados.  Se poser des questions si son enfant perd beaucoup trop souvent ses affaires personnels et électroniques, s’il demande trop d’argent, il pourrait être victime de racket.

Une fois le harcèlement détecté, prendre contact avec les responsables de l’école.  Sur les réseaux sociaux, bloquer la ou les personnes toxiques et ne pas répondre à leurs provocations.  Encadrer son enfant et le soutenir dans cette épreuve difficile surtout à un âge ou leurs émotions et leur sensibilité est fragile. Un âge où les jeunes se construisent et sont rapidement déstabilisés. 

Actuellement, les écoles ont mis en place des cellules psychologiques avec des professionnels pour lutter contre ce phénomène qui gangrène les établissements scolaires et peut s’avérer très grave si les choses ne sont pas prises en main à temps.

Dans certaines classes du secondaire, le titulaire crée un groupe WhatsApp dans lequel les élèves peuvent échanger des informations concernant certains cours lors d’une absence, ou pour avoir davantage d’informations sur un devoir ou une leçon.

Les professeurs se doivent d’être vigilants et surveiller le contenu des échanges et veiller à ce qu’il n’y ait pas de dérives car cela pourrait passer inaperçu. 

Que faire si mon enfant est responsable de cyber-harcèlement?

  • Essayer de comprendre son comportement. Ensuite, l’aider à prendre conscience des faits.
  • Si le dialogue s’avère difficile, consulter des professionnels.
  • Si le harcèlement a lieu à l’école, rentrer en contact avec le centre PMS ou le titulaire/direction. 
  • S’il a lieu sur les réseaux sociaux, contrôler le temps passé devant son écran ainsi que le contenu des échanges avec ses camarades.
  • Appliquer des sanctions non violentes et adaptées et lui demander de s’excuser auprès de la victime.

Enfin, il convient de rappeler que le harcèlement est interdit et est puni par la loi. Les victimes et leurs familles peuvent donc porter plainte. Le code pénal, article 442 bis, prévoit une peine d’emprisonnement ou une amende. Pour un mineur, certaines sanctions peuvent être décidées par le Tribunal de la Jeunesse afin de lui faire comprendre la gravité des actes commis et de le responsabiliser par rapport à ceux-ci. Exemples de sanctions : des travaux d’intérêt général, une réparation des dommages, etc.

La fédération Wallonie-Bruxelles a lancé plusieurs numéros verts d’écoute et d’assistance pour les parents d’élèves touchés par le harcèlement scolaire.

I.S.

Pour en savoir plus: