Le message de l’Afrique du Sud au monde

Depuis le début de l’année 2024, nous assistons à un évènement « historique » concernant Israël. En effet, un pays se lève contre un autre. L’Afrique du Sud porte plainte contre Israël pour génocide à Gaza auprès de la Cour international de justice (CIJ) à La Haye, le tribunal de l’ONU chargé de régler les différends entre les états. Prétoria met Israël devant ses propres responsabilités et devant son « immunité » indécente concernant les mesures dites « conservatoires », autrement dit les mesures urgentes d’un cessez-le-feu immédiat et l’installation rapide de l’aide humanitaire. 

Avant que les juges ne se prononcent sur le fond de ce procès dont l’absence de couverture médiatique est à déplorer, l’Afrique du Sud, qui n’a probablement rien à gagner sur le plan international, donne à toute l’humanité une leçon de dignité : l’indignation et l’engagement dans la voie de la justice.

L’indifférence : la pire des attitudes

« L’Histoire nous jugera ! » diront les activistes et les résistants face aux injustices de nos sociétés. Les guerres passées et les colonisations, dont on apprenait les causes et les évènements sur les bancs de l’école, devraient nous rendre plus vigilants et plus pro-actifs pour ne plus revivre ces périodes désastreuses sur le plan humain. Et malgré tout, l’émergence des guerres sur des territoires stratégiques se multiplient : Ukraine-Russie, Israël-Palestine, Etats unis et Angleterre-Yémen, Chine-Taiwan,… Ainsi, l’ensemble des principes et des valeurs sur lesquels reposerait la démocratie moderne des pays occidentaux semble vaciller, alors que nous en avons plus que jamais besoin aujourd’hui. Il n’est pas toujours facile de distinguer tous les courants qui nous gouvernent car nous n’avons plus affaire à une petite « élite » mais à un monde économiquement, politiquement et financièrement interdépendant. Nous l’observons clairement : les oppressions, les dictatures, les colonisations, les injustices, les privilèges, les inégalités sont internationales. C’est un vaste monde interconnecté comme jamais encore il n’en a existé, mais il y a des choses insupportables :

Stéphane Hessel[1] écrit : « Le motif de base de la Résistance était l’indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! (…) »

La faculté d’indignation nous permet de veiller, tous ensemble à ce que notre engagement dans la société soit bénéfique et conforme à La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par l’ONU le 10 décembre 1948. C’est notre composante humaine qui fait de nous des êtres doués de raison ; et l’Afrique du Sud l’a très bien compris. 

Stéphane Hessel écrit : « Aujourd’hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. Ce conflit est la source même d’une indignation. »[2]

Elle est devenue la nôtre depuis plus de 4 mois !

Le déclin du courage

Le système occidental dans son état actuel « d’épuisement spirituel », ne présente aucun attrait. L’Afrique du Sud a su tirer profit de son retour sur la scène internationale, avec le développement de nouvelles relations avec les pays du sud et des pays émergents pour nouer des alliances qui y renforcent son rôle et son influence. Après des années d’apartheid, une société multiraciale est parvenue à voir le jour. Aujourd’hui, c’est ce qui lui confère cette autorité morale dont elle jouit, à la fois sur le continent et dans le monde entier.

« Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l’Organisation des Nations unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société tout entière. » écrit Alexandre Soljénitsyne[3]

Même si le courage individuel existe toujours, pour l’auteur, il est absent chez ceux qui donnent une direction à la société : fort à l’égard des pays faibles que personne ne soutient mais faible devant des gouvernements puissants et aux forces menaçantes. L’Afrique du Sud n’adhère pas à ce silence et impose sa voix sur le plan international en termes de droits humains. La valeur juridique de la Cour internationale de justice et sa mise en œuvre dépendra du résultat de ce procès. Ainsi, se joue l’avenir d’une institution internationale qui a été construite depuis plus de 75 ans sur les valeurs de droit et d’équité.

Ce référentiel commun, qu’est le droit international, garde une fragilité ; car sa mise en pratique dépendra des moyens utilisés par chaque pays concerné par la plainte de l’Afrique du sud. Si le génocide n’est pas reconnu par les instances internationales, ce sera le règne de la force : un grand pas vers le chaos et vers la violence absolue.

Enfin, l’affaire du génocide devant la Cour internationale de justice semble aboutir pour l’Afrique du Sud[4], en tout cas elle va jusqu’au bout de sa stratégie de défense, en poursuivant les Etats Unie et l’Angleterre pour complicité dans les crimes de guerre d’Israël à Gaza. A ce jour, deux batailles se jouent, humainement sur cette terre de Palestine et l’autre juridiquement sur la terre du droit international à La Haye…

Najoua


[1]  Stéphane Frédéric Hessel, né le 20 octobre 1917 à Berlin et mort le 27 février 2013 à Paris 14e, est un diplomaterésistantécrivain et militant politique français d’origine allemande. Indigné par le nazisme, il devient militant et s’engage dans la résistance au temps de la seconde guerre mondiale. Auteur d’un essai « Indignez-vous ! ». Edition : indigène. P.11

[2] « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel. Edition : indigène. P.17

[3] Pour en savoir plus : Livre « le déclin du courage » de Alexandre Soljénitsyne.  Editions : Les belles lettres. P.22. Le discours peut être lu sur le site www.perspective.usherbrooke.ca.  Discours de Harvard, juin 1978, devant la 337 ième promotion de la très ancienne université d’Harvard.

[4] www.rtbf.be/article/la-plainte-deposee-par-lafrique-du-sud-contre-israel-pour-denoncer-des-actes-genocidaires-devant-la-cour-internationale-de-justice-pourra-t-elle-aboutir?

Les visiteurs en 2023 (épisode 2)

Jacquouille : Monseigneur… Où êtes-vous ? Aaaaaah ! C’est vous ?! Vous m’avez fait peur !

Monseigneur Godefroid : Ne crie pas, Jacquouille. Je suis juste là.

Jacquouille allume une petite lampe de poche que lui a offerte Dame Ginette.

Jacquouille : Oooh Monseigneur, comme vous m’avez manqué. 

Monseigneur Godefroid : Mais où sommes-nous ? 

Jacquouille : Je crois que nous sommes dans un placard à archives.

Monseigneur Godefroid : Un placard à archives ? De qui, de quoi ? 

Jacquouille : Regardez, c’est écrit ici :

Monseigneur Godefroid : Mais qu’est-ce que…

Jacquouille : Chut, Messire, veuillez parler moins fort. Je crois que c’est le psychiatre qui vient d’entrer avec son patient. 

Le psy : Je vous en prie. Installez-vous sur le divan. 

Jacquouille : Mais qui est-ce donc, Messire ?

Monseigneur Godefroid essaye de distinguer, à travers les persiennes de la porte du placard, qui est couché sur le divan.

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout puissant !!

Jacquouille : Qui est-ce ? Laissez-moi jeter un œil à mon tour. Aah, je l’aperçois… Il me fait ressembler à… Oh mon Dieu, c’est… c’est du lourd… 

Le psy : Monsieur Méthane Yahou, comment vous sentez-vous depuis le 7 octobre ?

Jacquouille : Monseigneur, si la rédactrice ne se ressaisit pas, c’en est fini de nous… et d’elle surtout ! Mon Dieu, faites qu’elle change de personnage pour ainsi nous permettre de vivre encore d’autres aventures.

Méthane Yahou : Excusez-moi, Docteur. J’ai un appel urgent. Il me faut absolument mettre fin à la séance. Je dois aller larguer des bombes… me réjouir des enfants qui succombent… remplir des tombes…

Le psy : Qu’est-ce que vous dites ?!

Méthane Yahou : Euh… je voulais dire, je m’en vais en trombe délivrer les otages des hécatombes.  

Le psy : Aaah… J’ai cru mal comprendre.

Méthane Yahou : Je reviens la semaine prochaine à Paris. Mon secrétaire prendra contact avec vous pour un autre rendez-vous. Pour cette séance, je cède ma place à une personne qui en a bien besoin.

Le psy : Très bien, M. Méthane Yahou. Je vous raccompagne.

Jacquouille : Nous sommes sauvés, Messire. Elle a été raisonnable…

Monseigneur Godefroid : Jacquouille, il nous faut trouver un moyen de sortir d’ici.

Jacquouille : Messire, voyons… Rien ne presse. Attendons de voir qui est le suivant.

Le psy : Entrez Monsieur, je vous en prie. Je suis le Docteur Jean Peuplu. Enchanté. 

Le patient : Ah vous aussi, Docteur ?! Moi aussi, j’en peux plus ! Je ne sais plus où donner de la tête ! Nous sommes envahis ! Nous ne sommes plus chez nous ! Ils veulent nous remplacer mais ils ne nous auront pas ! Je me battrai corps et âme pour les en empêcher ! Ils veulent détrôner nos valeurs judéo-chrétiennes au profit des leurs ! Ils veulent éliminer la France, cette grande patrie, héritage de notre ancêtre Napoléon et de De Gaulle. Ils…

Le psy : Très bien. Vous semblez avoir beaucoup de choses à me raconter. Je vais d’abord commencer par remplir votre fiche personnelle si vous le permettez. Prenez place sur le divan. Pouvez-vous m’épeler votre nom, Monsieur ?

Le patient : Attendez-vous au grand remplacement ! C’est ce qu’ils visent !

Le psy : Je crains de ne pas vous saisir Monsieur… Dites-moi, de qui parlez-vous au juste ?

Le patient : Des Sarrasins ! Ils veulent porter l’abaya, la barbe… Nous sommes en danger ! Vous êtes en danger, Docteur !!

Le psy : Vous êtes confus… Vous parlez de nos compatriotes français de confession musulmane ?

Le patient : Compatriotes ?! Non, ce ne sont pas nos compatriotes, Docteur ! Il faut vous ressaisir !

Jacquouille : Mais qu’est-ce que c’est qu’ce binz ?!

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout Puissant ! Il est possédé.

Le patient : La montée de l’antisémitisme est proportionnelle à la montée de l’immigration arabo-musulmane, Docteur. 

Le psy : Êtes-vous conscient de la gravité de vos propos, Monsieur ?

Le patient : Les antisémites d’aujourd’hui ne lisent pas Drumont et Maurras mais lisent le Coran.

Le psy : Bernadette, Bernadette, venez vite, je vous prie !

Le patient : Le 7 octobre est un jour tragique. Le Hamas nous a attaqué. Ce sont des terroristes !! Israël est une enclave au Proche-Orient. Une enclave judéo-chrétienne au milieu de pays arabes, une villa au milieu de la jungle, comme le dit l’expression. 

Bernadette : Oui, me voici, Docteur

Le patient : Après samedi, il y a le dimanche. On s’en prend d’abord aux Juifs, et ensuite aux Chrétiens, c’est la logique du jihad !

Jacquouille : Mais qu’est-ce qu’il raconte, Messire ?

Monseigneur Godefroid : Je crois qu’il veut se débarrasser des Sarrasins.

Jacquouille : Ah bon mais pourquoi ? 

Monseigneur Godefroid : Je l’ignore… Ils n’ont pourtant rien contre les Juifs et les Chrétiens, les Ahl el Kitab, comme ils les nomment. Que du contraire ! Ne te rappelles-tu point qu’ils ont préservé nos églises et nous ont permis de pratiquer notre culte, eux, qui tiennent en haute estime Jésus et Marie ?

Jacquouille : Je ne me rappelle que d’une chose, Messire. Du goût exquis de ce méchoui de Molenbeek aux épices de « la tête du magasin » !

Le psy : Il délire, complètement, Bernadette. Apportez-lui un rail de poudre. Euh… je veux dire un anxiolytique en poudre, plus facile à digérer. Effet immédiat garanti.

Bernadette : Très bien, Docteur.

Le psy : Prenez ceci, Monsieur, ça vous fera du bien. Je pense que nous devrions nous revoir la semaine prochaine. Je vous raccompagne.

Le patient : Merci, Docteur. Au revoir.

Le psy : Bernadette, vous avez le carnet. Je vous dicte :

Le psy : Envoyez la proposition au comité internationale du DMS-5[1]. Dites-leur que je ne suis pas loin de découvrir une nouvelle pathologie à inscrire dans le manuel.

Bernadette : Et avez-vous déjà trouvé un nom à cette pathologie, Docteur ? 

Le psy : Oh oui, Bernadette. Je n’ai pas cherché longuement… Il s’est imposé de lui-même : le sem-morisme.

Bernadette : Le sem-morisme ? Quelle en est l’étymologie ? 

Le psy : Eh bien, Bernadette, depuis quelques années un nouveau mot a intégré le dictionnaire de la langue française : le seum (ou sem). Il signifie rancœur, sentiment de colère, de frustration et de dégoût. Le terme ‘seum’ vient du mot arabe ‘sèmm’ qui signifie ‘venin’. Autrement dit, quand on a le seum, on a la rage.

De plus, sem peut rappeler l’origine sémite du mot. A ce propos, les Arabes étant sémites, ils peuvent difficilement être antisémites. Mais passons…

Bernadette : Ah…

Le psy : Ne trouvez-vous pas que cela convient au phénomène, Bernadette ?

Bernadette : Au phénomène ? Vous parlez de la pathologie ou de l’individu ?

Le psy : Toujours aussi perspicace, Bernadette. A vous de choisir…

Bernadette : Et la 2e partie du mot alors ? 

Le psy More. J’ai opté pour une touche moderne, anglaise pour noyer la consonnance arabe. Donc sem-more signifierait plus de venin, plus de rancœur. 

Jacquouille : Ha, ha, ha…Messire. Le sem-morisme.

Monseigneur Godefroid : Tais-toi, malheureux, tu vas nous faire prendre !

Le psy : Vous avez entendu, Bernadette ?

Bernadette : Oui, ça provenait du placard à archives.

Le psy se dirige alors vers le placard…

A suivre…

L.M.


[1] Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (également désigné par le sigle DSM, abréviation de l’anglais : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est un ouvrage de référence publié par l’Association américaine de psychiatrie (American Psychiatric Association ou APA) décrivant et classifiant les troubles mentaux.

Alexandrins pour Gaza

Douce terre fertile, tes sillons se gonflent et se fendent, 

Accouchant de la vigne, l’olivier, l’oranger, 

Tes filles et tes fils tombent pour te défendre,  

Et leurs larmes, et leur sang, tu les as absorbés… 

Terre de Palestine, j’écris ton nom 

Ombres insistantes, derrière mes paupières closes,  

Tremblent vos sourires, défilent vos visages,  

Rires étouffés, vies fauchées à peine écloses,  

Rym, Yusuf, tous les autres, comme fut court votre passage… 

Enfants de Palestine, j’écris vos noms 

Le sablier de l’existence est retourné, 

Jours, mois, années, s’écoulent et se succèdent,  

Finalement, qu’avons-nous fait du temps donné ? 

Toi et moi, ceux qui viendront, ceux qui précèdent…. 

Justice, liberté, loyauté, j’écris vos noms 

Un mot me vient, partout repris, unanime, 

C’est «  résilience » , fruit de l’école de leur patience, 

Courage et foi, dans les ténèbres, les animent, 

Leçon de vie, pour ceux qui espèrent leur délivrance, 

Conviction, volonté, endurance, j’écris vos noms 

La roue de la vie tourne et l’épreuve s’en va, 

Jamais le mensonge ne saurait triompher, 

La lumière quoiqu’il en coûte, sur leurs terres se lèvera, 

Et du sang et des larmes, fleuriront les amandiers… 

Espoir, courage, vie, j’écris vos noms 

Hayat Belhaj  

Les mots me manquent…

J’essaye en vain depuis quelques jours d’écrire un article pour cette semaine, mais l’inspiration me manque. J’ai d’abord pensé disserter sur ma lecture du moment ou encore palabrer sur le dernier film Netflix que j’ai visionné… Mais ma conscience ne m’autorise pas à mettre en lumière d’aussi légers sujets et passer sous silence l’injustice qui fait rage.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante qui me tourmente.

Je me dirige alors vers mon jardin pour y puiser apaisement et inspiration.
Ce vent intense et revigorant qui me fouette le visage se met à l’action.
Surgi après la tempête, il fait valser les feuilles dans les airs avant de les plaquer
fougueusement au sol. Ces feuilles mortes et rabougries d’un brun triste dont la seule vue me désole.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante qui me ronge même dans les songes.

Des hortensias qui se pavanaient il y a encore quelques semaines, il ne reste plus que les bourgeons endormis. Le magnolia, roi de mon jardin, qui trônait avec grâce et élégance au printemps, subit aujourd’hui la disgrâce sans compromis.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante qui mine et discrimine.

Même l’indétrônable qui pointe haut dans le ciel n’est pas épargné ; ces branchages sont malmenés et manquent de vitalité. Tels ces buis qui symbolisaient, dans l’Antiquité, l’immortalité.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante que je désapprouve et réprouve.

Le prunier se débat et résiste à ce vent rigoureux. Aujourd’hui stérile, il m’avait offert, il y a plusieurs années, des fruits savoureux.

Étouffé par l’imposant qui l’avoisine, le prunier affaibli manque de ressources pour croitre et n’a plus droit de cité. Et pour cause, l’indétrônable à l’appétit d’ogre, au fond du jardin, lui coupe les vivres et l’électricité.

Sa cime qui perce le ciel empêche la lumière du soleil d’inonder le prunier. Il se gave de tous les nutriments qu’il puise dans le sol sans même s’en soucier.

Il s’agit d’un conifère robuste aux bras longs dont les racines sont difficiles à extirper. Qu’il ne s’en réjouisse guère, un jour ou l’autre, la foudre finira par le frapper.

Malgré tout, le prunier, affaibli et dépérissant, se tient droit. Je me demande d’où lui vient cette force et à qui il la doit.

Le vent se calme et le ciel s’éclaircit. Soudainement, un rayon de soleil illumine le prunier endurci.

Comme une réponse à la question posée, nos invocations finiront par être exaucées.

À tous les opprimés.

L.M.

Terre de Palestine

Le 7 octobre 2023 marque un point important, voire historique en Israël. Le Hamas a attaqué son voisin causant de nombreux morts et faisant par la même occasions de nombreux otages. Le monde retient son souffle, Israël attaqué et c’est le monde qui se divise entre les supporters de la cause palestinienne et ceux qui légitiment le droit d’Israël à se défendre par tous les moyens… Cette opération inédite du Hamas sur plusieurs cibles entourant la bande de Gaza a changé la donne sur le plan humanitaire et géopolitique. Analyse.

L’hypocrisie politique en occident et la divergence en Orient

De Berlin à Bruxelles, en passant par Washington, Londres ou Paris, le discours est identique. Pour ne prendre qu’un échantillon des dires des gouvernements occidentaux, tous condamnent « les attaques terroristes contre Israël et sa population »[1], mais à aucun moment, ils ne parlent de la situation des Palestiniens qui sont privés de leurs terres, de leur liberté de mouvement, des milliers de prisonniers politiques, du blocus qui affame le peuple de Gaza, et la liste s’allonge. Les grands de ce monde légitiment le « droit de se défendre pour Israël » mais aucunement ce droit n’est attribué au peuple de Palestine. Un discours de deux poids deux mesures ! 

Pourtant, Israël a été condamné par Amnesty Internationale[2] ( et d’autres groupes d’ONG[3] ) sur ces méthodes et pressions inhumaine affligées depuis des décennies au peuple palestinien. Ces organismes dénoncent Israël, en tant que « colonisateur », d’appliquer des lois criminelles de l’apartheid[4]. Celui-ci mène une politique d’accroissement de ses colonies au détriment des droits et lois internationales les plus fondamentales et sous couvert du silence des gouvernements occidentaux. [5] Quant au monde arabe, les réactions sont multiples : les Émirats arabes unis étaient neutres, Abu Dhabi s’était contenté d’appeler au calme, la monarchie du Golfe s’est dite « consternée » par la prise d’otage de civils israéliens. Une position sur laquelle s’est d’ailleurs aligné le royaume de Bahreïn[6]. Mais comment sommes-nous arrivés à cette situation ?

Un devoir de vérité sur l’Histoire de la Palestine[7]

Photo Le Monde diplomatique

Située au Proche-Orient, la Palestine est un passage terrestre entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique : un « couloir » pour les invasions. Une terre conquise successivement par les Égyptiens, les Philistins (qui ont donné le nom à la Palestine), puis les hébreux ( qui vont rentrer rapidement en guerre contre les Philistins). Suivrons les Babyloniens, les Macédoniens d’Alexandre le grand, les Romains, les Perses, les Arabes, les Ottomans. Et au 20ème siècle les Britanniques, qui ouvrent la voie d’un retour du peuple juif. Un lieu de passage pour les peuples mais aussi, une terre sainte, une terre des prophètes des trois grandes religions monothéistes.

Depuis des générations, les nombreuses luttes entre juifs et arabes pour la domination de la Terre Sainte ont causé beaucoup de souffrance au Moyen-Orient. On affirme souvent que la crise a débuté avec l’immigration juive en Palestine et la création de l’État d’Israël. Pourtant, le conflit a pris racine bien avant, avec le double jeu des Britanniques durant la première guerre mondiale. C’est une Histoire d’intrigues entre empires rivaux, de stratégies erronées, de promesses contradictoires et de trahisons envers les Arabes et les Juifs, ouvrant la succession de bain de sang qui a scellé le sort de cette terre.

Quelques grandes dates :

            -1917-1948. Les Français, les Russes et les Anglais avaient secrètement prévu de morceler l’empire Ottoman afin d’équilibrer leurs visées coloniales durant la première guerre mondiale. Les graines ont été semées : les Britanniques avaient promis l’indépendance aux Arabes d’une part et une patrie aux juifs d’autre part. Sous puissance britannique, la Palestine devient l’outil des impérialistes utilisés selon leurs intérêts personnels de domination dans l’échiquier mondial[8]. Dès la fin du 19iéme siècle, les Juifs sont établis un peu partout en Europe et majoritairement en Russie. Peu à peu, le mouvement sioniste[9] s’affirme. En effet, le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères adresse une lettre ouverte au Lord Lionel Walter Rothschild[10], personnalité de la communauté juive britannique et un des précurseurs du mouvement sioniste européen, qui rêve du retour de son peuple sur la Terre Promise. la Déclaration Balfour est signée. Elle prévoit l’établissement d’un « foyer national pour le peuple juif » ; première étape d’un processus de colonisation qui ne s’arrêtera plus et mène à la voie de la création de l’Etat d’Israël[11].

-1948-1967. La seconde guerre mondiale a fortement affaibli l’Angleterre, elle ne peut plus s’occuper de ses colonies indiennes et palestiniennes. Et ce sont les Etats-Unis qui vont reprendre le mandat de la Palestine à l’ONU, sous la présidence de Henry Truman. Il va conduire à la création d’Israël en 1948[12]. Les grandes puissances soutiennent cette idée d’élaborer un plan de partage qui comprendra un État juif et un État arabe. 15 mai 1948 est la date où toutes les troupes britanniques quittent la Palestine. Et pendant ce temps, le pays connaît successivement des attentats, des émeutes qui font monter la tension entre les communautés. Le plan de partage est donc adopté et déclenche immédiatement une guerre civile dans le pays. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion[13] déclare l’Indépendance de l’Etat d’Israël à Tel-Aviv lors d’un congrès sioniste. Fort de leur indépendance, ce mouvement gouvernemental accélère le processus de colonisation. Ainsi, les Palestiniens vont tout perdre : maison, terre, emploi, vie. L’exode du peuple palestinien prend de l’ampleur sous la pression militaire de l’État d’Israël. C’est le début de la Naqba, qui signifie la catastrophe. La Ligue Arabe ( Egypte, Liban, Syrie, Irak et Jordanie) attaque sur plusieurs fronts Israël. La mauvaise coordination des Arabes va donner des opportunités au camp adverse pour franchir des territoires et ainsi les occuper. Les tactiques de guerres des Israéliens prennent le dessus sur les troupes arabes. Malgré des cessez-le-feu, l’état Israël s’impose sur les terres et étend ses colonisations.

-1967-1995. Les tensions se cristallisent face à la discrimination, à l’occupation, à la dispersion du peuple et à une forte conscience nationale incarnée par l’OLP[14]. L’Europe, quant à elle occulte la société palestinienne, jusqu’à ce que survienne l’invasion du Liban en 1982, la première Intifada en 1987, la guerre du Golfe en 1991 et le déclenchement du « processus de paix » avec la Conférence de Madrid. Et d’autres voies pour la paix vont se succéder. 

La stratégie du mouvement sioniste a permis d’organiser le « transfert », par la violence et l’intimidation, d’une population arabe plutôt pacifique, sans défense, abandonnée de tous. L’Histoire nous apprend à mieux comprendre la situation d’aujourd’hui. Normalement, elle nous apprend aussi à tirer les leçons du « plus jamais ça ». Mais les idéologies perfides des intérêts politiques prennent le dessus et sont le résultat de cette catastrophe humaine sans nom. Il est clair que les perdants de cette tragédie sont et seront toujours les peuples …

« Les choses étant ce qu’elles sont, la réalité palestinienne d’aujourd’hui, d’hier et très vraisemblablement de demain, s’est construite sur un acte de résistance à ce nouveau colonialisme étranger. »[15]

Najoua

[1] Article sur le site De la-croix.com, publié le 7 octobre 2023 sous le titre : « attaque du Hamas contre Israël : les condamnations internationales se multiplient ».

[2] Sur le site amnesty.be, le rapport écrit sous le titre « Israël et territoires palestiniens occupés – rapport annuel 2022 ».  le rapport peut être téléchargé sur le site amnesty.org. article du 2 mai 2023 sous le titre « Apartheid automatisé-comment la reconnaissance faciale fragmente, ségrégue et contrôle la population palestinienne dans les territoires occupés par Israël ».

[3] Association Euro Palestine dont la fondatrice Olivia Zemor milite depuis plus de 20 ans pour la libération du peuple palestinien, Le Front populaire de libération de la Palestine ( FPLP), l’organisation Health Work Committees, etc.

[4] Régime de ségrégation systématique d’une partie de la population qui ne dispose pas des mêmes droits. Ce mot a pris naissance en Afrique du Sud en 1913 entre les populations blanches et noires.

[5] Le journaliste, Michel Collon, fondateur du site Investigaction.be, auteur de plusieurs ouvrages :  «  Israël, parlons-en ! » , « La stratégie du chaos », « La gauche et la guerre » aux éditions investig’action. Pour en savoir plus : l’auteur a aussi traduit un ouvrage de Edward Herman et Noam Chomsky : « Fabriquer un consentement ».

[6] Pour en savoir plus : documentaire sur la chaine Histoire sous le titre « Palestine, promesses et trahisons ». ce documentaire historique nous plonge dans les sources de conflit israélo-palestinien, le jeu diplomatique ambigu des britanniques pendant la première guerre mondiale aurait favorisé l’émergence d’un climat explosif en Palestine. Un autre documentaire sur la chaine Histoire de Simon Bitton décrit la vie de 1880 à 1950 « Palestine : histoire d’une terre ».

[7] Article Jeuneafrique.com du 9 octobre 2023 « Guerre Israël-Hamas ». article sur le grandcontinent.eu du 12 oct. 2023 « les pays arabes et musulmans dans la guerre de Soukkot »[1] Pour en savoir plus : Livre de Ilan Pappé, « Le nettoyage ethnique de la Palestine ». Edition Fayard. Livre de Henry Laurens, « La question de Palestine » Tome 4. Edition Fayard. Vidéo : Histoire de la Palestine depuis la Bible/ Le dessous des Cartes ( 2001) sur la chaine Youtube Fab Cévennes / His-Geo-EMC-HGGSP /lycée

[8] Pour en savoir plus : documentaire sur la chaine Histoire sous le titre « Palestine, promesses et trahisons ». Ce documentaire historique nous plonge dans les sources de conflit israélo-palestinien, le jeu diplomatique ambigu des britanniques pendant la première guerre mondiale aurait favorisé l’émergence d’un climat explosif en Palestine. Un autre documentaire sur la chaine Histoire de Simon Bitton décrit la vie de 1880 à 1950 « Palestine : histoire d’une terre ».

[9] Doctrine et mouvement politique dont le but est la construction, la consolidation et la défense d’un Etat juif en Palestine. Il est appelé ainsi en référence à la colline de Sion de Jérusalem où fut érigée la citadelle de David.

[10] Britannique, homme politique, banquier ( 1868-1937)

[11] Pour en savoir plus : Edward W. Said, « La question de Palestine ». Edition Sindbad. Et « Comment le terrorisme a créé Israël » de Thomas Suarez. Edition InvestigAction.

[12] Documentaire sur le site VIDOC-Documentaires complets en français. Sous le titre « La création d’Israël, quand le monde bascule » posté le 10 octobre 2023.

[13] Homme d’état israélien, il est le fondateur de l’état d’Israël, dont il proclame l’indépendance le 14 mai 1948. Il fut premier ministre jusqu’en 1963.

[14] Organisation de Libération de la Palestine a été créé à Jérusalem en 1964, à l’inauguration de la Ligue des Etats Arabes. Elle prend son indépendance à partir de la guerre des 6 jours en 1967 et Yasser Arafat devient le président du comité exécutif en 1969.[1] Edward W.Said, « La question de Palestine ». Edition Sindbad.

[15]Edward W.Said, « La question de Palestine ». Edition Sindbad.

Résilience, la force de rebondir 

Dans la chaîne du Haut Atlas, le Maroc a connu un évènement malheureux. Plus de 3000 morts et plus de 5000 blessés sont les chiffres des victimes de la catastrophe. Un séisme ressenti dans la nuit du 8 septembre à 23h11 heure locale, avec des fréquences sismiques allant de 6,8 à 7,2 sur l’échelle de Richter dans la province d’Al Haouz, à quelques kilomètres au sud-ouest de Marrakech. D’innombrables maisons de villages s’effondrent en enterrant vivant ceux qui s’y trouvaient. Certains des habitants complètement abasourdis face à cette désolation, nous ont donné une grande leçon de vie.

A des milliers de kilomètres de là, Gaza se retrouve, une nouvelle fois, sous les bombes israéliennes, entraînant un lourd bilan en termes de vies humaines et de dommages matériels. Des images dans tous les médias parlent d’elles-mêmes et nous font découvrir ces bouts de vies, brisées, meurtries par ce massacre continue devant le silence assourdissant de la communauté internationale. Et pourtant, devant cette ampleur de désastre, se révèle une force « oubliée ». Dans le flot d’informations médiatiques, les êtres humains font face à cette tragédie et font preuve de beaucoup de courage et de résilience. Comment surmonter cette épreuve ? Comment se reconstruire après un évènement traumatisant ? 

Un séisme ressenti dans la nuit du 8 septembre à 23h11 heure locale, avec des fréquences sismiques allant de 6,8 à 7,2 sur l’échelle de Richter dans la province d’Al Haouz, à quelques kilomètres au sud-ouest de Marrakech.

Apprendre à encaisser, se relever après le pire, à gérer « l’impensable », à aller de l’avant tout en acceptant ce qui c’est produit : c’est ce qu’on appelle être dans un processus de résilience. 

A l’origine, la résilience est une caractéristique qui indique la résistance aux chocs d’un matériau. C’est dans les années 1950, que des psychologues américains s’intéressent à ce concept en étudiant la façon dont les enfants se reconstruisent après une enfance difficile.

En France, c’est le neuropsychiatre Boris Cyrulnik[1] qui popularise ce concept. Il la définit ainsi : « c’est la reprise d’un nouveau développement après une agonie psychique traumatique »[2]. En clair, c’est la capacité de trouver la force en soi pour rebondir après un revers, un choc, une épreuve ou un traumatisme. Car les expériences effrayantes font exploser nos défenses et repères.

Boris Cyrulnik[3] nous explique , à travers ses nombreux ouvrages sur ce processus de résilience, que lorsque les gens font face à des situations auxquelles il n’y a pas d’alternative, ils font preuve, habituellement, de beaucoup de courage.

La résilience n’est pas une aptitude unique. C’est un ensemble de compétences et de mécanismes d’adaptation. C’est comme si nous possédions des ressources de forces invisibles que nous n’utilisons jamais. Nous ne savons même pas que nous les possédons, car nous n’en avons pas besoin. C’est seulement une sorte « d’immunité » de notre système qui lorsqu’elle est sollicitée, nos ressources intérieures remontent à la surface. Il est vrai, précise-t-il que face à un traumatisme, tous ne déclenche pas un processus de résilience. En effet, Boris Cyrulnik explique que ce qui traumatise c’est la signification qu’on attribue à l’évènement ou le regard qu’on lui porte. Étant un processus dynamique et d’adaptation, il existe plusieurs formes de résilience. Il est compliqué de savoir quels sont les facteurs qui déclenchent la résilience car il y a des facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et culturels qui interviennent.

Nous ne sommes pas tous égaux face à ce processus. Avoir la faculté de s’adapter aux événements, continuer à aller de l’avant malgré l’épreuve sont le fruit de 2 clés de la résilience : le sens et le soutien.

– Le sens. C’est-à-dire notre compréhension de la situation, l’histoire qu’on se raconte. Le sens est le moyen par lequel nous, les humains, pouvons transformer nos mémoires. Dans un cerveau sain qui évolue, les souvenirs se transforment de manière à percevoir autrement ce qui s’est passé. Cela ne veut pas dire qu’on l’aura détourné, mais plutôt la signification de l’évènement aura simplement évolué.

– Le soutien. C’est-à-dire la capacité à faire face à son souvenir traumatique (et non à l’occulter) en créant une connexion à un autre qui est bienveillant. Lors d’une épreuve difficile, il est donc important de s’entourer de personnes bienveillantes. Cependant, le cerveau d’une personne isolée fonctionne différemment : il interprète tout avec une saveur de malheur. En bref, pour nous développer, nous avons besoin des autres.

La façon dont nous définissons le courage est subjective. Depuis ces moments terribles que le Maroc a vécu, la majorité des villageois ont fait preuve d’une force incroyable. La même force incroyable dont font preuve les Palestiniens depuis des décennies et qui continuent d’être animés par cette même passion pour la vie et leur terre. Les images sont insoutenables et l’émotion est vive comme celle de ce vieil homme de 7O ans qui a enterré 27 membres de sa famille et qui, cependant, réussit à se lever tous les matins, à se montrer reconnaissant envers Dieu, respectueux envers les autres, et à trouver des choses à apprécier même si la journée dans le campement provisoire où il est installé, peut s’avérer très difficile. Il est la représentation de ce qui définit la résilience, à l’image de notre prophète Mohammad ( Paix et salutations sur lui).

Najoua