La onzième heure

Nous vivons une période inédite, une période de changement, une période de transition accompagnée d’incertitudes, d’imprévisibilité, de perte de repères. Nous éprouvons de multiples émotions, une fragilité qui a bouleversé nos styles de vie. Au niveau mondial, cette expérience nous a transformés, elle nous a démontré que nous sommes tous logés à la même enseigne face à de tels bouleversements. Forcés de marquer l’arrêt, voilà une occasion propice pour se reconnecter à soi-même. Dans son ouvrage, « La onzième heure », Martin Lings (Abu Bakr Siraj al Din) érudit anglais musulman, nous donne quelques pistes de réflexion concrètes sur la façon d’aborder le monde moderne.

La onzième heure ?

Lorsque l’individu arrive à la fin d’un travail, on le qualifie péjorativement « d’ouvrier de la onzième heure ». Les travailleurs prestaient de six heures du matin à dix-huit heures et, sur ces douze heures de travail, certains se permettaient de terminer une heure plus tôt tandis que d’autres s’autorisaient à ne venir travailler qu’à la dernière heure pour toucher le même salaire. La onzième heure prend ses origines dans une histoire racontée dans l’évangile:

« Voici en effet à quoi le règne des cieux est semblable: un maître de maison qui
était sorti de bon matin embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord
avec les ouvriers pour un denier par jour et les envoya dans sa vigne. Il sortit
vers la troisième heure, en vit d’autres qui étaient sur la place sans rien faire et
leur dit:  Allez dans la vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.  Ils y
allèrent. Il sortit encore vers la sixième, puis vers la neuvième heure et il fit de
même. Vers la onzième heure, il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient
là et leur dit: Pourquoi êtes-vous restés ici toute la journée sans rien faire? Ils lui répondirent:  C’est que personne ne nous a embauchés. Allez dans la vigne, vous aussi, leur dit-il. Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant: Appelle les ouvriers et paie-leur leur salaire, en allant des derniers aux premiers. Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent ensuite, pensant recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. En le recevant, ils se mirent à maugréer contre le maître de maison et dirent: Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur! Il répondit à l’un d’eux: Mon ami, je ne te fais pas de tort ; ne t’es-tu pas mis d’accord avec moi pour un denier?  Prends ce qui est à toi et va-t’en.  Je veux donner à celui qui est le dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux? Ou bien verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon? C’est ainsi que les derniers seront premiers et les premiers derniers. 
»

Confiance et honnêteté

Après lecture de cette histoire, nous constatons premièrement que ces ouvriers de la onzième heure ne se préoccupent absolument pas de leur salaire. Ils ignorent ce qu’ils vont gagner. Il ne leur est même pas annoncé, contrairement aux ouvriers de la troisième heure, à qui l’on précise seulement un salaire juste. Mais ils se mettent tout de même au travail. Ils sont désintéressés. Ils font entièrement confiance au propriétaire, ils le croient sur parole. Ils auront la bonne surprise de recevoir bien plus qu’espéré,… dix fois plus. Deuxièmement, ces ouvriers reconnaissent humblement que personne n’a voulu d’eux. Ils ne cherchent pas à se mettre faussement en avant, ils ne cherchent pas à cacher leur faiblesse. Devant le propriétaire, ils sont sans fraude. Qui peut juger du poids de l’épuisement des uns? Qui peut juger de l’investissement des autres?

Vers la douzième heure

Selon Martin Lings, notre époque correspond à « la onzième heure », qui précède immédiatement cette « douzième heure ». Concrètement, dans notre époque plus que jamais, tout s’achète, tout se mérite. Dans notre société, la justice veut que chacun reçoive en proportion de ce qu’il a fait, dans une relation donnant-donnant. Ce sont désormais les producteurs et commerçants qui dominent notre monde. Dans cette perspective, la grâce de Dieu peut nous paraître injuste, parce qu’elle ne se fonde pas sur notre propre conception de la justice. Mais la miséricorde divine est bien présente aujourd’hui.

Dans la tradition tibétaine, tous s’accordent à annoncer que la douzième heure marquera la conclusion non pas de « la fin des temps » ni de
« l’Age de fer » ou encore de « l’Age sombre » mais bien de l’un des grands
cycles des quatre Âges de l’histoire de l’humanité. Cet âge sombre (période actuelle) doit être inévitablement succédé par un nouvel « Age d’or » . Dans ce cadre Martin Lings analyse les aspects négatifs du monde moderne puis les aspects positifs qui sont la contrepartie Miséricordieuse.

A retenir

Voici quelques mots d’ordre pour vous prémunir et vivre cette transition en toute confiance :

  • Dédramatiser car ce à quoi l’on résiste persiste,
  • Se responsabiliser car ce à quoi l’on fait face s’efface,
  • Lâcher prise car ce à qui nous affecte nous infecte,
  • S’exprimer car ce à que l’on réprime s’imprime,
  • S’enraciner car ce que l’on fuit nous poursuit
  • Rayonner car ce qui émane de nous revient à tous les coups,[1]
  • Enfin, apprenons à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide…  

Hana


[1] https://m.facebook.com/276796229032963/photos/les-7-cl%C3%A9s-de-la-lib%C3%A9ration-int%C3%A9rieure1%C3%A8re-cl%C3%A9-sexprimer-ce-que-lon-r%C3%A9prime-simp/1045352548843990/, consultée le lundi 20 décembre

Une réflexion sur « La onzième heure »

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