Les visiteurs en 2023 (épisode 3)

Ginette, qui avait bu les dernières gouttes de la potion qui tapissaient le verre dans lequel elle avait verser son soda, reprit ses esprits.

Ginette : Mais qu’est-ce que … ? Ohé ?! Y a quelqu’un ? Mais où est-ce que j’ai atterri ??

Elle alluma la lampe torche de son gsm. 

Ginette : Oh la vache !!! Boire une potion magique pour atterrir ici !

Attendons voir… Par-là, il y a de la lumière au fond. Il faudrait d’abord que je m’oriente. Je n’ai pas de réseau… Quel chemin prendre ? Ah mais, maintenant que j’y pense… Il y a des plaques de rue dans les égouts. En tout cas, dans la Grande Vadrouille, il y en avait ! Ah, en voici une : Place de l’Opéra – 9e Arrt.

Ça alors, pour une coïncidence, c’en est une ! Me voilà sous l’opéra Garnier, sur les pas de Bourvil et De Funès ! 

Il doit y avoir une plaque d’égout. En voilà une. Bon sang ! Elle est bloquée. Ils doivent être les derniers à l’avoir déplacée…

Ginette éclaira les alentours à l’aide de sa lampe torche et se fraya un chemin dans le dédale des célébrissimes égouts de Paris.  Elle continua vers l’ouest où elle était sûre de pouvoir trouver une sortie, non loin de la Tour Eiffel.

Ginette : Enfin, me voilà dans le 8e arrondissement ! Avenue Jacques Lacan. 

Ginette monta les escaliers qui menèrent à ce qu’elle pensait être une plaque d’égout.

Ginette : C’est pas vrai, elle est bloquée aussi ? Mais elle n’est pas en acier, c’est bizarre… Ce n’est pas une plaque d’égout. Tiens, on dirait une trappe. Mais… j’entends des voix… Ohé ?

Y a quelqu’un ??

Entretemps, dans le placard chez le psy…

Jacquouille : Oh Messire, il avance, on va se faire repérer.  Messire… Vous entendez, on dirait Dame Ginette.

Monseigneur Godefroid : Dame Ginette, ici ?!

Jacquouille : Sous nos pieds.

Ginette : Jacquouille, c’est toi ? Je n’arrive pas à ouvrir la trappe. Elle est coincée. Tire de l’intérieur.

Jacquouille : Je n’y arrive pas, non plus. Messire !!! 

A cet instant précis, le psy ouvrit d’un coup sec la porte du placard.

Le psy :  Tiens…  

Le psy inspecta le placard. Tout était à sa place mais un objet peu commun roula et vint fouler son pied. Il le ramassa et l’inspecta de plus près.

Jacquouille : Oh, il était moins une ! Monseigneur, vous m’avez sauvé ! Je vous dois une fière chandelle.

Monseigneur Godefroid : Tu n’es même pas capable d’ouvrir une trappe ! Par Dieu tout puissant ! 

Ginette : Je me disais bien que c’était vous ! Mais qu’est-ce que vous faites ici ?

Monseigneur Godefroid : Dame Ginette ! Je me réjouis de vous voir bien que je ne pensais pas vous revoir d’aussitôt. Comme vous pouvez le constater, nous n’avons pas atterri dans le bon siècle.

Ils se reposèrent un moment et décidèrent de continuer leur chemin jusqu’à la prochaine issue. Quelques centaines de mètres plus loin, une autre trappe se présenta à eux. Monseigneur Godefroid la débloqua et ils entrèrent dans un tunnel.

Des chants sourds qu’ils ne pouvaient distinguer leur parvenaient. Au bout du tunnel, ils ouvrirent une porte qui donnait sur une salle richement décorée et illuminée par des lustres en cristal.

Jacquouille : Mais… où sommes-nous ?

Monseigneur Godefroid : Je crois que nous sommes dans une synagogue.

Cachée derrière de larges et épaisses tentures de velours, Ginette distinguait le rabbin qui allumait une bougie et l’assemblée récitant des chants religieux. D’autres personnages présents lui semblaient familiers…

Jacquouille : Oh, Messire… Ils vont nous prendre pour des Croisés… C’en est fini de nous !

Ginette : T’inquiète, mon Jacquouille, nous ne sommes pas dans une synagogue. Regarde là-haut, ce qui est écrit : Liberté-Egalité-Fraternité.

Jacquouille : Mais… je ne comprends pas.

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout puissant ! Ma patrie qui entonne des chants religieux hébraïques ! 

Jacquouille : Messire… vous avez vu qui est là ?

Ginette : Qui ça, Maque Rond ?

Jacquouille : Non, pas le pantin… Celui qui se trouve là… à l’extrême droite. On l’a vu chez le psy.

Ginette : Noooon ?! T’en as vu d’autres chez le psy ? Vas-y, balance ! Non, laisse-moi plutôt deviner…  Gérald ? Elisabeth ? Elle en aurait des choses à raconter !

Jacquouille : Sem-More !

Ginette : Aah lui ?! Ça ne m’étonne pas. Il a une telle haine des musulmans. C’est bien qu’il aille se soigner… Qui d’autre ?

Jacquouille : Méthane Yahou…

Ginette : Oooooh, c’est pas vrai ?! Qu’est-ce qu’il a dit ? Un père tyrannique ? Il passait ses nuits dans un placard dans le noir ?

Jacquouille : Je suis resté sur ma faim… Il a dû partir… pour larguer des bombes.

Monseigneur Godefroid : Dites-moi, Dame Ginette. Je crains de ne vraiment rien comprendre à ce nouveau millénaire… Vous m’avez bien dit que la Terre de mes ancêtres, les vaillants Francs, n’était plus terre chrétienne…

Ginette : Ah ouais, ça, depuis l’temps…

Monseigneur Godefroid : … et donc le crédo de la république est bien la laïcité ?

Ginette : Euh… ouais c’est ça.

Monseigneur Godefroid : Alors, comment peut-on expliquer qu’on allume une bougie pour célébrer une fête religieuse et que des incantations hébraïques soient prononcées à l’Elysée, temple de la laïcité, sous l’approbation du chef d’État ?

Ginette : Ouais là, je dois bien dire que je ne comprends plus rien. Je n’arrête pas d’expliquer à ma voisine Karima qu’elle ne peut pas travailler avec son voile dans une institution publique car l’état est laïc mais là, je ne sais plus ce que je vais lui sortir comme excuse…

Jacquouille : Messire, laissez-les donc… 

Monseigneur Godefroid : Non, Jacquouille. Où sont les valeureux Seigneurs qui dirigeaient notre patrie ? Les valeurs chrétiennes étaient portées haut. Que reste-t-il aujourd’hui ? 

Ginette : Dis à ton Godefroid de faire gaffe à ce qu’il dit… Il pourrait se faire accuser d’antisémitisme.

Jacquouille : C’est ce que j’essaye de lui dire mais…

Monseigneur Godefroid :  Moi, être accusé d’antisémitisme ? Mais quel est le rapport avec ce que j’ai dit.

Jacquouille : Aucun, Messire… Aucun rapport…

Mais, il n’en faut pas toujours, Messire… Il n’en faut pas toujours pour être accusé…

Excédé et lassé, Monseigneur Godefroid se tut et se rendit compte que ce bon vieux Jacquouille paraissait plus avisé qu’il ne l’était lui-même sur certains points. Sa position sociale a sans doute contribué à lui ouvrir les yeux sur les injustices et l’hypocrisie dont peuvent faire preuve les dirigeants… et ce, quel que soit le siècle, en fin de compte.

Monseigneur Godefroid : Allons-nous en d’ici !

Ginette : Viens, mon Jacquouille ! 

Ils disparurent un à un derrière les tentures et reprirent le tunnel qu’ils avaient emprunté. Arrivés dans les égouts, ils reprirent leur marche en direction de l’est vers la Place de la République.

Jacquouille : Pourquoi tenez-vous absolument à vous rendre à la Place de la République, Monseigneur ?

Monseigneur Godefroid : Pour faire porter ma voix haut et fort !

Jacquouille : Comment ça ?

Ginette : Chaque semaine, il y a une manifestation pro-Palestine sur la place de la République.

Jacquouille : Comment le savez-vous, Messire ?

Monseigneur Godefroid : Je l’ai vu dans les informations quand nous étions à Bruxelles.

Après s’être démenés pour passer par la sortie d’égout, les voilà enfin sur la Place de la République.

Les calicots et banderoles en tous genres arboraient des slogans tels que : Cessez-le-feu – Free Palestine – Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine…

A suivre…

L.M.

Les visiteurs en 2023 (épisode 2)

Jacquouille : Monseigneur… Où êtes-vous ? Aaaaaah ! C’est vous ?! Vous m’avez fait peur !

Monseigneur Godefroid : Ne crie pas, Jacquouille. Je suis juste là.

Jacquouille allume une petite lampe de poche que lui a offerte Dame Ginette.

Jacquouille : Oooh Monseigneur, comme vous m’avez manqué. 

Monseigneur Godefroid : Mais où sommes-nous ? 

Jacquouille : Je crois que nous sommes dans un placard à archives.

Monseigneur Godefroid : Un placard à archives ? De qui, de quoi ? 

Jacquouille : Regardez, c’est écrit ici :

Monseigneur Godefroid : Mais qu’est-ce que…

Jacquouille : Chut, Messire, veuillez parler moins fort. Je crois que c’est le psychiatre qui vient d’entrer avec son patient. 

Le psy : Je vous en prie. Installez-vous sur le divan. 

Jacquouille : Mais qui est-ce donc, Messire ?

Monseigneur Godefroid essaye de distinguer, à travers les persiennes de la porte du placard, qui est couché sur le divan.

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout puissant !!

Jacquouille : Qui est-ce ? Laissez-moi jeter un œil à mon tour. Aah, je l’aperçois… Il me fait ressembler à… Oh mon Dieu, c’est… c’est du lourd… 

Le psy : Monsieur Méthane Yahou, comment vous sentez-vous depuis le 7 octobre ?

Jacquouille : Monseigneur, si la rédactrice ne se ressaisit pas, c’en est fini de nous… et d’elle surtout ! Mon Dieu, faites qu’elle change de personnage pour ainsi nous permettre de vivre encore d’autres aventures.

Méthane Yahou : Excusez-moi, Docteur. J’ai un appel urgent. Il me faut absolument mettre fin à la séance. Je dois aller larguer des bombes… me réjouir des enfants qui succombent… remplir des tombes…

Le psy : Qu’est-ce que vous dites ?!

Méthane Yahou : Euh… je voulais dire, je m’en vais en trombe délivrer les otages des hécatombes.  

Le psy : Aaah… J’ai cru mal comprendre.

Méthane Yahou : Je reviens la semaine prochaine à Paris. Mon secrétaire prendra contact avec vous pour un autre rendez-vous. Pour cette séance, je cède ma place à une personne qui en a bien besoin.

Le psy : Très bien, M. Méthane Yahou. Je vous raccompagne.

Jacquouille : Nous sommes sauvés, Messire. Elle a été raisonnable…

Monseigneur Godefroid : Jacquouille, il nous faut trouver un moyen de sortir d’ici.

Jacquouille : Messire, voyons… Rien ne presse. Attendons de voir qui est le suivant.

Le psy : Entrez Monsieur, je vous en prie. Je suis le Docteur Jean Peuplu. Enchanté. 

Le patient : Ah vous aussi, Docteur ?! Moi aussi, j’en peux plus ! Je ne sais plus où donner de la tête ! Nous sommes envahis ! Nous ne sommes plus chez nous ! Ils veulent nous remplacer mais ils ne nous auront pas ! Je me battrai corps et âme pour les en empêcher ! Ils veulent détrôner nos valeurs judéo-chrétiennes au profit des leurs ! Ils veulent éliminer la France, cette grande patrie, héritage de notre ancêtre Napoléon et de De Gaulle. Ils…

Le psy : Très bien. Vous semblez avoir beaucoup de choses à me raconter. Je vais d’abord commencer par remplir votre fiche personnelle si vous le permettez. Prenez place sur le divan. Pouvez-vous m’épeler votre nom, Monsieur ?

Le patient : Attendez-vous au grand remplacement ! C’est ce qu’ils visent !

Le psy : Je crains de ne pas vous saisir Monsieur… Dites-moi, de qui parlez-vous au juste ?

Le patient : Des Sarrasins ! Ils veulent porter l’abaya, la barbe… Nous sommes en danger ! Vous êtes en danger, Docteur !!

Le psy : Vous êtes confus… Vous parlez de nos compatriotes français de confession musulmane ?

Le patient : Compatriotes ?! Non, ce ne sont pas nos compatriotes, Docteur ! Il faut vous ressaisir !

Jacquouille : Mais qu’est-ce que c’est qu’ce binz ?!

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout Puissant ! Il est possédé.

Le patient : La montée de l’antisémitisme est proportionnelle à la montée de l’immigration arabo-musulmane, Docteur. 

Le psy : Êtes-vous conscient de la gravité de vos propos, Monsieur ?

Le patient : Les antisémites d’aujourd’hui ne lisent pas Drumont et Maurras mais lisent le Coran.

Le psy : Bernadette, Bernadette, venez vite, je vous prie !

Le patient : Le 7 octobre est un jour tragique. Le Hamas nous a attaqué. Ce sont des terroristes !! Israël est une enclave au Proche-Orient. Une enclave judéo-chrétienne au milieu de pays arabes, une villa au milieu de la jungle, comme le dit l’expression. 

Bernadette : Oui, me voici, Docteur

Le patient : Après samedi, il y a le dimanche. On s’en prend d’abord aux Juifs, et ensuite aux Chrétiens, c’est la logique du jihad !

Jacquouille : Mais qu’est-ce qu’il raconte, Messire ?

Monseigneur Godefroid : Je crois qu’il veut se débarrasser des Sarrasins.

Jacquouille : Ah bon mais pourquoi ? 

Monseigneur Godefroid : Je l’ignore… Ils n’ont pourtant rien contre les Juifs et les Chrétiens, les Ahl el Kitab, comme ils les nomment. Que du contraire ! Ne te rappelles-tu point qu’ils ont préservé nos églises et nous ont permis de pratiquer notre culte, eux, qui tiennent en haute estime Jésus et Marie ?

Jacquouille : Je ne me rappelle que d’une chose, Messire. Du goût exquis de ce méchoui de Molenbeek aux épices de « la tête du magasin » !

Le psy : Il délire, complètement, Bernadette. Apportez-lui un rail de poudre. Euh… je veux dire un anxiolytique en poudre, plus facile à digérer. Effet immédiat garanti.

Bernadette : Très bien, Docteur.

Le psy : Prenez ceci, Monsieur, ça vous fera du bien. Je pense que nous devrions nous revoir la semaine prochaine. Je vous raccompagne.

Le patient : Merci, Docteur. Au revoir.

Le psy : Bernadette, vous avez le carnet. Je vous dicte :

Le psy : Envoyez la proposition au comité internationale du DMS-5[1]. Dites-leur que je ne suis pas loin de découvrir une nouvelle pathologie à inscrire dans le manuel.

Bernadette : Et avez-vous déjà trouvé un nom à cette pathologie, Docteur ? 

Le psy : Oh oui, Bernadette. Je n’ai pas cherché longuement… Il s’est imposé de lui-même : le sem-morisme.

Bernadette : Le sem-morisme ? Quelle en est l’étymologie ? 

Le psy : Eh bien, Bernadette, depuis quelques années un nouveau mot a intégré le dictionnaire de la langue française : le seum (ou sem). Il signifie rancœur, sentiment de colère, de frustration et de dégoût. Le terme ‘seum’ vient du mot arabe ‘sèmm’ qui signifie ‘venin’. Autrement dit, quand on a le seum, on a la rage.

De plus, sem peut rappeler l’origine sémite du mot. A ce propos, les Arabes étant sémites, ils peuvent difficilement être antisémites. Mais passons…

Bernadette : Ah…

Le psy : Ne trouvez-vous pas que cela convient au phénomène, Bernadette ?

Bernadette : Au phénomène ? Vous parlez de la pathologie ou de l’individu ?

Le psy : Toujours aussi perspicace, Bernadette. A vous de choisir…

Bernadette : Et la 2e partie du mot alors ? 

Le psy More. J’ai opté pour une touche moderne, anglaise pour noyer la consonnance arabe. Donc sem-more signifierait plus de venin, plus de rancœur. 

Jacquouille : Ha, ha, ha…Messire. Le sem-morisme.

Monseigneur Godefroid : Tais-toi, malheureux, tu vas nous faire prendre !

Le psy : Vous avez entendu, Bernadette ?

Bernadette : Oui, ça provenait du placard à archives.

Le psy se dirige alors vers le placard…

A suivre…

L.M.


[1] Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (également désigné par le sigle DSM, abréviation de l’anglais : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est un ouvrage de référence publié par l’Association américaine de psychiatrie (American Psychiatric Association ou APA) décrivant et classifiant les troubles mentaux.

Les Visiteurs en 2023

Décembre, an de grâce 2023, deux visiteurs étrangers déambulent dans les rues de Bruxelles.

Jacquouille : Je suis éreinté, mon Seigneur. Cette promenade m’a épuisé.

Monseigneur Godefroid : Et bien, Jacquouille, tu n’as donc point de vaillance ! Tu mérites bien ton nom de fripouille ! 

Jacquouille : Monseigneur, ayez pitié du gueux que je suis. Je n’en peux plus, j’ai faim. 
Monseigneur Godefroid : Quelle bonne idée, mon Jacquouille ! Allons nous sustenter ! Rapporte-moi des jambons ! Où sont les porcs et les sangliers ? Je suis en appétit ! 

Jacquouille : Là-bas ! Regardez, Messire ! L’échoppe du chasseur !

                  Boucherie Halal Molenbeek

Me…, Mes…, Messi…Messiiiire ! Nous sommes en terre sarrasine !

Monseigneur Godefroid :  Qu’à cela ne tienne, mon Jacquouille ! Un bon méchoui fera l’affaire !

De retour à l’appartement de leur amie Ginette non loin de la Porte de Hal.

Jacquouille :  Dame Ginette, nous revoilà ! Regarde ce que nous avons rapporté. Il trônait fièrement dans l’échoppe du chasseur. Nous allons nous régaler.

Ginette : Ben alors hein ? Vous en avez mis du temps. Viens t’asseoir sur le fauteuil à mes côtés mon Jacquouille.

Jacqouille : Merci Dame Ginette mais je préfère m’assire sur la paillasse. 

Ginette : Ben ouais, j’comprends, au moins t’es pas dépaysé.

Monseigneur Godefroid : Que faites-vous donc, Dame Ginette ?

Ginette : Je regarde les infos… Viens t’asseoir.

Monseigneur Godefroid : Bien volontiers, Dame Ginette. De quoi parlent-ils ?

Ginette : Et ben Godefroid, tu veux qu’je te résume la situation ? Alors voilà, … Les Arabes habitent en Palestine depuis… euh… attends que je cherche sur Google… bref depuis super longtemps. Et ben euh… y en a qui disent que les Palestiniens ne sont pas chez eux. Et ces mêmes-là disent que Dieu leur a donné cette Terre, à eux ! J’sais pas toi, mais moi j’y comprends rien. 

Monseigneur Godefroid : Que racontes-tu là, Dame Ginette ?! Saladin, le chevalier de l’Islam, nous a repris Jérusalem en 1187. Il s’agit bien de la terre des Sarrasins. Et dans sa grandeur, il nous a rendu le Saint-Sépulcre et a préservé les lieux saints de chaque culte. 

Ginette : Ah ouais ?! Et ben ça, ils le disent pas sur BFM.

Monseigneur Godefroid : Qu’est-ce là ?

Ginette : C’est l’hôpital qui vient d’être bombardé à Gaza. Et là… c’est les enfants qui hurlent et des corps déchiquetés. Comme d’hab’ quoi…

Monseigneur Godefroid : Comment ça ?! Mais Dame Ginette, tu dois porter ta voix auprès de ton Suzerain. Il a le pouvoir d’arrêter cette bataille et ce massacre.

Ginette : T’inquiète, non seulement, il est au courant mais même tous les suzerains du monde le savent…

Monseigneur Godefroid : Tu veux dire que tu n’es pas la seule à voir cette ignominie, Dame Ginette ? Seigneurs et suzerains sont donc au courant et n’agissent point?

Ginette : Ah, ben ça, non !

Tu veux que je t’en rajoute une bonne ? Vendredi, l’ONU et toute la cavalerie a voté pour un cessez-le-feu immédiat en Palestine. Et devine quoi ? Les Etats-Unis ont voté contre. 

Monseigneur Godefroid : Mais… que dis-tu là, Dame Ginette ? Cela n’est point possible !

Ginette : Ah si si, j’te raconte pas de bobards. T’sais moi la politique, j’y comprends rien en général mais là je peux te dire que j’y comprends encore plus rien. Enfin… t’as compris c’que j’veux dire, quoi.

Ginette zappa de chaîne et tomba sur son émission préférée. 

Ginette : Viens mon Jacquouille. On va voir qui a remporté le défi cette semaine dans les Reines du Shopping. J’espère que c’est pas Juliette, elle sait vraiment pas se saper ! Par contre j’adoooore Christina. Elle est manifaïk !

Monseigneur Godefroid contempla Dame Ginette et se leva, las et interloqué par la scène. Comment peut-on passer d’images d’enfants massacrés à des émissions futiles sans s’indigner outre mesure ? Sont-ce les valeurs du nouveau millénaire, s’interrogea-t-il ?

Monseigneur Godefroid : Jacquouille, où es-tu ?

Jacqouille : Oui, Messire, j’arrive… Ce méchoui est divin ! Le chasseur m’a dit qu’il l’avait farci d’épices spéciales ; un nom comme «  la tête du magasin » en sarrasin, m’a-t-il dit…

Monseigneur Godefroid : Trèves de balivernes, Jacquouille ! Va-t’en revoir le druide à la Porte de Hal et dis-lui de préparer la potion pour ce soir. Je ne peux rester un jour de plus dans ce millénaire infâme.

Jacqouille : Oui , Monseigneur. J’y vais de ce pas.

Entre-temps, Ginette s’en est allée au snack du coin pour acheter un durum et des frites lorsque Jacquouille revint avec la potion.

Jacqouille : Me revoilà, Messire. La potion se trouve dans cette fiole. Il faut prélever trois gouttes à l’aide de cette pipette et les mélanger à ce breuvage noirâtre dans un verre. Deux gorgées sont nécessaires. Il nous reste quatre minutes.

Dame Ginette, Dame Ginette ?! Mais où est-elle bien passée ?

Monseigneur Godefroid : Nous ne pouvons point l’attendre. Le temps presse, Jacquouille. Je vais lui écrire un parchemin. Vas-y, bois donc.

Jacqouille : Après vous, Monseigneur.

Monseigneur Godefroid : Me prends-tu pour un gueux ?! Ne crois-tu pas que j’ai vu clair dans ton jeu ? Tu veux rester ici comme tu l’as fait jadis en France… Fripouille !

Jacquouille : Non… non Monseigneur, cela ne m’a même point traversé l’esprit…

Jacquouille s’empressa de boire la première gorgée. Des bruits étranges jaillirent de son estomac. Aussitôt la deuxième gorgée avalée, il disparut dans les airs.

Entre-temps, Monseigneur Godefroid acheva d’écrire à Dame Ginette et posa le parchemin sur la table. Il but à son tour les deux gorgées et s’évapora.

Quelques secondes plus tard, Ginette revint du snack.

Ginette : Ben alors, ils se sont envolés ou quoi ?

Jacquouille, les frites vont refroidir. Bon, je commence sans toi.  Vieeens, y a Les Marseillais à Dubaï qui va commencer. J’adore cette télé-réalité ! 

Elle versa son soda dans le verre sur la table. Elle avala une première gorgée, puis une seconde… et elle s’envola dans les airs à son tour. 

Elle n’avait pas vu le parchemin laissé par Monseigneur Godefroid.

Il ne croyait pas si bien dire…

A suivre…

L.M.