Les Mères-Veillent

La nuit est tombée. La lumière extérieure perd de sa douceur et fait place à la veilleuse sur le mur, projetant un cercle ambré sur le visage de ma mère.
L’opération s’est bien passée, m’avait dit le chirurgien un peu plus tard dans la journée. Le soulagement et la reconnaissance envahissent mon cœur. Le silence envahit la pièce, rompu seulement par le bip régulier du moniteur cardiaque, scandant la vie fragile à l’image d’un métronome.

Je suis assise, non pas à la lisière d’un lit d’enfant, mais à côté de ce lit d’adulte, rigide et froid. Les yeux fermés, le souffle lent, régulier, le visage blafard, j’observe ces traits où le temps a sculpté des rides fines, les marques d’une vie entière donnée aux autres. Je cherche l’étincelle de la force d’antan dans ce visage, où dort maintenant la Mère-Veilleuse.

Mes mains lisses caressent doucement celle de ma mère. Cette main, autrefois le refuge de mon enfance. Cette main, qui avait séché mes larmes et tressé mes cheveux, est traversée de tubes fins, pâle comme le drap blanc. J’ajuste la couverture. J’humidifie ses lèvres et je murmure des fragments de prières, comme un cercle complet tissant un fil entre les Cieux et la Terre.

Je me souviens des nuits fiévreuses, où ce visage se penchait sur moi, chargé d’une anxiété d’amour. Aujourd’hui, c’est moi qui veille, épiant le moindre changement de respiration, étudiant scrupuleusement le mouvement des paupières qui annoncerait le retour. Je suis le pilier inversé, la sentinelle remplaçante. Je suis celle qui compte les heures maintenant, celle qui écoute la machine, qui est terrifiée par le silence trop long de sa respiration.

Que puis-je faire face à cela ? Elle m’a appris à me soigner. Un baiser sur le genou écorché, une tisane pour la gorge qui gratte. Et maintenant, je ne peux rien réparer avec un baiser. Je peux juste être. Être l’ancre qu’elle a toujours été pour moi. Je crois que c’est la première fois que je la vois faible. Pas fragile, mais faible. Je la vois sans son armure de Mère…

Ce n’est plus la mère qui tient le monde de l’enfant, c’est l’enfant devenue adulte qui, par sa simple présence, recrée un cocon autour de celle qui l’a mise au monde.

Nous, mères de la terre, partout où le soleil se lève et la lune se couche, nous nous reconnaissons dans cette force invisible qui jamais ne s’éteint. Nous sommes les gardiennes des nuits fiévreuses, les sentinelles des rêves fragiles. Chaque chuchotement rassurant, chaque réconfort sécurisant, chaque souffle retenu devant le sommeil d’un enfant est un acte de foi pure. Chaque regard doux est une ancre invisible qui lui permet de déployer ses ailes vers l’avenir. Chaque écoute attentive est un rayon de soleil pour cultiver les germes d’une dignité et d’un intérieur lumineux. Nous sommes les semeuses de graines sur une terre fertile où la bonté trouve son printemps. Nous reflétons à nos enfants la beauté qu’ils portent, leur apprenant que la valeur n’est pas à prouver, mais à être. Dans nos bras, l’identité prend racine, forte et droite, comme un chêne face aux tempêtes de l’existence.

À toutes les Mères-Veilleuses, par-delà les frontières, les langues et les croyances, qui, en ce moment même, écoutent le souffle d’un enfant : sachez que votre vigilance est le fondement de l’humanité. La noblesse de la Mère-Veilleuse se réaffirme dans ce rôle, car elle est la première architecte de la paix et la dernière sentinelle de l’innocence.

À toutes les Mères-Veilleuses des quatre horizons, dont la vulnérabilité est une grande vertu : sachez que vous êtes humaines. Nos résolutions peuvent vaciller sous le poids de la fatigue et de la pression. Notre force ne réside pas dans l’absence de fautes, d’erreurs, de cris ou de fatigue, mais dans le courage de l’amour qui revient toujours. C’est dans l’aveu de nos failles que nous enseignons à nos enfants la compassion et la miséricorde. L’enfant veillé n’a pas besoin d’un modèle sans défaut, mais d’un modèle vrai.

Que le murmure de notre veille s’élève au-dessus du bruit du monde, rappelant à tous que l’essence de l’humanité réside dans le cœur d’une mère attentive, imparfaite, mais éternellement aimante…

Najoua