Les écoles juridiques en Islam : cultiver la pensée critique et la tolérance intellectuelle

L’islam, religion dynamique et complexe, est dotée de principes et de méthodologies pour interpréter et appliquer ses enseignements dans la vie quotidienne. Au cœur de cette dynamique se trouvent les écoles juridiques, également connues sous le nom de « madhhab ». 

Ces écoles, au nombre de quatre, ont émergé pour répondre aux défis posés par l’éloignement temporel de l’époque du Prophète Muhammad, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui (PBDL). Aujourd’hui, elles continuent à guider les musulmans dans leur pratique religieuse. 

L’émergence des écoles Juridiques 

À mesure que l’époque du Prophète s’éloignait, la nécessité de répondre à des questions complexes devenait de plus en plus pressante. Avec la disparition des proches du Prophète (PBDL), la compréhension directe des enseignements de l’islam devenait plus difficile. C’est ainsi qu’est née la science du fiqh, l’interprétation juridique de la loi islamique. 

Les juristes spécialisés dans cette science ont formé des écoles juridiques pour systématiser les interprétations et fournir des réponses aux questions juridiques en évolution.

Principes des écoles juridiques

Les écoles juridiques se fondent sur deux sources principales : le Coran et la Sunna (les enseignements et pratiques du Prophète Muhammad (PBDL).

Ces sources fournissent des directives claires ainsi que des textes sujets à interprétation. 

Les juristes (oulémas) distinguent entre les textes indiscutables (qat‘î) et ceux sujets à interprétation (zannî), nécessitant une analyse minutieuse pour en extraire les jugements appropriés. Pour parvenir à ces jugements, les juristes utilisent différentes méthodologies, telles que l’ijtihâd (effort d’interprétation) et le qiyâs (analogie). Chaque école a ses propres principes et méthodologies, mais toutes sont ancrées dans les textes authentiques du Coran et de la Sunna.

Les quatre grandes écoles 

Les quatre principales écoles juridiques sont : hanafite, malikite, shaféite et hanbalite, fondées respectivement par Abu Hanifa, Malik ibn Anas, Al-Shafi’i et Ahmad ibn Hanbal.

Bien qu’il existe d’autres écoles moins répandues, ces quatre ont résisté à l’épreuve du temps et sont largement suivies par la majorité des musulmans sunnites.

Choix de l’école juridique 

Chaque musulman est encouragé à connaître la règle de la charia avant d’entreprendre une action. Tant que la règle est issue d’une des quatre écoles ou est soutenue par des savants reconnus, chacun est libre de suivre l’école ou la règle de son choix, sous certaines conditions. Il est essentiel de ne pas causer de division parmi les musulmans, de comprendre précisément la règle et de ne pas choisir en fonction des désirs personnels.

Opportunité d’avoir un esprit critique 

Le fait d’avoir ces quatre écoles juridiques offre une opportunité précieuse d’exercer un esprit critique et de favoriser la diversité d’opinions au sein de la communauté musulmane.

Il est primordial de respecter les différents avis et de reconnaître que l’émission d’un seul avis peut être une forme de manipulation de l’esprit, limitant ainsi l’ouverture à d’autres perspectives.

En conclusion, les écoles juridiques en Islam fournissent un cadre précieux pour l’interprétation et l’application de la loi islamique dans divers contextes. Bien que chacune ait ses propres spécificités, toutes sont ancrées dans les textes sacrés du Coran et de la Sunna. Choisir une école juridique nécessite une compréhension approfondie des principes et des conditions énoncées, mais pour la majorité des musulmans, suivre l’école dominante dans leur région peut être la solution la plus pratique. En fin de compte, la recherche de la vérité et la pratique de la religion dans le respect des principes établis par les érudits sont essentielles pour une vie musulmane épanouie.

Dis: « Si la mer était une encre [pour écrire] les paroles de mon Seigneur, certes la mer s’épuiserait avant que ne soient épuisées les paroles de mon Seigneur, quand même Nous lui apporterions son équivalent comme renfort. » (sourate la caverne v.109)

Hana Elakrouchi

Le dilemme du prisonnier

Comprendre le dilemme du prisonnier permet de mieux saisir les enjeux les plus complexes tant économiques, géopolitiques, sociologiques, sociaux que boursiers…. Les politiciens, économistes et traders s’en servent pour anticiper des actions. Ce dilemme nous aide à voir plus clair sur leurs stratégies de décisions. 

Dans ce contexte de guerre Israélo-Palestinienne, un cessez-le-feu immédiat permettrait moins de pertes humaines et économiques.

Le dilemme du prisonnier permet de nous rendre compte pourquoi tant que la communication et la confiance n’est pas instaurée, cet équilibre ne sera jamais atteint. La main invisible d’Adam Smith renforce notre compréhension en expliquant que l’intervention de l’Etat est très mauvaise pour la santé économique du pays.

Aussi, dans l’actualité sur les débats des agriculteurs, l’état intercède en augmentant la pression fiscale et réglementaire. Ceci a pour conséquence de tuer les petits agriculteurs et laisser les plus grands sur le marché. De plus, elle importe des produits d’autres pays qui ne subissent pas autant de taxations. L’État tue la concurrence pour créer un marché monopolistique ce qui n’est dans l’intérêt que du monopole qui pourra demander le prix qu’il souhaite. Les clients paieront plus cher pour des consommations de moins en moins locales, les petits agriculteurs n’auront plus de revenus, le chômage augmentera, les grèves continueront et chaque grève coûte plus de 1 milliard en France et plus de 600 millions en Belgique. 

La théorie des jeux : Le dilemme du prisonnier

Il existe un principe (en théorie des jeux), connu sous le nom du dilemme du prisonnier (Albert W. Tucker, 1950) selon lequel deux individus ont toujours intérêt à coopérer plutôt qu’à rivaliser ou à chercher à se détruire mutuellement. 

L’histoire est simple. Je vous raconte?

Cette théorie s’illustre donc par l’histoire de deux prisonniers (P1 et P2) qui se connaissent et se font prendre par la police.

Le juge les prend chacun à part et leur propose de dénoncer leur complice. En échange, il bénéficiera d’un allègement de peine de prison.

Chaque prisonnier a deux choix:

Soit il dénonce son complice. Soit il se tait.

De ces deux hypothèses découlent donc 4 situations hypothétiques:

  1. Les deux prisonniers se dénoncent mutuellement; Chacun risque 2 ans de prison (2;2)
  2. Les deux se taisent. Aucun n’aura de peine de prison (0;0);
  3. Le prisonnier 1 trahit l’autre alors que le prisonnier 2 se tait; dans ce cas, le P1 encourt 1 an de prison et P2, 5 ans de prison (1;5);
  4. Le prisonnier 2 trahit l’autre alors que le prisonnier 1 se tait; dans ce cas, le P2 encourt 1 an de prison et P1, 5 ans de prison (5;1);

On parle de dilemme car chaque prisonnier est conscient qu’il a intérêt à coopérer avec l’autre et à ne pas le dénoncer mais aucun d’eux ne prendra le risque de se faire trahir par l’autre. Il s’agit donc d’un jeu d’équilibre et de confiance.

Par conséquent, en l’absence de communication, les deux prisonniers choisiront instinctivement de se dénoncer mutuellement. L’équilibre, dit de Nash, sera donc que chacun trahisse l’autre (2;2)

Le dilemme est représenté par le tableau suivant:

P1/P2SE TAIRETRAHIR
SE TAIRE(0;0)(5;1)
TRAHIR(1;5)(2,2)

La meilleure des situations serait que tous deux se taisent pour éviter une peine de prison (0,0) et atteindre « l’optimum de Pareto ».

John Nash découvre qu’en réalité, les intérêts individuels ne servent pas les intérêts de la communauté. 

Comprendre la théorie des jeux dont l’introduction se fait toujours par cet exemple du dilemme du prisonnier permet de comprendre les enjeux les plus complexes  tant économiques, géopolitiques, sociologiques, sociaux, que boursiers….

Les politiciens, économistes et traders s’en servent pour anticiper. Elle nous permet de voir plus clair sur leurs stratégies de décisions. 

Dans ce contexte de guerre Israélo-Palestinienne, un cessez-le-feu immédiat permettrait moins de pertes humaines et économiques (= optimum de Pareto).

Mais tant que la communication et la confiance n’est pas instaurée, cet équilibre ne sera jamais atteint.

La main invisible d’Adam Smith

En réalité, bien avant Nash, cette théorie « d’individualisme » a été expliquée à travers « la main invisible » d’Adam Smith.

Ce dernier expliquait que si chacun cherche à atteindre et à maximiser son propre intérêt alors cette recherche contribuera à atteindre l’intérêt général.

Pour mieux comprendre cette main invisible, supposons que vous habitez dans une ville où il n’existe qu’une boulangerie (opérateur téléphonique, un seule commerçant de chaussures…). En l’absence d’intervention étatique, une autre boulangerie entrera dans le marché pour vendre son pain car il y a une demande et des bénéfices à en tirer. Et s’il y a toujours une demande pour du pain, encore une autre boulangerie ouvrira…Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus bénéfice à en tirer pour une nouvelle boulangerie.

Adam Smith explique qu’en l’absence d’intervention de l’état, le libre-échange permet de créer une situation qui profitera à tous les acteurs économiques (boulangeries, état, clients).

  • De la concurrence entre elles. Ainsi, chacune baissera le prix pour attirer un maximum de clients ; l’abaissement du prix profitera aux clients ;
  • L’emploi : toutes les personnes qui travailleront dans ces boulangeries ne seront pas au chômage ce qui profitera à l’état.
  • Du revenu : les boulangers vendront leurs pains et constitueront une entrée de revenu pour elles.

Adam Smith encourage le libre-échange et s’oppose à l’intervention de l’état dans les marchés économiques.

Ainsi dans l’actualité sur les débats des agriculteurs, l’état intervient en augmentant la pression fiscale et réglementaire. Ceci a pour conséquence de tuer les petits agriculteurs et laisser les plus grands sur le marché. De plus, elle importe des produits d’autres pays qui ne subissent pas autant de taxations. L’état tue la concurrence pour créer un marché monopolistique ce qui n’est dans l’intérêt que du monopole qui pourra demander le prix qu’il souhaite. Les clients paieront plus cher pour des consommations de moins en moins locales, les petits agriculteurs n’auront plus de revenus, le chômage augmentera, les grèves continueront et chaque grève coûte plus de 1 milliard en France et plus de 600 millions en Belgique.

Un Jeu d’Équilibre et de Confiance

Nous avons introduit le concept du dilemme du prisonnier. Nous avons compris qu’il existe un équilibre vers lequel les acteurs vont tendre (équilibre de Nash) et que cet équilibre se réalisera parce que les individus cherchent à maximiser leur bien-être individuel (la main invisible d’Adam Smith). 

Dès lors, nous pouvons nous interroger sur ce qui pourrait inciter les acteurs à agir pour l’intérêt général. Qu’est ce qui pourrait faire en sorte qu’on puisse atteindre l’équilibre de Pareto? Après tout, tous les acteurs ont intérêt à chercher cet équilibre puisque c’est bien celui-là qui permette non seulement de maximiser le bien être de chacun mais aussi celui de la communauté.

Comment améliorer la communication entre les acteurs et la confiance en l’autre ? La clé de l’atteinte de cet optimum est donc la foi en l’autre et la bienveillance des uns envers les autres.

La question, désormais qui reste ouverte, est celle de savoir comment atteindre ce degré de foi.

Nelm

350 km pour Gaza : le pari de deux jeunes Bruxellois 

Ce dimanche 4 février, Hamza 25 ans et Aymane, 20 ans donneront le top départ de leur course qui doit les mener jusqu’à Paris. Un challenge qu’ils veulent relever en soutien aux enfants palestiniens. L’objectif est de récolter 100 000 euros qui seront reversés à l’ONG Karama Solidarity. 

Habitués des sports extrêmes et des défis, ils ont déjà effectué l’aller-retour Bruxelles-De Haan (Le Coq) à vélo, gravi le sommet du Mont Blanc, plus haut sommet d’Europe occidentale avec ses 4806 mètres. Mais cette fois-ci, l’objectif est d’aller plus loin et de parcourir à pied la distance séparant deux monuments : l’Atomium à Bruxelles et la Tour Eiffel à Paris. « L’objectif est de courir cette distance en une semaine environ. Nous serons suivis par un van entièrement aménagé. L’ensemble de notre périple sera filmé et diffusé sur les réseaux sociaux par un vidéaste. Nous serons aussi épaulés par un coach soignant sportif. Pour relever ce nouveau défi, nous avons commencé à nous entraîner il y a quelques mois, mais l’actualité à Gaza nous a particulièrement touchés. Nous souhaitions apporter notre contribution et c’est pourquoi nous avons contacté Karama Solidarity qui nous a soutenus dans ce projet. Notre objectif est de récolter 100 000 euros pour aider les enfants palestiniens. Concrètement, ce projet se décline en trois dimensions : une dimension sportive avec cette performance, une dimension humanitaire pour les enfants de Gaza et une dimension spirituelle, parce que nous allons devoir aller chercher au plus profond de nous-mêmes. Il y aura de nombreuses méditations dans ce genre de défi, même si on est en binôme, l’effort est individuel et nos valeurs et principes se révèlent dans ce type de difficultés », insiste Hamza Sedouk

100 000 euros pour les enfants palestiniens

Cet évènement se déroule en partenariat avec l’ONG Karama Solidarity active sur le terrain à Gaza et qui s’engage à utiliser les dons récoltés lors de cet évènement pour améliorer concrètement la vie des enfants en Palestine, en leur fournissant un soutien physique et psychologique. Une aide urgente et indispensable alors que la famine à Gaza semble s’installer. Israël a accusé plusieurs membres de l’UNRWA d’être impliqués dans l’attaque du 7 octobre dernier, entraînant à la suite de cette accusation qui ne se fonde sur aucune preuve, le gel des fonds versés par une douzaine de pays dont les principaux donateurs : les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou encore la Suède. Une décision qui interpelle et qui va au-delà des valeurs d’humanité et de solidarité prônées par ces mêmes pays. Un pied de nez, l’agence onusienne UNRWA est en lice pour obtenir le prix Nobel de la paix… 

Sur le terrain, l’urgence est partout, selon le dernier bilan, plus de 26 000 personnes ont été tuées, 70 % sont des femmes et des enfants, 70 % de la bande de Gaza est complètement détruite et l’ensemble des plus de 2 millions de Gazaouis font face à la famine.

H.B.

Le message de l’Afrique du Sud au monde

Depuis le début de l’année 2024, nous assistons à un évènement « historique » concernant Israël. En effet, un pays se lève contre un autre. L’Afrique du Sud porte plainte contre Israël pour génocide à Gaza auprès de la Cour international de justice (CIJ) à La Haye, le tribunal de l’ONU chargé de régler les différends entre les états. Prétoria met Israël devant ses propres responsabilités et devant son « immunité » indécente concernant les mesures dites « conservatoires », autrement dit les mesures urgentes d’un cessez-le-feu immédiat et l’installation rapide de l’aide humanitaire. 

Avant que les juges ne se prononcent sur le fond de ce procès dont l’absence de couverture médiatique est à déplorer, l’Afrique du Sud, qui n’a probablement rien à gagner sur le plan international, donne à toute l’humanité une leçon de dignité : l’indignation et l’engagement dans la voie de la justice.

L’indifférence : la pire des attitudes

« L’Histoire nous jugera ! » diront les activistes et les résistants face aux injustices de nos sociétés. Les guerres passées et les colonisations, dont on apprenait les causes et les évènements sur les bancs de l’école, devraient nous rendre plus vigilants et plus pro-actifs pour ne plus revivre ces périodes désastreuses sur le plan humain. Et malgré tout, l’émergence des guerres sur des territoires stratégiques se multiplient : Ukraine-Russie, Israël-Palestine, Etats unis et Angleterre-Yémen, Chine-Taiwan,… Ainsi, l’ensemble des principes et des valeurs sur lesquels reposerait la démocratie moderne des pays occidentaux semble vaciller, alors que nous en avons plus que jamais besoin aujourd’hui. Il n’est pas toujours facile de distinguer tous les courants qui nous gouvernent car nous n’avons plus affaire à une petite « élite » mais à un monde économiquement, politiquement et financièrement interdépendant. Nous l’observons clairement : les oppressions, les dictatures, les colonisations, les injustices, les privilèges, les inégalités sont internationales. C’est un vaste monde interconnecté comme jamais encore il n’en a existé, mais il y a des choses insupportables :

Stéphane Hessel[1] écrit : « Le motif de base de la Résistance était l’indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! (…) »

La faculté d’indignation nous permet de veiller, tous ensemble à ce que notre engagement dans la société soit bénéfique et conforme à La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par l’ONU le 10 décembre 1948. C’est notre composante humaine qui fait de nous des êtres doués de raison ; et l’Afrique du Sud l’a très bien compris. 

Stéphane Hessel écrit : « Aujourd’hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. Ce conflit est la source même d’une indignation. »[2]

Elle est devenue la nôtre depuis plus de 4 mois !

Le déclin du courage

Le système occidental dans son état actuel « d’épuisement spirituel », ne présente aucun attrait. L’Afrique du Sud a su tirer profit de son retour sur la scène internationale, avec le développement de nouvelles relations avec les pays du sud et des pays émergents pour nouer des alliances qui y renforcent son rôle et son influence. Après des années d’apartheid, une société multiraciale est parvenue à voir le jour. Aujourd’hui, c’est ce qui lui confère cette autorité morale dont elle jouit, à la fois sur le continent et dans le monde entier.

« Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l’Organisation des Nations unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société tout entière. » écrit Alexandre Soljénitsyne[3]

Même si le courage individuel existe toujours, pour l’auteur, il est absent chez ceux qui donnent une direction à la société : fort à l’égard des pays faibles que personne ne soutient mais faible devant des gouvernements puissants et aux forces menaçantes. L’Afrique du Sud n’adhère pas à ce silence et impose sa voix sur le plan international en termes de droits humains. La valeur juridique de la Cour internationale de justice et sa mise en œuvre dépendra du résultat de ce procès. Ainsi, se joue l’avenir d’une institution internationale qui a été construite depuis plus de 75 ans sur les valeurs de droit et d’équité.

Ce référentiel commun, qu’est le droit international, garde une fragilité ; car sa mise en pratique dépendra des moyens utilisés par chaque pays concerné par la plainte de l’Afrique du sud. Si le génocide n’est pas reconnu par les instances internationales, ce sera le règne de la force : un grand pas vers le chaos et vers la violence absolue.

Enfin, l’affaire du génocide devant la Cour internationale de justice semble aboutir pour l’Afrique du Sud[4], en tout cas elle va jusqu’au bout de sa stratégie de défense, en poursuivant les Etats Unie et l’Angleterre pour complicité dans les crimes de guerre d’Israël à Gaza. A ce jour, deux batailles se jouent, humainement sur cette terre de Palestine et l’autre juridiquement sur la terre du droit international à La Haye…

Najoua


[1]  Stéphane Frédéric Hessel, né le 20 octobre 1917 à Berlin et mort le 27 février 2013 à Paris 14e, est un diplomaterésistantécrivain et militant politique français d’origine allemande. Indigné par le nazisme, il devient militant et s’engage dans la résistance au temps de la seconde guerre mondiale. Auteur d’un essai « Indignez-vous ! ». Edition : indigène. P.11

[2] « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel. Edition : indigène. P.17

[3] Pour en savoir plus : Livre « le déclin du courage » de Alexandre Soljénitsyne.  Editions : Les belles lettres. P.22. Le discours peut être lu sur le site www.perspective.usherbrooke.ca.  Discours de Harvard, juin 1978, devant la 337 ième promotion de la très ancienne université d’Harvard.

[4] www.rtbf.be/article/la-plainte-deposee-par-lafrique-du-sud-contre-israel-pour-denoncer-des-actes-genocidaires-devant-la-cour-internationale-de-justice-pourra-t-elle-aboutir?

Les visiteurs en 2023 (épisode 2)

Jacquouille : Monseigneur… Où êtes-vous ? Aaaaaah ! C’est vous ?! Vous m’avez fait peur !

Monseigneur Godefroid : Ne crie pas, Jacquouille. Je suis juste là.

Jacquouille allume une petite lampe de poche que lui a offerte Dame Ginette.

Jacquouille : Oooh Monseigneur, comme vous m’avez manqué. 

Monseigneur Godefroid : Mais où sommes-nous ? 

Jacquouille : Je crois que nous sommes dans un placard à archives.

Monseigneur Godefroid : Un placard à archives ? De qui, de quoi ? 

Jacquouille : Regardez, c’est écrit ici :

Monseigneur Godefroid : Mais qu’est-ce que…

Jacquouille : Chut, Messire, veuillez parler moins fort. Je crois que c’est le psychiatre qui vient d’entrer avec son patient. 

Le psy : Je vous en prie. Installez-vous sur le divan. 

Jacquouille : Mais qui est-ce donc, Messire ?

Monseigneur Godefroid essaye de distinguer, à travers les persiennes de la porte du placard, qui est couché sur le divan.

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout puissant !!

Jacquouille : Qui est-ce ? Laissez-moi jeter un œil à mon tour. Aah, je l’aperçois… Il me fait ressembler à… Oh mon Dieu, c’est… c’est du lourd… 

Le psy : Monsieur Méthane Yahou, comment vous sentez-vous depuis le 7 octobre ?

Jacquouille : Monseigneur, si la rédactrice ne se ressaisit pas, c’en est fini de nous… et d’elle surtout ! Mon Dieu, faites qu’elle change de personnage pour ainsi nous permettre de vivre encore d’autres aventures.

Méthane Yahou : Excusez-moi, Docteur. J’ai un appel urgent. Il me faut absolument mettre fin à la séance. Je dois aller larguer des bombes… me réjouir des enfants qui succombent… remplir des tombes…

Le psy : Qu’est-ce que vous dites ?!

Méthane Yahou : Euh… je voulais dire, je m’en vais en trombe délivrer les otages des hécatombes.  

Le psy : Aaah… J’ai cru mal comprendre.

Méthane Yahou : Je reviens la semaine prochaine à Paris. Mon secrétaire prendra contact avec vous pour un autre rendez-vous. Pour cette séance, je cède ma place à une personne qui en a bien besoin.

Le psy : Très bien, M. Méthane Yahou. Je vous raccompagne.

Jacquouille : Nous sommes sauvés, Messire. Elle a été raisonnable…

Monseigneur Godefroid : Jacquouille, il nous faut trouver un moyen de sortir d’ici.

Jacquouille : Messire, voyons… Rien ne presse. Attendons de voir qui est le suivant.

Le psy : Entrez Monsieur, je vous en prie. Je suis le Docteur Jean Peuplu. Enchanté. 

Le patient : Ah vous aussi, Docteur ?! Moi aussi, j’en peux plus ! Je ne sais plus où donner de la tête ! Nous sommes envahis ! Nous ne sommes plus chez nous ! Ils veulent nous remplacer mais ils ne nous auront pas ! Je me battrai corps et âme pour les en empêcher ! Ils veulent détrôner nos valeurs judéo-chrétiennes au profit des leurs ! Ils veulent éliminer la France, cette grande patrie, héritage de notre ancêtre Napoléon et de De Gaulle. Ils…

Le psy : Très bien. Vous semblez avoir beaucoup de choses à me raconter. Je vais d’abord commencer par remplir votre fiche personnelle si vous le permettez. Prenez place sur le divan. Pouvez-vous m’épeler votre nom, Monsieur ?

Le patient : Attendez-vous au grand remplacement ! C’est ce qu’ils visent !

Le psy : Je crains de ne pas vous saisir Monsieur… Dites-moi, de qui parlez-vous au juste ?

Le patient : Des Sarrasins ! Ils veulent porter l’abaya, la barbe… Nous sommes en danger ! Vous êtes en danger, Docteur !!

Le psy : Vous êtes confus… Vous parlez de nos compatriotes français de confession musulmane ?

Le patient : Compatriotes ?! Non, ce ne sont pas nos compatriotes, Docteur ! Il faut vous ressaisir !

Jacquouille : Mais qu’est-ce que c’est qu’ce binz ?!

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout Puissant ! Il est possédé.

Le patient : La montée de l’antisémitisme est proportionnelle à la montée de l’immigration arabo-musulmane, Docteur. 

Le psy : Êtes-vous conscient de la gravité de vos propos, Monsieur ?

Le patient : Les antisémites d’aujourd’hui ne lisent pas Drumont et Maurras mais lisent le Coran.

Le psy : Bernadette, Bernadette, venez vite, je vous prie !

Le patient : Le 7 octobre est un jour tragique. Le Hamas nous a attaqué. Ce sont des terroristes !! Israël est une enclave au Proche-Orient. Une enclave judéo-chrétienne au milieu de pays arabes, une villa au milieu de la jungle, comme le dit l’expression. 

Bernadette : Oui, me voici, Docteur

Le patient : Après samedi, il y a le dimanche. On s’en prend d’abord aux Juifs, et ensuite aux Chrétiens, c’est la logique du jihad !

Jacquouille : Mais qu’est-ce qu’il raconte, Messire ?

Monseigneur Godefroid : Je crois qu’il veut se débarrasser des Sarrasins.

Jacquouille : Ah bon mais pourquoi ? 

Monseigneur Godefroid : Je l’ignore… Ils n’ont pourtant rien contre les Juifs et les Chrétiens, les Ahl el Kitab, comme ils les nomment. Que du contraire ! Ne te rappelles-tu point qu’ils ont préservé nos églises et nous ont permis de pratiquer notre culte, eux, qui tiennent en haute estime Jésus et Marie ?

Jacquouille : Je ne me rappelle que d’une chose, Messire. Du goût exquis de ce méchoui de Molenbeek aux épices de « la tête du magasin » !

Le psy : Il délire, complètement, Bernadette. Apportez-lui un rail de poudre. Euh… je veux dire un anxiolytique en poudre, plus facile à digérer. Effet immédiat garanti.

Bernadette : Très bien, Docteur.

Le psy : Prenez ceci, Monsieur, ça vous fera du bien. Je pense que nous devrions nous revoir la semaine prochaine. Je vous raccompagne.

Le patient : Merci, Docteur. Au revoir.

Le psy : Bernadette, vous avez le carnet. Je vous dicte :

Le psy : Envoyez la proposition au comité internationale du DMS-5[1]. Dites-leur que je ne suis pas loin de découvrir une nouvelle pathologie à inscrire dans le manuel.

Bernadette : Et avez-vous déjà trouvé un nom à cette pathologie, Docteur ? 

Le psy : Oh oui, Bernadette. Je n’ai pas cherché longuement… Il s’est imposé de lui-même : le sem-morisme.

Bernadette : Le sem-morisme ? Quelle en est l’étymologie ? 

Le psy : Eh bien, Bernadette, depuis quelques années un nouveau mot a intégré le dictionnaire de la langue française : le seum (ou sem). Il signifie rancœur, sentiment de colère, de frustration et de dégoût. Le terme ‘seum’ vient du mot arabe ‘sèmm’ qui signifie ‘venin’. Autrement dit, quand on a le seum, on a la rage.

De plus, sem peut rappeler l’origine sémite du mot. A ce propos, les Arabes étant sémites, ils peuvent difficilement être antisémites. Mais passons…

Bernadette : Ah…

Le psy : Ne trouvez-vous pas que cela convient au phénomène, Bernadette ?

Bernadette : Au phénomène ? Vous parlez de la pathologie ou de l’individu ?

Le psy : Toujours aussi perspicace, Bernadette. A vous de choisir…

Bernadette : Et la 2e partie du mot alors ? 

Le psy More. J’ai opté pour une touche moderne, anglaise pour noyer la consonnance arabe. Donc sem-more signifierait plus de venin, plus de rancœur. 

Jacquouille : Ha, ha, ha…Messire. Le sem-morisme.

Monseigneur Godefroid : Tais-toi, malheureux, tu vas nous faire prendre !

Le psy : Vous avez entendu, Bernadette ?

Bernadette : Oui, ça provenait du placard à archives.

Le psy se dirige alors vers le placard…

A suivre…

L.M.


[1] Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (également désigné par le sigle DSM, abréviation de l’anglais : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est un ouvrage de référence publié par l’Association américaine de psychiatrie (American Psychiatric Association ou APA) décrivant et classifiant les troubles mentaux.

Alexandrins pour Gaza

Douce terre fertile, tes sillons se gonflent et se fendent, 

Accouchant de la vigne, l’olivier, l’oranger, 

Tes filles et tes fils tombent pour te défendre,  

Et leurs larmes, et leur sang, tu les as absorbés… 

Terre de Palestine, j’écris ton nom 

Ombres insistantes, derrière mes paupières closes,  

Tremblent vos sourires, défilent vos visages,  

Rires étouffés, vies fauchées à peine écloses,  

Rym, Yusuf, tous les autres, comme fut court votre passage… 

Enfants de Palestine, j’écris vos noms 

Le sablier de l’existence est retourné, 

Jours, mois, années, s’écoulent et se succèdent,  

Finalement, qu’avons-nous fait du temps donné ? 

Toi et moi, ceux qui viendront, ceux qui précèdent…. 

Justice, liberté, loyauté, j’écris vos noms 

Un mot me vient, partout repris, unanime, 

C’est «  résilience » , fruit de l’école de leur patience, 

Courage et foi, dans les ténèbres, les animent, 

Leçon de vie, pour ceux qui espèrent leur délivrance, 

Conviction, volonté, endurance, j’écris vos noms 

La roue de la vie tourne et l’épreuve s’en va, 

Jamais le mensonge ne saurait triompher, 

La lumière quoiqu’il en coûte, sur leurs terres se lèvera, 

Et du sang et des larmes, fleuriront les amandiers… 

Espoir, courage, vie, j’écris vos noms 

Hayat Belhaj  

Une nouvelle année, une nouvelle détermination 

L’arrivée d’une nouvelle année est souvent accompagnée de résolutions, d’objectifs à atteindre, et de la volonté de ne pas se retrouver au même point de départ que l’année précédente.

Pour tout être humain, cette période de réflexion et de renouvellement prend une dimension particulière. En tant que croyant, il est impensable de se confiner à une simple liste annuelle de résolutions pour mesurer son évolution. C’est plutôt un voyage continu, une quête perpétuelle de croissance personnelle, spirituelle et intellectuelle.

Chaque instant offre une opportunité unique de se rapprocher de Dieu, de s’améliorer et d’impacter positivement ceux qui nous entourent de par notre bel agir.

La réforme personnelle, dans le contexte de la foi musulmane, va bien au-delà des simples objectifs fixés au début de l’année solaire ou lunaire. C’est un engagement profond envers le changement constant, la recherche inlassable du bien, et l’acceptation des défis qui se présentent sur le chemin de la vie.

L’Islam, en tant que mode de vie, offre un guide précieux pour cette croissance continue, transcendant ainsi les limites temporelles et les résolutions éphémères.

Le musulman est appelé à être un acteur actif dans sa propre évolution, indépendamment des moments marquants d’une quelconque date. Notre spiritualité nous encourage et nous donne la force à la persévérance, à la compassion envers autrui, et la recherche constante de la vérité.

Ces valeurs fondamentales guident le croyant à travers les hauts et les bas de la vie, créant une base solide pour une évolution constante.

En conclusion, la nouvelle année symbolise plutôt l’occasion précieuse de faire un bilan de ce capital temps passé qui nous a été octroyé et de consolider notre engagement envers la réforme personnelle tout en intégrant la réalité que chaque journée écoulée nous rapproche de l’ultime rendez-vous avec notre Seigneur.

Ainsi, le croyant musulman embrasse ce voyage avec détermination, sachant que chaque instant bien utilisé contribue à son élévation spirituelle et à l’enrichissement de la société qui l’entoure.

Quelques pistes de réflexion qui pourrait vous accompagner :

– Dans la danse fugace du temps, tâchez d’avoir un équilibre entre labeur et douceur, partant des étoiles de vos rêves à la réalité de votre quotidien. 

– Sur la toile de vos jours, peignez vos aspirations, caressez vos rêves, réalisez des tableaux de lumière, de constellations. Dans l’écrin du possible, laissez-vous envelopper.

– Priorités choisies, à chaque tâche un poème, à chaque instant, une clé. La danse du temps, une symphonie éternelle, Où le présent s’entrelace avec l’aube nouvelle.

– Apprendre, toujours, comme la mer qui murmure, des vagues incessantes, une quête qui perdure. Les leçons du Vivant donnant un doux enseignement.

– Gardez le sourire, sous la pluie des jours, une danse de la vie, aux reflets d’amour.

 – Tissez des liens, des étoffes du cœur, une trame solide, résistante aux rigueurs. Les êtres chers consciemment choisis, des étoiles dans la nuit, guidant vos pas ainsi vers l’infini.

– Pensez positif, comme un baume pour l’âme. Un état d’esprit qui dissipe la noirceur et désarme. Exprimez votre gratitude, récoltez les fleurs de chaque jour, un poème de vie, simple, accessible à tous, toujours.

Enfin, rappelez-vous que chaque personne est unique, et ces conseils peuvent nécessiter une adaptation en fonction de vos circonstances individuelles.

Hana Elakrouchi

Bilal reviendra…

Lorsque le prophète (sas) rejoint son Créateur en l’an 11 de l’Hégire, toute l’Arabie est musulmane. Très vite, Abu Bakr, le successeur du Messager d’Allah (sas) se lance dans la conquête du Nord non sans avoir au préalable dompté la rébellion menée par les apostats. C’est le début de la conquête musulmane du Sham, une conquête poursuivie par Umar ibn Al Khattab jusqu’à atteindre Al Quds, Jérusalem. 
 
Menée d’une main de maître par les héros de l’islam Khalid Ibn Walid et Abu Ubayda ibn Jarrah, la conquête du Sham sera d’une rapidité inédite. Les villes byzantines tombent l’une après l’autre, et son destin est finalement scellé lors de la légendaire bataille d’Al Yarmouk, à l’été 636. Les forces byzantines sont littéralement foudroyées, annihilées. Symbole de l’échec cuisant de cet empire déchu, l’empereur Héraclius, après avoir récupéré la relique de la « Vraie Croix » à Jérusalem, prend la mer à Antioche et quitte à jamais la région non sans lui avoir fait ses adieux auparavant : « Adieu, ô Syrie, jamais plus nous ne nous reverrons désormais ! » Byzance ne reviendra plus jamais en Terre sainte. La population hostile au pouvoir de Constantinople se réjouit de l’arrivée des Musulmans. C’est particulièrement le cas des Juifs et de certains Chrétiens considérés comme hérétiques par l’Eglise romaine : les monophysites et les Nestoriens. 
 
Amr ibn al As aux commandes
 

Sur le terrain, c’est le compagnon et fin stratège militaire Amr ibn Al As qui dirige les troupes musulmanes aux portes de Jérusalem. Ælia (son nom à l’époque) est la dernière ville du Sham qui résiste aux assauts des armées musulmanes. Umar Ibn al Khattab qui a alors succédé à Abu Bakr concentre toute son énergie vers la « Cité des prophètes ». Amr Ibn Al As, le commandant des armées musulmanes, fait face à une opposition farouche menée par le patriarche de Jérusalem, un moine chrétien du nom de Sophrone et épaulé par le commandant Artabon, général à la réputation solide. Cet homme était le plus rusé et le plus brillant des Byzantins. Lorsqu’Umar fut informé de cela, il s’exclamera : « Nous avons envoyé contre l’Artabon des Byzantins, l’Artabon des Arabes. Voyons à présent comment les choses vont tourner ». Le calife le pensait réellement, car ces deux commandants étaient les plus intelligents des leurs. 
 
Début du siège
 
C’est le début des hostilités qui dureront quatre longs mois rythmés par des combats quotidiens, certains s’étendent même de l’aube au crépuscule. Mais très vite, Amr Ibn Al As reçoit du renfort du Nord mené par l’épée de Dieu, Khalid Ibn al Walid et Abu Ubayda. Chaque jour, de nouveaux archers en provenance du Yémen et fraîchement convertis, viennent grossir les rangs de l’armée musulmane. Mais les assauts musulmans aussi puissants soient-ils, restent systématiquement repoussés. Du côté des assiégés, on espère que l’hiver parviendra à briser le moral des armées musulmanes très peu habituées aux températures hivernales. Mais contre toute attente, il n’en est rien. La pluie, la neige, le gel et les températures basses ne parviendront pas à entamer le moral de cette armée qui supporte avec patience et endurance les difficultés. Pénétrer enfin dans la « Cité des prophètes » et prier sur l’esplanade de Bayt Al Maqdis est leur objectif ultime, rien ne pourra les en détourner. Mais au bout de quatre mois, la situation est inchangée. Al Quds, est trop symbolique pour ne pas lui offrir une lutte acharnée. Pourtant, ce n’est pas par l’épée qu’Al Quds reviendra aux Musulmans mais bien par la main du calife Umar Ibn Al Khattab. Sophrone, patriarche de Jérusalem consent finalement à rencontrer Abu Ubayda et accepte de livrer la ville sainte mais uniquement au Commandeur des croyants, Umar ibn Al Khattab. Prévenu, Umar accepte de faire le déplacement depuis Médine, à dos de mule. Une monture qu’il partage avec son serviteur. Habillé sobrement, ses sandales autour du cou, c’est l’image de l’ascète sincère qui se présente devant le Patriarche de Jérusalem qui se serait exclamé à sa vue : « Par Dieu, c’est bien celui dont nous trouvons la description dans nos livres, et celui par les mains duquel notre terre sera conquise. » Umar signera un traité avec les habitants de la terre sainte, un pacte inédit autorisant les Chrétiens à demeurer à Jérusalem sous le régime de la liberté de culte. Les Juifs, autrefois chassés et persécutés sont également autorisés à y vivre en toute liberté. Plus encore, alors que Umar est assis et entouré de compagnons de la première heure, le temps de la prière de l’Asr arrive. Umar se tourne alors vers Bilal ibn Rabah et lui fait cette demande : « Les compagnons du Messager d’Allah aimeraient qu’en ce jour, tu appelles à la prière comme tu le faisais autrefois. » Bilal, qui avait refusé d’endosser ce rôle à la mort du Messager de Dieu, accepte et bientôt le son de sa voix retentit à travers les vallées et les collines d’Al Quds, devant des milliers de combattants poussés aux larmes par le souvenir de la présence du bien-aimé prophète au temps de Médine.

Aujourd’hui, Umar n’est plus et les images qui nous viennent de Gaza nous serrent le cœur mais le souvenir de cette époque bénie nous redonne espoir car comme le dit un célèbre refrain entonné dans les foyers musulmans :

« O Bayt Al Maqdis ne t’attriste pas, Bilal reviendra pour lancer l’appel à la prière. » 

En attendant, nos prières et nos pensées sont avec vous… 

H.B.

À l’ombre d’un olivier

Écrire pour manifester. Écrire pour lutter pour la vérité et la justice. Écrire pour ne pas oublier. Écrire pour rendre hommage aux poètes[1] et aux amoureux du mot. Écrire c’est témoigner qui je suis. C’est affirmer mes valeurs, mon humanité et le modèle que je souhaite laisser à la future génération. Certes, cela peut sembler dérisoire, mais c’est ma réalité.

Terre brûlée, terre de larmes, terre opprimée, terre courage. Ce sont les mots qui me viennent à l’esprit en constatant cette actualité féroce et douloureuse sur la terre de Palestine. L’espoir d’une aube claire et nouvelle se dessinera, à l’image d’un olivier symbolisant la résistance et la promesse d’une vie meilleure. 

« Au soleil, protégées des vents forts, dans un sol bien drainé; 

Lentement, tes racines explorent les entrailles d’argile,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

Au froid, résistant aux rafales, sur une Terre Promise;

Murmurant, à travers ton feuillage, sur un air doux et vaporeux,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la pluie, infiltrant tes branches, rassasiées de cette pureté vitale;

Verdoyante, à travers la clarté du jour, un hymne à la beauté ancestrale s’ébauche,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la douceur du climat, enveloppant tes fruits qui tiennent leurs promesses;

Ombrageant, ton tronc lourd qui se couronne de gloire,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la survie, ton courage inépuisable fortifie ta silhouette captivante;

Généreusement, ce cadeau de Dieu magnifie ta beauté noble,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la paix, brandissant avec ardeur le sort hors du commun de l’Humanité;

Inlassablementta longévité repousse les assauts des calomniateurs,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À l’éternité, en te tournant vers la lumière la quiétude te gagne;

Sagement, ta forme sinueuse souligne ta puissance,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la résistance, transformant de ta seule présence cette Terre bénie qui t’abrite;

Fidèlement à la vie, tu grandis avec confiance même si ta stature s’affaisse, 

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

A la terre, soutenant avec force les coups perpétuels des faiseurs de haine;

Dignement, la bannière des héros et des champions flotte sur tes branches résilientes,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

Ô mon ami l’Olivier ! Le sang des Justes t’a purifié à la lueur des derniers rayons du soleil. À l’ombre des mots, tu ne pourrais atteindre ta destination même si tu vivais plus de mille ans. 

Ô mon ami l’Olivier ! Tes racines ne t’auront pas délivré pour t’élancer vers le ciel. 

Non, mon ami l’Olivier ! Tu ne peux car tu es aimé par cette Terre. Tu lui apprends à devenir forte face aux injustes. Tu lui enseignes l’art de s’agripper à la vérité quelles qu’en soit les fissures.  

Ô mon ami l’Olivier ! Ton cœur lui appartient car il est le dépositaire de ta mémoire… »

Najoua

[1] Pour en savoir plus : quelques poétes palestiniens comme Mahmoud Darwich, Farah Chama, Hiba Abu Nada, et d’autres encore…

Les Visiteurs en 2023

Décembre, an de grâce 2023, deux visiteurs étrangers déambulent dans les rues de Bruxelles.

Jacquouille : Je suis éreinté, mon Seigneur. Cette promenade m’a épuisé.

Monseigneur Godefroid : Et bien, Jacquouille, tu n’as donc point de vaillance ! Tu mérites bien ton nom de fripouille ! 

Jacquouille : Monseigneur, ayez pitié du gueux que je suis. Je n’en peux plus, j’ai faim. 
Monseigneur Godefroid : Quelle bonne idée, mon Jacquouille ! Allons nous sustenter ! Rapporte-moi des jambons ! Où sont les porcs et les sangliers ? Je suis en appétit ! 

Jacquouille : Là-bas ! Regardez, Messire ! L’échoppe du chasseur !

                  Boucherie Halal Molenbeek

Me…, Mes…, Messi…Messiiiire ! Nous sommes en terre sarrasine !

Monseigneur Godefroid :  Qu’à cela ne tienne, mon Jacquouille ! Un bon méchoui fera l’affaire !

De retour à l’appartement de leur amie Ginette non loin de la Porte de Hal.

Jacquouille :  Dame Ginette, nous revoilà ! Regarde ce que nous avons rapporté. Il trônait fièrement dans l’échoppe du chasseur. Nous allons nous régaler.

Ginette : Ben alors hein ? Vous en avez mis du temps. Viens t’asseoir sur le fauteuil à mes côtés mon Jacquouille.

Jacqouille : Merci Dame Ginette mais je préfère m’assire sur la paillasse. 

Ginette : Ben ouais, j’comprends, au moins t’es pas dépaysé.

Monseigneur Godefroid : Que faites-vous donc, Dame Ginette ?

Ginette : Je regarde les infos… Viens t’asseoir.

Monseigneur Godefroid : Bien volontiers, Dame Ginette. De quoi parlent-ils ?

Ginette : Et ben Godefroid, tu veux qu’je te résume la situation ? Alors voilà, … Les Arabes habitent en Palestine depuis… euh… attends que je cherche sur Google… bref depuis super longtemps. Et ben euh… y en a qui disent que les Palestiniens ne sont pas chez eux. Et ces mêmes-là disent que Dieu leur a donné cette Terre, à eux ! J’sais pas toi, mais moi j’y comprends rien. 

Monseigneur Godefroid : Que racontes-tu là, Dame Ginette ?! Saladin, le chevalier de l’Islam, nous a repris Jérusalem en 1187. Il s’agit bien de la terre des Sarrasins. Et dans sa grandeur, il nous a rendu le Saint-Sépulcre et a préservé les lieux saints de chaque culte. 

Ginette : Ah ouais ?! Et ben ça, ils le disent pas sur BFM.

Monseigneur Godefroid : Qu’est-ce là ?

Ginette : C’est l’hôpital qui vient d’être bombardé à Gaza. Et là… c’est les enfants qui hurlent et des corps déchiquetés. Comme d’hab’ quoi…

Monseigneur Godefroid : Comment ça ?! Mais Dame Ginette, tu dois porter ta voix auprès de ton Suzerain. Il a le pouvoir d’arrêter cette bataille et ce massacre.

Ginette : T’inquiète, non seulement, il est au courant mais même tous les suzerains du monde le savent…

Monseigneur Godefroid : Tu veux dire que tu n’es pas la seule à voir cette ignominie, Dame Ginette ? Seigneurs et suzerains sont donc au courant et n’agissent point?

Ginette : Ah, ben ça, non !

Tu veux que je t’en rajoute une bonne ? Vendredi, l’ONU et toute la cavalerie a voté pour un cessez-le-feu immédiat en Palestine. Et devine quoi ? Les Etats-Unis ont voté contre. 

Monseigneur Godefroid : Mais… que dis-tu là, Dame Ginette ? Cela n’est point possible !

Ginette : Ah si si, j’te raconte pas de bobards. T’sais moi la politique, j’y comprends rien en général mais là je peux te dire que j’y comprends encore plus rien. Enfin… t’as compris c’que j’veux dire, quoi.

Ginette zappa de chaîne et tomba sur son émission préférée. 

Ginette : Viens mon Jacquouille. On va voir qui a remporté le défi cette semaine dans les Reines du Shopping. J’espère que c’est pas Juliette, elle sait vraiment pas se saper ! Par contre j’adoooore Christina. Elle est manifaïk !

Monseigneur Godefroid contempla Dame Ginette et se leva, las et interloqué par la scène. Comment peut-on passer d’images d’enfants massacrés à des émissions futiles sans s’indigner outre mesure ? Sont-ce les valeurs du nouveau millénaire, s’interrogea-t-il ?

Monseigneur Godefroid : Jacquouille, où es-tu ?

Jacqouille : Oui, Messire, j’arrive… Ce méchoui est divin ! Le chasseur m’a dit qu’il l’avait farci d’épices spéciales ; un nom comme «  la tête du magasin » en sarrasin, m’a-t-il dit…

Monseigneur Godefroid : Trèves de balivernes, Jacquouille ! Va-t’en revoir le druide à la Porte de Hal et dis-lui de préparer la potion pour ce soir. Je ne peux rester un jour de plus dans ce millénaire infâme.

Jacqouille : Oui , Monseigneur. J’y vais de ce pas.

Entre-temps, Ginette s’en est allée au snack du coin pour acheter un durum et des frites lorsque Jacquouille revint avec la potion.

Jacqouille : Me revoilà, Messire. La potion se trouve dans cette fiole. Il faut prélever trois gouttes à l’aide de cette pipette et les mélanger à ce breuvage noirâtre dans un verre. Deux gorgées sont nécessaires. Il nous reste quatre minutes.

Dame Ginette, Dame Ginette ?! Mais où est-elle bien passée ?

Monseigneur Godefroid : Nous ne pouvons point l’attendre. Le temps presse, Jacquouille. Je vais lui écrire un parchemin. Vas-y, bois donc.

Jacqouille : Après vous, Monseigneur.

Monseigneur Godefroid : Me prends-tu pour un gueux ?! Ne crois-tu pas que j’ai vu clair dans ton jeu ? Tu veux rester ici comme tu l’as fait jadis en France… Fripouille !

Jacquouille : Non… non Monseigneur, cela ne m’a même point traversé l’esprit…

Jacquouille s’empressa de boire la première gorgée. Des bruits étranges jaillirent de son estomac. Aussitôt la deuxième gorgée avalée, il disparut dans les airs.

Entre-temps, Monseigneur Godefroid acheva d’écrire à Dame Ginette et posa le parchemin sur la table. Il but à son tour les deux gorgées et s’évapora.

Quelques secondes plus tard, Ginette revint du snack.

Ginette : Ben alors, ils se sont envolés ou quoi ?

Jacquouille, les frites vont refroidir. Bon, je commence sans toi.  Vieeens, y a Les Marseillais à Dubaï qui va commencer. J’adore cette télé-réalité ! 

Elle versa son soda dans le verre sur la table. Elle avala une première gorgée, puis une seconde… et elle s’envola dans les airs à son tour. 

Elle n’avait pas vu le parchemin laissé par Monseigneur Godefroid.

Il ne croyait pas si bien dire…

A suivre…

L.M.