Ginette, qui avait bu les dernières gouttes de la potion qui tapissaient le verre dans lequel elle avait verser son soda, reprit ses esprits.
Ginette : Mais qu’est-ce que … ? Ohé ?! Y a quelqu’un ? Mais où est-ce que j’ai atterri ??
Elle alluma la lampe torche de son gsm.
Ginette : Oh la vache !!! Boire une potion magique pour atterrir ici !
Attendons voir… Par-là, il y a de la lumière au fond. Il faudrait d’abord que je m’oriente. Je n’ai pas de réseau… Quel chemin prendre ? Ah mais, maintenant que j’y pense… Il y a des plaques de rue dans les égouts. En tout cas, dans la Grande Vadrouille, il y en avait ! Ah, en voici une : Place de l’Opéra – 9e Arrt.
Ça alors, pour une coïncidence, c’en est une ! Me voilà sous l’opéra Garnier, sur les pas de Bourvil et De Funès !
Il doit y avoir une plaque d’égout. En voilà une. Bon sang ! Elle est bloquée. Ils doivent être les derniers à l’avoir déplacée…
Ginette éclaira les alentours à l’aide de sa lampe torche et se fraya un chemin dans le dédale des célébrissimes égouts de Paris. Elle continua vers l’ouest où elle était sûre de pouvoir trouver une sortie, non loin de la Tour Eiffel.
Ginette : Enfin, me voilà dans le 8e arrondissement ! Avenue Jacques Lacan.
Ginette monta les escaliers qui menèrent à ce qu’elle pensait être une plaque d’égout.
Ginette : C’est pas vrai, elle est bloquée aussi ? Mais elle n’est pas en acier, c’est bizarre… Ce n’est pas une plaque d’égout. Tiens, on dirait une trappe. Mais… j’entends des voix… Ohé ?
Y a quelqu’un ??
Entretemps, dans le placard chez le psy…
Jacquouille : Oh Messire, il avance, on va se faire repérer. Messire… Vous entendez, on dirait Dame Ginette.
Monseigneur Godefroid : Dame Ginette, ici ?!
Jacquouille : Sous nos pieds.
Ginette : Jacquouille, c’est toi ? Je n’arrive pas à ouvrir la trappe. Elle est coincée. Tire de l’intérieur.
Jacquouille : Je n’y arrive pas, non plus. Messire !!!
A cet instant précis, le psy ouvrit d’un coup sec la porte du placard.
Le psy : Tiens…
Le psy inspecta le placard. Tout était à sa place mais un objet peu commun roula et vint fouler son pied. Il le ramassa et l’inspecta de plus près.
Jacquouille : Oh, il était moins une ! Monseigneur, vous m’avez sauvé ! Je vous dois une fière chandelle.
Monseigneur Godefroid : Tu n’es même pas capable d’ouvrir une trappe ! Par Dieu tout puissant !
Ginette : Je me disais bien que c’était vous ! Mais qu’est-ce que vous faites ici ?
Monseigneur Godefroid : Dame Ginette ! Je me réjouis de vous voir bien que je ne pensais pas vous revoir d’aussitôt. Comme vous pouvez le constater, nous n’avons pas atterri dans le bon siècle.
Ils se reposèrent un moment et décidèrent de continuer leur chemin jusqu’à la prochaine issue. Quelques centaines de mètres plus loin, une autre trappe se présenta à eux. Monseigneur Godefroid la débloqua et ils entrèrent dans un tunnel.
Des chants sourds qu’ils ne pouvaient distinguer leur parvenaient. Au bout du tunnel, ils ouvrirent une porte qui donnait sur une salle richement décorée et illuminée par des lustres en cristal.
Jacquouille : Mais… où sommes-nous ?
Monseigneur Godefroid : Je crois que nous sommes dans une synagogue.
Cachée derrière de larges et épaisses tentures de velours, Ginette distinguait le rabbin qui allumait une bougie et l’assemblée récitant des chants religieux. D’autres personnages présents lui semblaient familiers…
Jacquouille : Oh, Messire… Ils vont nous prendre pour des Croisés… C’en est fini de nous !
Ginette : T’inquiète, mon Jacquouille, nous ne sommes pas dans une synagogue. Regarde là-haut, ce qui est écrit : Liberté-Egalité-Fraternité.
Jacquouille : Mais… je ne comprends pas.
Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout puissant ! Ma patrie qui entonne des chants religieux hébraïques !
Jacquouille : Messire… vous avez vu qui est là ?
Ginette : Qui ça, Maque Rond ?
Jacquouille : Non, pas le pantin… Celui qui se trouve là… à l’extrême droite. On l’a vu chez le psy.
Ginette : Noooon ?! T’en as vu d’autres chez le psy ? Vas-y, balance ! Non, laisse-moi plutôt deviner… Gérald ? Elisabeth ? Elle en aurait des choses à raconter !
Jacquouille : Sem-More !
Ginette : Aah lui ?! Ça ne m’étonne pas. Il a une telle haine des musulmans. C’est bien qu’il aille se soigner… Qui d’autre ?
Jacquouille : Méthane Yahou…
Ginette : Oooooh, c’est pas vrai ?! Qu’est-ce qu’il a dit ? Un père tyrannique ? Il passait ses nuits dans un placard dans le noir ?
Jacquouille : Je suis resté sur ma faim… Il a dû partir… pour larguer des bombes.
Monseigneur Godefroid : Dites-moi, Dame Ginette. Je crains de ne vraiment rien comprendre à ce nouveau millénaire… Vous m’avez bien dit que la Terre de mes ancêtres, les vaillants Francs, n’était plus terre chrétienne…
Ginette : Ah ouais, ça, depuis l’temps…
Monseigneur Godefroid : … et donc le crédo de la république est bien la laïcité ?
Ginette : Euh… ouais c’est ça.
Monseigneur Godefroid : Alors, comment peut-on expliquer qu’on allume une bougie pour célébrer une fête religieuse et que des incantations hébraïques soient prononcées à l’Elysée, temple de la laïcité, sous l’approbation du chef d’État ?
Ginette : Ouais là, je dois bien dire que je ne comprends plus rien. Je n’arrête pas d’expliquer à ma voisine Karima qu’elle ne peut pas travailler avec son voile dans une institution publique car l’état est laïc mais là, je ne sais plus ce que je vais lui sortir comme excuse…
Jacquouille : Messire, laissez-les donc…
Monseigneur Godefroid : Non, Jacquouille. Où sont les valeureux Seigneurs qui dirigeaient notre patrie ? Les valeurs chrétiennes étaient portées haut. Que reste-t-il aujourd’hui ?
Ginette : Dis à ton Godefroid de faire gaffe à ce qu’il dit… Il pourrait se faire accuser d’antisémitisme.
Jacquouille : C’est ce que j’essaye de lui dire mais…
Monseigneur Godefroid : Moi, être accusé d’antisémitisme ? Mais quel est le rapport avec ce que j’ai dit.
Jacquouille : Aucun, Messire… Aucun rapport…
Mais, il n’en faut pas toujours, Messire… Il n’en faut pas toujours pour être accusé…
Excédé et lassé, Monseigneur Godefroid se tut et se rendit compte que ce bon vieux Jacquouille paraissait plus avisé qu’il ne l’était lui-même sur certains points. Sa position sociale a sans doute contribué à lui ouvrir les yeux sur les injustices et l’hypocrisie dont peuvent faire preuve les dirigeants… et ce, quel que soit le siècle, en fin de compte.
Monseigneur Godefroid : Allons-nous en d’ici !
Ginette : Viens, mon Jacquouille !
Ils disparurent un à un derrière les tentures et reprirent le tunnel qu’ils avaient emprunté. Arrivés dans les égouts, ils reprirent leur marche en direction de l’est vers la Place de la République.
Jacquouille : Pourquoi tenez-vous absolument à vous rendre à la Place de la République, Monseigneur ?
Monseigneur Godefroid : Pour faire porter ma voix haut et fort !
Jacquouille : Comment ça ?
Ginette : Chaque semaine, il y a une manifestation pro-Palestine sur la place de la République.
Jacquouille : Comment le savez-vous, Messire ?
Monseigneur Godefroid : Je l’ai vu dans les informations quand nous étions à Bruxelles.
Après s’être démenés pour passer par la sortie d’égout, les voilà enfin sur la Place de la République.
Les calicots et banderoles en tous genres arboraient des slogans tels que : Cessez-le-feu – Free Palestine – Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine…
A suivre…
L.M.


