Le prix du paradis

« Un des signes révélant que l’individu compte sur ses œuvres est que son espoir s’amenuise lorsqu’il fait un faux pas ».

Le prix du Paradis

Quel est le prix du Paradis promis par Allah exalté soit-Il aux croyants ? Cette question est au cœur de la première sagesse d’Ibn ‘Ata Allah As Sakandari, extraite de son ouvrage « Al Hikam ».

La plupart d’entre nous ont déjà entendu le hadith de notre bien-aimé Messager sws : « Personne n’entrera dans le paradis, si ce n’est par la miséricorde d’Allah ». Si nous le connaissons, il est bien rare que nous prenions vraiment la mesure de ce message précieux.

Certes notre Seigneur et Créateur nous exhorte inlassablement à accomplir de bonnes actions. Au point que l’action est directement accolée à la foi dans des dizaines de versets du Coran : « Ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres » nous dit Allah exalté soi-Il. L’Islam est une religion de l’action. D’ailleurs la foi en Islam est conviction par le cœur, prononciation par la langue et œuvres par les membres. Il est inconcevable dans notre croyance de dire, la foi c’est uniquement dans le cœur. Non, il faut aussi poser des actes.

Ceci étant dit il est capital de prendre conscience que ce ne sont pas ces actes qui constituent notre clé pour le paradis. Car le Paradis préparé pour les croyants, qui contient ce que nul œil n’a vu, nulle oreille n’a entendu, n’est pas une denrée dont on peut fixer le prix et débourser la valeur. Voudrions-nous le payer contre toutes les richesses de ce monde que ce serait impossible. Et les bonnes actions aussi nombreuses soient-elles ne sont pas suffisantes pour mériter cette récompense.

Ainsi donc, les bonnes œuvres auxquelles Allah nous appelle doivent nous servir à tenter de gagner Sa satisfaction, et de par celle-ci, Son pardon et Sa miséricorde. Cette miséricorde qui est la vraie clé pour le paradis. Si nous assimilons cette donnée, nous ne négligerons aucune action, minime soit-elle, qui est accomplie avec sincérité et pour Lui plaire. Mais nous ne compterons pas sur nos œuvres, mais sur Sa Clémence et Sa Générosité, vu que nos actes sont toujours insuffisants et imparfaits.

On prendra aussi conscience que ce n’est que par la permission de notre Seigneur, que nous nous sommes mis en action. Pas par notre mérite, et nous serons ainsi pleins de reconnaissance et d’humilité.

D’autre part, dit Ibn ‘Ata Allah As Sakandari, nous ne devons pas tomber dans le désespoir lorsque nous échouons et tombons dans les travers de notre âme. Ici encore, nous ne comptons pas sur nos actes, mais sur Sa miséricorde envers nous, c’est donc par le repentir et le retour au droit chemin que nous rechercherons à nouveau Sa Grâce.

Cela signifie-t-il alors que les bonnes actions n’ont pas d’importance et qu’il n’est pas nécessaire d’œuvrer ? Il faut être attentifs à ne pas tomber dans ce stratagème de chaytan. En effet, Allah exalté soit-Il nous enseigne que Sa miséricorde embrasse toute chose. Or, dit-Il après cela : « Je la destine à tout le monde » ?

Non. Mais Il dit plutôt : « Je la destine à ceux qui craignent » . Or nul doute que la crainte et l’état de servitude du croyant, c’est de se conformer à ce que Dieu lui prescrit, et de s’abstenir de ce qu’Il lui interdit. Nous en revenons donc à l’action. L’action comme moyen d’obtenir l’agrément et le pardon de notre Seigneur, qui par Sa Générosité et sa Miséricorde, nous fera entrer au paradis.

Avec la tête et avec le cœur

Le savant Ahmad Ibn ‘Ata Allah As Sakandari, appelé aussi Al Iskandari (comprenez celui qui vient d’Alexandrie), est né en Égypte au 7ème siècle de l’hégire. Sa famille fait partie des premiers Arabes installés en Égypte dès les premiers temps de la conquête islamique. Il est issu d’une lignée de juristes et maîtrise plusieurs sciences dont celle du tafsir (exégèse coranique) et du hadith, la jurisprudence et ses fondements, la grammaire et la rhétorique entre autres.

Ce n’est que dans la seconde partie de sa vie qu’il se penche sur la science du Taçawwuf, cette voie d’élévation spirituelle, qui vise au rapprochement d’Allah subhanahou wata3ala. Par la purification du cœur et la domination des penchants de l’ego, il appelle à l’introspection et à la lutte contre les vices de l’âme. Reposant à la fois sur un dogme ferme et une pratique consciencieuse, le Taçawwuf utilise l’évocation abondante et la méditation, ainsi qu’un certain détachement du bas monde, afin d’élever l’âme vers la spiritualité et la connaissance de Dieu.

Ibn ‘Ata Allah As Sakandari a écrit plusieurs ouvrages dont « Al Hikam » ou « Les Sagesses ». L’ouvrage se présente comme un recueil de courtes sagesses, dans lesquelles il s’adresse à son disciple, et le conseille sur les moyens de vouer à Allah un monothéisme pur, de purifier son cœur et son âme, sur l’amour de Dieu et la quête de Sa proximité, le tawakkul etc…. 

Hayat Belhaj