Santé, quand tu t’en vas

La santé est de loin – de très loin même – un des éléments les plus importants de la vie. On peut être riche comme Crésus, être marié à une perle rare, avoir des enfants exemplaires, habiter une villa de rêve, exercer un métier dans lequel on se sent épanoui, … mais si on n’a pas la santé, à quoi bon toutes ces choses? Comment en profiter pleinement si un problème de santé survient inopinément, nous affaiblissant et nous isolant ?

Il y a quelques années, je suis tombée malade et, j’aurais pu – si telle avait été la volonté d’Allah ﷻ ne plus être là aujourd’hui, assise devant mon écran d’ordinateur à partager avec vous ma douloureuse expérience.

Je ne me suis jamais sentie aussi seule que face à la maladie. Mon époux, mes enfants, ma nombreuse famille, rien ne parvenait à combler ce vide profond. C’est naturel, au fil du temps, la vie reprend ses droits. Les proches tourne la page … mais le malade, lui, porte sa souffrance jour après jour. Désormais, elle fait partie de lui.

Allongée sur le canapé face à la fenêtre, je scrutais le ciel à la recherche d’un signe. Lequel ? Je ne sais pas vraiment … Peut-être un message d’Allah ﷻ qui me dirait : « Ne t’inquiète pas, tu vas guérir, tu vas t’en sortir ! Je suis là, je ne t’abandonnerai pas.» Un rayon de soleil, un nuage à la forme insolite, tout était pour moi signe d’espoir en des jours plus doux.

J’aimerais, pour un bref instant de bonheur, de joie, oublier le mal qui m’avait touchée. Je voudrais fermer les yeux et me réveiller dans quelques mois quand la maladie aura disparu.

Pourquoi ai-je été aussi négligente avec ma santé ? Pourquoi m’être oubliée ? Certes, j’avais des responsabilités envers les miens mais penser un peu à soi n’est pas un crime. Non, ce n’est pas un crime : c’est vital !

Pour la première fois, je prends conscience que c’est lorsque cette santé si précieuse vient à décliner que l’on réalise à quelle point elle est essentielle.

Je ne suis pas une superwoman. Je ne peux pas être à dix endroits à la fois, je n’ai que deux mains. Dès lors, pourquoi me mettre autant de pression ? Pourquoi vouloir être sur tous les fronts ? En tant que femme, épouse, mère, sœur, fille, je fais ce que je peux. A l’impossible, nul n’est tenu alors pourquoi me culpabiliser si, parfois, je n’y arrive pas ? Quoi que je fasse, je n’atteindrai jamais cette perfection qui, de toute façon, n’existe pas.

Désormais, j’apprends à accepter mes limites, à m’accorder du temps – un autre précieux trésor.

Enfin, je commence à comprendre que prendre soin de soi n’est pas de l’égoïsme mais une absolue nécessité. Si je suis bien dans mon corps et dans ma tête, mes proches auront tout à y gagner.

Quand un mal vient à me toucher, il y a, sans aucun doute, une raison dont seul Allah ﷻ a l’omniscience. Au lieu de me morfondre, de désespérer, je profite de ce moment de faiblesse pour méditer sur ma vie. Cette épreuve n’est pas là par hasard, d’une manière ou d’une autre, elle va me permettre de me réformer – si besoin est -, à m’élever spirituellement et, plus important, me rapprocher de mon Créateur.

L’épreuve passée, je n’oublie surtout pas de remercier Allah ﷻ de m’offrir l’opportunité de revenir à Lui, de devenir une meilleure version de moi-même. Je le supplie de pardonner mes nombreux manquements, mes fautes. Je lui quémande de préserver ma santé.ﷻ

Chaque jour qui se lève est une grâce d’Allah. Pour chaque souffle, chaque bouchée de pain, chaque gorgée d’eau, chaque mot qui nait de ma plume, chaque phrase qui nourrit mon esprit, je suis emplie de gratitude.

Mon heure n’a pas encore sonné et – malgré quelques bobos de temps en temps – je suis là, en bonne santé, alhamdoulillah. J’ai revu mes exigences à la baisse et fait le tri dans mes priorités. Mon habitation ne ressemble pas à une maison témoin, parfois, les vêtements à repasser débordent de la panière mais, est-ce vraiment important ?…

F.

Que la paix soit sur vous!

Le 8 mai 2025, la fumée blanche sortant de la basilique Saint-Pierre annonce une nouvelle importante : l’Église catholique a un nouveau pape. Son nom : Robert Francis Prévost. Ou plutôt Léon XIV depuis sa nomination par ses pairs. Face à la foule, ses premiers mots à la tribune de la loggia de la basilique marquent un début de pontificat probablement encourageant, à travers des paroles simples, chaleureuses et pleines de foi :

« Je vous donne un salut de paix !
À toutes les personnes, où qu’elles soient, à tous les peuples, à toute la Terre :
que la paix soit avec vous ! »

La paix. Un mot dont on a perdu le sens profond. En piétinant ses lettres de noblesse en ces temps de conflits, de violence et d’insécurité, l’Homme détruit l’élément indispensable à tout progrès de l’humanité.
Que veut dire Léon XIV à travers ces mots ? À l’échelle mondiale, on parle de paix lorsque les guerres sont résolues et conduisent à une meilleure qualité de vie. Mais qu’est-ce que la paix, pour nous ? Pourquoi est-il important de vivre en paix ? À quoi ressemblerait un monde sans paix ? Serait-il différent de celui que nous connaissons aujourd’hui ?

Qu’est-ce que la paix ?

Nous la définirons ainsi : vivre en sûreté, sans crainte et sans menace de violence ; être égaux devant la loi ; avoir un système judiciaire fiable et efficace, protégeant les droits des citoyens ; subvenir de manière juste et équitable aux besoins élémentaires nécessaires au bien-être, tels que la nourriture, l’eau potable, le logement, l’éducation, les soins de santé. En un mot : vivre dans des conditions de vie décentes, indépendamment de l’appartenance ethnique ou identitaire.

« (…) Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre… »
Déclaration datant de 1945… Mais où en sommes-nous dans ce projet de « préserver » le monde d’une violence qui monte en puissance aux quatre coins de la planète ?
Dans la guerre, le schéma est toujours le même : un groupe agresseur et un groupe victime.

« Soulignant l’importance du dialogue et de la diplomatie, elle (la paix) prend en effet position contre ceux qui pensent qu’il faut répondre par la légitime défense et la force des armes aux actes de guerre ainsi qu’à l’injustice de la terreur exprimée contre les civils innocents, en repoussant ainsi la violence par d’autres violences, convaincus que la paix ne peut advenir qu’à travers une défense armée qui arrête l’adversaire en lui prouvant sa capacité. »

La culture de la paix au service du droit ?

Aujourd’hui plus que jamais, il nous faut décupler nos efforts afin de développer une culture de la paix, tous ensemble et à tous les niveaux. Et l’un des défis principaux serait de mieux dialoguer, de comprendre et de s’unir derrière des valeurs communes universelles : renforcer une culture de la paix par l’éducation, promouvoir un développement économique et social durable, respecter les droits de l’homme, assurer l’égalité entre les hommes et les femmes, favoriser la participation démocratique, développer la solidarité, soutenir une communication libre et fiable.

Un projet sur papier glacé, malheureusement caduque lorsqu’on assiste à des refus d’obtempérer, donc à un rejet des institutions assurant la protection des droits fondamentaux. Des institutions dont les pays membres ont pourtant signé les clauses de protection. Ainsi, garantir le Droit est le seul chemin pour assurer aux peuples une vie pacifique, au-delà de la violence qui hante souvent le quotidien de beaucoup de personnes.

La paix, quant à elle, n’est pas le fruit de négociations, car celles-ci n’aboutissent qu’à des trêves temporaires, pas à une paix véritable, au sens étymologique. Il y a paix quand il y a justice ! Mais une justice seulement si l’agresseur est défait de sa position d’oppresseur.
La paix n’est pas provisoire. Elle ne doit pas être fragile, au point que les peuples soient dans des « sables mouvants » où tout peut basculer vers l’horreur à cause d’une discrimination ethnique. L’entente impose un respect mutuel, durable et propice à la justice, à la vérité.

Que faut-il pour vivre en paix ?

Compte tenu de l’actualité, le discours de paix de Léon XIV donne à réfléchir aux conditions qui rendent possible une paix durable. Nous sommes capables de comprendre et de mettre en place des clés vers un apaisement réel. Voici deux points essentiels :

• Transmettre la sagesse
C’est un grand mot, n’est-ce pas ? Une utopie, diraient certains. En réalité, c’est en partageant les connaissances, les valeurs et les histoires à travers l’éducation, les médias sociaux, les musées, l’art, l’écriture, les échanges interculturels qu’il est possible d’ouvrir les esprits, de réduire les préjugés et de s’assurer que les blessures du passé ne se reproduisent pas à l’avenir. Le pôle éducatif reste le meilleur moyen de transmettre la sagesse et les valeurs nécessaires à la promotion d’une véritable paix. Les qualités individuelles, telles que le respect, la confiance, la foi, la compassion et la bienveillance sont les fondements de l’apaisement. La réussite de l’Homme passe par cette culture de la sagesse.

• Apprécier le vivre-ensemble
La diversité est une richesse. Elle permet de grandir dans une société en participant au développement d’un ensemble de valeurs et de compétences nécessaires pour vivre ensemble et respecter l’autre, malgré les différences, dans les domaines associatif, politique, économique, judiciaire… Les lieux de travail, les écoles et les quartiers permettent aux gens de construire des liens entre les communautés. Quand divers groupes partagent une forte identité commune, à savoir celle de citoyens d’un même pays, cela permet de répondre aux besoins de la société et participe à plus d’équité, plus de sécurité.

Le concept de culture de la paix porte donc un potentiel novateur, car il remet en cause l’ordre établi et contribue au changement. Mais pour acquérir de la force et ainsi être efficace, il a besoin de peuples qui se l’approprient, le fassent vivre et agissent pour son application concrète au sein de la société. La culture de la paix, c’est refuser la fatalité des maux, et plutôt générer de l’espoir aux bâtisseurs d’un autre monde, fait de justice et de paix. À l’image d’un homme, qui en son temps, a relevé de grands défis :
« Comment un homme (Mohammad ﷺ) seul a-t-il pu unir des tribus de guerre et des bédouins errants, et en faire la nation la plus puissante et la plus civilisée en moins de deux décennies ? »

Selon Thomas Carlyle, une partie de son héroïsme résidait dans son énergie créatrice (foi et sagesse) face aux complicités et aux difficultés de la vie de ce monde. De plus, il concevait la culture de la paix comme un outil bénéfique au service du peuple, à commencer par sa propre personne. En effet, la paix dite « intérieure » se cultive grâce à une implication constante envers soi, sans être égoïste. Au contraire, plus elle se développe, plus la relation avec l’autre peut devenir harmonieuse : un savoir-être, fondé sur une recherche de sérénité intérieure.

Quand la paix intérieure fait défaut, comment pouvons-nous être en paix avec les autres et agir en ce sens ?

Najoua

[1] www.lavie.fr « De Robert Francis Prevost à Léon XIV, la biographie du nouveau pape », écrit par Marie-Lucile Kubacki, publié le 14 mai 2025, dans la rubrique portrait.

[2] www.rtbf.be/article/la-revue-de-presse-le-raid-des-hooligans-brugeois-a-bruxelles-du-racisme-a-l-etat-pur-11542769 , article écrit par Milan Berckmans dans le magazine rtbf, le 6 mai 2025

[3] Charte des Nations Unies, 1945 « S’unir pour la paix » sur le site des Nations Unies.org

[4] www.unamur.be/fr/newsroom/y-t-il-encore-de-la-place-pour-la-paix-aujourdhui-une-question-philosophique-debattue Article de Gwenaelle Bertnchamps, publié le 15 janvier 2024 dans le magazine Université de Namur.

[5] Citation de Thomas Carlyle ( écrivain, historien, philosophe et auteur écossais du 19 -ème siècle, dans son essai littéraire « Des héros, du culte des héros et de l’héroïque dans l’Histoire » https://medium.com/@SaidAbdulLatif/thomas-carlyle-and-the-prophet-muhammad-%EF%B7%BA-48e585675e0a