Depuis le début de l’année 2024, nous assistons à un évènement « historique » concernant Israël. En effet, un pays se lève contre un autre. L’Afrique du Sud porte plainte contre Israël pour génocide à Gaza auprès de la Cour international de justice (CIJ) à La Haye, le tribunal de l’ONU chargé de régler les différends entre les états. Prétoria met Israël devant ses propres responsabilités et devant son « immunité » indécente concernant les mesures dites « conservatoires », autrement dit les mesures urgentes d’un cessez-le-feu immédiat et l’installation rapide de l’aide humanitaire.
Avant que les juges ne se prononcent sur le fond de ce procès dont l’absence de couverture médiatique est à déplorer, l’Afrique du Sud, qui n’a probablement rien à gagner sur le plan international, donne à toute l’humanité une leçon de dignité : l’indignation et l’engagement dans la voie de la justice.
L’indifférence : la pire des attitudes
« L’Histoire nous jugera ! » diront les activistes et les résistants face aux injustices de nos sociétés. Les guerres passées et les colonisations, dont on apprenait les causes et les évènements sur les bancs de l’école, devraient nous rendre plus vigilants et plus pro-actifs pour ne plus revivre ces périodes désastreuses sur le plan humain. Et malgré tout, l’émergence des guerres sur des territoires stratégiques se multiplient : Ukraine-Russie, Israël-Palestine, Etats unis et Angleterre-Yémen, Chine-Taiwan,… Ainsi, l’ensemble des principes et des valeurs sur lesquels reposerait la démocratie moderne des pays occidentaux semble vaciller, alors que nous en avons plus que jamais besoin aujourd’hui. Il n’est pas toujours facile de distinguer tous les courants qui nous gouvernent car nous n’avons plus affaire à une petite « élite » mais à un monde économiquement, politiquement et financièrement interdépendant. Nous l’observons clairement : les oppressions, les dictatures, les colonisations, les injustices, les privilèges, les inégalités sont internationales. C’est un vaste monde interconnecté comme jamais encore il n’en a existé, mais il y a des choses insupportables :
Stéphane Hessel[1] écrit : « Le motif de base de la Résistance était l’indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! (…) »
La faculté d’indignation nous permet de veiller, tous ensemble à ce que notre engagement dans la société soit bénéfique et conforme à La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par l’ONU le 10 décembre 1948. C’est notre composante humaine qui fait de nous des êtres doués de raison ; et l’Afrique du Sud l’a très bien compris.
Stéphane Hessel écrit : « Aujourd’hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. Ce conflit est la source même d’une indignation. »[2]
Elle est devenue la nôtre depuis plus de 4 mois !
Le déclin du courage
Le système occidental dans son état actuel « d’épuisement spirituel », ne présente aucun attrait. L’Afrique du Sud a su tirer profit de son retour sur la scène internationale, avec le développement de nouvelles relations avec les pays du sud et des pays émergents pour nouer des alliances qui y renforcent son rôle et son influence. Après des années d’apartheid, une société multiraciale est parvenue à voir le jour. Aujourd’hui, c’est ce qui lui confère cette autorité morale dont elle jouit, à la fois sur le continent et dans le monde entier.
« Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l’Organisation des Nations unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société tout entière. » écrit Alexandre Soljénitsyne[3]
Même si le courage individuel existe toujours, pour l’auteur, il est absent chez ceux qui donnent une direction à la société : fort à l’égard des pays faibles que personne ne soutient mais faible devant des gouvernements puissants et aux forces menaçantes. L’Afrique du Sud n’adhère pas à ce silence et impose sa voix sur le plan international en termes de droits humains. La valeur juridique de la Cour internationale de justice et sa mise en œuvre dépendra du résultat de ce procès. Ainsi, se joue l’avenir d’une institution internationale qui a été construite depuis plus de 75 ans sur les valeurs de droit et d’équité.
Ce référentiel commun, qu’est le droit international, garde une fragilité ; car sa mise en pratique dépendra des moyens utilisés par chaque pays concerné par la plainte de l’Afrique du sud. Si le génocide n’est pas reconnu par les instances internationales, ce sera le règne de la force : un grand pas vers le chaos et vers la violence absolue.
Enfin, l’affaire du génocide devant la Cour internationale de justice semble aboutir pour l’Afrique du Sud[4], en tout cas elle va jusqu’au bout de sa stratégie de défense, en poursuivant les Etats Unie et l’Angleterre pour complicité dans les crimes de guerre d’Israël à Gaza. A ce jour, deux batailles se jouent, humainement sur cette terre de Palestine et l’autre juridiquement sur la terre du droit international à La Haye…
Najoua
[1] Stéphane Frédéric Hessel, né le 20 octobre 1917 à Berlin et mort le 27 février 2013 à Paris 14e, est un diplomate, résistant, écrivain et militant politique français d’origine allemande. Indigné par le nazisme, il devient militant et s’engage dans la résistance au temps de la seconde guerre mondiale. Auteur d’un essai « Indignez-vous ! ». Edition : indigène. P.11
[2] « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel. Edition : indigène. P.17
[3] Pour en savoir plus : Livre « le déclin du courage » de Alexandre Soljénitsyne. Editions : Les belles lettres. P.22. Le discours peut être lu sur le site www.perspective.usherbrooke.ca. Discours de Harvard, juin 1978, devant la 337 ième promotion de la très ancienne université d’Harvard.
[4] www.rtbf.be/article/la-plainte-deposee-par-lafrique-du-sud-contre-israel-pour-denoncer-des-actes-genocidaires-devant-la-cour-internationale-de-justice-pourra-t-elle-aboutir?



