« Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui a beauté parfaite et pure ?
-Célèbre ta beauté [Ma Reine], mais chez toi cet éclat n’est qu’apparence.
Chez Blanche-Neige, la beauté intérieure fait toute la différence.»[1]
Il était une fois une jeune et belle …
Hum, non !
Là n’est pas mon intention de vous embarquer dans l’univers du plus célèbre conte des frères Grimm, mais plutôt de vous arrêter sur la symbolique de ce que le « miroir » représente pour nous.
Une invitation à la méditation en ces temps de Dhoul Hijja.[2]
Compris comme un simple objet, le miroir représente certes, une véritable source d’enseignement. D’une part, il traduit l’acte formel de s’y contempler à des moments précis, ce qui en fait le reflet d’un attachement soucieux à une vie au sein de laquelle la superficialité peut constituer en une doctrine despotique[3] ; mais d’autre part, il est un puissant symbole de questionnement, permettant une mise au point de sa nature profonde.
Issue directement du cœur, notre reflet s’affranchit des filtres artificiels et se manifeste dans une image sincère de ce que nous sommes.
C’est comme une évidence. Au même titre que les saisons et les cycles lunaires de notre calendrier, le croyant fait une mise au point face à son propre miroir, lui rappelant le bilan de sa servitude à Dieu.
Est-ce une attitude passive, voire égocentrique, de « s’éblouir » face à son reflet ?
Non. Mais, plutôt un temps de se questionner face à son propre salut.
L’essence de notre dévotion jaillit dans ce portrait, à l’image d’un cheminant au cœur confiant en Dieu et en Ses promesses, qui cherche à se maintenir en état de veille.
Car il est l’heure. L’heure du bilan…
Le miroir témoigne d’un secret intime : nous sommes les gardiens de nos âmes.
Inspiré par Dieu pour l’excellence, et harcelé par Satan quant à la déchéance, notre cœur se construit dans l’adversité, les baisses de régime et les tumultes de la vie. C’est sous le prisme d’un déploiement d’effort continu que s’estompent les épreuves inévitables, les excès qui goûtent à la fraicheur du repentir, les manquements que nous pensons incorrigibles. Le résultat exige en filigrane d’être vigilant envers soi, parce que nul n’est à l’abri des retournements de sa poitrine.
Le miroir ne triche pas, ne déforme pas et ne démissionne pas.
Notre reflet représente nos joies, nos lassitudes, nos frictions, nos défauts, nos forces, nos aspirations. C’est ce qui fait de nous qui nous sommes en tant qu’humain. Mais, comme chaque être est conduit par la Volonté divine, posons-nous la question en tant que croyant : suis-je l’incarnation des valeurs dont je suis le dépositaire sur Terre ?
Le miroir nous rend service car il nous informe de la réalité.
Dans le silence de la nuit, nos âmes s’abreuvent à la source de La Lumière Divine, révélant en nous nos véritables valeurs à travers le plus beau des récits, le Coran. Notre mission est d’être digne de ce présent en faisant de la beauté notre meilleure allié dans ce monde. Ainsi, cette beauté intérieure incarne nos attitudes, nos actions, nos paroles, nos regards, nos relations, nos sentiments. Dans cette vision du beau, elle brillera autour de nous.
Alors, nous agirons en protecteur lorsque notre âme subira une injustice, en garde-fou lorsqu’elle en sera coupable. Nous la combattrons lorsqu’elle exprimera sa haine ou exigera vengeance, nous la calmerons quand la rancœur s’installera, nous l’étoufferons lorsqu’elle voudra assouvir ses penchants interdits. A l’image d’un jardinier qui cultive ses fleurs, en prend soin, les entretient quotidiennement et qui a foi en ce que Dieu lui prescrira.
Le miroir est le témoin silencieux de notre évolution en tant que disciple, recherchant avec convoitise la Proximité Absolue de l’Unique… parce que la beauté de l’âme ne se forge que dans la foi.
Najoua
[1]Inspiré du conte des frères Grimm « Blanche-Neige » www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-et-legendes/lire/biblidcon_032#histoire
[2] Le douzième mois du calendrier lunaire musulman.
[3] Pour en savoir plus : Le portrait de Dorian Gray, de Oscar Wilde.