Une nouvelle année, une nouvelle détermination 

L’arrivée d’une nouvelle année est souvent accompagnée de résolutions, d’objectifs à atteindre, et de la volonté de ne pas se retrouver au même point de départ que l’année précédente.

Pour tout être humain, cette période de réflexion et de renouvellement prend une dimension particulière. En tant que croyant, il est impensable de se confiner à une simple liste annuelle de résolutions pour mesurer son évolution. C’est plutôt un voyage continu, une quête perpétuelle de croissance personnelle, spirituelle et intellectuelle.

Chaque instant offre une opportunité unique de se rapprocher de Dieu, de s’améliorer et d’impacter positivement ceux qui nous entourent de par notre bel agir.

La réforme personnelle, dans le contexte de la foi musulmane, va bien au-delà des simples objectifs fixés au début de l’année solaire ou lunaire. C’est un engagement profond envers le changement constant, la recherche inlassable du bien, et l’acceptation des défis qui se présentent sur le chemin de la vie.

L’Islam, en tant que mode de vie, offre un guide précieux pour cette croissance continue, transcendant ainsi les limites temporelles et les résolutions éphémères.

Le musulman est appelé à être un acteur actif dans sa propre évolution, indépendamment des moments marquants d’une quelconque date. Notre spiritualité nous encourage et nous donne la force à la persévérance, à la compassion envers autrui, et la recherche constante de la vérité.

Ces valeurs fondamentales guident le croyant à travers les hauts et les bas de la vie, créant une base solide pour une évolution constante.

En conclusion, la nouvelle année symbolise plutôt l’occasion précieuse de faire un bilan de ce capital temps passé qui nous a été octroyé et de consolider notre engagement envers la réforme personnelle tout en intégrant la réalité que chaque journée écoulée nous rapproche de l’ultime rendez-vous avec notre Seigneur.

Ainsi, le croyant musulman embrasse ce voyage avec détermination, sachant que chaque instant bien utilisé contribue à son élévation spirituelle et à l’enrichissement de la société qui l’entoure.

Quelques pistes de réflexion qui pourrait vous accompagner :

– Dans la danse fugace du temps, tâchez d’avoir un équilibre entre labeur et douceur, partant des étoiles de vos rêves à la réalité de votre quotidien. 

– Sur la toile de vos jours, peignez vos aspirations, caressez vos rêves, réalisez des tableaux de lumière, de constellations. Dans l’écrin du possible, laissez-vous envelopper.

– Priorités choisies, à chaque tâche un poème, à chaque instant, une clé. La danse du temps, une symphonie éternelle, Où le présent s’entrelace avec l’aube nouvelle.

– Apprendre, toujours, comme la mer qui murmure, des vagues incessantes, une quête qui perdure. Les leçons du Vivant donnant un doux enseignement.

– Gardez le sourire, sous la pluie des jours, une danse de la vie, aux reflets d’amour.

 – Tissez des liens, des étoffes du cœur, une trame solide, résistante aux rigueurs. Les êtres chers consciemment choisis, des étoiles dans la nuit, guidant vos pas ainsi vers l’infini.

– Pensez positif, comme un baume pour l’âme. Un état d’esprit qui dissipe la noirceur et désarme. Exprimez votre gratitude, récoltez les fleurs de chaque jour, un poème de vie, simple, accessible à tous, toujours.

Enfin, rappelez-vous que chaque personne est unique, et ces conseils peuvent nécessiter une adaptation en fonction de vos circonstances individuelles.

Hana Elakrouchi

Bilal reviendra…

Lorsque le prophète (sas) rejoint son Créateur en l’an 11 de l’Hégire, toute l’Arabie est musulmane. Très vite, Abu Bakr, le successeur du Messager d’Allah (sas) se lance dans la conquête du Nord non sans avoir au préalable dompté la rébellion menée par les apostats. C’est le début de la conquête musulmane du Sham, une conquête poursuivie par Umar ibn Al Khattab jusqu’à atteindre Al Quds, Jérusalem. 
 
Menée d’une main de maître par les héros de l’islam Khalid Ibn Walid et Abu Ubayda ibn Jarrah, la conquête du Sham sera d’une rapidité inédite. Les villes byzantines tombent l’une après l’autre, et son destin est finalement scellé lors de la légendaire bataille d’Al Yarmouk, à l’été 636. Les forces byzantines sont littéralement foudroyées, annihilées. Symbole de l’échec cuisant de cet empire déchu, l’empereur Héraclius, après avoir récupéré la relique de la « Vraie Croix » à Jérusalem, prend la mer à Antioche et quitte à jamais la région non sans lui avoir fait ses adieux auparavant : « Adieu, ô Syrie, jamais plus nous ne nous reverrons désormais ! » Byzance ne reviendra plus jamais en Terre sainte. La population hostile au pouvoir de Constantinople se réjouit de l’arrivée des Musulmans. C’est particulièrement le cas des Juifs et de certains Chrétiens considérés comme hérétiques par l’Eglise romaine : les monophysites et les Nestoriens. 
 
Amr ibn al As aux commandes
 

Sur le terrain, c’est le compagnon et fin stratège militaire Amr ibn Al As qui dirige les troupes musulmanes aux portes de Jérusalem. Ælia (son nom à l’époque) est la dernière ville du Sham qui résiste aux assauts des armées musulmanes. Umar Ibn al Khattab qui a alors succédé à Abu Bakr concentre toute son énergie vers la « Cité des prophètes ». Amr Ibn Al As, le commandant des armées musulmanes, fait face à une opposition farouche menée par le patriarche de Jérusalem, un moine chrétien du nom de Sophrone et épaulé par le commandant Artabon, général à la réputation solide. Cet homme était le plus rusé et le plus brillant des Byzantins. Lorsqu’Umar fut informé de cela, il s’exclamera : « Nous avons envoyé contre l’Artabon des Byzantins, l’Artabon des Arabes. Voyons à présent comment les choses vont tourner ». Le calife le pensait réellement, car ces deux commandants étaient les plus intelligents des leurs. 
 
Début du siège
 
C’est le début des hostilités qui dureront quatre longs mois rythmés par des combats quotidiens, certains s’étendent même de l’aube au crépuscule. Mais très vite, Amr Ibn Al As reçoit du renfort du Nord mené par l’épée de Dieu, Khalid Ibn al Walid et Abu Ubayda. Chaque jour, de nouveaux archers en provenance du Yémen et fraîchement convertis, viennent grossir les rangs de l’armée musulmane. Mais les assauts musulmans aussi puissants soient-ils, restent systématiquement repoussés. Du côté des assiégés, on espère que l’hiver parviendra à briser le moral des armées musulmanes très peu habituées aux températures hivernales. Mais contre toute attente, il n’en est rien. La pluie, la neige, le gel et les températures basses ne parviendront pas à entamer le moral de cette armée qui supporte avec patience et endurance les difficultés. Pénétrer enfin dans la « Cité des prophètes » et prier sur l’esplanade de Bayt Al Maqdis est leur objectif ultime, rien ne pourra les en détourner. Mais au bout de quatre mois, la situation est inchangée. Al Quds, est trop symbolique pour ne pas lui offrir une lutte acharnée. Pourtant, ce n’est pas par l’épée qu’Al Quds reviendra aux Musulmans mais bien par la main du calife Umar Ibn Al Khattab. Sophrone, patriarche de Jérusalem consent finalement à rencontrer Abu Ubayda et accepte de livrer la ville sainte mais uniquement au Commandeur des croyants, Umar ibn Al Khattab. Prévenu, Umar accepte de faire le déplacement depuis Médine, à dos de mule. Une monture qu’il partage avec son serviteur. Habillé sobrement, ses sandales autour du cou, c’est l’image de l’ascète sincère qui se présente devant le Patriarche de Jérusalem qui se serait exclamé à sa vue : « Par Dieu, c’est bien celui dont nous trouvons la description dans nos livres, et celui par les mains duquel notre terre sera conquise. » Umar signera un traité avec les habitants de la terre sainte, un pacte inédit autorisant les Chrétiens à demeurer à Jérusalem sous le régime de la liberté de culte. Les Juifs, autrefois chassés et persécutés sont également autorisés à y vivre en toute liberté. Plus encore, alors que Umar est assis et entouré de compagnons de la première heure, le temps de la prière de l’Asr arrive. Umar se tourne alors vers Bilal ibn Rabah et lui fait cette demande : « Les compagnons du Messager d’Allah aimeraient qu’en ce jour, tu appelles à la prière comme tu le faisais autrefois. » Bilal, qui avait refusé d’endosser ce rôle à la mort du Messager de Dieu, accepte et bientôt le son de sa voix retentit à travers les vallées et les collines d’Al Quds, devant des milliers de combattants poussés aux larmes par le souvenir de la présence du bien-aimé prophète au temps de Médine.

Aujourd’hui, Umar n’est plus et les images qui nous viennent de Gaza nous serrent le cœur mais le souvenir de cette époque bénie nous redonne espoir car comme le dit un célèbre refrain entonné dans les foyers musulmans :

« O Bayt Al Maqdis ne t’attriste pas, Bilal reviendra pour lancer l’appel à la prière. » 

En attendant, nos prières et nos pensées sont avec vous… 

H.B.

À l’ombre d’un olivier

Écrire pour manifester. Écrire pour lutter pour la vérité et la justice. Écrire pour ne pas oublier. Écrire pour rendre hommage aux poètes[1] et aux amoureux du mot. Écrire c’est témoigner qui je suis. C’est affirmer mes valeurs, mon humanité et le modèle que je souhaite laisser à la future génération. Certes, cela peut sembler dérisoire, mais c’est ma réalité.

Terre brûlée, terre de larmes, terre opprimée, terre courage. Ce sont les mots qui me viennent à l’esprit en constatant cette actualité féroce et douloureuse sur la terre de Palestine. L’espoir d’une aube claire et nouvelle se dessinera, à l’image d’un olivier symbolisant la résistance et la promesse d’une vie meilleure. 

« Au soleil, protégées des vents forts, dans un sol bien drainé; 

Lentement, tes racines explorent les entrailles d’argile,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

Au froid, résistant aux rafales, sur une Terre Promise;

Murmurant, à travers ton feuillage, sur un air doux et vaporeux,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la pluie, infiltrant tes branches, rassasiées de cette pureté vitale;

Verdoyante, à travers la clarté du jour, un hymne à la beauté ancestrale s’ébauche,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la douceur du climat, enveloppant tes fruits qui tiennent leurs promesses;

Ombrageant, ton tronc lourd qui se couronne de gloire,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la survie, ton courage inépuisable fortifie ta silhouette captivante;

Généreusement, ce cadeau de Dieu magnifie ta beauté noble,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la paix, brandissant avec ardeur le sort hors du commun de l’Humanité;

Inlassablementta longévité repousse les assauts des calomniateurs,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À l’éternité, en te tournant vers la lumière la quiétude te gagne;

Sagement, ta forme sinueuse souligne ta puissance,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la résistance, transformant de ta seule présence cette Terre bénie qui t’abrite;

Fidèlement à la vie, tu grandis avec confiance même si ta stature s’affaisse, 

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

A la terre, soutenant avec force les coups perpétuels des faiseurs de haine;

Dignement, la bannière des héros et des champions flotte sur tes branches résilientes,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

Ô mon ami l’Olivier ! Le sang des Justes t’a purifié à la lueur des derniers rayons du soleil. À l’ombre des mots, tu ne pourrais atteindre ta destination même si tu vivais plus de mille ans. 

Ô mon ami l’Olivier ! Tes racines ne t’auront pas délivré pour t’élancer vers le ciel. 

Non, mon ami l’Olivier ! Tu ne peux car tu es aimé par cette Terre. Tu lui apprends à devenir forte face aux injustes. Tu lui enseignes l’art de s’agripper à la vérité quelles qu’en soit les fissures.  

Ô mon ami l’Olivier ! Ton cœur lui appartient car il est le dépositaire de ta mémoire… »

Najoua

[1] Pour en savoir plus : quelques poétes palestiniens comme Mahmoud Darwich, Farah Chama, Hiba Abu Nada, et d’autres encore…

Les Visiteurs en 2023

Décembre, an de grâce 2023, deux visiteurs étrangers déambulent dans les rues de Bruxelles.

Jacquouille : Je suis éreinté, mon Seigneur. Cette promenade m’a épuisé.

Monseigneur Godefroid : Et bien, Jacquouille, tu n’as donc point de vaillance ! Tu mérites bien ton nom de fripouille ! 

Jacquouille : Monseigneur, ayez pitié du gueux que je suis. Je n’en peux plus, j’ai faim. 
Monseigneur Godefroid : Quelle bonne idée, mon Jacquouille ! Allons nous sustenter ! Rapporte-moi des jambons ! Où sont les porcs et les sangliers ? Je suis en appétit ! 

Jacquouille : Là-bas ! Regardez, Messire ! L’échoppe du chasseur !

                  Boucherie Halal Molenbeek

Me…, Mes…, Messi…Messiiiire ! Nous sommes en terre sarrasine !

Monseigneur Godefroid :  Qu’à cela ne tienne, mon Jacquouille ! Un bon méchoui fera l’affaire !

De retour à l’appartement de leur amie Ginette non loin de la Porte de Hal.

Jacquouille :  Dame Ginette, nous revoilà ! Regarde ce que nous avons rapporté. Il trônait fièrement dans l’échoppe du chasseur. Nous allons nous régaler.

Ginette : Ben alors hein ? Vous en avez mis du temps. Viens t’asseoir sur le fauteuil à mes côtés mon Jacquouille.

Jacqouille : Merci Dame Ginette mais je préfère m’assire sur la paillasse. 

Ginette : Ben ouais, j’comprends, au moins t’es pas dépaysé.

Monseigneur Godefroid : Que faites-vous donc, Dame Ginette ?

Ginette : Je regarde les infos… Viens t’asseoir.

Monseigneur Godefroid : Bien volontiers, Dame Ginette. De quoi parlent-ils ?

Ginette : Et ben Godefroid, tu veux qu’je te résume la situation ? Alors voilà, … Les Arabes habitent en Palestine depuis… euh… attends que je cherche sur Google… bref depuis super longtemps. Et ben euh… y en a qui disent que les Palestiniens ne sont pas chez eux. Et ces mêmes-là disent que Dieu leur a donné cette Terre, à eux ! J’sais pas toi, mais moi j’y comprends rien. 

Monseigneur Godefroid : Que racontes-tu là, Dame Ginette ?! Saladin, le chevalier de l’Islam, nous a repris Jérusalem en 1187. Il s’agit bien de la terre des Sarrasins. Et dans sa grandeur, il nous a rendu le Saint-Sépulcre et a préservé les lieux saints de chaque culte. 

Ginette : Ah ouais ?! Et ben ça, ils le disent pas sur BFM.

Monseigneur Godefroid : Qu’est-ce là ?

Ginette : C’est l’hôpital qui vient d’être bombardé à Gaza. Et là… c’est les enfants qui hurlent et des corps déchiquetés. Comme d’hab’ quoi…

Monseigneur Godefroid : Comment ça ?! Mais Dame Ginette, tu dois porter ta voix auprès de ton Suzerain. Il a le pouvoir d’arrêter cette bataille et ce massacre.

Ginette : T’inquiète, non seulement, il est au courant mais même tous les suzerains du monde le savent…

Monseigneur Godefroid : Tu veux dire que tu n’es pas la seule à voir cette ignominie, Dame Ginette ? Seigneurs et suzerains sont donc au courant et n’agissent point?

Ginette : Ah, ben ça, non !

Tu veux que je t’en rajoute une bonne ? Vendredi, l’ONU et toute la cavalerie a voté pour un cessez-le-feu immédiat en Palestine. Et devine quoi ? Les Etats-Unis ont voté contre. 

Monseigneur Godefroid : Mais… que dis-tu là, Dame Ginette ? Cela n’est point possible !

Ginette : Ah si si, j’te raconte pas de bobards. T’sais moi la politique, j’y comprends rien en général mais là je peux te dire que j’y comprends encore plus rien. Enfin… t’as compris c’que j’veux dire, quoi.

Ginette zappa de chaîne et tomba sur son émission préférée. 

Ginette : Viens mon Jacquouille. On va voir qui a remporté le défi cette semaine dans les Reines du Shopping. J’espère que c’est pas Juliette, elle sait vraiment pas se saper ! Par contre j’adoooore Christina. Elle est manifaïk !

Monseigneur Godefroid contempla Dame Ginette et se leva, las et interloqué par la scène. Comment peut-on passer d’images d’enfants massacrés à des émissions futiles sans s’indigner outre mesure ? Sont-ce les valeurs du nouveau millénaire, s’interrogea-t-il ?

Monseigneur Godefroid : Jacquouille, où es-tu ?

Jacqouille : Oui, Messire, j’arrive… Ce méchoui est divin ! Le chasseur m’a dit qu’il l’avait farci d’épices spéciales ; un nom comme «  la tête du magasin » en sarrasin, m’a-t-il dit…

Monseigneur Godefroid : Trèves de balivernes, Jacquouille ! Va-t’en revoir le druide à la Porte de Hal et dis-lui de préparer la potion pour ce soir. Je ne peux rester un jour de plus dans ce millénaire infâme.

Jacqouille : Oui , Monseigneur. J’y vais de ce pas.

Entre-temps, Ginette s’en est allée au snack du coin pour acheter un durum et des frites lorsque Jacquouille revint avec la potion.

Jacqouille : Me revoilà, Messire. La potion se trouve dans cette fiole. Il faut prélever trois gouttes à l’aide de cette pipette et les mélanger à ce breuvage noirâtre dans un verre. Deux gorgées sont nécessaires. Il nous reste quatre minutes.

Dame Ginette, Dame Ginette ?! Mais où est-elle bien passée ?

Monseigneur Godefroid : Nous ne pouvons point l’attendre. Le temps presse, Jacquouille. Je vais lui écrire un parchemin. Vas-y, bois donc.

Jacqouille : Après vous, Monseigneur.

Monseigneur Godefroid : Me prends-tu pour un gueux ?! Ne crois-tu pas que j’ai vu clair dans ton jeu ? Tu veux rester ici comme tu l’as fait jadis en France… Fripouille !

Jacquouille : Non… non Monseigneur, cela ne m’a même point traversé l’esprit…

Jacquouille s’empressa de boire la première gorgée. Des bruits étranges jaillirent de son estomac. Aussitôt la deuxième gorgée avalée, il disparut dans les airs.

Entre-temps, Monseigneur Godefroid acheva d’écrire à Dame Ginette et posa le parchemin sur la table. Il but à son tour les deux gorgées et s’évapora.

Quelques secondes plus tard, Ginette revint du snack.

Ginette : Ben alors, ils se sont envolés ou quoi ?

Jacquouille, les frites vont refroidir. Bon, je commence sans toi.  Vieeens, y a Les Marseillais à Dubaï qui va commencer. J’adore cette télé-réalité ! 

Elle versa son soda dans le verre sur la table. Elle avala une première gorgée, puis une seconde… et elle s’envola dans les airs à son tour. 

Elle n’avait pas vu le parchemin laissé par Monseigneur Godefroid.

Il ne croyait pas si bien dire…

A suivre…

L.M.

Comment continuer?

Quel sujet vais-je aborder, sur quoi portera mon article cette fois ? Un compte-rendu de lecture, un portrait, un sujet de société ? 

Tout me paraît futile et décalé. Je me questionne, qu’est ce qui vaut d’être mentionné, puisque des enfants souffrent et meurent injustement ? 

La première neige de l’hiver est tombée aujourd’hui. J’ai regardé les flocons blanchir les toits et habiller les branches, impassibles témoins des saisons qui défilent et je me suis sentie vide. 

La beauté du spectacle, le silence monotone de la poudre blanche qui tournoie, la tranquillité de la rue où seuls crissent les pieds des passants, la chaleur de la maison, chaque bienfait dont je jouis me semble illégitime, tant que des enfants tremblent de froid et d’effroi. 

La désillusion est profonde, saisissante. Encore sonnée, je peine à réaliser. Nulle armée ne s’est levée pour les sauver, nulle résolution n’a su les protéger. Des voix conscientes et courageuses se sont élevées et résonnent.  Mais qui voudra bien les écouter ? Pendant ce temps, comme aux jours noirs de Pharaon, des enfants sont assassinés.  

L’humanité a-t-elle définitivement perdu son âme, le mal triomphera-t-il continuellement ? Je ne veux pas l’envisager car alors comment continuer ?  

La honte et la tristesse que je ressens, à l’instar de millions de personnes, me font espérer que subsiste encore dans le cœur de beaucoup d’hommes, le dégoût de l’injustice et l’aspiration aux droits élémentaires de chacun.  

En attendant j’ai le vertige et le goût à rien, et c’est bien peu de chose car pendant ce temps, des enfants sont tués… 

Hayat Belhaj  

Le foulard, symbole de liberté de la femme musulmane

Alors qu’hier soir la commune d’Anderlecht a voté une motion « floue » en faveur du port de signes convictionnels pour les employées communales, les femmes musulmanes se battent depuis de nombreuses années pour revendiquer leur droit de porter les vêtements qu’elles désirent. Sous couvert de la neutralité, les derniers récalcitrants résistent farouchement et ne veulent pas voir ces femmes apporter leur contribution à la société dans laquelle elles vivent et évoluent au quotidien.

La levée de bouclier est importante tant elle bouleverse le quotidien et les habitudes de ceux qui ne peuvent accepter que des femmes musulmanes aspirent à occuper les mêmes places et postes que leurs collègues, ceux-là mêmes qu’elles ont côtoyé sur les bancs de l’université ou des écoles supérieures.

Aujourd’hui, la société est prête à se passer de ces femmes compétentes, surqualifiées pour certaines, car leur différence dérange, elle rappelle qu’elles ont décidé pleinement et librement de faire un choix vestimentaire en conformité avec leur spiritualité. Un choix intime et personnel mais qui intéresse et passionne les débats.

Un long combat

Pourtant, elles sont nombreuses aujourd’hui à ne plus vouloir se taire face à toutes ces discriminations dont elles sont victimes. Ce foulard, objet galvanisateur de toutes les haines, elles l’ont choisi fièrement et elles sont prêtes à se battre pour revendiquer leur droit d’être ce qu’elles sont à l’image du combat mené par Marie Popelin, première femme à accéder à des études universitaires à l’Université Libre de Bruxelles. Grâce à son courage et sa persévérance, elle aura permis à toutes les futures générations de femmes de côtoyer ces havres du savoir sans que cela ne pose question. Les résistances étaient là aussi nombreuses mais elles ont fini par céder sous le poids de la ténacité.

Le chemin à parcourir est encore long, mais les résistances finiront tôt au tard par céder, le courage de ces femmes pèsera dans la balance et les futures générations de femmes musulmanes arborant un foulard pourront pleinement savourer la victoire d’un combat mené par leurs aînées.


H.B.

Vers la quête d’indépendance

Cet article rend hommage à Ali Mérad, intellectuel algérien qui a profondément marqué les études islamiques en France. De son engagement précoce dans le mouvement réformateur à ses contributions éducatives et son plaidoyer pour une vision éthique de l’Islam, plongeons dans la vie d’une figure qui a laissé un legs intellectuel inestimable.

Dans les années 1952, l’Algérie était sous domination coloniale française, imposant des inégalités systémiques aux Algériens musulmans qui constituaient la majorité de la population. Soumis à un statut juridique inférieur et exclus de la participation politique et économique, ils étaient confrontés à une discrimination généralisée. Cette marginalisation a été le moteur des revendications nationalistes, conduisant à la guerre d’indépendance en 1954.

Qui était Ali Mérad ?

Le contexte de l’Algérie en 1952 est crucial pour comprendre la vie et l’héritage d’Ali Mérad. Ali Mérad, né en 1930, a émergé comme un intellectuel engagé, symbolisant la résilience d’une génération luttant pour l’égalité et l’indépendance. 

Ali Mérad, pionnier des études islamiques en France, c’est avant tout un héritage intellectuel incontournable.

Penseur émérite né en 1930 à Laghouat, en Algérie, et dont l’influence a perduré bien au-delà de sa disparition. Son parcours est fascinant: de son éducation entre école coranique et école communale à ses contributions académiques notables. Retraçons le cheminement d’un homme dont les idées ont transcendé les frontières, influençant les études islamiques en France.

Jeunesse musulmane

Ali Mérad, en partenariat avec Ahmed Taleb-Ibrahimi, a fondé en 1952 le « Jeune Musulman », un périodique visant à propager les idées du mouvement réformateur parmi les jeunes algériens francophones. Ali Merad écrit sous un pseudonyme pour différentes éventuelles raisons :

  1. Sécurité : en tant qu’islamologue, les sujets traités restent sensibles lorsqu’ils sont liés à la religion et à la politique.
  2. Confidentielle : certains chercheurs ou intellectuels choisissent d’écrire sous des pseudonymes afin de garder leur identité confidentielle, surtout lorsque leurs recherches peuvent être controversées ou en contradiction avec les normes dominantes.
  3. Liberté académique : utiliser un pseudonyme peut permettre à Ali Merad de publier librement ses travaux sans se soucier de représailles ou de pressions politiques ou sociales qui pourraient limiter sa liberté académique.
  4. Neutralité : en choisissant un pseudonyme, il peut se détacher de toute affiliation politique ou idéologique préexistante, offrant une perspective plus neutre et objective lorsqu’il écrit sur des sujets sensibles.

Cependant, il est important de préciser qu’il n’existe pas suffisamment d’informations disponibles à son sujet. Ces réponses restent hypothétiques et ne se basent sur aucune source spécifique concernant Ali Merad.

Sa vie académique a été marquée par des réalisations telles que l’agrégation d’arabe à Paris et des contributions significatives aux Conférences Internationales de Genève et son poste de professeur émérite à l’Université de Paris III.

Engagé dans le dialogue islamo-chrétien, Mérad a refusé un rôle dans le projet de séparation du Sahara, alignant ses convictions sur le mouvement indépendantiste. Son refus des dirigismes religieux s’est également manifesté dans son plaidoyer pour une éducation musulmane conséquente en France.

La vie de Mérad a été ponctuée d’articles remarqués, notamment sur le réformisme musulman en Algérie. Impliqué dans la reconnaissance du culte musulman en France, il a dénoncé les carences de la Mosquée de Paris et proposé des réformes pour l’Institut musulman.

Aujourd’hui, l’héritage intellectuel d’Ali Mérad résonne dans un contexte où le dialogue interreligieux et l’éducation sont cruciaux. Son appel à une approche éthique de l’Islam trouve une résonance particulière. Alors que la France continue de naviguer dans les défis liés à la diversité religieuse, le legs d’Ali Mérad demeure un guide précieux pour comprendre et prévenir les radicalisations. Un rappel puissant que l’éducation éclairée est la clé d’un avenir harmonieux.

Hana Elakrouchi

Au nom de l’Humanité

Aujourd’hui, les questions sociétales sont devenues très complexes et très confuses, comme si nous naviguions en mer agitée. Dans ce contexte, prendre du recul et de la hauteur est nécessaire pour ne pas perdre de vue les vrais enjeux et origines des problèmes, et pouvoir ensemble imaginer des alternatives réalisables. Notre époque est caractérisée par l’émergence de plusieurs crises : économique, politique, environnementale, etc. Mais, derrière cette avalanche de crises, ne vivons-nous pas plutôt une crise de sens ?

L’Homme et la conscience sociale

« Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole »[1]

Cette civilisation qui s’était voulue « humaniste » aboutit à un système qui, en même temps, méprise l’homme et le trompe pour finalement le détruire. Elle le méprise parce qu’elle le réduit aux fonctions matérielles et quantitatives de simple producteur et consommateur. Elle le trompe parce qu’elle lui fait croire que, grâce au progrès de la science, à une meilleure organisation sociale et à la libération des derniers « préjugés » et contraintes hérités du passé, il parviendra au bonheur et vaincra la souffrance, laquelle est pourtant attachée à la condition humaine. Enfin, elle le détruit en le corrompant, en le désintégrant et en privant sa vie de sens et d’espoir. [2]

Les vertus humaines (bonté, compassion, justice) ont été négligées voire bafouées. Il suffit de voir sur les réseaux sociaux ou d’ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe autour de nous : la pauvreté, l’oppression, l’exploitation, la violence, les guerres se sont propagées comme une trainée de poudre. Toute conscience animée par une étincelle de vie doit se révolter contre l’injustice et l’oppression. Si les informations, les marchandises, les hommes circulent, les maladies, les profits ou les pertes, les guerres peuvent en faire autant. C’est ceux à quoi nous assistons depuis la guerre Israël-Palestine. En effet, les multiples manifestations pour un cessez-le-feu partout dans le monde nous prouvent à quel point nous nous ressemblons dans notre humanité.[3] Dans ce schéma « pessimiste » de guerre que nous vivons, il y a de la lumière. Le premier angle d’attaque est de prendre conscience de nos valeurs mutuelles et de les mettre en application. 

La foi (religieuse ou valeurs) et la conscience sociale sont en lien. En effet, la foi n’est pas juste un ensemble de rites ou un dogme sans vie. Normalement, elle se préoccupe aussi de la condition humaine de toute l’humanité, sans faire de distinction de religions, d’ethnies ou de couleurs de peaux.

Aide-toi et le ciel t’aidera[4]

À l’heure où la modernité est reine, la foi appelle les hommes à rester humain et à parfaire cette humanité en nous. Chaque culture, chaque communauté a quelque chose d’universel : se connecter au meilleur de ce qui existe et faire le « tri sélectif » afin de réformer ce qui doit l’être. [5].

On sait combien il est difficile de résister à certaines tendances, idoles et illusions de notre temps ; ainsi que de s’accrocher à certains principes et valeurs dans la vie quotidienne. Cependant, notre foi nous donne une direction, une sagesse à suivre. Cet idéal n’appelle pas à nier la réalité et les difficultés de la vie, mais plutôt « d’accueillir », de supporter et de dépasser les épreuves. 

Cet idéal appelle à un art de vivre, un savoir-vivre dans les moments de joies et de douleurs, dans la paix et la guerre. Mais encore faut-il faire l’effort de passer de la théorie à la pratique. Rien ne se fait sans un travail personnel !

Cependant, l’homme craint l’effort, le changement de vision pour in fine servir la volonté de Dieu. Nous sommes tentés de nous installer dans notre confort, à l’abri, une sorte de « zone à ne pas franchir », à l’image d’un voyant rouge qui s’allumerait, en alerte dès que nous essayons de passer à l’action.

Il est vrai que notre société (les politiques et les médias) nous nourrit de peur : crise, chômage, pauvreté, attentats, mort, guerres…[6]

La culture du « débat intérieur »

Faire l’effort de construire sa foi dans la continuité en se tenant fermement sur ce chemin droit et pas seulement ponctuellement doit être notre raison de vivre. Dieu est avec toute personne qui aspire sincèrement à faire le bien pour soi et pour les autres. Alors pourquoi passe-t-on les trois quarts de notre vie à être victime de ces peurs, à vouloir un changement sans le concrétiser, à essayer de changer sans aller au bout ?   

Tiré du site lanouvellerepublique.fr/

Aujourd’hui, la vie n’est pas simple. Elle nous entraîne dans un tourbillon incessant. Peut-être qu’elle nous entraînera vers le fond sauf si nous sommes forts. Fort spirituellement pour construire ce pour quoi nous avons été créés et revenir aux fondamentaux de notre foi. Fort éthiquement afin de sortir de cette torpeur du superficiel et de la démesure qui nous fossilise dans l’inaction.

Fort humainement pour rappeler que le vent du changement impose souvent de dire « non ! » face aux humiliations de ceux qui croient avoir tout pouvoir sur nous. Fort intellectuellement pour donner à nos vies un horizon plus vertueux et remettre le Sacré à sa juste place, au centre de nos existences. L’espoir s’il n’est pas accompagné d’actions est vain. Nul n’espère de changements sans sacrifices, et nul n’espère de sacrifices sans récompenses. 

Najoua

[1] Amin Maalouf dans son livre Le dérèglement du monde. Edition : Le Livre de Poche.

[2]  Pour en savoir plus : Sofiane Meziani, Le défi du sens. Edition : AlBouraq

[3] Voir dans le Coran : sourate 49, verset 13.

[4] Proverbe biblique. Voir aussi dans le Coran : sourate 13, verset 11-sourate 8, verset 53.

[5] Pour en savoir plus : Abdullah Bilal Omowale, L’islam, âme de l’humanité. Edition : Maison de la Sagesse.

[6] Voir l’article sur le blog : « Noir, Jaune, Blues, le belge sous la loupe ! » publié le 9 février 2023.

Les mots me manquent…

J’essaye en vain depuis quelques jours d’écrire un article pour cette semaine, mais l’inspiration me manque. J’ai d’abord pensé disserter sur ma lecture du moment ou encore palabrer sur le dernier film Netflix que j’ai visionné… Mais ma conscience ne m’autorise pas à mettre en lumière d’aussi légers sujets et passer sous silence l’injustice qui fait rage.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante qui me tourmente.

Je me dirige alors vers mon jardin pour y puiser apaisement et inspiration.
Ce vent intense et revigorant qui me fouette le visage se met à l’action.
Surgi après la tempête, il fait valser les feuilles dans les airs avant de les plaquer
fougueusement au sol. Ces feuilles mortes et rabougries d’un brun triste dont la seule vue me désole.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante qui me ronge même dans les songes.

Des hortensias qui se pavanaient il y a encore quelques semaines, il ne reste plus que les bourgeons endormis. Le magnolia, roi de mon jardin, qui trônait avec grâce et élégance au printemps, subit aujourd’hui la disgrâce sans compromis.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante qui mine et discrimine.

Même l’indétrônable qui pointe haut dans le ciel n’est pas épargné ; ces branchages sont malmenés et manquent de vitalité. Tels ces buis qui symbolisaient, dans l’Antiquité, l’immortalité.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante que je désapprouve et réprouve.

Le prunier se débat et résiste à ce vent rigoureux. Aujourd’hui stérile, il m’avait offert, il y a plusieurs années, des fruits savoureux.

Étouffé par l’imposant qui l’avoisine, le prunier affaibli manque de ressources pour croitre et n’a plus droit de cité. Et pour cause, l’indétrônable à l’appétit d’ogre, au fond du jardin, lui coupe les vivres et l’électricité.

Sa cime qui perce le ciel empêche la lumière du soleil d’inonder le prunier. Il se gave de tous les nutriments qu’il puise dans le sol sans même s’en soucier.

Il s’agit d’un conifère robuste aux bras longs dont les racines sont difficiles à extirper. Qu’il ne s’en réjouisse guère, un jour ou l’autre, la foudre finira par le frapper.

Malgré tout, le prunier, affaibli et dépérissant, se tient droit. Je me demande d’où lui vient cette force et à qui il la doit.

Le vent se calme et le ciel s’éclaircit. Soudainement, un rayon de soleil illumine le prunier endurci.

Comme une réponse à la question posée, nos invocations finiront par être exaucées.

À tous les opprimés.

L.M.

Sur les traces d’une langue

Hasard, safari, magasin, coton, alcool, abricot, aubergine, sucre, camphre, jasmin, gazelle…. Quel est le dénominateur commun de tous ces termes ? Ce sont tous des mots de français trouvant leur origine dans la langue arabe. 

Un héritage davantage arabe que gaulois!

C’est le titre de ce livre, légèrement provocateur puisqu’écrit par un Français, qui m’a interpellée en premier : «  Nos ancêtres les Arabes, ce que le français doit à la langue arabe » 

Ni une ni deux, je m’y suis plongée, intriguée et ravie qu’un professeur en histoire de la langue française vienne appuyer de façon argumentée, ce que je percevais confusément depuis longtemps : nous ne sommes que peu conscients de la large place qu’occupent les mots d’origine arabe dans notre expression quotidienne en français. 

Je me souviens de ma collègue toulousaine, à qui je faisais remarquer qu’elle venait d’employer un mot arabe et qui me rétorqua avec surprise : « Un petit chouia ? Mais non voyons, c’est du français ! » 

C’est là toute la subtilité de mots qui ont voyagé de l’arabe au français et s’y sont tellement bien imbriqués qu’ils ont été comme adoptés par une langue qui n’entend plus leur sonorité arabe. 

De façon ludique et non dénuée d’humour, Jean Pruvost revient sur cette expression « nos ancêtres les Gaulois », popularisée par la bande dessinée Astérix et Obelix. 

Et de démontrer qu’en réalité les peuples gaulois ont perdu leur langue en l’espace de 4 siècles, balayée par le latin, la langue des conquérants romains venus envahir la Gaule vers le 1er siècle avant J-C. 

C’est ainsi que la langue française actuelle n’a en réalité hérité que d’une centaine de mots d’origine gauloise. Elle emprunte en revanche énormément de mots à l’anglais, à l’italien et à l’arabe. L’arabe qui serait ainsi la troisième langue d’emprunt du français, avec plus d’un demi-millier de mots de base, sans compter les dérivés ( jupe, jupon / orange, orangeade, oranger etc.) 

Remonter le fil 

Alors comment ces mots ont-ils voyagé ? 

À partir du 7ème siècle le et jusqu’au 15ème, la civilisation arabo-musulmane rayonne sur la péninsule ibérique, ce qui constitue une véritable voie d’accès de la langue arabe aux autres pays de l’Europe, par l’intermédiaire de Cordoue, brillante capitale intellectuelle, où se pressent savants, scientifiques et philosophes. 

Algèbre, zénith, zéro, goudron, carmin, divan, vizir,… 

Une autre voie d’emprunt des mots arabes en langue française fut celle des échanges commerciaux et culturels autour du bassin méditerranéen, avec une présence très influente et dynamique des artisans et commerçants arabes. 

Maroquinerie, nacre, ambre, jarre, gilet, carafe, caftan, satin,… 

Plus tard dans l’Histoire, la colonisation de l’Afrique du Nord viendra étoffer le lexique. 

Kabyle, wilaya, baroud, bled, saroual, Sahara, kif-kif,… 

Ensuite, l’indépendance de l’Algérie et le rapatriement des pieds-noirs en France intégreront au langage courant un vocabulaire correspondant à certaines habitudes nostalgiques venues dans leurs bagages.  

Tajine, méchoui, merguez, harissa,… 

A partir des années 1970, les vagues importantes d’immigration en provenance d’Afrique du nord contribuèrent  elles aussi à ancrer un certain nombre de vocables dans la langue française. Plus tard, aidées d’un catalyseur inattendu : le rap. 

Un héritage enrichissant  

Ainsi, sans le savoir, les locuteurs francophones utilisent quotidiennement des mots arabes, c’est là l’héritage d’une histoire intime et ancienne entre le français et l’arabe.  

En 2018 en France, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale avait déchaîné les passions et les crispations en proposant d’intégrer l’apprentissage de l’arabe dans les programmes scolaires. Un tollé des partis de droite et d’extrême droite avait coupé court à cette idée.  

Un positionnement idéologique qui ne pourra pas occulter définitivement un fait : l’arabe fait déjà partie de la langue française, et ces deux langues riches et vivantes ont une histoire ancienne et commune. 

Hayat Belhaj