Souvenirs olfactifs…

J’entame une petite promenade, en belle compagnie, en cette agréable fin d’après-midi d’avril. Les arbres fleuris de cette charmante avenue me laissent admirative et les oiseaux chantants bercent mes pas. Le ciel bleu et l’air doux caressant mon visage me donnent le sourire.

Au tournant, une odeur agréable me surprend. Je continue le chemin me demandant à quoi cette senteur me renvoie. Rien ne me vient à l’esprit, l’odeur ayant subitement disparu. Je m’arrête alors et fais demi-tour pour activer ma mémoire olfactive. J’inspire profondément… et la magie opère. Ma mémoire se dévoile… Par bribes, au début : senteur boisée, enfance, air doux, appel à la prière. Je ferme les yeux et inspire à nouveau : elle se met alors à nu…

Main dans la main, je déambule avec ma mère dans les ruelles de la médina. Les échoppes des vendeurs de babouches m’intriguent : comment font-ils pour les maintenir à la verticale sur toute la hauteur de leur petite boutique, me demandais-je à chaque fois que je passais par là. La médina de Tétouan est un dédale de placettes, souks, ruelles d’antan qui sont les témoins d’une histoire riche où s’entrecroisèrent Arabo-Andalous, Berbères et Juifs. 

Ma mère s’arrête chez le degâg pour passer commande. Elle sort de son sac à main un papier et le déplie délicatement. Le degâg rectifie le schéma et y apporte une petite touche colorée sous l’œil approbateur de ma mère. Cette pièce faite sur mesure se trouve encore dans les trésors maternels : une mdama sertie de perles blanches pour la majorité et quelques-unes de couleur verte, le tout sur une ossature d’argent en plaqué or forgé.

Bien des années plus tard, au cours d’histoire, en découvrant les différentes corporations de métiers au Moyen-Âge, j’ai enfin pu mettre un nom sur le degâg de la médina : l’orfèvre. Celui de ma mère avait la particularité d’être orfèvre-bijoutier.

Bâlek, sma3, bâlek… Ma mère me tire alors vers elle brusquement. Il était moins une. Je n’avais pas vu le muletier qui tentait de se frayer un chemin dans ce dédale animé. C’était bien la dernière chose que je m’attendais à voir. Ma mère m’apprend alors que vu l’étroitesse des ruelles, celles-ci ne pouvaient être desservies que par des mulets pour fournir en marchandises les commerçants. 

En attendant que l’animal daigne avancer, j’observe autour de moi des scènes étonnantes et parfois cocasses du haut de mes 10 ans : deux garçonnets traquent un chat à jets de pierres, un jeune homme fait la cour à une demoiselle se cachant au détour d’un oranger odorant, un apprenti tisserand tire de longs fils à la porte d’une échoppe. « Il prépare chghol el m3alem pour confectionner les caftans », me raconte ma mère sans saisir la totalité de son explication.

Nous continuons à flâner et soudainement cette senteur boisée et chaude envahit le derb. Ma mère devance ma question. « On est à proximité d’un farrân, c’est l’odeur du bois », me confie-t-elle. Je passe la tête furtivement par la petite porte en bois et je vois moul farrân alimenter de brindilles la géhenne qui avalait les plateaux de pâtons ronds. Allaho akbar, Allaho akbar… « C’est l’heure de la prière de dhor. Les magasins vont fermer, il est temps de rentrer », m’annonce ma mère. 

Ma fille, qui écoutait attentivement mon récit, me ramène à la réalité. Je n’avais plus guère le choix que de troquer le labyrinthe de la médina de Tétouan pour le parc de l’Atomium. 

En descendant l’avenue, je ferme les yeux et inspire une dernière fois cette odeur de brindilles craignant de la perdre à nouveau. Mais ce n’était en réalité pas nécessaire. Cette senteur boisée avait déjà trouvé place dans ma mémoire olfactive depuis bien des années et ce, à mon insu. Elle n’est pas près de s’évaporer de sitôt…

L.M.

Les visiteurs en 2023 (épisode 3)

Ginette, qui avait bu les dernières gouttes de la potion qui tapissaient le verre dans lequel elle avait verser son soda, reprit ses esprits.

Ginette : Mais qu’est-ce que … ? Ohé ?! Y a quelqu’un ? Mais où est-ce que j’ai atterri ??

Elle alluma la lampe torche de son gsm. 

Ginette : Oh la vache !!! Boire une potion magique pour atterrir ici !

Attendons voir… Par-là, il y a de la lumière au fond. Il faudrait d’abord que je m’oriente. Je n’ai pas de réseau… Quel chemin prendre ? Ah mais, maintenant que j’y pense… Il y a des plaques de rue dans les égouts. En tout cas, dans la Grande Vadrouille, il y en avait ! Ah, en voici une : Place de l’Opéra – 9e Arrt.

Ça alors, pour une coïncidence, c’en est une ! Me voilà sous l’opéra Garnier, sur les pas de Bourvil et De Funès ! 

Il doit y avoir une plaque d’égout. En voilà une. Bon sang ! Elle est bloquée. Ils doivent être les derniers à l’avoir déplacée…

Ginette éclaira les alentours à l’aide de sa lampe torche et se fraya un chemin dans le dédale des célébrissimes égouts de Paris.  Elle continua vers l’ouest où elle était sûre de pouvoir trouver une sortie, non loin de la Tour Eiffel.

Ginette : Enfin, me voilà dans le 8e arrondissement ! Avenue Jacques Lacan. 

Ginette monta les escaliers qui menèrent à ce qu’elle pensait être une plaque d’égout.

Ginette : C’est pas vrai, elle est bloquée aussi ? Mais elle n’est pas en acier, c’est bizarre… Ce n’est pas une plaque d’égout. Tiens, on dirait une trappe. Mais… j’entends des voix… Ohé ?

Y a quelqu’un ??

Entretemps, dans le placard chez le psy…

Jacquouille : Oh Messire, il avance, on va se faire repérer.  Messire… Vous entendez, on dirait Dame Ginette.

Monseigneur Godefroid : Dame Ginette, ici ?!

Jacquouille : Sous nos pieds.

Ginette : Jacquouille, c’est toi ? Je n’arrive pas à ouvrir la trappe. Elle est coincée. Tire de l’intérieur.

Jacquouille : Je n’y arrive pas, non plus. Messire !!! 

A cet instant précis, le psy ouvrit d’un coup sec la porte du placard.

Le psy :  Tiens…  

Le psy inspecta le placard. Tout était à sa place mais un objet peu commun roula et vint fouler son pied. Il le ramassa et l’inspecta de plus près.

Jacquouille : Oh, il était moins une ! Monseigneur, vous m’avez sauvé ! Je vous dois une fière chandelle.

Monseigneur Godefroid : Tu n’es même pas capable d’ouvrir une trappe ! Par Dieu tout puissant ! 

Ginette : Je me disais bien que c’était vous ! Mais qu’est-ce que vous faites ici ?

Monseigneur Godefroid : Dame Ginette ! Je me réjouis de vous voir bien que je ne pensais pas vous revoir d’aussitôt. Comme vous pouvez le constater, nous n’avons pas atterri dans le bon siècle.

Ils se reposèrent un moment et décidèrent de continuer leur chemin jusqu’à la prochaine issue. Quelques centaines de mètres plus loin, une autre trappe se présenta à eux. Monseigneur Godefroid la débloqua et ils entrèrent dans un tunnel.

Des chants sourds qu’ils ne pouvaient distinguer leur parvenaient. Au bout du tunnel, ils ouvrirent une porte qui donnait sur une salle richement décorée et illuminée par des lustres en cristal.

Jacquouille : Mais… où sommes-nous ?

Monseigneur Godefroid : Je crois que nous sommes dans une synagogue.

Cachée derrière de larges et épaisses tentures de velours, Ginette distinguait le rabbin qui allumait une bougie et l’assemblée récitant des chants religieux. D’autres personnages présents lui semblaient familiers…

Jacquouille : Oh, Messire… Ils vont nous prendre pour des Croisés… C’en est fini de nous !

Ginette : T’inquiète, mon Jacquouille, nous ne sommes pas dans une synagogue. Regarde là-haut, ce qui est écrit : Liberté-Egalité-Fraternité.

Jacquouille : Mais… je ne comprends pas.

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout puissant ! Ma patrie qui entonne des chants religieux hébraïques ! 

Jacquouille : Messire… vous avez vu qui est là ?

Ginette : Qui ça, Maque Rond ?

Jacquouille : Non, pas le pantin… Celui qui se trouve là… à l’extrême droite. On l’a vu chez le psy.

Ginette : Noooon ?! T’en as vu d’autres chez le psy ? Vas-y, balance ! Non, laisse-moi plutôt deviner…  Gérald ? Elisabeth ? Elle en aurait des choses à raconter !

Jacquouille : Sem-More !

Ginette : Aah lui ?! Ça ne m’étonne pas. Il a une telle haine des musulmans. C’est bien qu’il aille se soigner… Qui d’autre ?

Jacquouille : Méthane Yahou…

Ginette : Oooooh, c’est pas vrai ?! Qu’est-ce qu’il a dit ? Un père tyrannique ? Il passait ses nuits dans un placard dans le noir ?

Jacquouille : Je suis resté sur ma faim… Il a dû partir… pour larguer des bombes.

Monseigneur Godefroid : Dites-moi, Dame Ginette. Je crains de ne vraiment rien comprendre à ce nouveau millénaire… Vous m’avez bien dit que la Terre de mes ancêtres, les vaillants Francs, n’était plus terre chrétienne…

Ginette : Ah ouais, ça, depuis l’temps…

Monseigneur Godefroid : … et donc le crédo de la république est bien la laïcité ?

Ginette : Euh… ouais c’est ça.

Monseigneur Godefroid : Alors, comment peut-on expliquer qu’on allume une bougie pour célébrer une fête religieuse et que des incantations hébraïques soient prononcées à l’Elysée, temple de la laïcité, sous l’approbation du chef d’État ?

Ginette : Ouais là, je dois bien dire que je ne comprends plus rien. Je n’arrête pas d’expliquer à ma voisine Karima qu’elle ne peut pas travailler avec son voile dans une institution publique car l’état est laïc mais là, je ne sais plus ce que je vais lui sortir comme excuse…

Jacquouille : Messire, laissez-les donc… 

Monseigneur Godefroid : Non, Jacquouille. Où sont les valeureux Seigneurs qui dirigeaient notre patrie ? Les valeurs chrétiennes étaient portées haut. Que reste-t-il aujourd’hui ? 

Ginette : Dis à ton Godefroid de faire gaffe à ce qu’il dit… Il pourrait se faire accuser d’antisémitisme.

Jacquouille : C’est ce que j’essaye de lui dire mais…

Monseigneur Godefroid :  Moi, être accusé d’antisémitisme ? Mais quel est le rapport avec ce que j’ai dit.

Jacquouille : Aucun, Messire… Aucun rapport…

Mais, il n’en faut pas toujours, Messire… Il n’en faut pas toujours pour être accusé…

Excédé et lassé, Monseigneur Godefroid se tut et se rendit compte que ce bon vieux Jacquouille paraissait plus avisé qu’il ne l’était lui-même sur certains points. Sa position sociale a sans doute contribué à lui ouvrir les yeux sur les injustices et l’hypocrisie dont peuvent faire preuve les dirigeants… et ce, quel que soit le siècle, en fin de compte.

Monseigneur Godefroid : Allons-nous en d’ici !

Ginette : Viens, mon Jacquouille ! 

Ils disparurent un à un derrière les tentures et reprirent le tunnel qu’ils avaient emprunté. Arrivés dans les égouts, ils reprirent leur marche en direction de l’est vers la Place de la République.

Jacquouille : Pourquoi tenez-vous absolument à vous rendre à la Place de la République, Monseigneur ?

Monseigneur Godefroid : Pour faire porter ma voix haut et fort !

Jacquouille : Comment ça ?

Ginette : Chaque semaine, il y a une manifestation pro-Palestine sur la place de la République.

Jacquouille : Comment le savez-vous, Messire ?

Monseigneur Godefroid : Je l’ai vu dans les informations quand nous étions à Bruxelles.

Après s’être démenés pour passer par la sortie d’égout, les voilà enfin sur la Place de la République.

Les calicots et banderoles en tous genres arboraient des slogans tels que : Cessez-le-feu – Free Palestine – Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine…

A suivre…

L.M.

Les visiteurs en 2023 (épisode 2)

Jacquouille : Monseigneur… Où êtes-vous ? Aaaaaah ! C’est vous ?! Vous m’avez fait peur !

Monseigneur Godefroid : Ne crie pas, Jacquouille. Je suis juste là.

Jacquouille allume une petite lampe de poche que lui a offerte Dame Ginette.

Jacquouille : Oooh Monseigneur, comme vous m’avez manqué. 

Monseigneur Godefroid : Mais où sommes-nous ? 

Jacquouille : Je crois que nous sommes dans un placard à archives.

Monseigneur Godefroid : Un placard à archives ? De qui, de quoi ? 

Jacquouille : Regardez, c’est écrit ici :

Monseigneur Godefroid : Mais qu’est-ce que…

Jacquouille : Chut, Messire, veuillez parler moins fort. Je crois que c’est le psychiatre qui vient d’entrer avec son patient. 

Le psy : Je vous en prie. Installez-vous sur le divan. 

Jacquouille : Mais qui est-ce donc, Messire ?

Monseigneur Godefroid essaye de distinguer, à travers les persiennes de la porte du placard, qui est couché sur le divan.

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout puissant !!

Jacquouille : Qui est-ce ? Laissez-moi jeter un œil à mon tour. Aah, je l’aperçois… Il me fait ressembler à… Oh mon Dieu, c’est… c’est du lourd… 

Le psy : Monsieur Méthane Yahou, comment vous sentez-vous depuis le 7 octobre ?

Jacquouille : Monseigneur, si la rédactrice ne se ressaisit pas, c’en est fini de nous… et d’elle surtout ! Mon Dieu, faites qu’elle change de personnage pour ainsi nous permettre de vivre encore d’autres aventures.

Méthane Yahou : Excusez-moi, Docteur. J’ai un appel urgent. Il me faut absolument mettre fin à la séance. Je dois aller larguer des bombes… me réjouir des enfants qui succombent… remplir des tombes…

Le psy : Qu’est-ce que vous dites ?!

Méthane Yahou : Euh… je voulais dire, je m’en vais en trombe délivrer les otages des hécatombes.  

Le psy : Aaah… J’ai cru mal comprendre.

Méthane Yahou : Je reviens la semaine prochaine à Paris. Mon secrétaire prendra contact avec vous pour un autre rendez-vous. Pour cette séance, je cède ma place à une personne qui en a bien besoin.

Le psy : Très bien, M. Méthane Yahou. Je vous raccompagne.

Jacquouille : Nous sommes sauvés, Messire. Elle a été raisonnable…

Monseigneur Godefroid : Jacquouille, il nous faut trouver un moyen de sortir d’ici.

Jacquouille : Messire, voyons… Rien ne presse. Attendons de voir qui est le suivant.

Le psy : Entrez Monsieur, je vous en prie. Je suis le Docteur Jean Peuplu. Enchanté. 

Le patient : Ah vous aussi, Docteur ?! Moi aussi, j’en peux plus ! Je ne sais plus où donner de la tête ! Nous sommes envahis ! Nous ne sommes plus chez nous ! Ils veulent nous remplacer mais ils ne nous auront pas ! Je me battrai corps et âme pour les en empêcher ! Ils veulent détrôner nos valeurs judéo-chrétiennes au profit des leurs ! Ils veulent éliminer la France, cette grande patrie, héritage de notre ancêtre Napoléon et de De Gaulle. Ils…

Le psy : Très bien. Vous semblez avoir beaucoup de choses à me raconter. Je vais d’abord commencer par remplir votre fiche personnelle si vous le permettez. Prenez place sur le divan. Pouvez-vous m’épeler votre nom, Monsieur ?

Le patient : Attendez-vous au grand remplacement ! C’est ce qu’ils visent !

Le psy : Je crains de ne pas vous saisir Monsieur… Dites-moi, de qui parlez-vous au juste ?

Le patient : Des Sarrasins ! Ils veulent porter l’abaya, la barbe… Nous sommes en danger ! Vous êtes en danger, Docteur !!

Le psy : Vous êtes confus… Vous parlez de nos compatriotes français de confession musulmane ?

Le patient : Compatriotes ?! Non, ce ne sont pas nos compatriotes, Docteur ! Il faut vous ressaisir !

Jacquouille : Mais qu’est-ce que c’est qu’ce binz ?!

Monseigneur Godefroid : Par Dieu tout Puissant ! Il est possédé.

Le patient : La montée de l’antisémitisme est proportionnelle à la montée de l’immigration arabo-musulmane, Docteur. 

Le psy : Êtes-vous conscient de la gravité de vos propos, Monsieur ?

Le patient : Les antisémites d’aujourd’hui ne lisent pas Drumont et Maurras mais lisent le Coran.

Le psy : Bernadette, Bernadette, venez vite, je vous prie !

Le patient : Le 7 octobre est un jour tragique. Le Hamas nous a attaqué. Ce sont des terroristes !! Israël est une enclave au Proche-Orient. Une enclave judéo-chrétienne au milieu de pays arabes, une villa au milieu de la jungle, comme le dit l’expression. 

Bernadette : Oui, me voici, Docteur

Le patient : Après samedi, il y a le dimanche. On s’en prend d’abord aux Juifs, et ensuite aux Chrétiens, c’est la logique du jihad !

Jacquouille : Mais qu’est-ce qu’il raconte, Messire ?

Monseigneur Godefroid : Je crois qu’il veut se débarrasser des Sarrasins.

Jacquouille : Ah bon mais pourquoi ? 

Monseigneur Godefroid : Je l’ignore… Ils n’ont pourtant rien contre les Juifs et les Chrétiens, les Ahl el Kitab, comme ils les nomment. Que du contraire ! Ne te rappelles-tu point qu’ils ont préservé nos églises et nous ont permis de pratiquer notre culte, eux, qui tiennent en haute estime Jésus et Marie ?

Jacquouille : Je ne me rappelle que d’une chose, Messire. Du goût exquis de ce méchoui de Molenbeek aux épices de « la tête du magasin » !

Le psy : Il délire, complètement, Bernadette. Apportez-lui un rail de poudre. Euh… je veux dire un anxiolytique en poudre, plus facile à digérer. Effet immédiat garanti.

Bernadette : Très bien, Docteur.

Le psy : Prenez ceci, Monsieur, ça vous fera du bien. Je pense que nous devrions nous revoir la semaine prochaine. Je vous raccompagne.

Le patient : Merci, Docteur. Au revoir.

Le psy : Bernadette, vous avez le carnet. Je vous dicte :

Le psy : Envoyez la proposition au comité internationale du DMS-5[1]. Dites-leur que je ne suis pas loin de découvrir une nouvelle pathologie à inscrire dans le manuel.

Bernadette : Et avez-vous déjà trouvé un nom à cette pathologie, Docteur ? 

Le psy : Oh oui, Bernadette. Je n’ai pas cherché longuement… Il s’est imposé de lui-même : le sem-morisme.

Bernadette : Le sem-morisme ? Quelle en est l’étymologie ? 

Le psy : Eh bien, Bernadette, depuis quelques années un nouveau mot a intégré le dictionnaire de la langue française : le seum (ou sem). Il signifie rancœur, sentiment de colère, de frustration et de dégoût. Le terme ‘seum’ vient du mot arabe ‘sèmm’ qui signifie ‘venin’. Autrement dit, quand on a le seum, on a la rage.

De plus, sem peut rappeler l’origine sémite du mot. A ce propos, les Arabes étant sémites, ils peuvent difficilement être antisémites. Mais passons…

Bernadette : Ah…

Le psy : Ne trouvez-vous pas que cela convient au phénomène, Bernadette ?

Bernadette : Au phénomène ? Vous parlez de la pathologie ou de l’individu ?

Le psy : Toujours aussi perspicace, Bernadette. A vous de choisir…

Bernadette : Et la 2e partie du mot alors ? 

Le psy More. J’ai opté pour une touche moderne, anglaise pour noyer la consonnance arabe. Donc sem-more signifierait plus de venin, plus de rancœur. 

Jacquouille : Ha, ha, ha…Messire. Le sem-morisme.

Monseigneur Godefroid : Tais-toi, malheureux, tu vas nous faire prendre !

Le psy : Vous avez entendu, Bernadette ?

Bernadette : Oui, ça provenait du placard à archives.

Le psy se dirige alors vers le placard…

A suivre…

L.M.


[1] Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (également désigné par le sigle DSM, abréviation de l’anglais : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est un ouvrage de référence publié par l’Association américaine de psychiatrie (American Psychiatric Association ou APA) décrivant et classifiant les troubles mentaux.

Alexandrins pour Gaza

Douce terre fertile, tes sillons se gonflent et se fendent, 

Accouchant de la vigne, l’olivier, l’oranger, 

Tes filles et tes fils tombent pour te défendre,  

Et leurs larmes, et leur sang, tu les as absorbés… 

Terre de Palestine, j’écris ton nom 

Ombres insistantes, derrière mes paupières closes,  

Tremblent vos sourires, défilent vos visages,  

Rires étouffés, vies fauchées à peine écloses,  

Rym, Yusuf, tous les autres, comme fut court votre passage… 

Enfants de Palestine, j’écris vos noms 

Le sablier de l’existence est retourné, 

Jours, mois, années, s’écoulent et se succèdent,  

Finalement, qu’avons-nous fait du temps donné ? 

Toi et moi, ceux qui viendront, ceux qui précèdent…. 

Justice, liberté, loyauté, j’écris vos noms 

Un mot me vient, partout repris, unanime, 

C’est «  résilience » , fruit de l’école de leur patience, 

Courage et foi, dans les ténèbres, les animent, 

Leçon de vie, pour ceux qui espèrent leur délivrance, 

Conviction, volonté, endurance, j’écris vos noms 

La roue de la vie tourne et l’épreuve s’en va, 

Jamais le mensonge ne saurait triompher, 

La lumière quoiqu’il en coûte, sur leurs terres se lèvera, 

Et du sang et des larmes, fleuriront les amandiers… 

Espoir, courage, vie, j’écris vos noms 

Hayat Belhaj  

Une nouvelle année, une nouvelle détermination 

L’arrivée d’une nouvelle année est souvent accompagnée de résolutions, d’objectifs à atteindre, et de la volonté de ne pas se retrouver au même point de départ que l’année précédente.

Pour tout être humain, cette période de réflexion et de renouvellement prend une dimension particulière. En tant que croyant, il est impensable de se confiner à une simple liste annuelle de résolutions pour mesurer son évolution. C’est plutôt un voyage continu, une quête perpétuelle de croissance personnelle, spirituelle et intellectuelle.

Chaque instant offre une opportunité unique de se rapprocher de Dieu, de s’améliorer et d’impacter positivement ceux qui nous entourent de par notre bel agir.

La réforme personnelle, dans le contexte de la foi musulmane, va bien au-delà des simples objectifs fixés au début de l’année solaire ou lunaire. C’est un engagement profond envers le changement constant, la recherche inlassable du bien, et l’acceptation des défis qui se présentent sur le chemin de la vie.

L’Islam, en tant que mode de vie, offre un guide précieux pour cette croissance continue, transcendant ainsi les limites temporelles et les résolutions éphémères.

Le musulman est appelé à être un acteur actif dans sa propre évolution, indépendamment des moments marquants d’une quelconque date. Notre spiritualité nous encourage et nous donne la force à la persévérance, à la compassion envers autrui, et la recherche constante de la vérité.

Ces valeurs fondamentales guident le croyant à travers les hauts et les bas de la vie, créant une base solide pour une évolution constante.

En conclusion, la nouvelle année symbolise plutôt l’occasion précieuse de faire un bilan de ce capital temps passé qui nous a été octroyé et de consolider notre engagement envers la réforme personnelle tout en intégrant la réalité que chaque journée écoulée nous rapproche de l’ultime rendez-vous avec notre Seigneur.

Ainsi, le croyant musulman embrasse ce voyage avec détermination, sachant que chaque instant bien utilisé contribue à son élévation spirituelle et à l’enrichissement de la société qui l’entoure.

Quelques pistes de réflexion qui pourrait vous accompagner :

– Dans la danse fugace du temps, tâchez d’avoir un équilibre entre labeur et douceur, partant des étoiles de vos rêves à la réalité de votre quotidien. 

– Sur la toile de vos jours, peignez vos aspirations, caressez vos rêves, réalisez des tableaux de lumière, de constellations. Dans l’écrin du possible, laissez-vous envelopper.

– Priorités choisies, à chaque tâche un poème, à chaque instant, une clé. La danse du temps, une symphonie éternelle, Où le présent s’entrelace avec l’aube nouvelle.

– Apprendre, toujours, comme la mer qui murmure, des vagues incessantes, une quête qui perdure. Les leçons du Vivant donnant un doux enseignement.

– Gardez le sourire, sous la pluie des jours, une danse de la vie, aux reflets d’amour.

 – Tissez des liens, des étoffes du cœur, une trame solide, résistante aux rigueurs. Les êtres chers consciemment choisis, des étoiles dans la nuit, guidant vos pas ainsi vers l’infini.

– Pensez positif, comme un baume pour l’âme. Un état d’esprit qui dissipe la noirceur et désarme. Exprimez votre gratitude, récoltez les fleurs de chaque jour, un poème de vie, simple, accessible à tous, toujours.

Enfin, rappelez-vous que chaque personne est unique, et ces conseils peuvent nécessiter une adaptation en fonction de vos circonstances individuelles.

Hana Elakrouchi

À l’ombre d’un olivier

Écrire pour manifester. Écrire pour lutter pour la vérité et la justice. Écrire pour ne pas oublier. Écrire pour rendre hommage aux poètes[1] et aux amoureux du mot. Écrire c’est témoigner qui je suis. C’est affirmer mes valeurs, mon humanité et le modèle que je souhaite laisser à la future génération. Certes, cela peut sembler dérisoire, mais c’est ma réalité.

Terre brûlée, terre de larmes, terre opprimée, terre courage. Ce sont les mots qui me viennent à l’esprit en constatant cette actualité féroce et douloureuse sur la terre de Palestine. L’espoir d’une aube claire et nouvelle se dessinera, à l’image d’un olivier symbolisant la résistance et la promesse d’une vie meilleure. 

« Au soleil, protégées des vents forts, dans un sol bien drainé; 

Lentement, tes racines explorent les entrailles d’argile,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

Au froid, résistant aux rafales, sur une Terre Promise;

Murmurant, à travers ton feuillage, sur un air doux et vaporeux,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la pluie, infiltrant tes branches, rassasiées de cette pureté vitale;

Verdoyante, à travers la clarté du jour, un hymne à la beauté ancestrale s’ébauche,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la douceur du climat, enveloppant tes fruits qui tiennent leurs promesses;

Ombrageant, ton tronc lourd qui se couronne de gloire,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la survie, ton courage inépuisable fortifie ta silhouette captivante;

Généreusement, ce cadeau de Dieu magnifie ta beauté noble,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la paix, brandissant avec ardeur le sort hors du commun de l’Humanité;

Inlassablementta longévité repousse les assauts des calomniateurs,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À l’éternité, en te tournant vers la lumière la quiétude te gagne;

Sagement, ta forme sinueuse souligne ta puissance,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la résistance, transformant de ta seule présence cette Terre bénie qui t’abrite;

Fidèlement à la vie, tu grandis avec confiance même si ta stature s’affaisse, 

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

A la terre, soutenant avec force les coups perpétuels des faiseurs de haine;

Dignement, la bannière des héros et des champions flotte sur tes branches résilientes,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

Ô mon ami l’Olivier ! Le sang des Justes t’a purifié à la lueur des derniers rayons du soleil. À l’ombre des mots, tu ne pourrais atteindre ta destination même si tu vivais plus de mille ans. 

Ô mon ami l’Olivier ! Tes racines ne t’auront pas délivré pour t’élancer vers le ciel. 

Non, mon ami l’Olivier ! Tu ne peux car tu es aimé par cette Terre. Tu lui apprends à devenir forte face aux injustes. Tu lui enseignes l’art de s’agripper à la vérité quelles qu’en soit les fissures.  

Ô mon ami l’Olivier ! Ton cœur lui appartient car il est le dépositaire de ta mémoire… »

Najoua

[1] Pour en savoir plus : quelques poétes palestiniens comme Mahmoud Darwich, Farah Chama, Hiba Abu Nada, et d’autres encore…

Les Visiteurs en 2023

Décembre, an de grâce 2023, deux visiteurs étrangers déambulent dans les rues de Bruxelles.

Jacquouille : Je suis éreinté, mon Seigneur. Cette promenade m’a épuisé.

Monseigneur Godefroid : Et bien, Jacquouille, tu n’as donc point de vaillance ! Tu mérites bien ton nom de fripouille ! 

Jacquouille : Monseigneur, ayez pitié du gueux que je suis. Je n’en peux plus, j’ai faim. 
Monseigneur Godefroid : Quelle bonne idée, mon Jacquouille ! Allons nous sustenter ! Rapporte-moi des jambons ! Où sont les porcs et les sangliers ? Je suis en appétit ! 

Jacquouille : Là-bas ! Regardez, Messire ! L’échoppe du chasseur !

                  Boucherie Halal Molenbeek

Me…, Mes…, Messi…Messiiiire ! Nous sommes en terre sarrasine !

Monseigneur Godefroid :  Qu’à cela ne tienne, mon Jacquouille ! Un bon méchoui fera l’affaire !

De retour à l’appartement de leur amie Ginette non loin de la Porte de Hal.

Jacquouille :  Dame Ginette, nous revoilà ! Regarde ce que nous avons rapporté. Il trônait fièrement dans l’échoppe du chasseur. Nous allons nous régaler.

Ginette : Ben alors hein ? Vous en avez mis du temps. Viens t’asseoir sur le fauteuil à mes côtés mon Jacquouille.

Jacqouille : Merci Dame Ginette mais je préfère m’assire sur la paillasse. 

Ginette : Ben ouais, j’comprends, au moins t’es pas dépaysé.

Monseigneur Godefroid : Que faites-vous donc, Dame Ginette ?

Ginette : Je regarde les infos… Viens t’asseoir.

Monseigneur Godefroid : Bien volontiers, Dame Ginette. De quoi parlent-ils ?

Ginette : Et ben Godefroid, tu veux qu’je te résume la situation ? Alors voilà, … Les Arabes habitent en Palestine depuis… euh… attends que je cherche sur Google… bref depuis super longtemps. Et ben euh… y en a qui disent que les Palestiniens ne sont pas chez eux. Et ces mêmes-là disent que Dieu leur a donné cette Terre, à eux ! J’sais pas toi, mais moi j’y comprends rien. 

Monseigneur Godefroid : Que racontes-tu là, Dame Ginette ?! Saladin, le chevalier de l’Islam, nous a repris Jérusalem en 1187. Il s’agit bien de la terre des Sarrasins. Et dans sa grandeur, il nous a rendu le Saint-Sépulcre et a préservé les lieux saints de chaque culte. 

Ginette : Ah ouais ?! Et ben ça, ils le disent pas sur BFM.

Monseigneur Godefroid : Qu’est-ce là ?

Ginette : C’est l’hôpital qui vient d’être bombardé à Gaza. Et là… c’est les enfants qui hurlent et des corps déchiquetés. Comme d’hab’ quoi…

Monseigneur Godefroid : Comment ça ?! Mais Dame Ginette, tu dois porter ta voix auprès de ton Suzerain. Il a le pouvoir d’arrêter cette bataille et ce massacre.

Ginette : T’inquiète, non seulement, il est au courant mais même tous les suzerains du monde le savent…

Monseigneur Godefroid : Tu veux dire que tu n’es pas la seule à voir cette ignominie, Dame Ginette ? Seigneurs et suzerains sont donc au courant et n’agissent point?

Ginette : Ah, ben ça, non !

Tu veux que je t’en rajoute une bonne ? Vendredi, l’ONU et toute la cavalerie a voté pour un cessez-le-feu immédiat en Palestine. Et devine quoi ? Les Etats-Unis ont voté contre. 

Monseigneur Godefroid : Mais… que dis-tu là, Dame Ginette ? Cela n’est point possible !

Ginette : Ah si si, j’te raconte pas de bobards. T’sais moi la politique, j’y comprends rien en général mais là je peux te dire que j’y comprends encore plus rien. Enfin… t’as compris c’que j’veux dire, quoi.

Ginette zappa de chaîne et tomba sur son émission préférée. 

Ginette : Viens mon Jacquouille. On va voir qui a remporté le défi cette semaine dans les Reines du Shopping. J’espère que c’est pas Juliette, elle sait vraiment pas se saper ! Par contre j’adoooore Christina. Elle est manifaïk !

Monseigneur Godefroid contempla Dame Ginette et se leva, las et interloqué par la scène. Comment peut-on passer d’images d’enfants massacrés à des émissions futiles sans s’indigner outre mesure ? Sont-ce les valeurs du nouveau millénaire, s’interrogea-t-il ?

Monseigneur Godefroid : Jacquouille, où es-tu ?

Jacqouille : Oui, Messire, j’arrive… Ce méchoui est divin ! Le chasseur m’a dit qu’il l’avait farci d’épices spéciales ; un nom comme «  la tête du magasin » en sarrasin, m’a-t-il dit…

Monseigneur Godefroid : Trèves de balivernes, Jacquouille ! Va-t’en revoir le druide à la Porte de Hal et dis-lui de préparer la potion pour ce soir. Je ne peux rester un jour de plus dans ce millénaire infâme.

Jacqouille : Oui , Monseigneur. J’y vais de ce pas.

Entre-temps, Ginette s’en est allée au snack du coin pour acheter un durum et des frites lorsque Jacquouille revint avec la potion.

Jacqouille : Me revoilà, Messire. La potion se trouve dans cette fiole. Il faut prélever trois gouttes à l’aide de cette pipette et les mélanger à ce breuvage noirâtre dans un verre. Deux gorgées sont nécessaires. Il nous reste quatre minutes.

Dame Ginette, Dame Ginette ?! Mais où est-elle bien passée ?

Monseigneur Godefroid : Nous ne pouvons point l’attendre. Le temps presse, Jacquouille. Je vais lui écrire un parchemin. Vas-y, bois donc.

Jacqouille : Après vous, Monseigneur.

Monseigneur Godefroid : Me prends-tu pour un gueux ?! Ne crois-tu pas que j’ai vu clair dans ton jeu ? Tu veux rester ici comme tu l’as fait jadis en France… Fripouille !

Jacquouille : Non… non Monseigneur, cela ne m’a même point traversé l’esprit…

Jacquouille s’empressa de boire la première gorgée. Des bruits étranges jaillirent de son estomac. Aussitôt la deuxième gorgée avalée, il disparut dans les airs.

Entre-temps, Monseigneur Godefroid acheva d’écrire à Dame Ginette et posa le parchemin sur la table. Il but à son tour les deux gorgées et s’évapora.

Quelques secondes plus tard, Ginette revint du snack.

Ginette : Ben alors, ils se sont envolés ou quoi ?

Jacquouille, les frites vont refroidir. Bon, je commence sans toi.  Vieeens, y a Les Marseillais à Dubaï qui va commencer. J’adore cette télé-réalité ! 

Elle versa son soda dans le verre sur la table. Elle avala une première gorgée, puis une seconde… et elle s’envola dans les airs à son tour. 

Elle n’avait pas vu le parchemin laissé par Monseigneur Godefroid.

Il ne croyait pas si bien dire…

A suivre…

L.M.

Les mots me manquent…

J’essaye en vain depuis quelques jours d’écrire un article pour cette semaine, mais l’inspiration me manque. J’ai d’abord pensé disserter sur ma lecture du moment ou encore palabrer sur le dernier film Netflix que j’ai visionné… Mais ma conscience ne m’autorise pas à mettre en lumière d’aussi légers sujets et passer sous silence l’injustice qui fait rage.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante qui me tourmente.

Je me dirige alors vers mon jardin pour y puiser apaisement et inspiration.
Ce vent intense et revigorant qui me fouette le visage se met à l’action.
Surgi après la tempête, il fait valser les feuilles dans les airs avant de les plaquer
fougueusement au sol. Ces feuilles mortes et rabougries d’un brun triste dont la seule vue me désole.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante qui me ronge même dans les songes.

Des hortensias qui se pavanaient il y a encore quelques semaines, il ne reste plus que les bourgeons endormis. Le magnolia, roi de mon jardin, qui trônait avec grâce et élégance au printemps, subit aujourd’hui la disgrâce sans compromis.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante qui mine et discrimine.

Même l’indétrônable qui pointe haut dans le ciel n’est pas épargné ; ces branchages sont malmenés et manquent de vitalité. Tels ces buis qui symbolisaient, dans l’Antiquité, l’immortalité.

Mais les mots me manquent pour parler de cette actualité brulante que je désapprouve et réprouve.

Le prunier se débat et résiste à ce vent rigoureux. Aujourd’hui stérile, il m’avait offert, il y a plusieurs années, des fruits savoureux.

Étouffé par l’imposant qui l’avoisine, le prunier affaibli manque de ressources pour croitre et n’a plus droit de cité. Et pour cause, l’indétrônable à l’appétit d’ogre, au fond du jardin, lui coupe les vivres et l’électricité.

Sa cime qui perce le ciel empêche la lumière du soleil d’inonder le prunier. Il se gave de tous les nutriments qu’il puise dans le sol sans même s’en soucier.

Il s’agit d’un conifère robuste aux bras longs dont les racines sont difficiles à extirper. Qu’il ne s’en réjouisse guère, un jour ou l’autre, la foudre finira par le frapper.

Malgré tout, le prunier, affaibli et dépérissant, se tient droit. Je me demande d’où lui vient cette force et à qui il la doit.

Le vent se calme et le ciel s’éclaircit. Soudainement, un rayon de soleil illumine le prunier endurci.

Comme une réponse à la question posée, nos invocations finiront par être exaucées.

À tous les opprimés.

L.M.

La lumière de l’humanité


Ce n’est qu’en commençant par le ﷽ , que les mots peuvent naître et éclosent cet amour voué à notre bien-aimé Prophète Muhammadﷺ.

Lui, le plus merveilleux des êtres créés,
Lui qui a illuminé toute l’humanité
Lui qui a éclairé les cœurs, même ceux des plus sinistrés,
Lui qui a dessiné les sourires sur les visages des affligés
Lui qui au premier regard, laisse autrui paralysé par son  doux parfum et son être parfait pour lequel on donnerait tout pour être à ses côtés.

Le Tout Miséricordieux l’a choisi pour embellir les poitrines  Celles qui ont compris, ont tissé avec lui,  un lien exceptionnel et sublime.
A l’image de la lune entourée par les étoiles éparpillées,
A celle de l’horizon qui s’aligne avec le coucher
A celle des nuages qui voguent dans le ciel, sans être agitées
A celle d’un mont qui s’humilie face à Celui qui l’a créé
A celle d’un océan dont les vagues se lèvent pour acclamer sa pureté
A celle de la plus belle rose implantée au milieu des prairies, et qui ne pourra jamais se faner.

La réalité, est qu’aucune parité humaine ne lui est attribuée, car il est le meilleur, il est celui qui s’est distingué, il est celui qui est mentionné à côté de Notre Majesté.

Quand sa personne est évoquée, chaque molécule de notre être est en effervescence et vient jaillir un sentiment qui nous pousse à mieux connaître sa brillance.

Allah, tu as destiné aux  compagnons, ces élites qui ont soutenu et défendu Ton protégé, à vivre ces moments miraculés.
Toi, Notre Protecteur, ne nous prive pas de le voir et d’être de ses alliés.
Le jour où chaque âme convoitera que son appartenance soit liée à sa communauté, celle qui a été édifiée pour rentrer au Paradis et cela pour l’éternité.

Ô Prophète que la salât et le Salam d’Allah, Le Tout Miséricordieux, Le Tout Puissant, Le Clément soient sur toi , sur ta famille, sur tes compagnons.

Nous ne t’avons pas vu durant la période où tu as sacrifié, combattu, sorti les gens de l’obscurité pour qu’ils soient illuminés, et sans nous avoir connus, tu as pensé à veiller et à prier Al Rahman, que nous soyons parmi les sauvés.
Oumati oumati, Ya Allah quelle pensée perlée !

Aujourd’hui, Allah nous permet de rédiger un mot pour exprimer combien nous t’aimons, nous demandons que Notre Créateur nous unisse pour enfin te serrer, nos yeux seront noyés de larmes à la vue de ta beauté, te dire de vive voix et que tu puisses entendre de nous : Mohamed , tu es notre bien-aimé Prophète Muhammadﷺ, tu es notre Prophète, nous croyons en toi, nous suivions tes pas et Allah nous a guidés par la voie du Livre Al Coran,récité par ta  magnifique voix, toi le qualifier de nour du nour , la plus parfaite des fois.

Notre bonheur réside à ce que Notre Seigneur octroie, nous de simples voyageurs, quand viendra notre heure, nous prononceront les paroles لا إله إلا الله محمد رسول الله, Il n’y a de divinité exceptée celle d’Allah et que Mohamed est Son Messager.

Ceux qui viendront nous questionner dans notre tombe, nous puissions répondre :
« Il est le Prophète et le Messager d’Allah, notre bien-aimé, avec qui nous espérons être alignés à ses côtés, le rang plus élevé, le rang le plus édifié.
Amin

ℒamiaaℳ

Hommage

Jeudi 7 septembre 2023

En cette belle journée ensoleillée, j’admire les hortensias qui garnissent mon jardin à travers la fenêtre de la véranda. Les rayons du soleil traversant la baie vitrée illuminent le lustre qui, à son tour, réverbère la forme des petits cristaux qui le composent sur le plafond. Cet éclatant jeu d’ombres et de lumières me captive et ne se produit que rarement. Et pour cause, il est le fruit de plusieurs facteurs hasardeux : l’intensité de la luminosité du soleil, l’angle précis de ses rayons qui percent à travers les feuillages et l’absence totale de cumulus. Tiercé gagnant ! La scène est féerique à mon grand émerveillement.

Une voix au loin m’extirpe de ce spectacle magique et me ramène à la réalité. « Aujourd’hui, c’est la journée internationale de la myopathie de Duchenne. » La télévision était restée allumée. Cette information me plonge une vingtaine d’années en arrière…

Assise devant ma feuille d’interrogation de géographie, je cale à la troisième question : quelle est la capitale des pays africains suivants ?

– La capitale des pays africains suivants ?! Comment suis-je censée le savoir ?! me disais-je intérieurement.

Je me suis préparée à l’interrogation, mais cette matière ne figure pas dans le cours. Je râle… en douceur. Je refuse d’avoir des points en moins pour un thème jamais abordé en classe. Je jette un rapide coup d’œil sur la copie de ma voisine de droite, ma complice de toujours. Très vite, je détourne le regard de sa feuille, non pas que j’étais submergée par un quelconque remord de tricherie, mais le bon sens me somma de ne pas me fier à quelqu’un qui situe la Norvège dans les Balkans, aussi bonne amie soit-elle… Douée en langues, la géographie n’était vraisemblablement pas son fort.

Alors, que faire ? L’abdication n’était pas une option.

Et si je demandais à mon voisin de gauche ? Non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. C’est juste un camarade de classe avec qui j’échange rarement… très rarement. Pourquoi prendrait-il ce risque pour moi ?

De plus, il faut bien reconnaitre qu’il y avait un certain malaise entre lui et les élèves de la classe. On n’a jamais su quel comportement adopter avec lui. Les plus empathiques surfaient sur la vague de la pitié maladroitement déguisée en sympathie. Beaucoup passaient à ses côtés sans même le saluer… Non pas par méchanceté, mais plutôt par peur de la différence et par ignorance, je suppose.  Avec le recul, je me dis que les adultes – professeurs et direction – auraient peut-être dû anticiper notre embarras et nous accompagner dans la façon d’appréhender la situation. Cela aurait sans doute contribué à briser cet inconfort et à nous permettre de tisser de réels liens avec lui. 

Pour ma part, j’étais sa voisine depuis un an. Et au nom des bonnes relations de voisinage, je le saluais chaque matin quand je rentrais en classe. Parfois, je l’observais et me demandais d’où il pouvait bien puiser ce courage pour continuer sa route… Tous les jours, sa mère lui prodiguait des soins pendant l’heure du midi. Il ne sortait pas à la cour pendant les récréations. Il n’assistait pas au cours d’éducation physique. Il ne nous a pas accompagnés en voyage de rhéto. Il n’avait pas d’amis à proprement parler. Il ne se plaignait jamais. Il était d’une dignité exemplaire. Je n’avais pas besoin d’échanger avec lui pour me rendre compte que c’était un garçon intelligent et clairvoyant. Deux qualités qui devaient être douloureuses pour lui au quotidien… Nous avions beau avoir 17 ans tous les deux, il avait une force mentale et une résignation que je ne pouvais un jour penser pouvoir effleurer du bout des doigts. Jamais il n’a su, ô combien mon « Salut ! » du matin, d’allure légère et insouciante, était en réalité empli d’estime et de respect…

Qu’à cela ne tienne ! 

–          Psst… psst Laurent, la trois, la question trois !

Il ne réagit pas, il mit quelques secondes – qui me parurent une éternité – à redresser la tête. Très vite, je regrettai mon geste. Il essaya de tourner la tête vers moi, mais n’y arrivait pas. 

–          Quelle idée de l’impliquer dans mes combines ! pestais-je en mon for intérieur.

Il actionna sa voiturette discrètement de façon à tendre son bras vers moi. N’y parvenant pas, il interpella le professeur. Inutile de dire que j’étais liquéfiée. Il ne va quand même pas me balancer, pensais-je.

–          Monsieur, puis-je lui prêter ma latte ?

–          Quoi ? Sa latte ? Mais il n’a rien compris. Je n’ai pas besoin de sa latte, mais de la réponse à la question trois, hurlais-je en moi-même.

Il valait mieux prendre l’objet. Je le remerciai et je traçai une ligne imaginaire sur ma feuille sous l’œil attentif du professeur qui approuva d’un hochement de tête le prêt du matériel. 

Dépitée de ne pas avoir trouvé écho auprès de mon voisin de gauche, mais soulagée de ne pas avoir été prise en flagrant délit de tentative de tricherie, je me résignai à remettre ma copie. Je m’apprêtais à me lever lorsque j’aperçus sur ladite latte métallisée, dans le coin inférieur gauche, écrit délicatement au crayon, le précieux sésame !

Un sentiment indescriptible me traversa et dessina un léger rictus sur mes lèvres. Ce n’était pas tant la promesse d’un point facilement gagné qui m’enchantait, mais cette malice insoupçonnée à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Je me régalais de cette complicité naissante. En fin de compte, assis sur un fauteuil roulant ou sur une chaise fixe, nous parlions tous le même langage. Moi qui voyais en lui des qualités surhumaines, il n’en restait pas moins un ado qui, lorsqu’il s’agissait de déjouer la vigilance de l’autorité et de flirter avec l’interdit, répondait présent.

Je remis ma copie et au passage déposai l’objet du délit sur le plateau amovible fixé à son fauteuil roulant électrique. Je ne manquai pas de le gratifier d’un large sourire. Il me lança à son tour un regard espiègle.

Huit ans plus tard, j’ai appris que Laurent nous avait quittés. Sa maladie génétique a eu raison de lui. Elle se manifeste par une dégénérescence et une faiblesse musculaire qui apparait dans l’enfance, de manière très progressive. Bien que les filles puissent être porteuses de la maladie et légèrement touchées, celle-ci atteint principalement les garçons.

Cette pathologie affecte d’abord les muscles volontaires des membres inférieurs et supérieurs ainsi que ceux de la respiration comme le diaphragme ou les muscles abdominaux (utile pour tousser). Elle finit par atteindre aussi le cœur.

Aujourd’hui, c’est la journée de la myopathie de Duchenne. La journée de Laurent qui était un modèle de force et de courage et grâce à qui je n’ai plus jamais oublié que la capitale du Ghana est Accra et celle du Togo, Lomé.

L.M.

Sources :