L’affaire Nahel, vers une autre crise politique ?

À Nanterre, en France, le mardi 27 juin 2023 vers 8h30, un jeune garçon de 17 ans, Nahel M. meurt au volant d’une voiture par arme à feu, tiré par un agent de l’ordre, au nom d’un refus d’obtempérer. Le dossier aurait pu s’arrêter là et être classé comme un fait divers sans suite par les autorités judiciaires françaises. Mais une vidéo « témoin » accablante circule dans les réseaux sociaux, donnant à cette affaire une autre tournure. 

En effet, les images montrent une version autre des dires du policier. Et c’est ainsi que, dans la soirée qui a précédé la mort du jeune Nahel, les grandes villes métropolitaines s’enflamment dans une escalade de violence exaspérée et intensifiée depuis la diffusion des images sur les réseaux sociaux. Des tensions ont éclaté entre les forces de police françaises et les jeunes de banlieue, qui ont donné lieu aux images fortes qui ont circulé sur toutes les plateformes médiatiques.

Depuis, les médias et les partis politiques se sont emparés de cette affaire pour en faire leur étendard privilégié. Alors, la question que l’on pourrait se poser : comment en est-on arrivé à ce genre de situation ? En quoi le dossier Nahel reflète-t-il une crise politique et sociale ?

Les signaux d’alerte précurseurs du drame

Les scènes d’agitation dans les villes françaises ne datent pas d’aujourd’hui. Le mouvement des gilets jaunes témoigne de ce climat de « désamour » entre la population et l’état. Autre exemple, les grandes manifestations du peuple contre la réforme des retraites où nous assistions à un soulèvement de masse de la population contre le gouvernement actuel. Les mots « autoritaire », « dictature » se levaient parmi les voix des syndicats populaires. Et enfin, un autre exemple, en 2005, suite au décès de deux jeunes garçons, un mouvement similaire entre les jeunes des quartiers populaires de toute la France et les forces de l’ordre a montré à quel point cette rupture était évidente entre ces deux groupes. Bien évidemment, les mass media et les partis politiques s’approprient cette affaire, afin de l’utiliser à des fins personnelles et stratégiques [1].

C’est pourquoi, il serait intéressant de dépasser ce climat émotionnel afin d’essayer de comprendre quelques facteurs déclencheurs de ce drame.

Premièrement, ces vives tensions ne sont pas le résultat d’une cassure involontaire, mais plutôt une accumulation de lois, de décrets ministériels portant notamment sur l’élargissement de l’usage des armes au sein de l’institution policière [2], s’ajoutant à cela un manque de formation des nouvelles recrues. La forte augmentation du nombre de tirs policiers et du nombre de morts a déjà été pointée à plusieurs reprises. [3] Bien évidemment, il n’est pas question de minimiser les tensions auxquelles sont confrontés les agents de l’ordre dans un contexte d’agressivité montante ; ni de tenter de justifier les violences qui embrasent plusieurs villes françaises.

Deuxièmement, le climat de « mépris » dans les discours politiques et la libération de la parole stigmatisante envers une partie de la population française dans les médias sont les accélérateurs de l’injustice qui crée injustice, colère et ressentiment. Vouloir dresser les gens les uns contre les autres en fonction de leur identité, leur apparence, leur croyance, leur origine est un poison, un piège diffusé par les extrémistes, les racistes, les xénophobes avec lesquels une partie du monde politique flirte aujourd’hui. La banalisation des discours d’extrême droite dans l’espace éditorial et médiatique pousse vers une idéologie meurtrière, car elle appelle à se mettre en guerre contre une partie du peuple qui serait originaire de la diversité [4].

Troisièmement, l’aveuglement ou le déni surréaliste de la part du pouvoir exécutif actuel sur les causes réelles de ces problèmes sociaux est une réalité maintes fois établie [5]. L’injustice, l’hypocrisie, l’usage de faux, l’inégalité, la défiance aux institutions de l’état, la pratique de la devise française de 2 poids 2 mesures de « liberté, égalité, fraternité » dévoilent un climat pervers. Pire encore, le monde pointe les failles de la France : frustration sociale, déni et arrogance du pouvoir actuel durant une décennie ont fait « exploser » la situation [6]. D’ailleurs, l’ONU vient d’enjoindre à la France de s’attaquer sérieusement aux « profonds problèmes de racisme et de discrimination raciale parmi les forces de l’ordre » a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole de l’ONU lors du point presse à Genève, en Suisse [7]. Une discrimination, certes niée par le gouvernement français, mais pointée du doigt partout dans le monde. Les mensonges des policiers, du procureur, des médias et le silence complice de l’état avant que la vidéo montrant l’assassinat du jeune adolescent ne soit diffusée, ont choqué toute la nation et ont mis le feu aux poudres dans les quartiers populaires.

Et après ? Le slogan « justice pour Nahel » lors de la marche blanche du 29 juin est sur toutes les lèvres, et les yeux se tournent sur les instances judiciaires (IGPN) afin de donner le ton : une justice claire et véridique. L’apaisement tant désiré doit venir par des actes de soulagement des pouvoirs publics et de la nation française. Les appels au calme viennent de partout : des associations, des maires, des acteurs religieux qui sont sur le terrain, des footballeurs connus, des parents issus des quartiers populaires… Et même de la mère de Nahel et de sa famille. Aujourd’hui, l’heure est au rapprochement de l’état et de son peuple, encore faut-il réellement avoir la volonté de le faire…

Najoua

[1] www.rtbf.be, article de Maud WILQUIN, publié le 30 juin 2023 sous le titre : « Mort de Nahel : cette affaire peut-elle influencer la montée de l’extrême droite ? »

[2] www.legifrance.gouv.fr  – LOI n° 2017-258 du 28 février 2017 relative à la sécurité publiquePour en savoir plus : article de Mariama DARAME et Jérémie LAMOTHE, publié par Le Monde, le 29 juin 2023 sous le titre « Mort de Nahel : à l’assemblée, la loi de 2017 sur l’usage des armes à feu par les policiers au centre des critiques.

[3] www.politis.fr-article de Pierre JEQUIER-ZALC, publié le 28 juin 2023 sous le titre : « Morts suite à un tir policier : des chiffres records en 2021 et 2022.

Pour en savoir plus, le livre de Edwy PLENEL « L’appel à la vigilance. Face à l’extrême droite » Edition : La découverte.

[4] www.moustique.be, article de Gauthier DE BOCK, publié le 4 juillet 2023 sous le titre « Emeutes après la mort de Nahel à Nanterre : une France aveugle, l’autre déchainée. »

[5] www.tv5monde.com, article de Margot HUTTON, publié le 30 juin 2023 sous le titre « France : les violences en lien avec la mort de Nahel vues par la presse étrangère »[1]www.mizane.info-article publié par la rédaction sous le titre « Nahel : l’ONU appelle la France à « s’attaquer sérieusement aux profonds problèmes de racisme parmi les forces de l’ordre. »