La sororité : une déclaration d’amour

Autour de moi, je vois des femmes fortes.
Des femmes qui portent bien plus que ce que l’on imagine, et qui pourtant trouvent toujours la force d’offrir un mot doux, un regard rassurant, une présence sincère.

Je vois des femmes qui s’inquiètent les unes pour les autres, qui prennent des nouvelles sans attendre qu’on leur demande, qui ressentent la fatigue de leur sœur comme si c’était la leur. Des femmes qui se mettent au service des autres, même lorsque leur propre cœur est déjà lourd, même lorsque leurs journées sont pleines et leurs nuits trop courtes.

La sororité, ce n’est pas seulement être là dans les moments faciles. C’est choisir la bienveillance quand la fatigue pourrait rendre dure, transmettre un conseil avec amour plutôt qu’avec jugement, tendre la main sans attendre de retour. Ce sont des paroles murmurées pour apaiser, des silences respectés, des invocations faites en secret.
C’est partager les rires qui réchauffent le cœur, les larmes qui purifient l’âme, et les épreuves qui forgent la force ensemble.

Je vois des femmes qui enseignent, qui soutiennent, qui élèvent les autres sans jamais chercher à s’élever au-dessus. Des femmes qui comprennent que la vraie force ne réside pas dans la domination, mais dans la douceur, l’écoute et le don de soi.

Par la grâce d’Allah, Il a mis entre elles l’amour et la bienveillance. L’Amour d’Allah rayonne au travers d’elles, se reflète dans leurs gestes, leurs paroles et leurs intentions. Elles illuminent les journées l’une de l’autre, même dans l’épreuve, même dans les moments d’ombre. À travers elles, Allah nous rappelle qu’Il veille sur nous avec Miséricorde.

Cet article est une déclaration d’amour à toutes mes sœurs :
merci d’être lumière, soutien et douceur. Merci d’être un reflet vivant de l’Amour et de la Miséricorde d’Allah dans ce monde.

F.

Vivre chaque jour comme si c’était le …premier

La rentrée est là !
Quand on parle de rentrée, on pense bien sûr à l’école. Cette année encore, elle nous rappelle à quel point le temps file à grande vitesse. Et voilà que nous nous interrogeons sur notre rapport à la temporalité.

En effet, une prise de conscience s’est peu à peu infiltrée dans mes pensées lors de la rentrée scolaire de mon enfant. Comme tout parent, très souvent, nous les accompagnons dans leurs futures classes ou établissements éducatifs. La cour de l’école se remplit rapidement et des bribes de conversations s’invitent à l’atmosphère d’une nouvelle année académique.

Habituellement, ces ambiances m’ont toujours plu, et c’est avec joie et plaisir que j’emmène mes enfants pour leurs débuts. Cependant, contre toute attente, je me surprends à me décentrer de la scène du « premier jour d’école » et à ressentir une forme de tristesse en me disant que « ces choses-là » passent trop vite. Comment faire pour profiter, pour suspendre le temps ? Même s’il y aura encore d’autres événements, ce moment ne sera pas forcément identique. La vie passe, et c’est dans ce summum de joie que je plonge dans la tristesse de la nostalgie. Alors, je m’interroge.

Le temps irréversible

Ces dernières fois qui n’existeront plus font partie d’une longue liste de tout ce qui est une ultime fois dans nos vies. La peur du temps qui passe, la nostalgie du présent, nous l’avons tous ressentie, et certainement nous continuerons à la ressentir.

Accepter le temps qui passe, c’est accepter une forme de puissance et de violence, de souffrance parfois. Le temps nous fait traverser des émotions comme la tristesse, le chagrin, la peur, mais aussi la colère. Ces troubles ambivalents sont légitimes et sains. Car les refouler, les nier, les éviter n’est pas la manière « raisonnable » de les traverser. Lorsqu’elles s’emmagasinent, elles font mal au corps et à l’esprit : ce sont des « chaînes » que nous nous imposons de porter durant toute notre vie.

Alors, à la question : « Si je pouvais remonter le temps, où retournerais-je ? », que répondons-nous ?

Certes, il existe de nombreux types de nostalgie. Par exemple, celle de l’enfance ou d’une période heureuse de sa vie qu’on matérialise dans notre mémoire parce que le présent est un peu triste, décevant, inquiétant pour le futur. Donc, il y a des périodes de sa vie qu’on idéalise, qu’on a envie de revisiter. Parfois, il y a une nostalgie heureuse qui surgit complètement, de façon fortuite : des sensations, des odeurs, des voix, un quartier, une maison, un lieu qui fait remonter énormément de souvenirs, souvent joyeux, agréables.

Par contre, ici on parlera de la nostalgie du présent. Une nostalgie qui est liée à la conscience que chaque instant qui passe est premier et dernier, que le temps file et que ce qu’on est en train de vivre est déjà en train de finir avec le présent. Est-ce angoissant ? Oui, car on a l’impression de ne pas pouvoir capter, de garder et d’être toujours dépassé par le temps. Et puis, à peine il est là, on en profite peu car il est déjà terminé.

Vivre les jours comme si c’était les derniers

On entend souvent : « Sois investi dans ce moment », « Ne le laisse pas passer », « Profite tant que tu peux ». Oui, mais comment profiter ? Comment s’installer dans le présent ? Et « profiter », ça veut dire quoi exactement ?

C’est pour cela que cette injonction de « Profiter de chaque jour comme si c’était le dernier ! » rend cette perspective très inquiétante, angoissante. Car le fait de « profiter » nous rappelle à notre conscience que le temps passe vite, que le moment a lieu une fois, qu’on ne peut remonter le temps, que les choses les plus belles (même si on peut réitérer un nouvel événement, des vacances avec des amis, des fêtes de famille ou retourner dans un pays d’origine, …) ne seront jamais identiques.

Derrière cette injonction à la fois philosophique et sociale, l’idée principale est d’interpeller l’être humain sur sa fin, et ainsi il pourra beaucoup plus savourer, donner du relief à sa vie, de l’intensité, et tout cela va le rendre plus joyeux, plus gai.

C’est angoissant car cela nous rend complètement otages d’un budget temporel.
Effectivement, si j’ai trop conscience du temps qui va passer et qu’il faut en profiter, alors je suis déjà en train de fracturer mon bonheur. Et si je suis trop insouciante, peut-être que je vais passer à côté de cette conscience du temps et ne pas être investie dans la maximisation de mon ravissement. Et donc ne pas avoir assez profité.

Eh bien, on pourrait définir cette idée de « profiter » ainsi : savoir gérer son temps, dans un jeu d’équilibre entre conscience du temps et insouciance du temps.

Le principe serait d’apprendre à ressentir de la joie face au fait que chaque instant est unique, et à ne pas être dans un rapport comptable au temps, c’est-à-dire arrêter de penser sans arrêt que mon temps est à chaque instant limité, qu’il faut compter les fois qui passent, les optimiser à fond : habiter le présent, en quelque sorte. Cultiver une conscience intellectuelle et une énergie psychologique de vivre ce qui est, sans le prévoir ou le projeter.

La fausse croyance la plus répandue sur le temps qui passe est que le temps détruit tout, qu’il est une puissance d’érosion, d’usure. Par exemple, en amour, le temps qui passe est un ennemi car il ne peut qu’abîmer, altérer la relation de couple. L’idée reçue qu’on mène une lutte contre lui est très répandue de nos jours. Alors que, par définition, le temps est une puissance d’opportunité ; c’est-à-dire qu’à chaque moment, même infime, il y a toujours des petites différences, des petites choses qui accompagnent le moment, des choses encore à découvrir.

Mais pourquoi, aujourd’hui, a-t-on tant de mal à habiter le présent ?

Najoua

Je n’ai pas les mots

Quand mon amie m’a demandé d’écrire un article sur l’actualité du Proche-Orient, j’avoue que j’ai relu sa demande plusieurs fois. Comment écrire sur ce sujet, alors qu’il me retourne l’âme ? C’est un comble, pour une auteure, de ne pas trouver les mots. Mais comment nommer l’innommable ? Comment décrire ce que les yeux ne peuvent plus regarder sans trembler, ce que le cœur refuse d’admettre de peur qu’il ne se brise ?

J’ai des amis là-bas. Ils sont nombreux à Beit Sahour, Bethléem ou dans le camps d’Aïda. Des gens que j’ai rencontrés, que j’ai aimés, avec qui j’ai partagé le pain, les silences, les rires aussi. Aujourd’hui, je n’ose plus leur écrire. Par peur. Peur de ce qu’on pourrait me dire. Peur d’un prénom qui ne me répondrait pas. Peur que l’horreur ait frappé là où battait encore un peu d’espoir.

Le Proche-Orient, cette terre si riche, si profonde, si sacrée, semble ne plus avoir de répit. Et pourtant, dans cette obscurité, il nous est demandé à nous, femmes spirituelles, de tenir la flamme. De croire encore. D’aimer malgré tout. Le Coran nous dit :
« Certes, Allah commande la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches. » (Sourate An-Nahl, 16:90) Ce verset résonne en moi comme une invitation. À rester droite, à tendre la main, à ne pas détourner le regard, même lorsque celui-ci se voile de larmes.

La spiritualité n’est pas un refuge confortable. Elle est parfois un cri silencieux. Elle est cette force invisible qui nous pousse à transformer l’angoisse en prière, la colère en compassion, la douleur en présence.

Et je pense aux femmes de là-bas. Celles qu’on ne filme pas, qu’on ne voit pas, qu’on n’écoute pas. Celles qui tiennent les foyers debout, qui chantent encore des berceuses sous les bombes, qui cousent la vie avec des fils d’espoir. Ce sont elles, mes sœurs, mes repères, mes héroïnes silencieuses. Alors oui, je n’ai pas les mots. Mais j’ai le cœur ouvert. Et peut-être que cela suffit, pour dire que je suis là. En prière. En amour. En lumière.

Latifa CHAY

Une quête de silence et d’abandon

Le ciel est gris aujourd’hui, lourd de nuages qui déversent une pluie battante. Les gouttes, comme des messagères, frappent aux vitres, demandant la permission d’entrer. Peut-être cherchent-elles à laver nos âmes, à essuyer le tumulte de nos vies modernes. 

Mais nous restons là, pris au piège de nos propres préoccupations, bousculés par les défis de la société : manifestations, oppression, injustice. Ces vents contraires nous entraînent, malgré nous, dans un tourbillon de pensées, épuisant nos corps et alourdissant nos cœurs.

Dans ce chaos, une envie inattendue surgit : celle de fuir. Partir loin, dans un désert immaculé, là où le silence règne, où rien ne presse. Vivre comme un nomade, en harmonie avec le temps, sans quête effrénée de prospérité ni d’accumulation matérielle. Là-bas, il n’y aurait rien à convoiter, rien à prouver.

Juste un désert, témoin de nuits étoilées où les scintillements rappellent l’éternité.

Ces étoiles, elles, ne luttent pas contre l’ordre naturel ; elles brillent, simplement, confiantes dans la course fixée par leur Créateur.

Et si nous étions comme ces étoiles ? Si nous acceptions que tout ce qui arrive est écrit ? Combien de nos peurs et de nos doutes s’évanouiraient si nous reconnaissions que ce qui est décrété par Allah arrivera, inéluctablement, au moment opportun ? Nous nous torturons à vouloir tout contrôler, à poser mille et une questions auxquelles nous n’avons pas toujours de réponses.

Et pourtant, il est des choses qui ne nous appartiennent pas. Certes, la vie est une lutte. Elle nous demande de l’effort, du courage et de la patience.

Mais elle n’exige pas que nous portions seuls le fardeau de l’inconnu. 

Le désert, dans son immense silence, nous enseigne une leçon précieuse : celle de l’abandon. 

Pas l’abandon de nos responsabilités, mais celui de nos inquiétudes, de notre attachement aux illusions du monde. Tout ce qui est en dehors de notre contrôle, nous devons le remettre entre les mains d’Allah, avec confiance.

Alors, pourquoi continuer à nous soucier outre mesure ? Pourquoi ne pas vivre avec l’humilité d’un nomade, qui marche, jour après jour, sans se soucier de ce que demain lui réserve ? Il avance, non pas parce qu’il sait ce qui l’attend, mais parce qu’il sait qu’il n’est jamais seul.

C’est la foi qui le guide, une lumière intérieure qui éclaire son chemin même dans les ténèbres. 

Cette foi, c’est la certitude que son Seigneur est là, qu’Il veille et qu’Il pourvoit à tout.

Elle est l’âme de son voyage, le souffle qui anime ses pas, et la promesse qu’aucune épreuve n’est insurmontable tant qu’il marche en confiance.

Ce texte, posé là, est un souffle, une pause dans le tumulte. Une invitation à nous rappeler que la pluie qui frappe à nos vitres est aussi un rappel divin. 

Une miséricorde, une promesse que même au cœur des épreuves, il y a un chemin. Le désert, avec son silence et ses étoiles, vit en chacun de nous, si nous prenons le temps de le trouver. 

Et peut-être qu’au lieu de fuir, il suffit simplement de fermer les yeux et de s’abandonner à Celui qui ne nous oublie jamais…

Hana Elakrouchi

Perdue dans mes pensées…

C’est à mon tour d’écrire un article cette semaine mais rien ne me vient à l’esprit. Ou plutôt si, je veux absolument évoquer la Palestine, donner la voix aux sans-voix mais l’inspiration m’a désertée, je suis perdue dans mes pensées…

J’ai bien vu les images d’un camp de réfugiés vilement bombardé en pleine nuit, ses habitants brûlés vifs dans leur sommeil, des cadavres qui jonchent le sol… Du déjà vu et revu. Si la situation n’était pas aussi dramatique, j’aurais peut-être osé l’expression du réchauffé. Ça ne m’émeut presque plus. Je suis comme anesthésiée. J’ai honte.

Je décide alors de me vider l’esprit et de sortir faire quelques emplettes ; j’ai besoin d’une veste d’hiver.

Bonjour, il fait 15° cette après-midi.

Je n’avais jamais vu ce genre de dispositif dans un ascenseur : un écran qui ne doit pas mesurer plus de 20 cm sur 15 cm et sur lequel défilent, entre autres, les titres de l’actualité.

Du 2e étage au rez-de chaussée, j’ai le temps d’en lire quelques-uns :

Au moins 156 morts et des centaines de personnes portées disparues au sud-est de l’Espagne.

Gaza : près de 100 morts dont des enfants après une frappe israélienne sur un immeuble familial.

Pour finir par un : «  Bonne journée ! »

– Elle ne risque pas d’être bonne avec ces infos anxiogènes ! me dis-je intérieurement. Mais très vite, je me rends compte de mes pensées. Serais-je plus agacée que choquée… ? J’ai honte.

Le centre-ville de Reims est plaisant à visiter à pied. Les bâtisses en pierre blanche sont particulièrement élégantes et confèrent à cette ville un charme insoupçonné. Je suis d’ailleurs agréablement surprise par la blancheur de ses pierres. J’apprends qu’elles proviennent de la Montagne de Reims au cœur du Parc naturel régional auquel elle donne son nom.

Je passe devant un kiosque à journaux. Mon regard est attiré par l’affiche la moins colorée : Quel avenir pour les Palestiniens ?  Suivi, un peu plus bas, par le slogan : « Chaque mois avec Le Monde diplomatique, on s’arrête, on réfléchit. » Alors, je réfléchis – pour avoir bonne conscience sans doute…

– Quel avenir pour les Palestiniens ? Euh… Est-ce vraiment la question à se poser ? Cette interrogation ne sous-entendrait-elle pas que leur avenir n’est, de facto, plus à Gaza ? Mon esprit extravagant me joue sans doute des tours. Cela ne peut définitivement pas vouloir dire ça.  En réalité, je n’ai pas envie de réfléchir. J’occulte. Il faut que je me recentre sur ce qui me préoccupe : une veste d’hiver. J’ai honte.

J’entre dans les Galeries Lafayette. J’en prends plein les yeux. J’ai vu le luxe et l’éclat embaumer les étages, le raffinement et la richesse colorer les étalages, la surabondance et le superflu déambuler à travers les rayons. Le slogan me revient alors à l’esprit… « On s’arrête, on réfléchit. »  Je n’ai pas envie de réfléchir, je veux me laisser porter par ce faste. J’ai oublié la honte.

Je descends la rue Vesle, l’équivalent de notre rue Neuve. Gaza : près de 100 morts dont des enfants après une frappe israélienne sur un immeuble familial. Que suis-je censée faire quand je lis ce genre d’informations dans un ascenseur avant d’aller faire du shopping, me demandais-je intimement ?

J’arrive à la place d’Erlon. Je lis les explications qui ornent la statue dans le seul but d’échapper au questionnement de ma conscience.

Jean-Baptiste Drouet d’Erlon, né le 29 juillet 1765 à Reims et mort le 25 janvier 1844 à Paris, est un militaire français, simple soldat de la Révolution devenu général en 1799, fait comte d’Empire par Napoléongouverneur général en Algérie entre 1834 et 1835 et élevé à la dignité de maréchal de France en 1843.

Soudainement, retentit la célèbre chanson de Mohammad Assaf Dammi Falastini qui a vu danser des politiciens français tels que Louis Boyard ou Sébastien Delogu. Je ne m’attendais pas à entendre cette chanson, devenue symbole d’un militantisme, ici à Reims. Un groupe de manifestants chantaient en chœur et scandaient Free, free, Palestine ou encore Nous sommes les enfants de Gaza. Ils étaient une douzaine tout au plus. Mais ils étaient là.

Je reste pensive. Et surtout, j’ai honte.

J’ai fini par trouver une veste…et même deux. Mais ce n’est pas de ma faute, les magasins sont tellement bien achalandés…

 Une chose est sûre, je suis toujours aussi perdue dans mes pensées.

L.M.

Comment continuer?

Quel sujet vais-je aborder, sur quoi portera mon article cette fois ? Un compte-rendu de lecture, un portrait, un sujet de société ? 

Tout me paraît futile et décalé. Je me questionne, qu’est ce qui vaut d’être mentionné, puisque des enfants souffrent et meurent injustement ? 

La première neige de l’hiver est tombée aujourd’hui. J’ai regardé les flocons blanchir les toits et habiller les branches, impassibles témoins des saisons qui défilent et je me suis sentie vide. 

La beauté du spectacle, le silence monotone de la poudre blanche qui tournoie, la tranquillité de la rue où seuls crissent les pieds des passants, la chaleur de la maison, chaque bienfait dont je jouis me semble illégitime, tant que des enfants tremblent de froid et d’effroi. 

La désillusion est profonde, saisissante. Encore sonnée, je peine à réaliser. Nulle armée ne s’est levée pour les sauver, nulle résolution n’a su les protéger. Des voix conscientes et courageuses se sont élevées et résonnent.  Mais qui voudra bien les écouter ? Pendant ce temps, comme aux jours noirs de Pharaon, des enfants sont assassinés.  

L’humanité a-t-elle définitivement perdu son âme, le mal triomphera-t-il continuellement ? Je ne veux pas l’envisager car alors comment continuer ?  

La honte et la tristesse que je ressens, à l’instar de millions de personnes, me font espérer que subsiste encore dans le cœur de beaucoup d’hommes, le dégoût de l’injustice et l’aspiration aux droits élémentaires de chacun.  

En attendant j’ai le vertige et le goût à rien, et c’est bien peu de chose car pendant ce temps, des enfants sont tués… 

Hayat Belhaj  

Abaya, nouveau cache-misère de la France

Nouvelle interdiction hilarante de l’abaya dans les écoles françaises. Le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, a récemment pris une décision cruciale pour préserver la précieuse laïcité en France : interdire le port de l’abaya dans les établissements scolaires. Cette décision vise apparemment à préserver la neutralité religieuse. Mais quel est le réel but de cette décision ?

Il est important de souligner que l’abaya n’est pas un vêtement religieux spécifique à l’islam mais plutôt un habit culturel porté par certaines femmes.

Selon les principes éthiques vestimentaires de l’islam, il est recommandé d’adopter une attitude de modestie, tant pour les hommes que pour les femmes.

Pourtant, les autorités semblent ignorer ces principes en diabolisant l’abaya comme un symbole religieux provocateur.

Une circulaire gouvernementale a été émise pour annoncer cette interdiction, suscitant la mobilisation de tous les médias.

Mais honnêtement, combien de collégiennes et lycéennes se sont-elles vraiment présentées à l’école en abaya ? Cette interdiction n’est-elle pas simplement un divertissement médiatique ?

Pendant ce temps, des problèmes bien plus graves comme l’absentéisme des enseignants restent ignorés.

Le même jour, en France, 3000 enseignants étaient absents et personne pour les remplacer, mais bien sûr, cela n’a pas suscité de débats ou d’indignation. 

Manifestement, le gouvernement préfère détourner l’attention avec des mesures symboliques plutôt que de régler de véritables problèmes.

Heureusement, cette interdiction de l’abaya sauvera la laïcité française et notre société prospérera enfin !

Quelle victoire pour la France !

Prenons un moment pour réfléchir sérieusement.

Est-ce là notre priorité en tant que société ?

Est-ce vraiment un problème majeur qui mérite autant d’attention médiatique?

Cette polémique nécessite-t-elle notre réaction purement émotionnelle ?

Ne devrions-nous pas plutôt nous concentrer sur des problèmes plus importants tels que le changement climatique, les inégalités sociales, la pauvreté et les conflits dans le monde ?

Le divertissement médiatique est une stratégie utilisée pour détourner l’attention du public des problèmes réels.

Les lourdes conséquences sur la société

En pointant du doigt les événements superficiels, il nuit à la sensibilisation et à la compréhension des véritables enjeux qui touchent le monde.

En privilégiant des sujets divertissants, les médias créent une bulle médiatique attrayante mais déconnectée des véritables enjeux.

Les acteurs politiques et économiques profitent de cette tactique pour éviter de rendre compte de leurs actions et de leurs responsabilités.

Cette obsession médiatique pour des sujets futiles nuit à la sensibilisation et à la compréhension des véritables enjeux qui touchent le monde. 

En fin de compte, cela entraîne une INDIFFERENCE totale face aux problèmes réels et empêche toute action significative de la part du citoyen.

Il est donc essentiel d’exercer un esprit critique en tant que consommateurs d’informations et de chercher des sources qui traitent de manière équilibrée des sujets majeurs.

Seule une prise de conscience collective nous permettra de passer outre cette stratégie de divertissement et de nous attaquer aux véritables problèmes qui nécessitent notre attention et notre action.

Hana

Aujourd’hui est un grand jour !

Du haut de ses cinq ans, cela faisait déjà une semaine que mon petit garçon réitérait inlassablement la même question :

« Maman… encore combien de dodo avant de recevoir mes cadeaux et mes bonbons ? « 

Les effluves de thé à la menthe et le parfum des gâteaux enrobés au miel embaument délicatement les ruelles de la ville.

Aux sorties des mosquées, dans une excitation plus que palpable, les fidèles apparaissent dans des tenues dignes d’un conte des mille et une nuits.

Des djellabas ornées de perles et colorées aux Kamiss des hommes brodés de fil doré, en passant par les Jabadors des nouveau-nés, la joie et la bonne humeur pouvaient se lire sur les visages éclairés par les timides rayons du soleil.

Les traditionnelles siniyas garnies de verre à thé aux motifs orientaux n’attendent plus que nos invités.

Jour après jour, douze mois ont fait le tour et aujourd’hui nous commémorons l’un des plus beaux événements de notre belle religion.

Celui de notre Prophète Ibrahim qui, sur le point de sacrifier son propre fils a fait preuve d’une obéissance et d’une soumission sans faille au Seigneur des Mondes.

Ibrahim en a été dignement récompensé.

Tout à coup me voilà emportée par mes pensées, de l’autre côté du globe.

En Arabie, où des millions de pèlerins vêtus de leurs pagnes de sacralisation et d’abayas déferlent vers la Mecque. Tous convergent vers la maison sacrée.

À Arafat implorant le Miséricordieux d’être Satisfait d’eux, ils quittèrent ce lieu pour Mouzdalifa, autre lieu sacré.

Tout en chantonnant les prières sur mon cher et tendre Prophète Mohammed صلى الله عليه وسلم, je finalisais du bout des doigts ornés de henné les derniers préparatifs d’une décoration empreinte d’un perfectionnisme qui me caractérise tout particulièrement.

Ils y passèrent la nuit dans une ambiance authentique contemplant les étoiles à même le sol caillouteux.

Ce 10ieme jour de Dhul Hijja, les pèlerins armés de foi et de patience se dirigent vers la Ka’aba.

C’est le grand rendez-vous, le lieu de rencontres des cœurs soumis et obéissants en recherchant l’amour et le secours du Tout-Puissant.

Tout cela à travers la circumambulation autour de la Ka’aba (Tawaf), dans les allers-retours entre les monts Safa et Marwa (Sa’ey) marchant ainsi sur les pas de notre mère Hajar.

Les pèlerins sont les invités d’Allah.

Ils accourent des 4 coins du monde sur toutes sortes de montures (cf. Nabil El Nasri voyage à vélo depuis paris vers la Mecque en plus de 60 jours pour le Hajj de l’année 2023-1444).

C’est pour certains le voyage de toute une vie, un projet pensé et planifié durant de longues années.

Ils se sont arrachés à leur confort du quotidien, se sont séparés de leurs familles et cela dans le seul but de répondre à l’appel du Divin.

« Labaika allahouma labaik » sont les paroles récitées en boucle des pèlerins en totale soumission pour purifier leurs âmes et leurs cœurs de tous les mauvais penchants.

C’est une profonde introspection qui s’opère en chacun d’eux.

Une même journée mais deux ambiances différentes. Tantôt tournée vers les délices de ce bas monde et Tantôt tournée vers l’accomplissement du cinquième pilier de l’islam.

Soudain je reviens à ma réalité et je ne cesse de caresser le doux espoir de faire partie des élus par une invitation qui recèle du plus grand des secrets.

Amin.

L&A

Faut-il interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ?

Victime de harcèlement scolaire qui se poursuivait sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois, Lindsay, jeune collégienne de 13 ans, décide de mettre fin à ses jours le 12 mai dernier. La tragique nouvelle fait froid dans le dos et me laisse perplexe…

Chaque année, des faits similaires de cyberharcèlement menant au suicide sont tristement révélés par la presse laissant tout parent au regard hagard se murmurer intérieurement : « Elle aurait pu être ma fille/il aurait pu être mon fils… ».

Le cas de Lindsay me questionne particulièrement, jusqu’à aujourd’hui, un mois après les faits, où je décide de coucher sur papier les idées qui me tenaillent. 

Généralement, les parents dont l’enfant, victime de harcèlement, commet l’irréparable témoignent souvent, avec regrets, que leur enfant n’a jamais dénoncé les faits. 

« Je ne savais pas. Pourquoi ne s’est-il/elle pas confié.e? Je n’ai rien vu venir. Il/elle souffrait en silence. Je n’ai pas été capable de détecter que quelque chose n’allait pas. »

Le cas de Lindsay s’en différencie grandement dans le sens où la jeune fille a dénoncé les faits au directeur de l’école et à la conseillère principale d’éducation. Avec l’aide de sa mère, elle a même alerté la police, le ministère de l’Éducation nationale et le Président de la République sur le harcèlement scolaire qu’elle subissait. Mais en vain…

Hier, les parents ayant perdu un enfant dans ces tragiques circonstances se mobilisaient dans les écoles, dans les médias pour encourager les jeunes victimes de harcèlement à en parler, à demander de l’aide, à dénoncer les faits. Aujourd’hui, Lindsay l’a entendu. Elle a crié au secours. Mais, quant à elle, personne ne l’a entendue.

Les parents ont déposé plainte contre la direction du collège où était scolarisée leur fille, l’académie de Lille, les policiers en charge de l’enquête et… Facebook.

Ce n’est pas la première fois que ce dernier se retrouve sous les feux des projecteurs pour pareil cas. Il est évident que les réseaux sociaux ont révolutionné notre manière de communiquer et d’interagir avec les autres. Ils occupent une place prépondérante dans la vie de beaucoup d’individus. Cependant, l’utilisation précoce de ces plateformes par un public très jeune suscite inquiétudes et préoccupations. On pourrait dès lors légitimement se poser la question suivante : faut-il interdire l’accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ?

Tout d’abord, cette interdiction permettrait de protéger la vie privée des jeunes utilisateurs – pas toujours conscients – des risques et des conséquences à long terme que peut engendrer le partage de leurs données à caractère personnel, et permettrait également de leur accorder le temps nécessaire pour développer une compréhension plus affûtée des enjeux que cela représente.

De plus, l’utilisation précoce des réseaux sociaux peut avoir des conséquences néfastes sur la santé mentale des adolescents dont le cerveau est en développement. En pleine construction identitaire, les adolescents, particulièrement vulnérables au regard de l’autre et aux pressions sociales, sont facilement influençables. D’ailleurs, beaucoup sont prêts à tout pour décrocher un maximum de pouces bleus.

Par ailleurs, la comparaison constante avec les autres sur les réseaux sociaux entraine des sentiments d’insécurité et de dépréciation de soi chez les jeunes.

Et je ne parlerai pas davantage du harcèlement ou de l’exposition des adolescents à des contenus inappropriés (violence, pornographie…).

Pour revenir à ma problématique : « Faut-il interdire l’accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ? », il est évident qu’elle n’est même pas « formulable » sachant que 87 % des jeunes (11-12 ans) en France utilisent régulièrement au moins un réseau social, alors que l’âge minimum requis pour s’inscrire est de 13 ans.

Il est plus que temps de mettre l’accent sur l’éducation et la sensibilisation aux dangers des réseaux sociaux et ce, dès le plus jeune âge. Attendre l’entrée en secondaire ou au collège (en France) est trop tard. Le rôle nous incombe, à nous parents, mais pas seulement. Le législateur a un rôle prépondérant à cet égard.

C’est pourquoi, il faudrait soumettre à Pap Ndiaye, Ministre de l’Education nationale, d’organiser une activité de sensibilisation, dès la maternelle, aux dangers du cyberharcèlement et des réseaux sociaux. 

Mais non, que dis-je ! Ce n’est pas possible, il ne peut pas être sur tous les fronts. Il est bien trop occupé à mettre en place son programme contre les stéréotypes de genre dont l’objectif sera de combattre, dès le plus jeune âge, les idées reçues : un garçon a le droit de jouer à la poupée et une fille peut taper dans un ballon ! 

N’est-ce pas là le plus important… ? 

L.M.

Le magnolia

Lundi 6 février 7h30

J’aperçois à travers la vitre de ma chambre le magnolia qui trône avec grâce et élégance dans le jardin. Les bourgeons se forment déjà. Fidèles au rendez-vous, ils écloront discrètement comme à l’accoutumée pour fleurir au mois de mars. Je les attends chaque année en secret… Ses fleurs délicates au camaïeu de rose sont un plaisir pour les sens et me ravissent chaque printemps.

Soudainement, le camaïeu prend une teinte grisâtre en pensant à leur floraison éphémère… Très vite, ses pétales viendront joncher le sol pour se décomposer et disparaitre dans les entrailles de la Terre. Un vent de mélancolie me traverse alors furtivement. Je reste pensive… Admirative de la nature et de sa perfection, ce n’est pas tant sa beauté qui me laisse sans voix à ce moment précis… Mais le rappel indéniable de la fugacité de notre passage sur Terre. Tels les pétales du magnolia, j’irai rejoindre les entrailles de la Terre aussi…

L’hiver se complait dans nos contrées. Les journées se ressemblent. Je scrute le ciel et esquisse un sourire. Il est d’un bleu azur comme je l’aime en cette saison, annonciateur d’un froid revigorant. Le printemps arrive bientôt… et le magnolia bourgeonne. Je puise dans la contemplation de la nature la force pour m’extirper du lit douillet dans lequel je me prélasse. La journée sera longue.

22h25

Je tire les tentures et entraperçois dans l’obscurité les branches du magnolia. Je repense à ce matin et à la force que j’ai dû déployer pour m’extraire de mon lit douillet. 

A quelques milliers de kilomètres, des dizaines de milliers de personnes ne rejoindront pas le lit qu’ils ont quitté ce matin. 

Les mots lus au cours de la journée résonnent encore en moi : « Tremblement de terre meurtrier en Turquie et Syrie… Des milliers de personnes restent prisonnières sous les gravats… Des appels à l’aide étouffés parviennent de sous les décombres… Les rescapés sont livrés au froid glacial… Un père de famille pleure la perte de sa femme et de ses 5 enfants… Nous avons besoin de couvertures… ».

Ma main caresse lentement la couette duveteuse, épaisse et chaude qui me recouvre.

Je reste immobile dans le noir… presque honteuse.

Là-bas, les décombres recouvrent les victimes.

Le rappel indéniable de la fugacité de notre passage sur Terre me revient à l’esprit. Tels les pétales du magnolia, ils s’en sont allés rejoindre les entrailles de la Terre…

L’hiver fait rage et la neige parsème les chemins.

Et même si les magnolias fleuriront bientôt, les âmes meurtries ne les verront sans doute pas…

À tou.te.s les orphelin.e.s, les veuf.ve.s, les rescapé.e.s, les victimes, puissiez-vous puiser en Dieu la force pour continuer votre chemin.

L.M.