Sabrina…

3 décembre 2025

« Sabrina, paix à ton âme. Qu’Allah te fasse miséricorde et t’accueille dans Son vaste Paradis. »

Moins d’un mois après la disparition de Sara, me voilà confrontée une nouvelle fois à un décès. Sans m’attarder sur les détails , et même si la mort ignore l’âge de ceux auxquels elle rend visite, mon amie Sabrina n’avait que quarante-quatre ans.

Elle et moi nous sommes rencontrées il y a une dizaine d’années. C’était en 2015, la dernière nuit du mois de ramadan. La prière de l’Icha venait de s’achever. Assises sur un banc, au détour d’un couloir, nous attendions l’imam.

أَشْهَدُ أَنْ لَا إِلٰهَ إِلَّا اللّٰهُ، وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللّٰهِ

« J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah seul et sans associé, et j’atteste que Mouhammad est Son serviteur et Son Messager. »

Cette attestation, Sabrina l’a prononcée avec la conviction profonde que l’islam est La Religion, la seule agréée par Dieu.

« Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam. » [Coran 3 (La Famille d’Imran), extrait verset 19]

« Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants. » [Coran 3 (La Famille d’Imran), verset 85]

Elle a toujours été sceptique quant à l’absolution des péchés accordée par un religieux. Comment un simple homme, même d’église, pourrait-il décider qu’un pécheur soit pardonné à condition qu’il confesse ses fautes et qu’il les expie avec un Ave Maria ou quelques Notre Père . De qui lui viendrait un tel pouvoir ? Sûrement pas d’Allah ﷻ

« Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Christ fils de Marie, comme Seigneurs en dehors d’Allah, alors qu’on ne leur a commandé que d’adorer un Dieu unique. Pas de divinité à part Lui! Gloire à Lui. Il est au-dessus de ce qu’ils [Lui] associent. » [Coran 9 (Le Repentir), verset 31]

Un autre fait a achevé de la convaincre : les nombreux miracles scientifiques exposés dans le Coran.

« Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne évident que c’est cela (le Coran), la vérité. Ne suffit-il pas que ton Seigneur soit témoin de toute chose ? » [Coran 41 (Les Versets Détaillés), verset 53]

Pendant toutes ces années, j’ai été sa confidente, elle, la mienne. On s’est soutenu lors des moments difficiles, réjouie pour les heureux événements. Puis le temps a passé. De l’eau a coulé sous les ponts et la distance a fini par nous éloigner l’une de l’autre. Même si nous ne nous voyions plus, nous restions en contact régulier. Il m’est souvent arrivé de percevoir dans sa voix son mal-être, sa tristesse, parfois son désarroi.

Quand elle me confiait l’un ou l’autre souci, je lui proposais de passer la voir. A demi-mots, elle me faisait comprendre qu’elle préférait que nous ne nous rencontrions pas. « J’ai du mal à me reconnaître aujourd’hui… » me disait-elle pour s’excuser. Si j’ai longtemps insisté pour qu’on se voit, j’ai fini par ne plus lui proposer de rencontre de crainte d’être trop insistante et qu’elle finisse par ne plus répondre à mes messages.

Courant du mois de novembre, elle m’a appelée. Je n’ai pas répondu à son appel. Aujourd’hui encore, ce souvenir me meurtrit. Je sais pourtant que ce qui est arrivé devait arriver et que rien ni personne n’aurait pu intervenir pour changer la destinée de Sabrina. C’était écrit.

Malgré tout, je ne parviens pas pleinement à tourner la page. Je me sens horriblement coupable. Revoir les photos que nous avons prises ensemble, tomber sur l’un ou l’autre objet qu’elle m’a offert, entendre simplement parler de son pays d’origine ravive en moi une douleur inexplicable et difficile à apaiser.

Je ne veux pas oublier Sabrina ; je souhaite simplement ne plus souffrir à sa seule pensée.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai été relativement « épargnée » par la mort de proches. Lorsque c’est arrivé, notamment lors du décès de ma grand-mère maternelle, j’ai ressenti de la douleur, de la tristesse, c’est humain. Mais avec Sabrina, c’était différent, j’ai été profondément secouée. Lorsque j’ai eu confirmation de son décès par son fils, j’étais au bord de l’hystérie. Emportée par l’émotion, hurlant, sanglotant, je me suis rendue auprès de mon mari. Pâle comme un linge, il se demandait ce qui pouvait me mettre dans un tel état. « Sabrina est morte ! » … Du mieux qu’il a pu, il a tenté de me consoler mais j’étais inconsolable. Lui aussi appréciait mon amie. Elle prenait toujours de ses nouvelles et lui s’enquérait d’elle, insistant pour que j’aille la voir.

24 décembre 2025

Les jours passent et penser à Sabrina me chagrine toujours autant. Je l’imagine seule dans sa solitude n’osant pas me déranger alors qu’elle avait besoin de se confier. D’aucuns pourraient croire que je n’ai pas accepté le Décret d’Allah ﷻ , mais il n’en est rien. Je me dis que je n’aurais pas dû l’abandonner à son triste sort ; je n’ai pas assez insisté pour que nous nous voyions. La culpabilité continue de me ronger ; peut-être est-ce un processus normal ? Je me le demande …

En islam, le deuil dure trois jours, pas un de plus, sauf dans le cas de la veuve, pour qui il est de quatre mois et dix jours. Au-delà de trois jours, il est interdit de porter le deuil ; toutefois, ressentir de la douleur, de la tristesse demeure on ne peut plus humain.

Lorsque le prophète Mohammad ﷺ a perdu son fils Ibrahim, il a dit : « Certes, l’œil pleure, le cœur est triste, mais nous ne disons que ce qui satisfait notre Seigneur. » (Rapporté par Anas ibn Malik)

25 décembre 2025

Je me suis confiée à une amie sur la tristesse que j’éprouvais encore à l’évocation de Sabrina.

– « Tu sais, F., j’ai l’impression – peut-être à tort – que son départ est encore difficile pour toi. »

– « Je te promets que j’ai accepté qu’elle ne soit plus là. Je sais que c’était son Destin de partir à quarante-quatre ans. Mais je ressens de la culpabilité. Je me dis que j’aurais pu être plus présente pour elle. »

– « Tu sais F., c’est le banni qui insuffle le sentiment de culpabilité à l’homme. C’est l’un des moyens qu’il utilise pour nous faire tomber. »

« Si quelque chose t’atteint, ne dis pas : “Si j’avais fait ceci ou cela …”, mais dis : “C’est le décret d’Allah”, car “si” ouvre la porte au diable. », c’est ce que nous dit un célèbre hadith du prophète Mohammad (Rapporté par Mouslim)

« Ton amie a été présente dans ta vie pour un temps qu’Allah  a décidé. Tu lui as apporté ce qu’Allah ﷻ t’a permis de lui donner. Aujourd’hui, ce que tu peux faire, et qui lui sera utile, c’est d’invoquer pour elle. »

SoubhanAllah, ces paroles de sagesse ont apaisé mon cœur.

26 décembre 2025

Aujourd’hui, c’est le cœur délivré que je repense à Sabrina et à ce que nous avons partagé durant toutes ces années.La douleur s’est estompée et les souvenirs précieux ont remplacé le regret.

Perdre un proche est une terrible souffrance mais, en tant que croyant, savoir que le Décret de chacun se réalisera inexorablement permet de traverser l’épreuve avec davantage de sérénité.

Sabrina,

Sabrina, tu t’en es allée,

Dans mon cœur, un gouffre s’est creusé.

Me restent de toi, des souvenirs amassés,

Témoins de notre sororité.

Confidences pour confidences,

Partages et bienveillance.

Je me souviens de nos sorties au restaurant,

Autour de la table, savoureux et agréables moments.

Je me rappelle de nos débats animés,

Entre discours enflammés et paroles assumées.

Je me remémore les problèmes dénoués,

Les douleurs apaisées.

Nous ont fait voyager,

Les nombreuses lectures partagées.

Marques d’affection,

Nos petites attentions.

De publier mes poèmes, tu m’as encouragée,

De moi, jamais, tu n’as doutée.

Pour tout ce que tu m’as apporté,

Reconnaissante, je demeurerai.

Sabrina, jamais, je ne t’oublierai,

Dans mon cœur, ta place est assurée.

F.

Le poids des mots et des silences

Je t’aime
– Je te déteste
Tu es doué(e)
– Tu es nul(le)
Tu iras loin
– Tu es un(e) incapable
Je t’accompagne ?
– Débrouille-toi !
Je te comprends
– Tu exagères
J’ai confiance en toi
– Je préfère m’en occuper
Je te crois
– Tu mens
Ça me touche
– Je m’en fiche
Félicitations !
– Il n’y a pas de quoi t’envoler…

Voici un échantillon des paroles qui traversent nos vies : des fragments d’âme jetés dans l’air, des éclats de pensée cherchant à se faire entendre.
Parfois, elles s’accompagnent de joie et de sourires. Parfois, c’est le silence qui recueille leur résonance, suspendant le temps entre ce qui se dit et ce qui se tait.

Les mots sont des instruments ambivalents. Ils peuvent enchaîner ou libérer, blesser ou guérir, cacher ou révéler, éclairer ou tromper. Une phrase mal choisie peut peser plus lourd qu’une action, et une parole sincère peut changer tout un monde.

L’être humain est fondamentalement un être parlant. Le langage ne sert pas seulement à communiquer : il fonde la conscience, façonne la perception du réel, tisse le lien avec les autres. Parler n’est donc jamais neutre : c’est toujours un acte d’être.

Le silence, lui aussi, est porteur de sens. Se taire n’est jamais un simple vide : c’est un choix, une décision d’écouter, d’attendre, de protéger, ou parfois de fuir. Dans certaines circonstances, le silence est un refuge ; dans d’autres, il devient complice de l’injustice. Même l’absence de mots parle — parfois plus fort que toutes les paroles.

Ainsi, parole et silence sont deux gestes qui façonnent le monde. Entre eux, la vie se joue. Le silence peut préparer la parole juste, ou enfermer l’autre dans sa solitude. Les mots peuvent bâtir ou détruire, sauver ou condamner. La sagesse consiste à trouver l’équilibre : parler lorsque la parole élève, se taire lorsque le silence protège.

Martin Luther King nous rappelle : « À la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis. »

Cette citation nous invite à oser parler pour défendre, soutenir et consoler.
Elle rappelle que nos relations se construisent autant sur ce que nous disons que sur ce que nous taisons. Il a également prononcé ces mots célèbres :
« I have a dream ». Sa parole a donné de l’espoir et réchauffé le cœur de tous ceux qui subissaient la ségrégation aux États-Unis dans les années 1950 et 1960. Ces mots n’étaient pas seulement une expression de rêve, mais un acte de courage et de foi, capable de mobiliser, d’unir et d’inspirer tout un peuple à lutter pour la justice et l’égalité.

Marshall Rosenberg, quant à lui, a intitulé un de ses ouvrages phare de la Communication Non-violente : « Les mots sont des fenêtres, ou bien ils sont des murs. »
Il nous invite à méditer sur les mots doux qui ouvrent des fenêtres dans la communication car ils permettent de comprendre, de se rapprocher, d’exprimer ses émotions ou d’apaiser un conflit. Et à l’inverse, les mots durs dressent des murs car ils bloquent, isolent et créent des barrières entre les personnes.

Chaque mot offert et chaque silence conservé laissent une empreinte dans le monde. Ils révèlent la profondeur de notre cœur, la lumière ou l’ombre qui nous habite. Faut-il préférer les mots ou le silence ? Les deux se répondent. L’un donne sens à l’autre. Le silence peut révéler ce que les mots ne peuvent dire, tout comme les mots peuvent libérer ce que le silence retenait depuis trop longtemps.

Allah le tout Miséricordieux le Très Miséricordieux, dit dans le Coran –
sourate 17, Al-Isra, verset 53 :
وَقُل لِّعِبَادِى يَقُولُوا۟ ٱلَّتِى هِىَ أَحْسَنُ إِنَّ ٱلشَّيْطَٰنَ يَنزَغُ بَيْنَهُمْ إِنَّ ٱلشَّيْطَٰنَ كَانَ لِلْإِنسَٰنِ عَدُوًّا مُّبِينًا

« Dis à Mes serviteurs de se traiter de la meilleure manière possible, car le diable essaiera toujours de les diviser. Sûrement, le diable est le plus ardent ennemi de l’homme. »
Le Coran met l’accent sur la parole bienveillante, respectueuse et équilibrée, qui ne blesse pas et ne provoque pas de disputes inutiles.

Le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) est un exemple parfait de l’usage bienveillant des mots. Sa parole était douce, mesurée et porteuse de sagesse. Il enseignait que même un simple sourire pouvait être une forme de charité et que la parole devait être guidée par la bienveillance et la justice.
Il disait :
قال رسول الله ﷺ : ‏ ‏من كان يؤمن بالله واليوم الآخر، فليقل خيرًا، أو ليصمت‏‏

« Celui qui croit en Allah et au Jour dernier, qu’il parle du bien ou qu’il se taise.»
Cette guidance montre que les mots peuvent construire des ponts, apaiser les cœurs, encourager et réconforter. Parler avec douceur et retenue n’est pas seulement un acte moral : c’est une manière d’élever le monde autour de soi.

Quant à l’imam Ali ibn Abi Talib (que la paix soit sur lui) nous rappelle, dans un hadith, le jihad quotidien que nous devons mener contre la parole :
إذا تَكَلَّمْتَ بِالكَلِمَةِ مَلَكَتْكَ، وإذا أمْسَكْتَها مَلَكْتَها۔

« Quand tu prononces un mot, il te domine ; et quand tu le retiens, tu le maîtrises.»
Chaque mot a un effet : soit nous en sommes les maîtres, soit nous en devenons les esclaves. Il invite à la conscience, à la retenue et à la maîtrise de ce que nous prononçons.

Le juste milieu consiste à trouver l’équilibre entre parole et silence, entre parler et se taire, pour que nos paroles nous élèvent dans la fraternité et que nos silences apaisent l’humanité.

Ya Allah,
Aide-nous à parler avec douceur et justice,
à écouter avant de répondre,
et à nous taire lorsque le silence est plus sage que la parole.
Allahouma amin

E.F.

Crise identitaire. Exil et résilience au pays des cendres

« Qui suis-je ? Mais qui suis-je ? » — se demande-t-elle encore.
1917 – 1920
Dates de la trahison,
Dates de la colonisation,
Par une transaction déloyale,
Entre gouvernances immorales.
Sur la Déclaration Balfour
Renifle les vautours
Lancement du mandat britannique,
Elle n’y voit que manigances cyniques.
Elle découvre les ravages de ces sombres alliances,
Dans l’injustice abyssale et la décadence.

Les accords se sont faits sans les propriétaires,
Pour nourrir la prospérité de leurs adversaires :
Brigands et pillards au pays des oliviers,
Se sustentant de la Palestine et de ses biens privés.
Au milieu du bruit, des ruines et des morts,
Le silence de la honte ronge notre sort.
« Qui suis-je ? »
« Qui suis-je ? » répéta-t-elle.
Dans ce monde de colère,
Dans ce monde de haine.

Peut-être que ces meurtriers n’ont plus d’âme,
Puisqu’ils tuent des enfants et brisent leur flamme.
Les mots lui manquent face aux exilés,
Le silence la consume face aux fusillés.
Le monde regarde ce mouroir sur leur écran,
Pendant que Gaza enterre ses descendants.
Peut-être que le diable a trouvé ses frères,
Dans ces consciences mortes, habillées de lumière.

« Au secours ! » s’écrie-t-elle : « Sauvez la justice ! »
Mais ses mots de détresse s’effacent sans artifice.
Pendant que l’ONU débat loin de l’horreur,
Les explosions des bombes imposent la terreur.
L’odeur de la mort sous les gravats se devine,
La faim assassine et la peur opprime.
Elle pensait vivre un temps d’exception,
Mais ce n’est qu’une nouvelle abomination.

1948, la Nakba s’invite,
Le silence de la honte humilient les complices.
Paix et justice ne sont-ils plus que des mirages,
Perdus dans la poussière de ce vieux carnage ?
Comment tolérer qu’à quelques kilomètres à peine,
Certains rient au soleil, d’autres hurlent leur peine ?
Comment rester sereine dans cet accablant effroi,
Quand le monde chancelle et renie ses propres lois ?

Pendant qu’à Gaza, le ciel s’embrase,
Les survivants au cœur vivant deviennent esclaves
Et même s’ils restent debout avec dignité
Elle cherche inlassablement un sens à cette humanité.

Nous sommes tous témoins, dit-elle, que les cartes ont changé,
Nous sommes tous témoins, dit-elle, de ces crimes orchestrés.
Et même si à présent certaines ethnies s’éteignent,
Les siècles ne cesseront de murmurer ce qu’elles enseignent.
Alors l’Histoire saigne,
Mais la Palestine règne.

Alors elle se confie à son Seigneur pour mieux respirer :
« Qui suis-je ? » murmure-t-elle.
« Qui suis-je dans ce chaos de façade ?
Une ombre lucide, ou une conscience malade ?
J’observe les masques et les faux-semblants,
Les regards fiers et les cœurs absents.
Suis-je ce que je défends, ou ce que j’espère ?
Suis-je une étincelle d’action, ou une ombre éphémère ?
Je ne suis qu’une âme qui médite sur ceux que l’on détruit,
Une voix qui se tient debout au milieu des cris.
Je contemple la résilience de ce peuple de foi,
Je reconnais ma faiblesse et retrouve ma voie.
Ô Toi qui tiens les mondes dans Tes mains infinies,
Je place en Toi ma foi pour ce grand défi.
Tu es notre Garant, notre Éternel Présent,
C’est en Toi que mon espoir demeurera vivant. »

E.F.

Santé, quand tu t’en vas

La santé est de loin – de très loin même – un des éléments les plus importants de la vie. On peut être riche comme Crésus, être marié à une perle rare, avoir des enfants exemplaires, habiter une villa de rêve, exercer un métier dans lequel on se sent épanoui, … mais si on n’a pas la santé, à quoi bon toutes ces choses? Comment en profiter pleinement si un problème de santé survient inopinément, nous affaiblissant et nous isolant ?

Il y a quelques années, je suis tombée malade et, j’aurais pu – si telle avait été la volonté d’Allah ﷻ ne plus être là aujourd’hui, assise devant mon écran d’ordinateur à partager avec vous ma douloureuse expérience.

Je ne me suis jamais sentie aussi seule que face à la maladie. Mon époux, mes enfants, ma nombreuse famille, rien ne parvenait à combler ce vide profond. C’est naturel, au fil du temps, la vie reprend ses droits. Les proches tourne la page … mais le malade, lui, porte sa souffrance jour après jour. Désormais, elle fait partie de lui.

Allongée sur le canapé face à la fenêtre, je scrutais le ciel à la recherche d’un signe. Lequel ? Je ne sais pas vraiment … Peut-être un message d’Allah ﷻ qui me dirait : « Ne t’inquiète pas, tu vas guérir, tu vas t’en sortir ! Je suis là, je ne t’abandonnerai pas.» Un rayon de soleil, un nuage à la forme insolite, tout était pour moi signe d’espoir en des jours plus doux.

J’aimerais, pour un bref instant de bonheur, de joie, oublier le mal qui m’avait touchée. Je voudrais fermer les yeux et me réveiller dans quelques mois quand la maladie aura disparu.

Pourquoi ai-je été aussi négligente avec ma santé ? Pourquoi m’être oubliée ? Certes, j’avais des responsabilités envers les miens mais penser un peu à soi n’est pas un crime. Non, ce n’est pas un crime : c’est vital !

Pour la première fois, je prends conscience que c’est lorsque cette santé si précieuse vient à décliner que l’on réalise à quelle point elle est essentielle.

Je ne suis pas une superwoman. Je ne peux pas être à dix endroits à la fois, je n’ai que deux mains. Dès lors, pourquoi me mettre autant de pression ? Pourquoi vouloir être sur tous les fronts ? En tant que femme, épouse, mère, sœur, fille, je fais ce que je peux. A l’impossible, nul n’est tenu alors pourquoi me culpabiliser si, parfois, je n’y arrive pas ? Quoi que je fasse, je n’atteindrai jamais cette perfection qui, de toute façon, n’existe pas.

Désormais, j’apprends à accepter mes limites, à m’accorder du temps – un autre précieux trésor.

Enfin, je commence à comprendre que prendre soin de soi n’est pas de l’égoïsme mais une absolue nécessité. Si je suis bien dans mon corps et dans ma tête, mes proches auront tout à y gagner.

Quand un mal vient à me toucher, il y a, sans aucun doute, une raison dont seul Allah ﷻ a l’omniscience. Au lieu de me morfondre, de désespérer, je profite de ce moment de faiblesse pour méditer sur ma vie. Cette épreuve n’est pas là par hasard, d’une manière ou d’une autre, elle va me permettre de me réformer – si besoin est -, à m’élever spirituellement et, plus important, me rapprocher de mon Créateur.

L’épreuve passée, je n’oublie surtout pas de remercier Allah ﷻ de m’offrir l’opportunité de revenir à Lui, de devenir une meilleure version de moi-même. Je le supplie de pardonner mes nombreux manquements, mes fautes. Je lui quémande de préserver ma santé.ﷻ

Chaque jour qui se lève est une grâce d’Allah. Pour chaque souffle, chaque bouchée de pain, chaque gorgée d’eau, chaque mot qui nait de ma plume, chaque phrase qui nourrit mon esprit, je suis emplie de gratitude.

Mon heure n’a pas encore sonné et – malgré quelques bobos de temps en temps – je suis là, en bonne santé, alhamdoulillah. J’ai revu mes exigences à la baisse et fait le tri dans mes priorités. Mon habitation ne ressemble pas à une maison témoin, parfois, les vêtements à repasser débordent de la panière mais, est-ce vraiment important ?…

F.

Savourer le temps qui passe

Aujourd’hui, on a beaucoup de mal à être dans l’instant présent, à l’habiter. Pourquoi ?
Parce qu’on est impatient. Parce qu’on veut tout le temps être dans la prédiction, dans le contrôle.

La façon dont je conçois cette idée de temps qui passe façonne ma manière de le vivre. Face à cette puissance du temps, nous avons oublié une valeur bien nécessaire pour apprendre à le traverser dans l’apaisement : l’humilité.

La posture de l’humilité

Nous sommes dans une société qui nous pousse à contrôler ce temps, à rechercher la posture de la toute-puissance. Une sorte de possession avide d’avoir une mainmise sur tout. Puisqu’aujourd’hui, la vision sociétale nous rappelle à quel point l’être humain se suffit à lui-même. Et par plein de manières, que ce soit par la médecine pour rajeunir, que ce soit par le « transhumanisme » pour s’augmenter, que ce soit par le fait de pouvoir décider le jour, l’heure, le lieu et la manière de mourir. En clair, on veut pouvoir contrôler tout le processus « humain » de nos vies : contrôler notre corps, allonger notre temps pour vraiment en avoir la maîtrise jusqu’au bout.

Cette posture d’humilité face au temps qui passe nous apporte des choses intéressantes quand on s’y installe, quand on le regarde passer en quelque sorte. Est-ce une action passive de la fuite du temps ? C’est bien plus vertueux que cela, car il n’y a rien d’inerte dans ce temps, mais plutôt une dynamique.

La perspective de laisser le temps s’occuper de nous et d’arrêter de vouloir le remplir à tout prix apporte des choses palpitantes, attachantes : des moments de bien-être, des instants de méditation, des liens avec les autres, des revivifications des cœurs, des apaisements spirituels, des émotions agréables, des introspections utiles…

Mais, pour cela, la condition pour l’estimer reste la posture de l’humilité. Car, au fond, on ne peut pas tout provoquer, déclencher, projeter. Concrètement, on peut essayer de s’extraire du passé en provoquant une rupture avec ce qui vient d’arriver et ne pas songer à ce qui aura lieu, en déployant une énergie psychologique ou spirituelle ; car la réalité est qu’on ne peut jamais prévoir l’avenir.

Tout est-il vraiment éphémère ?

Vivre « carpe diem », c’est-à-dire vivre comme si nous étions immortels, est une forme de fuite en avant face au temps qui passe. On le voit aujourd’hui, à travers tout le divertissement qui nous est proposé. Fuir d’une certaine manière ce temps qui passe est une proposition très alléchante pour l’être humain qui a envie de fuir l’idée de la mort.

Pourtant, de temps en temps, on a besoin de repenser à cette notion de limite, de fin, de mort. Parce que cela peut être une façon d’évaluer la qualité de ce qu’on fait. Avoir conscience qu’on a un temps limité, que la mort existe, cela peut propulser en nous une réflexion sur le champ des possibles. Il est clair qu’on ne peut pas tous les prendre et tout explorer, mais on se dirige vers ce que nous estimons potentiel pour nous, pour notre vie.

On a une grande responsabilité par rapport au temps, le fait d’être mortel nous recentre sur le fait de faire des choix à un moment donné. C’est pourquoi la façon dont on va occuper notre temps va construire, ou pas, qui on va devenir. Et la manière dont on gère notre temps dépend du sens qu’on donne à la vie.

Faut-il rentabiliser le temps qui passe ?

Une chose est sûre : ne laissons pas voler notre temps parce que c’est un bien extrêmement précieux. On ne peut pas le rentabiliser à coup sûr et à tout moment, comme on ne peut pas tout le temps le contrôler, le compter, le grillager avec notre emploi du temps et nos activités.

La frénésie de tout capter

Pour ces moments de bonheur que l’on regarde déjà avec nostalgie parce que l’on sait qu’ils vont bientôt finir, nous avons trouvé une parade : on filme tout ou on photographie tout.

En effet, des millions de personnes prennent des photos lors d’événements, dans les rues, comme si on avait une frénésie de tout capturer, de tout figer. On s’interroge sur cette manière qu’on a de vouloir s’approprier le temps pour ne pas qu’il nous échappe. La photo ou la vidéo devient un dépôt de souvenirs afin d’absorber les scènes et de les garder « éternellement » : une sorte de contrôle sur le temps qui passe. Mais c’est un leurre de vouloir en abuser à tout moment, car nous mettons, en quelque sorte, un filtre qui nous déjoue de l’événement, qui met une certaine distance entre nous et nos émotions.

Finalement, reconnaître notre impuissance n’est que le seul moyen de vivre paisiblement le temps présent.

De plus, vieillir, en tout cas mûrir, grandir, se construire, c’est construire sa puissance. La vie, c’est aussi, de temps en temps, faire le deuil de sa puissance, d’un corps qu’on n’aura plus, de possibilités ou de potentialités qu’on ne peut plus honorer en vieillissant. Vieillir, c’est ça : se détacher de sa vie, de son narcissisme, de sa puissance pour accepter d’aimer la vie en général, la vie des autres et un peu moins la sienne et sa puissance.

En somme, organisons-nous pour savourer le temps qui passe !

Najoua

Petit bout de vie

Comme vous, j’ai traversé les saisons de l’insouciance, de l’ignorance, et parfois de la maladresse. Ces âges flous de la vie où l’on avance sans trop savoir, où les certitudes sont des mirages, et l’instant présent une vérité suffisante.

Comme vous, à mesure du temps qui passe, l’expérience a augmenté, la réforme intérieure s’est dessinée et la sagesse tente jour après jour de s’installer.

Il m’arrive alors de m’arrêter, de contempler le chemin parcouru. Je revois cette adolescente insouciante, chantant à tue-tête les refrains du moment, sans toujours saisir le poids des mots qu’elle répétait. À cette époque, les mélodies me touchaient plus que les messages, le rythme dominait le sens. Et pourtant… cette légèreté était peut-être nécessaire. L’ignorance m’a sans doute fait perdre un temps précieux (wa – l -‘asr, inna al-insana la fi khousr) mais elle fut aussi le terreau du changement.

Aujourd’hui, les mots résonnent autrement, avec une gravité nouvelle. Ils ne parlent plus seulement de rébellion personnelle, mais d’une résistance plus douloureuse, celle du peuple meurtri à Gaza et celle de toutes les consciences éveillées.

Paroles
“Si on t’organise une vie bien dirigée
Où tu t’oublieras vite
Si on te fait danser sur une musique sans âme
Comme un amour qu’on quitte
Si tu réalises que la vie n’est pas là
Que le matin tu te lèves
Sans savoir où tu vas…”

Résiste
Prouve que tu existes
Cherche ton bonheur partout, va,
Refuse ce monde égoïste
Résiste
Suis ton cœur qui insiste
Ce monde n’est pas le tien, viens,
Bats-toi, signe et persiste.”

Je médite sur le monde, sur nos vies bien calibrées et sur notre résistance face l’injustice et les atrocités que vivent les opprimés.
Je médite sur mes actions et sur l’impact de ma voix dans l’humanisation.
Je médite sur ma voie dans ce parcours de vie qu’Allahazzawajel a décrété.
Je médite sur la force de ma foi dans cette épreuve.
Je médite…

E. F.

Ramadhan… Nous y voilà !

À l’orée de ce mois béni, nous entrons dans un combat intérieur où l’âme cherche à s’élever, le cœur à se purifier, et l’esprit à se recentrer sur l’essentiel. 

Chaque aube enseigne la patience, chaque crépuscule invite à la gratitude. Noble invité du temps, témoin du miracle descendu sur terre il y a 1459 ans, tu es plus qu’un mois : une lumière, une parenthèse sacrée où le monde s’apaise et où les âmes s’épurent. Pont entre la terre et le ciel, souffle divin, tu rappelles la grandeur du Créateur et la noblesse de Son message.

Et nous voilà, pèlerins de cette quête spirituelle, prêts à accueillir tes bienfaits, à dépasser nos faiblesses, à renaître plus forts et plus proches du Divin.

Que nos cœurs s’ouvrent à toi, que nos âmes se laissent façonner par ta lumière.
Ta visite annuelle est un souffle de miséricorde.

En toi réside une force silencieuse, un écho du divin qui anime nos cœurs et ravive notre foi. Tu es l’instant suspendu où le monde ralentit pour que l’âme s’élève, où l’intelligence s’agenouille devant la sagesse divine.

Ceux qu’Allah a choisi goûteront à ton essence en lisant le Livre sacré que tu as vu descendre, au cœur de la région du Hadjaz. Béni sois notre bien-aimé prophète, Muhammad ibn Abdallah ibn Abd al-Muttalib ibn Hashim (sws) qui a sacrifié sa vie pour nous préserver du mal.

Ces derniers jours, ton nom « Ramadhan » résonne dans ma communauté. Joie, admiration, nostalgie… Tu es une vague d’émotions, une ascension spirituelle, un défi d’amour, de générosité et de dépassement de soi. Tes heures filent, témoins de nos efforts et de nos remises en question. Entre l’aube et le crépuscule, tu offres à chacun un miroir où se reflète l’âme en quête de son Seigneur.

Ramadhan, que ton passage nous transforme et fasse de nous des êtres de lumière, prêts à accueillir l’infini amour du Très-Haut. Ton arrivée m’enveloppe d’une paix indicible, teintée d’une mélancolie douce et profonde.

C’est étrange… Aujourd’hui, mes pensées s’élèvent vers mes proches disparus et ces âmes chères qui ont quitté ce monde : notre bien-aimé prophète, ses compagnons, nos prédécesseurs qui ont combattu au nom de l’islam, mon père, mon frère, mes aïeux, mes sœurs et frères en Islam. Leur absence est une présence subtile, un écho dans le silence, une empreinte gravée au creux de mon cœur. Je me dis qu’ils ne sont pas partis… qu’ils ont simplement changé de demeure. Leurs paroles résonnent encore en moi, certains de leurs gestes se perpétuent à travers mes actes. Sans eux, sans leur amour et leur sagesse, je ne serais sans doute pas celle qui écrit ces mots aujourd’hui. Je me dis que j’ai une opportunité immense, bien au-delà de ce que mon esprit peut saisir, de pouvoir te rencontrer une année de plus, ya Ramadhan. Quelle bénédiction infinie, quelle chance inouïe ! Que dire de plus, sinon : « Al hamdouliLah ! »

Tu ravives en moi la certitude que rien ne se perd et que chaque graine semée dans le bien porte ses fruits au-delà du temps. Nos aînés ont transmis des flammèches de lumière qui continuent d’illuminer nos cœurs. Que ce soit une lettre du Coran ou une histoire enseignée, un conseil murmuré, un sourire offert, tout demeure inscrit, conservé précieusement par le Tout Miséricordieux.

Quelle douce espérance que de savoir qu’au jour du Jugement, ces âmes bien-aimées récolteront les fruits de ce qu’elles ont planté. Qu’Allah, dans Son infinie bonté, nous accorde Sa clémence et fasse de nos prières un baume pour notre éternité. Car si la séparation est une épreuve, la promesse de se retrouver au-delà des étoiles est une consolation ineffable.

Ramadhan, rappel que tout est passage sauf l’Amour du Très-Haut…
Toi qu’Allah a sublimé par Ses bienfaits, je t’accueille avec humilité et ferveur. Si Dieu me le permet, je vivrai chacune de tes heures comme une opportunité d’élévation.

Sois mon hôte, installe-toi dans ma demeure, éclaire mes nuits durant la récitation des paroles sacrées et mes jours de ta patience. Ensemble, faisons de chaque instant une aumône, de chaque silence une invocation, de chaque lecture du Coran un voyage vers l’infini.

Que mes lèvres s’abreuvent des versets du Très Haut, que mon cœur se nourrisse de Sa sagesse, que mes pas se dirigent vers ce qui L’agrée. Sois ce miroir où je contemple l’âme que je veux devenir, ce vent qui éparpille mes fautes et ce feu qui ravive ma foi.

Bienvenu à toi Ramadhan, bienvenu dans le cheminement de ma foi, noble invité du Très-Haut.

F.E.

Il est à nos portes…

Lui écrire est difficile pour moi. Lui parler me semble plus facile. Cependant, je laisse libre cours à mes doigts sur cette page blanche pour s’exprimer, même si ma défiance à le faire m’envahit quelque peu, car j’ai l’impression qu’on entre par effraction dans mon cœur. Alors, j’irai là où mes mains transcriront et où mon cœur, palpitant encore, a quelque chose à lui dire. Ma plume m’accompagne, elle n’est que l’expression de ce qui l’habite. Alors, je vous offre ces quelques mots…

J’ai une confidence à vous faire. Il arrive. Ramadan sera bientôt au cœur de nos vies. Il est tellement attendu, mais aussi tellement craint. Étrange sensation que de se sentir si humain face à sa venue. Est-ce que je doute de mes capacités à l’accueillir ? Certainement ! Je doute. Mais j’ai envie d’aller jusqu’au bout. J’essaierai de l’atteindre, cette paix au milieu du vacarme et de la hâte de mon âme. J’essaierai de construire un cœur léger dans le silence. J’essaierai de me libérer de mes doutes, de mes fardeaux, de mes lourdeurs.

Craindre de ne pas être à la hauteur de ces bénédictions. Craindre d’être dans la continuité d’une vie fade et pauvre. Vais-je faire partie de ceux qui changent, de ceux qui luttent, de ceux qui renaissent ?

Il se murmure dans les demeures, entre les cieux et la terre, qu’une nouvelle saison pleine de promesses arrive. Vais-je en saisir les fruits, prendre ma part de délices, inscrire ma place sur les honorables Tablettes ?

Lui écrire, c’est me dévoiler. C’est découvrir mes erreurs, mes colères souterraines, mes larmes, mes douleurs, mes défis, mes espoirs. Lui dévoiler une partie de moi, c’est révéler mon cœur au final.

Mais sa venue me désarme, me trouble même, car elle me donne espoir. Il m’appelle à Lui. Il m’appelle à briser mes chaînes, celles que je cache à l’abri des regards, dans les abysses sombres de mon âme.

Néanmoins, il trouvera les mots pour m’apaiser, il me convaincra de regarder le monde à travers la lucarne de mon cœur. Laisser la partie la plus lumineuse que l’Unique a mise en chaque être humain prendre plus de place. Cette étincelle qui transforme nos vies.

Il vient rétablir la connexion divine. Ainsi, je suis l’héritière d’une métamorphose dont je ne connais pas l’issue à chaque visite. Je suis dépositaire d’un changement dont la décision d’agir s’impose à moi. Quand il vient, il ne s’aligne pas comme une continuité, mais comme un point de départ.

Le point de départ d’une histoire, d’un lien, d’un renouveau. Sa présence suffit à alléger mes peines. Sa sincérité ne vacille pas avec le temps, son amitié ne dépend ni des circonstances ni des intérêts. Il est là pour moi, pour mon Salut. Et, fébrilement, il m’aidera à construire une paix intérieure afin de sentir Sa Miséricorde, Son Pardon, Son Amour. C’est Sa promesse. Alors, mes barrières tombent et mon cœur s’expose. J’ose rêver grand. Bientôt, j’écrirai un nouveau chapitre de mon histoire… »

Et vous, quelle est votre histoire avec Ramadan ?

Najoua

Une quête de silence et d’abandon

Le ciel est gris aujourd’hui, lourd de nuages qui déversent une pluie battante. Les gouttes, comme des messagères, frappent aux vitres, demandant la permission d’entrer. Peut-être cherchent-elles à laver nos âmes, à essuyer le tumulte de nos vies modernes. 

Mais nous restons là, pris au piège de nos propres préoccupations, bousculés par les défis de la société : manifestations, oppression, injustice. Ces vents contraires nous entraînent, malgré nous, dans un tourbillon de pensées, épuisant nos corps et alourdissant nos cœurs.

Dans ce chaos, une envie inattendue surgit : celle de fuir. Partir loin, dans un désert immaculé, là où le silence règne, où rien ne presse. Vivre comme un nomade, en harmonie avec le temps, sans quête effrénée de prospérité ni d’accumulation matérielle. Là-bas, il n’y aurait rien à convoiter, rien à prouver.

Juste un désert, témoin de nuits étoilées où les scintillements rappellent l’éternité.

Ces étoiles, elles, ne luttent pas contre l’ordre naturel ; elles brillent, simplement, confiantes dans la course fixée par leur Créateur.

Et si nous étions comme ces étoiles ? Si nous acceptions que tout ce qui arrive est écrit ? Combien de nos peurs et de nos doutes s’évanouiraient si nous reconnaissions que ce qui est décrété par Allah arrivera, inéluctablement, au moment opportun ? Nous nous torturons à vouloir tout contrôler, à poser mille et une questions auxquelles nous n’avons pas toujours de réponses.

Et pourtant, il est des choses qui ne nous appartiennent pas. Certes, la vie est une lutte. Elle nous demande de l’effort, du courage et de la patience.

Mais elle n’exige pas que nous portions seuls le fardeau de l’inconnu. 

Le désert, dans son immense silence, nous enseigne une leçon précieuse : celle de l’abandon. 

Pas l’abandon de nos responsabilités, mais celui de nos inquiétudes, de notre attachement aux illusions du monde. Tout ce qui est en dehors de notre contrôle, nous devons le remettre entre les mains d’Allah, avec confiance.

Alors, pourquoi continuer à nous soucier outre mesure ? Pourquoi ne pas vivre avec l’humilité d’un nomade, qui marche, jour après jour, sans se soucier de ce que demain lui réserve ? Il avance, non pas parce qu’il sait ce qui l’attend, mais parce qu’il sait qu’il n’est jamais seul.

C’est la foi qui le guide, une lumière intérieure qui éclaire son chemin même dans les ténèbres. 

Cette foi, c’est la certitude que son Seigneur est là, qu’Il veille et qu’Il pourvoit à tout.

Elle est l’âme de son voyage, le souffle qui anime ses pas, et la promesse qu’aucune épreuve n’est insurmontable tant qu’il marche en confiance.

Ce texte, posé là, est un souffle, une pause dans le tumulte. Une invitation à nous rappeler que la pluie qui frappe à nos vitres est aussi un rappel divin. 

Une miséricorde, une promesse que même au cœur des épreuves, il y a un chemin. Le désert, avec son silence et ses étoiles, vit en chacun de nous, si nous prenons le temps de le trouver. 

Et peut-être qu’au lieu de fuir, il suffit simplement de fermer les yeux et de s’abandonner à Celui qui ne nous oublie jamais…

Hana Elakrouchi

Ils se relèveront…

Tu es couché, dos à terre. Tes frères dorment à poings fermés malgré la guerre qui éclate dehors.
Ta mère te donne dos, pleure en silence et implore notre Seigneur. Devant vous, elle donne l’image d’une femme forte, mais au fond d’elle, la peur la ronge.

Chaque matin et chaque soir, elle te répète de tenir tête à l’ennemi. Qu’un jour ou l’autre, ils seront punis car nous, on a ce qu’ils n’ont pas : Dieu est avec nous.

Un énième bombardement vient d’éclater. Alors que tu es dans tes pensées, ta demeure est visée. Derrière le viseur, un sans-coeur.
Avant même de réaliser, tu te retrouves sous les décombres.

Au-delà de l’expression, le ciel t’est vraiment tombé sur la tête. La douleur est trop forte, tu te sens partir… tu te dis c’est fini. Mon heure est arrivée.

Une lumière te brûle les yeux. Est-ce celle du paradis ? Heureux, tu ouvres les yeux. Et là, tu retombes en enfer. Autour de toi, les docteurs s’agitent, les mères prient, les pères crient…
Oui, tu as survécu à l’attaque. Mais perdu, tu ne sais pas si tu dois être heureux d’être encore en vie ou désespéré de ne pas être mort.

Après quelques heures seulement, on te demande de quitter les lieux. D’autres blessés sont en chemin et les places manquent. Alors tu prends sur toi, et tu quittes ce lit d’hôpital.

Dehors, toujours le même décor : les cris en guise de mélodie, les barrages formés par les chars en guise de paysage.

Sans famille, sans toit, tu déambules dans les rues de Gaza.
Quelque part au loin, perdu, tu trouves une école sous la protection de l’ONU.
Autant y aller, tu n’as plus rien à perdre, de toute manière, tu es déjà six pieds sous terre.

Plusieurs familles se sont réfugiées ici, tu repenses à cette fameuse nuit, où les tiens sont partis.

Une larme s’échappe, puis deux, un torrent de larmes s’ensuit…

De petites mains se posent sur tes joues et essuient ces perles qui coulent. Tu lèves les yeux, face à toi, un enfant qui te sourit à pleines dents.
L’espace d’un instant, tu oublies ta souffrance.

Mais à peine retrouves-tu une lueur d’espoir, que celle-ci laisse place au néant.

Le lendemain, dans tous les journaux occidentaux, on peut lire  » Tirs d’obus israéliens sur une école de l’ONU « . Ton corps ensanglanté est à la une d’Al-Jazeera. Tu viens de nous quitter. Ta perte nous laisse un goût amer.

Mais pour tout Palestinien tombé, dix se relèveront. Et pour dix Palestiniens tombés, cent se relèveront.
Et pour cent Palestiniens tombés, tous se révolteront.

Aujourd’hui, on est tous Palestiniens.

Noor T.