Construite à une période où la civilisation arabo-musulmane amorce son déclin, elle se présente comme le témoignage d’une histoire qui se raconte, mais aussi comme un signe éternel du savoir-faire des artisans, ingénieurs et architectes musulmans. L’art andalou s’exprime avec brillance, complexité et délicatesse. La trace secrète de celle et de ceux qui firent de cet édifice un espoir, une synthèse, un testament, le point de repère d’un illustre héritage…
Elle traverse les âges comme une brise silencieuse portant le parfum de la présence divine.
Quel nom donner à cette envoutante silhouette dont les contours féminins exprime la rencontre avec la sensualité, l’élégance et la douceur ?
Tel un joyau déposé sur son écrin, l’Alhambra n’est pas un édifice religieux, mais un palais royal où la foi se conjugue avec la beauté et l’harmonie des formes. Son nom donne à cette réalité, un moment de grâce d’une belle promise à ranimer ceux qui en traverse ses cours et ses jardins. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle cherche à éveiller dans le silence de ses salles une prière, comme un lien qui unit l’Homme à Dieu. Sa richesse vient de cette diversité calligraphique et poétique, de ces murs où la lettre tisse les mots comme des roses, sublimant chaque recoin du sol au plafond. Un extérieur sobre mais un intérieur riche d’une beauté mystique à l’image d’un cœur de croyant.
« Au fil des murs qui se déroulent comme des pages d’un manuscrit, vers de poètes andalous, références pieuses, inscriptions à la gloire de la dynastie se succèdent en motifs calligraphiques et géométriques finement sculptés dans le bois et le marbre sur fond de mosaïques de pièces de céramique délicatement travaillées. »[1]
L’Alhambra n’est pas un monument figé, en dehors de l’espace et du temps. Ces courbes représentent une manière d’être, un langage révélant une architecture arabo-islamique en mouvement, un jeu d’ombre et de lumière qui prend forme dans les mots. A chaque heure sa couleur, à chaque profil ses ombres, ses voûtes où traverse la lumière de l’aube, du midi, du crépuscule, de la lune et des étoiles qui participent au mouvement cosmique. Un instant d’éternité vécu….
Dans son langage de pierre, elle révèle le message spirituel d’une sublime culture. Par le silence, les présences invisibles suggèrent une manière d’exister, d’aimer, de penser et d’agir au-delà de soi-même.
Dieu est présent partout dans l’Alhambra, mais plus encore, dans l’enchantement des patios et des chambres, dans le chant des eaux ruisselant des vasques de marbre, où les fontaines parlent une langue que la langue humaine ne peut contenir. Dans ce miroitement apaisant, la féerie du patio des lions témoigne de la promesse du Paradis où les 4 fleuves circulent comme une révélation douce pour éclairer les cœurs éteints.
L’émanation subtile de la Sagesse divine à travers la beauté de la langue arabe transperce les âmes par la vibration du sens. Celui qui lit avec le cœur ressent ce que le poète a vécu. Ainsi, la poésie devient le voile et la lumière à la fois. Elle n’appartient pas à celui qui l’écrit mais à celui qui s’en inspire. Le Livre Saint en est la source. Ces murs et ses plafonds regorgent de son langage : l’alliance entre la perfection de la Parole et la puissance du message.
Le cœur de l’Alhambra bat au rythme d’un seul mot : l’Unicité de Dieu. Tout y converge, tout en émane, rien n’existe en dehors de Lui, tout ce qui existe Le manifeste. Dans l’alignement du jet d’eau et de sa retombée, de la branche courbée par le poids de ses fleurs, les oasis vertes s’épanouissent en espace clos, respectant ses ressources naturelles qui les servent.
L ’Alhambra est un signe annonciateur de la bonne nouvelle : un autre monde est possible. L’avenir, comme tous les gouffres, nous donne le vertige ; mais l’Alhambra, elle, nous appelle à une lente et profonde méditation où le cœur bienheureux reçoit à chaque battement un rappel : là où la foi s’élève, l’amour y respire.
La visiter, c’est vivre une expérience intérieure…Telle est la mélodie de l’eau, qui murmure aux oreilles attentives la plus gracieuse des orchestrations : « A Allah Seul toute victoire »[2]…
Najoua
[1] Le roman des Andalous, de ‘Issâ Meyer. Editions Ribât 2021-p.495
[2] Omniprésente, la devise nasride joue un rôle primordial, à la fois visuel, spatial et sémantique dans l’architecture de l’Alhambra. Pour en savoir plus, un documentaire « Lire l’Alhambra » ( sur le net) ainsi que son guide visuel du monument de José Miguel Puerta Vilchez ( librairie)