Silence en Iran, supériorité en Israël : le détroit comme champ de bataille invisible ?

Le conflit ne se terminera pas quand l’Iran aura répondu. Il se terminera quand Israël estimera avoir assez bombardé et ce peu importe les civils tués. Et si le détroit d’Ormuz était le vrai et seul enjeu pour tous les autres grands acteurs de la région à commencer par la Chine… ce goulot où, jadis, les musulmans y manifestèrent leur présence non pas par un coup de fil diplomatique ou un communiqué lénifiant, mais par la sagesse, le courage, et l’épée. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, ce stratège des justes et pionnier des États structurés  avait  sécurisé le détroit,  planté l’étendard de l’islam sur les côtes du Fārs et verrouillé les issues à l’ennemi. Pas de grandes conférences. Pas de sanctions. Juste des hommes debout, une foi unie, et une vision impériale claire.

Une guerre sans guerre, une victoire sans riposte. Israël n’a pas déclaré la guerre à l’Iran. Il l’a anéanti en silence

Par les airs, par des drones planqués au fond des vallées iraniennes depuis on ne sait combien d’années, par des frappes chirurgicales coordonnées au millimètre, le tout enveloppé dans un silence diplomatique glacial. Résultat : Téhéran a vu sa capitale frappée, ses généraux décapités, ses scientifiques rayés du programme nucléaire comme un nom sur une liste Excel. Et que faisait la fameuse « grande République islamique » pendant ce temps-là ? Elle tapait. Pas au sens militaire. Elle tapait à la porte de Washington.

Un programme nucléaire devenu prétexte

Ne nous méprenons pas. Il ne s’agit plus simplement d’un programme nucléaire.  Et ça se voit : on épargne les institutions civiles, on concentre les frappes sur la tête religieuse, les gardiens de la révolution, le noyau idéologique, des manœuvres préparées, planifiées depuis au moins 8 mois. La chute du pouvoir syrien au sud, largement sous influence turque, n’est pas un accident de parcours : c’est un préalable logistique israélien pour faciliter les frappes sur l’Iran via un couloir aérien dégagé. La tête militaire est visée, mais la gorge est laissée intacte… pour l’instant… (Au passage, ces bombardements chirurgicaux prouvent une chose : Israël sait parfaitement épargner les civils quand il le veut. Gaza, à la lumière de cette précision technique, ne ressemble plus à une opération militaire…mais à une punition massive. Un génocide déguisé en légitime défense ? La question ne se pose même plus..) Pourquoi ? Parce qu’on n’essaie pas de tuer le corps, on veut qu’il change de tête. Changer de régime sans envahir. 

Ce que vise Israël, c’est un nouveau système de pouvoir en Iran découpé entre états ethniques kurde, perse et baloutche pour « affaiblir l’ennemi ».Et pour que ça prenne, il faut que ça saigne. Il faut que la population iranienne regarde ses dirigeants tomber comme des quilles, et se demande :

“Ce n’est pas censé être vous les protecteurs de la nation ?” La riposte fut spectaculaire d’inefficacité.
Un plan prévoyait un millier de missiles ? Ils en ont lancé à peine une centaine. Et encore, la moitié est tombée à côté, l’autre moitié a été interceptée par le bouclier israélien dopé aux destroyers américains, bien que couteux malgré tout…

Le peu qui a frappé a causé quelques dégâts. Mais disons que ça ne changera pas le cours de l’Histoire.
Pendant ce temps, l’aviation israélienne opère en toute impunité, et la population iranienne assiste, impuissante, à la chute du mythe. Les destructions matérielles comme les 90 millions de civils iraniens ne sont pas la priorité des politiques… Mais alors où sont les vrais enjeux ?

Le détroit d’Ormuz : le vrai champ de bataille…Le centre névralgique du conflit

Et pendant que les bombes tombent, les vraies questions se jouent ailleurs… Au détroit d’Ormuz.
Ce petit couloir étroit par où transite le quart du pétrole mondial pourrait bien devenir le vrai point d’escalade globale. L’Iran est la seconde réserve de gaz et la 4ième réserve de pétrole au monde. Si l’Iran bloque le passage ? Crise mondiale. Si les Américains le bloquent ? Conflit naval avec la Chine qui vient tout juste d’exprimer son inquiétude en ce sens.

Pourtant, fermer Ormuz est une menace fraichement brandie par l’Iran qui devient de plus en plus réelle (à l’heure où ces quelques lignes sont écrites). Cette solution revient, pour ce pays, à s’étrangler avec ses propres mains. Alors quel est l’intérêt de cette menace pour l’Iran?

Pour répondre à cette question, replongeons dans les années 70… À l’époque, les pays de l’OPEP avaient décidé unilatéralement d’augmenter le prix du pétrole pour redonner une valeur économique réelle à leur ressource. Résultat ? Inflation mondialetaux d’intérêt à 15 %marchés secoués. Dans ce contexte la menace est tout à fait crédible (et les effets sur les marchés n’ont pas tardé à se manifester) mais aux conséquences quelque peu différentes puisque l’Amérique est devenue, entre-temps, productrice de gaz.

Lorsque l’Arabie avait appelé l’Iran, bien que mal-aimé, pour lui conseiller de négocier, ce n’était pas la voix de l’amitié. C’était la voix paniquée d’un prince qui regarde la Bourse clignoter en rouge.

Perspectives : ce qui va (probablement) se passer

  • Israël décidera quand la guerre se termine, non l’Iran même si arrêter les missiles iraniens lui coute très cher ;
  • L’Iran s’empressera de retourner à la table des négociations, humilié, sans levier ;
  • Washington fera semblant de jouer les médiateurs (sa priorité étant d’éviter une crise économique…), tout en réaffirmant sa loyauté envers Tel-Aviv.
  • La Chine, rivale des Etats-Unis, pourrait, à son tour, brandir ses menaces et manifester son soutien à son ami iranien ;
  • La Turquie continuera d’intercepter des missiles israéliens de peur que l’objectif de renversement du pouvoir iranien ne se concrétise par un remplacement d’un régime kurde ;
  • La Russie, elle l’a dit, elle n’interviendra pas pour son ami l’Iran (du moins pas pour l’instant) mais a exprimé son agacement sur la situation…

Israël se pose en juge et bourreau d’un État « accusé » d’avoir l’arme nucléaire, alors qu’il en est lui-même détenteur, sans légalité, sans inspection, sans opposition. 

Ce conflit ne marque pas seulement une frappe. Il marque une mutation. On ne se bat plus avec des tanks. On se bat avec des drones dormants, des nuées d’intelligence artificielle, des frappes ciblées sur l’élite et la guerre psychologique à grande échelle. L’Iran n’a pas perdu une bataille. Il a perdu la face. Et cela, dans cette région du monde, c’est souvent pire que de perdre un territoire.

Le détroit d’Hormuz, ce goulot d’étranglement énergétique qui fait trembler les Bourses à la moindre escarmouche, n’a pas toujours été un terrain de jeu pour pétro-monarchies hésitantes et puissances navales surarmées. Il fut un temps…un temps révolu mais pas irrévocable…où les musulmans y manifestèrent leur présence non pas par un coup de fil diplomatique ou un communiqué lénifiant, mais par la sagesse, le courage, et l’épée. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, ce stratège des justes et pionnier des États structurés avait sécurisé le détroit,  planté l’étendard de l’islam sur les côtes du Fārs et verrouillé les issues à l’ennemi. Pas de grandes conférences. Pas de sanctions. Juste des hommes debout, une foi unie, et une vision impériale claire.Aujourd’hui, le détroit d’Hormuz est désormais un thermomètre des nerfs du Golfe, et non plus un témoin de la grandeur d’une oumma qui protégeait ses frères par les actes et la foi, pas par des communiqués. Une époque révolue… mais qui peut revivre, si jamais l’unité de la foi reprenait le dessus sur la fragmentation des intérêts.

Nelm

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