Rester, subir, partir, souffrir, la nuance ne tient qu’à un voile…

A l’ère de l’émancipation de la femme et du féminisme, tous les projecteurs sont braqués sur celles qui se mettent en marge de la société, disent-ils. Les projecteurs et les débats télévisés sont axés sur celles qui ont décidé de se couvrir, de préserver une partie de leur corps, délibérément. Elles viendraient balayer les valeurs du féminisme, faisant ainsi l’apologie de la soumission au mâle, figure d’autorité et de toute puissance dans leur culture, paraît-il.        

Mais en y réfléchissant bien, ne serait-ce pas là, la vraie définition du féminisme ? Un féminisme qui permet à la femme de se vêtir comme elle le souhaite, d’avoir le contrôle total de ce qu’elle laissera apparaître aux yeux des autres. Un féminisme qui permet à la femme de marcher librement, fière de son identité et de ses convictions, la tête couverte, parce qu’elle a fait le choix de garder ce secret.

Tout le monde ne l’entend pas de cette manière …

Qu’elle soit née en Occident, installée depuis des générations dans un pays qui l’a vue grandir et évoluer, ils n’en ont que faire. Ce qui leur importe, c’est ce voile qui lui couvre la tête, elle n’est réduite qu’à ce bout de tissu. Victime de son indépendance et de ses choix, elle est marginalisée, mise à l’écart de la société. Parce qu’elle dérange, parce qu’elle veut réfléchir par elle-même et qu’elle ne veut pas se conformer aux « normes occidentales ».         
Mais qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Quelle est la norme, actuellement ? Se dévêtir par obligation, à contre-cœur, pour leur ressembler ? Retirer une partie de son identité pour aller travailler ou pour pouvoir étudier ? C’est ça, la norme ?!

Mais elles n’en veulent pas et refusent de s’y conformer. Pour les plus coriaces d’entre elles, elles vont se rebeller, affronter ceux qui veulent décider de leur corps, comme s’il ne leur appartenait plus, elles vont faire honneur à leurs sœurs. Pour d’autres, une solution de dernier recours viendra s’offrir à elles : l’expatriation.

« Et pourquoi ne pas aller voir ce qui se passe ailleurs ? J’y serais peut-être mieux accueillie ? Comment se comportent-ils avec celles qui me ressemblent ? Aurais-je l’immense privilège de travailler avec ma couronne ?! Le rêve ! »

Mais rapidement, les inquiétudes font surface. Comment survivre à plusieurs kilomètres de ses proches ? Quitter sa terre natale n’est pas chose facile, encore moins ses proches ni ses petites habitudes. L’expatriation, c’est un grand changement.

En fait, c’est comme naître, une seconde fois. Plus rien n’est inné, tout est à apprendre. On se retrouve dépendant de ceux qui peuvent nous aider dans les premières démarches, on essaie de s’accrocher à ceux qui parlent notre langue ou qui nous rappellent nos racines. Ce n’est pas chose facile.   

L’aventure est souvent si belle, faite de rencontres incroyables et d’expériences enrichissantes, mais elle peut aussi devenir un cauchemar. Le manque des proches, le mal du pays, l’envie de repartir. C’est parfois trop dur. Trop dur à supporter, un changement trop brutal. Alors, un dilemme se présente rapidement à nous. Repartir vers ses racines, retrouver sa terre natale, au risque d’y perdre à nouveau son identité, ou rester … avec tout ce que cela implique ?       
Rester, subir, partir, souffrir, la nuance ne tient qu’à un voile.

Nora Abied[1]


[1] Nora Abied est l’auteure du livre « Mon choix, la loi, la liberté, ô patrie, ô mère chérie » (aux Editions Al Hadith). Elle a écrit ce texte pour L’autre Regard.