Génération Z 212

Un vent de révolution populaire souffle sur le Royaume Chérifien, après le Népal, les Philippines ou le Sri Lanka, plus rien ne semble aujourd’hui épargné le Maroc de la révolte du mouvement « Gen Z », qui embrase le pays.

Qui est la génération Z ?

Nés entre 1997 et 2012, ces jeunes se soulèvent un peu partout dans le monde afin de revendiquer davantage de droits sociaux, d’accès aux soins et à la scolarité. Dans les pays asiatiques, entre 1990 et 2010, la jeunesse est sortie dans les rues pour détrôner les élites politiques corrompues.

En septembre 2025, c’est au tour du Népal, suivi des Philippines et dernièrement à Madagascar et au Maroc. Cette vague de colère porte les mêmes revendications de justice sociale avec une diffusion numérique via les réseaux sociaux.

Le Collectif de jeunes marocain « Gen Z 212 »

« 212 », en clin d’œil pour le préfixe téléphonique du pays, ce mouvement de jeunesse sans affiliation politique s’est organisé sur le réseau « discord ». Il revendique « un espace de discussion » sur des questions comme «la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption ». Il affirme agir par « amour de la patrie et du roi », dans un pays où les inégalités sociales sont autant publiques que privées sur l’ensemble du territoire. « Nous demandons la dissolution du gouvernement actuel pour son échec à protéger les droits constitutionnels des Marocains et à répondre à leurs revendications sociales », a déclaré Gen Z 212 dans un communiqué adressé au roi du Maroc, Mohammed VI.

Agadir :  décès successif de plusieurs femmes admises pour césariennes

Mi-septembre dans plusieurs villes, des manifestations sociales ont eu lieu après le décès à l’hôpital public d’Agadir de huit femmes enceintes admises pour césariennes en l’espace d’un mois. La population est sous le choc, elle exprime son désarroi face à des soins de santé qui ne sont pas à la hauteur d’un pays tel que le Maroc.

La Coupe d’Afrique et la Coupe du monde, l’étincelle qui met le feu au poudre…

Le Maroc a mis tout mis en œuvre pour le développement de nouvelles infrastructures (stades flambants neufs, modernisation des de plusieurs aéroports,) afin d’accueillir la future coupe d’Afrique et la Co-organisation de la Coupe Du Monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. La jeunesse est interpellée : « Nous voulons des hôpitaux pas seulement des stades » ont répété des jeunes à Rabat lors des rassemblements, ceci étant devenu presque le slogan depuis le début de la mobilisation. Plusieurs villes se sont soulevés au départ pacifiquement comme Casablanca et Agadir, tenant toutes le même discours.  

Après une semaine de manifestation,  le début de l’escalade

Les manifestations, qui ne sont pas interdites au Maroc, doivent néanmoins faire l’objet d’une permission et être encadré par un syndicat. Ce qui ne fut pas le cas des manifestions de revendication de « GEN Z212 ». Depuis le début de cette vague, les chiffres officiels parlent de 400 arrestations et 3 morts à déplorer. Les manifestions pacifiques font place à des scènes plus violentes de casses et heurs, les tensions sont profondes et aucune accalmie ne se projette à l’horizon.

Comme un sentiment de déjà vu, Le printemps arabe 2011

En décembre 2010, de nombreuses contestations sont nées dans de nombreux pays arabes. Cette expression de « Printemps arabe » fait référence au « Printemps des peuples » de 1848 auquel il a été comparé, tout comme le Printemps de Prague en 1968. Dans ces mouvements de révolutions, les réseaux sociaux (facebook, twitter,..) ont joué un rôle important.

On retiendra comme élément déclencheur la révolution tunisienne qui fera quitter Ben Ali Zine el Abidine du pouvoir. D’autres peuples arabes suivront, notamment la révolution égyptienne avec la démission de Hosni Mobarak et la guerre civile en Lybie entre les forces fidèles au régime de Kadhafi et les insurgés soutenus par l’ONU. En Syrie, la répression exercée par le régime de Bachar el-Assad causait alors des milliers de morts…

Pendant toute l’année 2011, quasi la totalité des États arabes connaissent des mouvements de contestations plus ou moins importants. Au niveau mondial, le bouleversement de cette région est suivi avec un intérêt tout particulier du fait des enjeux pétroliers.

Les principales causes et revendications de ce printemps arabe présentent des similitudes et des différences avec le mouvement GEN Z 212, il a une forte dimension sociale et dénonçait le manque de libertés individuelles et publiques, la corruption, le chômage, la misère, le coût de la vie élevé ainsi qu’un besoin de démocratie. Cette vague révolutionnaire est comparée à divers moments historiques, comme le Printemps des peuples de 1848, la chute du rideau de fer en 1989 ou encore le Risorgimento italien. 

La révolution du Rif, prémices du cri du peuple marocain

En octobre 2016, Mouhcine Fikri décède après être littéralement broyé dans une benne à ordure suite à la confiscation de sa marchandise de poisson par la police dans la ville d’Al Hoceima dans le Rif marocain. La région du Rif sera alors le théâtre de manifestations ininterrompues pendant plus de 10 mois, le mouvement du Hirak naît afin de dénoncer la corruption et la marginalisation économique et sociale du Nord Est du Maroc, largement diffusée sur le réseau social Facebook live. 

En avril 2019, une quarantaine de manifestants sont condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison pour le leader du mouvement Nacer Zefzafi. Contrairement au mouvement GENZ 212 , le Hirak ne cible pas une tranche d’âge de la population ni une région, mais ont en commun pour revendications plus d’équité sociale, d’accessibilité aux soins et  l’enseignement pour tous et  ainsi que l’arrêt de la corruption.

L’islam et la réforme 

« Certes Allah ne modifie pas l’état d’un peuple tant que les individus qui le composent ne changent pas d’eux-mêmes ce qu’il y a en eux ». sourate Ar Ra’d n°13 verset 11.

D’après Malik Ibn Dinar, Al Hassan Al Basri a dit : « Certes Al Hajjaj (1) est une punition d’Allah. N’accueillez pas la punition d’Allah avec l’épée (2) mais plutôt avec le repentir, la supplication et la soumission. Repentez-vous et vous serez débarrassé de lui ». (Rapporté par Ibn Abi Dounia dans Kitab Al ‘Ouqoubat 
L’islam et l’éthique 

L’islam a établi un code moral pour les interactions sociales qui doivent être fondées sur les valeurs de vérité, de confiance, de justice, de bienfaisance et de miséricorde. Il n’y a donc pas de dissociation entre l’éthique, la politique, l’économie.  Ainsi la vie en société et la gestion politique sont fondés sur le socle commun de la croyance au Tawhid basé sur le Coran et la Sunna. Citoyens et dirigeants y retrouvent tous les aspects de la vie afin de mettre en application des lois équitables et les bases pour vivre dans une société juste et égalitaire.

 « Dieu commande la justice, la vertu et la bienveillance envers ses proches. Il interdit toute forme d’immoralité, de méchanceté et de transgressionIl vous avertit afin que vous soyez attentifs ».  sourate 16 verset 90 . 

Le prophète Sws un modèle pour les dirigeants

véritable dirigeant juste, empli de compassion et de miséricorde, il a fait preuve de patience  dans son rôle important de diffusion du message. Il est un modèle de miséricorde et de bonté et de justice par excellence. Sa sunna et sa sira doivent inspirer chacun d’entre nous pour atteindre le meilleur des comportements.

« Il a été tout à la fois révélateur d’une religion, organisateur d’un peuple, le fondateur d’un empire, qui a subjugué avec une rapidité merveilleuse une immense partie de la terre. Sans parler du poète, il a été tout ensemble prophète, législateur et conquérant. Dans les annales humaines, il est le seul à avoir revêtu ces trois caractères éminents » Barthélémy Saint Hilaire

Autre modèle d’inspiration, le Calife Omar Ibn Khattab

 Surnommé Al Farouq : celui qui distingue le bien du mal, Omar Ibn Khattab était un dirigeant juste. Il a instauré le système des allocations familiales avant même que celles-ci n’existent dans notre société occidentale. Il administrait les biens du trésor public de manière minutieuse, il les redistribuait avec justice, contrôlait personnellement le travail de ses gouverneurs et les limogeait sans hésitation s’ils fautaient ou manquaient à leurs obligations

Pour conclure

Le Maroc est un pays en plein essor économique et doit faire face à de nombreux défis pour lutter contre les inégalités sociales et en matière de santé. Il doit investir dans l’éducation et la jeunesse, futurs adultes afin d’avoir un pays qui rencontrent toutes ses ambitions.

L’islam est la seule religion à bénéficier d’un statut institutionnel officiel dans la constitution marocaine, le roi du Maroc, ayant le titre de Commandeur des croyants, est le garant du libre exercice des cultes et veille au respect de l’Islam. Les concepts de la religion islamique sont des ressources et des bases pour construire une société juste et équilibrée et afin de relever les défis et enjeux de demain tant pour les dirigeants que pour le peuple.

La Gen Z 212 met la monarchie face à un défi inédit : répondre à des demandes sociales et politiques radicales sans fragiliser son propre rôle de dirigeant.

Trois directions possibles :

  • Soit la réforme avec une restructuration et des mesures sociales urgentes avec des moyens de contrôles en toute transparence.
  • Soit un durcissement sécuritaire avec des annonces politiques aboutissant à un apaisement provisoire.
  • Ou une structuration politique du mouvement genZ qui deviendrait un acteur politique afin de bousculer l’équilibre partisan

Le pays ne pourra pas se relever de cette révolte sans écouter ces cris du cœur. 

Je finirais par ces citations : 

« Une émeute est le langage de ceux qui ne sont pas entendus » Martin Luther King

« Ce n’est pas seulement par la force des choses que s’accomplira la révolution sociale, c’est par la force des hommes, par l’énergie des consciences et des volontés » Jean Jaures

J.K.