Hajj 2022: la mort annoncée des agences?

Après deux ans de suspension du Hajj suite à l’épidémie de coronavirus, l’Arabie Saoudite avait annoncé qu’elle autoriserait la venue d’un million de musulmans à travers le monde, afin de participer au grand pèlerinage de la Mecque. Pèlerinage qui débutera le 8 juillet prochain. En Belgique, le quota de pèlerins annoncé, mais sans aucune certitude, était en moyenne de 1000 personnes.

Selon le site Motawif : « La saison du Hajj reprend avec beaucoup de précautions après le Covid-19. Le Hajj de cette année sera limité en nombre de pèlerins afin de garantir la sécurité de tous. »

Suite à cette annonce, les personnes inscrites sur les listes des agences agréées découvrent les tarifs approximatifs du voyage avec des prix à la hausse comparés aux années précédentes. Mais également, les conditions d’entrée sur le territoire saoudien : 

  • Être âgé de moins de 65 ans
  • Présenter un schéma vaccinal complet 
  • Présenter un test PCR négatif de moins de 72h

Pour l’édition du « HAJJ 2022 », les autorités saoudiennes se sont montrées imprécises et confuses concernant l’organisation et les décisions à venir pour les pèlerins venant d’Europe et d’Amérique,… L’incompréhension et l’inquiétude se fait sentir auprès des agences… Les informations transmises arrivant au compte-goutte et sans aucune affirmation, ont mis les responsables des agences de voyage dans une situation complexe. Compte rendu de cette situation inédite et non rassurante, certains, dont Tayba Travel située à Bruxelles, ont pris la lourde décision de suspendre leur programme du Hajj 22.

Une annonce à trois semaines du départ…

A trois semaine du départ, alors que les voyageurs sont toujours dans le flou, les autorités saoudiennes annoncent brutalement le lundi 6 juin, l’ouverture électronique de l’édition du Hajj 2022 pour les pèlerins européens, américains et australiens à travers le site : www.motawif.com.sa

Cette annonce est un coup de massue, non seulement pour les agences mais aussi pour les pèlerins prêts à effectuer « le Grand Voyage de leur vie ». 

En effet, les agences agréées ne peuvent plus fournir de visas aux voyageurs qui doivent désormais passer par cette plateforme qui, elle, procédera dorénavant par tirage au sort électronique des candidats.

Après la mise en ligne du site Motawif, les différents tarifs ont été annoncé vendredi 10 juin en fin d’après-midi. Actuellement, il existe 3 packages pour la Belgique pour un séjour de 15 jours : 

  • Le Silver Hospitality Package : 3915 euros/personne
  • Le Golden Hospitality Package : 4090 euros/personne
  • Le Platinum Hospitality Package : 7207 euros/personne 

Les prix affichés incluent uniquement le visa, les nuitées à la Mecque dans un hôtel 5 étoiles situé à une distance de 2,4 km de la mosquée. Il y a entre autres, les visites et nuitées à Mina, Muzdalifa et Arafat en demi-pension. 

Ne sont pas compris dans les tarifs : le vol, les nuitées à Médine, les visites des lieux historiques ainsi que le transfert vers la ville de la Mecque.

Selon Motawif :  « Des prix supplémentaires seront applicables et payables par le client sur place s’il souhaite bénéficier des services de transport après le Hajj »

Motawif assure aussi que : « Trois chefs par groupe se relaieront pour assurer un soutien 24 heures sur 24  avec l’accompagnement d’une autre équipe . Le tout pour assurer aux fidèles un Hajj confortable et réussi  » 

Le tirage au sort qui sélectionnera les pèlerins a eu lieu ces lundi 13 et mardi 14 juin. Les voyageurs sélectionnés devrons effectuer le versement du montant total de leur séjour sous 48h via leur carte de banque, visa ou mastercard. Si celui-ci n’est pas effectué dans les délais, le candidat risque de perdre sa place. 

Quel impact pour les agences et les futurs pèlerins? 

Les agences qui souffrent de la crise Covid depuis 3 ans, se retrouvent à devoir rembourser la totalité des acomptes payés par les pèlerins pour l’édition 2022 ainsi que ceux inscrits depuis l’avant Covid et qui n’ont pu s’y rendre suite à la crise sanitaire. Quant aux agences qui ont déjà versé des cautions aux hôtels ainsi qu’aux prestataires sur place, celles-ci auront, bien évidemment, plus de difficultés à rembourser leurs clients. 

Aujourd’hui, les agences compteront vraisemblablement sur la Omra pour survivre, mais cela ne sera pas forcément facile car désormais tout le monde peut se procurer un visa en ligne et organiser son voyage à sa guise. Il aurait été plus judicieux de la part des autorités saoudiennes de convoquer les principaux concernés afin d’éviter toute catastrophe économique. 

Trop peu d’informations

Le Hajj étant le cinquième pilier de l’islam, chaque musulman qui a les moyens financiers et les capacités physiques, est tenu d’effectuer ce voyage au moins une fois dans sa vie.  Aujourd’hui, les pèlerins sont contraints de passer par cette nouvelle plateforme qui procède par loterie sans tenir compte de plusieurs points, notamment les pèlerins dépendants d’autrui tels que les personnes à mobilité réduite, les femmes veuves ou célibataires,… Les délais sont aussi beaucoup trop courts pour s’organiser. Cela génère beaucoup d’inquiétudes et de doutes. A deux semaines du grand départ, tout n’est absolument pas transparent, il manque beaucoup d’informations et de détails sur le déroulement du séjour sur place. Selon le responsable de l’agence Tawhid située à Bruxelles, il serait plus raisonnable d’attendre avant de s’engager dans cette aventure qui pourrait bouleverser les personnes qui préfèrent l’encadrement et les services offerts par les agences. En effet, les pèlerins risquent d’être livrés à eux-mêmes en cas de problème sur place ou de rapatriement d’urgence. 

Si l’Arabie saoudite s’est permise de lancer ce Hajj « nouvelle génération » cette année c’est pour une raison bien précise. Le nombre de pèlerins étant limité, cela faciliterait la gestion des données et de l’organisation sur place. Néanmoins, les autorités saoudiennes pourront apprendre de leur expérience et améliorer divers points afin d’accueillir confortablement les pèlerins les années à venir… 

Mais pour quelle raison l’Arabie Saoudite prend cette décision ?

Le pèlerinage à la Mecque est la seconde source de revenus du Royaume saoudien après le pétrole. Il génère jusqu’à 18 milliards de dollars chaque année. 

C’est un véritable commerce lucratif pour le pays mais aussi pour certaines sociétés privées dont les sociétés qui gèrent le séjour à Mina, les agences de voyage etc… Chaque année, le consulat saoudien délivre gratuitement des milliers de visas « Hajj » aux agences de voyages accréditées par le ministère et qui, elles, les revendent aux pèlerins à des prix parfois exorbitants. Aujourd’hui, l’état saoudien a décidé d’avoir une main mise sur l’organisation du hajj afin de contrôler les abus mais aussi d’avoir le monopole du marché. Finalement, les prestations affichées sur la plateforme mise en ligne ce 10 juin, sont tout aussi onéreuses que celles proposées par les différentes agences de voyage. Cette stratégie viserait à remplir davantage les caisses de l’état étant donné qu’il n’y aurait plus d’intermédiaires. 

Le prince Mohammed Ben Salman a lancé en 2016 le plan « Vision 2030 » afin de diversifier l’économie du pays et ainsi préparer le royaume à l’après pétrole. 

L’Arabie Saoudite prévoit d’augmenter le nombre de pèlerins qui passera de 9 millions à 30 millions d’ici 2030 pour le Hajj mais aussi la Omra qui a lieu durant toute l’année. Soit une recette de 90 milliards de dollars par an. En 2012, le nombre de pèlerins dépassait les trois millions de personnes. L’état ne cesse d’investir des sommes colossales pour agrandir la mosquée sacrée et construire de plus en plus d’hôtels luxueux tout autour afin d’être apte à accueillir davantage de monde. Cependant, la plupart des pèlerins voyagent de pays en voie de développement.

Avec une loterie en ligne dans certains pays, et davantage de taxes imposées par l’état saoudien, le Hajj devient un voyage presque inaccessible vu les contraintes et la hausse des prix années après années. Certains regretteront aussi amèrement le temps des agences qui mettaient tout en œuvre pour le bien-être et l’intérêt des pèlerins.La plateforme Motawif sera-t-elle une alternative aux agences spécialisées? Seul l’avenir nous le dira… Désormais, une nouvelle ère commence, celle de l’après COVID…

                                                                                                                                                         I.S

Pour en savoir plus :

Au-delà des mots, la sacralité de la Maison de Dieu

Il existe un lieu et un moment pendant lequel toute l’humanité peut se reconnecter à l’héritage d’Ibrahim (Paix sur lui), prendre du recul sur sa vie, réviser sa façon de penser et d’agir en toute quiétude, de prendre conscience de qui nous sommes.

Au cœur du Sacré

Alors que presque partout dans le monde, l’humanité est déchirée par des conflits; dans ce lieu sacré qu’est la Maison de la Mecque, Al-Ka’ba,[1] chacun peut trouver un lieu de paix, une bulle de miséricorde.

C’est au cœur de ce lieu sacré que tout croyant ressent la toute Grandeur de Dieu, la Toute Puissance du Maitre des Mondes. Ce lieu, nous renvoie à une histoire commune, à travers la prophétie d’Ibrahim (Paix sur lui), l’origine du culte monothéiste. C’est la première Maison offerte à l’humanité pour nous rappeler que nous sommes une seule et même famille humaine.

L’importance d’un lieu ou objet sacré est nécessaire car celui-ci a une réelle efficacité du fait qu’il contribue à nourrir la foi. Ainsi, le sacré implique la reconnaissance de l’être transcendant comme une réalité et de l’univers comme le fruit d’une Essence Créatrice Toute Puissante. En quelques mots, le lieu (ou objet) sacré assure la médiation entre l’Homme et le Divin. Dès lors, l’union de la parole et du geste constitue l’essence du sacré, mais aussi un profond engagement envers Dieu : le servir uniquement, réaliser sa vocation de vicaire (khalifa)[2] et honorer son dépôt (al-amanah)[3].

« Je réponds à Ton appel, mon Dieu, oui, j’y réponds ! »

Le pèlerinage, un des piliers de l’Islam permet de se découvrir, d’avoir une connaissance profonde de soi, de se nourrir spirituellement comme on cultiverait un jardin privé. Le voyage de toute une vie qui prend alors sens et trouve une harmonie dans son rapport à soi, aux autres, à l’univers et au Créateur de toute chose. Ce cheminement personnel se vit en collectivité, au milieu des Hommes, dans une communauté unique – au-delà de toutes appartenances ethniques ou culturelles – dirigée vers un même point, vers une direction originelle, vers le même destin.

La Ka’ba.Derrière cet objet sacré, cet édifice, impressionnant, fascinant, se cache la grandeur du Créateur. Il nous rappelle qu’Il est le Puissant, le Maitre, le Grand, l’Unique. « Seigneur ! Nous sommes faibles et nous sommes soumis ! » Voilà ce que nos cœurs battent à la chamade au rythme de nos pas autour de Sa Maison. Cet aveu salutaire est le message d’un retour vers Lui. Notre regard agit comme un aimant vers cette Maison, attiré inlassablement, au point que son image s’inscrit sur nos rétines. Chaque battement de nos cœurs répond à l’appel du Divin.

Ainsi, l’héritage de nos Prophètes et Messagers résonne en nous et anime de leurs passages passés ce lieu béni, et ce jusqu’à la fin des temps.

Toute personne ayant visité ce lieu sacré, restera à jamais marquée dans son cœur par le désir ardent un jour d’y retourner…

« Cette connexion a fait s’incliner vers la Ka’ba les cœurs des mondes, elle a distillé de l’amour pour elle dans les âmes ainsi qu’un profond désir de la voir. Elle est le lieu de rendez-vous de ceux qui aiment Allah, et jamais leur soif n’est assouvie. A chaque visite de la Ka’ba, le désir de la revoir se fait plus fort, la soif n’est pas étanchée et la distance n’y change rien. »[4]   

                                                                                                                      Najoua


[1] La Ka’ba est la Maison d’Allah, elle se situe au centre de la Mosquée sacrée (al-Masjid al-haram). Il s’agit d’une maison cubique composée d’un toit et de murs asymétriques : la longueur du mur comportant la porte est de 11,68 m.

[2] Lieutenant, successeur. L’homme est appelé dans le Coran le Khalifa ou lieutenant de Dieu sur Terre.

[3] En tant que Khalifa, l’homme a reçu une charge ou amana dont il doit s’acquitter.

[4] Tiré du livre de Mahmud al-Dawsari, Tout savoir sur la Ka’ba. Editions al-hadith, 2015. Extrait p.31/32