Le train des enfants

1994, Amerigo Benvenuti, grand virtuose du violon, s’apprête à monter sur scène lorsqu’il apprend le décès de sa mère. Les souvenirs ressurgissent alors… il se remémore son enfance avec elle.

Avec dignité et beaucoup de retenue, sa mémoire se met à nu, invitant le spectateur à plonger avec lui dans l’Italie des années 40.

Ce long métrage relate un pan de l’Histoire méconnu, voire inconnu, de l’Italie d’après-guerre :  pour échapper à la misère et pauvreté sévissant à cette époque, des dizaines d’enfants du sud sont envoyés par train dans le nord de l’Italie au sein de familles aisées qui leur offrent de meilleures conditions de vie.

Tragédie de guerre, ce film dépeint une Italie qui a terriblement souffert de la seconde guerre mondiale, entre l’angoisse du fascisme et la promesse communiste d’un avenir meilleur. Mais comme dans toute guerre, les pires séquelles ne sont pas les plus visibles…

La très belle mise en scène et mise en lumière ont une répercussion certaine sur le rendu réaliste des ruelles de Naples. De plus, elles contribuent à révéler, avec habileté, le tiraillement d’Amerigo entre son attachement familial et la promesse d’une vie meilleure où la faim et la désolation n’auront plus droit de cité.

Ce drame de séparation, ne laissera définitivement pas le spectateur indifférent et le soumettra indubitablement à la question : « Et moi, qu’aurais-je fait si j’avais été à sa place ? »  La vie contraint parfois les êtres à poser des choix aux répercussions dont la douleur n’a d’égal que la souffrance qu’elle enfante. 

« Parfois, ceux qui te laissent partir t’aiment plus que ceux qui te gardent. » Cette réplique du film en est une parfaite illustration.

Ce film touchant et puissant fait la promesse de moments poignants mais aussi d’optimisme et de foi en l’être humain où les valeurs de solidarité, de tendresse et d’humanité tout simplement sont présents. 

L.M.

A découvrir sur Netflix.

Des vies froissées

L’automne s’installe doucement, la saison pluvieuse arrive à petits pas, les sorties se font plus rare. Le mois de novembre donne place aux soirées-ciné. Blottie dans mon fauteuil et enveloppée d’un plaid molletonné, je décide de regarder un film sur Netflix pour, pourquoi pas, écrire mon prochain article.

« Alors, que choisir ? Dahmer ? » Série qui fait exploser l’audimat depuis sa sortie en octobre… ça en dit long sur l’état de notre société quand on sait que ce Dahmer est un psychopathe sanguinaire, tueur en série…

« Quoi d’autre ?  Certainement pas une super production hollywoodienne ! » Je préfère de loin le cinéma international. Mon choix est fait, je me tourne vers la Turquie.

Il fait nuit noire, tout le monde dort, les écouteurs bien positionnés, j’appuie sur enter et plonge dans les rues pittoresques d’Istanbul pendant 97 minutes. 

Mehmet, qui a grandi dans la rue, est aujourd’hui un jeune homme qui dirige une déchetterie dans un quartier délabré de la capitale. Equipé d’un chariot et avec l’aide de ses « employés » de fortune, il récolte des déchets de toutes sortes dans les poubelles de la ville qu’il revend afin de pouvoir survivre. Très sensible au sort des enfants des rues, on découvre un Mehmet au grand cœur partageant la souffrance de ces gamins livrés à eux-mêmes. Bienveillant et très apprécié par ces jeunes, il n’hésite pas à se montrer généreux avec eux.

Un jour, Mehmet découvre, caché dans son chariot, un petit garçon, Ali, abandonné par sa mère. Très vite, il se prend d’affection pour lui et fera tout pour l’aider à la retrouver.

Le pitch énoncé, on peut être amené à penser que l’auteur signe, au pire un mélodrame larmoyant, au mieux, un film social dénonçant les coulisses d’une Istanbul peu florissante où tentent de survivre des enfants et ados tristement abandonnés à leur sort. 

Et pourtant, la thématique des enfants des rues ne constitue que l’ossature sur laquelle se greffera le thème principal du film : la blessure de l’abandon.

Un récit qui révèle avec une justesse cruelle la déchirure, la douleur poignante, intense et omniprésente liée à l’abandon. L’auteur met en scène de façon éclatante et brillante cette pauvreté obscure dans laquelle baignent ces enfants et adolescents abandonnés. 

Nul besoin de comprendre le turc pour apprécier la bande originale émouvante et mélancolique.  La qualité de la réalisation et le choix des prises de vue détrônent de loin les blockbusters made in USA. Sans parler de la performance des acteurs qui est juste brillante. Quant au protagoniste principal, il n’interprète pas la palette d’émotions qui traverse le film… il les incarne.

Que dire de la fin ? Inattendue, saisissante, bouleversante. Bref, grandiose! 

Clap de fin.

« Comment les enfants abandonnés peuvent-ils se (re)construire ?, 

Comment peuvent-ils guérir, ou du moins, panser la blessure de l’abandon ?,

Comment penser à l’avenir quand le passé les hante ?,… »

Un film qui résonnera en vous tout comme il résonne encore en moi longtemps après le clap de fin…

L.M.

Des vies froissées, un film de Can Ulkay, sorti le 12 mars 2021 sur Netflix.